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Et maintenant ?

Elle était courte et même pas intense ! Mais qu’importe. La campagne électorale est bel et bien terminée. Un nouveau gouvernement a été élu. On peut désormais continuer à vaquer à nos occupations. En sachant toutefois que c’est maintenant que les choses sérieuses commencent. Trois mots nous viennent pour décrire les enjeux essentiels qui nous attendent…

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Continuité. Elle concerne principalement la politique économique du pays. Navin Ramgoolam et son prochain ministre des Finances – peut-être Pravind Jugnauth – ne peuvent nier l’évidence de ces dernières années. Si le pays a pu rester sur une trajectoire de croissance, malgré les chocs externes, c’est en grande partie grâce à la réforme économique enclenchée depuis 2006.

La tentation d’imposer un nouveau style – de défaire ce qui aura été fait par un autre – sera forte. Mais à Maurice comme ailleurs, on reconnaît l’homme politique d’envergure à sa capacité à comprendre le principe de la continuité de l’Etat. C’est ce qui le conduit à ne pas défaire les décisions justes de ses prédécesseurs dans le seul but de satisfaire son ego. C’est une question de bon sens. Nous espérons qu’il prévaudra. Tout comme nous espérons que le dialogue Etat-secteur privé reste cordial et productif comme il a pu l’être durant les dernières années. Malgré quelques moments de tension.

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Changement. Encore une fois, les résultats des élections nous rappellent la nécessité d’un changement dans nos lois électorales. Avec 49 % des suffrages, l’Alliance de l’avenir remporte 41 sièges à l’Assemblée nationale. Avec 7 points de moins, l’Alliance du cœur n’en obtient que 18, soit moins de la moitié que le vainqueur des élections ! Pendant encore combien de temps refuserons-nous de voir que notre système actuel de scrutin reflète très imparfaitement la volonté exprimée dans les urnes ? Pendant encore combien de temps laisserons-nous perdurer l’ignominie – oui, c’en est une – que sont le Best Loser System et l’obligation de déclarer son appartenance ethnique lors d’une élection ?

3 % des électeurs inscrits, soit un peu plus de 26 000 personnes. C’est le nombre d’abstentionnistes supplémentaires cette année. Nous croyons savoir que ce contingent est essentiellement composé de jeunes et de personnes désabusées par notre écosystème politique. Jusqu’ici, nous nous sommes enorgueillis d’avoir des taux de participation très élevés lors de nos scrutins. Il serait dommage de voir cette participation décliner au fil des années.

Les partis politiques doivent donc prendre leur responsabilité et réformer notre système afin qu’il reflète, enfin, plus précisément la volonté des électeurs. Ramgoolam n’a que très peu de prétextes pour repousser cette réforme électorale qu’il nous promet depuis cinq ans. Bérenger a déjà signifié sa volonté de participer à une « bonne » réforme électorale. Le Premier ministre doit maintenant se décider… de préférence vite !

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Fin. C’était probablement son dernier combat. Toutefois, Paul Bérenger, le leader du MMM, peut s’autoriser à penser le contraire. Il aurait tort ! Car en l’absence d’une réforme électorale, les mêmes causes qui ont occasionné sa déroute en 2010 lui assureront une cuisante défaite en 2015. Il est bien évidemment hors de question que Bérenger abandonne son parti immédiatement. Ce serait contre-productif et conduirait à la déliquescence immédiate du MMM. Mais il doit commencer à préparer sa succession.

Au MMM, nombreux sont ceux à penser que c’est la fin d’une époque. Mais ils sont tout aussi nombreux à être réalistes sur la question de la succession. Qui incarne l’avenir au sein du parti ? Qui peut prétendre prendre la suite de Bérenger tout en étant en mesure de conduire le parti à une prochaine victoire électorale. Emmanuel Bérenger ? Non, trop fils à papa et culturellement incompatible avec la composante majoritaire de la population. Steven Obeegadoo ? Un bon intellectuel…mais loin d’être un leader charismatique, trop posé, trop lisse, trop consensuel. Pradeep Jeeha, bon profil, mais mauvais fond ! Il n’y a qu’à se souvenir de ce qu’il a dit sur Mireille Martin il y a quelques jours pour l’exclure d’office.

