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La voie B de Ramgoolam

Admettons que le tandem sir Anerood Jugnauth/ Paul Bérenger réussisse son coup. Que le 23 ou 30 avril prochain, le gouvernement de Navin Ramgoolam succombe, foudroyé par une motion de censure à l’Assemblée nationale. Le story-board idéal de l’alliance MMMSAJ prend alors forme. Ramgoolam organise précipitamment des élections générales anticipées, le verbe simple mais efficace et l’aura de SAJ font le reste. La victoire est acquise. C’est à quelques nuances près ce que s’imaginent les sympathisants de l’alliance MMM-SAJ.

Ils ont tort. Ramgoolam, dont les qualités de stratège se sont développées depuis sa défaite de 2000, ne manquera pas de réagir avec vigueur. Les seconds couteaux rouges croient savoir que la stratégie de leur patron va s’articuler autour de deux grands axes : décrédibiliser SAJ en réduisant son image à celle d’un vieillard sénile… avec l’aide bienveillante de la MBC. Ensuite laisser éclater quelques « affaires » auxquelles seraient mêlés des cadres du MSM. Les transactions autour d’un hôtel du littoral ouest ainsi que la saisie d’une cargaison de bois de rose à Maurice en 2011 feraient partie du package.

Cette stratégie serait toutefois contreproductive. D’abord parce que même avec ses 82 ans au compteur, SAJ dégage une aura de « bon père de famille » dont les propos interpellent la classe moyenne du pays. Ensuite attaquer ses adversaires sur le terrain des affaires, c’est s’exposer à en voir révéler d’autres en retour durant la campagne. Le pacte des loups liant les grands partis politiques est solide. Les deux camps se contenteront probablement d’insinuations lors de la campagne électorale. En évitant d’aller au bout de leurs démarches de dénonciation.

Reste alors la voie B… comme Bérenger. De 2000 à 2003, SAJ a été un Premier ministre « back seat » se contentant d’assurer une présence rassurante, voire dissuasive, au lieu d’incarner et d’exercer concrètement l’autorité au sein du gouvernement MSM/MMM d’alors. Si SAJ revient au pouvoir pour une période de trois ans, il sera probablement totalement réduit à un rôle de « token PM ». Si SAJ est de nouveau « in office », de toute évidence, c’estbien Bérenger qui sera « in power » et « in control ». Là est le point faible de l’accord MMM-SAJ.

Ce deal, taillé pour SAJ, ne laisse en effet que très peu de place à l’épanouissement des cadres MSM – voire de Pravind Jugnauth lui-même – au sein du futur gouvernement d’alliance. L’actuel leader du MSM coure ainsi le risque très réel de ne pas se retrouver sur le front bench d’un futur gouvernement MMM-SAJ. Plus grave encore, alors que le maroquin des Finances lui avait été servi sur un plateau en septembre 2003, rien n’indique que Pravind Jugnauth pourra légitimement prétendre au même fauteuil. Celui-ci devrait logiquement revenir à Vishnu Lutchmeenaraidoo à un point ou un autre de l’éventuel mandat du gouvernement MMM-SAJ.

Concrètement, Ramgoolam tient là le tableau idéal pour dérouler son argumentaire anti-MMM classique. Articulé autour de la présumée propension de Bérenger à vouloir exercer le pouvoir sans partage. Cette stratégie repose sur le fait qu’une élection opposant SAJ à Ramgoolam n’est pas prioritairement tranchée dans les circonscriptions urbaines. Mais dans la dizaine de circonscriptions constituant la Hindu Belt, d’où le MSM et le PTr puisent leur soutien électoral historique. Navin Ramgoolam n’inventera donc rien. Il agitera le même spectre que celui de décembre 2003. Lors de la partielle de Piton/Rivière-du-Rempart, il avait refusé le défi lancé par Pravind Jugnauth, préférant rappeler à l’électorat qu’il s’agissait, en fait, de choisir entre Bérenger et Ramgoolam. Les électeurs de la circonscription avaient clairement choisi leur camp. C’est face à ce même choix que Ramgoolam placer l’électorat dans le cadre d’une future campagne électorale.

Le leader du Parti travailliste minimisera les « divagations » de sir Anerood Jugnauth tout en mettant l’accent sur le fait que face à un SAJ de plus en plus effacé, voire amoindri, et à un Pravind Jugnauth au rôle réduit, Bérenger dirigera comme il le veut le futur gouvernement. C’est là un tableau susceptible de réveiller des peurs irrationnelles dans une partie de la population. Ramgoolam le sait, il utilisera donc cet élément à son avantage. Mais SAJ le laissera-t-il vraiment faire ?


Quand le bruit cessera…

Flash forward. Nous sommes le 25 octobre 2011. La crise politique de juillet/août est derrière nous. Le Parlement a repris ses travaux mardi dernier. À cette occasion, les railleries et  quolibets auxquels on s’était attendu ont fusé des deux côtés de l’hémicycle. Désormais, la récréation est finie. Il y a des projets de loi à débattre et surtout le vote du budget 2012 en ligne de mire. Il sera présenté dans moins d’un mois…

En coulisse, au ministère des Finances, on prend la mesure du retard accumulé. La « dignité »  du MSM et l’irresponsabilité de son leader ont coûté 12 jours de « business as usual » au ministère. Près de deux longues semaines se sont en effet écoulées entre la démission des six ministres MSM le 26 juillet et la prise de contact du nouveau ministre des Finances, Xavier Duval, avec son staff, le lundi 8 août. Il faudra bien que quelqu’un présente l’addition de sa légèreté à Pravind Jugnauth un de ces jours…

L’opinion publique a, en tout cas, déjà envoyé sa facture au patron du MSM. Son parti est complètement démonétisé aux yeux des citoyens. Au Parlement, et même en dehors, le MSM n’est désormais qu’un parti loyal… envers tout le monde ! Même avec sa dizaine de députés, le parti Jugnauth ne pèse plus bien lourd. Il est, par conséquent, condamné à s’accrocher au MMM ou au Parti travailliste pour ne pas s’installer durablement dans le fameux « karo kann » politique.

