Les nouveaux habits du mammouth

Pas d’utopie, juste un peu de prospective pour le numéro spécial fin d’année de l’express. Voici ce que cela donne…

Nous sommes le vendredi 18 décembre 2020. Une importante administration se réunit pour sa traditionnelle fête de fin d’année. Dans son discours, le directeur de ce service de 450 personnes retrace les moments forts de la «riche» année écoulée…

L’année 2020 a été celle du sang neuf. En effet, 30 nouvelles recrues se sont jointes au service. Le Civil Service College (CSC), opérationnel depuis trois ans, en a formé une bonne partie. On réclamait la création d’une telle institution depuis plus de 20 ans. «L’université de Maurice aurait dû avoir une faculté spécialisée dans l’administration publique. A défaut de cela, il faudrait créer une école pour former les futurs fonctionnaires», propose Deepak Benydin, président de la Federation of Parastatal Bodies and Other Unions. C’est la deuxième solution qui a été adoptée.

«Un CSC a une fonction précise : former les fonctionnaires. Leur inculquer la culture et le mode de fonctionnement du service public. C’est plus qu’un simple centre de formation. Mais un bras du gouvernement qui forme le personnel chargé de mettre en œuvre les stratégies nationales, » explique le directeur d’une importante institution publique. Le CSC a atteint sa vitesse de croisière. Depuis peu, l’institution ne forme pas que des détenteurs du Higher School Certificate. Elle propose un cursus spécialisé aux diplômés souhaitant se former aux rouages du secteur public et le rejoindre. Le CSC s’est également doté d’un département pour la formation continue des fonctionnaires notamment dans la relation clients, la gestion des projets et les ressources humaines. En cette année 2020, notre service a accueilli 18 diplômés du CSC qu’on surnomme les «collégiens».

Si les «collégiens» sont bien vus dans l’administration, les «lauréats» le sont encore plus. Un nouveau mode de recrutement a émergé de la grande réforme administrative. Depuis cinq ans, la fonction publique est ouverte aux cadres du privé. Mais pour le rejoindre, ils doivent se soumettre à la terrible épreuve du concours national. Les «lauréats» peuvent prétendre aux postes de cadres dans la fonction publique. Comme leurs confrères en Inde ou en France.

Dan Bundhoo, président du comité chargé de moderniser la fonction publique dans les années 2000, déplore le manque d’ouverture vers le secteur privé. «Cela fait des années que nous avons préconisé d’injecter du sang neuf venu du privé dans la fonction publique. Cela n’a pas marché. Le seul qui l’ait fait est Rama Sithanen en choisissant Ali Mansoor comme secrétaire financier. Nous ne devrions pas hésiter à aller chercher les talents où ils sont.»
Mais ce mode de recrutement a fait tiquer plus d’un. D’abord les hauts fonctionnaires eux-mêmes. Et ensuite les politiques de l’opposition… qui y ont vu les germes du copinage et du népotisme. La quasi-disparition de la Public Service Commission a conforté leur perception. Pour l’éliminer, le grand concours national a vu le jour. Une sorte d’appel à candidatures new look où seuls ceux ayant réussi le plus brillamment à une batterie de tests et d’examens sont recrutés.

Des centaines de cadres du privé – et même des étrangers ont ainsi intégré la fonction publique. L’attrait du salaire et l’environnement de travail stimulant en ont vite fait le terrain de jeu favori de cadres recherchant de nouveaux défis professionnels. Cette année, le département a accueilli 12 «lauréats»… dont le directeur, 45 ans, qui a quitté un grand groupe privé après 16 ans.

Après le laïus sur le sang neuf, le directeur aborde le fonctionnement de son service. Et se félicite des stages en relation clients dispensés par le CSC que 100 personnes du département ont suivis cette année. «Le client est roi. Il faut que tout le service soit orienté pour le satisfaire. Pour lui faire perdre le moins de temps et rendre les procédures plus compréhensibles», explique Sudhamo Lall, directeur général de la Mauritius Revenue Authority. C’est pour cette raison mais aussi pour améliorer l’efficacité des services que toutes les administrations publiques ont été informatisées depuis 2018. Le processus a été lent. Les grandes administrations – plus de 1 000 employés en contact direct avec le public – ont pris cinq ans pour être informatisées. Au coût de Rs 70 à Rs 80 millions, comme pour la MRA au milieu des années 2000.

