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Le courage de Shakeel Mohamed

Il aurait pu hurler avec les loups. Nager avec le courant et récolter des dividendes politiques en le faisant. Mais Shakeel Mohamed semble avoir résolument pris la mesure de sa responsabilité par rapport au Best Loser System. Je l’ai senti sincère dans sa volonté de remplacer le BLS par un meilleur système garantissant la représentation des minorités au sein du Parlement. Je l’ai senti décomplexé par rapport à son patronyme et à son histoire familiale.
Durant les dernières secondes de l’émission, je l’ai senti réellement sincère, presque ému, en réitérant sa conviction dans un changement du système. Je ne le fais pas souvent quand j’évoque les politiques mais là, j’estime qu’il le faut alors… Bravo Shakeel !

Voici un clip de quelques extraits de l’interview d’hier sur Radio One.

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Nous sommes tous pour…

la représentation de toutes les composantes de la population au sein du Parlement. Notre système d’élection au First Past the Post a largement assuré cela pour les citoyens musulmans et les Mauriciens faisant partie de la population générale. Pour ces deux catégories, environ huit députés sur dix élus depuis 1967 l’ont été sans avoir recours au Best Loser System (BLS). Les statistiques démontrent donc que ce n’est pas le BLS qui, à lui seul, a assuré la représentativité des minorités à l’Assemblée nationale.

une loi électorale plus juste. Toutefois, le fonctionnement même de notre BLS crée des distorsions importantes entre les objectifs du système et les résultats qu’il finit par générer. Ainsi, Paul Bérenger, le chef d’un MMM ayant capté 48,12 % des suffrages lors des élections générales de 1987, n’a pu se faire élire en tant que Best Loser malgré son appartenance à la population générale. Showkutally Soodhun, candidat d’une alliance MSM/RMM laminée lors d’un cinglant 60-0 en 1995, a également goûté au caractère inique du BLS. Perdant avec un total de 7416 votes, il n’a néanmoins pas été désigné Best Loser de la communauté musulmane. Ce siège de député est revenu à Mustapha Beeharry, candidat d’un micro-parti ayantdécroché 3000 votes de moins que Soodhun.

un système prévisible. Il a été démontré que le BLS est tout sauf cela. En 1982, 1991 et 1995, cet outil n’a permis de nommer que quatre députés issus des minorités au lieu des huit prévus par notre loi électorale. A l’issue des élections de 2010, ce ne sont que sept députés qui ont été nommés. Le système a, par contre, montré de la prévisibilité… quand il a permis à deux candidats de Rodrigues d’être désignés députés BLS au détriment de candidats de la même appartenance ethnique issus de grands partis nationaux battus. C’est arrivé en 1995, 2000 et 2005.

la fin de l’opportunisme de la part des politiques. Dont l’expression la plus écœurante a été l’élection du Mauricien d’ascendance chinoise Michael Sik Yuen comme Best Loser de la population générale lors des dernières législatives. Légalement, Sik Yuen pouvait choisir de se déclarer membre de la population générale, mais moralement son acte est cynique et condamnable. S’il a hérité d’un fauteuil de ministre, ce n’est pas parce qu’il est un élu de la population générale, mais bien grâce à son ascendance chinoise ! C’est le flou autour des catégories utilisées par le BLS qui permet cela. Alors que certaines d’entre elles sont ethniques (sino-mauriciens, population générale) d’autres sont confessionnelles (musulmans, hindous). Si rien ne change, d’autres Michael Sik Yuen instrumentaliseront le BLS pour arriver à leurs fins.

la défense des droits humains de chaque citoyen mauricien. Cela implique notamment le fait de pouvoir permettre à chacun de participer au processus démocratique à travers sa candidature aux élections générales. Or, si notre Constitution a été amendée pour qu’une personne n’ait pas à divulguer son appartenance ethnique lors du recensement de la population, notre droit oblige tout candidat à une élection générale à se définir ethniquement afin de participer au processus démocratique. Tôt ou tard, notre propre Cour suprême, les Law Lords du Privy Council ou d’autre sages aux Nations unies affirmeront qu’une démocratie ne peut exiger de ses citoyens qu’ils se définissent par rapport à une grille ethno-confessionnelle pour être autorisés à exercer leurs droits fondamentaux. Quand cela se passera, la classe politique et l’Etat seront contraints de modifier un BLS désuet.


Pourquoi donc, malgré notre attachement (probablement unanime) à tous les principes cités plus haut, n’arrive-t-on pas à un consensus sur la nécessité d’éliminer le BLS ? En le remplaçant par un nouveau système assurant la représentation de toutes les composantes de la population au Parlement. La peur est une des réponses possibles. L’ignorance d’une alternative acceptable en est une autre. Le suivisme et le manque de courage politique pourraient être une autre explication. Le refus de croire que le communautarisme se combat autrement qu’à travers des dispositions constitutionnelles semble également être un motif plausible.

Les systèmes et les institutions ne se métamorphosent pas d’eux-mêmes. Ce sont les hommes qui sont à l’origine des changements. Rama Sithanen fait partie de ceux-là. Navin Ramgoolam également. Le ministre Shakeel Mohamed pourrait bien se joindre à cette catégorie. Les autres, comme le dit si bien le leader du MMM, n’auront qu’à « assumer leurs responsabilités ». Malheureusement, pour certains de nos leaders politiques et communautaires…assumer ses responsabilités équivaut, étrangement, à les fuir !


