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La bataille des « carapates »

Si l’invasion a été soudaine, elle était néanmoins attendue. Les parasitologues locaux ont donc réussi à déterminer assez vite la nature de la menace. Il s’agit d’une espèce connue d’arachnide parasite à deux pattes qui prolifère dans le pays depuis des années : la tique politique. Communément appelée « carapate » ou « roder bout » à Maurice.

Les habitudes de reproduction et de prolifération de ce parasite sont encore méconnues. Trois éminents experts locaux dans l’étude de la « carapate », Paul Bérenger, sir Anerood Jugnauth et Navin Ramgoolam, ont toutefois grandement aidé à mieux cerner le comportement de ces bêtes. Chacun d’entre eux est allé jusqu’à donner de sa personne pour faire avancer la recherche. Notamment en s’entourant volontairement de plusieurs de ces bêtes durant de nombreuses années. En 2012, aussi bien Ramgoolam, Jugnauth que Bérenger persistent à défendre le bien-fondé de cette technique d’étude. Ils conservent donc chacun un certain nombre de « carapates » auprès d’eux.

C’est une méthode payante. Ainsi c’est SAJ qui a été le premier à réaliser une découverte majeure sur les habitudes migratoires des carapates vers le milieu des années 90. Une avancée qu’il résuma à travers la formule « karapat sanz lisien ». Il déduisit que l’arachnide à deux pattes est extrêmement sensible au climat politique. Plus celui-ci est perturbé, plus la « carapate » s’agite. Et dès que des réalignements s’opèrent, le parasite entame sa grande migration. Quittant un parti pour aller s’accrocher à un autre. SAJ démontra également que seules les petites « carapates » s’excitent durant les premières phases d’instabilité. Les parasites les plus puissants et expérimentés attendent, eux, que le réalignement politique soit total et irréversiblement à l’avantage d’un parti pour se précipiter vers celui-ci.

La contribution de Ramgoolam et Bérenger à la recherche ne peut toutefois être minimisée. A eux deux, ils ont en effet révolutionné la classification de cette espèce d’arachnide. Leurs travaux ont ainsi permis de conclure qu’il n’existe pas une mais quatre sous-espèces de « carapates » dans le pays. En haut de la pyramide trône la « super carapate ». Même si ce parasite-là est « gro fey » ou « intellectuellement limité », il n’a aucune difficulté à s’accrocher au parti politique de son choix. Bien né, ou disposant d’un patronyme « premium », ce type de « carapate » est considéré comme étant la sous-espèce la plus robuste et adaptable.

Arrive ensuite la « carapate grégaire ». Celle-là, comparée aux autres sous-espèces, joue la carte collective. Elle prétend toujours représenter la majorité de ses congénères et promet au parti qui la recueille, le soutien et la reconnaissance éternels des siens. Accueillir ce genre de parasite implique souvent de confier quelque avantage à lui-même ou à l’un ou plusieurs de ses congénères préalablement désignés. Suit candidement la « carapate has been ». Souvent, celle-ci est une ancienne gloire du parasitage ayant traîné ses crocs dans plusieurs partis. Incidemment, ce type de « carapate »  se distingue par le fait d’avoir été assez insipide dans ses responsabilités antérieures de ministre, ambassadeur ou conseiller municipal. Cette sous-espèce arrive néanmoins à trouver une petite place dans un parti voulant bien d’elle dans une conjoncture précise. Enfin, c’est la « caparate vulgaris » qui clôt la hiérarchie. Sans envergure, elle ne se fait accepter par un parti politique que sur de très courtes périodes avant d’être sacrifiée sans ménagement par son hôte et de tomber dans l’oubli.

Selon les parasitologues moins établis du pays, ce sont seulement les « carapates has been » et « vulgaris » qui se sont manifestées pour l’heure. Ils estiment que rien ne prouve que les « carapates » de première catégorie entameront bientôt leur migration. Cette assertion est néanmoins très loin de faire l’unanimité parmi les trois éminents experts locaux en la matière. En effet, alors que Ramgoolam affirme que la migration des grandes « carapates » attendra, SAJ et Bérenger pensent qu’elle a déjà commencé. Cette divergence d’experts n’est toutefois pas très grave. Ce qui l’est, par contre, c’est le fait que les trois éminences grises du parasitage semblent volontairement nier l’existence de certains travaux sur les « carapates ».