Mais les retombées de ce nouveau mode de fonctionnement et d’interaction entre le public et les services d’Etat ont été énormes. Ainsi l’objectif de traiter 60 % de demandes du public à distance (par Internet ou téléphone) a été atteint en 2018. Désormais, les citoyens se rendent dans les locaux administratifs uniquement dans des circonstances exceptionnelles. Ou dans les rares cas où ils n’ont pas un accès à Internet ou au téléphone.

L’essentiel des demandes d’information ou de dépôts et retraits de documents se fait à distance. Dans la salle de fête, un employé du département Customer care raconte à son voisin de table comment, il y a un mois, il a aidé une personne qui s’était trompée de service à connaître jusque dans les moindres détails les formulaires à remplir pour inscrire sa fille à un cours du judo dispensé dans le Regional Sports Centre de sa localité.

Le système centralisé d’informations (SCI) permet en effet à tous les fonctionnaires des départements customer care d’accéder aux données d’autres administrations afin d’orienter leurs «clients». Le SCI – dont la mise en place a couté des centaines de millions de roupies – permet non seulement l’échange d’informations basiques mais aussi celui de données plus confidentielles et stratégiques sur les projets des différents ministères.

«Aujourd’hui, le ministère des finances dicte un peu trop les objectifs stratégiques», se désole un haut fonctionnaire. Mais le but même du SCI a été de décupler les capacités de partage d’information. Et de réagir presque en temps réel pour corriger les actions de tel ou tel ministère. Ou carrément de revoir des stratégies qui n’auraient pas passé l’épreuve des réalités du terrain. Du coup, chaque ministère a fini par contrôler en temps réel ses objectifs et améliorer la formulation des stratégies définies dans son programme-based budget annuel.

Toutefois, la fête est aussi l’occasion de quelques remontrances. Pour étayer ses dires, le directeur du département se fonde sur les indicateurs du Performance Management System (PMS) du département. «Un vrai PMS ne sert pas seulement à sanctionner ou à récompenser les fonctionnaires. Il doit également pouvoir aider les décideurs à définir et mettre en œuvre des stratégies de gestion des ressources humaines dans le secteur public», précise Bijaye Coomar Appanah, ancien directeur du Pay Research Bureau.

Jusqu’à un passé récent, la gestion des ressources humaines dans le secteur public se résumait à l’approbation de congés par des establishment officers. La grande réforme administrative a changé tout cela. Et placé au sein des grands départements des directeurs de ressources humaines chargés de définir les objectifs à atteindre en concertation avec la direction et les employés du service.

Ainsi, cette année, notre département a été mal noté lors des différents audits. En cinq occasions, le téléphone a sonné neuf fois avant d’être décroché. Alors que la norme est à trois sonneries. Une évaluation en mode internal mystery shopper a trouvé le temps de traitement de certains dossiers anormalement long au service de comptabilité. Le directeur du département informe donc son personnel que certaines procédures seront revues. Et qu’une partie du personnel devra repasser par la case formation pour assurer un meilleur service tant à leurs clients du grand public qu’aux autres services de l’Etat.

Le discours se fait long. Le directeur abrège donc en saluant le départ à la retraite de certains collaborateurs. Comme le planton Iqbal ou la secrétaire Vijaya. En 2020, ces deux catégories de fonctionnaires se sont raréfiées. Avec l’informatisation et l’autonomisation des fonctionnaires, les secrétaires sont devenues des assistantes administratives affectées aux seuls directeurs administratifs. Les plantons sont désormais des coursiers. Car la grande réforme a démontré que les fonctionnaires savaient faire eux-mêmes leur thé/café ! Du coup, la fonction publique s’est montrée très gourmande en personnel essentiel alors que les services non essentiels ont été externalisés ou progressivement éliminées. De sorte qu’en 2020, le nombre de fonctionnaires (hors corps-para-étatiques) est sensiblement le même qu’en 2010. Soit 65,000 personnes.

Ce récit vous paraît utopique ? Rien de ce qui y est dit n’est impossible à faire. Mais pour y arriver, il faut de la volonté politique. Une chose encore trop rare à Maurice.

fin d’année 38-39

Jeunes loups et femmes sans défense

La fonction publique se féminise-t-elle ? Oui, répondent de nombreux responsables. Le patron d’un important service explique avoir récemment recruté 21 personnes, toutes diplômées. Il n’y avait qu’un seul homme. Dans l’exercice précédent, il y avait six hommes pour 18 femmes. «C’est une tendance lourde, que je ne suis pas le seul à constater. En 2020, la fonction publique pourrait être à plus de 60 % une affaire de femmes.»