Mais voilà, ni le MMM, et encore moins le Parti travailliste, ne veulent lancer une bouée au noyé politique en puissance qu’est désormais Pravind Jugnauth. Navin Ramgoolam et Paul Bérenger ont d’autres préoccupations. Les mauvaises langues prétendent que l’alchimie si complexe entre eux va inévitablement les rapprocher. Mais encore faut-il savoir autour de quoi. Un projet d’alliance ? Ou de réforme ?

Flash-back cette fois-ci. Nous sommes le 1er mai 2011. À quelques minutes de la fin de son meeting, Paul Bérenger dit souhaiter un  rééquilibrage des pouvoirs du président de la  République et du Premier ministre. Le jour du remaniement de l’équipe ministérielle de Ramgoolam, le 6 août, le patron du MMM a précisé sa pensée en réaffirmant sa volonté de participer à une grande réforme institutionnelle comprenant celle de notre mode de scrutin.

Bien qu’il n’ait pas fait de grande déclaration de politique générale à ce sujet, le Premier ministre a poursuivi discrètement, au fil des mois, toute une série de consultations au sujet d’une grande réforme. À l’étranger, le très respecté constitutionnaliste français Guy  Carcassonne s’est intéressé à notre système électoral et institutionnel. À Maurice, l’avis de Rama Sithanen a été sollicité sur certaines possibilités de réforme de notre mode de scrutin.

Une telle réforme représente un intérêt certain pour Ramgoolam et Bérenger. D’une part, le Premier ministre pourrait obtenir ce qu’il a régulièrement souhaité : davantage de pouvoirs pour exercer ses fonctions. D’autre part, les leaders des deux partis les plus importants du pays peuvent être certains qu’une dose (petite ou forte) de proportionnelle accroîtra la représentativité du Parti travailliste et du MMM au Parlement à l’issue d’un prochain scrutin national. Avec ou sans le soutien du MSM, en comptant sur celui du PMSD et du MR, Ramgoolam et Bérenger pourraient, dans les mois à venir, faire voter cette grande réforme. Moyennant, au préalable, d’intenses sessions de travail et des débats pour boucler un projet
acceptable aux yeux des deux partis.

Politiquement, cette avancée pourrait receler un avantage encore plus crucial pour  Ramgoolam et Bérenger, en les affranchissant de la règle non écrite qui veut qu’une élection générale ne se gagne qu’à l’aide d’une alliance électorale. Ramgoolam avait eu des velléités de « three cornered fight » en 2010. Tandis que Bérenger, selon ses proches, rêve d’une telle configuration pour enfin prouver ce que vaut le MMM.

Paradoxalement, en ce 25 octobre 2011, les souhaits et intérêts concordants de ces deux hommes pourraient ouvrir la voie vers cette grande réforme. Qui se fera, selon toute vraisemblance, sans la collaboration et le vote du MSM. C’est vrai qu’une dose de proportionnelle peut garantir la représentativité des petits partis au Parlement. Mais le MSM peut-il encore prétendre disposer d’un soutien populaire suffisant pour être appelé un « petit parti » ?


Moralite na pa ranpli vant

Êtes-vous dupes ? Probablement pas. D’ailleurs, si ce n’est pas le cas, vous faites sans doute partie des Mauriciens qui pensent avoir lu au travers du coup d’éclat de ce mardi du MSM. Ce n’est pas la solidarité envers Maya Hanoomanjee qui a motivé la démission de cinq ministres du parti de Pravind Jugnauth. Encore moins la manière de faire de l’ICAC. C’est autre chose. L’opinion publique est comme convaincue qu’il y a une raison inavouable derrière la décision du patron du MSM de s’éloigner du Conseil des ministres. Nous finirons par le savoir bien assez vite…

Au mieux, certains voient en la posture du chef du MSM, une tentative de chantage envers Navin Ramgoolam. Au pire, on qualifie le cirque de Pravind Jugnauth de haute trahison envers celui qui l’a sorti de son « karo kann » politique, un certain 31 mars 2010. Pour la base travailliste, la cause est même entendue : Pravind Jugnauth vient de cracher dans la soupe. Une attitude jugée d’autant plus impardonnable quand on sait qu’il parsème généreusement ses discours politiques des mots « dignité » et « loyauté ». Depuis mercredi, un dessin de Pov, paru dans l’express et montrant Pravind Jugnauth accroché à un couteau planté dans le dos de Navin Ramgoolam, fait le tour du landernau travailliste. Pour les militants rouges, le caricaturiste résume là, à merveille, l’attitude du patron du parti soleil.

