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Le coût du lauréat

Les statistiques sont implacables. Huit lauréats sur dix ne reviennent pas au pays après leurs études. Ce sont Rs 500 millions qui vont ainsi être investies pour rien durant les 4 prochaines années…

Le coût du lauréat


Alice au pays des merveilles

Ce texte a été publié le 13 mai 2007. Mais je trouve qu’il redevient d’actualité. Lisez entre les lignes. Le même climat recommence à planer dans le pays…

Mark Twain disait que Maurice avait servi de modèle pour le Paradis. À bien y réfléchir, Maurice aurait également beaucoup inspiré un autre écrivain du 19e siècle. Si Lewis Caroll visitait le pays aujourd’hui, il se rendrait compte que « Le pays des merveilles » qu’il décrit dans son récit existe. Nous y vivons, nous Mauriciens !

Notre île, comme le pays des merveilles, a un monarque. Le roi des cœurs, Navin Ramgoolam, qui règne sans partage. Celui-ci est ce que Caroll pourrait rêver de mieux. Car il rassemble à lui seul les traits de caractère de sa reine et de son roi de cœur. Comme la souveraine, Ramgoolam est capable d’une cruauté expéditive envers des personnalités dont la compétence ne souffre pourtant d’aucune contestation. La reine de cœur ordonne « qu’on leur coupe la tête ». Ramgoolam, lui, exige qu’on « leve paké allé »

Ce même Ramgoolam dans une désolante mue, peut aussi se transformer en roi des cœurs indulgent à l’extrême envers certains de ses ministres dont l’incompétence, dans l’action et l’inaction est flagrante. Leurs interlocuteurs le relèvent systématiquement. Leurs proches collaborateurs s’en désolent. L’entourage du roi des cœurs croyant bien faire, l’encourage à croire que tout est bien dans le meilleur des mondes. Mais comme dans le livre, les conseils de la chenille bleue ne sont pas toujours bons à prendre. Car ils ont parfois de fâcheuses conséquences. Mais qu’importe, le roi Navin a décrété, paraît-il, qu’il ne procédera à aucun remaniement pour l’heure. « Quod principi placuit »… disaient les Romains. Ce qui plaît au prince est loi !

En face du roi et de sa bande d’incompétents, le lapin blanc panique. S’agite de plus en plus. Dans le bouquin il court obsessionnellement contre la montre pour ne pas arriver en retard. À Maurice, il court pour sauver sa peau. Car ici, on compte faire du civet de lapin blanc et en distribuer à tout le pays. Le lapin blanc se dit que s’il était marron, il passerait inaperçu dans la masse des lapins de même couleur. Mais trop tard, le roi l’a vu. Il a beau avoir été utile – même servile parfois, son heure semble toutefois arrivée…
alice
De loin, à Maurice, nos syndicats, en véritable chat du Cheshire regardent tout ce ramdam avec un intérêt mitigé. C’est vrai qu’ils sont occupés à critiquer aussi bien le roi des cœurs que le lapin blanc. Mais l’étonnement d’Alice, en voyant le chat du Cheshire disparaître complètement jusqu’à qu’il ne reste plus que son sourire, est d’actualité. Perturbée, elle remarque qu’elle a souvent vu des chats sans sourire. Mais c’est la première fois qu’elle voit un sourire sans chat. À Maurice, on a souvent vu des syndicats sans plate-forme officielle pour revendiquer leurs droits. Mais nous n’avions encore jamais vu une plate-forme officielle (le « National Pay Council ») sans syndicats. Tout a un début…

Avouez que ce pays des merveilles a de quoi dérouter même les plus mesurés et contemplatifs d’entre nous. Toutefois, l’inventaire des personnages de Caroll et leurs équivalents à Maurice ne serait pas complet si on ne parlait pas du chapelier fou.

À ce sujet, miracle ! À Maurice, nous n’avons pas un, mais des chapeliers fous. Le personnage du livre est condamné à vivre perpétuellement à l’heure du thé. Les nôtres aussi vivent dans un autre temps.

Ils le démontrent quand ils demandent qu’une madame Toorab en maillot de bain ne figure pas dans les manuels de nos enfants. Ils l’établissent également quand, à l’heure de la mondialisation des échanges, ils ne jurent que par le contrôle des prix. Enfin, ils le prouvent aussi quand ils cherchent à raviver de vieilles querelles pour détourner l’attention du public vers des « ennemis » et « exploiteurs » tout trouvés.