Ces derniers démontrent que ces parasites sont les vecteurs de quelques graves maladies affectant les politiques. Notamment la schizophrénie, le délire paranoïaque et la mégalomanie. Les parasitologues internationaux suggèrent par conséquent qu’une campagne d’éradication totale de l’espèce soit menée à Maurice. Mais Bérenger, SAJ et Ramgoolam ne l’entendent pas ainsi. En effet, ils souhaitent effectuer d’autres expérimentations sur les « carapates ». Ce sera bien évidemment à leurs risques et périls…


Moralite na pa ranpli vant

Êtes-vous dupes ? Probablement pas. D’ailleurs, si ce n’est pas le cas, vous faites sans doute partie des Mauriciens qui pensent avoir lu au travers du coup d’éclat de ce mardi du MSM. Ce n’est pas la solidarité envers Maya Hanoomanjee qui a motivé la démission de cinq ministres du parti de Pravind Jugnauth. Encore moins la manière de faire de l’ICAC. C’est autre chose. L’opinion publique est comme convaincue qu’il y a une raison inavouable derrière la décision du patron du MSM de s’éloigner du Conseil des ministres. Nous finirons par le savoir bien assez vite…

Au mieux, certains voient en la posture du chef du MSM, une tentative de chantage envers Navin Ramgoolam. Au pire, on qualifie le cirque de Pravind Jugnauth de haute trahison envers celui qui l’a sorti de son « karo kann » politique, un certain 31 mars 2010. Pour la base travailliste, la cause est même entendue : Pravind Jugnauth vient de cracher dans la soupe. Une attitude jugée d’autant plus impardonnable quand on sait qu’il parsème généreusement ses discours politiques des mots « dignité » et « loyauté ». Depuis mercredi, un dessin de Pov, paru dans l’express et montrant Pravind Jugnauth accroché à un couteau planté dans le dos de Navin Ramgoolam, fait le tour du landernau travailliste. Pour les militants rouges, le caricaturiste résume là, à merveille, l’attitude du patron du parti soleil.

L’opinion des sympathisants rouges n’est pas toutefois toujours le reflet de l’opinion publique. Mais depuis mardi, il semble que les deux concordent. Les émissions « phone-in » sur nos radios, les commentaires des lecteurs et internautes, l’analyse des chauffeurs de taxi et des « marsan bazar » férus de politique, tendent tous à démontrer une chose : les Mauriciens en veulent terriblement au MSM et à son grotesque opération « lev pake reste ».La condamnation est unanime : le MSM a atteint le degré zéro de la politique et de l’éthique. Jugnauth avait le choix entre rester et partir. Mardi, il a choisi de partir en restant !

Personne n’est dupe. D’aucuns y voient même un hommage à l’un des slogans du fondateur du MSM : Anerood Jugnauth. Celui-ci aimait dire, du temps où il était Premier ministre : « Moralite na pa ranpli vant. » À n’en point douter, le fils épouse parfaitement la philosophie du père. Sinon comment interpréter la « raison» officielle liée au départ du MSM du Conseil des ministres ? Si le « mauvais traitement » infligé à Maya Hanoomanjee par l’ICAC en a été à l’origine, ne peut-on pas a contrario en déduire que si cette institution change sa manière de faire, Pravind Jugnauth reconsidérera illico sa décision de mardi dernier ? N’est-ce pas d’ailleurs ce que demande Pravind Jugnauth tacitement au Premier ministre ? De faire plier la commission anti-corruption ?

La rue gronde à cette idée. Les Mauriciens surveillent déjà le Premier ministre et s’attendent à ce qu’il ne cède pas d’un pouce sur le principe de l’indépendance de cette institution. Dans le passé, un gouvernement MSM-MMM a fait dissoudre l’Economic Crime Office au moment même où celui-ci s’intéressait à un ministre de cette majorité-là. Le MSM veut-il passer à la postérité comme étant le parti qui participe, à chacun de ses mandats, à la déroute d’une institution censée combattre la corruption ? Ramgoolam veut-il en être complice ? L’opinion publique sera vigilante à ce sujet dès demain.