L’opinion des sympathisants rouges n’est pas toutefois toujours le reflet de l’opinion publique. Mais depuis mardi, il semble que les deux concordent. Les émissions « phone-in » sur nos radios, les commentaires des lecteurs et internautes, l’analyse des chauffeurs de taxi et des « marsan bazar » férus de politique, tendent tous à démontrer une chose : les Mauriciens en veulent terriblement au MSM et à son grotesque opération « lev pake reste ».La condamnation est unanime : le MSM a atteint le degré zéro de la politique et de l’éthique. Jugnauth avait le choix entre rester et partir. Mardi, il a choisi de partir en restant !

Personne n’est dupe. D’aucuns y voient même un hommage à l’un des slogans du fondateur du MSM : Anerood Jugnauth. Celui-ci aimait dire, du temps où il était Premier ministre : « Moralite na pa ranpli vant. » À n’en point douter, le fils épouse parfaitement la philosophie du père. Sinon comment interpréter la « raison» officielle liée au départ du MSM du Conseil des ministres ? Si le « mauvais traitement » infligé à Maya Hanoomanjee par l’ICAC en a été à l’origine, ne peut-on pas a contrario en déduire que si cette institution change sa manière de faire, Pravind Jugnauth reconsidérera illico sa décision de mardi dernier ? N’est-ce pas d’ailleurs ce que demande Pravind Jugnauth tacitement au Premier ministre ? De faire plier la commission anti-corruption ?

La rue gronde à cette idée. Les Mauriciens surveillent déjà le Premier ministre et s’attendent à ce qu’il ne cède pas d’un pouce sur le principe de l’indépendance de cette institution. Dans le passé, un gouvernement MSM-MMM a fait dissoudre l’Economic Crime Office au moment même où celui-ci s’intéressait à un ministre de cette majorité-là. Le MSM veut-il passer à la postérité comme étant le parti qui participe, à chacun de ses mandats, à la déroute d’une institution censée combattre la corruption ? Ramgoolam veut-il en être complice ? L’opinion publique sera vigilante à ce sujet dès demain.

Ce que nombre de Mauriciens attendent également, c’est une sortie de crise claire. Ils sont d’ailleurs nombreux à penser qu’en quittant le Conseil des ministres ce mardi, le MSM a rompu le pacte électoral conclu avec la population le 5 mai 2010. Les députés MSM ont été élus pour participer au gouvernement et non pour miner ou contester son action et celle des institutions en tant que backbenchers.

Deux solutions s’offrent donc aux députés MSM. Aller chauffer les bancs de l’opposition. Où le MMM compte lui réserver un accueil plutôt tiède. Ou alors, rendre à l’électorat les 12 sièges de parlementaires dont Pravind Jugnauth se croit propriétaire. Et laisser aux citoyens le soin de décider si le parti soleil mérite bien tous ces sièges en dehors d’un accord électoral avec le Parti travailliste ou le MMM. Il y a fort à parier que Pravind Jugnauth ne tentera pas ce dernier pari. Seuls ceux qui respectent les institutions et l’électorat le font. Depuis mardi, Pravind Jugnauth semble avoir démontré qu’il ne fait manifestement pas partie de cette catégorie-là de politiques.


En attendant 2013

Vulgarité, arrogance, naïveté… La liste des adjectifs qualifiant le comportement et l’attitude de Pravind Jugnauth s’allonge de jour en jour. La faute à une campagne d’explication à travers l’île qui s’avère calamiteuse. Depuis une semaine, plus le ministre des Finances dit qu’il n’a rien à voir avec le rachat de la clinique Medpoint par l’Etat, moins on a envie de le croire.

Est-ce à cause de son incapacité à convaincre que Pravind Jugnauth sombre dans la surenchère et menace à tour de bras l’opposition et la presse ? Ou alors « vinasha kale viparita buddhi ¹ », le proverbe sanskrit millénaire, se vérifie? Toute l’opposition et une partie des Mauriciens se posent ainsi sérieusement la question : les jours de Pravind Jugnauthet du MSM au gouvernement sont-ils comptés ? Tant certains faits et coïncidences semblent l’étayer.

Il y a d’abord cette série de commentaires venant des travaillistes. Rajesh Jeetah, le prédécesseur de Maya Hanoomanjee à la Santé, avait ouvert le bal. En commentant l’affaire Medpoint par un laconique « chacun assumera ses responsabilités ». Ensuite, Nita Deerpalsing, la directrice de la communication des rouges, s’est fait un devoir de rappeler que « ce qui est légal n’est pas nécessairement moral ».

Suren Dayal, Cader Sayed Hossen, Patrick Assirvaden, plus récemment Sheila Bappoo et Reza Issack, sont entrés dans la danse. Soit en montrant des signes d’agacement directs envers le leader du MSM ou alors en laissant entendre leur malaise autour du dossier Medpoint. Les us et coutumes du Parti travailliste sont connus. Les rouges rechignent à se prononcer publiquement sur des sujets prêtant à controverse. Sauf quand ils savent qu’ils ont l’appui (même tacite) du patron.

Si Ramgoolam s’est gardé de commenter l’affaire Medpoint jusqu’ici, il n’a pas non plus jugé utile de donner des signes ostensibles de soutien à son ministre des Finances. Au contraire, ses déclarations au sujet de ceux « qui vendent leur conscience »ou des conflits d’intérêts à éviter ont nourri d’âpres débats sur le sens à donner à ces propos.

Pis, de petites maladresses et oublis (volontaires ?) alimentent le malaise ambiant. Comme cette plaque d’inauguration de la New Customs House de Mer-Rouge qui ne fait pas mention de la présence de Pravind Jugnauth. Alors que celle marquant la pose de la première pierre du bâtiment en 2006 porte aussi bien le nom du Premier ministre que celui du ministre des Finances et patron de l’époque de la Mauritius Revenue Authority.

