Archives de Tag: mauritius

Pour le plaisir

Faut-il s’offusquer du montant de la facture ? La conception ainsi que le lancement de la signature « Mauritius, c’est un plaisir » auront donc coûté un peu moins de Rs 44 millions à l’Etat. On a toutefois tendance à oublier qu’un exercice de « branding » nécessite de longs mois de travail en amont et coûte donc de l’argent. Une soirée fastueuse – dont l’objectif avoué est d’éblouir un auditoire international – ne s’organise pas non plus avec un budget finançant l’achat d’hectolitres de notre bière nationale et de quelques gâteaux-piments. Seules les personnes de mauvaise foi prétendront donc que la facture est démesurée. Mais l’exaspération autour de cette couteuse opération n’en est pas moins réelle. Elle est même légitime !

Le coût de l’opération n’est qu’indirectement à l’origine de la polémique. Car ce que l’on reproche réellement au gouvernement, c’est d’avoir dépensé Rs 44 millions…pour rien. Avec un retour sur investissement quasi nul. Car moins d’un an après la ronflante soirée de lancement d’octobre 2009, « Mauritius, c’est un plaisir » s’avère un échec retentissant. Il n’a été adopté ni par nos professionnels du tourisme et encore moins par la population.

Si vous consultez la page web de la Mauritius Tourism Promotion Authority, il vous faudra vous prévaloir d’une bonne dose de patience et d’ingéniosité avant d’arriver à débusquer la signature ainsi que son logo sur le site. Même absence sur le site et les communications officielles de l’Association des hôteliers et restaurateurs de l’île Maurice. De nombreux professionnels du secteur n’hésitent d’ailleurs pas à admettre que le slogan a depuis longtemps été remisé dans les tiroirs. Enfin, que dire de l’utilisation dont les Mauriciens font du slogan depuis octobre dernier ? En effet, nous sommes nombreux à conclure régulièrement une discussion tournant autour de ce qui va mal dans le pays par un sarcastique : « Maurice, c’est un plaisir! »

Comment expliquer cet échec ? Le slogan serait-il né sous une mauvaise étoile ? Peut-être. Ce qui est même certain, c’est qu’il a vu le jour dans une mauvaise conjoncture. Thomas Cromwell, un des gourous mondiaux du « Nation Branding » explique dans un article à quel point « governments must get the buy-in of all the key stakeholders » afin de faire de ce type d’exercice un succès. L’un des exemples les plus couramment cités pour illustrer ce propos est le slogan Incredible India de la Grande péninsule.

Les experts aiment en effet à rappeler à quel point cette signature englobe toutes les facettes de l’Inde. Allant de sa Silicone Valley d’Hyderabad aux temples millénaires de Madurai. Le slogan n’en devient que plus crédible. Capable de susciter aussi bien l’adhésion du richissime homme d’affaires de Mumbai que du « tea boy » d’une gare ferroviaire de Delhi. En passant bien évidemment par le touriste étourdi par la coexistence d’autant d’univers dans un même pays.

A Maurice, l’équation était autre. La notion de plaisir n’était vraisemblablement pas le premier mot venant à l’esprit d’un Mauricien pour décrire son pays en 2009. La population, « stakeholder » essentiel du processus de branding, et théoriquement le premier ambassadeur de la marque « Mauritius, c’est un plaisir » l’a donc rejeté d’emblée. En effet, pendant que le gouvernement lui parlait de plaisir, le Mauricien était davantage préoccupé par les questions de l’emploi, du pouvoir d’achat ou de l’insécurité. Mais aussi par les effets néfastes de la crise internationale sur notre économie. Depuis octobre dernier, ce slogan était déjà condamné à une mort lente.

La question demeure toutefois. Un an après, que fait-on de « Mauritius, c’est un plaisir » ? Le bon sens voudrait qu’on le laisse mourir. Des surcoûts sur des projets infrastructurels dans le pays se chiffrent en centaines de millions de roupies chaque année. A coté, cette bourde stratégique du gouvernement apparaît bien insignifiante. Soyons donc philosophes. Notre erreur collective a peut-être été de croire que l’on pouvait dire au monde ce que nous sommes. Alors que nous n’arrivons toujours pas à définir précisément ce qu’est le Mauricien ! Peut-être qu’il faudrait laisser à chaque visiteur étranger le soin de nous définir. En attendant que nous sachions le faire nous-mêmes…

D’autres commentaires sur cet édito


Une étrange voiture « verte »

Vous me direz que ce n’est qu’une vulgaire voiture, plutôt mal entretenue. Que la photo n’a donc rien d’extraordinaire.

Mais en y regardant de plus près, on remarque que quelque chose « pousse » en dessous du véhicule.

Alors comment se fait-il qu’une voiture, finisse par devenir une sorte de jardinière?

En fait, ces images ont été prises au Lux Shed de la douane à Mer Rouge hier. Ces jours-ci on y vend des lots de voitures, moteurs et pièces détachées. Régulièrement, tous les 3 ou 6 mois, la douane propose ainsi aux particuliers et entreprises de soumettre des offres d’achat pour des objets saisis ou abandonnés à la douane. Et croyez moi, il y en a. Assez pour remplir des entrepôts entiers!

Hier, on vendait donc, entre autres,  « one lot of used motor vehicules as scrap metal, »** dont voici quelques clichés. Dans le lot, des taxis mais aussi des luxueuses berlines allemandes et des 4×4 japonaises haut de gamme venues de Singapour, du Japon ou d’ailleurs. Elles croupissent là, pour certaines depuis quelques mois, pour d’autres, depuis des années.

