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Efficace comme l’Icac

La méthode est usitée. Elle a été pratiquée aussi bien par Navin Ramgoolam que par Paul Bérenger quand ce dernier était Premier ministre de 2003 à 2005. Si un rapport ou un classement international dit du bien du pays, il faut immédiatement s’en saisir et clamer la paternité du bon score. Si par contre, le même document, émanant de la même institution, dit le contraire,il convient d’en minimiser les conclusions. En affirmant que l’institution en question n’est pas crédible. Ramgoolam et Bérenger l’ont déjà fait au sujet des rapports de Transparency International (TI) sur la perception de la corruption à Maurice. Voilà que Manoj Kumar Ujoodha, le directeur de la commission anticorruption, s’y met aussi !

Dans un entretien accordé à l’express ce vendredi, ainsi que lors d’un forum sur la corruption dans la fonction publique le même jour, Ujoodha a expliqué qu’il ne faut pas faire grand cas des sept places perdues par Maurice dans le dernier rapport de TI. D’une part, le patron de l’Icac estime que le classement est faussé parce qu’il ne tient pas compte d’autres études comme celles de Mo Ibrahim ou de Freedom House où Maurice est mieux notée.

D’autre part, Ujoodha affirme que même si la perception publique veut que la corruption gagne du terrain, ce n’est en rien une mauvaise chose en soi. Car cela démontre, selon lui, que les campagnes de sensibilisation de l’Icac ont fait mouche et ont conduit davantage de Mauriciens à comprendre ce qu’est la corruption et donc à rapporter plus de cas… nourrissant ainsi la perception d’une corruption rampante. Au jeu de « qui perd gagne », Ujoodha semble imbattable. Ainsi donc si le public pense qu’il y a davantage de corruption… c’est que l’Icac fait bien son travail. La commission anticorruption serait-elle donc devenue une redoutable machine à communiquer ?

Pas du tout ! Le patron de l’Icac et ses conseillers en com’ commettraient une très grave erreur en pensant que leur institution jouit d’une quelconque image d’efficacité auprès du grand public. Car la « marque » Icac souffre d’un grave déficit de notoriété et de sérieux. En effet, quelque chose ne va pas avec cette marque. Il y a quelques années, l’institution avait trouvé une « brand promise » des plus accrocheuses pour nous parler à nous, ses clients : « L’Icac pa guet figir pou azir. » Depuis, certes, elle a arrêté quelques poids lourds politiques. Notamment Maya Hanoomanjee, alors encore ministre de la Santé, et son leader Pravind Jugnauth.

Mais une arrestation n’équivaut pas à une condamnation. Aussi, pour l’heure, si l’Icac s’enorgueillit de n’avoir pas « get figir » en arrêtant des personnalités soupçonnées de corruption, a-t-elle jusqu’ici réussi à ne faire condamner que des fonctionnaires anonymes. Coupables d’un petit lamone dite ici ou d’un modeste « bribe » là. C’est cette réalité-là aussi qui fait croire aux Mauriciens que les pêcheurs de l’Icac ont décidément un filet bien spécial, comme calibré pour laisser s’échapper les gros poissons.

Toutefois, ce n’est pas seulement le « brand promise » de l’Icac qui est en cause. Plus fondamentalement c’est sa manière d’être et de paraître auprès du grand public qui est à revoir. Ainsi, l’Icac organise chaque année en décembre des campagnes de sensibilisation à travers différents médias. Mal pensées, celles-ci sont invariablement ternes, donc peu efficaces. Il y a deux ans, par exemple, la commission nous avait gratifiés d’une campagne d’affichage à travers le pays. Le poster géant montrait une foule de mots dont l’immense majorité restait indéchiffrable à ceux qui passaient près du panneau. On retenait qu’il fallait « Say No ». Mais à quoi et comment ? On ne le savait pas trop…