A tout cela, il faut ajouter la rapide progression de l’enquête autour de Medpoint. Les officiers de l’ICAC semblent en effet très zélés ces derniers temps. A croire que l’ordre leur a été intimé de travailler sur ce dossier avec la plus grande célérité. Ainsi, le Valuation Department du ministère des Finances,celui-là même qui a été chargé d’estimer la valeur de la clinique Medpoint, a reçu la visite d’enquêteurs de la cellule anticorruption cette semaine. Des documents ont été consultés. Des disques durs d’ordinateurs emportés. D’autres services du gouvernement et entreprises pourraient recevoir la visite del’ICAC dans les jours qui viennent. C’est dire le sérieux avec lequel le dossier Medpoint est traité.

D’aucuns pensent que tout cela va inévitablement conduire à l’implosion de l’Alliance de l’avenir. Quand Ramgoolam – dans les semaines voire les jours à venir –demandera au MSM de vider les bancs de la majorité tout en retenant éventuellement quelques éléments de valeur du parti soleil. Ce scénario paraît toutefois hautement improbable. Le Premier ministre n’a sans doute nullementl’intention de déstabiliser son gouvernement dès le début de son mandat. Il a probablement appris de ses déboires avec le MMM en 1997.

Du coup, l’agneau sacrificiel dans toute cette affaire paraît tout désigné : Maya Hanoomanjee. Le Premier ministre pourrait, en effet, être tenté de pousser la ministre de la Santé à la démission si les conclusions de l’enquête révèlent des manquements graves dans sa gestion du dossier Medpoint. L’affaire s’arrêtera alors là. Pour ne reprendre qu’en septembre 2013. Le renouvellement du mandat du président de la République sera alors la vraie occasion pour Ramgoolam de décider de l’avenir de son alliance. Un certain Rama Sithanen a appris, à ses dépens, que le couperet de Ramgoolam tombe avec des années de retard. Pravind Jugnauth pourrait, à son tour, le découvrir…

(1) Celui dont la fin est proche perd la raison.


Cousin, cousine

Dekole, pa kole . Cela pourrait être le slogan de la nouvelle campagne du ministère du Tourisme… et de la Police concernant les affi ches politiques dans le pays. Depuis le début de cette semaine, le commissaire de police et ses hommes ont en effet eu fort à faire. Ces derniers ont ainsi dû décoller des centaines d’affiches à travers l’île. Offi ciellement, parce que les mentions légales ( notamment le nom de l’imprimeur et le tampon des collectivités locales) n’y figuraient pas. Il y a quelque chose de rageant dans le fait de savoir que des policiers, payés des deniers des contribuables, ont dû être déployés pour effectuer cette tâche insipide.

Si le MMM a admis sans ambages être l’auteur de la campagne « Zot mem vandé, zot même asté » , le MSM est, quant à lui, resté plus évasif. Ce qui est certain, c’est que le Parti travailliste, à travers sa responsable de communication, Nita Deerpalsing, a assuré à Radio Plus ne pas être à l’origine du slogan « Kouzin kouzine pe tapp plein » . Qui visait à rappeler le rôle du leader du MMM, Paul Bérenger, dans le « mari deal » d’Illovo en 2001, quand il était ministre des Finances.

La police, qui a agréablement surpris plus d’un par sa célérité et son étonnante capacité à cueillir une vingtaine d’évadés en quelques jours, peine cette fois- ci à retrouver le ou les personnes à l’origine de la déferlante d’affi ches dans le pays. Aucune contravention n’a été dressée. Aucun suspect traduit en justice. L’affaire a donc été déchirée… sans suite. Pourquoi ?

C’est que quelque part, la querelle à laquelle se livrent le MMM et très probablement le MSM, par affi ches interposées, est stérile et risible. D’abord parce que les auteurs de la campagne « kouzin, kouzine » manquent de jugeote. Pravind Jugnauth et Maya Hanoomanjee n’étaient-ils pas respectivement ministre de l’Agriculture et haut fonctionnaire du même ministère en 2001 quand le « mari deal » d’Illovo a été conclu ? Tandis que sir Anerood Jugnauth, alors Premier ministre, endossait l’entière et pleine responsabilité politique de cet accord. S’il y a eu maldonne, si des « kouzin, kouzine » ont effectivement touché le jackpot, les Jugnauth et Hanoomanjee ne sont-ils pas donc carrément complices d’une opération visant à faire profiter des proches du régime d’alors de la générosité de l’Etat ?

Au pouvoir depuis juillet 2005, le Parti travailliste a eu amplement le temps d’étudier les tenants et aboutissants du deal Illovo. On peut donc présumer que si – revanchard comme il est – Navin Ramgoolam n’a pas jugé utile de remettre en cause le deal de 2001, c’est que celui-ci n’est pas fondamentalement contraire aux intérêts de l’Etat. Au pire, c’est une bonne affaire pour les sucriers ayant cédé leurs terres. Là encore, ces choses-là arrivent en affaires.

Ce qui arrive moins souvent, par contre, c’est qu’un acheteur soit mécontent du prix trop bas que lui propose le vendeur. Et qu’il demande que celui- ci soit réévalué… à la hausse. C’est à peu près ce que Paul Bérenger dit détenir, entre autres, comme information autour du rachat de la clinique Medpoint par l’Etat. Mais on peine à comprendre la parcimonie avec laquelle le leader mauve distille ses informations.

