Avis de déménagement !

Mais où avais-je la tête !? J’ai oublié de poster une note ici depuis le 1er janvier dernier. Pour annoncer à ceux qui ne me suivent pas sur les réseaux sociaux que j’ai « déménagé. »

L’approche est toujours « sans concession, » mais à une autre échelle sur www.ionnews.mu . C’est le site d’information que j’ai cofondé depuis le 1er janvier dernier et qui figure déjà parmi les 50 sites les plus visités de Maurice. Je vous invite à le découvrir et à télécharger nos applications IOS (Iphone et Ipad) et Android.

A très bientôt sur ION News !

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L’opium est déjà légal à Maurice

Oublions un moment les personnes venues réclamer la légalisation du gandia ce lundi. Attardons-nous plutôt sur la place qu’a prise cette drogue, dite « douce » dans le pays.

Il ne faut plus nier l’évidence. La consommation du cannabis est une way of life quasiment mainstream à Maurice. Un temps cantonné aux marginaux, artistes et libertaires baba cools, le joint s’est démocratisé. Il se retrouve désormais ‑ et régulièrement ‑ entre les doigts d’étudiants, cadres, juristes, journalistes et même de politiques. Les consommateurs n’hésitent plus à admettre que les pétards circulent sans entrave lors des soirées desquelles ils sont tantôt les hôtes ou les invités.

Chacun a sa manière d’expliquer son attrait pour l’herbe. Les hippies reprennent naturellement la thématique peace and love et les vertus apaisantes de la plante pour justifier le besoin – voire la nécessité ‑ de vols planés. Les jeunes professionnels adeptes de la philosophie « work hard, play hard », avouent volontiers utiliser le gandia comme moyen d’oublier les folles journées au boulot. Un peu comme les yuppies sniffant leurs rails de coke en boite de nuit aux Etats-Unis ou en Europe.

Les militants de la légalisation abordent, eux, la question sous l’angle social et politique. Avec raison, ils remarquent que les auteurs de petits larcins disent voler le plus souvent pour s’acheter une dose de drogue dure. Presque jamais pour se payer un sachet d’herbe.

Le front pro-légalisation met également en avant que la surpopulation carcérale est largement due au fait que des petits consommateurs/dealers d’herbe se retrouvent en détention préventive en attendant leur procès. C’est peut être vrai dans une certaine mesure. Tout comme il est certain que dans le cas de petits consommateurs pris la main sur le pouliah par la police, celle-ci objecte rarement à leur remise en liberté sous caution.

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L’idée d’un nouvel encadrement juridique du gandia fait ainsi lentement son chemin. Elle trotte même probablement déjà dans la tête de certains décideurs politiques. C’est que l’opération peut rapporter des dividendes. D’abord en conférant une image plus progressiste au pouvoir auprès des jeunes et des libéraux. Ensuite en résolvant en partie la question de la surpopulation carcérale. Enfin en désengorgeant nos District Courts qui accueillent quotidiennement les nombreuses auditions de consommateurs/dealers poursuivis pour possession de quelques pouliahs.

Certes, il faudra ne pas froisser les conservateurs – ils sont nombreux. Pour cela, le gouvernement peut toujours jouer sur le champ juridique à sa disposition : libéralisation, légalisation ou dépénalisation. En sachant que la dépénalisation peut ne pas dire son nom…en prenant, par exemple,  la forme d’une discrète directive générale donnée à la police de ne pas arrêter les consommateurs de gandia et/ou renoncer à transmettre certains types de dossiers au bureau du Directeur des Poursuites Publiques.

C’est aidé par ce même type de contexte que le mouvement pour la légalisation du cannabis aux Etats Unis compte mener une grande offensive en 2014. Presque 15 ans après le tristement célèbre concert organisé par le défunt mouvement républicain en faveur de la dépénalisation du gandia, le pays est peut-être prêt pour un débat dépassionné et éclairé sur la question.

