Archives de Catégorie: Media et liberté de la presse

To the Digital Natives…

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Les scoops venus d’ailleurs

Les lampes de Divali à peine éteintes, voila que Diya (lampe en Hindi) Beeltah se fait incendier. On aura beau faire semblant de découvrir, avec the Telegraph, le côté « alarming » du look de notre reine de beauté au concours Miss Universe, il est toutefois difficile de nier l’évidence. Tous ceux qui avaient vu le « costume national » choisi par le comité Miss Mauritius savaient déjà depuis un mois qu’on allait encore une fois faire rimer « Mauritius » avec « ridiculous ».

Lentement mais sûrement, là où « Mauritius, c’est un plaisir » a échoué, « Miss Mauritius, c’est un délire » est en train de s’affirmer lors des concours internationaux de beauté. Il y a d’abord eu Anais Veerapatren. Dont le Herald s’était gaussé en affirmant qu’elle paraissait avoir été « dipped in glue and then dragged through the jungle, with a skirt that seemed to have been carved from the remnants of camouflage netting in the army reserves. » C’était ensuite au tour de Laeticia Darche de taper dans l’œil de Time pour son costume « toilet paper ».

Nos miss sont à plaindre. Car après tout, c’est à elles que revient l’ingrate tâche de porter ces costumes et d’en défendre le « bon gout » urbi et orbi. Le public mauricien doit toutefois aussi comprendre que sa mission n’est pas de railler et vilipender ces jeunes filles dès que Time, the Herald ou le Telegraph sonnent la charge. Pour une raison très simple : nous ne pouvons plaider l’ignorance.

En effet, ce n’est pas en lisant la version électronique des titres de presse étrangers que nous avons découvert que les costumes nationaux de nos miss étaient soit laids ou ridicules. Pourtant à chaque fois, les critiques ne se sont amoncelées que quand les médias étrangers se sont mêlés à la partie. Pour ne rien arranger, les critiques – locales et étrangères ‑ ont systématiquement visé les miss au lieu de se concentrer sur ceux et celles qui année après année « commettent » ces habits les uns plus consternants que les autres.

Cette fâcheuse manie de ne regarder que là où se pointe un index accusateur étranger, s’installe durablement chez les mauriciens. Récemment, le doigt venu d’ailleurs a pointé « l’Ile de la Tentation » qu’est Maurice. Pour reprendre la description faite de notre pays dans un reportage retransmis sur la chaîne France Ô. Les hurleurs ne se sont encore une fois pas fait prier. Dénonçant avec force toutes ces « tentations » évoquées dans le reportage sur Maurice.

Mais quel est donc le scoop que France Ô a servi aux Mauriciens? Le fait que des salariés du tourisme vivant dans des conditions précaires gagnent Rs 5000 à Maurice ? La réalité de la drogue, de la distribution de méthadone et des programmes d’échange de seringues dans le pays ? La recrudescence de la prostitution dans les salons massage « spéciaux » ?

A moins d’avoir vécu sous un rocher pendant ces 30 dernières années, aucun mauricien ne peut prétendre n’avons jamais entendu parler des problèmes évoqués dans le reportage de France Ô. Pourtant c’est avec un catastrophisme aigu que chacun y est allé de son couplet sur cette « dure réalité » locale « enfin » dénoncée.

Mais encore une fois, on ne regarde que là où pointe le doigt étranger. En oubliant les questions essentielles. Est-ce que, par exemple, les règlements du Catering and Tourism Industries Remuneration Order sont bien appliqués ? Les mesures nécessaires sont-elles prises afin de régulariser la situation de salariés vivant dans des conditions précaires ? Est-ce que les programmes de distribution de méthadone ou d’échange de seringues sont efficaces en l’état ? Ou encore, est-ce qu’une politique appropriée d’aide sociale est en place pour empêcher qu’une femme mariée vivant en dessous du seuil de pauvreté n’ait recourt à un boulot à mi temps dans un « salon de massage » afin de garder la tête hors de l’eau ?

Au lieu de tout cela, le message retenu par les Mauriciens à la suite de ce reportage est que Maurice n’est pas un paradis et que l’envers de la carte postale est sombre. Quel scoop ! Du coup, on trépigne d’impatience à l’idée de lire ou regarder un autre sujet étranger sur Maurice. Qui sait, on pourrait découvrir que la corruption existe au sein de la classe politique locale. Quelle révélation ce sera alors !

 


Le procès de l’arrogance

Les journalistes ont pris la mouche et leur colère a entraîné celle de leurs lecteurs et auditeurs. Tout le monde s’offusque désormais des paroles de l’honorable Anil Bachoo, qui a jugé que les journalistes ne sont que des « zanimo » et des « malades mentaux ». Puisque nous allons faire le procès de l’arrogance, commençons par nous excuser de la nôtre. Les propos du vice-Premier ministre sont-ils en effet aussi graves et insultants qu’on le pense ? Peut-être pas.