Cette situation serait due à l’attitude de jeunes hommes diplômés qui utilisent la fonction publique comme un tremplin. Après deux ou trois ans, l’expérience des rouages du public leur permettrait de se faire embaucher pour parfois le double de leur salaire de fonctionnaire. Par ailleurs, «la sécurité d’emploi» attire davantage les femmes. A 27 ans, Kavita* songe sérieusement à quitter l’entreprise où elle travaille depuis trois ans. Mariée depuis un an, elle projette d’avoir un enfant d’ici deux ans. «J’ai vu comment cela se passe avec mes collègues. Dès qu’elles ont des enfants, elles sont moins disponibles pour le travail et du coup, elles ne progressent plus. Certaines filles à qui on promettait de brillantes carrières attendent encore leur promotion !»

Point de cette insécurité là dans le secteur public. «Comme nous ne nous fondons pas sur la performance pure pour l’avancement. Une femme, moins disponible pour le travail à cause de ses enfants, n’a pas de souci à se faire», confirme un fonctionnaire interrogé. Voilà l’une des rares histoires ou les femmes ne craignent pas le loup…

* prénom modifié

Vœux politiques

Chers Navin, Paul et Pravind. Vos partisans vous ont sans doute déjà dit à quel point vous êtes des leaders charismatiques, visionnaires et justes, tout en vous souhaitant le meilleur pour 2010. Les vœux des citoyens raisonnables de ce pays sont autres. Si 2010 doit vous apporter quelque chose, nous souhaitons que ce soit le sens de la modération.

En cette année électorale, vous serez chacun tenté de mettre toutes les chances de votre coté pour rallier les suffrages d’une majorité de la population. Vous Navin, l’avez souvent rappelé : « On ne peut gagner une élection à n’importe quel prix. » Il faudra y penser cette année. Car vos choix politiques d’alliances et de mésalliances – auront un effet certain sur la paix sociale du pays.

Ce qui est certain, c’est que chacun d’entre vous a durant les dernières semaines envisagé plus ou moins sérieusement de vous allier les uns aux autres. Navin et Paul, si officiellement vous êtes chacun satisfait de votre place sur l’échiquier politique, vous avez néanmoins discuté, à distance, de la possibilité d’un rapprochement. Pravind, malgré les apparences, vous et vos lieutenants avez laissé une porte entrouverte pour Paul. Tandis que l’entrée principale est restée ornée d’un tapis rouge…qui attend toujours d’être foulé par Navin.

Le pire, Navin, Paul et Pravind, c’est que personne n’est dupe. Les plus fidèles de vos partisans aiment à l’avouer : « Tout est possible avec eux ! » Il y a une chose par contre que nous aimerions caser hors du vaste champ de vos possibilités. Une chose qui risquerait de nous faire revivre les dramatiques événements de 1967-68 ou de février 1999. Le phénomène le plus inquiétant et potentiellement dangereux pour notre paix sociale serait que 2010, tout en étant une année de polarisation politique, soit également marquée par une polarisation ethnique.

L’élément qui pourrait potentiellement déclencher une telle polarisation est connu : une alliance Parti travailliste-MSM. Navin, vous êtes celui qui a le pouvoir de conclure ou d’enterrer cette alliance. En le faisant, vous n’ignorez pas que vous allez envoyer un signal fort au pays et à ses minorités. Le MSM, avec ses 9 % d’intentions de vote (sondage « Sofres » de mai 2009), n’est qu’une force d’appoint pour vous. C’est un ajout qui n’accroîtra que marginalement votre assise électorale. Par contre, malgré votre PMSD réunifié, presque un Mauricien sur cinq se sentira potentiellement exclu de votre alliance.

Vous savez pourquoi. Parce que cette alliance sera perçue comme une force politique homogène, proche d’une population rurale et traditionnelle soucieuse de préserver ses privilèges. Bien vite, une partie de la population considérera que c’est l’alliance des « bann-là. » Très vite, vos décisions objectives, mais bénéfiques, disons, aux habitants de Flacq seront perçues comme étant clientélistes par des citoyens de Roche-Bois ou de Case-Noyale. Parce que la lutte contre la pauvreté est un long combat, très vite, dans les poches de pauvreté du pays on aura l’impression que seuls certains Mauriciens obtiennent les dividendes de vos actions économiques et sociales. C’est le danger d’un gouvernement bâti sur une polarisation ethnique de l’électorat.

Pour des raisons qui vous appartiennent Navin, vous pensez que la plateforme susceptible de rassurer la grande majorité des Mauriciens – une alliance PTR-MMM sera difficile à gérer. Vous n’avez pas complètement tort. Paul, trop dirigiste, trop intrigant, a été botté hors de plusieurs gouvernements. Rien ne dit qu’il a changé de méthode après 40 ans de vie politique. Contrôler les appétits de pouvoir d’un Pravind vous semble sans doute donc plus reposant que surveiller un Paul hyperactif.

