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Alice au pays des merveilles

Ce texte a été publié le 13 mai 2007. Mais je trouve qu’il redevient d’actualité. Lisez entre les lignes. Le même climat recommence à planer dans le pays…

Mark Twain disait que Maurice avait servi de modèle pour le Paradis. À bien y réfléchir, Maurice aurait également beaucoup inspiré un autre écrivain du 19e siècle. Si Lewis Caroll visitait le pays aujourd’hui, il se rendrait compte que « Le pays des merveilles » qu’il décrit dans son récit existe. Nous y vivons, nous Mauriciens !

Notre île, comme le pays des merveilles, a un monarque. Le roi des cœurs, Navin Ramgoolam, qui règne sans partage. Celui-ci est ce que Caroll pourrait rêver de mieux. Car il rassemble à lui seul les traits de caractère de sa reine et de son roi de cœur. Comme la souveraine, Ramgoolam est capable d’une cruauté expéditive envers des personnalités dont la compétence ne souffre pourtant d’aucune contestation. La reine de cœur ordonne « qu’on leur coupe la tête ». Ramgoolam, lui, exige qu’on « leve paké allé »

Ce même Ramgoolam dans une désolante mue, peut aussi se transformer en roi des cœurs indulgent à l’extrême envers certains de ses ministres dont l’incompétence, dans l’action et l’inaction est flagrante. Leurs interlocuteurs le relèvent systématiquement. Leurs proches collaborateurs s’en désolent. L’entourage du roi des cœurs croyant bien faire, l’encourage à croire que tout est bien dans le meilleur des mondes. Mais comme dans le livre, les conseils de la chenille bleue ne sont pas toujours bons à prendre. Car ils ont parfois de fâcheuses conséquences. Mais qu’importe, le roi Navin a décrété, paraît-il, qu’il ne procédera à aucun remaniement pour l’heure. « Quod principi placuit »… disaient les Romains. Ce qui plaît au prince est loi !

En face du roi et de sa bande d’incompétents, le lapin blanc panique. S’agite de plus en plus. Dans le bouquin il court obsessionnellement contre la montre pour ne pas arriver en retard. À Maurice, il court pour sauver sa peau. Car ici, on compte faire du civet de lapin blanc et en distribuer à tout le pays. Le lapin blanc se dit que s’il était marron, il passerait inaperçu dans la masse des lapins de même couleur. Mais trop tard, le roi l’a vu. Il a beau avoir été utile – même servile parfois, son heure semble toutefois arrivée…
alice
De loin, à Maurice, nos syndicats, en véritable chat du Cheshire regardent tout ce ramdam avec un intérêt mitigé. C’est vrai qu’ils sont occupés à critiquer aussi bien le roi des cœurs que le lapin blanc. Mais l’étonnement d’Alice, en voyant le chat du Cheshire disparaître complètement jusqu’à qu’il ne reste plus que son sourire, est d’actualité. Perturbée, elle remarque qu’elle a souvent vu des chats sans sourire. Mais c’est la première fois qu’elle voit un sourire sans chat. À Maurice, on a souvent vu des syndicats sans plate-forme officielle pour revendiquer leurs droits. Mais nous n’avions encore jamais vu une plate-forme officielle (le « National Pay Council ») sans syndicats. Tout a un début…

Avouez que ce pays des merveilles a de quoi dérouter même les plus mesurés et contemplatifs d’entre nous. Toutefois, l’inventaire des personnages de Caroll et leurs équivalents à Maurice ne serait pas complet si on ne parlait pas du chapelier fou.

À ce sujet, miracle ! À Maurice, nous n’avons pas un, mais des chapeliers fous. Le personnage du livre est condamné à vivre perpétuellement à l’heure du thé. Les nôtres aussi vivent dans un autre temps.