** un lot de véhicules usagés à mettre à la casse


La classe pensante

C’est un sujet très vaste qu’aborde l’éditorial d’aujourd’hui. J’ai bien conscience qu’il y a plusieurs aspects de la problématique qui n’ont pas été traités dans le texte. Toutefois, je ne compte pas les développer à répétition dans l’express-dimanche. Il n’y aura pas de Classe Pensante II, puis Classe Pensante III. D’autres recourent à cette méthode. Mais je pense que cela lasse le lecteur à la longue. Ce n’est pas le but !

Aussi, je me propose de revenir sur la question régulièrement ici. En consacrant de temps à autre des articles complémentaires sur la problématique principale : Comment favorise-t-on l’émergence d’une (ou plusieurs) force(s) politique(s) dans un pays où quelques partis installés occupent tout l’espace politique ?

Ce qui est intéressant avec cette question, c’est qu’elle est universelle. Dans quasiment tous les systèmes démocratiques, des citoyens se posent la même question. Ainsi, ce serait très intéressant et enrichissant de lire les avis et analyses d’internautes d’autres pays sur ce débat. Si vous connaissez des personnes susceptibles d’avoir des idées ou des suggestions sur la question, passez leur le lien du blog.

La classe pensante

Merci la crise ! Le pays lui doit une fière chandelle. En 2006, une étude de Sofres avait mis à jour un phénomène inquiétant. Un cadre mauricien sur deux disait vouloir émigrer. Deux adultes sur trois souhaitaient voir leurs enfants grandir sous d’autres cieux plus cléments. Trois ans plus tard, cette mentalité demeure. Depuis un an, la crise de confiance mondiale a atténué les ardeurs d’expatriation de nos jeunes professionnels. Aujourd’hui, la reprise en Europe et aux Etats-Unis aidant, ils vont vouloir concrétiser leurs plans contrariés d’hier. Dès 2010 et les années suivantes, un nombre plus important de nos jeunes va aller vérifier si l’herbe est plus verte ailleurs.A moins que…

Ne nous y trompons pas. Le phénomène d’expatriation est naturel. L’insularité et les perspectives professionnelles restreintes conduisent certains concitoyens à vouloir s’expatrier. Un ingénieur avionique ou un « warrant trader » de haut vol ne peuvent que difficilement s’épanouir sur le plan professionnel – à Maurice. Néanmoins, le phénomène d’expatriation n’aurait pas été inquiétant s’il ne touchait que des personnes sur-qualifiées dans des secteurs de pointe. Mais nos comptables, médecins, juristes ou professeurs d’université quittent également le pays !

Inutile de prétexter une quelconque qualité de vie lamentable pour cette catégorie de candidats au voyage. Ils ont des revenus corrects. Et jouissent d’une situation personnelle relativement confortable. Ce qu’ils craignent, c’est de ne pas pouvoir éduquer convenablement leurs enfants, de ne pas leur offrir les soins d’un système de santé performant. Ces personnes abhorrent également l’idée de vivre dans une île où les inégalités – sociales et économiques – empirent. Et où existe un regain de tension entre les différentes classes, castes et ethnies. Face à ce scénario catastrophe, une solution : démissionner et partir.

Si on en est là, c’est essentiellement à cause de la politique démagogique et faiblarde pratiquée par les gouvernements successifs depuis l’indépendance. Jusqu’ici, l’enjeu des permutations et combinaisons d’alliances a d’abord été la conquête ou la conservation du pouvoir. Rarement, la mise en œuvre d’une politique nationale responsable. Le dégoût que beaucoup de jeunes expriment au sujet de la situation dans le pays est ainsi avant tout un dégoût de notre classe politique.

On peut dire que ces dernières semaines, celle-ci n’a rien fait pour redorer son image. Des arrangements politiciens ont été conclus afin que chacun conserve son « bout ». Des partis bourrés de transfuges en ont allègrement accusé d’autres de recruter tout ce que le pays compte de rebuts politiques. Des alliances mortes et enterrées redeviennent négociables. Parallèlement, les Jocelyn Grégoire, Somduth Dulthummun et leurs pairs confortent tous ceux qui pensent qu’il faut disposer de parrainages religieux ou éthniques
pour réussir en politique.

Cette situation suscite les mêmes rengaines : « tous les mêmes » ; « nous avons les politiciens que nous méritons ». Cependant, ces phrases reflètent la réalité qui a été engendrée par une double démission. D’abord celle de la classe politique, qui a abdiqué devant la pression de la rue. Ainsi que sa propre incapacité à proposer et mettre en œuvre des programmes politiques courageux, innovants et durables. En face, notre classe pensante s’est résolue à laisser faire les politiques. Par dépit. Et par souci de ne pas se salir les mains en se joignant à la mêlée. Elle s’est lourdement trompée en pensant pouvoir faire une différence en misant sur le Parti travailliste, le MMM ou le MSM. Le « mainstream » politique du pays est dépassé. Il faut désormais hâter sa disparition.

Car politiquement et historiquement, l’émergence d’une nouvelle force politique devient possible. Il faudra toutefois investir le temps et l’effort nécessaires pour aboutir à ce résultat. Entendons-nous bien. Il ne s’agit pas de faire du neuf avec du vieux. On ne peut espérer constituer un mouvement politique neuf à partir d’idées portées par des cadres venus de vieux partis.