Le pire, c’est que l’Icac ne semble pas vouloir apprendre de ses erreurs communicationnelles du passé. Ainsi, en ce moment même, une affiche géante de trois mètres sur quatre trône à une vingtaine de mètres du sol, sur le toit du quartier général de l’Icac au Quai D. Sauf que le panneau en question est illisible. Même doté d’un oeil de lynx, on ne déchiffre rien de ce qui y est écrit depuis l’autoroute où passent des dizaines de milliers de Mauriciens chaque jour. Même chose pour la campagne radio qu’organise actuellement la commission : un spot monotone ressassant des informations que tous les Mauriciens connaissent déjà. L’Icac, au final, pourrait elle-même être une victime de la perception. En effet, les hommes qui la dirigent croient sans doute qu’ils abattent un excellent travail. Quand, en fait, l’ensemble des Mauriciens pense exactement le contraire !

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La Guerre des Politiques : le Retour de SAJ

Ce sera le blockbuster de l’été. Mon édito du jour sur Radio One était consacré au film qui sortira bientôt dans toutes les salles du pays…

La Guerre des Politiques, Episode III: le Retour de SAJ.


Méfions-nous des « vérités »

Désodorisant, désinfectant et brosse à récurer. C’est à peu près le matériel qu’il faut pour nettoyer la porcherie dans laquelle vit actuellement notre classe politique. En effet, il ne se passe plus une semaine sans que l’on suppute qu’un (ex ou actuel) ministre a trempé dans des affaires louches. Ou alors, que tel nominé politique a outrepassé les limites de ses fonctions ou carrément enfreint nos lois. Doit-on se réjouir de ce grand déballage ? Sur le principe : oui.

Il ne fait aucun doute que l’animosité que certains partis politiques se vouent depuis quelques semaines est propice à la révélation de certaines « affaires ». Ainsi, plus l’éventualité d’une alliance MSM-Parti travailliste devient infinitésimale, plus la propension à dénoncer les turpitudes des alliés d’hier devient grande de part et d’autre. Le citoyen devrait normalement se réjouir de voir la vérité éclater au grand jour. Toutefois, l’on ne peut s’empêcher de s’interroger sur les motivations profondes de nos
« deep throat » locaux.

C’est que la « vérité » est non seulement devenue un outil de manipulation et de règlement de comptes, mais aussi une arme de dissuasion parmi nos politiques. Cette semaine, les ministres Satish Faugoo et Michael Sik Yuen ont été happés par deux « affaires » à Rose-Belle Sugar Estate et à la Small and Medium Enterprise Development Authority. Ils nient cependant toute implication. Bien évidemment, la Commission anti-corruption (ICAC) ne révélera pas le(s) nom(s) du/des whistleblower(s) qui l’a mise sur ces pistes. Mais on peut aisément deviner d’où le coup de sifflet est parti…

Dans d’autres cas, pas besoin de supputations. Showkutally Soodhun devrait ainsi illustrer très bientôt, et de fort belle manière, la façon dont les « révélations » peuvent n’être rien d’autre que des tentatives de manipulation. En effet, celui qui a « dévoilé » que le Premier ministre et l’ancien patron de la clinique MedPoint auraient discuté affaire, serait soudain moins sûr de lui. Devant la Commission anti-corruption, il prétendrait désormais qu’il n’a fait que déduire qu’une rencontre a eu lieu à partir d’informations qu’il aurait reçues. Il n’est donc pas en mesure d’affirmer qu’il a dit la vérité…

Si l’on peut avoir un intérêt à manipuler la vérité, on peut gagner tout autant à la dissimuler. Voici deux mois que le nom d’un ex-ministre est évoqué dans l’affaire de la saisie de six conteneurs de bois de rose en provenance de Madagascar. Depuis la même période, au moins deux hautes personnalités de l’État semblent parfaitement au courant de l’implication de leur ancien collègue dans ce trafic. L’une de ces personnalités ne se serait d’ailleurs pas fait prier pour donner à son entourage quelques détails d’une autre grosse casserole que traîne cet ex-ministre.