C’est que le bestiaire de la presse locale est riche. On y trouve de vieux hiboux sages dont les analyses sont avisées. Des loups, qui ont organisé et dirigé de nombreuses chasses à l’information et dont la connaissance du terrain est profonde. Une foule de fouines et de renards qui ne cessent de renifler afin de remonter jusqu’à la nouvelle fraîche. La faune de la presse comprend également quelques chevaux fous qui ruent dans les brancards ainsi que des vautours prêts à fondre avec appétit sur des cadavres. Tragiquement, quelques chiens galeux y ont aussi trouvé refuge. Ceux-là vendent leur plume au plus offrant. Pas de doute donc, les « zanimo » pullulent bien dans la presse.

Les fous aussi ! Benjamin Franklin, l’un des pères fondateurs des Etats-Unis, avait une belle définition de la folie : «  faire et refaire la même chose et s’attendre à un résultat différent. » Si ce n’est pas le portrait craché des « malades mentaux » de la presse indépendante, cela y ressemble beaucoup. Avec la même ardeur, les journaux et radios privées révèlent des « affaires » : les zones fantômes de Jin Fei et Neotown, Medpoint, CT Power, Boskalis, le cas Soornack, les Ponzi Schemes, les responsabilités des inondations meurtrières, la saga CNT, MITD, Sarako, les radars routiers… La liste est non exhaustive !

Pourtant, malgré la litanie des faits perturbants, les responsables politiques et administratifs des institutions continuent à jouir d’une sorte d’immunité qu’aucune enquête – quand il y en a une – ou fact-finding committee n’arrive vraiment à mettre à mal. Qu’importe, les « malades mentaux » se bousculent pour s’intéresser au prochain scandale. Sans se soucier du fait que leurs révélations restent souvent sans suite administrative ou judiciaire. Pendant ce temps, le pouvoir, drapé de toute son arrogance, reste hermétique à la critique et incapable d’afficher un quelconque sens des responsabilités.

Pov Bacho^p$$

Le Premier ministre a sans doute contribué de manière décisive à installer un climat d’impunité et d’irresponsabilité au sein de sa majorité en faisant très peu de cas des révélations de la presse. Ramgoolam se satisfait amplement de balancer des « to pou kone ar moi » aux gratte-papiers et de dénigrer leurs capacités de « semi-intellectuels » faisant preuve d’une « ridicule imbécilité ». A coups de tsunami annoncé, mais jamais venu, et de menaces à l’encontre des ministres médiocres jamais mises à exécution, le Premier ministre complète la démonstration de l’impunité régnant au gouvernement.

C’est probablement conditionné par ce climat que l’ancien Attorney General Yatin Varma s’est laissé aller à penser que  sa fonction lui offrait une sorte d’immunité totale ‑ une assurance tous risques ‑ contre laquelle un gamin inconscient et toute une bande de « zanimo » ne peuvent rien. Il sait désormais qu’il a eu tort.

A vrai dire, aucun homme ne mérite la descente aux enfers que connaît Yatin Varma. Quelque part, même si les Mauriciens le jugent sévèrement, ils saisissent aussi la tragédie que vit l’homme, le mari, le père et le fils qu’il est. Ainsi, le bons sens nous conduit à envisager cette toute autre voie que Varma, alors Attorney General, ne semble même pas avoir vue : celle de l’humilité. Il faut en effet se demander où en serait cette affaire, si Varma, quelques jours après s’être emporté contre Florent Jeannot, avait organisé une conférence de presse durant laquelle il aurait simplement et sincèrement présenté des excuses publiques pour son comportement.

Les Mauriciens apprécient les hommes qui assument leurs responsabilités. Nous pouvons affirmer que cet épisode aurait été oublié si Varma avait agi ainsi. Nous pouvons aussi penser que la meute de « zanimo » et de «malades mentaux » serait aujourd’hui en train de courser un autre scandale. C’est ce qui aurait pu se produire. Mais l’arrogance est passée par là.


Faux prétexte

Qu’ont en commun l’Ouganda, le Bangladesh, le Liberia, la Chine et même… le Zimbabwe ? On aurait naturellement tendance à répondre que ces régimes ne font parfois que peu de cas des principes démocratiques. Mais ils sont également liés par autre chose. Chacun de ces pays dispose en effet d’une loi d’accès à l’information (LAI). La Right to Information Ordinance du Bangladesh côtoie les Open Government Information Regulations chinoises. Voilà qui met à mal l’image de « bon élève de la démocratie » de Maurice. Un pays dont le Premier ministre « tique » à l’évocation d’une LAI.

Navin Ramgoolam estime que la mise en place d’une telle loi pourrait « bloquer la machinerie politique ». Qu’il se rassure toutefois, la mécanique politique ne s’enrayera pas de si tôt. D’abord parce qu’une LAI, comme le remarque Geoffrey Robertson dans son rapport, « cannot be introduced overnight ». Car de longues consultations seront nécessaires pour déterminer l’étendue des informations à rendre publiques ainsi que les procédures pour y accéder. Les LAI votées ailleurs ont parfois pris cinq ans, voire une décennie avant d’être appliquées.