On s’en rend compte, la question de la succession à la tête du MMM est extrêmement complexe. Mais ce n’est pas une raison suffisante pour surseoir à la poser. Si Bérenger doit réussir une chose désormais, c’est sa sortie. L’enjeu est simple, il lui faut pouvoir quitter le leadership du parti sans le détruire d’ici 2015. Très difficile…mais probablement pas impossible !

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Mes pronostics pour demain…

Curieux paradoxe. Après la journée d’aujourd’hui, j’ai l’impression que le gouvernement est en mesure de remporter plus ou moins confortablement cette élection avec 35 à 40 sièges sur les 60 à pourvoir. Toutefois, en faisant mes pronostics circonscription par circonscription j’arrive à la conclusion que l’alliance de l’avenir gagne d’un cheveu avec un score de 31 contre 29 !
Si ça arrive ce sera une majorité ingouvernable qui arrivera au pouvoir. Autant dire que le MSM n’y fera pas long feu!

Voici mes calculs…

No 1 : GRNO / PL Ouest
3-0 MMM

No 2 : PL Sud / Centre
2-1 MMM (Uteem, Beebeejaun, Baichoo)

No 3 : PL Maritime / Est
2-1 MMM (Meea, Nanhuck, Mohamed)

No 4 : PL Nord / Montagne Longue
2-1 MMM (Lesjongard, Jeeha, Jhugoo)

No 5 : Triolet / Pamplemousses
3-0 A2A

No 6 : Grand Baie / Poudre d’Or
3-0 A2A

No 7 : Piton / Rivière du Rempart
3-0 A2A

No 8 : Moka / Quartier Militaire
2-1 A2A (Suren Dayal, P. Jugnauth, Ashock Jugnauth)

No 9 : Flacq / Bon Accueil
3-0 A2A

No 10 : Montagne Blanche / GRSE
2-1 A2A (Jeetah, Seetaram, Gunness)

No 11 : Rose Belle / Vieux Grand Port
3-0 A2A

No 12 : Mahebourg / Plaine Magnien
2-1 A2A (Bunwaree, Jhugroo, Pertab)

No 13 : Souillac / Rivière des Anguilles
2-1 MMM (Lutchmeenaraidoo, Joomaye, Peetumbar)

No 14 : Savanne / Rivière Noire
2-1 MMM (Ganoo, Radegonde, Hanoomanjee)

No 15 : La Caverne / Phoenix
2-1 A2A (Hawaldar, Soodhun, Fowdar)

No 16 : Vacoas / Floréal
2-1 A2A (Bodha, Bappoo, Labelle)

No 17 : Curepipe / Midlands
3-0 MMM

No 18 : Belle Rose / Quatre Bornes
2-1 MMM (Makhan, Ramano, Duval)

No 19 : Stanley / Rose-Hill
3-0 MMM

No 20 : Beau Bassin / Petite Rivière
3-0 MMM


Demain je vote pour…

Ce n’est pas une consigne de vote. Je ne fais que partager le choix que je ferai demain, dans l’urne, avec vous.

On accuse suffisamment les journalistes d’être partiaux et de bien d’autres maux encore. Alors,  je vais jouer la transparence. Je ne suis ni mauve, ni blanc, ni rouge, ni bleu. Je n’ai pas de couleur. A ce titre, demain, je vais voter pour la candidate du Parti Malin de ma circonscription ainsi que pour deux candidats indépendants.

Je reste cohérent avec moi même et je tire les conséquences de ce que je pense de nos hommes politiques depuis quelques temps déjà. En 2005, j’avais voté pour deux candidats indépendants et la seule candidate alignée par les deux grands blocs dans ma circonscription. Cinq ans après, je refuse de choisir entre le pire et le moins pire. D’autres se sont résignés à faire ce choix, ils ont quelque part raison. Mais je m’y refuse.

C’est dommage que l’on ne puisse pas voter blanc à Maurice, sinon c’est exactement ce que j’aurai fait!

en bonus, la magnifique prestation du Parti Malin de ce soir!