Ce que nombre de Mauriciens attendent également, c’est une sortie de crise claire. Ils sont d’ailleurs nombreux à penser qu’en quittant le Conseil des ministres ce mardi, le MSM a rompu le pacte électoral conclu avec la population le 5 mai 2010. Les députés MSM ont été élus pour participer au gouvernement et non pour miner ou contester son action et celle des institutions en tant que backbenchers.

Deux solutions s’offrent donc aux députés MSM. Aller chauffer les bancs de l’opposition. Où le MMM compte lui réserver un accueil plutôt tiède. Ou alors, rendre à l’électorat les 12 sièges de parlementaires dont Pravind Jugnauth se croit propriétaire. Et laisser aux citoyens le soin de décider si le parti soleil mérite bien tous ces sièges en dehors d’un accord électoral avec le Parti travailliste ou le MMM. Il y a fort à parier que Pravind Jugnauth ne tentera pas ce dernier pari. Seuls ceux qui respectent les institutions et l’électorat le font. Depuis mardi, Pravind Jugnauth semble avoir démontré qu’il ne fait manifestement pas partie de cette catégorie-là de politiques.


Le parti qui valait cinq sous

La phrase de sir Anerood Jugnauth est passée à la postérité. « Ce sont les cinq sous qu’il me manquait pour arrondir ma roupie… » C’était en février 1995. Il était alors Premier ministre et faisait allusion à l’entrée au gouvernement de Xavier Duval, qui venait d’être intronisé leader du PMSD. Presque seize ans plus tard, les bleus valent probablement toujours ces mêmes cinq sous. A la seule différence près que le PMSD – et surtout son leader – arrondit la roupie d’un autre Premier ministre…

Il n’y a pas trente- six conclusions à tirer de l’élection ratée du PMSD Abbas Mamode au poste de premier magistrat de la capitale. Que Mamade Khodabaccus, un protégé de Duval, lui ait été préféré n’équivaut ainsi en rien à une réaffirmation de position du leader du PMSD au sein du gouvernement de Navin Ramgoolam. Xavier Duval n’est sans doute pas dupe. Il a – et aura – de plus en plus de mal à faire valoir ses cinq sous au sein du gouvernement. D’autres épisodes de tension sont à prévoir entre lui et son patron.

Depuis mai 2010, Xavier Duval et son parti détonnent dans un ensemble politique par ailleurs homogène. Le Parti travailliste ( PTr) et le MSM ont en commun un électorat thésauriseur, conservateur et rural. Pour lequel les questions de la pauvreté et de la précarité sont loin d’être centrales. Par contre, l’électorat de Duval, plutôt urbain celui- là, accorde une importance capitale à ces deux sujets. Or, depuis son installation en mai, le gouvernement a surtout multiplié les signaux favorables en direction de l’électorat PTr- MSM.

Le budget 2011 de Pravind Jugnauth constitue un joli cadeau à une clientèle électorale précise. Qui a vu d’un très bon oeil l’abolition de la taxe sur les intérêts bancaires et de la National Residential Property Tax ainsi que la réintroduction de plusieurs abattements fi scaux. Une véritable manne financière à un moment ou d’autres Mauriciens – surtout les plus pauvres – subissent la série d’augmentations causée, en partie, par les mesures budgétaires de Pravind Jugnauth. De quoi esseuler davantage Duval au sein du gouvernement et amoindrir son aura auprès de son électorat désormais conscient de son impuissance.

Cette tournure des événements était sans doute prévisible. C’est pour cela qu’il ne fait aucun doute que le ministère de l’Intégration sociale et de l’Autonomisation économique a été créé et confi é à Xavier Duval avec une arrière- pensée purement politicienne. Ainsi, pendant que le tandem PTr- MSM mène une politique proéconomie et favorable à son électorat traditionnel, Duval utilise les leviers de son ministère et de sa puissante National Empowerment Foundation ( NEF) pour mener une action tout aussi ciblée en faveur de son électorat.