La machinerie politique ronronnera. Car une carte demeure jouable : celle de la chaise vide. L’efficacité de la méthode a été constatée avec les atermoiements autour de l’Equal Opportunities Act. Votée en 2008, celle-ci est restée entre parenthèses pendant près de quatre ans. Ce n’est qu’avec la nomination de Brian Glover à l’Equal Opportunities Commission, il y a un an, que le travail de l’institution a vraiment commencé. En s’inspirant de ce précédent, le pouvoir pourrait décider de ne pas suivre la recommandation de Robertson et distinguer les fonctions de Media Ombudsperson et Freedom of Information Commissionner. Il suffira alors de désigner le premier et d’attendre ad vitam aeternam pour choisir le second…

Puis, il y a la posture extrême… à la Mugabe. L’Access to Information and Protection of Privacy Act zimbabwéenne de 2002 est un ovni législatif. Si ce texte de loi permet, en théorie, aux sujets de Robert Mugabe d’avoir accès à un certain nombre d’informations de nature administrative, en pratique rien n’a été fait pour leur permettre de les consulter. Pire, la mise en oeuvre d’autres dispositions de cette loi a contraint plusieurs titres de presse à cesser leurs activités à cause d’un nouveau régime d’enregistrement et de licences coûteux.

Tout cela ne doit toutefois pas nous amener à perdre de vue un fait : une LAI, même si elle facilite le recueil de l’information par les journalistes, est avant tout dans l’intérêt du citoyen. Le pouvoir pourrait en effet être tenté d’expliquer qu’un Media Bill, sans une LAI, suffit à faire avancer la liberté d’expression et le droit à l’information dans le pays.

Le citoyen serait alors privé de deux catégories d’information. Car une LAI permet d’abord de contrôler a posteriori l’utilisation de l’argent public, auquel chacun contribue sous forme d’impôts, de taxes et de redevances diverses. Ensuite, elle offre la possibilité à chaque citoyen de prendre des décisions personnelles – notamment financières – en fonction d’informations recueillies auprès des administrations.

Rien ne vaut un exemple. Mardi, le bureau du Premier ministre a annoncé que Navin Ramgoolam serait en déplacement à Londres pour assister aux funérailles de Margaret Thatcher mercredi. Or le Premier ministre n’est pas rentré jeudi. De bonnes raisons l’ont sans doute retenu à l’étranger jusqu’à vendredi soir. Mais celles-ci ne sont pas connues du grand public.

De nombreuses questions peuvent, par conséquent, être légitimement posées par le contribuable. Combien de personnes ont accompagné le Premier ministre ? Combien aura coûté la mission ? En fonction du coût de ce déplacement, quels bénéfices (en termes de rencontres ou de discussions) ont-ils pu être identifiés ? On a du mal à comprendre en quoi le fait de donner des réponses à ces questions « bloquerait la machinerie politique ».

L’accès à l’information faciliterait par ailleurs la prise de décision personnelle des citoyens. Imaginons l’achat d’un terrain résidentiel dans un coin tranquille du pays. Selon les pratiques actuelles, l’acheteur ne dispose que d’informations minimales sur son voisinage. Avec une LAI, il peut demander les plans d’aménagement de la localité. Cela l’amènera peut être à découvrir que le terrain voisin a vocation à accueillir un garage ou qu’une route très fréquentée passera à vingt mètres de la maison qu’il projette de construire d’ici deux ans. Ces informations, qui n’ont aucune portée nationale, permettront au citoyen d’investir de manière plus éclairée. Voire d’abandonner son projet d’achat.

On l’aura compris, la justification de « blocage de la machinerie politique » est un prétexte. Si on se fie au timing proposé par Robertson, Navin Ramgoolam a jusqu’au 15 septembre pour trouver une vraie justification à son hostilité à une LAI. Pas sûr qu’il réussisse à trouver une explication valable…


Semi-progressiste ?

Qualifiez Navin Ramgoolam de « grand démocrate » et de « progressiste ». Vous aurez une forte chance que ce compliment lui aille droit au cœur  Le Mauricien lambda ne s’en rend pas encore compte, mais Geoffrey Robertson vient probablement de donner l’opportunité au Premier ministre d’être qualifié de démocrate et de progressiste par toute une nation. Tant le rapport soumis hier par le juriste australo-britannique promet de révolutionner les lois régissant les médias de notre république. Si…

Dans son document Media Law and Ethics in Mauritius, qui se veut le brouillon d’un futur Media Commission Bill, Robertson effectue un diagnostic assez pointu. Le juriste répertorie sans complaisance les forces, il y en a, mais également les faiblesses – elles existent sans conteste – de la presse locale. Ses préconisations sont éclairées. Car sa critique est mesurée et juste.

En ce moment même, par exemple, la presse cède à l’irrationalité en accordant de l’intérêt au « touni minwi ». Tandis qu’un autre « confrère », incite, lui, chaque semaine à la haine raciale. De même, dans un passé pas très lointain, un titre a cédé au sensationnalisme de caniveau en publiant la photo du cadavre de l’Irlandaise Michaela Harte. Pendant ce temps, la presse « mainstream » peut elle, être accusée, à raison, de faire preuve de légèreté par moments. Notamment, en omettant parfois l’étape cruciale de la contre-vérification d’une information. Cela a pu arriver à l’express dimanche

Robertson, connu pour être un défenseur des libertés fondamentales, ne suggère pas toutefois la mise en place d’un arsenal répressif pour lutter contre les turpitudes de la presse locale. Qu’il considère – Nandanee Soornack appréciera – « happily free of the disgraceful behaviour of the British tabloid press which led to the Leveson Inquiry »… Le juriste propose donc d’empêcher les dérives ou de les sanctionner, le cas échéant, à travers un cadre déontologique, juridique et institutionnel adapté aux pratiques journalistiques et démocratiques actuelles.