Pourtant, quand cette personne a choisi d’aller chauffer les bancs de l’opposition, aucune révélation n’a été faite à son sujet. Pourquoi ? Par éthique ? Parce qu’au gouvernement, on n’a pas pour habitude d’achever un ennemi à terre. Par tactique ? Parce que le coup de grâce peut attendre un autre moment. Ou alors par peur ? Car la vérité, loin d’être l’enjeu d’une partie de « je te tiens, tu me tiens par la barbichette », peut en fait être le fondement d’une politique de dissuasion. La vérité ayant ici la fonction des bombes nucléaires dans la doctrine de « mutually assured destruction ».

En lisant cet éditorial, le lecteur non averti pourrait croire que seul deux partis se livrent au jeu de la manipulation et de la rétention d’information. Il aurait tort, car le troisième parti de l’échiquier, le MMM, ne peut en aucun cas se positionner comme le camp « père-la-vertu ». Les pourfendeurs autoproclamés de la corruption doivent se souvenir que plusieurs des leurs se sont retrouvés devant l’ICAC et l’Economic Crime Office dans le passé. Plus récemment, les mauves se sont également illustrés par leurs calculs et leur opportunisme en retirant des questions embarrassantes au Parlement. Ce parti est donc mal inspiré en dénonçant un match dans lequel il n’est finalement qu’un joueur tout aussi zélé que les autres.

Tout cela ne doit toutefois pas nous écarter de la recherche de la vérité. Dans cette tâche, le rôle de l’ICAC demeure crucial. C’est à elle qu’il appartient de déterminer les responsabilités dans les différentes « affaires » qui sont portées devant elle. L’enjeu pour la Commission anti-corruption demeure plus que jamais clair : déterminer s’il y a eu corruption et trouver les coupables. Qu’importe les jeux politiciens en cours.


En attendant 2013

Vulgarité, arrogance, naïveté… La liste des adjectifs qualifiant le comportement et l’attitude de Pravind Jugnauth s’allonge de jour en jour. La faute à une campagne d’explication à travers l’île qui s’avère calamiteuse. Depuis une semaine, plus le ministre des Finances dit qu’il n’a rien à voir avec le rachat de la clinique Medpoint par l’Etat, moins on a envie de le croire.

Est-ce à cause de son incapacité à convaincre que Pravind Jugnauth sombre dans la surenchère et menace à tour de bras l’opposition et la presse ? Ou alors « vinasha kale viparita buddhi ¹ », le proverbe sanskrit millénaire, se vérifie? Toute l’opposition et une partie des Mauriciens se posent ainsi sérieusement la question : les jours de Pravind Jugnauthet du MSM au gouvernement sont-ils comptés ? Tant certains faits et coïncidences semblent l’étayer.

Il y a d’abord cette série de commentaires venant des travaillistes. Rajesh Jeetah, le prédécesseur de Maya Hanoomanjee à la Santé, avait ouvert le bal. En commentant l’affaire Medpoint par un laconique « chacun assumera ses responsabilités ». Ensuite, Nita Deerpalsing, la directrice de la communication des rouges, s’est fait un devoir de rappeler que « ce qui est légal n’est pas nécessairement moral ».

Suren Dayal, Cader Sayed Hossen, Patrick Assirvaden, plus récemment Sheila Bappoo et Reza Issack, sont entrés dans la danse. Soit en montrant des signes d’agacement directs envers le leader du MSM ou alors en laissant entendre leur malaise autour du dossier Medpoint. Les us et coutumes du Parti travailliste sont connus. Les rouges rechignent à se prononcer publiquement sur des sujets prêtant à controverse. Sauf quand ils savent qu’ils ont l’appui (même tacite) du patron.

Si Ramgoolam s’est gardé de commenter l’affaire Medpoint jusqu’ici, il n’a pas non plus jugé utile de donner des signes ostensibles de soutien à son ministre des Finances. Au contraire, ses déclarations au sujet de ceux « qui vendent leur conscience »ou des conflits d’intérêts à éviter ont nourri d’âpres débats sur le sens à donner à ces propos.

