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Dieu et mon fric

Si « Dieu et mon droit » est la devise de la monarchie britannique, se pourrait-il que « Dieu et mon fric » soit celle de certaines associations socioculturelles locales ? On peut légitimement se poser cette question après la vive réaction du président de la Mauritius Sanatan Dharma Temples Federation (MSDTF). Somduth Dulthummun a, en effet, très mal pris la décision de la mairie de Port-Louis de réduire ses subventions aux associations religieuses de Rs 2 millions. « En temps et lieu, les électeurs sauront utiliser leurs votes », a-t-il déclaré à defimedia.info en guise de menace à peine voilée envers les responsables politiques de la capitale.

Il y a quelque chose d’absurde dans cette posture. Citons une « autorité » en matière culturelle – le ministre Mookhesswur Choonee – pour démontrer cela. Le discours d’août 2010 du ministre de la Culture est passé à la postérité pour son apologie du système des castes à Maurice. Mais ce même discours contient une autre vérité : Maurice est le seul pays laïc au monde qui subventionne directement les religions installées sur son territoire. Un patron d’organisation socioculturelle, au lieu de critiquer une baisse dans les dotations publiques à son association, devrait donc plutôt remercier régulièrement l’Etat… et les contribuables de leur générosité.

Parlons-en, d’ailleurs, du contribuable. C’est du contrat social que découle l’obligation qui lui est faite de participer au financement des prestations de l’Etat dans la santé, l’éducation, la sécurité ou la solidarité notamment. Bon gré, mal gré, le taxpayer de base comprend que les milliers de roupies qu’il contribue chaque année au fisc servent à financer des services essentiels. Mais la religion est-elle seulement un « service essentiel » que le citoyen est tenu de financer au titre du contrat social ? Cette obligation s’étend-elle d’ailleurs à l’athée qui ne mettra jamais les pieds dans un lieu de culte durant sa vie ? Des dirigeants d’associations socioculturelles gagneraient à se poser ces questions avant de considérer les dotations publiques comme les droits acquis des institutions qu’ils dirigent.

Comment ces droits ont-ils d’ailleurs été acquis ? Il faut remonter à 1955 pour avoir la réponse. Sookdeo Bissoondoyal souligne alors une grave injustice aux autorités coloniales. Seules les églises catholiques et anglicanes reçoivent alors les aides publiques. Au nom du principe de l’égalité, les autorités coloniales étendent les aides publiques aux musulmans et aux hindous du pays. Alors incapables de pourvoir directement et généreusement au financement de leurs cultes respectifs. Près de 60 ans plus tard, chacun reçoit toujours des aides publiques au prorata du nombre d’adeptes qu’il compte dans le pays. Mais beaucoup de choses ont changé pendant ce temps…

D’abord, les communautés hindoue et musulmane se sont émancipées économiquement. Il n’y a qu’à voir le nombre de nouvelles mosquées et la finesse des statuettes ornant les nouveaux temples hindous et tamouls pour comprendre que les associations socioculturelles, loin de ne compter que sur les quelques millions annuels de l’Etat, se tournent davantage vers de généreux mécènes privés pour leurs gros projets de développement.

C’est d’ailleurs cette réalité qui amène Nassir Ramtoolah, président de la Jummah Mosque, à expliquer que la décision de la mairie de Port-Louis n’influera pas sur les finances de la grande mosquée de la capitale. Tout simplement parce que celle-ci compte sur ses fidèles et non sur les subventions de l’Etat ou de la municipalité pour vivre. Le cas de la Jummah Mosque semble parfaitement illustrer comment une association socioculturelle devrait fonctionner. C’est l’implication – notamment financière – de fidèles qui devraient permettre à une association socioculturelle de financer ses activités et ses projets de développement et non l’argent de l’Etat… celui de tous les Mauriciens !