Toutefois, Navin, vous devez savoir que les perceptions jouent en votre faveur. C’est un atout bien intéressant, maintenant que vous avez réellement et sérieusement commencé à jauger vos possibilités en termes d’alliance. Longtemps, vous avez été sensible au discours de vos lieutenants, il fallait faire une alliance. C’était une question de « d’atténuation de risques » comme aime à le dire l’un de vos proches. Mais les mois ont passé. Votre stratégie consistant à diviser l’opposition a marché à merveille. Valeur du jour, en termes de perception, une bonne partie des Mauriciens pense que vous êtes en mesure de remporter seul les prochaines élections.

Pour vous, plus que pour vos deux autres camarades leaders de partis, l’heure est à la modération. Dans votre langage d’abord, en abandonnant ce discours guerrier qui donne à une partie de la population et de ses décideurs économiques le sentiment que vous leur en voulez. Ensuite dans vos actions, en montrant que vous n’avez pas été accaparé par toutes sortes d’organisations socioculturelles et que vous méritez encore qu’on vous appelle le « rassembleur ». Enfin dans votre stratégie, durant les cinq dernières années, vous avez fait la preuve qu’on peut mettre en œuvre des réformes sans majorité des trois-quarts à l’Assemblée nationale.

Vous semblez obsédé par cette majorité. Et avez donné l’impression Navin, que toute votre stratégie politique doit vous permettre d’atteindre cet objectif. Mais l’heure est à la modération. Le vrai objectif, le seul qui vaille en 2010, c’est l’atténuation des inégalités dans notre pays. Une stratégie qui fasse que notre système politique, social et économique cesse de créer deux catégories de citoyens : l’une vivant dans l’île Maurice moderne et l’autre dans le tiers-monde. Mais la question demeure. Si vous choisissez cette stratégie, allez-vous la mettre en œuvre seul ou avec un partenaire ?

D’autres commentaires sur cet éditorial

L’après Copenhague

« Si le climat était une banque, vous l’auriez déjà sauvé. » La phrase du président vénézuélien, Hugo Chavez, a fait mouche lors du sommet de Copenhague sur le climat. Mais ce genre de cynisme ne fera pas avancer les choses. Le Sommet de l’ONU doit être considéré comme un semi-échec. Même si le président Obama parle d’une « percée sans précédent » en faisant référence aux engagements pris par les USA ou la Chine pour réduire leurs émissions de carbone. Mais avec quels moyens ?

C’est avec amusement qu’un éditorialiste du « Wall Street Journal » écrit : « We can’t wait to hear Mr. Obama tell Americans that he wants them to pay higher taxes so the U.S. can pay China to become more energy efficient and thus more economically competitive. » En effet, la Chine, qui est le principal émetteur de carbone au monde depuis quelques années, se taillera la part du lion des $ 100 milliards d’aide étrangère destinée à permettre aux pays en développement – la Chine en fait partie – de réduire leur émission de carbone.

Vu de loin, on pourrait être tenté de conclure que ces sommets de l’environnement, de Rio de Janeiro en 1992 à Copenhague en passant par celui de Kyoto en 1997, n’auront pas servi à grand-chose. Nous aurions tort. Car nous regardons à chaque fois le sommet de la pyramide. Or, c’est à la base que les choses bougent. La conscience écologique est devenue globale. Elle est vivace et en progression.

A Maurice, la notion de développement durable (DD) gagne du terrain, ainsi une enquête d’opinion menée chez un large échantillon de la population a démontré qu’un Mauricien sur quatre (25,8 %) souhaite que le gouvernement fasse de l’écologie sa politique prioritaire. Ces chiffres sont extrêmement encourageants. Car le développement durable est une question de mentalités et de mode de vie. Plus nos citoyens seront réceptifs à la question de DD, plus ils remettront en cause leurs comportements. La mécanique est complexe. Qui fonctionne grâce à des effets d’entrainement mêlant actions étatiques et effet d’émulation personnel et communautaire. Or les deux semblent absents à Maurice.