Cette stratégie a toutefois été un échec jusqu’ici. Pour deux raisons. D’abord à cause de la personnalité même de Xavier Duval. Le leader du PMSD aura beau affirmer sa sincérité, mais en près d’un an à la tête de son ministère il ne l’a nullement marqué de son empreinte. Il n’incarne en rien Monsieur Intégration sociale. Pour le grand public, Duval c’est celui qui se déhanche au rythme d’un sega au milieu de journalistes étrangers. Ou qui reçoit au nom de Maurice le prix de la meilleure « island destination » lors d’un salon international du tourisme. Lors des fonctions de son ministère actuel, il donne davantage l’image d’un ministre forcé de s’acquitter de corvées que d’un homme de terrain n’ayant pas froid aux yeux à l’idée d’aller inspecter les porcheries de Bassin-Requin.

L’autre échec de Duval, c’est son incapacité à faire fonctionner la NEF. En voulant la transformer en un outil au service d’une politique purement clientéliste, lui et les hommes qu’il a placés à la tête de la NEF en ont tout simplement cassé le mécanisme. Des empêcheurs de tourner en rond – qu’ils se trouvent dans le conseil d’administration ou l’administration – ont été systématiquement débusqués et éjectés. Du coup, la puissante machine d’hier laisse place à une multitude de microprogrammes à partir desquels aucune vision d’ensemble et inscrite sur le long terme ne semble se dégager.

Sans outil adéquat pour mener sa politique et asseoir sa popularité, minoritaire au sein du gouvernement, Xavier Duval semble être dans une situation bien inconfortable. Au point de le pousser à aller voir ailleurs ? Sans doute pas. En politique, « un tiens, voilà cinq sous, vaut mieux que dix sous, tu l’auras ! »


La solitude de SAJ

Il est bien seul, le président de la République. Depuis le décès du vice-président Angidi Chettiar, sir Anerood Jugnauth (SAJ) et d’autres Mauriciens se posent une double question. Qui va remplacer le brave Angidi ? Et surtout, conservera-t-on le poste que ce dernier a occupé jusqu’à 20h30 ce mercredi ? Une personne, une seule, a des éléments de réponse : le Premier ministre. Mais encore faut-il que Navin Ramgoolam ait commencé à réfléchir à la question !

Dans le cadre de ce type de remplacement, l’équation à résoudre est complexe. Mais elle peut néanmoins être posée clairement. Les éléments à prendre en compte sont en effet connus. Il y a d’abord la perception. Ramgoolam aurait lui-même identifié en toute lucidité le problème il y a quelques mois. Le Premier ministre, l’un de ses adjoints et la Présidence sont tous issus de la même ethnie…plus précisément de la même caste. Nommer le même type de profil en remplacement de Chettiar ne ferait alors qu’accentuer cette perception. Le prochain vice-président, s’il y en a un, risque donc fort ne pas être un membre de la population majoritaire. Il faudra chercher ailleurs.

Mais où ? Si le fait que le vice-président doit provenir d’une frange minoritaire de la population apparaît comme une évidence, il est par contre moins aisé d’identifier celle-ci. Ramgoolam n’est pas sans savoir que Rashid Beebeejaun ne jouit pas d’une cote de popularité folle auprès de l’électorat traditionnel travailliste. Il est donc très peu probable qu’il installe à la vice-présidence une personne ayant le même profil. Car il risquerait alors d’étayer la thèse selon laquelle l’actuel numéro 2 du gouvernement exerce une trop grande influence sur lui.

Restent donc deux profils susceptibles de faire l’affaire. D’abord l’évidence. On ne remplace pas une pomme par une poire. Si un Chettiar quitte la scène, il serait logique qu’on le remplace par un autre travailliste provenant de la même minorité. Ce serait là un signal fort renouvelé à l’intention d’une composante de la population dont on dit que la couleur du coeur oscille entre mauve et rouge.