Au final, il y a quelque chose de très ironique chez ceux qui ont « Dieu et mon fric » pour devise. Ils sont les premiers à se plaindre de coupes dans les aides publiques. Mais aussi les premiers à dire qu’ils ont des centaines de milliers de « followers ». Est-ce à dire que leurs adeptes sont de pieux radins ? Ou alors que l’argent de l’Etat, plus on en reçoit, plus on en réclame ?

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Combien pèse une fédération ?

À cette question, Somduth Dulthumun répondra sans doute 400 000 personnes. Le président de la Mauritius Sanatan Dharma Temples Federation ( MSDTF) aime à rappeler que son organisation rassemble le tiers de la population locale. C’est donc drapé de cette légitimité de « leader » qu’il prétend avoir une infl uence sur la vie publique et politique du pays. Il l’explique d’ailleurs, sans faux- semblants, dans l’interview qu’il accorde à l’express dimanche cette semaine.

La posture de Dulthumun n’est en rien exceptionnelle dans le paysage local. Les hommes du culte qui prétendent devoir infl uencer les affaires nationales sont légion. Menon Murday a récemment troqué ses habits de président de la Mauritius Tamil Temples Federation pour celui d’expert énergéticien. Faisant la leçon au gouvernement pour n’avoir pas choisi de concrétiser le projet de centrale électrique CT Power .

Le père Jocelyn Grégoire de la Féderation créoles mauriciens s’est, lui, improvisé « agwa » le temps de présider à la réunifi cation de la « grande famille » bleue en 2009. C’est cette mobilisation d’un bassin électoral ethniquement homogène qui explique probablement en grande partie la générosité de Ramgoolam envers le PMSD. Le parti avait, en effet, obtenu sept investitures au sein de l’Alliance de l’avenir lors des élections générales de mai 2010.

Revenons toutefois à Dulthumun. Le président sortant de la MSDTF brigue un nouveau mandat à la tête de l’organisation aujourd’hui. Face à lui, deux groupes, menés par Bissoon Mungroo et Rajendra Ramdhean, prétendent diriger autrement la fédération. Quelque part, cette situation nous amène presque à souhaiter que Dulthumun ne soit pas réélu. Histoire de vérifi er certaines choses…

Déjà, il s’agit de déterminer si le fauteuil de président de la MSDTF a quelques propriétés particulières, voire magiques. Par exemple, est- ce que celui qui s’y assoit perd invariablement son libre-arbitre ? Somduth Dulthumun semble, en effet, avoir réglé de manière défi nitive ses pas sur ceux du Premier ministre. Ramgoolam s’attaque à la presse… Dulthumun lui prête main- forte. Le chef du gouvernement critique le « grand capital » … le président de la MSDTF organise une conférence de presse dans la semaine pour reprendre les mêmes idées. L’interrogation s’impose d’elle- même. Si Bissoon Mungroo devient le patron de la MSDTF, se transformera- t- il en perroquet du Premier ministre ? Malgré sa promesse d’indépendance vis-à-vis du pouvoir ?

Ensuite, il s’agit de comprendre cette confiance – on peut aussi qualifi er cela de générosité – que le pouvoir place en celui qui occupe la présidence de la MSDTF. Dulthumun a été fait Officier de l’Ordre de l’Étoile et de la Clé de l’océan Indien. Le gouvernement l’a également propulsé sur le conseil d’administration de la Banque de développement mais aussi de l’ Independent Broadcasting Authority où il siège en tant que « member with experience in any other related activity » . Si Rajendra Ramdhean est élu aujourd’hui président de la MSDTF, sera- t- il décoré par la République dans les mois qui suivent ? Et trouverat- il son chemin vers des conseils d’administrations d’institutions publiques où il n’a pas sa place ?

Plus globalement, il faut surtout se demander : Dulthumun n’est- il qu’un agent politique que le pouvoir récompense pour services rendus ? Ou alors, est- ce sa fonction de « leader » autoproclamé de 400 000 Mauriciens qui lui confère des privilèges particuliers et probablement indus ? Si ce n’est que la première possibilité, cela va encore. Car nous ne serions là que dans un des vulgaires épisodes du long feuilleton de copinage dont les politiciens locaux – tous partis confondus – sont les acteurs de longue date.