Certes, on nous rétorquera que la vision Maurice Ile Durable (MID) existe. Mais la vision MID n’a pas encore été traduite dans la réalité. Car notre « National Energy Policy » n’existe toujours pas. Et le cadre juridique et administratif plus global gouvernant tous les aspects de MID demeurent encore à être élaboré. D’ailleurs, ce n’est que ce vendredi que le Conseil des ministres a annoncé l’élaboration d’une « National MID Policy » qui devrait être prête en juin 2010. Il faudra exiger du gouvernement que le comité chargé de la rédaction de ce document ne s’égare pas dans des débats philosophiques. Et produise des recommandations applicables dans les plus brefs délais.

En complément de l’action étatique – et à plus petite échelle l’effet d’émulation doit pouvoir aider la conscience écologique à se propager dans l’île. Le covoiturage, l’adoption de technologies vertes, de nouvelles habitudes de consommation, le choix du recyclage et du compostage sont autant d’attitudes à développer chez le Mauricien. Pour cela, il faut que nos voisins, nos collègues de bureau, nos politiques, chefs d’entreprises et nous-mêmes donnions le bon exemple. Il existe des « role-models » de ce type dans le pays. Mais ils sont malheureusement peu connus. Pourtant, nous gagnerions à découvrir leur sens de l’engagement écologique. Comme celui de ce directeur d’une grande banque locale qui a abandonné le confort de sa berline allemande pour l’efficience d’une voiture hybride depuis quelques semaines.

Si le sommet de Copenhague n’a pas accouché d’un accord historique et coercitif amenant les Etats à adopter des politiques plus vertes, il a néanmoins mis en lumière la conscience écologique mondiale qui veut désormais qu’on passe à l’action. Les chefs d’Etats n’ont pu se résoudre à des compromissions industrielles et financières trop importantes. Mais plus que jamais, les citoyens du monde veulent changer leurs comportements afin de retarder la catastrophe climatique globale qui s’annonce. Le succès de ce sommet sur le climat ne dépend en fait pas que des actions des gros pollueurs comme la Chine, l’Inde ou les USA. Mais aussi des nôtres. Nous pouvons encore, par nos actions, transformer le semi-échec de Copenhague en succès.

La fin de saison à Radio One

C’était l’heure de la rétrospective 2009 cet après-midi sur Radio One. Voici deux vidéos de la fin de l’émission de deux heures consacrée aux faits marquants de l’actualité à Maurice et dans le monde. La quasi totalité de la rédaction de Radio One était en studio à la fin de l’émission.

Au ralenti

Le blog tourne malheureusement un peu au ralenti depuis une dizaine de jours. La période des fêtes venant, je suis pris par toutes sortes d’activités annexes : article à écrire pour le numéro de fin d’année de l’express, l’opération annuelle Noël de l’espoir de l’express-dimanche, présence obligatoire à des fêtes diverses et bien d’autres choses encore.

Au milieu de ce tumulte, j’ai multiplié ma présence sur Radio One par trois! Cette semaine, en dehors de mon émission de lundi et de l’éditorial de mardi matin, je me suis également retrouvé à commenter l’actualité en compagnie de Christina Meetoo sur le plateau de l’ami Habib Mosaheb ce mardi. Et demain, vendredi, il est prévu que je participe à l’émission Rétrospective 2009 que présente Jean-Luc Émile. Tout un programme!

Pour en revenir à la léthargie ambiante sur ce blog, je vous promets de reprendre un rythme plus décent (3 posts par semaine) à la rentrée en janvier.

Actions et réactions

Les objectifs peuvent être clairs. Mais si les moyens employés pour les atteindre sont mal élaborés, les résultats peuvent surprendre. Trois exemples dans l’actualité de cette semaine.

* * *

Doper sa popularité, voilà ce que le gouvernement semblait vouloir faire dans les cinq mairies du pays. Comme la récente nomination des maires n’a été qu’une consciencieuse distribution de « boute », certains se sont donc empressés de réclamer le leur. C’est le cas des marchands ambulants de Port-Louis qui croient depuis longtemps que certaines choses leur sont dues à cause de leur statut d’électeur et leur appartenance à une communauté.

Le gouvernement paye son approche clientéliste. Symbolisé par un maire dont le premier geste a été de laisser entendre que les marchands ambulants pouvaient réinvestir les lieux dont ils avaient été chassés par le maire précédent. Du coup, c’est le Conseil des ministres qui a dû se rabaisser à statuer vendredi sur le sort des marchands ambulants de Port-Louis. Alors que le lord-maire a pleine autorité en la matière.

Le ver est dans le fruit, les marchands ambulants, avec cette intervention du Conseil des ministres, ont plus que jamais conscience de leur pouvoir de nuisance, voire de leur valeur, aux yeux du gouvernement. Pour l’heure, il leur est permis de réinvestir les trottoirs de Port-Louis jusqu’au 10 janvier. Il y a fort à parier qu’au delà de cette date, ils choisiront de rester. Et rien ne dit que les autorités, municipales et gouvernementales arriveront alors à les déloger.