Toutefois, sur papier, la carte Chettiar bis semble n’être qu’un second choix pour le Premier ministre. En effet, voici plus de cinq ans que Ramgoolam joue avec l’idée de réaliser un coup politique en nommant un membre de la population générale au Réduit. La place étant prise par SAJ jusqu’en 2013, Ramgoolam peut être tenté de se rabattre sur la vice-présidence pour marquer les esprits. L’enjeu, c’est la consolidation de l’image de son gouvernement auprès de la population générale. Qui, à raison sans doute, considère qu’elle est insuffisamment représentée aux plus hauts échelons de l’Etat. Malgré la présence de Xavier Duval au front bench du gouvernement. L’heure d’installer un Karl Offman bis – mais travailliste cette fois – à la viceprésidence a peut-être sonné.

Voici donc de quel côté penche la balance. Toutefois, Ramgoolam demeure un décisionnaire imprévisible. Capable d’audace dans ses choix. Et si finalement le Premier ministre décidait de remplacer une pomme… par une poire? Et si Chettiar laissait finalement sa place à une personne pas si différente de lui. Un autre compagnon de lutte et ami de sir Seewoosagur Ramgoolam. Mais qui aurait une particularité par ailleurs: celle de provenir de la minorité laissée officiellement orpheline au Parlement depuis la fin de mandat de Sylvio Tang.

Tout est possible. Toutefois, ce qui le semble moins, c’est l’abolition de la vice-présidence. On l’a vu, cette fonction est trop stratégique, trop utile pour satisfaire tel ou tel électorat, voire récompenser un proche, pour être rayée de nos institutions. Au diable donc les arguments faisant valoir que ce poste coûte inutilement cher à l’Etat. SAJ est bien seul. Mais quelque part, il doit savoir qu’il ne le restera pas longtemps.

D’autres commentaires sur cet édito


Bye bye Rama

Navin Ramgoolam s’apprête à sacrifier Rama Sithanen pour des raisons politiciennes.  Depuis dimanche, le Premier ministre a peut-être même trouvé de nouvelles justifications pour se séparer du principal architecte de son bilan économique. Ainsi va la vie (politique). C’était le sujet de mon édito de ce matin sur Radio One.

Bye bye Rama

Le film « Mon ami le traître » existe bel et bien. Voici un site qui en parle.


La nouvelle generation

Le MSM veut regarder vers l’avenir. Aujourd’hui, lors du congrès anniversaire des 25 ans du parti, on évitera de regarder dans les rétroviseurs. Pour s’intéresser plutôt à la « deuxième génération MSM ». Le positionnement est intéressant.De tous les partis politiques du pays, le MSM est quelque part le seul à vraiment pouvoir prétendre avoir une équipe jeune. En face, les bureaux politiques du Parti travailliste (PTr) ou du MMM ressemblent à des clubs d’anciens combattants. Composés d’éléphants « trop vus » et « trop entendus » dans le passé. Et qui se sont encrassés durant les décennies passées à être « députés professionnels ».

Au MSM, le départ en 2003, du fondateur et père spirituel sir Anerood Jugnauth a entraîné celui d’autres éléphants. Sans fracas. De sorte qu’aujourd’hui le parti ne compte que quelques-uns de la vieille garde, qui remplissent davantage les fonctions de conseillers que de décideurs actifs.

Le propre d’une nouvelle génération est de pouvoir ? si elle est inspirée ? proposer des idées neuves. Cette inspiration, elle vient d’abord d’un chef. Pravind Jugnauth a sans doute encore du chemin à parcourir. Mais le leader du MSM semble s’aguerrir au fil des années. Il s’améliore dans la gestion de ses relations avec ses deux alliés potentiels – MMM et PTr. Même si ce n’est pas sa principale qualité, Pravind Jugnauth sait également faire preuve d’humilité. Notamment en précisant récemment que sa position pro-peine de mort n’engage que lui et non son parti. On est bien loin d’un Paul Bérenger dont le slogan implicite est « le MMM, c’est moi ! »

Un leader qui gagne en maturité et une équipe dirigeante composée de cadres issus de divers secteurs sont les atouts de surface qui peuvent peut-être attirer certains nouveaux militants au MSM. Mais un magasin aura beau avoir une belle vitrine, si son arrière-boutique n’est pas garnie d’un stock suffisant, il ne peut satisfaire une grande clientèle. Le stock du MSM, c’est son programme…

A ce sujet, le positionnement de ce parti semble confus. Surtout par rapport à l’économie. L’idée du « Duty Free Island » émise par Pravind Jugnauth, alors qu’il était ministre des Finances en 2004, est certes bonne. Toutefois, faire disparaître tous les impôts et toutes les taxes du pays n’est pas une solution miracle. Certainement pas à un moment où l’inflation domestique grimpe à deux chiffres et les économies de nos principaux marchés sont au bord de la récession.