« Et Alice dans tout ça ? », vous demandez-vous. Eh bien Alice, c’est nous, les Mauriciens. Avec les mêmes « défauts » : un excès de courtoisie et de docilité. Qui nous amène à laisser le roi de cœur et tous ces personnages improbables agir à leur guise. Voilà le pays et le peuple des merveilles !


Discours de la méthode

La Fédération des créoles mauriciens (FCM) ne tolère aucun avis discordant sur son action. Ainsi, pour elle, si l’on n’est pas un « apprivoisé » converti à la cause, on est forcément classé hostile. On est l’une de ces personnes œuvrant prétendument pour empêcher le progrès de la communauté créole. Ou pour sauvegarder l’hégémonie de la composante majoritaire de la population. Mais pour que la FCM atteigne sa vision globale d’égalité sociale – à laquelle nous souscrivons d’ailleurs – il lui faut regarder certaines réalités en face. Elle ne le fait pas. Ceci explique sa perte de vitesse. Il nous faut donc rappeler certaines choses.

Première réalité : la FCM commence à inspirer la crainte. Elle n’a pas encore la réputation de la « Voice of Hindu ». Mais il suffit d’écouter ce que beaucoup de nos concitoyens (toutes ethnies confondues) disent de la FCM pour comprendre que l’image de celle-ci est en train de basculer. La Fédération est maintenant assimilée à une organisation socioculturelle défendant les intérêts et cherchant des avantages pour « zot bann ».

C’est en grande partie la maladresse de la FCM dans la formulation de ses revendications qui suscite cette peur. Le tissu social est fragile à Maurice. Et dans un pays comme le nôtre, revendiquer des droits pour soi est un exercice délicat. Car toute demande d’un groupe est automatiquement perçue comme un empiétement sur les acquis des autres. Deux exemples illustrent ce que nous avançons. La revendication des 35 % de créoles dans la Fonction publique.Et l’apprentissage du créole à l’école au motif qu’il est « la langue ancestrale » des créoles.

Ces deux revendications ont été accueillies très tièdement. C’est compréhensible. La FCM s’est contentée de réclamer l’emploi des créoles dans la fonction publique sans suggérer concrètement les moyens d’y arriver. Ce vide a vite été comblé par les conjectures des fonctionnaires en place. « Pour pouvoir faire de la place pour eux, on me virera. Ou alors on empêchera ma fille ou mon neveu d’avoir le job au seul motif qu’il n’est pas d’une ethnie minoritaire. » Ou comment renverser l’insécurité ethnique ! La bourde a été répétée. Au lieu de justifier l’inclusion du créole à l’école par des impératifs pédagogiques, la FCM en a fait une question identitaire. En sous-entendant que le créole est d’abord le patrimoine d’une ethnie du pays. Erreur capitale qui n’a pas plu à ceux qui considèrent que le créole est la langue de tous les Mauriciens.

Deuxième réalité : la place des créoles dans le pays est avant tout une question sociologique. Ethniciser à outrance le débat – comme le fait la FCM – équivaut à fausser les réponses globales qui peuvent améliorer le sort de cette communauté. Voici les faits : les taux de délinquance, de précarité et de scolarisation sont alarmants dans la communauté créole.

Devant ce constat, on a le choix. Soit on décide de mener une politique ethnique ciblée vers cette population défavorisée. Ou alors on met en place des actions globales de lutte contre la pauvreté, d’accès à l’éducation et d’encadrement social. En sachant que ces politiques combinées iront prioritairement aux populations les plus handicapées dans ces domaines : les créoles !

Ce type d’approche permet aux pouvoirs publics de ne pas créer d’illusoires travailleurs sociaux ou spécialistes de la condition créole. Des « je-sais-tout » pouvant aussi bien coacher des parents afin qu’ils comprennent l’importance de scolariser leurs enfants. Encadrer des jeunes inactifs en leur faisant découvrir les possibilités du micro-entrepreneuriat. Ou réhabiliter des prostituées toxicomanes.Ces « jack of all trades » n’existent pas ! D’ailleurs, s’ils existaient, ils seraient « master of none ». Or, la FCM met dans un panier ethnique des problèmes sociologiques disparates en croyant les résoudre avec une approche unique. Ce raisonnement mène à l’échec.