Si, par contre, c’est le deuxième cas de figure qui est applicable, tout cela devient autrement plus grave et scandaleusement antirépublicain. Si le seul fait de diriger une organisation représentative d’une seule partie de la population donne droit à autant de privilèges, d’autres questions se posent de facto . Au nom de quoi un traitement similaire à celui de Dulthumun serait refusé à Menon Murday ou au président de la Jummah Mosque ?

Si le pouvoir politique ne peut garantir l’égalité de tous les cultes devant nos instit, utions, il faut absolument que sa générosité envers certains leaders serviables cesse. Ce serait déjà un premier pas. En attendant que le prochain, plus important, soit franchi. Celui qui permettra que les citoyens se fassent entendre du pouvoir sans avoir à grimper sur les épaules de ces associations socioculturelles. Qui, décidément, ne semblent faire ni dans le culturel et encore moins dans le social. Tant elles sont affairées à faire avancer des causes personnelles…


Bouledogue avec dents !

Des lecteurs, des auditeurs et même des confrères ont émis l’idée que la presse cesse de relayer les activités des associations socioculturelles et castéistes du pays. Si, sur papier, la chose parait faisable et même souhaitable, en pratique, cela pourrait se révéler improductif. C’était le sujet de mon édito du jour sur Radio One :

Bouledogue avec dents !


Un métier qui rapporte

La scène est grotesque. Somduth Dulthumun, le leader autoproclamé des hindous du pays, craque une allumette. Sous les applaudissements des membres du Front commun hindou, il met le feu à la couverture de l’express dimanche. Mais la flamme meurt après quelques secondes. Dulthumun s’y remet méticuleusement
pendant que crépitent les flashs des photographes. Ouf, le feu a pris ce coup-ci. Le show a bien eu lieu ! Si le côté ridicule des facéties de Dulthumun prête à sourire, les raisons qui motivent son action sont bien trop graves pour être prises à la légère.

La séquence des événements depuis le retour au pays du Premier ministre, dimanche dernier, est intéressante à décrypter. Ce jour-là, Navin Ramgoolam fait volte-face. Alors qu’il s’était totalement désolidarisé des propos de son ministre Mookhesswur Choonee, il explique désormais que la polémique est une invention de la presse. De fossoyeur des principes républicains, voilà que Choonee devient victime en puissance des médias. La presse remplace Choonee dans le box des accusés. Les organisations sectaires du pays semblaient n’attendre qu’un signal clair du « patron » pour sonner la charge. Dirigée, bien évidemment contre le meilleur ennemi de Ramgoolam : le groupe La Sentinelle.

La cible toute trouvée est l’express dimanche. Nous sommes accusés de « balkaniser la communauté hindoue » et de mettre le pays « à feu et à sang ». Notre faute ? Avoir appelé un chat un chat dans notre dernier numéro en titrant en Une « Le vrai pouvoir des castes ». Selon Dulthumun et ses pairs, tout le dossier est bidon. Les castes n’existent pas à Maurice.

Le mensonge est éhonté. Les dizaines de SMS, appels, mails et commentaires reçus de nos lecteurs indiquent qu’ils ont vu au travers du bluff. Même Nita Deerpalsing, si prompte à défendre son leader Navin Ramgoolam, a préféré ne pas se couvrir de ridicule dans l’entretien qu’elle accorde cette semaine à Mauritius Times. En effet, elle ne remet pas en doute l’existence des castes dans la communauté hindoue. Se contentant de descendre notre dossier en se demandant : « What did it bring other than say these things exist in parts of our society ? »

Si Nita Deerpalsing a des raisons objectives de défendre son leader et de pourfendre le meilleur ennemi dès que son patron lui en intime l’ordre, on comprend moins bien pourquoi Dulthumun et consorts se sentent à ce point obligés de régler leurs discours sur celui de Ramgoolam et d’appeler, comme lui au boycott de l’express. La lecture de notre dossier de la semaine dernière fournit, selon nous, quelques pistes de réponse.