Pour cela, il faudra toutefois éviter de trainer une autre drogue dans le débat : l’opium. Les rastas venus manifester lundi en ont outrancièrement fait usage. En clamant qu’ils ont le droit de consommer du cannabis au nom de leurs croyances religieuses. Marx avait raison, la religion est l’opium du peuple. A Maurice cet opium est non seulement légalisé, il fait aussi des ravages. Car ses effluves polluent tous les débats.


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Exclusif : bientôt le « Walking Licence »

C’est dans le secret le plus absolu que la décision a été prise par un comité restreint, présidé par le Premier ministre lui-même. C’était il y a à peine une semaine. Stupéfaite, la population allait apprendre la nouvelle dans quelques jours, de la bouche de Navin Ramgoolam. Mais le très loquace « Monsieur Sécurité routière », Ben Buntipilly, a quelque peu mis les pieds dans le plat.

Hier, dans une déclaration au Défi, le conseiller spécial du Premier ministre a confirmé qu’une loi, très probablement effective dès janvier 2014, va interdire aux piétons de marcher tout en téléphonant. Les plus malins d’entre nous l’ont deviné. Mais pour ceux qui ne le sont pas assez : l’ancien responsable de la « Traffic Branch » de la police n’a pas tout dit ! Voici donc le scoop : le gouvernement compte prochainement mettre en place un « Walking Licence » (WL). Soit l’équivalent pour le piéton du « Driving Licence » (DL). Une première mondiale !

Dans la pratique, chaque enfant de 2 ans – c’est l’âge moyen auquel on arrive à marcher avec dextérité – se verra automatiquement remettre un « Learner Walking Licence ». Ce permis lui donnera le droit de circuler librement dans la maison de ses parents ou sur le terrain familial. Pour toute sortie au-delà de ce périmètre, l’enfant devra obligatoirement être accompagné d’une personne en possession d’un WL en cours de validité.

Dès 4 ans, tout enfant pourra passer son permis, selon le modèle déjà établi pour notre permis de conduire. Lors de l’« Audio-visual Test (Oral Test) », une série de questions sera posée aux candidats sur le code de la route en général et sur l’utilisation du trottoir (quand il y a en a un) en particulier. Ayant réussi l’épreuve théorique, le candidat pourra alors passer le test pratique sous la supervision d’un policier de la « Walking Branch » de la police, qui sera créée incessamment. Les épreuves pratiques se tiendront aux alentours des 50 « Walking Testing Centres » qui s’ouvriront dans le pays d’ici six mois. Dès la mise en place du système, toute personne âgée de plus de 5 ans se verra automatiquement remettre un WL accompagné de son « Walking Licence Counterpart » (WLC). Chacun sera ainsi tenu d’être en possession de son WL ainsi que de son WLC en circulant à pied.

Vous l’avez deviné, le WL est en tout point similaire au permis de conduire, même dans le nombre de points cumulables avant que le permis ne soit suspendu. Les infractions bénignes seront pénalisées de 2 points tandis que les plus graves vous vaudront 10 points. En voici une liste non exhaustive :

  1. Dangerous walking or walking without due care and consideration
  2. Breach of lane discipline on footpath (example: by walking side by side rather than in line)
  3. Walking under the influence of (or while consuming) alcohol
  4. Using a hand-held microphone or telephone handset whilst walking
  5. Swearing and/or shouting while walking
  6. Spitting while walking
  7. Giving any kind of press, radio or television interview while walking (exemption allowed if interviewee voices out an opinion in favour of government or Prime minister)
  8. Carrying another person on back while walking (mont gadak)
  9. Exceeding walking speed limit (by less than 4 kilometres per hour)
  10. Exceeding walking speed limit (by 4 kilometres per hour or more, but less than 10 kilometres per hour)
  11. Exceeding walking speed limit (by 10 kilometres per hour or more)
  12. Failing to comply with pedestrian traffic sign (traffic lights)
  13. Neglecting or refusing to comply with traffic directions given by a police officer

Comme pour le permis de conduire, si le détenteur d’un WL accumule 15 points, son permis sera immédiatement suspendu. Il sera alors tenu de rester chez lui pendant une période de six mois. Il pourra, toutefois, entamer une procédure afin d’obtenir la permission d’effectuer des sorties à pied dans un rayon de 2 kilomètres de sa résidence. Si le détenteur d’un WL suspendu possède toutefois un DL valide, il pourra tout à fait sortir de chez lui sur son véhicule. À la condition expresse de ne pas en descendre, au risque cette fois-ci d’accumuler des points sur son DLC.