Sur papier, les propositions de Robertson sont diamétralement opposées à la posture du pouvoir envers la presse. Ramgoolam insulte les journalistes et menace la presse d’un durcissement des lois. Robertson propose d’aligner Maurice sur la pratique des grandes démocraties en dépénalisant le droit de la presse. Tout en plaçant un fort accent sur la déontologie et la formation pour prévenir ou corriger ses dérives.

POV FIA

A priori, ce divorce philosophique devrait nous amener à déclarer l’essentiel des propositions de Robertson probablement voué à l’échec face à un Premier ministre qui considère la presse comme son meilleur ennemi. Mais au-delà du jeu politicien, se pourrait-il que Ramgoolam souhaite en son for intérieur moderniser le droit de la presse ?

A son crédit, on peut penser que le Premier ministre fait parfois des crises de « progressisme ». Depuis plus de cinq ans, il s’est ainsi prononcé de manière régulière sur la nécessité de toiletter notre Constitution afin, notamment, d’y enlever toute classification ethnique des citoyens. De même, Ramgoolam passera à la postérité comme le Premier ministre qui – malgré les réticences dans ses propres rangs – aura fait voter, en juin dernier, une loi autorisant l’interruption volontaire de grossesse dans certains cas. C’est dire que Ramgoolam sait par moments défendre ses convictions envers et contre tous.

Mais que fera-t-il au sujet du Rapport Robertson ? Ramgoolam nourrit, en effet, une rancune tenace envers certains titres de presse et leurs responsables. Un sentiment que partage un grand nombre de proches du Premier ministre – ce qui contribue à attiser la hargne de ce dernier. L’homme craint également la capacité de la presse de creuser et de révéler ce qui doit rester caché. Cela explique pourquoi une Freedom of Information Act ne figure pas parmi les priorités du discours programme 2012-2015. Mais aussi pourquoi – de l’aveu de Robertson – l’une des contributions les plus directes de Ramgoolam à son rapport a été effectuée à travers l’humour. Quand le Premier ministre a souligné le coût politique élevé que son homologue britannique Tony Blair a payé à l’issue du vote d’une Freedom of Information Act. Ramgoolam l’a redit hier encore.

Si Robertson a brillamment effectué la première partie de sa mission, le Premier ministre doit encore définir la sienne. Se laissera-t-il mouvoir par sa rancoeur et sa peur des dégâts politiques auxquels une liberté de la presse accrue peut conduire. Et ainsi réagir par une reculade ? D’aucuns le qualifieront alors d’inconstant, d’hypocrite ou de versatile. Nous ne choisirons aucun de ces adjectifs dégradants. Si Ramgoolam renie Robertson, nous nous contenterons alors d’un épithète plus descriptif : semi-progressiste.


Un débat d’a(d)vance

Par des temps où la presse écrite – telle qu’on la connaît – risque davantage de disparaître que de foisonner, l’arrivée, ce vendredi, de deux nouveaux titres dans le paysage médiatique local ne peut qu’être un motif de satisfaction. Peu importe si l’un, Advance, est l’organe de presse d’un parti politique tandis que l’autre, Le Citoyen, prétend ne pas l’être. Bienvenue aux confrères ! Les civilités accomplies, intéressons-nous maintenant aux questions de fond.

La première concerne le nouvel essor de la presse politique. Celle-ci a eu son heure de gloire durant les années 70 et 80 avec Le Populaire du PMSD, Advance du Parti travailliste (PTr), The Sun du MSM ou le Militant du MMM. Puis, cette presse-là a inexorablement périclité pendant les années 90. Faute de ressources financières et humaines mais aussi de lectorat. Le dernier représentant de cette catégorie de journaux, le Militant, a ainsi vivoté  avant de disparaître en mai 2010. Mais il apparaît que les partis politiques veulent réinvestir dans la presse écrite pour asseoir une présence médiatique et exercer un contrôle plus complet sur leur communication.

Puisque le PTr est le seul à avancer à visage découvert dans sa volonté d’avoir son journal, examinons le cas Advance. Cet hebdomadaire du vendredi obéit à une double logique. D’abord celle d’être un outil de communication pour le gouvernement et le Premier ministre. Sa mission est de vendre le bilan du régime en place tout en corrigeant les « faussetés » véhiculées par la « presse politique ». Ensuite, régler « œil pour œil » et de manière parfois personnelle des comptes avec des adversaires politiques et des journalistes jugés hostiles par Ramgoolam.

Advance est toutefois soumis, comme toutes les autres publications, aux lois régissant la presse dans notre république. Ainsi, si dans leur empressement à régler des comptes, les responsables de ce journal outrepassent quelques barrières en calomniant ou en portant atteinte à la vie privée sans motif d’intérêt général, ils seront passibles des mêmes procès au civil que n’importe quel autre journal indépendant. Ils sauront, espérons-le, faire le choix de la responsabilité.