« Certains leaders familiaux profitent … pour nouer des liens avec le candidat. On ne sait jamais où cette proximité … peut mener : une décoration de la République, une nomination au conseil d’administration d’un petit organisme parapublic… », peut-on y lire. Une situation théorique énoncée dans un article peut parfois rejoindre la réalité.  En effet, Dulthumun est un nominé politique. Il est membre du conseil d’administration de la Banque de Développement. Par ailleurs, le président de la Mauritius Sanatan Dharma Temples Federation (MSDTF) a également été élevé au rang d’Officier de l’Ordre de l’Etoile et de la Clé de l’océan Indien par le gouvernement en mars 2008.

On pourrait penser que Dulthumun mérite sa décoration pour son action dans la sphère socioculturelle. On a par contre beaucoup plus de mal à comprendre comment un ancien Chief Valuation Technician au ministère des Finances devient expert en financement des PME sur le conseil d’administration de la DBM. A moins que ces deux nominations aient à faire avec les prises de position passées et actuelles de Dulthumun. N’a-t-il pas déjà expliqué qu’en « tant que dirigeant de la communauté hindoue, j’ai le droit de donner le mot d’ordre de voter pour un candidat. Et on n’a pas le droit de m’en empêcher. » Et d’ajouter, quelques jours après l’élection de Pravind Jugnauth à la partielle de mars 2009, que c’est grâce au soutien de son association que le leader du MSM a été élu.

D’élections, il sera encore question en mai-juin 2011. Mais cette fois-ci, ce seront celles visant à remplacer l’exécutif de la MSDTF. Dulthumun serait candidat à sa propre succession. Et si tout ce cirque n’était en fait que le début de la campagne d’un dirigeant d’association socioculturelle soucieux de se faire réélire ? Car au vu des faits, « dirigeant de la communauté hindoue », c’est un métier qui rapporte !


Le vrai pouvoir des castes à Maurice

Voici la version complète du dossier de l’express dimanche sur le vrai pouvoir des castes à Maurice. Cliquez sur l’image de chaque page pour la lire en grand format. Petite anecdote, comme tous les dimanches matins, je laisse mon téléphone en mode silence…pour pouvoir dormir jusqu’à tard. Hier, en me réveillant… j’avais 16 appels en absence. Toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire. Certaines personnes m’ont appelé hier pour me dire exactement cela !

Pour la petite histoire…ce dossier a été primé dans le cadre des CNN Multichoice African Journalist Awards 2011.


Mélange des genres

Pour qui roule la « Mauritius Sanatan Dharma Temples Federation » (MSDTF) ? Beaucoup d’entre vous diront que la question est rhétorique. Que l’on connaît déjà la réponse ! Tant les prises de position de Somduth Dulthummun, le président de cette association socioculturelle, ont semblé épouser celles du Premier ministre ou de quelques puissants au pouvoir. C’est cette posture qui fait qu’aujourd’hui, de nombreux citoyens perçoivent ce type d’associations comme de vulgaires succursales du parti au pouvoir. Qui ne guérissent qu’occasionnellement de leur turpitude pour organiser un pèlerinage ici ou une fête religieuse là…

Mais il ne sert à rien de critiquer uniquement la MSDTF ou les organisations  socioculturelles. Car si elles s’arrogent aujourd’hui le droit d’intervenir dans des débats où elles n’ont pas leur place, c’est parce que le gouvernement – et plus particulièrement le Premier ministre – les a encouragées dans cette voie. En effet, on ne compte plus les occasions où Navin Ramgoolam a confondu cérémonie culturelle ou religieuse et meeting politique. Plus d’une fois, invité par la « Voice of Hindu » (VOH) ou la MSDTF, le Premier ministre s’est laissé aller à des discours politiciens et belliqueux, envers le secteur privé ou l’opposition pour justifier ses décisions politiques ou économiques.