Le permis à points a déjà considérablement réduit les problèmes d’insécurité routière dans le pays. Gageons que le « Walking Licence » fera tout simplement disparaître ceux restants. Car on le sait bien, il suffit de coller une amende pour tout résoudre !

NOTE IMPORTANTE : Ce type de papier m’aurait valu un appel (le dimanche matin) de mon ancien employeur (le plus récent) m’expliquant que j’ai eu tort de l’écrire car les lecteurs me liront au premier degré. J’ai cependant toujours fait confiance à leur humour ainsi qu’à leur intelligence. Donc, je présume que vous savez déjà que tout ceci n’est que de la moquerie …


Les 100 mots de Duval

Le choix des mots et leur récurrence sont toujours intéressants à visualiser. Après avoir enlevé les  « the », « of », « and », « this » et autres « Mr speaker Sir » truffant son discours, voici les 100 mots les plus utilisés par le ministre des Finances hier.

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Les scoops venus d’ailleurs

Les lampes de Divali à peine éteintes, voila que Diya (lampe en Hindi) Beeltah se fait incendier. On aura beau faire semblant de découvrir, avec the Telegraph, le côté « alarming » du look de notre reine de beauté au concours Miss Universe, il est toutefois difficile de nier l’évidence. Tous ceux qui avaient vu le « costume national » choisi par le comité Miss Mauritius savaient déjà depuis un mois qu’on allait encore une fois faire rimer « Mauritius » avec « ridiculous ».

Lentement mais sûrement, là où « Mauritius, c’est un plaisir » a échoué, « Miss Mauritius, c’est un délire » est en train de s’affirmer lors des concours internationaux de beauté. Il y a d’abord eu Anais Veerapatren. Dont le Herald s’était gaussé en affirmant qu’elle paraissait avoir été « dipped in glue and then dragged through the jungle, with a skirt that seemed to have been carved from the remnants of camouflage netting in the army reserves. » C’était ensuite au tour de Laeticia Darche de taper dans l’œil de Time pour son costume « toilet paper ».

Nos miss sont à plaindre. Car après tout, c’est à elles que revient l’ingrate tâche de porter ces costumes et d’en défendre le « bon gout » urbi et orbi. Le public mauricien doit toutefois aussi comprendre que sa mission n’est pas de railler et vilipender ces jeunes filles dès que Time, the Herald ou le Telegraph sonnent la charge. Pour une raison très simple : nous ne pouvons plaider l’ignorance.

En effet, ce n’est pas en lisant la version électronique des titres de presse étrangers que nous avons découvert que les costumes nationaux de nos miss étaient soit laids ou ridicules. Pourtant à chaque fois, les critiques ne se sont amoncelées que quand les médias étrangers se sont mêlés à la partie. Pour ne rien arranger, les critiques – locales et étrangères ‑ ont systématiquement visé les miss au lieu de se concentrer sur ceux et celles qui année après année « commettent » ces habits les uns plus consternants que les autres.

Cette fâcheuse manie de ne regarder que là où se pointe un index accusateur étranger, s’installe durablement chez les mauriciens. Récemment, le doigt venu d’ailleurs a pointé « l’Ile de la Tentation » qu’est Maurice. Pour reprendre la description faite de notre pays dans un reportage retransmis sur la chaîne France Ô. Les hurleurs ne se sont encore une fois pas fait prier. Dénonçant avec force toutes ces « tentations » évoquées dans le reportage sur Maurice.

Mais quel est donc le scoop que France Ô a servi aux Mauriciens? Le fait que des salariés du tourisme vivant dans des conditions précaires gagnent Rs 5000 à Maurice ? La réalité de la drogue, de la distribution de méthadone et des programmes d’échange de seringues dans le pays ? La recrudescence de la prostitution dans les salons massage « spéciaux » ?