Le vote cynique

Pourquoi couper le pays en deux ? C’est ce que se demande Rama Sithanen (interview partie 1, 2, 3) au sujet de la stratégie politique du moment de Navin Ramgoolam. Il faut relativiser les propos du ministre des Finances. S’il avait été candidat et s’il avait reçu l’assurance qu’il resterait à son poste, il aurait peut-être affirmé que l’Alliance de l’avenir ne polarise en rien l’électorat ! Passons donc sur les discours politiques. Pour nous intéresser à la réalité du terrain. Elle est inquiétante.

Plusieurs commentateurs avaient exprimé des craintes au sujet d’un rapprochement Parti travailliste (PTr)-MSM au lendemain de l’élection partielle de Moka/Quartier-Militaire. Postulant que ce bloc pourrait être perçu comme une force politique homogène, proche des préoccupations d’une population rurale et traditionnelle soucieuse de préserver ses privilèges. Le risque de voir les élections législatives de 2010 se résumer à l’affrontement de la majorité contre les minorités était brandi. Cela ne s’est pas produit. Ce qui s’est vraiment passé est pire !

Les coups calculés, dictés ou mal maîtrisés de Ramgoolam le placent aujourd’hui dans une situation compliquée. Il y a d’abord eu ces alignements douteux de certains profils précis dans quelques circonscriptions ciblées. Ensuite il y a cette aura – qui se dissipe de Rashid Beebeejaun, toujours présenté comme n° 2 du futur gouvernement Ramgoolam. En 2005, Beebeejaun était la carte de garantie d’une communauté. Cinq ans après, les détenteurs de la carte se rendent compte que la garantie n’a pas beaucoup joué en leur faveur.

Il y a aussi l’effet Sithanen qui a achevé de convaincre une partie des électeurs que Ramgoolam ne fait finalement pas grand cas de la méritocratie ou de la valeur symbole de certaines personnes. Si pour son intérêt personnel, some guy must go, then he’ll go. Enfin, il y a ce Jocelyn Grégoire qui donnait un temps l’impression d’être docile. Mais qui finalement ne fait pas le jeu d’un Ramgoolam bien embarrassé de constater que Xavier Duval peine à rassembler « généralement » une certaine population.

Du coup, nous voici devant un scénario un peu plus complexe que le classique « majorité contre minorités ». Ce que nous voyons se profiler, ce sont des élections où les minorités affrontent une certaine majorité. Cette donne n’est pas sans conséquences pour l’alliance de Ramgoolam. Nous en comptons trois.

D’une, le rêve de la majorité des trois-quarts de Ramgoolam s’éloigne. Deuxièmement, ce réalignement consolide les bases de l’alliance de Paul Bérenger dans les circonscriptions dites marginales. Où des 2-1 en faveur de Ramgoolam pourraient s’inverser au profit de Bérenger. Enfin, dans les bastions travaillistes, une certaine frange de l’électorat majoritaire est en train d’avoir les mêmes réflexes de sanction que les minorités. « Pas kapav vot zis ene sel kalité. » Ces épiphénomènes ne feront pas perdre le PTr dans ces circonscriptions. Ils contribueront toutefois à ternir l’image d’invincibilité de l’équipe de l’avenir. Mises bout à bout, ces tendances démontrent certes une remontée de l’Alliance du cœur. Mais elles demeurent encore insuffisamment puissantes pour créer une réelle dynamique de victoire chez les mauves.

Le constat que nous faisons ici doit déjà avoir été exposé à Ramgoolam. Il a le choix. Il peut d’abord revoir sa stratégie en multipliant les efforts pour apaiser les minorités. Nous l’en croyons incapable. Prisonnier qu’il est du « ghetto » où le MSM l’a mené. Reste l’autre solution : la diversion.