De quelles idées parle-t-on ? Le bon sens local reste loin du monde politique. On l’entend chez des travailleurs sociaux et des petits entrepreneurs dynamiques. On l’entend également chez ces professionnels et intellectuels qui pullulent au sein d’ONG écologistes, de clubs service divers et de loges maçonniques. Pourtant, tout ce petit monde inspiré,dynamique et déterminé reste loin de la politique. La peur de se salir les mains est tenace…

Cette classe pensante doit maintenant devenir agissante. Si on y pense,« Women In Politics » est un mouvement qui n’a pas lieu d’être ! La seule catégorie de personnes qui est vraiment mal représentée dans la politique locale, c’est celle des citoyens pensants, non partisans. Et qui ont des idées et la volonté de développer le pays. Mais qui rechignent à s’engager…

Le premier pas vers une nouvelle conscience politique nationale serait une plateforme. Appelons la « Citizens in Politics ». Qui regrouperait toute la classe pensante du pays. C’est cette classe qui doit dorénavant dessiner un projet politique, social et économique pour le pays. En se structurant, en peaufinant ses idées et leur mise en œuvre. Ce mouvement pourrait demain engendrer un ou deux partis politiques qui s’aligneraient enfin selon le seul clivage qui vaille. Les libéraux et les conservateurs : dans les sphères économiques et sociales.

Les grandes révolutions ont toutes été initiées par une poignée de personnes. L’île Maurice pensante n’a-t-elle pas quelques enfants susceptibles de lancer ce mouvement ? Nous osons croire que c’est possible…


D’autres commentaires sur cet éditorial


Débat sur le débat

Le débat politique n’est pas confiné entre les murs de notre Parlement ou ceux des bureaux politiques de nos partis. Les débats, sur des questions bien réelles et de brûlante actualité, se déroulent aussi désormais dans le monde virtuel. Un tel débat fait actuellement rage sur le site communautaire « Facebook ». Il oppose deux groupes autour de l’« Aquatic Business Activities Bill » (ABAB). Une loi permettant à des opérateurs privés d’exploiter certaines parties du lagon. Ce débat est animé dans les deux camps par des jeunes gens sensés au prime abord. De jeunes étudiants ou professionnels qui se préoccupent sans doute tous de l’avenir du pays.

Mais la tournure qu’a prise le débat trahit malheureusement une des faiblesses des Mauriciens – leur inaptitude à débattre ! En effet, très vite les deux camps se sont mis à s’invectiver. Et l’une des insultes la plus politiquement correcte auprès des jeunes « net citizens » a commencé à fuser. Les deux camps ont en effet commencé à se qualifier mutuellement de « raciste » ou rétrograde. De sorte que désormais, le débat sur le débat consiste presque à répondre à la question suivante : « Est-on raciste si l’on s’oppose à l’ABAB ? » On se rend compte de l’absurdité de ce genre d’argumentaire !

Les modérateurs Internet observent assez scrupuleusement une règle non écrite pour décider du sort et de la longévité d’un fil de discussion sur un forum. En effet, beaucoup d’entre eux jugent qu’on doit clore une discussion dès que les personnes qui y participent commencent à se traiter mutuellement de raciste, antisémite ou d’autres insultes de ce type. Faut-il clore ces débats sur « Facebook » ? Certainement pas !

A samedi soir, 110 personnes faisaient partie du groupe pro-ABAB tandis que 1 249 personnes soutenaient les anti. Il faut bien admettre qu’il est exceptionnel et même très encourageant de voir qu’autant de personnes s’intéressent aux politiques du gouvernement en matière économique et environnementale. On ne peut tuer cette « net-citizenship » locale naissante. Il faut l’encourager. Mais pas non plus l’inciter à reprendre les travers de nos politiciens.

Leur influence malsaine sur les participants à ce débat nous semble évidente. En effet, quels argumentaires et contre argumentaires chocs nos députés servent-ils au Parlement ? Si ce ne sont les très classiques « batchiara » « lariaz » « pagla mamou » « moutouk ». Le Premier ministre, Navin Ramgoolam n’est pas exempt de tous reproches. On questionne l’exploitation commerciale de l’îlot Gabriel par l’un de ses proches ? Il rétorque que c’est une attaque raciste ! Quand l’exemple vient d’en haut, des jeunes gens les mieux intentionnés finissent parfois par le suivre. C’est ainsi que nous pensons que des jeunes gens bien sous tous rapports, qui respectent peu ou prou Navin Ramgoolam, parce qu’il est le boss de leur boss, ou l’ami de leur père, finissent par adopter, faute d’autres arguments, le même registre que lui.

Toutefois l’on ne peut pas s’empêcher de penser que des opposants aveugles à un régime en place trouveront toujours moyen de surfer sur une vague d’indignation contre celui-ci. Aussi, nous sommes certains que quelques-uns des 1 249 membres anti-ABAB, ont surtout un problème à régler avec le gouvernement. Mais même si l’on est anti-ABAB jusqu’à la moelle, certaines vérités demeurent coriaces.

Ainsi, on ne peut nier que le sous-sol de Maurice n’abrite ni pierre précieuses ni minerai. Notre zone économique exclusive n’est pas encore connue pour receler des réserves de pétrole phénoménales. Maurice a peu de ressources. Et nos lagons comptent parmi les seules dont nous disposons et qui soient exploitables. Cette rareté des ressources nous oblige presque à devoir l’exploiter. Cela de manière intelligente et surtout, durable.

Le débat sain, selon nous, est de déterminer comment on pourra tirer profit convenablement de nos lagons en tenant en compte aussi bien les aspects sociaux, écologiques et économiques. Nos « net citizens » sont suffisamment intelligents pour arrêter de se traiter de racistes. Arrêter de prôner le tout ou rien autour de l’ABAB. Pour enfin débattre ensemble autour de la seule question qui vaille : comment et que faire pour mieux exploiter nos lagons ?

publié le 27 juillet 2008


Quel cast(e)ing ?