Ils le démontrent quand ils demandent qu’une madame Toorab en maillot de bain ne figure pas dans les manuels de nos enfants. Ils l’établissent également quand, à l’heure de la mondialisation des échanges, ils ne jurent que par le contrôle des prix. Enfin, ils le prouvent aussi quand ils cherchent à raviver de vieilles querelles pour détourner l’attention du public vers des « ennemis » et « exploiteurs » tout trouvés.

« Et Alice dans tout ça ? », vous demandez-vous. Eh bien Alice, c’est nous, les Mauriciens. Avec les mêmes « défauts » : un excès de courtoisie et de docilité. Qui nous amène à laisser le roi de cœur et tous ces personnages improbables agir à leur guise. Voilà le pays et le peuple des merveilles !

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Consternant

Le débat aurait sans doute pu être encore plus intéressant. Mais voila, discuter pour faire la part des choses entre perception et réalité de l’insécurité dans le pays…ce n’est pas si facile. Voila donc une autre discussion qui part complètement en vrille!

Je commence vraiment à me convaincre que les Mauriciens, par je ne sais quel mutation culturelle ou génétique, ont développé une inaptitude à débattre sereinement. Sans s’invectiver, se traiter de raciste ou d’autres noms d’oiseaux.

Consternant!


Débat sur le débat

Le débat politique n’est pas confiné entre les murs de notre Parlement ou ceux des bureaux politiques de nos partis. Les débats, sur des questions bien réelles et de brûlante actualité, se déroulent aussi désormais dans le monde virtuel. Un tel débat fait actuellement rage sur le site communautaire « Facebook ». Il oppose deux groupes autour de l’« Aquatic Business Activities Bill » (ABAB). Une loi permettant à des opérateurs privés d’exploiter certaines parties du lagon. Ce débat est animé dans les deux camps par des jeunes gens sensés au prime abord. De jeunes étudiants ou professionnels qui se préoccupent sans doute tous de l’avenir du pays.

Mais la tournure qu’a prise le débat trahit malheureusement une des faiblesses des Mauriciens – leur inaptitude à débattre ! En effet, très vite les deux camps se sont mis à s’invectiver. Et l’une des insultes la plus politiquement correcte auprès des jeunes « net citizens » a commencé à fuser. Les deux camps ont en effet commencé à se qualifier mutuellement de « raciste » ou rétrograde. De sorte que désormais, le débat sur le débat consiste presque à répondre à la question suivante : « Est-on raciste si l’on s’oppose à l’ABAB ? » On se rend compte de l’absurdité de ce genre d’argumentaire !

Les modérateurs Internet observent assez scrupuleusement une règle non écrite pour décider du sort et de la longévité d’un fil de discussion sur un forum. En effet, beaucoup d’entre eux jugent qu’on doit clore une discussion dès que les personnes qui y participent commencent à se traiter mutuellement de raciste, antisémite ou d’autres insultes de ce type. Faut-il clore ces débats sur « Facebook » ? Certainement pas !

A samedi soir, 110 personnes faisaient partie du groupe pro-ABAB tandis que 1 249 personnes soutenaient les anti. Il faut bien admettre qu’il est exceptionnel et même très encourageant de voir qu’autant de personnes s’intéressent aux politiques du gouvernement en matière économique et environnementale. On ne peut tuer cette « net-citizenship » locale naissante. Il faut l’encourager. Mais pas non plus l’inciter à reprendre les travers de nos politiciens.

Leur influence malsaine sur les participants à ce débat nous semble évidente. En effet, quels argumentaires et contre argumentaires chocs nos députés servent-ils au Parlement ? Si ce ne sont les très classiques « batchiara » « lariaz » « pagla mamou » « moutouk ». Le Premier ministre, Navin Ramgoolam n’est pas exempt de tous reproches. On questionne l’exploitation commerciale de l’îlot Gabriel par l’un de ses proches ? Il rétorque que c’est une attaque raciste ! Quand l’exemple vient d’en haut, des jeunes gens les mieux intentionnés finissent parfois par le suivre. C’est ainsi que nous pensons que des jeunes gens bien sous tous rapports, qui respectent peu ou prou Navin Ramgoolam, parce qu’il est le boss de leur boss, ou l’ami de leur père, finissent par adopter, faute d’autres arguments, le même registre que lui.

