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L’homme qui tombe a pic

Les deux points de vue s’entrechoquent. Certains pensent que ce sont les hommes qui font les institutions. D’autres affirment que c’est l’inverse qui est vrai. L’arrivée de Megh Pillay à la tête de la State Trading Corporation (STC) nous permettra sans doute de confi rmer laquelle de ces propositions est la plus valable.

Pillay prend la tête d’une institution dont le signe distinctif est son manque de transparence. La STC fonctionne ainsi depuis de nombreuses années. Mais depuis l’arrivée de Ranjit Soomarooah à sa tête en 2004, la perception d’opacité n’a fait que s’accentuer. C’est notamment l’autisme de l’institution autour du « small print » de ses contrats d’approvisionnement – on les compte en milliards de roupies – qui a alimenté toutes sortes de spéculations. Les conditions étranges qui ont mené à la décision de renouveler le contrat de Soomarooah sur une base mensuelle et son départ précipité ont achevé de convaincre la population que la STC lui cache des choses.

Enter Pillay. L’homme sait ce que c’est que d’être en permanence « answerable » à une foultitude d’interlocuteurs. De 1993 à 2005, lorsqu’il a dirigé successivement Mauritius Telecom (MT) et Air Mauritius (AM), Pillay n’a pas seulement rendu des comptes aux politiques qui l’avaient nommé à ces postes de responsabilité. En effet, il a dû composer avec des actionnaires et syndicalistes belliqueux, des partenaires stratégiques hégémonistes et trop intrusifs. Ainsi qu’à nous, ses clients exigeants, soucieux d’obtenir le meilleur service possible. En reprenant la barre de la STC, Megh Pillay doit donc savoir que les Mauriciens attendent des comptes de lui.

On peut raisonnablement penser que le nouveau patron de la STC est en mesure de satisfaire cette exigence de la population. Durant l’année financière se terminant au 30 juin 2008, la STC a géré Rs 29 milliards de revenus. Ces chiffres, Pillay les a souvent maniés quand il était à la tête de deux des plus grosses entreprises du pays. L’homme avait également été appelé à leur tête au moment où elles faisaient face à des défi s majeurs. Il a ainsi négocié avec un certain succès l’entrée de Maurice dans l’ère de l’Internet et permis à MT d’avoir les bonnes cartes en main pour affronter la libéralisation des télécoms. A AM, c’est au moment où l’ouverture de l’accès aérien était débattue avec vigueur que Pillay a eu pour tâche de concilier la mission de service public d’un opérateur aérien national à celui de rentabilité et d’efficience dans un contexte de concurrence.

Le nouveau patron de la STC apparaît donc doté de l’expérience nécessaire pour administrer une institution lourdement endettée et dont le  fonctionnement et les choix stratégiques (lait amul, farine turque, hedging) se sont souvent avérés calamiteux dans un passé pas très lointain. Mais voilà, si à MT et AM, Pillay était redevable à une multitude de partenaires, à la STC, il ne prendra ses ordres et ne rendra des comptes qu’au gouvernement.

Il serait intéressant de savoir si, lors de sa conversation téléphonique de jeudi avec Pillay, Navin Ramgoolam lui a également donné comme mandat de redorer le blason de la STC en rétablissant la confi ance des Mauriciens dans l’institution. Si c’est le cas, Pillay devra s’atteler durant les mois à venir à réconcilier la population avec la STC. En faisant la démonstration que toute action ou inaction de la STC…ne cache invariablement des magouilles ou gabegies inavouables.

Mais est-ce seulement là l’une des priorités assignées à Pillay ? On ne le sait pas. Mais même si ce n’est pas le cas, on pourrait s’imaginer que le patron de la STC – en bon professionnel – fasse du rétablissement de la confi ance en l’institution une priorité aussi importante que  l’assainissement fi nancier de l’institution. Mais l’on doit malheureusement aussi envisager le scénario pessimiste. Celui où l’institution l’emporte sur l’homme. Pris dans une nouvelle logique et des directives précises, Pillay pourrait sombrer dans le même mutisme et opacité que Soomarooah.

On comprendra alors que c’est l’institution qui fait l’homme. On pourrait même alors aller jusqu’à penser que ce sont ceux chargés de veiller au bon fonctionnement de l’institution – au gouvernement – qui trouvent un certain intérêt à ce que l’opacité prévale là ou se négocient des contrats en milliards de roupies. De là à deviner le pourquoi de cette culture du secret…il n’y aura alors qu’un pas.