Deux occasions se présentent pour faire diversion. D’abord grâce au programme politique de l’alliance de l’avenir. Les échos en provenance du camp rouge font état de quelques mesures choc et populistes. Susceptibles de rallier un soutien électoral massif. Ensuite, il y a ce meeting du 1er Mai à Vacoas. Non seulement Ramgoolam doit réussir à y rassembler une importante foule. Mais il doit aussi pouvoir donner l’impression que celle-ci est largement plus fournie que celle du MMM à Port-Louis.

Les dividendes de ces deux manœuvres seront réels. En effet, l’électeur moyen est cyniquement intelligent. Surtout devant le choix suivant. D’une part, quelques réels avantages offerts par un bloc qui donne par ailleurs l’impression d’être en position de force. D’autre part, un discours « everybody on board », dont on ne sait pas si les défenseurs se retrouveront réellement au pouvoir. Face à un tel cas de figure, on sait déjà pour qui l’électeur va voter. C’est cela le pragmatisme du Mauricien !


Veux-tu être mon ami ?

Une campagne électorale c’est une drôle de période. Pour les candidats d’abord, bien sûr. Pour les citoyens aussi, sans doute. Mais aussi pour nous, les journalistes. Pour que vous sachiez ce qui se passe durant une campagne, je vais vous raconter une histoire de fantôme.

Hormis les quelques énergumènes (d’un parti politique particulier) l’essentiel des candidats et politiques qui battent la campagne tiennent à une chose : faire copain-copain avec les journalistes !

J’ai ma petite théorie sur la question. Avant de vous l’exposer, je dois toutefois faire appel à votre mémoire. Casper, le gentil fantôme. Vous connaissez ? C’est ce dessin animé où un revenant sympathique dit à tous ceux qu’il rencontre : « je suis Casper. Veux-tu être mon ami ? » Ces politiques qui veulent faire ami-ami, je les appelle les Caspers. Je peux maintenant aborder le vif du sujet.

J’ai identifié deux sortes de Casper. Il y a d’abord le Casper tout nouveau tout beau qui vient d’être jeté dans la marmite. On le reconnaît à des kilomètres à la ronde. Il ou elle a l’expression distinctive du lapin pris dans les phares !

Perdue, éblouie par le rythme de la campagne, sa dureté, sa cruauté parfois…la jeune pousse politique est bien obligée de donner le change afin de rassurer les vieux mammouths qui l’accompagnent sur le terrain. Tout en faisant croire à ses partisans qu’elle a la peau dure. Tout ce qu’on attend d’un politique, quoi !

Mais intérieurement, le nouveau Casper panique. Recherche à tout prix des regards et voix rassurants ou une petite phrase d’approbation. Bien souvent ces Casper là, voient dans le journaliste un « ami » tout indiqué. A qui ils peuvent dire leurs doutes ou raconter leur enthousiasme sans craindre d’être rabroués. Les journalistes leur servent aussi de thermomètres de la campagne.

En 2005, un Casper de l’alliance sociale m’avait ainsi bien fait rire. Dès qu’il me voyait dans un meeting, il accourait « eh Rabin, ki manière ? Couma to trouve lafoule ? Ki sondage terrain ? Circonscription cot moi ki to pé tandé là ? »* Sa situation était tout à fait confortable en 2005. Il a été élu mais le fait est que même s’il avait été dans une circonscription « abattoir », je ne lui aurais probablement rien dit de vraiment décourageant.

C’est ce que j’ai notamment fait avec un autre Casper, du MSM cette fois-ci toujours en 2005. Le jour de la présentation des candidats, on se parle et il se met à me décrire avec force détail comment lui et ses colistiers sont assurés d’un trois-zéro. Dans un fief travailliste du nord !!! J’ai dit « oui » à tout ce qu’il disait. Et je me souviens encore de l’expression de son colistier, un vieux de la vieille, levant les yeux au ciel en écoutant le discours aveuglément enthousiaste de son jeune partenaire. Pour la petite histoire, ils ont perdu la circonscription par 3-0!

Les nouveaux Caspers se retrouvent dans tous les camps, aussi bien chez celui du gouvernement sortant que de l’opposition. Mais il y a une autre sorte de Casper que l’on ne retrouve que chez les candidats du bloc de l’opposition lors d’une élection. Ce sont les Casper tacticiens. Ils croient qu’on ne les voit pas venir, mais ils se trompent.