A moins d’avoir vécu sous un rocher pendant ces 30 dernières années, aucun mauricien ne peut prétendre n’avons jamais entendu parler des problèmes évoqués dans le reportage de France Ô. Pourtant c’est avec un catastrophisme aigu que chacun y est allé de son couplet sur cette « dure réalité » locale « enfin » dénoncée.

Mais encore une fois, on ne regarde que là où pointe le doigt étranger. En oubliant les questions essentielles. Est-ce que, par exemple, les règlements du Catering and Tourism Industries Remuneration Order sont bien appliqués ? Les mesures nécessaires sont-elles prises afin de régulariser la situation de salariés vivant dans des conditions précaires ? Est-ce que les programmes de distribution de méthadone ou d’échange de seringues sont efficaces en l’état ? Ou encore, est-ce qu’une politique appropriée d’aide sociale est en place pour empêcher qu’une femme mariée vivant en dessous du seuil de pauvreté n’ait recourt à un boulot à mi temps dans un « salon de massage » afin de garder la tête hors de l’eau ?

Au lieu de tout cela, le message retenu par les Mauriciens à la suite de ce reportage est que Maurice n’est pas un paradis et que l’envers de la carte postale est sombre. Quel scoop ! Du coup, on trépigne d’impatience à l’idée de lire ou regarder un autre sujet étranger sur Maurice. Qui sait, on pourrait découvrir que la corruption existe au sein de la classe politique locale. Quelle révélation ce sera alors !

 


Never put too much trust in friends

Il a récidivé ! Nous ne parlons pas du poétique « ignorant pig » lancé récemment par Navin Ramgoolam à l’encontre de Pravind Jugnauth. Mais plutôt du bouquet de compliments qu’il a adressé à ses ministres. C’était dimanche, lors du lancement des festivités de Divali au Hindu House.

Le Premier ministre a trouvé moyen, une nouvelle fois, de bien dire qu’il ne leur fait pas confiance. Révélant que ce sont des « Dushman » (ennemis en hindi) et des judas de son propre camp qu’il craint.

Le spectacle de Ramgoolam dénigrant ses ministres n’a rien d’exceptionnel. Après un discours remarqué d’Arvin Boolell à l’Onu, il avait expliqué avoir personnellement dû corriger le texte quatre fois ! Plus récemment, le Premier ministre a également précisé que sa vision a davantage de valeur que celle de tous ses ministres réunis.

Ramgoolam a aussi déjà admis avoir demandé à certains membres de son gouvernement -un peu trop portés sur l’argent – de…je cite : « aller faire du business au lieu d’être ministre. »

Ceux qui veulent analyser ce modus operandi de Ramgoolam de manière superficielle, diront qu’il se sait entouré de transfuges. Que ses discours ne sont donc que l’illustration de sa frousse d’être trahi. Il y a bien évidemment un peu de cela dans le comportement du chef du gouvernement.

Tout comme il y a un peu de repentance. Car, que nous dit Ramgoolam à chaque fois qu’il injurie ses ministres ? En fait, il admet prendre de très mauvaises décisions quand il s’agit de choisir ses collaborateurs. « Putting skills first » est un slogan que le Premier ministre serait incapable d’adopter. Tant toutes sortes de considérations politiques, ethniques, et claniques l’en empêchent.

C’est là qu’il faut toutefois prendre de la distance. Car le comportement de Ramgoolam ne serait pas beaucoup plus différent s’il était entouré de personnes compétentes. Rama Sithanen en sait quelque chose.

C’est que le Premier ministre, fort ou faible des épreuves et trahisons subies, s’est forgé une philosophie précise. C’est sa marque, profondément inspirée d’un ouvrage sur le pouvoir qu’il chérit particulièrement. Le deuxième chapitre du livre porte le titre explicite : « Never put too Much Trust in Friends, Learn how to use Enemies ». C’est une leçon que Ramgoolam a apprise depuis très longtemps et qu’il ne cesse d’appliquer.