Les associations socioculturelles ont compris le message. Leur mission première était de nature culturelle et religieuse. Voici que le Premier ministre, lui-même, étend leur champ de compétence. Grâce à Ramgoolam, les MSDTF, VOH et autres sont maintenant devenus des plates-formes où l’on discute de démocratisation de l’économie,  d’aménagement du territoire ou de relations industrielles.

Tout semble désormais les concerner. Fin 2007, en pleine négociation gouvernement-secteur privé sur la réforme sucre, la MSDTF prend position pour demander au secteur privé de se plier aux demandes du gouvernement – qu’elle considère justifiées. Plus près de nous, en début d’année, la MSDTF et d’autres associations se sont prononcées contre l’introduction du Morisien à l’école. Cette semaine, cerise sur le gâteau,  Dulthummun, s’est cru autorisé à intervenir dans un litige contractuel entre la « Mauritius Broadcasting Corporation » et le « Mauritius Turf Club ».

On a beaucoup de peine à comprendre le raisonnement de la MSDTF sur le différend MBC-MTC. En effet, Dulthummun dit qu’il ne s’explique pas pourquoi le MTC paie aussi peu d’argent (Rs 1,6 million par an) pour retransmettre les courses hippiques en direct. Alors que, selon lui, les paris sur les chevaux impliquent d’énormes coûts sociaux pour le pays. Il conclut donc que le MTC doit accepter les 3 500 %  d’augmentation et payer dorénavant Rs 56 millions annuellement à la MBC. Si l’on suit la pensée de Dulthummun, la MBC serait donc devenue une sorte de MRA bis, qui percevrait des taxes de secteurs d’activités générant d’importants coûts sociaux.

A ce rythme-là, on peut penser que Dulthummun s’intéressera très bientôt aux frais que la Loterie Nationale paye à la MBC pour diffuser en direct le tirage du Loto. On peut  également croire que la MSDTF déterminera une nouvelle grille de prix pour les licences des « pool houses » et « casinos » qui ont champignonné à travers le pays. De là, il n’y qu’un pas à franchir pour imaginer Dulthummun dans le rôle de conseiller spécial de Navin Ramgoolam et Rama Sithanen. Le président de la MSDTF pourrait avoir la tâche de déterminer qui doit quoi à l’Etat !

Toutefois, si Dulthummun revient à la raison, il se rendrait compte du ridicule de la situation. En effet, est-ce que la Première division anglaise paie la MBC pour diffuser ses matchs ? Non ! Si l’on s’en tient à ce principe. En tant que « producteur » et « réalisateur » du divertissement que sont les courses hippiques, c’est le MTC qui aurait dû réclamer des droits de retransmissions à la MBC !

Mais le monde est à l’envers à Maurice. Tout simplement parce que la MBC est en train de dicter les termes du contrat sur un marché où il est le seul prestataire de service. Cela Dulthummun ne semble pas s’en rendre compte. Aveuglé, qu’il est sans doute par son besoin de justifi er les décisions des personnes dont il se sent proche.


Vrais problèmes, mauvaises solutions

Ecœurant. C’est le seul qualificatif qui nous vient pour décrire la tournure que prend la question de l’introduction du créole à l’école. D’ailleurs, il faut dès ici prendre une précaution de langage. Notre langue nationale, dans sa version desethnicisée, s’appelle le morisien. Cette précision faite, revenons au débat sur le morisien à l’école…

Depuis juin dernier, la Fédération des créoles mauriciens (FCM) a porté un coup dur au débat. En décrétant que l’introduction du morisien à l’école se justifie par le fait que c’est « la langue ancestrale des créoles,» la FCM a commis une grave erreur. Par son positionnement, cette organisation a minimisé le caractère national de notre langue pour faire d’elle l’affaire d’une communauté d’abord. Ils en payent le prix aujourd’hui. Nos enfants le paieront demain…

Vendredi, les représentants d’une quinzaine d’organisations socioculturelles se sont ainsi prononcés sur la question. Pour eux, la vérité est expéditive. Des dirigeants de la « Voice of Hindu », la « Mauritius Sanatan Dharma Temples Federation » ou de l’Arya Sabha se sont relayés pour dire non au morisien à l’école.