Ces Caspers là ont une méthode usitée. Qu’ils soient anciens ministres, députés ou vieux routiers de la politique, ils procèdent de la même manière. Les travaillistes étaient dans cette position en 2005. Les MMM se retrouvent dans la même situation en 2010.

Pour eux, l’objectif à atteindre, c’est instaurer de la complicité entre lui et le journaliste. Le tutoiement est forcément de rigueur. Et la familiarité…n’en parlons même pas ! J’ai eu droit à quelques variantes du « hey Rabin, mo bien contan lire toi. To bann l’artik top ! »** Merci, merci. Mais ces compliments ne sont sans doute pas très sincères !

Leur jackpot, ils l’obtiennent quand le gouvernement sortant est hostile à la presse. C’est le cas en ce moment. Alors ils ne ratent aucune occasion pour envoyer un petit message de soutien pour dire à quel point ils sont d’accord au sujet d’une critique (adressée dans un édito) au pouvoir en place. Tout comme ils sont les premiers à reconnaître l’indépendance ou la liberté de ton du titre pour lequel vous travaillez.

Les Casper tacticiens croient toujours berner le monde. Mais ils finissent sans doute tous par réaliser que tout le monde voit au travers de leur jeu. Peut-être parce que personne n’est dupe. Car tous les journalistes savent que ces Caspers là, une fois élus, ou pire, une fois devenus ministres, oublient, pour la plupart d’entre eux, ceux qu’ils appelaient « mon camarade» durant la campagne électorale.

Je croyais tout savoir sur les Casper jusqu’ici. Mais la campagne 2010 m’a réservé un surprise. Je crois avoir découvert un nouveau genre de Casper !!! C’est le Casper Facebook. Celui là, il ne vous appelle pas et ne vous croise pas nécessairement dans les meetings. Mais se fait par contre un point d’honneur à vous envoyer un « friend request » sur Facebook.

Je pratique la plus grande tolérance et une éthique très simple sur Facebook. Je suis membre de TOUS les groupes des principaux partis politiques du pays. Mais je n’envoie jamais de « friend request » aux politiques. Toutefois, je ne refuse jamais par contre les leurs. Sauf dans deux cas : quand ils sont ouvertement racistes ou intolérants ou quand ils traînent derrière eux des casseroles par rapport à des affaires de mœurs ou de corruption. Car au final, je veux bien des Caspers parmi mes 500+ « friends » de facebook. Mais des Poltergeists, non merci !

* Eh Rabin, comment vas-tu ? Que penses-tu de la foule ? Quelle est la situation sur le terrain ? Qu’entends tu à propos de mes chances dans la circonscription ?

** J’aime beaucoup ce que tu écris, tes articles sont très bien !


Quelle victoire?

Où est l’opposition ? Vous aurez beau la chercher dans le sondage que nous publions en pages 8-9, vous ne la trouverez pas. Pour cause, l’enquête d’opinion Louis-Harris (LH2) démontre que Navin Ramgoolam a créé un vide politique autour de lui. Face à un Paul Bérenger vieillissant et un Pravind Jugnauth inexpérimenté, Ramgoolam apparaît comme le seul prétendant légitime à… sa propre succession.

L’opinion des personnes interrogées semble en effet trés tranchée. A chaque fois qu’il leur est demandé de choisir entre les trois leaders de la scéne politique nationale, leur préférence va invariablement au chef du Parti travailliste (PTr). Ainsi, deux personnes sur trois (66 %) disent souhaiter voir Ramgoolam reconduit à la tête du gouvernement. Si l’on se fi e à la perception, ils sont alors presque neuf sur dix (86 %) à penser que le Premier ministre sera réélu. En revanche, seuls 9 % des sondés considérent que Bérenger gagnera la prochaine bataille électorale.