Chronique de la connerie ordinaire

21h, hier soir. Une première personne attire mon attention sur le fait que quelques photos douteuses circulent sur Facebook. Elles montrent deux jeunes mauriciens, habillés selon le code gothique, prenant la pose sur des tombes dans un cimetière. Leur attitude sur les clichés est incontestablement irrespectueuse envers les sépultures. Ma réaction à ce moment là : voilà deux jeunes idiots qui ne savent pas comment se faire remarquer et qui ne se rendent même pas compte que leurs facéties blessera et irritera d’autres personnes. Je me dis que des facebookers signaleront ces photos et que l’incident s’arrêtera là.

Une heure plus tard une deuxième personne me demande si j’ai vu les photos des deux jeunes gothiques. En allant consulter le lien qu’on m’avait précédemment donné, je reçois une notification de Facebook expliquant que ce contenu a été retiré. L’épisode semble terminé. Mais peu de temps après, une troisième personne – active au sein de l’église catholique et des organisations de la communauté créole – me fait part de son inquiétude sur l’éventuelle tension ethnique que ces photos pourraient créer. Elle me demande, au passage, « d’aider » en écrivant quelque chose à ce sujet.

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Naïvement, je lui explique vaut mieux ne pas en faire grand cas. Car nous avons affaire à deux jeunes idiots. Il ne faut donc pas croire que leur mauvais étalage de gothisme est en quoi que ce soit le signe d’une intolérance ethnique ou de racisme susceptible de dégénérer. Entre personnes raisonnables, on tombe vite d’accord sur la nécessité de ne pas envenimer la situation. Mon interlocuteur se propose d’appeler au calme et de relativiser l’incident sur les forums Facebook dès la fin de notre conversation et ce dimanche matin, lors d’une convention sur l’éducation organisée par les associations créoles en présence du ministre de l’éducation.

Mais voila qu’une quatrième personne me fait découvrir qu’un véritable petit mouvement s’est constitué en vue de régler leur compte aux deux jeunes. La légende d’une photo « WANTED DEAD OR ALIVE » montrant les deux ados explique: « Détrompez-vous si vous pensez que la Police fera quelque chose. Il nous faut nous faire justice nous-mêmes. Dès que vous les voyez, défoncez leurs faces de rat. » Je découvre avec stupeur que ce message est en train d’être relayé avec ardeur – ou complaisance ‑ par plusieurs personnes.

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En l’espace de quelques heures, deux jeunes dont la connerie immortalisée par quelques photos pouvait leur valoir une charge de Rogue and vagabond ou d’Outrage against public and religious morality, s’exposent désormais aussi à un lynchage en bonne et due forme en sortant de chez eux. A cause de quelques énervés qui confondent – sciemment ou par inconscience – la bêtise des deux gamins avec la vraie et puante intolérance ethnique et religieuse.

La police, qui sera probablement saisie d’une ou plusieurs plaintes à ce sujet, mènera son enquête et déterminera, après consultation avec le bureau du directeur des poursuites publiques, s’il y a matière à poursuite et, le cas échéant, la charge à être retenue contre ces ados. Entre-temps, on ne peut s’empêcher de prendre la mesure de deux phénomènes.

D’une part « l’effet sentinelle » de Facebook. Qui permet d’identifier avec une redoutable efficacité les comportements et discours susceptibles de mettre à mal la coexistence pacifique des différentes composantes de la population. Pour ensuite permettre de les dénoncer collectivement. Avec le risque inhérent que ce réseau social ne devienne une plateforme de délation et de règlements de compte permanents.

D’autre part, cet épisode nous amène à réfléchir à cette rancœur et cette agressivité latente qui semblent désormais se manifester à chacun des incidents de ce type. Désormais la désapprobation s’accompagne quasi systématiquement d’une volonté de se faire justice soi-même en s’en prenant physiquement à la personne incriminée. C’était déjà le cas avec Krishnee Bunwaree il y a quelque mois.