D’ailleurs, pour trouver des solutions, il faut dresser des priorités : troisième réalité ! Toutefois, la FCM semble errer un peu trop sur le terrain de la politique identitaire. En abandonnant au passage celui de l’éducation. Nous en sommes convaincus, l’accès à l’éducation et la formation est la pierre angulaire à « l’émancipation » de la communauté à Maurice. C’est à travers l’éducation qu’une communauté qui se sent marginalisée conquerra sa place dans notre société et sa fierté.

Il n’est un secret pour personne que les écoles en Zone d’éducation prioritaires (ZEP) accueillent majoritairement des enfants issus de familles créoles. Ces ZEP affichent des taux de réussite planchers (parfois de 12 % à 20 %). Or, la FCM n’a pas développé de proposition concrète dans ce domaine. Elle n’a en rien (sauf maladroitement sur la question du créole à l’école) expliqué comment des collaborations transversales – éducation nationale, Eglise, ONG, forces vives, secteur privé – peuvent être mises en place afin de donner plus de moyens d’encadrement humains et financiers à ces écoles.

Il est illusoire de penser à instaurer de l’équilibre dans notre société quand la base même de notre éducation est devenue une machine à créer des inégalités. La FCM doit d’urgence réaliser que l’égalité, elle doit l’instaurer aux premiers échelons du système. Afin d’outiller les jeunes créoles à poursuivre ensuite un long parcours académique. Ou à leur donner suffisamment de compétences de base pour en faire des petits entrepreneurs, ouvriers et citoyens responsables
de demain.

Toutefois, on pourra mettre en place les meilleures politiques nationales pour rétablir l’équilibre, encore faudra-t-il que chacun prenne ses responsabilités. En se fixant suffisamment de discipline et de volonté pour sortir de sa condition actuelle. Cette volonté-là, on l’a ou on ne l’a pas…

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Le créole est à nous (tous)!

A première vue, l’initiative de la Fédération des Créoles Mauriciens (FCM) est fort louable. Dans un communiqué*** daté d’hier, elle annonce le démarrage d’une campagne nationale « pour l’introduction du créole mauricien à l’école. » La demande parait justifiée. L’Unesco ainsi que les experts en pédagogie et linguistique sont unanimes à dire que l’utilisation de la langue maternelle permet un meilleur apprentissage des matières enseignées. D’expérience, les responsables locaux du projet Prevokbec le confirment. Le créole à l’école se justifie d’abord pédagogiquement. Or, la FCM s’emmêle encore une fois les pinceaux. Elle recourt à un argumentaire divisionniste et dérangeant pour motiver sa revendication. Voyons les faits.

La FCM « reconnaît le créole mauricien comme la langue ancestrale des Créoles, la langue maternelle et de communication de tous les Mauriciens. » Ce discours est inacceptable. Car il crée deux catégories de citoyens. L’une, ethnique : les descendants d’esclaves dont « la langue ancestrale » est le créole. L’autre, culturelle : tous les Mauriciens dont le créole est la langue maternelle.

Au passage, la FCM réinvente l’histoire. Aucun des esclaves venus de Gorée, du Mozambique ou de Magadascar ne parlait le créole ! Cette langue est née à Maurice à travers le brassage des syntaxes, des mots et expressions aussi bien africaines, qu’européennes et asiatiques. Si le créole doit faire son entrée dans nos écoles, c’est d’abord parce qu’elle est notre langue maternelle à tous !

Décidemment, cette organisation qui lutte contre la ségrégation et l’exclusion donne le mauvais exemple. La FCM explique ainsi que « le droit des enfants CREOLES à leur langage est un droit linguistique et culturel » qui découle de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. La même phrase sans le mot « créole » aurait été tout à fait légitime. Hélas, la FCM choisit encore d’ethniciser le débat. Seul un naïf pourrait croire qu’un petit Hedley de 6 ans a plus de droit à la langue créole qu’un Ajay, une Swaleha ou un Ah Moy du même âge. Pourtant…

Le ridicule ne tuant pas la bêtise non plus – la FCM en remet une couche. Elle considère l’introduction du créole à l’école « à coté des autres langues » comme « une réparation historique » dans « le cadre de la réparation et de la justice envers les créoles descendants d’esclaves. » La FCM se trompe encore une fois lourdement. Le créole est la langue de TOUS les Mauriciens. Si les descendants d’esclaves veulent apprendre – c’est d’ailleurs compréhensible – leurs langues ancestrales, il faudrait plutôt enseigner le Ouolof ou le Malgache dans nos écoles. Ceci pourrait être une réparation symbolique pour les descendants d’esclave.