La stratégie politique de Paul Bérenger est en effet très floue. Pourquoi n’a- t- il pas remis les preuves et informations en sa possession à l’ Independent Commission against Corruption ? Pourquoi n’a- t- il pas rendu public les pièces qu’il détient et qui tendent à démontrer que l’opération d’achat est entachée de soupçons de confl its d’intérêts ? Attend- il patiemment la rentrée parlementaire du 22 mars – cela revient à patienter près de deux mois – pour réclamer des éclaircissements à travers une Private Notice Question ?

Des cadres du MMM affirment que tout cela fait partie d’une stratégie bien pensée. Elle est, en tout cas, diffi cile à comprendre. Ce que nous pensons, par contre, c’est que Bérenger est sans doute un grand nostalgique. Voire un grand opportuniste. Pratiquant du « tout est possible » en politique, il se peut encore que le leader du MMM songe à un raccommodage avec le « ti frère » Pravind Jugnauth ou avec « l’ami » Navin. C’est peut- être cela, le « mari deal » auquel aspire Paul Bérenger.

D’autres commentaires sur cet édito.


Ramgoolamiste ou Bérengiste

Doit-on être Ramgoolamiste pour être membre du Parti travailliste ? Est-ce que « militan koltar » est la définition standard du mot « Bérengiste » ? Dans un pays où être militant d’un parti signifi e avant tout jurer allégeance à son leader, Chetan Ramchurn, président de l’aile jeune du MMM, donne sa définition de la politique locale. « Ce sont les Ramgoolamistes contre les Bérengistes, et plus personne ne s’intéresse aux débats d’idées.» Le propos est lapidaire. Mais notre courte histoire postindépendance nous aide à comprendre pourquoi ce qu’avance Chetan Ramchurn n’est, après tout, que la stricte vérité.

Les faits sont difficilement contestables. Depuis 1968, le pouvoir politique s’envisage comme un patrimoine familial. Mû par la règle voulant que la direction du parti se transmette de père en fi ls. C’est le cas chez les Ramgoolam (hormis la parenthèse Satcam Boolell), les Jugnauth, les Duval. D’aucuns voudraient que le MMM suive la même logique. Quand c’est le leader qui finit par incarner le parti, on comprend pourquoi il est à ce point-là facile pour les sympathisants de se proclamer « Ramgoolamistes » ou « Bérengistes » d’abord, travaillistes ou militants ensuite.

Le phénomène des alliances a accentué cette propension à vénérer les chefs politiques. En leur conférant, au passage, l’incroyable faculté d’avoir raison en toute circonstance. Depuis l’indépendance, les leaders des quatre principaux partis du pays ont ainsi démontré qu’ils peuvent s’allier entre eux sans le moindre problème. Tant que l’enjeu de l’alliance demeure la préservation ou la conquête du pouvoir – souvent précédemment acquis à l’aide d’un autre partenaire !

Très vite les leçons ont été retenues à partir de ce mode opératoire. Un militant MMM foncièrement anti-travailliste a appris à tempérer sa hargne. Tout comme un camarade du MSM hostile à l’idée de tout rapprochement avec le MMM a dû, par moments, ravaler ses convictions. L’enjeu : ne pas être pris au dépourvu et être prêt à cautionner les décisions ou volte-face du leader. Le moyen le plus efficace d’y arriver est justement de se faire Ramgoolamiste, Duvaliste ou Bérengiste.

Cette posture permet par exemple d’escamoter le fait qu’on est anti peine de mort dans un gouvernement qui prône sa réinstauration. Ou encore à faire semblant d’épouser une politique économique libérale que mène le pouvoir alors qu’on ne jure que par le protectionnisme et l’interventionnisme étatique. C’est en effet tellement plus facile de commencer sa phrase par le rituel « comme le dit le leader… » Surtout quand on cherche à éviter d’exprimer des opinions contradictoires.

Ce fonctionnement a permis aux leaders politiques d’instaurer autour d’eux une culture de suivisme. Alors comment les Chetan Ramchurn peuvent-ils prétendre bousculer des mœurs politiques paraissant si solidement établies ? La première étape consiste sans doute en un retour aux valeurs fondamentales de chaque courant politique. L’approche pragmatique du MSM. La volonté travailliste d’émanciper toutes les couches de la population, notamment par le travail. Ou encore la lutte du MMM pour l’égalité en droit de tous les Mauriciens.

Le retour aux sources n’est toutefois pas si aisé qu’on ne le pense. Un partisan MSM peut-il risquer de dire à Pravind Jugnauth que son approche mollassonne vis-à-vis du gouverneur de la Banque de Maurice donne l’impression que le principal décideur économique du pays se trouve à la BoM Tower ? Comment dire à Bérenger que sa stratégie électorale depuis 1981 est en totale contradiction avec les idéaux égalitaires et unitaires du MMM ? Comment confronter Navin Ramgoolam sur la question de la lutte contre la pauvreté qu’il gère avec des arrière-pensées purement politiques depuis quelques mois ?

Il est évident que ceux qui oseraient tenir ce type de discours au sein de leur parti  s’exposeraient à la vindicte de leurs camarades suivistes. Mais il est aussi probable que ce type de discours réveille quelques consciences endormies. Lançant ainsi des débats contradictoires au sein de ces partis. De tels exercices pourraient toutefois aboutir à la remise en question de telle ou telle décision des leaders. Or, ces derniers, habitués à ne pas devoir rendre des comptes – ou si peu –, ne toléreront sans doute que très mal la présence de contestataires au sein de leur parti. Deux issus possibles : ces audacieux seront ramenés à la raison. Ou alors éjectés du parti.