De toute évidence ce comportement trahit un manque total de confiance dans la capacité des autorités à prévenir ou réprimer ce type de dérapage. C’est grave. Car Facebook tout en restant le puissant réseau social qu’il est, devient également à Maurice le terrain de chasse de personnes qui cherchent désormais à cumuler les rôles de whistleblowers, juges, jury et bourreaux !


Derrière le chaos

Version texte de l’édito du jour sur Radio One.

C’est le principe de la théorie du chaos. Ce qui, à première vue, semble un désordre indicible devient clair…A condition de prendre suffisamment de recul.

Regardons ainsi l’imbroglio au ministère des finances. Si Xavier Duval rafle souvent le titre de ministre des finances africain de l’année, les spécialistes locaux le jugent sans substance ni vision.

Pour ne rien arranger, alors qu’il aborde la ligne droite de son prochain budget, Duval perd son bras droit Ali Mansoor. Connu pour son approche « no-nonsense » à la limite de l’impolitesse et son penchant « business friendly ».

A peine Mansoor parti, il est remplacé, non pas par un proche de Duval, mais par Dev Manraj. Devenu le joker en puissance du Premier ministre à chaque situation difficile.

C’est là qu’il devient crucial de prendre du recul afin de ne pas se perdre dans le chaos ambiant. En faisant coïncider le temps budgétaire au temps électoral.

Installé au pouvoir en décembre 1995, Navin Ramgoolam avait appelé les Mauriciens aux urnes dès septembre 2000. Il n’avait pas, non plus, attendu 5 ans pleins… après sa reconquête de juillet 2005 pour fixer les élections au 5 mai 2010. On peut ainsi raisonnablement prédire que les prochains scrutins auront lieu au plus tard fin mars 2015.

Mais voila, la campagne se déroulera alors en pleine saison cyclonique. Période à laquelle ne sont jamais organisées des scrutins nationaux. A l’exception des Legislative Council elections du 9 mars 1959.

Reste donc la possibilité [et ce sera là une première pour Ramgoolam] de les fixer bien après mai 2015. Ou ce qui est plus probable… en décembre 2014.

Voila qui remet du coup les deux prochains discours budgétaires de Xavier Duval en perspective. Celui qu’il va prononcer dans quelques jours pourrait ainsi donner le ton électoral. Avant que celui de novembre – ou même fin octobre 2014 ‑ ne parachève le plan de Ramgoolam. Dont on dit qu’il se résout désormais à aller seul aux prochaines élections.

A l’opposé de ses prédécesseurs bravaches, Duval aime à redire qu’il ne présente pas SON budget mais celui de l’alliance Travailliste/PMSD.  Il ne croira pas si bien dire à partir de maintenant. Flanqué d’un Financial Secretary en service commandé par le PMO…et probablement sommé d’exécuter une liste de commissions essentiellement rédigée par Ramgoolam et ses conseillers.

Duval retournera vite à ses premiers amours : la comptabilité et l’équilibre des comptes. En laissant la politique économique, ou plutôt la politique tout court, à celui qui a désormais un unique objectif : activer le dispositif économique qui lui fera gagner les prochaines élections.


Poison au menu

Obnubilés par la politicaillerie, les médias serviront dès demain à leur audience le quota de polémiques (vraies ou fantasmées), phrases assassines et « body language » censé dire quelque chose. On en oublierait presque qu’il y a du poison au menu de cette rentrée parlementaire. La toujours efficace Leela Devi Dookhun pose, en effet, deux questions de la plus haute importance au ministre de l’Agro-industrie. Elle interroge Satish Faugoo sur ce que tous les Mauriciens ingurgitent à petite dose, et sans s’en rendre compte, depuis des années.

La députée veut savoir, d’une part, si des analyses régulières sont effectuées sur les fruits et légumes vendus au marché pour y déceler des résidus de pesticides et, si oui, en connaître les résultats. D’autre part, l’élue du MSM demande au ministre de l’Agro-industrie si le même type de test est effectué pour détecter, dans l’eau prélevée des nappes phréatiques, la présence de résidus chimiques issus de l’agriculture. Leela Devi Dookhun soulève, là, une question de santé publique cruciale. Le drame, toutefois, c’est que ni les autorités, ni les médias et encore moins le grand public n’accordent à ce sujet l’intérêt qu’il mérite.