Le leader du PTr récolte les dividendes politiques d’une stratégie consistant à se démarquer de ses adversaires en se posant comme un homme d’action et un réformateur. Du coup, il s’impose comme le dirigeant le plus apte à gérer le pays : 70 % des sondés estiment que le chef des travaillistes est capable d’améliorer la situation du chômage. Alors que seuls 8 % jugent Pravind Jugnauth compétent dans ce domaine. Ailleurs, ils sont 73 % à trouver que Ramgoolam peut améliorer l’école et la qualité de l’enseignement. Tandis que Bérenger ne recueille que 21 % d’avis favorables.

A quelques semaines des élections, le choix électoral des personnes interrogées semble donc se cristalliser. Au bénéfi ce, encore une fois, du Premier ministre. C’est ce qu’indiquent les intentions de vote. Les fanfaronnades de mercredi dernier du Premier ministre sur sa force électorale prennent tout leur sens. En effet, dans tous les cas de fi gure, une équipe dirigée par Navin Ramgoolam semble être en mesure de gagner les élections si l’on se fie au sondage.

Les intentions de vote expliquent, dans une certaine mesure, pourquoi Ramgoolam a été tenté jusqu’ici soit par une lutte à trois, soit par une alliance avec le MMM. Effectivement, l’étude indique qu’opposé à un bloc MSM/MMM, l’Alliance sociale de Ramgoolam obtiendrait une victoire électorale avec 53 % d’intentions de vote. Le poids électoral du MSM est tellement insignifi ant qu’un regroupement PTr/MSM ne recueillerait , lui, que 52 %. Alors que le MMM, dans ces conditions obtiendrait les suffrages d’un sondé sur quatre (25 %).

Ramgoolam dit vouloir depuis plusieurs mois une majorité des trois quarts au Parlement afin d’entamer des réformes profondes. Mais avec 53 % d’intentions de vote, il n’est pas dit que le leader rouge obtiendra à coup sûr les 45 siéges minimum qu’il souhaite. En revanche, dans une alliance avec le MMM, avec les 64% d’avis favorables que celle-ci recueille, Ramgoolam part assuré d’une 60-0 sans appel. Si ce sondage est avant tout un état des lieux de l’opinion de début février, il indique néanmoins une dynamique favorable au Premier ministre. En effet, entre la derniére étude de LH2 en juin 2009 et le dernier exercice, l’action du leader du PTr semble davantage appréciée. En juin 2009 moins de six personnes sur dix (58 %) jugeaient « satisfaisante » l’action du gouvernement Ramgoolam. Un semestre plus tard, elles sont désormais trois sur quatre (75 %) à avoir un avis favorable.

Ces indicateurs peuvent-ils progresser dans les semaines à venir ? Navin Ramgoolam peut-il prétendre disposer d’une force politique telle qu’il décidera d’aller seul aux élections avec la conviction d’y rafl er la majorité qu’il désire ? Ce sont probablement ces questions qui agitent le Premier ministre depuis quelque temps. Sauf que l’heure de la décision est arrivée. Les potentiels alliés, aujourd’hui dans l’opposition, s’impatientent. Pour Ramgoolam les alternatives sont désormais posées. Soit il consent à se lancer seul dans la bataille avec l’espoir de remporter la majorité la plus confortable possible. Ou alors il s’engage sur la voie d’un gouvernement d’unité nationale, avec le MMM, avec cette fois-ci la certitude d’une victoire totale. Qu’importe son choix… dans les deux cas, Ramgoolam gagne.


Une question d’image

Le premier acte de la campagne électorale de Navin Ramgoolam est posé. Lors de ses vœux du 1er janvier, le Premier ministre a verrouillé les règles du jeu selon lesquelles il entend mener la bataille des urnes qui s’annonce imminente. La posture de Ramgoolam est claire. Plus qu’un affrontement des partis politiques, il souhaite une confrontation de leurs chefs. Il se sait avantagé sur le terrain. Il en profite.

« C’est en temps de cyclone…qu’on reconnaît la valeur d’un bon capitaine. Sa capacité », affirme le Premier ministre. Dans la mêlée des chefs, Ramgoolam dépasse en effet d’une tête ses adversaires. Aidé en cela par un mandat durant lequel son autorité sur son parti et son gouvernement a été incontestée. Pravind Jugnauth et Paul Bérenger ne peuvent prétendre au même bilan politique.