Toutefois l’on ne peut pas s’empêcher de penser que des opposants aveugles à un régime en place trouveront toujours moyen de surfer sur une vague d’indignation contre celui-ci. Aussi, nous sommes certains que quelques-uns des 1 249 membres anti-ABAB, ont surtout un problème à régler avec le gouvernement. Mais même si l’on est anti-ABAB jusqu’à la moelle, certaines vérités demeurent coriaces.

Ainsi, on ne peut nier que le sous-sol de Maurice n’abrite ni pierre précieuses ni minerai. Notre zone économique exclusive n’est pas encore connue pour receler des réserves de pétrole phénoménales. Maurice a peu de ressources. Et nos lagons comptent parmi les seules dont nous disposons et qui soient exploitables. Cette rareté des ressources nous oblige presque à devoir l’exploiter. Cela de manière intelligente et surtout, durable.

Le débat sain, selon nous, est de déterminer comment on pourra tirer profit convenablement de nos lagons en tenant en compte aussi bien les aspects sociaux, écologiques et économiques. Nos « net citizens » sont suffisamment intelligents pour arrêter de se traiter de racistes. Arrêter de prôner le tout ou rien autour de l’ABAB. Pour enfin débattre ensemble autour de la seule question qui vaille : comment et que faire pour mieux exploiter nos lagons ?

publié le 27 juillet 2008


Voice of crétins

La nature humaine est parfois prévisible. Tout comme la petitesse d’esprit qui caractérise certains de nos compatriotes. Nos hommes politiques – dont le premier d’entre eux, Navin Ramgoolam, le Premier ministre – ne sont pas des devins. Mais cela ne doit nullement les empêcher de savoir que certains types de comportements engendrent des dérapages. Et que les incartades répétées d’un groupe sectaire finissent irrémédiablement par mener à la naissance ou à l’intensification des activités d’autres groupes similaires. Mais il n’est jamais trop tard pour réagir. Nos politiques doivent apprendre de ce qui se passe actuellement avec la « Voice of Hindu » (VOH). Et en tirer les conclusions qui s’imposent.

Oui, nous sommes cyniques, en pensant que le fait que la VOH arrête la distribution de méthadone dans un hôpital ne doit être qu’une considération secondaire du débat. Cet incident doit servir de prétexte pour examiner l’état de santé des mouvements sectaires dans le pays. Et la manière dont le pouvoir et les partis politiques continuent ou pas à leur accorder une légitimité plus ou moins grande.

D’abord, examinons la dynamique actuelle du mouvement sectaire dans le pays. Cette semaine, nous avons appris que le groupuscule « Zamzam » s’est ragaillardi en prévenant que si VOH et La Voix Kreol défendent ardemment les intérêts de leurs communautés respectives, Zamzam se ferait désormais un devoir de défendre « par tous les moyens » les intérêts de la communauté musulmane. Si cela ne ressemble pas à une escalade, il faudrait qu’on nous explique ce que c’est !

Nous l’avons rappelé ici, d’autres commentateurs l’ont fait ailleurs : c’est le pouvoir – et notamment l’actuel Premier ministre et son prédécesseur, Paul Bérenger – qui a permis d’asseoir la fausse légitimité des groupes sectaires comme la VOH. Bérenger s’est fait un devoir de répondre à leurs invitations durant son « priministership ». Ramgoolam s’est montré tout aussi bienveillant. En remarquant, lors d’un entretien accordé à « l’express » en avril, que « le système est ainsi ». Qu’il n’allait pas « se mettre à dos ces gens-là » en n’assistant pas à leurs fonctions. Le Premier ministre conclut en espérant que « les choses vont changer avec le temps ». Il a tort. Nous attendons justement qu’il fasse changer les choses. Par son action et son attitude. Vite.