C’est ce qu’il se passera si les suivistes continuent à être les membres majoritaires de nos principaux partis. Mais si ce n’est pas le cas. Si des Chetan Ramchurn s’imposent au PTr, au PMSD ou au MMM ? La remise en question qu’on dit impossible au sein de notre classe politique pourrait alors arriver bien plus vite qu’on ne le croit…


Et maintenant ?

Elle était courte et même pas intense ! Mais qu’importe. La campagne électorale est bel et bien terminée. Un nouveau gouvernement a été élu. On peut désormais continuer à vaquer à nos occupations. En sachant toutefois que c’est maintenant que les choses sérieuses commencent. Trois mots nous viennent pour décrire les enjeux essentiels qui nous attendent…

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Continuité. Elle concerne principalement la politique économique du pays. Navin Ramgoolam et son prochain ministre des Finances – peut-être Pravind Jugnauth – ne peuvent nier l’évidence de ces dernières années. Si le pays a pu rester sur une trajectoire de croissance, malgré les chocs externes, c’est en grande partie grâce à la réforme économique enclenchée depuis 2006.

La tentation d’imposer un nouveau style – de défaire ce qui aura été fait par un autre – sera forte. Mais à Maurice comme ailleurs, on reconnaît l’homme politique d’envergure à sa capacité à comprendre le principe de la continuité de l’Etat. C’est ce qui le conduit à ne pas défaire les décisions justes de ses prédécesseurs dans le seul but de satisfaire son ego. C’est une question de bon sens. Nous espérons qu’il prévaudra. Tout comme nous espérons que le dialogue Etat-secteur privé reste cordial et productif comme il a pu l’être durant les dernières années. Malgré quelques moments de tension.

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Changement. Encore une fois, les résultats des élections nous rappellent la nécessité d’un changement dans nos lois électorales. Avec 49 % des suffrages, l’Alliance de l’avenir remporte 41 sièges à l’Assemblée nationale. Avec 7 points de moins, l’Alliance du cœur n’en obtient que 18, soit moins de la moitié que le vainqueur des élections ! Pendant encore combien de temps refuserons-nous de voir que notre système actuel de scrutin reflète très imparfaitement la volonté exprimée dans les urnes ? Pendant encore combien de temps laisserons-nous perdurer l’ignominie – oui, c’en est une – que sont le Best Loser System et l’obligation de déclarer son appartenance ethnique lors d’une élection ?

3 % des électeurs inscrits, soit un peu plus de 26 000 personnes. C’est le nombre d’abstentionnistes supplémentaires cette année. Nous croyons savoir que ce contingent est essentiellement composé de jeunes et de personnes désabusées par notre écosystème politique. Jusqu’ici, nous nous sommes enorgueillis d’avoir des taux de participation très élevés lors de nos scrutins. Il serait dommage de voir cette participation décliner au fil des années.

Les partis politiques doivent donc prendre leur responsabilité et réformer notre système afin qu’il reflète, enfin, plus précisément la volonté des électeurs. Ramgoolam n’a que très peu de prétextes pour repousser cette réforme électorale qu’il nous promet depuis cinq ans. Bérenger a déjà signifié sa volonté de participer à une « bonne » réforme électorale. Le Premier ministre doit maintenant se décider… de préférence vite !

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Fin. C’était probablement son dernier combat. Toutefois, Paul Bérenger, le leader du MMM, peut s’autoriser à penser le contraire. Il aurait tort ! Car en l’absence d’une réforme électorale, les mêmes causes qui ont occasionné sa déroute en 2010 lui assureront une cuisante défaite en 2015. Il est bien évidemment hors de question que Bérenger abandonne son parti immédiatement. Ce serait contre-productif et conduirait à la déliquescence immédiate du MMM. Mais il doit commencer à préparer sa succession.

Au MMM, nombreux sont ceux à penser que c’est la fin d’une époque. Mais ils sont tout aussi nombreux à être réalistes sur la question de la succession. Qui incarne l’avenir au sein du parti ? Qui peut prétendre prendre la suite de Bérenger tout en étant en mesure de conduire le parti à une prochaine victoire électorale. Emmanuel Bérenger ? Non, trop fils à papa et culturellement incompatible avec la composante majoritaire de la population. Steven Obeegadoo ? Un bon intellectuel…mais loin d’être un leader charismatique, trop posé, trop lisse, trop consensuel. Pradeep Jeeha, bon profil, mais mauvais fond ! Il n’y a qu’à se souvenir de ce qu’il a dit sur Mireille Martin il y a quelques jours pour l’exclure d’office.

On s’en rend compte, la question de la succession à la tête du MMM est extrêmement complexe. Mais ce n’est pas une raison suffisante pour surseoir à la poser. Si Bérenger doit réussir une chose désormais, c’est sa sortie. L’enjeu est simple, il lui faut pouvoir quitter le leadership du parti sans le détruire d’ici 2015. Très difficile…mais probablement pas impossible !


Et maintenant…un sms anti Deerpalsing !

La fin ne justifie pas les moyens. Cela implique, le contexte électoral actuel, qu’on ne descende pas au niveau du caniveau pour marquer des points sur l’adversaire. Mais certaines personnes ne semblent pas comprendre ce principe. Pour preuve, j’ai lu ce soir un sms des plus vulgaires qui circule au sujet de Nita Deerpalsing.