Le vrai choix, toutefois, c’est le lecteur qui l’effectue. Car un journal de parti reste un produit de presse comme un autre. Il a besoin d’un lectorat pour exister réellement. Or, le lecteur, qu’il soit diehard rouge ou non, n’a aucune obligation d’acheter ou de lire Advance. Même si le journal était distribué gratuitement, ceux qui le tiendraient entre leurs mains auraient encore la possibilité de le lire ou de le mettre à la poubelle.

Certes, des quotidiens sans – ou avec si peu de – lectorat existent déjà. L’un déguisé en Government Gazette bis, tant il déborde de communiqués gouvernementaux payants et l’autre sous forme d’Advance bis. Face à l’impossibilité d’assurer le succès populaire d’Advance, le PTr se retrouvera probablement tôt ou tard devant un choix crucial. Continuer à investir une dizaine de roupies, en seuls frais d’impression et de papier, par numéro pour vendre chacun à Rs 10 ? Ou alors privilégier une solution déjà usitée ?

On la connaît. Elle s’appelle Mauritius Broadcasting Corportation. Et à la différence d’un produit de presse classique – partisan ou non –, elle n’offre quasiment pas de choix au spectateur. En effet, ce qui se pratique à la télévision nationale ne correspond pas aux objectifs statutaires de la MBC. Qui sont, notamment, de « strike a fair balance in the allocation of broadcasting hours among various (…) political (…) standpoints » ou de « ensure to the best of its ability that the news bulletins broadcast are accurate and presented in an impartial manner ».

La MBC contrôle ainsi un marché captif. Son téléspectateur n’a pas le choix. Soit il regarde ses bulletins propagandistes, soit il renonce à toute information télévisuelle sur son pays. De même, le téléspectateur n’a aucun mot à dire par rapport aux Rs 100 de redevance mensuelle dont il doit s’acquitter. Contrairement au lecteur qui, ne se retrouvant plus dans un journal, peut librement décider de cesser de l’acheter. Par contre, si un téléspectateur n’est pas satisfait des bulletins d’information ou de la programmation de la MBC, ou s’il ne la regarde plus, l’obligation de verser Rs 100 chaque mois en payant sa facture d’électricité demeure.

Qu’importe l’avenir ou le succès populaire ou relatif d’Advance. Pour le PTr, un nouvel adage sera toujours de circonstance : une MBC vaudra toujours mieux que deux Advance !


Œil pour œil, fait pour fait

Le Premier ministre a l’honnêteté de l’avouer. Il est « un homme qui n’oublie pas ». C’est un euphémisme, en fait, pour confirmer qu’il a la rancune tenace. Ses adversaires politiques – et même parfois ses propres alliés – en font régulièrement les frais. Dimanche dernier, Navin Ramgoolam a désigné les nouvelles cibles de sa vengeance : certains de ses « amis journalistes », à qui il promet un traitement conforme à la loi du talion. Coupables qu’ils sont, pense le Premier ministre, de vouloir le déstabiliser et le botter hors du pouvoir. Il faut décortiquer ce fantasme de Ramgoolam pour mieux démontrer en quoi il est irrationnel.

La hargne du Premier ministre pour une certaine « presse politique » naît sans doute dès le milieu des années 1970. Avec son père Sir Seewoosagur et l’entourage de celui-ci, il pense déjà que certains titres de presse ont pour objectif de leur nuire. Devenu lui-même chef du gouvernement vingt ans plus tard, Ramgoolam se persuade à nouveau de l’existence d’un complot. Les instigateurs de cette machination ont une couleur de peau : blanche. Ainsi qu’une couleur politique : mauve.

Selon Ramgoolam, toutes les « attaques » de la presse ne sont que les preuves successives de l’existence d’un complot. De l’étalage de ses penchants pour les plaisirs de la vie lors de l’épisode Macarena en 1997 aux conséquences de ses relations intimes à travers l’affaire Soornack, le Premier ministre se croit la victime  désignée de la vindicte d’une poignée de journaux. Avec obstination, il maintient que la presse en a après lui, personnellement. C’est bien évidemment faux.

Afin de mieux grossir les traits et sombrer dans  l’outrancier, Navin Ramgoolam omet volontairement certains faits. Ainsi, en 2003, l’éclatement de l’affaire MCB/NPF a amené le gouvernement MSM-MMM – et  quelques-uns des prétendus tireurs de ficelle de cette « certaine presse » – à essuyer une tempête médiatique permanente durant des mois. Moins d’un an plus tard, c’est autour des licenciements massifs dans le secteur textile que  Bérenger, alors devenu Premier ministre, fait face à des journaux qui colportent, selon lui, des propos « hystériques » sur la situation économique,  semaine après semaine. Cette presse ne voyait pas rouge à l’époque, elle ne voit pas mauve aujourd’hui !

Le Premier ministre gagnerait à soigner son amnésie  sélective car celle-ci finit par lui jouer des tours sur des  évènements plus récents. Ainsi, il oublie commodément de se souvenir que l’express dimanche et l’express ont soutenu la réforme économique enclenchée par le gouvernement Ramgoolam dès juin 2006. Tout comme ces publications ont régulièrement accordé leur appui aux projets de Ramgoolam de remplacer le Best Loser System par une formule de scrutin ne se basant pas sur l’appartenance ethnique.