* * *

Autre chose difficile à déloger : les leçons particulières. Vasant Bunwaree semble vouloir adopter une approche progressiste face aux problèmes qui minent notre système éducatif. L’interdiction faite aux enseignants de donner des leçons particulières aux élèves de la « Standard IV » paraît justifiée. Car elle vise à empêcher que de jeunes enfants soient happés dès l’âge de 8/9 ans dans une course effrénée au résultat.

Vinod Seegum et d’autres syndicalistes de l’enseignement primaire sont vite descendus dans la rue pour réclamer la mise au placard de cette mesure. Pour une fois, l’argumentaire utilisé se tient. En effet, que répond-on aux syndicalistes quand ils posent la question : « Comment fait-on pour suivre individuellement 40 à 45 élèves d’une classe sans avoir recours à des leçons particulières ? » Tout cela dans un système éducatif où les cursus des « standards » 4,5 et 6 sont étroitement liés. Les réponses sont difficiles à trouver. La surpopulation de nos salles de classe est connue. Tout comme nous savons que notre système éducatif manque cruellement d’enseignants. Cela tombe bien pour une certaine bourgeoisie qui va encore une fois profiter de l’impréparation du ministère de l’Education pour justifier par tous les moyens le maintien du « Certificate of Primary Education » et de tous les maux qui l’accompagnent.

Une mesure positive avait été mise au placard à cause des mêmes faiblesses. On avait demandé aux enseignants du secondaire de rester une demi-heure de plus dans nos collèges afin de dispenser du soutien scolaire ou d’animer des activités extra-curriculaires. Mais le ministère de l’Education avait omis de proposer un vrai programme d’activités aux profs restant après les heures de classe. Cette fois-ci, c’est par manque de solution alternative de soutien scolaire que les leçons en « standard IV » risquent d’être maintenues. Dans les deux cas, l’impréparation aura eu raison d’une bonne décision.

* * *

Rien ne semble par contre avoir raison de Navin Ramgoolam ces derniers temps. Certainement pas les patrons du secteur privé. Ce lundi, en défendant le budget du gouvernement, le Premier ministre a relancé sa querelle avec eux. Sur le fond, sa position semble juste. L’Etat et le secteur privé s’étaient entendus pour respecter les recommandations d’un arbitre sur la question du prix payé aux producteurs indépendants d’électricité. Mais les entreprises du secteur de la canne semblent toutefois réticentes à appliquer les recommandations de l’arbitre. C’est une attitude que Ramgoolam juge – à juste titre – déloyale.

Mais il faut reconnaître que le timing des sorties de Ramgoolam contre le secteur privé obéit à une séquence politique bien déterminée. La première salve est intervenue peu après son arrivée au pouvoir, sur la question de la réglementation des prix. Le fantassin Jeetah a alors eu tout le soutien du Premier ministre dans une guerre apparemment dirigée contre certains groupes précis. Il fallait asseoir l’image de ce « caring government » qui promettait de « sanz ou lavi dan 100 zours. » Mais comme la vie ne changeait pas et que les budgets 2006 et 2007 de Sithanen étaient reçus comme des douches froides par la population, une deuxième salve s’est imposée. Au moment où l’on reprochait au gouvernement de protéger les riches, Ramgoolam est parti en croisade contre les « dinosaures » et « accapareurs » du secteur privé. Avec lesquels il a négocié durement jusqu’à fin 2007, pour obtenir un accord qualifié « d’historique » sur le partage des bénéfices dans le secteur de la canne.

Deux ans plus tard, la fin de mandat se devait d’être bouclée sur la même note de démocratisation. Le différend opposant Ramgoolam et le secteur privé aurait pu être réglé entre quatre murs. Avec le langage diplomatique mais très ferme dont peut faire preuve Ramgoolam. Mais il a choisi de porter la querelle sur la
place publique.

Nous ne voyons qu’une explication à cela. Ramgoolam est en train de boucler la boucle et revenir à ses fondamentaux. Les élections approchant, il se doit de projeter la même image que celle de 2005. Un homme travaillant sans relâche afin que « pouvoir pa sapp dan nou lamain ». Sauf qu’une attitude susceptible de fédérer l’électorat traditionnel de Ramgoolam peut également rebuter ces minorités qu’il tente de rassurer et de séduire. C’est un pari risqué que le Premier ministre semble bien vouloir prendre.