Le libellé du message est insultant. Il demande aux électeurs, et plus particulièrement aux femmes de la circonscription Belle Rose / Quatre Bornes, de ne pas voter pour la députée au motif que  « Nita pe dakor qui PM in trait li p***n ». Si le but de l’auteur du message était de critiquer l’alliance de l’avenir, Ramgoolam et Nita Deerpalsing, il a lamentablement échoué. Car tout ce qu’on retient du sms c’est sa propre vulgarité et sa bêtise incommensurable.

J’espère que le MMM ne se sent pas fier de compter ce genre de « militants »dans ses rangs !!!


Macho men

Pauvre Nita Deerpalsing ! Il y a quelque temps Paul Bérenger trouvait qu’il fallait « al rode ene mari pou li. » Et voilà qu’hier, c’est son leader en personne qui l’a gratifiée d’une insulte des plus humiliantes devant la trentaine de milliers de personnes venues écouter l’Alliance de l’avenir à Quatre-Bornes. Même les auditeurs des radios privées du pays ont eu le privilége d’entendre le leader du Parti travailliste lancer, en direct, « li pa pé travay ta p*tin » à sa directrice de communication. Nita Deerpalsing tentait seulement de faire comprendre à son leader que le micro qu’il tenait à la main marchait bien. Voilà une bien curieuse maniére de dire merci !

L’incident est fâcheux. On connaît la capacité de Paul Bérenger à être cassant et insultant envers ses adversaires. Il offusque à juste titre les Mauriciens quand il dit que Navin Ramgoolam « ena ene fi gir f*sse. » Mais on sait quoi attendre du leader mauve. Le loubard au blouson noir des années 70 vit encore dans le Bérenger actuel. Le langage châtié et la finesse dans l’expression ne sont pas son fort. Les Mauriciens se sont même habitués à voir en Bérenger une sorte de « dérapeur » en série.

Dans l’esprit du public, Bérenger est le mal-élevé. Pas Ramgoolam ! Le Premier ministre cultive son image lisse de charmeur, d’homme fort et de bon orateur. C’est ce qui fait son succés chez la ménagére de moins de 50 ans. Ce qui nourrit son aura de « bon garçon » chez tous les nanis et dadis du pays. Autant dire chez toute cette majorité silencieuse qu’on ne voit pas nécessairement aux meetings. Mais voila, l’image publique n’est pas nécessairement la réalité privée. Les collaborateurs du Premier ministre et tous ceux qui l’ont côtoyé de prés attestent sans difficulté de sa capacité à manier l’insulte. Le Premier ministre vient lui-même d’en faire l’éclatante démonstration publique. On ne peut cacher trés longtemps ce que l’on est. Le naturel, quand il est chassé, revient au triple galop !

Nous voila donc devant les contradictions de Ramgoolam. Ce samedi, il a consacré quelques minutes de son discours à Paul Bérenger qu’il accuse de ne pas « respecté madam » en dénonçant le « figir f*sse » lancé par le leader du MMM quelques jours auparavant à son encontre. Toutefois, insulte pour insulte, celle de Ramgoolam est sans conteste plus grave…

Autre contradiction. Depuis le début de la campagne, le Premier ministre a dit tout son engagement à donner à la femme la place qu’elle mérite dans la société. C’est ainsi qu’il a choisi d’aligner 13 candidates aux élections. L’image de la femme, le traitement que lui accordent notre société et nos politiques ont également fait l’objet de nombreux discours. Ainsi, Paul Bérenger s’est pris une volée de bois vert des candidates de l’Alliance de l’avenir pour avoir dit, à juste titre, que certaines femmes de ce bloc allaient droit à l’abattoir. Car alignées dans des circonscriptions coupe-gorges dominées par le MMM. Le ridicule de la situation est total. Voici donc un Premier ministre qui se dit soucieux du sort de la femme. Qui dirige un parti dont les femmes ne tolérent aucune attaque, serait-elle légère, contre elles. Mais qui lui-même démontre publiquement ce qu’il pense de la femme en utilisant un langage grossier à l’encontre de l’une de ses plus proches collaboratrices du Parti travailliste.

Pour moins que ça, Gordon Brown, le Premier ministre britannique, s’est excusé auprés d’une retraitée anglaise. Pour moins que ça, Nicolas Sarkozy a hérité d’une image de goujat. Que retiendrons-nous donc de ce dérapage de Navin Ramgoolam ? Que c’était une blague entre potes ? Que c’est le langage courant qu’il utilise à l’adresse de ses collaboratrices ? Et qu’à ce titre il ne faut pas s’en offusquer ? Ou alors que c’est un fâcheux incident dû à l’énervement du Premier ministre à un certain moment de son discours … qu’il faut donc pardonner.

C’est l’un ou l’autre. Ou peut-être même l’un et l’autre. Toutefois, dans les deux cas, des excuses sont de mise pour cet écart de langage.


Veux-tu être mon ami ?

Une campagne électorale c’est une drôle de période. Pour les candidats d’abord, bien sûr. Pour les citoyens aussi, sans doute. Mais aussi pour nous, les journalistes. Pour que vous sachiez ce qui se passe durant une campagne, je vais vous raconter une histoire de fantôme.

Hormis les quelques énergumènes (d’un parti politique particulier) l’essentiel des candidats et politiques qui battent la campagne tiennent à une chose : faire copain-copain avec les journalistes !