Ce non monolithique démontre deux choses. D’abord, que ces associations semblent vouloir ignorer les vertus pédagogiques de l’utilisation de la langue maternelle dans les processus d’apprentissage. De nombreuses études, de l’UNESCO notamment, le démontrent. Ensuite, la posture de ces associations indiquent qu’ils n’ont rien compris à la complexité du débat. Et à la palette de possibilités qui s’y rattache. Notamment l’utilisation du morisien comme langue de support pour l’enseignement oral en classe. Ensuite, l’introduction du morisien comme médium d’enseignement. Ce qui impliquerait, par exemple, l’élaboration de manuels d’histoire et de géographie ou de trigonométrie rédigés en morisien. Enfin, troisième possibilité, l’apprentissage du morisien comme langue à part entière. Comme c’est le cas aux Seychelles, par exemple.

Mais tout indique que nous n’aurons pas le loisir de débattre de ces questions. Si Vasant Bunwaree a jusqu’ici été assez avare en propositions sur l’utilisation du morisien dans le cadre de sa réforme de l’éducation, les positionnements rétrogrades de la FCM et des Krit Manohur et Somduth Dulthumun risquent de le convaincre de se réfugier dans le mutisme le plus complet. Le contexte politique est particulier. Aucun gouvernement, même le plus courageux, ne prendrait le risque de laisser perdurer un débat qui a glissé sur le terrain ethnique au moment même où le pays s’apprête à aller aux urnes. Les possibilités de dérapages sont trop nombreuses.

Qui sont donc les gagnants ? Qui sont les perdants dans toute cette affaire ? Les grands gagnants sont tous ceux qui pensent que chaque débat national peut être abordé par le prisme ethnique. Dans la polémique autour de l’utilisation du morisien à l’école, ce sont les réflexes ataviques de certains d’entre nous qui s’en sont trouvés renforcés. Autant dire que ceux qui défendent leurs « bouts » ou qui recherchent le leur sont aujourd’hui convaincus de la justesse de leur mission.

Devant ce blocage, de nombreux membres de la FCM sont peut-être aujourd’hui persuadés de la nécessité de durcir, voire de radicaliser les revendications. Pour d’autres, il est sans doute temps de monnayer de manière ostentatoire les votes créoles pour faire avancer « leur cause » dans le pays. En face, les  Manohur et Dulthummum, sont probablement plus que jamais convaincus de leur pouvoir de persuasion auprès de nos décideurs politiques. Et vont continuer à s’ériger en gardiens d’une certaine petite bourgeoisie. Celle-là même qui considère l’éducation nationale, depuis bientôt 30 ans, comme la fabrique servant à asseoir son hégémonie dans la société mauricienne. Et dont il vaut mieux empêcher l’accès à d’autres sections de la population, jugées trop chercheuses de « bouts ».

Dans toute cette futile bataille, les premiers perdants sont nos enfants. Ceux provenant des milieux les plus défavorisés – qu’ils s’appellent Caroline, Idriss ou Satish – qui, à la rentrée prochaine, continueront à recevoir un enseignement qui ne leur sera pas entièrement accessible. Parce qu’ils seront en train d’apprendre « A for Apple, B for Ball… » sans nécessairement comprendre tout ce que leur enseigne leurs maîtres. Qui se soucie vraiment de leur sort ?