« Je ne vais pas tolérer quiconque voulant prendre la loi entre ses mains. » Voici donc l’insipide réponse du Premier ministre suite aux agissements de la VOH ! Belle déclaration passe-partout ! Selon nous, le PM devrait la garder au chaud. Car il ne devrait avoir aucune difficulté à la ressortir si jamais un habitant de Rivière-des-Anguilles ou de n’importe où dans le pays passe deux flics à tabac en protestant de l’arrestation – qu’il considère injuste – de son voisin. Non, nous attendons plus du Premier ministre !

Nous attendons que Ramgoolam dise qu’il n’accorde plus aucune crédibilité à tout groupement de défense d’intérêts sectaires. Et qu’il ne compte donc pas en faire des interlocuteurs privilégiés dans son action politique. Nous attendons qu’il annonce que la police sévira durement contre toute incartade ou manifestation illégale de mouvements de ce type. Nous nous attentons à ce qu’il annonce qu’il ne participera plus à aucune activité organisée par des mouvements sectaires et que de surcroît, ceux-ci seront désormais « persona non grata » au bâtiment du Trésor. Bref, nous nous attendons qu’un véritable cordon sanitaire soit installé entre l’hôtel du gouvernement et les esprits rétrogrades qui animent les mouvements sectaires.

Toutefois, plus que jamais, Ramgoolam gagnerait à se montrer soupçonneux. Etonnamment, il faudrait qu’il se méfie en premier lieu de ces organisations socioculturelles « légitimes » qui condamnent avec véhémence l’action de la VOH. En se lançant au passage dans de grandes envolées pour démontrer à quel point elles sont adeptes de l’« ahimsa » et œuvrent pour le bien-être de tous les citoyens de la République.

Mais nous connaissons la réalité. Toutes les associations socioculturelles vivent et développent leur puissance et leur influence en s’appuyant sur leur proximité avérée ou prétendue avec le pouvoir. Irrémédiablement, une fois adoubées par le pouvoir en place, elles se transforment en groupes de pression qui croient pouvoir décider de ce qui peut être affiché sur un « billboard », lu dans des bouquins ou fait dans nos chambres à coucher.

Non, si Ramgoolam veut se défaire du sectaire, du socioculturel ou socioreligieux, il gagnerait à transformer les organisations non extrémistes en simples partenaires culturels. Dont les interactions avec le gouvernement se limiteraient à l’organisation de telle fête culturelle ou religieuse. Cela devrait leur convenir comme boulot !

publié le 6 juillet 2008


Au pays des merveilles

Mark Twain disait que Maurice avait servi de modèle pour le Paradis. À bien y réfléchir, Maurice aurait également beaucoup inspiré un autre écrivain du 19e siècle. Si Lewis Caroll visitait le pays aujourd’hui, il se rendrait compte que « Le pays des merveilles » qu’il décrit dans son récit existe. Nous y vivons, nous Mauriciens !

Notre île, comme le pays des merveilles, a un monarque. Le roi des cœurs, Navin Ramgoolam, qui règne sans partage. Celui-ci est ce que Caroll pourrait rêver de mieux. Car il rassemble à lui seul les traits de caractère de sa reine et de son roi de cœur. Comme la souveraine, Ramgoolam est capable d’une cruauté expéditive envers des personnalités dont la compétence ne souffre pourtant d’aucune contestation. La reine de cœur ordonne « qu’on leur coupe la tête ». Ramgoolam, lui, exige qu’on « leve paké allé ».