J’ai ma petite théorie sur la question. Avant de vous l’exposer, je dois toutefois faire appel à votre mémoire. Casper, le gentil fantôme. Vous connaissez ? C’est ce dessin animé où un revenant sympathique dit à tous ceux qu’il rencontre : « je suis Casper. Veux-tu être mon ami ? » Ces politiques qui veulent faire ami-ami, je les appelle les Caspers. Je peux maintenant aborder le vif du sujet.

J’ai identifié deux sortes de Casper. Il y a d’abord le Casper tout nouveau tout beau qui vient d’être jeté dans la marmite. On le reconnaît à des kilomètres à la ronde. Il ou elle a l’expression distinctive du lapin pris dans les phares !

Perdue, éblouie par le rythme de la campagne, sa dureté, sa cruauté parfois…la jeune pousse politique est bien obligée de donner le change afin de rassurer les vieux mammouths qui l’accompagnent sur le terrain. Tout en faisant croire à ses partisans qu’elle a la peau dure. Tout ce qu’on attend d’un politique, quoi !

Mais intérieurement, le nouveau Casper panique. Recherche à tout prix des regards et voix rassurants ou une petite phrase d’approbation. Bien souvent ces Casper là, voient dans le journaliste un « ami » tout indiqué. A qui ils peuvent dire leurs doutes ou raconter leur enthousiasme sans craindre d’être rabroués. Les journalistes leur servent aussi de thermomètres de la campagne.

En 2005, un Casper de l’alliance sociale m’avait ainsi bien fait rire. Dès qu’il me voyait dans un meeting, il accourait « eh Rabin, ki manière ? Couma to trouve lafoule ? Ki sondage terrain ? Circonscription cot moi ki to pé tandé là ? »* Sa situation était tout à fait confortable en 2005. Il a été élu mais le fait est que même s’il avait été dans une circonscription « abattoir », je ne lui aurais probablement rien dit de vraiment décourageant.

C’est ce que j’ai notamment fait avec un autre Casper, du MSM cette fois-ci toujours en 2005. Le jour de la présentation des candidats, on se parle et il se met à me décrire avec force détail comment lui et ses colistiers sont assurés d’un trois-zéro. Dans un fief travailliste du nord !!! J’ai dit « oui » à tout ce qu’il disait. Et je me souviens encore de l’expression de son colistier, un vieux de la vieille, levant les yeux au ciel en écoutant le discours aveuglément enthousiaste de son jeune partenaire. Pour la petite histoire, ils ont perdu la circonscription par 3-0!

Les nouveaux Caspers se retrouvent dans tous les camps, aussi bien chez celui du gouvernement sortant que de l’opposition. Mais il y a une autre sorte de Casper que l’on ne retrouve que chez les candidats du bloc de l’opposition lors d’une élection. Ce sont les Casper tacticiens. Ils croient qu’on ne les voit pas venir, mais ils se trompent.

Ces Caspers là ont une méthode usitée. Qu’ils soient anciens ministres, députés ou vieux routiers de la politique, ils procèdent de la même manière. Les travaillistes étaient dans cette position en 2005. Les MMM se retrouvent dans la même situation en 2010.

Pour eux, l’objectif à atteindre, c’est instaurer de la complicité entre lui et le journaliste. Le tutoiement est forcément de rigueur. Et la familiarité…n’en parlons même pas ! J’ai eu droit à quelques variantes du « hey Rabin, mo bien contan lire toi. To bann l’artik top ! »** Merci, merci. Mais ces compliments ne sont sans doute pas très sincères !

Leur jackpot, ils l’obtiennent quand le gouvernement sortant est hostile à la presse. C’est le cas en ce moment. Alors ils ne ratent aucune occasion pour envoyer un petit message de soutien pour dire à quel point ils sont d’accord au sujet d’une critique (adressée dans un édito) au pouvoir en place. Tout comme ils sont les premiers à reconnaître l’indépendance ou la liberté de ton du titre pour lequel vous travaillez.

Les Casper tacticiens croient toujours berner le monde. Mais ils finissent sans doute tous par réaliser que tout le monde voit au travers de leur jeu. Peut-être parce que personne n’est dupe. Car tous les journalistes savent que ces Caspers là, une fois élus, ou pire, une fois devenus ministres, oublient, pour la plupart d’entre eux, ceux qu’ils appelaient « mon camarade» durant la campagne électorale.

Je croyais tout savoir sur les Casper jusqu’ici. Mais la campagne 2010 m’a réservé un surprise. Je crois avoir découvert un nouveau genre de Casper !!! C’est le Casper Facebook. Celui là, il ne vous appelle pas et ne vous croise pas nécessairement dans les meetings. Mais se fait par contre un point d’honneur à vous envoyer un « friend request » sur Facebook.

Je pratique la plus grande tolérance et une éthique très simple sur Facebook. Je suis membre de TOUS les groupes des principaux partis politiques du pays. Mais je n’envoie jamais de « friend request » aux politiques. Toutefois, je ne refuse jamais par contre les leurs. Sauf dans deux cas : quand ils sont ouvertement racistes ou intolérants ou quand ils traînent derrière eux des casseroles par rapport à des affaires de mœurs ou de corruption. Car au final, je veux bien des Caspers parmi mes 500+ « friends » de facebook. Mais des Poltergeists, non merci !

* Eh Rabin, comment vas-tu ? Que penses-tu de la foule ? Quelle est la situation sur le terrain ? Qu’entends tu à propos de mes chances dans la circonscription ?

** J’aime beaucoup ce que tu écris, tes articles sont très bien !


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