Notre langue maternelle est devenue l’objet d’un combat ethnico-politique. Prenons toutefois le temps de rappeler quelques réalités à la FCM. Lors de la manifestation des militants anti-incinérateurs dimanche dernier à La Chaumière, l’essentiel des slogans étaient scandés en créole. Quand Harish Boodhoo organise une conférence de presse au sujet d’un lieu de culte hindou, il s’exprime en créole. Quand un maulana convoque la presse pour parler des activités dans le cadre de Eid, c’est toujours en créole qu’il s’exprime. Quand le Premier ministre de la République s’adresse à la population, il le fait encore une fois dans la même langue. A ce titre, le créole n’appartient ni à « nou bann » ni à « bann là. » Il appartient à nous TOUS. Le FCM devrait donc s’abstenir d’ethniciser un débat national d’ordre éducatif et culturel.

Pour terminer, lançons en l’air une suggestion. Si l’Anglais parle en anglais, l’Indonésien en indonésien et le Japonais en japonais ; il serait bon qu’on dise d’un Mauricien qu’il parle mauricien. Cela évitera bien des revendications insensées.

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KOMINIKE –FCM (FEDERATION DES CREOLES MAURICIENS)

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Kampagn : ‘Met Kreol Morisien- nou langaz, nou kiltir dan lekol’

FCM pe inform tou dimounn ki li pe demar enn kanpagn konsiantizasion, mobilizasion, ek revandikasion a partir mwa zin pou introdir Kreol Morisien dan lekol.

FCM rekonet Kreol Morisien kouma lang ansestral bann kreol, lang maternel et lang kominikasion tou bann morisien.

Drwa bann zanfan Kreol a zot langaz li enn drwa lingwistik ek kiltirel ki nou retrouve inspir li de dan bann Konvansion Internasional Drwa de Lom.

FCM konsider ousi ki dan kad reparasion ek zistis anver bann kreol desandan esklav, introdiksion Kreol Morisien akote bann lezot langaz dan lekol li amenn reparasion istorik.

. Nou pe demar nou kanpagyn dimans 14 zin 2009 dan Goodlands pou bann rezion Nor .

Dimans 21 zin 2009 apre lames 10h00 dan legliz Bon Pasteur, Elizabeth Ville , Baie du Tombeau.

Dan kad nou kanpagn, nou pe dimann bann dimounn sign enn petision ki nou pe anvoy sef Leta Morisien, bann Parlmanter ek bann mision diplomatik.

Kanpagn petision pou mintenir ziska ki Leta desid pou met Kreol Morisien dan lekol.

Nou pe salie initiativ gouvernman pou met sirpie enn Kreol Speaking Union. Li enn pa dan bon direktion.

Si ou bizin plis ranseignman, pa ezite pou kontakte Edley Chimon ki Kordinater kanpagyn nasional pou introdir lang kreol dan lekol ou Filip Fanchette.

Marie Anne Lagane
Sekreter FCM


Les devoirs du lauréat

C’est leur quart d’heure de gloire. Pendant encore quelques jours, quasiment tous les journaux et radios leur demanderont ce que ça fait d’incarner l’excellence académique de Maurice. Ensuite, nous oublierons les noms et les visages de ces lauréats. Après quelques années, ils oublieront à leur tour que l’Etat et les contribuables mauriciens ont financé généreusement leurs études dans les plus prestigieuses universités étrangères. L’ingratitude ordinaire dont fait preuve une bonne partie de cette élite en a blasé plus d’un.

Faut-il donc réformer profondément notre système d’allocation de bourses de fin d’études secondaires ? Oui ! Les statistiques du ministère de l’Education choquent. De 1995 à 2006, moins de deux lauréats / boursiers sur dix ( soit 18 %) sont revenus travailler au pays après leurs études supérieures.