D’autres commentaires sur cet édito


Religion squatteuse

Tout est bien dans le meilleur des mondes. Voltaire n’aurait pas mieux dit ! Depuis vendredi, les dévots du « Kalimaye » de St-Paul peuvent prier en paix. Leur illustre voisin, le Premier ministre, s’étant acheté une conscience en leur proposant de faire leurs petites prières au « Kalimaye » bordant sa résidence. Et d’organiser les cérémonies plus imposantes dans un futur temple construit plus loin, sur un terrain dont Navin Ramgoolam lui-même fera bientôt l’acquisition. L’épilogue est bollywoodien. Harish Boodhoo annonce que sa « mission est terminée ». Tandis que les dévots enragés d’hier, filmés par la télé paillasson nationale, ne tarissent plus d’éloges sur la compréhension et le grand cœur du Premier ministre. « Win with Navin », le slogan vieilli du Parti travailliste, prend un coup de jeune. Le consensus cache toutefois une honteuse hypocrisie.

Pour une fois, nous pensons que la « Mauritius Sanatan Dharma Temples Federation » (MSDTF) et la « Voice of Hindu » (VOH) ont eu une position sage sur un problème « religieux. » Les dirigeants de la MSDTF ont ainsi fait remarquer que le « Kalimaye » a été érigé sur un terrain privé sans aucune autorisation formelle. L’argument juridique suffit. Nous n’allons pas dire que les deux associations se sont dissociées des dévots en colère à cause des pratiques occultes dans ce « kalimaye » à la tombée de la nuit. Et encore moins sous-entendre que la MSDTF et la VOH se sont tues à cause d’un quelconque pacte d’allégeance à Navin Ramgoolam.

Restons donc sur le terrain juridique. Le président de la MSDTF, Somduth Dulthummun, a précisé qu’il s’agit là d’une construction illégale. Et qu’à ce titre, les dévots qui y prient ne peuvent prétendre continuer à squatter les lieux. La déclaration est pleine de bon sens. Elle est même lourde de sens ! Nous en concluons que le seul titre de « lieu de culte » ne donne pas droit à tout. Un tel édifice n’est en rien inviolable s’il est construit en violation de la loi.

Dans un Etat de droit, les mêmes règles doivent s’appliquer à tous. Or, c’est justement là que l’on constate l’hypocrisie qui règne sur la question. Il suffit de se rendre sur nos plages publiques – à Mon-Choisy, Anse-La-Raie et Belle-Mare notamment – pour croiser ces champignons religieux qui ont poussé ça et là. Ces constructions sont-elles légales ? Non. Aucune autorisation formelle n’ayant été donnée par les « Districts Councils » ou le gouvernement pour construire ces temples et autels « pieds dans l’eau ».

Au regard de la loi, tous ces édifices sont assimilables au « Kalimaye » de St-Paul : ce sont des constructions illégales. Le tandem Anerood Jugnauth/ Paul Bérenger a bien essayé de mettre de l’ordre dans ce capharnaüm dans le passé. Mais le patronyme et la couleur de peau du Vice-Premier ministre Bérenger a bien vite nourri une campagne « Pa touss nu bann ». Dont les principaux animateurs n’étaient autres que la MSDTF et la VOH !

vestiaire

Quelques années plus tard, ces deux organisations ne trouvent toujours rien à redire à ces constructions illégales-là. Pourtant, pour paraphraser le qualificatif de Dulthummun sur le « kalimaye » de St-Paul, on pourrait lui faire remarquer que les temples improvisés sur le littoral sont aussi des «endroits sales où on voit même des chiens errants traverser ». Pire, à deux pas des autels et temples, on retrouve bien souvent des cuisses de poulet, des cannettes de bière ou une touriste ayant enlevé le haut de son maillot de bain pour parfaire son bronzage. « Tchi tchi ! »*

Dans le monde idéal de la religion squatteuse, les plages seraient interdites aux touristes en monokini. On n’aurait pas droit d’y manger de la chaire et de boire une goutte d’alcool. Ainsi, les autels religieux et leurs alentours préserveraient leur sainteté. Mais ce monde idéal-là n’existe pas. Dans le monde où nous vivons, où la loi est reine, toutes les constructions religieuses du littoral doivent être détruites. Sinon, on ne pourrait que donner raisons à ceux qui constatent amèrement qu’il y a une loi « pu nu bann » et une autre « pu bann la ».

*Expression indienne indiquant le dégoût


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