Pravind Jugnauth critique vigoureusement la réforme économique en place. Alors que dans sa philosophie, celle-ci n’est pas si éloignée de ce que SAJ, Bérenger ou Lutmeenaraidoo – et même dans une certaine mesure lui-même – ont prôné dans leur temps. Du coup, le leader du MSM inquiète presque en critiquant à tout va et en maniant des slogans creux. Sans proposer de politique alternative dont les coûts et bénéfices sont chiffrés.

C’est pourquoi l’on écoutera attentivement le « mini-programme » qui sera présenté demain. Pour comprendre comment le parti compte relever les défis économiques et sociaux du pays. Certes, l’électeur moyen n’accorde que peu d’importance aux programmes des partis politiques. Mais on peut quand même penser que plus celui de Pravind Jugnauth sera innovant et ambitieux, plus il sera susceptible de lui attirer de nouveaux partisans.

Admettons un temps que les grands principes de sa politique sociale et économique suscitent l’adhésion populaire. Et que le MSM se retrouve avec une masse de partisans représentant 15 % ou 20 % de l’électorat national. What next ?

Que fera Pravind Jugnauth de cette adhésion ? La monnayer dans le cadre d’une alliance avec le MMM ou le PTr ? Pour obtenir un fauteuil de « Deputy Prime Minister » ? Ou 10 tickets de plus dans le cadre d’un partage plus avantageux des candidats aux prochaines élections générales ? Cette attitude reviendrait à retomber dans les travers du « pouvoirisme ».

Pravind Jugnauth a le choix. Il peut décider de changer les règles du jeu. Ou se complaire à laisser la deuxième génération du MSM agir comme la première ! Fort de sa position de « joker », il peut placer l’intérêt de la nation en haut de son agenda. En reléguant notamment ses aspirations au poste de Premier ministre au second plan. Comment ?

Vendredi, lors d’une émission sur Radio One traitant de la visite du Premier ministre à Singapour, l’éditorialiste Jean-Claude de l’Estrac a proposé l’idée d’une démocratie refondée, inspirée du modèle singapourien. Dans lequel, c’est « un gouvernement de salut public » constitué des meilleures compétences du MSM, MMM et PTr qui dirigerait le pays. Ce qui aurait pour effet de faire cesser les éternels jeux d’alliances entre deux partis. Afin d’exclure le troisième et ainsi accéder au pouvoir. Souvent au prix d’un renforcement des lobbys sectaire et du communautarisme.

Paul Bérenger a pour l’heure décrété qu’il n’est pas question qu’il participe à un tel gouvernement. Mais il n’est pas exclu qu’il pense autrement si Navin Ramgoolam consent à sacrifier quelques membres de son entourage… Le « joker politique » du moment pourrait peut-être l’amener à changer d’avis encore plus rapidement. Pravind Jugnauth peut envoyer un signal fort. En décidant de servir de pont pour un rapprochement MSM-MMM-PTr dans le cadre du système de gouvernement évoqué. L’argumentation est toute trouvée…

Même si tous les partis peuvent prétendre séparément avoir les équipes susceptibles de bien diriger le pays, on est obligé d’admettre qu’une « Dream Team » composée des meilleurs éléments des divers partis politiques aurait davantage de chances de réussir. L’unité a ses avantages. Comme celui de pouvoir minimiser, sinon annuler, l’influence de tous les empêcheurs de gouverner et de réformer en rond. Pourvu que l’autorité du pouvoir en place soit contrebalancée par un judiciaire et une presse libre de toute entrave. Ainsi qu’un syndicalisme éclairé.

Pour défendre ce projet, il faut résolument regarder l’avenir. Et accepter de dépasser ses propres ambitions de pouvoir pour ne penser qu’à l’intérêt de la nation. Pravind Jugnauth et sa nouvelle génération peuvent-ils penser ainsi ?

publié le 19 octobre 2008


Pour quoi faire?