D’autres commentaires sur cet édito.


Ces cadres qu’on assassine

«La perception selon laquelle des personnes très compétentes, venues du privé, quittent le service public existe. Mais il faut mettre tout ça dans sa juste perspective », entend-on au Prime Minister’s Office (PMO). Après les départs successifs de plusieurs cadres reconnus pour leurs compétences, dont récemment Kushan Naik de la State Informatics Limited, et Nirvan Veerassamy d’Air Mauritius, des questions se posent. Les cadres du privé se font-ils broyer par le système qu’ils rejoignent ?

Un cadre du privé, dont les compétences sont reconnues et qui s’est fait un nom sur la place n’a aucun intérêt à accepter de diriger une institution publique ou parapublique.

C’est à peu près ce que nous ont dit la demi-douzaine d’anciens directeurs d’institutions publiques que nous avons interrogées.

Ils sont d’ailleurs tous repassés dans le privé.Un démissionnaire, successivement directeur de deux différentes agences gouvernementales raconte les joies d’être « délivré » du service public. « Je gagne deux fois mieux ma vie. Et je n’ai plus à supporter les interventions des ministres et encore moins à porter le poids d’une responsabilité nationale. »

En écho, l’ancien directeur d’une entreprise qui a l’État pour actionnaire majoritaire explique cyniquement : « Si un cadre reconnu accepte un poste dans un organisme public, je me poserai des questions sur ses motivations profondes. Je me dirai que c’est peut-être une personne qui est malheureuse là ou elle est ou alors qu’on s’apprête à la faire partir parce qu’on lui reproche quelque chose ! »

Tous les gouvernements successifs ont pratiqué, à un degré plus ou moins prononcé, la chasse aux sorcières dès leur arrivée au pouvoir. « Nash Mallam Hassam était une personne dont les compétences étaient reconnues de tous. Aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur d’Air Mauritius. Cela n’a pas empêché le gouvernement de lui demander de se retirer », relève un ancien cadre de la compagnie.

Pour un officiel du PMO, si le service public broie aujourd’hui les cadres du privé qui s’y aventurent, c’est à cause du péché originel que les politiques ont commis en 1982. « En arrivant au pouvoir en 1982, l’alliance politique d’alors a commis une grave erreur en décidant d’amender la Constitution pour pouvoir révoquer les Permanent Secretaries (PS). ça a été le début de la politisation à outrance des institutions. Tous les gouvernements successifs ont gardé la même manière de faire. Et ont tous cru qu’ils pouvaient et devaient intervenir dans toutes les institutions publiques », rappelle celui-ci.

Un système dominépar les ministres

Si on a pu changer les PS pourquoi pas les directeurs des corps parapublics ?

Et pourquoi pas aussi leurs conseils d’administration dans la foulée ? Cette logique est désormais pérenne.

Ces deux décennies d’interventionnisme et de politisation ont abouti à un système remarquablement dominé par les ministres et l’hôtel du gouvernement.

Un cadre d’un des plus importants corps parapublics du pays raconte son blues. « Je suis frustré. Au lendemain de certaines réunions du conseil d’administration, je n’ai pas envie d’aller travailler. Je veux écrire ma lettre de démission. Est-ce au conseil d’administration de pinailler et de décider de l’embauche d’un planton ? Pendant ce temps, on en oublie la stratégie et les réformes à enclencher ! Ce n’est pas ainsi que fonctionnerait une entreprise. »

Ce « frustré » songe même à retourner dans le secteur privé prochainement.Au Central Electricity Board, on fait remarquer que Ravin Dajee, l’actuel directeur démissionnaire, se serait retrouvé dans la même situation. Même si le principal intéressé nie.

D’autres encore évoquent les choix des membres du conseil d’administration chargé de surveiller l’action du directeur exécutif. « On nous installe des hauts fonctionnaires dans les conseils d’administration. Les ministres sont contents, ils ont leurs hommes au conseil », évoque le directeur d’un corps para-public encore en place.