Pis, de petites maladresses et oublis (volontaires ?) alimentent le malaise ambiant. Comme cette plaque d’inauguration de la New Customs House de Mer-Rouge qui ne fait pas mention de la présence de Pravind Jugnauth. Alors que celle marquant la pose de la première pierre du bâtiment en 2006 porte aussi bien le nom du Premier ministre que celui du ministre des Finances et patron de l’époque de la Mauritius Revenue Authority.

A tout cela, il faut ajouter la rapide progression de l’enquête autour de Medpoint. Les officiers de l’ICAC semblent en effet très zélés ces derniers temps. A croire que l’ordre leur a été intimé de travailler sur ce dossier avec la plus grande célérité. Ainsi, le Valuation Department du ministère des Finances,celui-là même qui a été chargé d’estimer la valeur de la clinique Medpoint, a reçu la visite d’enquêteurs de la cellule anticorruption cette semaine. Des documents ont été consultés. Des disques durs d’ordinateurs emportés. D’autres services du gouvernement et entreprises pourraient recevoir la visite del’ICAC dans les jours qui viennent. C’est dire le sérieux avec lequel le dossier Medpoint est traité.

D’aucuns pensent que tout cela va inévitablement conduire à l’implosion de l’Alliance de l’avenir. Quand Ramgoolam – dans les semaines voire les jours à venir –demandera au MSM de vider les bancs de la majorité tout en retenant éventuellement quelques éléments de valeur du parti soleil. Ce scénario paraît toutefois hautement improbable. Le Premier ministre n’a sans doute nullementl’intention de déstabiliser son gouvernement dès le début de son mandat. Il a probablement appris de ses déboires avec le MMM en 1997.

Du coup, l’agneau sacrificiel dans toute cette affaire paraît tout désigné : Maya Hanoomanjee. Le Premier ministre pourrait, en effet, être tenté de pousser la ministre de la Santé à la démission si les conclusions de l’enquête révèlent des manquements graves dans sa gestion du dossier Medpoint. L’affaire s’arrêtera alors là. Pour ne reprendre qu’en septembre 2013. Le renouvellement du mandat du président de la République sera alors la vraie occasion pour Ramgoolam de décider de l’avenir de son alliance. Un certain Rama Sithanen a appris, à ses dépens, que le couperet de Ramgoolam tombe avec des années de retard. Pravind Jugnauth pourrait, à son tour, le découvrir…

(1) Celui dont la fin est proche perd la raison.


ICAC, la gaffe

Que n’a-t-on pas dit sur l‘Independant Commission Against Corruption, notre agence nationale chargée de la lutte contre la corruption? Que c’est un bouledogue sans dents ! Qu’elle n’arrive pas à bien ficeler ses dossiers d’accusation et n’obtient donc que rarement des condamnations au tribunal ! Et enfin, qu’elle travaille à un rythme, disons… modéré !

Depuis la semaine dernière, il convient d’ajouter une nouvelle prouesse au palmarès des actes manqués de l’ICAC : celle de la campagne de communication irréfléchie. En effet, si vous avez emprunté les routes ou autoroutes du pays, vous êtes sans doute tombé sur ce panneau de pub 4×3:


Comme tout le monde, vous avez essayé de lire le message qui y figure. Sauf que les seuls mots vraiment lisibles du panneau sont : « SAY NO. » A moins d’être coincé pile devant le 4×3 dans votre voiture ou dans le bus, vous n’avez strictement aucun moyen de lire la centaine de mots figurant sur l’affiche. Dans le meilleur des cas, vous aurez retenu que  « trafic d’influence » « népotisme » et « conflit d’intérêts » figurent sur le panneau.

Est-ce là une campagne pertinente et utile pour marquer la 6e journée internationale de la lutte contre la corruption, célébrée le 9 décembre ? J’en doute fort !

Certes ce poster est également paru dans la presse. Mais là encore, de ce que j’ai pu recueillir comme avis autour de moi, personne n’a semblé vouloir s’attarder à lire ce concentré de mots. Résultat : encore une fois, une énième fois, l’ICAC loupe le coche !


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