L’express dimanche et l’express n’ont pas adopté cette attitude en fonction d’un quelconque élément personnel. Mais plutôt parce que ces ambitieuses réformes  économiques et démocratiques sont en adéquation  totale avec les principes fondateurs de La Sentinelle  et de l’express depuis avril 1963 : soit la promotion du mauricianisme et du développement économique du pays.

A contrario, on pourrait aussi faire remarquer au Premier ministre que ses « amis journalistes » ont pu critiquer l’opposition à travers des écrits assassins, ici même, dans l’express dimanche. Le manque de rigueur éthique – voire l’opportunisme – de la famille Jugnauth autour de l’affaire Medpoint a ainsi été vigoureusement dénoncé. Quant à Pravind Jugnauth, son langage grossier à l’égard de Paul Bérenger lui a valu d’être identifié comme étant le fer de lance de « la politique de la fellation » dans le pays.

Il y a deux ans, c’est le retrait volontaire du Dalaï Lama de ses fonctions de chef politique au Tibet qui nous a conduit à inviter Paul Bérenger à prendre sa retraite  anticipée. Quelques mois après, malgré l’éclatement de l’alliance PTr-MSM et la perception populaire d’un  gouvernement en perte de vitesse, l’express dimanche avait été le seul titre de presse à évoquer explicitement un sondage qui indiquait que le gouvernement et Navin Ramgoolam, en particulier, demeuraient, en fait, toujours populaires parmi l’électorat. Cela nous avait valu l’accusation de faire le jeu du pouvoir !

Malgré les faits, le Premier ministre peut choisir de ne pas vouloir regarder la vérité en face. Il agit peut-être en fonction d’une stratégie politique. Consistant à  amener son entourage à utiliser la calomnie ainsi que de basses accusations pour tenter d’atteindre ses « amis journalistes ». Qu’il persiste dans cette direction, si cela l’arrange. Pendant ce temps, nous continuerons  également à nous en tenir aux faits.


Le front commun des racistes

Il est hors de question d’insulter la moitié de la population de la République en l’associant à l’action de quelques excités. Nous utiliserons donc le juste qualificatif pour désigner le regroupement d’associations socioculturelles que dirige Somduth Dulthummun : le Front Commun des Racistes (FCR).

Le président de la Mauritius Sanatan Dharma Temples Federation est une vieille connaissance de l’express dimanche. Il faut avouer qu’avec ses pitreries, consistant à brûler à grand peine un numéro de ce magazine, ou alors ses diatribes pour répondre à des éditoriaux dénonçant la tiédeur de l’implication des associations socioculturelles dans la lutte contre le VIH, Dulthummun est devenu au fil des ans ce meilleur ennemi pour lequel on se prend presque d’affection.

Mais depuis quelque temps, Dulthummun ne nous fait plus rire. Il est loin également de susciter le moindre sentiment amical chez nous tant il se mue, jour après jour, en un dangereux pyromane dont l’objectif semble être de faire se dresser une partie de la population contre une autre. Il faut prendre cette menace au sérieux et rester vigilant. Tout en préservant notre foi dans le vivre-ensemble des Mauriciens qui ont su cohabiter pacifiquement, hormis les épisodes de tensions interethniques de 1965, 1968 et 1999.

Avant de réfléchir à ce que chaque citoyen pourrait faire à son échelle pour prévenir l’embrasement, il nous faut toutefois réduire Dulthummun et son FCR à leur portion congrue. Car à écouter leur rhétorique perfide, on pourrait aisément croire que ce regroupement d’individus parle au nom de toute la population hindoue du pays. Il n’y a rien de plus trompeur.

En effet, si les 70 députés de notre Assemblée nationale peuvent s’enorgueillir d’y avoir été envoyés par le suffrage cumulé de 80% des votants de la République, les dirigeants des associations socioculturelles sont très loin de pouvoir brandir la même légitimité démocratique. Ils ne sont élus que par quelques centaines de membres actifs de leurs associations respectives.

A bien y voir, ils ne représentent donc qu’eux-mêmes et les intérêts de leurs généreux bienfaiteurs politiques ou économiques. Dulthummum se ridiculise donc à chaque fois qu’il se fait le porte-parole de la communauté hindoue et qu’il s’exprime en son nom. Il n’a aucune légitimité pour le faire.

Il faut toutefois reconnaître qu’une étincelle peut parfois être à l’origine d’un départ d’incendie. Le FCR semble en avoir parfaitement conscience et use donc à outrance d’un argumentaire tendant à faire croire que la communauté hindoue est victime de « menaces, de harcèlement, de mépris et d’insultes » de la part « d’une certaine presse ». Le shérif Dulthummun donne « un avertissement très sérieux » et menace de lancer « d’autres actions qui s’imposent ». Parle- t-on d’actions violentes ?