« On tourneen rond »

Sauf que les hauts fonctionnaires apportent parfois dans leurs valises leurs réflexes d’hommes du secteur public et une certaine idée des procédures de décision. « Et nous voilà avec un corps para-public censé être géré comme une compagnie privée mais qui se retrouve avec des procédures qu’essaient d’imposer des fonctionnaires. On tourne en rond », s’énerve le jeune cadre.

« D’abord, il faut suivre les préceptes du corporate governance. Et il y a aussi un certain relationnel à avoir avec ses interlocuteurs. Bien souvent les situations dégénèrent parce qu’un cadre du privé qui se retrouve à la tête d’un corps parapublic ne connaît pas précisément ses prérogatives. Et se retrouve éventuellement en face d’un président de conseil d’administration dont la proximité avec le gouvernement du jour lui fait croire qu’il a plus de pouvoir qu’il ne le croit », fait remarquer un ancien directeur général de plusieurs corps parapublics et entreprises d’État qui a « survécu » à quatre changements de gouvernement.

Une étonnante longévité. Qu’il explique par le fait qu’il a su tantôt mater les velléités interventionnistes de son président de conseil d’administration et contrer les ministres tentés de vouloir diriger eux-mêmes l’institution. « On doit forcer le respect. Il ne s’agit pas de se dire que le Premier ministre vous fait confiance et se reposer sur ses lauriers », indique-t-il.

Mais cette confiance lui coûtera cher, à la faveur d’un changement de gouvernement. C’est justement la trop grande confiance qui lui était accordée par le PM sortant qui lui vaudra d’être délogé de son poste.

Le service public continuera-t-il donc à être un épouvantail pour les cadres du privé ? Peut-être pas, si l’on écoute certaines suggestions d’anciens directeurs mais aussi de ceux toujours en place. « Avec le système actuel, le gouvernement est juge et partie. Il décide qu’une personne nommée à la tête d’une administration a des affinités politiques pour le faire partir. Il faut mettre en place un mécanisme de nomination transparente », propose un juriste qui a dirigé une institution publique.

Mais certains de ses anciens collègues nuancent ces propos. En affirmant que la nomination d’un directeur de corps parapublic est loin d’être un exercice froid où l’on sélectionne le meilleur candidat. « La personne doit certes être compétente. Mais elle doit également avoir une vision qui coïncide avec celle du gouvernement. On ne donne pas les rênes de la State Trading Corporation ou de Mauritius Telecom à n’importe qui. Cela impose parfois des choix plus subjectifs du gouvernement ou d’un ministre », avance un ancien directeur de corps parapublics.

D’autres persistent toutefois dans la direction de la transparence. Au PMO on parle d’une logique implacable. « Du moment où on est nommé sans due diligence et sans qu’il y ait eu un appel public à candidature, on doit être considéré comme un nominé politique ! À ce titre, je pense que chacun des directeurs des corps parapublics ou des entreprises d’État doit se dire qu’il s’expose à être licencié ou du moins surveillé par un nouveau gouvernement.

Je dirais même qu’il devrait proposer sa démission lors d’un changement de régime.

À moins que celle-ci ait eu lieu à travers un processus transparent. »

Des nominations effectuées dans la transparence
Kushan Naik, Nirvan Veerasamy ou encore Ravin Dajee… Ces cadres reconnus pour leurs compétences ont récemment quitté le service public. Ils ne sont pas les premiers et ne seront pas les derniers. À moins que le pouvoir politique ne songe à revoir sa manière de gérer les corps parapublics.
Il faut choisir. Et c’est au pouvoir politique qu’il appartiendra de trancher. Veut-il des directions stables à la tête de corps parapublics, à travers des nominations effectuées dans la transparence ? Ou, préfère-t-il maintenir le statu quo avec tous les avantages que cela lui confère ? À savoir la possibilité de caser des proches politiques ou licencier des cadres compétents mais dont la rectitude peut être encombrante.

À défaut d’une réponse cohérente, les cadres que le secteur public assassine à chaque changement de mandat resteront dans le privé. Tandis que ceux tentés de servir l’État réfléchiront à deux fois avant d’oser franchir le pas…

publié le 8 octobre 2006


Si tout marchait bien…

Mauritius Telecom (MT) demeurera mauricienne. C’est le secrétaire d’État français aux Affaires étrangères qui le dit. Il a affirmé à l’express que son gouvernement ne souhaitait pas modifier le capital de MT. Où est donc passé le féroce appétit dont France Telecom faisait preuve vers juin dernier ? À ce moment-là, le géant français semblait déterminé à devenir l’actionnaire majoritaire de MT, se fixant pour objectif de détenir plus de 50 % de son capital social. Tous les canaux avaient été utilisés pour arriver à cette fin… sans succès.