Appelons un chat un chat. Et ad-mettons qu’il existe une règle non écrite à laquelle tient une bonne partie des Mauriciens. Cette règle veut que ce soit un « Vaish », une des cinq castes hindoues du pays, qui puisse prétendre au fauteuil de Premier ministre. Si l’on suit cette règle, seuls deux grands partis, le Parti travailliste (PTr) et le MSM peuvent ambitionner de porter leurs leaders respectifs, Navin Ramgoolam et Pravind Jugnauth, à la tête du prochain gouvernement. Mais tout « Blanc », donc « non-premierministrable » qu’il est, le poids politique de Paul Bérenger et de son MMM est largement supérieur à celui du MSM.

Est-ce une raison suffisante pour que le MMM contourne la règle en présentant Bérenger comme futur Premier ministre pour un mandat de cinq ans ? Paul Bérenger a déjà répondu. Non !

Nous pensons qu’il n’a pas tort. Mais pas pour les mêmes raisons que lui. Il faut l’admettre, la parenthèse enchantée septembre 2003 – juillet 2005 est refermée. Peut-être à jamais. Bérenger est venu, il a vu, mais il a été vaincu. Par lui-même. Et par sa manie agaçante de pratiquer une politique de séduction permanente vis-à-vis de chaque groupe ethnique du pays. À vouloir plaire à tout le monde, il a fini par déplaire à beaucoup d’autres.

À commencer par les hindous qui ont soupesé chaque décision de Bérenger pendant deux ans. Et inspecté chaque « kurta » et « pagri » qu’il s’est employé à porter régulièrement. Pour arriver à la conclusion, début 2005, qu’il n’avait pas travaillé dans leur intérêt. Une bonne partie de la population a donc fait une croix sur Bérenger comme PM. Mais pas nécessairement sur un gouvernement constitué majoritairement par les mauves.

Par conséquent, à un moment où la cote de popularité du gouvernement est loin de son zénith, on pourrait penser que Bérenger songerait à descendre dans l’arène. Et en chef de tribu politique, de mener lui-même ses troupes au combat en essayant d’engranger des points politiques sur son propre nom. Mais non, Bérenger s’attelle à deux autres priorités : souffler sur les braises de la dissension au sein du gouvernement, et poursuivre sa quête du « Vaish » qu’il pourra présenter comme futur Premier ministre.

Sauf dans le cas de Reza Issack, Paul Bérenger pêche exclusivement dans un bassin « Vaish ». Raj Dayal, Anil Bachoo, Dinesh Ramjuttun, Madun Dulloo et Ashock Jugnauth sont tous des « bien nés » que Bérenger courtise. Le leader mauve doit en être persuadé. Sans caution « Vaish » – ou plutôt paravent – point de salut électoral. Et c’est justement là que les choses se gâtent. Parce que Bérenger contribue à pérenniser cette absurde règle non écrite.

Il ne permet pas à la population de démontrer sa maturité. Mais de quelle maturité parle-t-on ?

Il faut être réaliste. Dans une démocratie, c’est la voix de la majorité qui l’emporte. Celle-ci voudra donc être représentée par un chef dont elle se sent proche. Dans le cas de Maurice, il est prévisible que la population, majoritairement hindoue, tende à privilégier l’installation d’un PM de cette communauté. Toutefois, comment donc en est-on venu à devoir précisément choisir un « Vaish » pour PM ?

Sir Satcam Boolell, dans un entretien en 2003 affirme que le « mythe du seul « Vaish » qui peut devenir Premier ministre est faux ». En expliquant que c’est le « hasard » qui explique que tous les PM depuis l’indépendance, à l’exception de Paul Bérenger, ont été des « Vaish ».

Il est temps de vérifier si sir Satcam a raison. Il faudrait même qu’on lui donne raison ! Et nous pensons que celui qui peut le faire n’est nul autre que… Paul Bérenger. Il est en mesure d’effectuer un choix historique. En sortant du carcan des castes. Qu’il admette que ni Bachoo, ni Dayal, et encore moins Dulloo, ne sont aptes à présider à la destinée de notre République. Que Bérenger révise le profil du premierministrable qu’il recherche pour le MMM. En concentrant dorénavant ses efforts à trouver cet hindou, homme de vision, bon gestionnaire et excellent stratège. Qu’importe qu’il soit « Ravived », « Rajput », « Baboojee » ou « Maraz ». Que ce premierministrable-là inspire le respect à cette moitié de la population qui n’a pas les mêmes origines que lui. Tout en faisant la fierté et en suscitant l’admiration de l’autre moitié de la population.

Oui, le raisonnement que nous venons de tenir est toujours ethnique. Mais on ne peut plus se contenter de formules incantatoires. Il faut d’abord faire ce qui est réalisable politiquement. En tenant compte des réticences et appréhensions parfois irrationnelles de la population. Passer du « Vaish PM » au « Hindu PM » est une étape. Une petite barrière franchie.

On ne peut que souhaiter que, le moment venu, Pravind Jugnauth et Navin Ram-goolam décident également de nommer leurs successeurs respectifs non pasen se basant d’abord sur son identité de « Vaish », mais plutôt en se demandant s’il est susceptible d’inspirer respect et loyauté de la part de leurs électorats et de la population en général.