Les conséquences du laisser-aller dans ce domaine peuvent, pourtant, être gravissimes. Des études effectuées sur de longues périodes ont permis de déterminer qu’il existe un lien direct entre la présence de résidus de pesticides sur les fruits et légumes et la prévalence de certains types de cancer. C’est ce que démontre un rapport, publié en juin, de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale en France. D’autres études ont, elles, souligné la relation entre la sur-utilisation de pesticides et la survenue de certains désordres neurologiques et hormonaux.

A Maurice, l’absence d’analyses systématiques et de données sur le long terme ne permet pas encore d’établir une relation directe entre la progression constatée des différents types de cancer dans le pays et l’utilisation outrancière de pesticides dans nos champs. Si le lien de causalité n’est pas encore établi, la sur-utilisation des pesticides, fongicides et autres herbicides dans nos champs a, elle, bien été constatée.

Ainsi, en 2012, la moitié des fruits et légumes analysés par le ministère de la Santé contenaient des traces de pesticides. Malgré cela, certaines personnes, comme le directeur adjoint de l’Agricultural Extension & Research Unit (AREU), Ramesh Rajcumar, se montrent rassurantes en affirmant que les taux constatés ne sont pas susceptibles de mettre en danger la santé de la population. Manifestement, le gouvernement n’est pas du même avis que le responsable de l’AREU. Car le 22 mars dernier, le conseil des ministres a avalisé l’élaboration d’un Ecological Agriculture Action Plan visant à réduire l’utilisation de pesticides chimiques tout en promouvant les moyens alternatifs de contrôler les maladies et espèces nuisibles.

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Labélisé « Maurice Ile Durable », ce plan d’action – dont on attend toujours la version finale – doit impérativement révolutionner la manière dont le sujet de la sur-utilisation de pesticides est traité à Maurice. Car jusqu’ici, le ministère de l’Agro-industrie ne s’est donné que très peu de moyens d’action dans le domaine. Au fil des derniers budgets, le « Programme 483: Development of Non-Sugar (Crop) Sector » du ministère de Faugoo a fait du « Monitoring of pesticide residue levels on crop produce » l’un de ses « Priority objectives ».

Mais une lecture des récents « Programme based budgets » ne permet malheureusement pas de quantifier la « priorité » accordée à la question. On n’y trouve, en effet, aucune indication du budget octroyé pour le suivi de la présence de pesticides sur nos fruits et légumes, encore moins le nombre de tests effectués sur ces produits agricoles. En fait, c’est en cherchant dans les documents budgétaires pour les années 2010 et 2011 qu’on a un début de commencement de réponse.

On découvre ainsi qu’en 2010, 225 tests ont été effectués sur nos fruits et légumes. Suivi d’un bond de géant de… 11 % pour les années suivantes, portant le nombre total de tests à 250 par an. En moyenne – en éliminant les weekends et jours fériés –, le ministère effectue ainsi à peine un test par jour pour déceler la présence de pesticides sur les fruits et légumes de nos marchés. C’est dire la colossale attention qu’accordent jusqu’ici le ministère et le gouvernement à la question !

Le temps n’est toutefois plus à la raillerie. Une question de santé publique aussi cruciale mérite qu’on y accorde l’intérêt qu’il mérite. Satish Faugoo a beaucoup de comptes à rendre. Leela Devi Dookun a beaucoup de questions à poser. Au-delà des points politiques à marquer, l’exercice de demain doit pouvoir établir deux choses : d’abord, les actions concrètes que prend le gouvernement pour solutionner ce problème. Ensuite, un calendrier précis avec des moyens engagés et chiffrés pour faire en sorte que 1,3 million de Mauriciens n’aient pas du poison au menu à chaque fois que – croyant bien faire –, ils achètent des fruits et légumes du marché.

Le reste. Le grand retour de Bérenger. La mine Ramgoolam. Tout le reste est secondaire.


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