Si Dulthummun et ses acolytes ne s’en prenaient qu’à la presse, cela passerait encore, mais ceux-ci sombrent doucement dans la paranoïa et recouvrent désormais tout d’un voile de racisme. Si l’on en croit Dulthummun, toute personne hindoue est forcément vertueuse. Par conséquent, porter un jugement critique sur son action consiste à faire preuve d’un acte de racisme. C’est ainsi que par un amalgame ridicule, Dulthummun en vient à faire croire que tout le mouvement de protestation anti-CT Power n’a pour origine qu’un sentiment antihindou à l’égard du promoteur du projet.

Le problème, désormais, c’est que le FCR dispose d’outils de propagande pour amplifier son message. Plus que jamais, la télévision nationale relaie son message rétrograde avec bienveillance. Tandis que des torchons qui se spécialisent dans l’outrance se font un devoir de jeter de l’huile sur le feu. En espérant démontrer un prétendu complot d’une frange raciste de la population contre la majorité hindoue.

Les fous qui pensent ainsi doivent répondre de leurs actes. L’article 282 de notre code pénal traitant de l’incitation à la haine raciale punit « any person who, with intent to stir up contempt or hatred against any section or part of any section of the public distinguished by race, caste, place of origin, political opinions, colour or creed ». Nous invitons donc Dulthummun, s’il croit vraiment en ce qu’il déblatère, à aller porter plainte contre les journaux et journalistes qu’il accuse d’être racistes. Par la même occasion, nous ne pouvons qu’encourager les citoyens du pays à exercer une vraie vigilance sur toute possibilité de dérive. Si une loi punissant l’incitation à la haine raciale existe, c’est pour qu’elle soit utilisée. Il est peut-être temps.


Satyamev Jayate

« Seule la vérité triomphe. » Avant d’être la devise de la République indienne, Satyamev Jayate est surtout un élément du Mundaka Upanishad, l’un des textes fondateurs de l’hindouisme. Mais la vérité ne s’invente pas. Elle est. C’est ce que ne réalisent pas quelques larbins qui crient opportunément au « hindu bashing » en cherchant à faire croire que l’on peut réduire l’affaire Soornack à une prétendue dimension ethnique.

Cette posture démontre la faiblesse de l’argumentaire de cette clique « d’avocats » qui se spécialise dans la défense du pouvoir et de ceux qui gravitent autour. Dans leur précipitation à dénoncer cette « presse créole » – dont, ironiquement, certains des responsables s’appellent Raj et Rabin –, ces sous-fifres en oublient de préciser quelques faits sur leur propre compte. Un petit rappel s’impose donc.

La meute de pourfendeurs de cette « presse créole » fantasmée est composée de personnes qui ont chacune des intérêts directs avec le pouvoir. Les uns ont obtenu des terrains de l’Etat à bail. D’autres ont décroché, à travers leurs proches, des contrats de transport auprès d’entreprises publiques. Quelques-uns, avec la bénédiction de leur seigneur, sont devenus des « board members » professionnels au sein d’institutions financées par l’argent du contribuable. A bien y voir, on a donc affaire à une bande d’opportunistes qui s’acharne à protéger ses propres intérêts tant que ces derniers coïncident avec ceux de leur maître.

On peut également théologiser l’affaire afin de mieux établir que ces prétendus « défenseurs de la femme hindoue » ont tout faux. En effet, cette foi est bâtie autour de la notion centrale de Dharma qui rassemble loi et éthique. Or, l’adarsh bharatiya nari (la femme indienne idéale), celle qui incarne les valeurs de Dharma, c’est Sita, la femme de Ram. Non pas la démone Surpanakha qui, selon la légende, avait obstinément tenté de séduire Ram et dont l’impudence avait été punie par un bout de nez tranché. Malgré l’évidence sur l’identité de la personne à soutenir, la meute d’aboyeurs semble s’être liguée pour défendre Surpanakha, sans un mot pour Sita, la bafouée. Autant pour leur attachement aux valeurs de leur foi !

Malgré tout, cette affaire et les évènements de la semaine écoulée nous donnent l’occasion d’élargir le cadre de la réflexion vers la notion de Kali Yuga. Selon la théologie hindoue, cette ère se distingue par l’effondrement des valeurs morales et l’incapacité des classes dirigeantes à prendre des décisions saines en plaçant l’intérêt général au-dessus d’intérêts particuliers. A regarder autour de nous, il ne fait aucun doute que la description des textes anciens correspond à peu près au paysage politique et institutionnel actuel.

Néanmoins, un évènement de cette semaine nous a donné l’occasion d’espérer. En effet, la décision de Paul Bérenger d’annoncer sobrement et avec dignité son cancer constitue un moment décisif de notre vie politique. Il y aura bien un avant et un après « annonce de Bérenger ». Désormais, les politiques qui décideront de cacher leur maladie ou tout autre fait susceptible de les empêcher d’assumer pleinement toutes leurs responsabilités publiques seront jugés encore plus sévèrement par l’opinion publique.

En incarnant le sens de la responsabilité et de « redevabilité » que l’on est en droit d’attendre d’un leader politique, Paul Bérenger condamne en fait ses contemporains à suivre son exemple. Mais combien le feront vraiment ? Et combien choisiront malgré tout de taire des vérités qui, tôt ou tard, se sauront ? Pour certaines dans des circonstances dramatiques et pour d’autres, dans la honte et la réprobation populaire à la une des journaux. Chacun assume ses responsabilités vis-à-vis des citoyens, de l’histoire et de la vérité. Car qu’on le veuille ou non, Satyamev Jayate.