C’est notre système éducatif qui est d’abord en cause. En effet, il apprend à nos meilleurs élèves à résoudre des formules mathématiques et à maîtriser des concepts économiques complexes, sans leur inculquer la moindre notion de civisme. Les lauréats Malaisiens ou Singapouriens savent pourquoi ils doivent rentrer au pays. D’ailleurs, ils le font. Les jeunes Mauriciens, eux, s’en fichent un peu…

Civisme, reconnaissance, devoir… ce sont là peut-être des mots un peu trop pontifiants. Changeons donc de registre, pour illustrer l’aberration sous un angle purement économique. Un entrepreneur doit dégager des retours sur investissement quand il injecte des capitaux dans son business. Un gouvernement, quand il alloue des dotations budgétaires à des projets, s’attend à ce que la société ou l’économie en tire des bénéfices. Calculons…

Durant l’année 2010, Rs 149 millions seront allouées au financement des bourses d’études des lauréats. Si nous nous fions aux chiffres de l’éducation nationale, 82 % de cette somme, soit près de Rs 123 millions seront jetés par les fenêtres. Car les bénéficiaires de cette somme ne reviendront pas travailler à Maurice. Une cuvée de lauréats, qui étudie en moyenne pendant 4 ans, génère ainsi des gaspillages avoisinant Rs 500 millions !

Que faire ? Il faut, d’abord, mieux éduquer nos jeunes. Afin qu’ils comprennent qu’en acceptant leurs bourses, ils deviennent redevables envers leurs concitoyens. Ensuite encourager – peut-être même exiger – que les lauréats poursuivent des études dans des secteurs d’activités et métiers préalablement identifiés par les autorités locales comme étant ceux qui seront en demande dans l’administration ou les divers industries du pays. Bien évidemment, on ne leur demande pas un engagement perpétuel. Mais un temps minimum, après leur retour, durant lequel ils seront des citoyens productifs.

D’aucuns diront d’ailleurs qu’il faut forcer les lauréats à revenir au pays. En leur faisant contracter des engagements financiers lourds et contraignants. Un tel système, il est vrai assez light, existe déjà. Avec le succès qu’on lui connaît. Alourdir les bonds dont la légalité et l’utilité sont contestables est une solution inadéquate. La clé c’est la valorisation de l’apport de nos lauréats.

Ceux qui choisissent de s’expatrier définitivement se défendent en arguant que la méritocratie et les vraies opportunités de faire carrière sont insuffisantes à Maurice. Ils ont en partie raison. C’est aux pouvoirs publics de leur redonner confiance. L’égalité des chances n’est pas seulement le titre d’une loi. Elle doit être vécue et appliquée au quotidien. Dans les entreprises. Mais aussi dans l’administration et les institutions parapubliques où la politique de copinage doit faire place à une « Right person in the right place policy. » Ce sont là des signaux qu’attendent une partie de notre jeunesse pour croire dans son pays. Et y revenir.

Mais nous ne pouvons parler de méritocratie sans terminer sur une autre aberration de l’actuel système. La cuvée 2008 nous a réservé son lot de jeunes qui provient de milieux modestes. Ceux-là, n’arriveront à poursuivre de hautes études à l’étranger seulement parce qu’ils auront été lauréats. En effet, malgré leurs excellents résultats, leur manque de moyens financiers les auraient autrement guidé vers deux alternatives : l’université de Maurice ou faire une croix sur les études universitaires.

Inversement, chaque année, des fils et filles d’hommes d’affaires, professionnels ou de hauts fonctionnaires figurent également sur la liste des lauréats. Ces jeunes, dont les parents ont les moyens – parfois avec le coup de pouce d’une banque – de les envoyer étudier à l’étranger bénéficient quand même des bourses de l’Etat. S’il est vrai que celles-ci devraient récompenser l’excellence, il est temps qu’elles soient prioritairement allouées aux collégiens brillants pour qui la bourse représente l’unique opportunité de poursuivre des études à l’étranger. Cela ajouterai une dose de méritocratie à un système éducatif qui il faut l’admettre a tendance à privilégier les enfants provenant des classes moyennes et aisées. Leur quart d’heure de gloire, à eux, commence plus tôt que celui des autres…

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Les cigales qui n’ont pas chanté

Bérenger n’a pas tort quand il dit que le débat autour du ciblage a « sombré dans la confusion ». Le leader du MMM s’étonne du ramdam autour de la question, alors que le remboursement des frais d’examens du SC et du HSC s’effectue déjà selon cette méthode. D’autres, toutefois, questionnent plutôt les motivations profondes de Rama Sithanen. Et son empressement à faire du ciblage une priorité de l’agenda économique et politique du gouvernement.Le débat sur la question piétine.

Le lancement d’un rapport sur la pauvreté, prévu pour mardi a dû être renvoyé. Faute d’une atmosphère sereine pour discuter des moyens de combattre la précarité dans le pays. Dans l’empressement de chaque camp d’avoir raison, on a oublié le motif principal justifiant le recours à une politique de ciblage : la brûlante question de la perte du pouvoir d’achat.