Ce même Ramgoolam dans une désolante mue, peut aussi se transformer en roi des cœurs indulgent à l’extrême envers certains de ses ministres dont l’incompétence, dans l’action et l’inaction est flagrante. Leurs interlocuteurs le relèvent systématiquement. Leurs proches collaborateurs s’en désolent. L’entourage du roi des cœurs croyant bien faire, l’encourage à croire que tout est bien dans le meilleur des mondes. Mais comme dans le livre, les conseils de la chenille bleue ne sont pas toujours bons à prendre. Car ils ont parfois de fâcheuses conséquences. Mais qu’importe, le roi Navin a décrété, paraît-il, qu’il ne procédera à aucun remaniement pour l’heure. « Quod principi placuit »… disaient les Romains. Ce qui plaît au prince est loi !

En face du roi et de sa bande d’incompétents, le lapin blanc panique. S’agite de plus en plus. Dans le bouquin il court obsessionnellement contre la montre pour ne pas arriver en retard. À Maurice, il court pour sauver sa peau. Car ici, on compte faire du civet de lapin blanc et en distribuer à tout le pays. Le lapin blanc se dit que s’il était marron, il passerait inaperçu dans la masse des lapins de même couleur. Mais trop tard, le roi l’a vu. Il a beau avoir été utile – même servile parfois, son heure semble toutefois arrivée…

De loin, à Maurice, nos syndicats, en véritable chat du Cheshire regardent tout ce ramdam avec un intérêt mitigé. C’est vrai qu’ils sont occupés à critiquer aussi bien le roi des cœurs que le lapin blanc. Mais l’étonnement d’Alice, en voyant le chat du Cheshire disparaître complètement jusqu’à qu’il ne reste plus que son sourire, est d’actualité. Perturbée, elle remarque qu’elle a souvent vu des chats sans sourire. Mais c’est la première fois qu’elle voit un sourire sans chat. À Maurice, on a souvent vu des syndicats sans plate-forme officielle pour revendiquer leurs droits. Mais nous n’avions encore jamais vu une plate-forme officielle (le « National Pay Council ») sans syndicats. Tout a un début…

Avouez que ce pays des merveilles a de quoi dérouter même les plus mesurés et contemplatifs d’entre nous. Toutefois, l’inventaire des personnages de Caroll et leurs équivalents à Maurice ne serait pas complet si on ne parlait pas du chapelier fou.

À ce sujet, miracle ! À Maurice, nous n’avons pas un, mais des chapeliers fous. Le personnage du livre est condamné à vivre perpétuellement à l’heure du thé. Les nôtres aussi vivent dans un autre temps.

Ils le démontrent quand ils demandent qu’une madame Toorab en maillot de bain ne figure pas dans les manuels de nos enfants. Ils l’établissent également quand, à l’heure de la mondialisation des échanges, ils ne jurent que par le contrôle des prix. Enfin, ils le prouvent aussi quand ils cherchent à raviver de vieilles querelles pour détourner l’attention du public vers des « ennemis » et « exploiteurs » tout trouvés.

« Et Alice dans tout ça ? », vous demandez-vous. Eh bien Alice, c’est nous, les Mauriciens. Avec les mêmes « défauts » : un excès de courtoisie et de docilité. Qui nous amène à laisser le roi de cœur et tous ces personnages improbables agir à leur guise. Voilà le pays et le peuple des merveilles !
publié le 13 mai 2007


Tous créoles

C’est avec un sentiment inhabituel qu’on lit le carton d’invitation. Les armoiries de la République de Maurice sont bien visibles au milieu du bout de papier bristol. Mais contrairement à son habitude, l’État, qui parle anglais à tout le monde, sans nécessairement se faire comprendre, s’adresse cette fois-ci à nous dans notre seule langue commune. « Dan kad premie festival internasional kreol dans Moris » nous sommes priés d’assister à une conférence « lor tem : ki kreolite ? » Cela fait quelque chose de recevoir une invitation de l’État qui vous est adressée dans la langue que vous utilisez tous les jours.