La dictature des faits

Si la parole est d’argent, le silence est d’or, dit-on. L’occasion de vérifier la pertinence de l’adage nous a été donnée durant la semaine écoulée. En effet, celle-ci a été marquée par la rupture du mutisme de deux personnalités que l’on attendait au tournant. D’abord, Serge Petit, le patron d’Airports of Mauritius Ltd (AML), centre névralgique des activités commerciales de Nandanee Soornack. Ensuite, Navin Ramgoolam qui, contrairement à son habitude, s’était éloigné des micros et des caméras depuis des semaines. Pendant ce temps, l’opposition, elle, n’a manqué aucune occasion de se taire. A tort ou à raison ?

Commençons par Petit. Son exercice de communication de jeudi, dont l’objectif était de « faire la lumière sur l’allocation des contrats aux commerces se trouvant à l’aéroport », a été une catastrophe. Digne de figurer dans les manuels de relations publiques au chapitre « A ne surtout pas faire ». Le patron d’AML ressort de l’exercice diminué. Car ceux qui l’ont écouté ou lu se posent désormais la question suivante : s’il ne savait pas que Nandanee Soornack est en affaire avec AML, qu’y a-t-il d’autre qu’il ignore sur l’institution dont il a la charge ?

Plus fondamentalement, Petit se retrouve dans une situation inextricable. Car une partie de l’opinion publique pense qu’il a sciemment omis de dire la vérité (sur ordre ?) afin de protéger les intérêts d’affaires de Soornack. Tandis que l’autre met désormais en doute la compétence du CEO d’AML ainsi que celle des personnes censées le conseiller. Car les éléments factuels que Petit a omis de reconnaître dans un premier temps avaient été publiés dans la presse – notamment dans l’express dimanche – depuis fin décembre. Mesurant la gravité de la bourde, le CEO d’AML s’est dit prêt à assumer ses responsabilités tandis que le président de l’organisme, Pazhany Rengasamy, le désavouait publiquement à la radio.

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Vraisemblablement, Navin Ramgoolam n’est pas sur la même longueur d’onde que Rengasamy sur la question. Car pour le Premier ministre, Petit « gayn drwa fer enn ti erer ». Doit-on donc conclure qu’il cautionne l’incompétence (petite ou grande) à la tête des institutions publiques ? Petit n’était toutefois qu’un obiter dictum dans la première prise de parole publique de Ramgoolam de 2013. L’essentiel de sa déclaration étant consacrée à son meilleur ennemi : la presse.

A bien y voir, il est inutile de s’offusquer du langage guerrier du Premier ministre envers la presse. Certes il a fait, ce vendredi, une petite variation sur le thème en expliquant qu’il s’apprête à livrer bataille contre la « dictature des médias qui cherchent à gouverner le pays » et faire plier la justice. Mais tout cela est anecdotique et relève d’une posture. Car Ramgoolam a choisi de ne pas répondre à la question de fond.

S’il ne l’a pas fait, c’est sans doute aussi parce que les journalistes présents à la sortie de la réunion de l’exécutif du Parti travailliste de vendredi ont évité le sujet qui fâche. Deux questions méritaient, en effet, d’être posées au Premier ministre. D’une part : « Quelle est la nature de vos relations avec l’agent travailliste Nandanee Soornack ? » et d’autre part : « Avez-vous personnellement, ou un membre de votre gouvernement a-t-il favorisé directement ou indirectement ses affaires depuis  2005 ? » Ces questions claires, posées sans détour, auraient eu le mérite de permettre au Premier ministre de répondre aux interrogations de nombreux citoyens sans recourir à un laïus sur une prétendue dictature des médias. Ces questions finiront par lui être posées. L’express dimanche s’en chargera.

Ce dont nous nous chargerons également, c’est de ne pas sombrer dans la complaisance envers l’opposition. Car même si elle veut en ce moment se draper d’un voile de probité, l’opposition n’a – dans certains domaines –  aucune leçon à donner au gouvernement ou à son chef. Ainsi, toute la lumière n’a pas encore été faite sur le dossier du bois de rose ou sur le rachat par l’Etat de la clinique Medpoint. De même, ceux qui pointent du doigt la proximité de Rakesh Gooljaury avec le pouvoir omettent de dire que le même homme d’affaires les fréquentait assidûment dans le passé. Pis, quelques vertueux autoproclamés pointent un doigt accusateur quand ils n’ont, eux-mêmes, nullement rechigné à faire obtenir des avantages indus à des personnes proches de leur cœur alors qu’ils étaient au pouvoir.

Il n’y a jamais eu et il n’y aura jamais de dictature des médias dans notre république. Il est toutefois souhaitable qu’on instaure une dictature des faits. Si ce régime est instauré, le bluff du gouvernement comme de l’opposition volera en éclat. Encore faut-il que les citoyens, tous les citoyens, soient favorables à la mise en place de ce régime.


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