ICAC, la gaffe

Que n’a-t-on pas dit sur l‘Independant Commission Against Corruption, notre agence nationale chargée de la lutte contre la corruption? Que c’est un bouledogue sans dents ! Qu’elle n’arrive pas à bien ficeler ses dossiers d’accusation et n’obtient donc que rarement des condamnations au tribunal ! Et enfin, qu’elle travaille à un rythme, disons… modéré !

Depuis la semaine dernière, il convient d’ajouter une nouvelle prouesse au palmarès des actes manqués de l’ICAC : celle de la campagne de communication irréfléchie. En effet, si vous avez emprunté les routes ou autoroutes du pays, vous êtes sans doute tombé sur ce panneau de pub 4×3:


Comme tout le monde, vous avez essayé de lire le message qui y figure. Sauf que les seuls mots vraiment lisibles du panneau sont : « SAY NO. » A moins d’être coincé pile devant le 4×3 dans votre voiture ou dans le bus, vous n’avez strictement aucun moyen de lire la centaine de mots figurant sur l’affiche. Dans le meilleur des cas, vous aurez retenu que  « trafic d’influence » « népotisme » et « conflit d’intérêts » figurent sur le panneau.

Est-ce là une campagne pertinente et utile pour marquer la 6e journée internationale de la lutte contre la corruption, célébrée le 9 décembre ? J’en doute fort !

Certes ce poster est également paru dans la presse. Mais là encore, de ce que j’ai pu recueillir comme avis autour de moi, personne n’a semblé vouloir s’attarder à lire ce concentré de mots. Résultat : encore une fois, une énième fois, l’ICAC loupe le coche !

La méthode de l’attentiste

La mascarade a assez duré. Yatin Varma et Vasant Bunwaree ont atteint cette semaine le degré zéro de la politique. Coups bas, allusions douteuses, langage grossier et attitude belliqueuse. Les deux membres du Parti travailliste ne reculent désormais devant rien pour marquer des points l’un contre l’autre. Leur altercation au Parlement ce mardi, durant laquelle ils ont failli en venir aux mains, n’est que l’énième épisode d’une querelle d’égo qui dure depuis 2005. Il est temps que cela cesse !

La tournure des événements indique d’ailleurs que l’épilogue de ce mauvais feuilleton est proche. Pour s’en convaincre, il faut décrypter ce qu’il se passe actuellement au Parlement. La députée Nita Deerpalsing l’a rappelé au pays cette semaine : toute question n’est pas bonne à poser au Parlement. Ainsi, elle a révélé qu’elle n’a pas été autorisée par le bureau du Premier ministre à poser une question sur la Banque de Maurice, il y a quelques mois. Alors que la semaine dernière, une telle interdiction n’a pas semblé frapper Suren Dayal.

Le bureau du Premier ministre ne laisse passer aucune question potentiellement gênante venant de ses propres rangs. Pourtant, le Premier ministre par intérim a autorisé la question de Varma à Bunwaree. Laquelle portait sur un proche du ministre de l’Education. Rashid Beebeejaun, en politique avisé, a dû voir venir le « clash » potentiel lors de cette question. Or, il n’a rien fait pour le prévenir. Il y a sans doute une raison à cela. La raison, Navin Ramgoolam la connaît. D’ailleurs, il y a fort à parier que l’arbitrage du Premier ministre a été recherché à ce sujet. Et qu’il a donné son feu vert. Pourquoi ?

La réponse est simple. Le Premier ministre peut avoir des trajectoires erratiques sur bien de dossiers. Mais sa méthode de gestion de crise est étonnamment stable. Surtout quand la crise concerne l’un de ses ministres, députés et proches. En effet, Ramgoolam, en attentiste, prend souvent beaucoup de temps avant de faire un choix. Mais contrairement à Anerood Jugnauth, il n’est pas un adepte de la guillotine. C’est donc autrement qu’il « lâche » ses lieutenants.

Pour comprendre ce que fait Ramgoolam en ce moment, il faut se rappeler ses attitudes passées. Prenons trois cas, ceux des anciens ministres Vishnu Bundhun, Kishore Deerpalsing et, plus récemment, celui de l’ex président de la « Mauritius Ports Authority », Siddick Chady. Les révocations ou démissions de ces trois personnalités politiques sont intervenues selon la même séquence. D’abord une allégation ou une « affaire » qui éclate. Suite à quoi Ramgoolam laisse faire les choses. Et évite de prendre position. Des questions et « Private Notice Questions » (PNQ) s’enchaînent au Parlement. L’affaire est étalée sur la place publique. A la fin de la séquence, et à la faveur d’une convocation chez le juge, d’une commission d’enquête ou d’une arrestation, le principal intéressé est soit révoqué, soit poussé à la démission.