L’opposition a régulièrement connu des secousses internes depuis les élections de juillet 2005. A commencer par le douloureux divorce MSM-MMM fin 2005. Suivi d’une animosité grandissante entre les deux factions au fil des années. Si Pravind Jugnauth a retrouvé le chemin du Parlement en mars 2009, son parti a néanmoins perdu trois de ses députés – Ashock Jugnauth, Sekar Naidu et Joe Lesjongard. Tous passés au MMM.

L’autre opposition, moins « loyale » celle-là, n’a pas non plus été épargnée. Jusqu’à la veille du 40e anniversaire du MMM, le parti a été miné par des démissions au sein de ses diverses instances. En plein maelström, la stratégie politique de Paul Bérenger a été régulièrement remise en cause. Jusque par ses proches collaborateurs. Qui, pour certains, sont même allés jusqu’à poser la question de la succession du leader du MMM.

En face, Navin Ramgoolam arrive tranquillement à sa fin de mandat. L’image du Premier ministre a radicalement changé comparé à septembre 2000. Finie l’étiquette « disco boy » ou de fêtard aimant la « Macarena ». Résolu, le casse-tête des ministres déférés devant les juges anti-corruption. C’est à peine si l’on parle encore de la propension de quelques proches du régime casés dans certaines institutions publiques – à abuser outrancièrement de leurs fonctions. Débarrassé de ce parasitage, Ramgoolam se concentre sur l’essentiel : la défense de son bilan économique et politique.

Sur le plan économique, les statistiques volent au secours du Premier ministre. Il consacre d’ailleurs près des deux tiers de son discours à faire un bilan économique comparatif de son gouvernement avec le précédent. « Malgré la crise », Ramgoolam égrène les indicateurs positifs : croissance, inflation, réserves en devises, et investissement direct étranger notamment. La conclusion s’impose selon lui : son gouvernement « a tenu ses promesses » dont celle de faire de l’économie la priorité de l’année 2009.

Navin Ramgoolam, dans ses récents discours sur l’économie, a pris soin de créditer son ministre des Finances pour sa réforme et la relative bonne performance de Maurice en temps de crise. Point de cela durant l’allocution du 1er janvier. Le Premier ministre se veut cohérent dans sa démonstration. C’est avant tout grâce à son « leadership et sa vision à long terme » que le pays enregistre de bons résultats économiques. La rhétorique se fait présidentielle. Ramgoolam a décidé, son gouvernement a exécuté. Selon la formule de l’ancien président français Jacques Chirac.

Perché sur son socle présidentiel, Ramgoolam dicte donc sa vision de la campagne électorale. « Sans démagogie et attaques personnelles » et sur des « issues » comme l’économie, l’emploi, la santé ou l’environnement. Durant cette campagne, Ramgoolam dit vouloir « faire confiance à l’intelligence des Mauriciens » dont il attend le verdict avec « confiance, sérénité et fierté ».

C’est sans doute aussi avec confiance que le Premier ministre attend son heure. Pour décider de l’ordre de bataille qu’il adoptera pour les prochaines élections générales : seul ou en alliance avec l’un des deux partis de l’opposition qui passent tous deux leur temps, en ce moment, à supputer sur le choix de Ramgoolam. Pendant que celui-ci, défend son bilan tout en se permettant, entre-temps, le luxe d’asseoir davantage son image de leader politique au-dessus de la mêlée.

Mais Ramgoolam pourrait tout aussi bien se laisser rattraper par la mêlée. Les leaders politiques ont de bien étranges névroses. La peur de ne pas être aimé en fait partie. C’est peut-être cela ce qui va finalement pousser Ramgoolam à choisir l’option MMM afin de rasseoir son image un peu écornée de « rassembleur ». En s’alliant au MSM, c’est au contraire son image de chef de clan incontesté d’une ile Maurice rurale et traditionnelle qu’il consolidera. Les deux options le mèneront à la victoire. Aussi, il fera son choix « le moment venu. » C’est-à-dire assez vite…

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