Dans 20 ans ou 30 ans, quand on sera passé de l’ère du « Vaish PM » à celle du « Hindu PM ». Quand les peurs et insécurités identitaires auront disparu, un autre horizon s’ouvrira sans doute.

Le MMM, le MSM, le PTr, ou les autres grands partis qui seront nés alors n’hésiteront plus à nommer Aslam, Vidya, Koomaren ou Jean-Jacques à leur tête et décréter, dans le même élan, que leur leader sera le PM désigné en cas d’une prochaine victoire électorale.

Ce n’est pas demain que cela se produira. Mais pour que cette perspective devienne réalité, il faut que des hommes politiques d’envergure, comme Paul Bérenger, donnent l’exemple dès maintenant. Nous souhaitons ardemment qu’il en soit capable !

publié le 23 mars 2008


On joue avec le feu!

Signaux contradictoires, incohérences et manque de solidarité au sein du gouvernement. L’État multiplie les mauvais signaux envers les bailleurs de fonds qui financent la réforme de l’économie.Au risque de se voir refuser certaines aides précieuses.

Les pinceaux sont vraiment emmêlés. Le beau tableau de la réforme économique, que peint le gouvernement arbore une tache : la réforme du secteur sucre tarde. Ce qui amène nos bailleurs de fonds à s’interroger sur la capacité de Maurice à tenir l’ensemble de ses engagements. Certes, de précieuses aides étrangères, presque acquises sur le papier, ne sont pas encore perdues. Mais encore faut-il s’assurer que le pays les encaisse. Pour cela, certaines décisions doivent être prises. Et il est impératif que certains comportements changent.

« Je ne comprends pas où on va chercher que cela risque de mal se passer avec nos bailleurs de fonds. Et que nous n’allons pas recevoir les aides escomptées. C’est vrai, les négociations sur le sucre tardent à être bouclées, mais nous sommes sur la bonne voie. Il n’y a que cela comme question à régler pour le moment », tempère un ministre. Ce dernier semble toutefois sous-estimer la perception des bailleurs de fonds sur la manière dont notre réforme est pilotée.

La refondation du secteur sucre a été présentée comme le petit engrenage qui entraînera la machinerie de la modernisation de l’économie mauricienne. C’est, en partie, pour pallier l’effet de la perte des préférences de Maurice sur la vente de son sucre sur le marché européen que nous avons réclamé auprès de l’Union européenne (UE), de la Banque mondiale, de la France et d’institutions de financements internationales, des aides et prêts pour mener à bien la réforme.

Et s’il y a bien un secteur économique qui doit montrer du dynamisme dans sa restructuration, c’est celui de la canne.

Or, depuis le début de l’année, tout est remis en cause. Oubliés, entre autres, les engagements sur la centralisation pris dans plusieurs documents soumis au principal bailleur de fonds de la réforme sucre : l’UE. En contrepartie d’aides publiques pour, notamment, le financement du coût social de la réforme, l’État demande que les sucriers acceptent de céder environ 20 % du capital des différents pôles de la future industrie de la canne. Sans parler des 5 000 arpents de terres.

On ne peut que constater l’échec

Les réunions se succèdent. Aux périodes de réchauffement des relations suivent celles d’une guerre froide entre gouvernement et sucriers. Entre-temps, les usines qui doivent cesser leurs activités cette année tournent toujours. Et payent presque leurs employés à ne rien faire.

Au gouvernement on veut à tout prix séparer les enjeux. En rappelant que l’UE ne se fonde pas exclusivement sur le processus de centralisation pour accorder les précieuses mesures d’accompagnement à Maurice. On se félicite des gages qui ont été demandés et obtenus par le pays : un plan macroéconomique fiable sur le long terme, une politique énergétique cohérente. Et une loi sur l’attribution des marchés publics.

Oui, mais il n’y a pas que cela. L’UE évalue aussi spécifiquement l’avancée de la réforme en s’appuyant sur quelques indicateurs-clés : les fermetures d’usines et la rapidité de la centralisation, l’irrigation et l’épierrage des terres sous culture de la canne, le nombre de départs volontaires à la retraite dans l’industrie et celui des femmes recyclées dans ce secteur. Là, on ne peut que constater l’échec dans ce domaine. Maurice est, pour le moment, uniquement en mesure de satisfaire la condition liée à l’épierrage et à l’irrigation.

Ce ralentissement dans le rythme de la réforme a une conséquence sous forme d’espèces sonnantes et trébuchantes. L’UE se base, en effet, sur ces indicateurs pour débourser une tranche variable, véritable bonus de performance, de 4,5 millions d’euros (environ Rs 190 millions). Mais valeur du jour, Maurice ne touchera pas un sou vaillant de cette somme qui lui paraissait acquise il y a encore un an.

Du côté de l’UE, c’est avec dépit qu’on admet que Maurice pourrait, pour la première fois depuis des années, perdre une aide qui lui était acquise. Le premier de la classe parmi les pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP) surprend en jouant… au can-cre ! Mais tout n’est pas qu’une question de chiffres. Il y a également la politique. Aussi, Maurice, malgré sa contre-performance, pourrait bénéficier d’une part réduite de la tranche variable. En souvenir de ses réalisations d’élè-ve modèle !

La procrastination du pays dans la réforme surprend et inquiète. « Avant même d’être affecté à Maurice, je savais déjà, l’année dernière, qui étaient Sithanen ou Boolell. Vous aviez bien défendu votre dossier. L’UE ne pouvait donc que vous aider, en augmentant la part totale des aides qui allaient revenir à votre pays. On ne comprend pas pourquoi vous ne mettez pas en œuvre les engagements que vous aviez pris dans les différents documents soumis l’année dernière », explique une source proche de la délégation de la Commission européenne (CE) à Maurice.