C’est vrai qu’on a (presque) toujours affaire aux mêmes acteurs. Mais il faut admettre qu’ils réussissent à faire de la politique à Maurice un feuilleton à rebondissements. Ainsi, de nouveaux rapports de force se dessinent après le 1er mai. L’abbé Grégoire est désormais un interlocuteur respecté. Dont la capacité à soulever les foules de mécontents suscite à la fois crainte et convoitise. Le MMM bombe le torse croyant pouvoir se la jouer « seul contre tous » comme au bon vieux temps. Le MSM semble requinqué. À la faveur de l’annonce – pas encore confirmée – du retour de sir Anerood Jugnauth en politique. Ce parti croit être devenu « les cinq sous » qui rendront « la roupie carrée » d’une future alliance électorale imbattable.

Du coup, les analyses pleuvent. Se recoupent. Se contredisent. Le Parti travailliste et le MSM s’apprêtent à se jeter dans les bras de l’un l’autre. Paul Bérenger, le leader mauve vieillissant, pourrait se résigner à donner son parti en épousailles à Ramgoolam. Qui, à son tour, enverrait le vieux briscard au Réduit se la couler douce, tout en sillonnant les continents en sage « droitdelhommiste ». On passe sur ceux qui pensent qu’un remake MSM-MMM n’est toujours pas à écarter…

Voici donc le paysage politique en instance de permutation. Mais nous ne pouvons nous satisfaire de ce ramdam là. D’une tactique à court terme qui ne sert qu’à gagner les prochaines élections générales. Tous ces partis politiques qui se courtisent et se toisent en ce moment même nous doivent des explications. Ils doivent nous dire comment ils comptent gérer un pays dont la population se sent mal. Et dont l’économie subit choc sur choc en provenance du marché mondial.

Sur ces enjeux de fonds, le discours des leaders est consternant. Ainsi, pour Bérenger, il suffirait de remettre une équipe MMM « qui a fait ses preuves » aux commandes du gouvernement pour régler, par exemple, l’épineux dossier de la crise alimentaire. Au MSM, on pratique la prestidigitation économique. On réduit les impôts et taxes, on les enlève même, on augmente toutes les dépenses.

Et on dit, dans le même temps, pouvoir assainir les finances publiques.

« Abracadabrantesque » !

Même le jeu de Navin Ramgoolam qui a le mérite d’être au pouvoir, donc dans l’action, demeure trouble. On sent bien qu’il n’a pas encore décidé de laisser le libéral Sithanen parachever l’ouverture et la modernisation de l’économie. Tout en définissant un nouveau mode de distribution des fruits de la croissance – notamment pour les pauvres. Le Premier ministre pratique la même tactique que les autres en courtisant ouvertement Grégoire. Sans toutefois oser lui dire ses vérités. Et en lui laissant croire qu’il lui tend une oreille compatissante. Notamment sur la question de réserver 35 % de la fonction publique à des créoles. Un non-sens ! Une ignominie constitutionnelle qui bafoue l’un des fondements de notre République : l’égalité des citoyens devant les lois et les institutions.

Depuis quelques semaines, c’est la tactique qui est à l’attaque. On est obsédé par les retombées sur le court terme de tel débauchage ou de tel rapprochement. Oubliées les vraies stratégies sur le long terme. « Gagnons les prochaines élections générales, après on verra… » semble être devenu le slogan préféré des trois principaux partis politiques du pays. Ils se trompent. Les « dépôts fixes » d’antan se découvrent une conscience et de nouvelles exigences. Ici pour une meilleure protection contre la perte du pouvoir d’achat. Et là pour une meilleure intégration au développement économique et social du pays. Les partis auraient tort de croire qu’il suffit de montrer une belle vitrine de candidats et de leaders pour allécher les électeurs. Plus que jamais la question à laquelle tout parti doit répondre demeure : « Que fait-on une fois qu’on aura gagné ? » Les partis d’opposition ne répondent pas à la question. Et Ramgoolam, lui, semble, comme à son habitude, prendre son temps pour y réfléchir…

publié le 11 mai 2008


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