Il y a des faits indéniables. Par temps de vie chère, ce sont les couches les plus pauvres de la population qui encaissent le plus douloureusement les effets de l’inflation. Les consommateurs relativement aisés changent peu leurs habitudes. Tandis que la classe moyenne recourt par contre, elle, à des stratégies de substitution pour contourner les hausses de prix. On achète le paquet de riz Basmati moins cher, et on adopte une marque de lait moins connue… ce qui permet de réaliser quelques économies.

Les pauvres, en revanche, consomment déjà par défaut les produits « premiers prix » de nos supermarchés, quand ils les fréquentent. Ils n’ont le choix qu’entre consommer ce qu’il y a de moins cher. Ou arrêter de le faire. Il faut donc être totalement insensé pour ne pas comprendre que dans ces circonstances, il faut d’abord soutenir financièrement ceux qui sont le plus lourdement affectés par la baisse du pouvoir d’achat. Ils sont un peu plus de 100 000 dans le pays.

Tous les gouvernements du monde doivent désormais gérer cette problématique. « Casey Research », un important cabinet de consultants américain, explique ainsi, dans un rapport à paraître, que la tendance inflationniste est globale.

Aucun gouvernement n’a de contrôle réel sur les prix et les cours mondiaux des denrées de grande consommation. Chacun est donc réduit à déterminer quelle politique adopter pour aider les plus pauvres, donc les plus vulnérables, à faire face à la cherté de la vie. Deux méthodes sont disponibles. Comme le vieil adage chinois le suggère, on peut apprendre à la population à pêcher au lieu de lui donner du poisson. En tablant sur une croissance génératrice d’emploi, une augmentation de la productivité, donc des revenus à partir du travail. Sur des programmes d’« empowerment » qui transforment des chômeurs en entrepreneurs. Et aussi sur l’éducation. Mais ceci est une stratégie de moyen à long terme.

Or, le chômeur ou le travailleur précaire nécessitent une aide immédiate pour faire face à des hausses de prix qui les affectent déjà. Et la seule solution susceptible de les soulager dans ce contexte est une aide monétaire directe, « direct cash transfer ». Les ressources financières de l’État étant limitées, sa générosité universelle qui va aussi bien aux classes aisées que moyennes demande donc à être rationalisée. Afin que les aides aillent en priorité à ceux qui en ont le plus urgemment besoin. Voici la motivation. Elle est claire et elle tient la route. C’est d’ailleurs pourquoi nous soutenons une politique de ciblage comme solution susceptible de soulager les plus pauvres de notre population dans le court terme.

On peut toujours arguer qu’une autre méthode existe. Et l’on attendait justement que l’opposition ou les réfractaires au sein du gouvernement propose cette alternative. En vain.

Rama Sithanen, en s’attaquant aux « hypocrites » vise en fait les démagogues. C’est-à-dire tous ceux qui s’entêtent à dire qu’ils veulent aider les pauvres à faire face à la situation. Sans toutefois donner leur solution. Le débat sur l’alternative n’a donc pas été lancé.

Faute de contre-propositions, le débat a même glissé sur le terrain ethnique. La députée Nita Deerpalsing a été la première à jouer aux incendiaires. En suggérant qu’une politique de ciblage pourrait mener à une « bagarre raciale. » Incapable de démontrer comment cela serait possible, elle a néanmoins été relayée par d’autres. Des analyses, basées sur une lecture outrancièrement ethnique de la situation, ont relayé la parole de Deerpalsing. En opposant les « cigales » qui ont chanté et dansé hier aux « fourmis » qui ont travaillé consciencieusement pour amasser les biens qui sont les leurs.

On le comprend. La « bagarre raciale » serait cette fois provoquée par les fourmis révoltées à l’idée qu’on aiderait les cigales qui n’ont rien fait pour mériter la générosité de l’État. En début de semaine, Sithanen s’est avancé à dire que le débat a été ethnicisé. L’argumentaire de ceux qui ont contesté durant la semaine le ciblage est venu lui donner raison a posteriori. On comprend mieux les craintes de Deerpalsing et de ceux qui pensent comme elle. Mais ils se trompent.

Il y a des cigales qui n’ont ni chanté ni dansé, mais qui sont tout aussi durement frappées par la pauvreté grandissante.

publié le 24 février 2008


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