L’inquiétude semble gagner du terrain. Lors d’un point de presse mercredi, la chef de délégation, Claudia Wiedey, a expliqué qu’elle allait faire un rapport aux États membres de l’UE lors de sa mission à Bruxelles cette semaine, en évitant de dire si les États membres se sont alarmés de l’avancement de la réforme sucre à Maurice. Or, selon nos informations, plusieurs pays se sont déjà inquiétés de la lenteur de cette réforme, et ils commencent à questionner le bien-fondé d’un financement jugé trop généreux.

L’État offre un triste spectacle

« Vous ne vous rendez pas compte. Plu-sieurs pays ACP n’ont pas encore soumis leurs plans stratégiques. D’autres ne vont probablement pas pouvoir appliquer les leurs. Si Maurice poursuivait sa réforme avec détermination, des aides supplémentaires lui seraient assurées », précise-t-on à la CE. Mais on n’en est plus là. En milieu de semaine, la ligne de communication entre la délégation de la CE et le chef du gouvernement semblait même en panne. Plusieurs demandes de rendez-vous de la Commission étant restées lettres mortes. Et ce n’est qu’in extremis, au détour d’une conversation jeudi, qu’une réunion, qualifiée de « très cordiale et positive » par un ministre, a pu être organisée entre Claudia Wiedey et le Premier ministre, Navin Ramgoolam. Heureusement…

La situation aurait pu être mieux gé-rable, si l’État n’offrait pas, par ailleurs, un triste spectacle. C’est ce dont ont témoigné les membres d’une délégation composée, entre autres, de représentants de l’UE, de la Banque mondiale, et de la Banque africaine de développement. Les bailleurs de fonds adoptent les mêmes critères d’évaluation pour jauger la performance des pays qu’ils soutiennent, ainsi que leurs « mérites » à recevoir des aides ou prêts à taux concessionnaires. Qu’ils injectent sous forme d’une aide budgétaire globale (ABG), gérée par le ministère du Budget des pays respectifs.

C’était dans le cadre d’une tournée de prise de contact et d’information sur les projets qui demandent à être financés que cette délégation fait le tour des ministères et des institutions depuis une dizaine de jours. Malheureusement, ces visiteurs de marque ne sont pas ressortis de leurs séan-ces de travail qu’avec des informations uti-les sur les projets qui demandent à être financés. Mais aussi avec des exemples concrets du manque de cohérence à l’intérieur du gouvernement et de la médiocrité qui peut régner au sein de nos institutions.

Ainsi, un ministre, connu pour son caractère plus ou moins « spécial », s’est fait remarquer en expliquant, goguenard, à ses interlocuteurs étrangers qu’il ne comprenait pas trop comment l’ABG allait fonctionner à Maurice. Et que, de toute façon selon lui, le ministère des Finances ne juge pas utile de lui communiquer les informations dont il a besoin. Quel bel exemple de solidarité gouvernementale de la part de ce ministre qui, en passant, avait, semble-t-il, oublié de remarquer qu’un fonctionnaire du ministère des Finances accompagnait la délégation !

Un autre ministre Rouge a, lui aussi, fait comprendre à la délégation que c’était lui, le patron pour les projets qui concernent son ministère, et qu’il faudrait donc en parler à lui… et à personne d’autre.

Quand ce ne sont pas les ministres, ce sont les nominés politiques censés être des professionnels qui se sont chargés de donner une piètre image de nos institutions. Le responsable d’une agence gouvernementale a trouvé le moyen de faire comprendre à la délégation que son ministre ne souhaitait pas qu’il la reçoive. Avant de n’en recevoir qu’un seul membre.

Ailleurs, c’est l’un des deux responsables d’une importante institution qui, croyant impressionner, s’est répandu en lapalissades devant ses invités dubitatifs. Qui seront d’autant plus surpris quand l’autre responsable leur fera un exposé clair, cohérent et précis de ce que son institution veut faire. Et de confier, détaché, qu’il allait peut-être démissionner dans les jours à venir car la situation avec son collaborateur, très en vue de son ministre de tutelle, est loin d’être cordiale !

Les conséquences de son injonction

Tout cela ne serait-il pas la conséquence d’un seul phénomène ? Le manque de leadership à la tête de l’État ? C’est un fait, deux ans après avoir été portée au pouvoir, l’équipe en place ne saisit pas encore la nécessité de se montrer cohérente et solidaire par rapport à la politique gouvernementale. Elle est sans doute aidée en cela par un Premier ministre qui n’a pas encore fait de la réunion hebdomadaire du Conseil des ministres un forum de débat stratégique de l’action de l’État. Et qui, d’ailleurs, rechigne à organiser ce genre d’exercice avec ses ministres.

Au dehors, paré des atours de pourfendeur du « Grand capital », il a fini par en demander sans doute trop à une partie du secteur privé. Sans mesurer les conséquences de son injonction. Gestion politicienne des affaires de l’État ou question d’ego, on voit mal le Pre-mier ministre relâcher la pression sur les sucriers. Car, au mieux, il risque de passer pour un faible qui s’est rétracté après une phase de fermeté. Et au pire, de passer pour un vendu qui aurait cédé aux sirènes du « Grand capital » honni.

Il y a bien l’un des lieutenants de Navin Ramgoolam qui explique que le Premier ministre a raison de réclamer une grosse contrepartie à l’industrie sucrière au titre de solde de tout compte. Afin de ne plus revenir sur le sujet de la réforme sucre.