Il est évident que ce qu’il se passe à la Banque de Maurice obéit à cette séquence. Mais la même méthode semble être en train d’être appliquée dans le différend opposant Varma à Bunwaree. En effet, avec ce qu’il s’est passé au Parlement entre les deux ce mardi, il apparait que les deux hommes ne pourront travailler ensemble dans la même circonscription. Il va donc falloir que l’un des deux soit sacrifié.

Dans l’ensemble, Vasant Bunwaree s’est révélé un ministre de l’Education progressiste et ouvert au dialogue. Par ailleurs, il bénéficie également d’une certaine assise au Parti travailliste. Yatin Varma, lui, ne peut malheureusement prétendre avoir de mêmes atouts. Il vient même de se rajouter un handicap en se donnant une image de député colérique, voire violent et insensible à la notion de cohésion gouvernementale.

C’est donc Yatin Varma qui devrait être sanctionné dans quelques mois. Il ne devra pas alors s’étonner de ne pas obtenir ce ticket pour lequel il se bat aussi âprement en ce moment. Car ainsi en aura décidé Ramgoolam…

Petit lifting du blog

Comme vous pouvez le constater, j’ai procédé à quelques petites modifications sur le blog. En résumé, les colonnes sont moins chargées qu’auparavant, l’en-tête est moins «oppressante» et une nouvelle page (un peu plus perso) a été rajoutée.

Tout ça, grâce au petit sondage auquel vous avez gentiment participé durant le mois dernier. Les changements pourraient paraître assez modestes à certains d’entre vous. Mais j’ai choisi de faire évoluer doucement le blog tout en gardant quelques éléments que vous dites apprécier.

ps: merci à Pov, pour le design de l’en-tête.

Ma quête du Graal s’achève

L’attente est finie. Aujourd’hui, j’ai enfin obtenu mon Building and Land Use Permit (BLP). Au passage, je me suis rendu compte à quel point le District Council (DC) de Pamplemousses Rivière du Rempart est lent à la détente…

Le « BLP Guide » du ministère du Logement et des Terres dit ceci à la page 13 :

DAY 10

- Applicant pays the necessary fees and collects his Building and Land Use Permit together with 1 set of approved plans, OR

-Applicant collects refusal letter, OR

-Applicant collects letter requesting for modifications

DAY 13

-         If

Applicant receives no determination of his application, then the BLP will be deemed to have been automatically issued by the Planning Department after payment of the appropriate fees as per Finance Act No 17 of 2007.

Note:   Day 1 – Day 13 apply to working days.

The 2 weeks exclude weekends and public holidays

NO PERMIT WILL BE SENT BY POST

Or, j’ai déposé ma demande le 3 novembre. Donc, dès le 20 novembre, j’aurai du avoir eu mon permis. Cela n’a bien évidemment pas été le cas.

Mes coups de téléphone répétés au DC n’ont rien donné. «  Ce n’est pas encore prêt, il faut que vous voyiez avec l’ingénieur. Rappelez demain. » J’ai eu droit à cette rengaine (à quelques variantes près) cinq ou 6 fois depuis le 20 novembre!

Aujourd’hui, je n’ai pas voulu parlementer au téléphone. Je me suis donc rendu au DC et j’ai exigé qu’on applique la loi et les délais prescrits. J’ai expliqué que j’allai attendre là…le temps qu’il faudra.

Après, une demie heure d’attente… on m’a remis mon précieux bout de papier. Qui, il faut le préciser, n’était pas encore prêt selon la première version que j’ai eue en arrivant. J’ai donc payé les Rs 5,300 de frais dus au DC et récupéré mon Graal.

Certains d’entre vous se diront, « Ça va, le DC n’a après tout que 7 jours ouvrés de retard!» Mais je suis persuadé que si j’étais resté tranquille dans mon coin, l’administration aurait pris tout son temps… La preuve? J’ai croisé aujourd’hui un brave type qui a déposé son dossier depuis le 30 septembre! Lui, cela fait 2 mois qu’il attend. Il n’a eu aucune nouvelle durant cette période. Il s’est décidé à passer au DC aujourd’hui. Et, chose extraordinaire, on lui a expliqué qu’on ne retrouve plus son dossier. Il lui a été demandé de repasser demain. C’est un gentil, il n’a pas bronché. En repartant, il a dit qu’il reviendra.

Voilà ce qu’il se passe quand on ne connait pas ses droits !