Mais le créole au-delà d’être la langue commune à chaque Mauricien est surtout, une identité propre à d’autres. Mais est-elle seulement ethnique ? Nous ne prétendons pas participer aux débats savants sur la « créolité » ou de tenter une définition du mot. Mais c’est avec la naïveté de celui qui ne comprend pas ce mot, que nous nous posons des questions. Car malgré les mille définitions que donnent dictionnaires, encyclopédies et recherches universitaires du mot créole, aucune ne sonne juste. Aucune ne semble correspondre à cette réalité si complexe que nous vivons à Maurice.

Posons donc les questions. Doit-on obligatoirement avoir un peu de sang d’esclave d’Afrique qui coule dans ses veines pour être créole ? Est-ce un certain type de comportement, une habitude alimentaire précise qui détermine si on est apte à être appelé créole ? Naît-on créole ? Mais au-delà de ces interrogations, la question essentielle n’est-elle pas celle-ci : ne sommes-nous pas tous créoles à Maurice ?

Quel sacrilège que de dire ça, devez-vous vous dire en lisant l’énormité de la question. C’est impensable ! Vous qui vous considérez d’abord comme un bon hindou, de souche indienne pure. Vous traiter de « créole » équivaut presque à vous insulter ! Ou alors vous, dont l’ascendance européenne ne fait aucun doute. Vous acceptez volontiers de partager votre église avec le « créole ». Mais le partage s’arrête là… il ne faut pas trop pousser quand même. Car, après tout, vous êtes différents « d’eux » !

Et pourtant, pris d’un coup de sang, tout humain que vous êtes, vous céderez aux mêmes bas instincts « qu’eux » en utilisant les mêmes insultes pour fustiger la personne qui vous aura énervé. C’est peut-être un indice qui révèle une réalité profonde, indéniable. Chaque Mauricien porte en lui sa part de « créolité ».

Elle se manifeste d’ailleurs sans qu’il ne s’en rende compte. Quand il rit en regardant Komiko interpréter, à sa manière, le quotidien d’une famille créole dont les préoccupations, bien que caricaturées, ne sont pas si éloignées de n’importe quelle autre famille du pays. Mais aussi quand, au détour d’une chanson des Bhojpuri Boys, vous ne savez plus vraiment si c’est une musique « indienne » que vous écoutez ou tout simplement un « séga » chanté dans une langue autre que le créole. Enfin, vous êtes aussi créole quand vous préférez un morceau de pain tartiné d’un « chatini de chevrettes » à un bout de saumon fumé insipide. On s’en rend compte, le mot créole peut finalement se substituer à celui de Mauricien. Car c’est bien d’une même identité dont nous parlons.

Nous sommes tous créoles, comme nous sommes tous Européens ou Indiens. Et il serait dommage, donc, que le Festival international kréol ne soit réduit qu’à la célébration d’une identité ethnique. L’événement doit devenir la commémoration de ce que nous avons en commun entre nous dans le pays. Mais aussi de ce que nous partageons avec d’autres peuples éparpillés dans le monde. Tout comme le jour anniversaire de l’arrivée des travailleurs engagés à Maurice doit devenir une date à laquelle les Mauriciens réfléchissent sur leurs origines et le parcours de leurs aïeux. Plutôt que d’en faire une fête quasi-religieuse durant laquelle diverses organisations hindoues s’accaparent l’Aapravasi Ghat, un lieu appartenant à tous les Mauriciens et même depuis juin à l’humanité entière.

On ne peut toutefois s’empêcher d’être cynique. Et de se demander si nos politiques se résigneront un jour à permettre aux Mauriciens de laisser se développer leur identité commune. Car cela leur compliqueraitla tâche. Au lieu de trouver facilement un hindou, un musulman ou un blanc à caser dans la circonscription qu’il faut. Il leur faudra trouver 60 Mauriciens à aligner dans les 20 circonscriptions du pays. On s’en rend compte… le monde politique n’a pas intérêt à ce que nous soyons un jour tous créoles !

publié le 3 décembre 2006


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