Il y a aussi ceux qui expliquent que l’apparent chaos ne serait qu’une stratégie finement orchestrée de brinckmanship, visant à faire de la menace de la guerre et du blocage généralisé une raison d’arriver au plus vite à un compromis acceptable par tous. Ce serait jouer un peu avec le feu quand même…

publié le 1er juillet 2007


Le hub de l’emploi

Le mot « hub » est tellement galvaudé. Tout est décliné à cette sauce ces derniers temps. Cela donne de la légitimité aux projets qui germent des cerveaux des visionnaires mais aussi des fumistes. Néanmoins, il y a un « hub » dont on peut se permettre de ne parler qu’en bien. C’est celui du « Seafood ». Ce secteur d’activité n’est plus au stade de projet ou de concept. Il marche, il rapporte et il se développe.

À vrai dire, notre « Seafood Hub » est né sous une bonne étoile. L’isolement géographique de Maurice a été pour une fois une bénédiction.

Car il place l’île et ses 1,9 million de kilomètres carrés de Zone économique exclusive (ZEE) au beau milieu d’une des zones de pêche les plus riches de la planète. La communauté de vue entre gouvernement-secteur privé a fait le reste.

Côté gouvernement, les entrepôts de la Mauritius Freeport Authority et les nouvelles infrastructures du port ont constitué le squelette de base. Des procédures administratives plus ou moins accélérées ont ensuite achevé de convaincre le privé d’investir. Depuis les débuts du « Seafood Hub » en 2003 près de Rs 2 milliards y ont été injectées !

Pour cause, les entrepreneurs locaux, petits et grands, ne se sont pas montrés réticents. Car ils se trouvaient dans une zone de confort. Investir dans l’élevage, la pêche, l’entreposage, le transbordement ou la transformation du poisson n’a pas ressemblé à une prise de risque inconsidérée pour eux. Certains ont puisé dans leurs fonds propres. D’autres se sont associés avec de prestigieux partenaires étrangers comme le géant américain de la conserverie Bumble Bee. Attiré par cette effervescence, le leader mondial de la fabrication de filet, Casamar, a même choisi de s’implanter à Maurice.

Mais inutile de trop se congratuler. Il y a du travail à faire, il faut désormais que le « Seafood Hub » mauricien bénéficie d’un vrai rayonnement mondial. Ce qui lui permettra d’aborder une nouvelle phase de développement. La conférence internationale sur le « Seafood Hub » mauricien qui sera organisée à Maurice début mars devra, nous dit-on, contribuer à rendre le pays plus visible parmi les opérateurs mondiaux du secteur. Ce qui serait synonyme d’opportunités d’affaires nouvelles et sérieu-ses ainsi que de projets d’implantations concrètes à l’avenir.

Un second souffle est nécessaire ne serait-ce que pour ses bienfaits sur la situation de l’emploi dans le pays. Beaucoup de Mauriciens ne veulent plus travailler dans le textile, tout en n’ayant pas les compétences requises pour aller frapper à la porte des « Call Centres » ou des boîtes BPO. Avec le taux de chômage qui campe autour des 10 %, nous avons besoin de pôles de création d’emploi. Le « Seafood Hub » en est un. Et dans un segment fort intéressant !

Les entrepôts et usines du « Seafood » ont besoin d’une main-d’œuvre qui sait faire preuve de dextérité, qui apprend vite et qui saura être productive à condition qu’on lui propose un salaire attrayant ainsi que des conditions et un cadre de travail accueillants. Ce secteur n’est-il donc pas idéal pour reconvertir les anciens travailleurs du secteur textile ou ceux qui ne veulent plus y travailler ?

Entre septembre 2004 et septembre 2005, plus de 3 200 personnes ont été licenciées du textile-habillement. Durant la même période un millier d’emplois a été créé dans le « Seafood ». Ainsi, en moins de deux ans d’activité, Thon des Mascareignes aura déjà recruté 1 000 Mauriciens. Le secteur « Seafood » depuis fin 2003 alimente 4 000 emplois directs.

Le potentiel est là. Il s’agit désormais de l’exploiter.Pour cela, il faut faire découvrir le « Seafood Hub » aux Mauriciens eux-mêmes. Et lui permettre de se défaire d’une certaine image et de s’en créer une nouvelle, plus représentative de la réalité. Pour que les locaux ne réduisent pas les unités de transformation, par exemple, à la désagréable odeur de saumure qui s’en dégage.

S’il existe un « roadmap » pour le « Seafood » à Maurice, il faudra qu’il contienne un volet pour le valoriser aux yeux de ses futurs employés.

On fera d’une pierre trois coups. Le « Seafood Hub » deviendra en même temps, pôle de croissance, d’investissement et de création d’emplois.

publié le 12 février 2006


La schizophrénie mauricienne

Un Mauricien à la direction générale de l’Organisation mondiale du commerce ? Depuis que Jayen Cuttaree a été cité comme candidat probable à ce poste, on se prend à rêver. Mais la partie est loin d’être gagnée.

Au chapitre force, la bonne réputation de Maurice semble acquise au sein des instances internationales. C’est l’un des rares pays en développement qui a poursuivi une gestion économique réaliste. Jayen Cuttaree peut prétendre avoir contribué à cette perception, puisqu’il a été ministre dans quatre gouvernements. Il dispose aussi d’appuis plus personnels au sein des deux grands blocs économiques.

Il ne manque jamais de rappeler à quel point ses relations avec Pascal Lamy, le commissaire européen au commerce, et son « ami » Bob Zoellick, l’United States Trade Representative, sont cordiales.