Il n’y a pas si longtemps, des menaces de retrait du capital de MT ont même été officieusement brandies. Imaginez FT vendant ses 40 % d’actions, au plus offrant. Et si Carlyle, l’un des plus puissants fonds d’investissement au monde, achetait les 40 % au prix que réclame FT ? Nous nous retrouverions avec un actionnaire dont l’exigence principale serait la rentabilité, quitte à dégraisser.

Serions-nous en train de dire que, finalement, FT est un allié utile ? Oui ! Une affirmation qui doit être quelque peu nuancée. FT a aidé MT à passer un cap technologique. Cela lui permet aujourd’hui de se positionner comme l’un des players possédant l’une des technologies les plus avancées en Afrique.

Mais MT ne rayonne pas dans la région comme il le devrait. Les promesses de joint ventures FT-MT n’ont été que partiellement tenues. L’implantation sur des marchés encore inexploités en Afrique aurait permis aux partenaires de réaliser des profits sans doute non-négligeables. Moyennant, évidemment, une prise de risque qui est inhérente au lancement de toute nouvelle activité étrangère. Un risque que ne souhaite pas prendre FT. Préférant rester là où les revenus sont assurés, pour l’heure. Quitte à utiliser ensuite tous les moyens pour que les règles du jeu de la concurrence restent largement favorables à MT.

Des implantations étrangères au-raient permis à MT de générer des profits ailleurs. Il aurait aussi, éventuellement, à recentrer ses activités à Maurice. Se permettant d’être moins obsédé par les impératifs de profitabilité sur le marché local et de jouer le jeu de la concurrence. Permettant aux prix des services de téléphonie, mais surtout d’Internet, de connaître des baisses significatives. Mais tout cela n’est qu’un beau scénario, en attendant que les deux partenaires se décident à le concrétiser.

publié le 31 octobre 2004


Le prédateur et ses proies

La libéralisation des télécommunications, on en a tous rêvé. L’Information and Communication Technologies Authority (Icta) l’a fait. Grâce à elle, le paysage mauricien des télécoms s’est enrichi de trois nouveaux opérateurs de téléphonie internationale depuis le début de l’année. Mais elle a aussi permis à un prédateur jusqu’ici en cage, Mauritius Telecom (MT), de se promener librement. Ceux qui montent à l’assaut de la citadelle MT risquent de perdre, non pas la bataille, mais la guerre des prix.

L’Icta semble avoir pris à cœur le rôle que lui attribue l’Information and Communication Technologies Act : rendre les technologies de l’information et de la communication (Tic) accessibles au grand public pour un prix abordable. Sauf qu’en faisant cela, l’Icta pourrait, à terme, compromettre l’investissement dans la téléphonie internationale, un autre des objectifs de la loi.

Grâce à sa carte prépayée, MT offre le service le moins cher sur ce marché. En l’autorisant à le faire afin de gâter le consommateur, l’Icta a donné trop de latitude à MT. Plutôt que de lui permettre de se positionner sur le marché comme un opérateur compétitif, l’Icta lui a tout simplement permis de pratiquer du Predatory Pricing.

Pourtant, certains opérateurs sont prêts à revoir leurs marges et à descendre sous le seuil fatidique des Rs 6 la minute. Que va faire l’Icta ? Accepter que l’appel international baisse encore ? Et par la même occasion fermer le marché aux nouveaux entrants n’ayant pas les reins solides ? L’autorité doit regretter d’avoir ouvert la cage du fauve. Les opérateurs de téléphonie mobile, excités à l’idée de mordre dans les parts de marché de l’ancien dominant, rêvent, eux, à des lendemains meilleurs !

Les seuls à ne rien regretter sont les consommateurs. Les opérateurs peuvent s’entretuer, du moment que les prix chutent. Mais il y a un risque. Seuls les mieux adaptés survivront. Il serait dommage de se retrouver avec deux opérateurs de téléphonie internationale dans un an. Ce serait un triste cartel !

publié le 9 mai 2004


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