Des relations qui seront utiles au moment décisif. Mais les forces s’arrêtent là. Si Cuttaree rejoint la course à la direction générale, il devra clarifier certaines questions auprès des… Africains. Être le porte-parole de l’Union africaine lors des négociations commerciales ne lui apporte en fait pas beaucoup de crédit. Maurice n’est pas toujours considéré comme le meilleur défenseur des intérêts du continent.

Il suffit de mettre le pied dans une conférence africaine pour s’en rendre compte. La géométrie variable de notre diplomatie économique agace. Nos négociateurs, modulent leurs approches selon le forum où ils se trouvent. La position mauricienne peut ainsi différer selon qu’elle se trouve au sein du G 10 (Groupement Europe-Asie de l’Est) Maurice y est ! Oui ! Ou du Groupe africain. Les plus hostiles à l’approche mauricienne n’hésitent pas à qualifier le pays de « loup dans la bergerie africaine ».

Maurice doit soigner ou expliquer et donner une meilleure image de sa schizophrénie avant de prétendre fédérer le continent derrière Cuttaree. Il faudra toutefois lui trouver une winning formula pour éviter que la nomination du DG de l’OMC, et du partage du poste, ne soit pas aussi tortueuse qu’en 1999.

publié le 27 juin 2004


Le prédateur et ses proies

La libéralisation des télécommunications, on en a tous rêvé. L’Information and Communication Technologies Authority (Icta) l’a fait. Grâce à elle, le paysage mauricien des télécoms s’est enrichi de trois nouveaux opérateurs de téléphonie internationale depuis le début de l’année. Mais elle a aussi permis à un prédateur jusqu’ici en cage, Mauritius Telecom (MT), de se promener librement. Ceux qui montent à l’assaut de la citadelle MT risquent de perdre, non pas la bataille, mais la guerre des prix.

L’Icta semble avoir pris à cœur le rôle que lui attribue l’Information and Communication Technologies Act : rendre les technologies de l’information et de la communication (Tic) accessibles au grand public pour un prix abordable. Sauf qu’en faisant cela, l’Icta pourrait, à terme, compromettre l’investissement dans la téléphonie internationale, un autre des objectifs de la loi.

Grâce à sa carte prépayée, MT offre le service le moins cher sur ce marché. En l’autorisant à le faire afin de gâter le consommateur, l’Icta a donné trop de latitude à MT. Plutôt que de lui permettre de se positionner sur le marché comme un opérateur compétitif, l’Icta lui a tout simplement permis de pratiquer du Predatory Pricing.

Pourtant, certains opérateurs sont prêts à revoir leurs marges et à descendre sous le seuil fatidique des Rs 6 la minute. Que va faire l’Icta ? Accepter que l’appel international baisse encore ? Et par la même occasion fermer le marché aux nouveaux entrants n’ayant pas les reins solides ? L’autorité doit regretter d’avoir ouvert la cage du fauve. Les opérateurs de téléphonie mobile, excités à l’idée de mordre dans les parts de marché de l’ancien dominant, rêvent, eux, à des lendemains meilleurs !

Les seuls à ne rien regretter sont les consommateurs. Les opérateurs peuvent s’entretuer, du moment que les prix chutent. Mais il y a un risque. Seuls les mieux adaptés survivront. Il serait dommage de se retrouver avec deux opérateurs de téléphonie internationale dans un an. Ce serait un triste cartel !

publié le 9 mai 2004


Le lièvre et les tortues

À trop vouloir se prendre pour un lièvre, Maurice s’est fait rattraper par les tortues… africaines. La dérogation Third Country Fabric de l’Agoa est présentée aujourd’hui comme une planche de salut pour les exportations textiles mauriciennes vers les USA. Pourtant en 2003, après le deuxième forum de l’Agoa, une autre unanimité régnait. Dirigeants politiques et entrepreneurs ne pensaient pas que cette dérogation était nécessaire à la survie du textile mauricien.

François Woo, directeur de la Compagnie mauricienne de textile, et Jayen Cuttaree, le ministre des Affaires étrangères et du commerce international étaient de ceux-là. Un an après, la position de François Woo est restée sensiblement la même, alors que Cuttaree a dû revoir la sienne. Il est en ce moment à Washington, non seulement pour demander une extension de l’Agoa, mais aussi pour que Maurice bénéficie de la dérogation Third Country Fabric. Mais pourquoi ?

Tout simplement parce que Maurice a présumé de sa capacité à attirer et à lancer un grand nombre de filatures. Ceux qu’ont réussi leur coup se comptent sur les doigts d’une main. François Woo fait figure d’exception. La position de Maurice l’année dernière était motivée par la vision de transformer le pays en fournisseur de fil d’une partie du continent. Dans ce cas, pas besoin de dérogation, Maurice vendrait son fil, la situation rêvée. Un an après, il n’en est rien. Les filatures existantes ne sont pas encore capables de satisfaire la demande locale. Maurice n’est pas devenu le « powerhouse dans la production de fil en Afrique » dont Cuttaree rêvait.

Entre-temps, les pays les moins avancés éligibles à la dérogation Third Country Fabric ne s’encombrent pas de savoir s’il leur faut ou non des filatures. Ils profitent des avantages de l’Agoa. Ainsi, les exportations du Lesotho vers les États-Unis ne cessent de croître. Les pays que Maurice regardait de haut sont en passe de la rattraper.

Partis après nous, certains d’entre eux risquent de nous faire le coup de la tortue.

publié le 25 avril 2004


%d blogueurs aiment cette page :