BLS: un caillou et des poussières

L’édito du jour sur Radio One.

You can’t be half pregnant dit l’adage anglais. Le MMM entend démontrer que c’est possible. C’est ce que fera Paul Bérenger aujourd’hui. Lors d’une réunion avec Navin Ramgoolam au sujet de la proposition de réforme électorale que prépare actuellement Rama Sithanen.

Une bonne partie de cette rencontre sera consacrée à l’épineuse question du Best Loser System. Récapitulons les positions de chacun sur la question. Navin Ramgoolam a fait savoir dans l’express dimanche il y a deux semaines qu’il souhaitait la fin du système actuel reposant sur l’appartenance ethnique des candidats.

Tandis que le MMM et Bérenger ont maintenu une position floue. Oui, ils désirent l’abolition du BLS. Mais pas tout de suite. En tout état de cause, le MMM estime que le BLS ne doit pas disparaître dans le cadre de la réforme… mais plutôt décéder… d’une belle mort naturelle tout en état restant bien lovée dans notre constitution. On peut difficilement être plus vague !

Ces positions diamétralement opposées de Bérenger et Ramgoolam auraient logiquement du mener à une impasse des négociations. Mais voila que Bérenger, dans sa conférence de presse de samedi explique que cela ne doit pas être le cas. « La réforme électorale ne peut échouer à cause du BLS » prévient-il fermement.

Mais que propose le leader de l’opposition pour prévenir l’échec ? Il joue sur les chiffres. Dans un étonnant numéro de marchand de tapis, la direction du MMM se ravise. Avant, Bérenger voulait conserver les 8 députés élus à travers le BLS, désormais il explique que 6 voire 4 suffiraient. Ca en dit long sur la variabilité du « principe » que le MMM voulait défendre jusqu’ici et sur l’attachement du parti à celui-ci.

Allez, pour que l’appartenance ethnique disparaisse totalement de nos lois électorales, souhaitons que les négociations entre Ramgoolam et Bérenger durent encore deux petites semaines. Le caillou BLS pourrait alors devenir poussière !


Un choix de société

Les Mauriciens sont des bornés, profondément immatures et incapables d’évoluer. Animés par les mêmes peurs, les 906 537 électeurs recensés par la Commission électorale en 2011, réfléchiront et voteront exactement de la même manière que ceux qui s’étaient exprimés dans les urnes en 1967, 1976 ou 1982. A entendre les commentaires autour du rapport Carcassonne sur la réforme électorale, on pourrait penser que la société mauricienne restera à jamais figée.

Ce n’est peut-être pas si faux. Jusqu’ici, dix ans n’ont pas suffi pour mettre fin aux tergiversations autour de l’application du (pourtant consensuel) rapport Sachs de 2001. A croire que notre système westminstérien et notre loi électorale composent une sorte de dogme religieux qu’il est interdit de remettre en question. C’est ce qui explique probablement la nouvelle phase de tâtonnements qui s’annonce autour des recommandations du trio Carcassonne, Bogdanor et Vilanova.

Rama Sithanen, expert en systèmes électoraux, craint les effets « cataclysmiques » de l’application de leurs recommandations. Yusuf Mohamed, dépositaire de la franchise Comité d’Action Musulman, dit vouloir se battre « politiquement et légalement » contre la disparition du Best Loser System (BLS). Paul Bérenger, après avoir trouvé le rapport « intéressant », laisse désormais entendre que le pays n’est pas prêt à se passer du BLS dans un avenir proche.Navin Ramgoolam, lui, évite de prendre position. Il attend et observe.

Le Premier ministre a néanmoins partagé sa pensée avec Bérenger sur la question. Au patron des mauves, il a avoué avoir « tiqué » en prenant connaissance du rapport, tout en admettant y être plutôt favorable. Les deux hommes ont également identifié les obstacles barrant la route à sa mise en œuvre. Le premier a besoin d’apaiser sa base conservatrice. En lui faisant comprendre que la représentation proportionnelle ne signifie pas, à terme, l’extinction de son hégémonie actuelle. Le second, prisonnier de son jeu clientéliste, doit rassurer les minorités quant à leur présence pérenne au Parlement et au sein du pouvoir dans le cadre du système électoral préconisé.

Ces petits désagréments de départ méritent d’être endurés par Ramgoolam et Bérenger. En effet, ils sont les grands gagnants de la formule Carcassonne. Car celle-ci leur permet de se mesurer lors d’un match électoral enfin équilibré. Sans que l’un ou l’autre soit l’otage d’un allié encombrant. La possibilité de choisir des ministres non élus permet également – dépendant de la manière dont on envisage celle-ci – d’apporter un vent de fraîcheur ou de rigueur technocratique bienvenus au sein de conseils des ministres habituellement peuplés de bêtes politiques. Dont l’obsession, une fois élues, est de rester au pouvoir.

Plus fondamentalement, Ramgoolam et Bérenger sont en mesure de décider ensemble d’une révolution dans la relation qu’entretiennent les citoyens avec la politique. Avec le nouveau mode de scrutin, fini le panachage, fini également l’essor des partis ethniques et adieu le BLS. Les électeurs n’auront à décider qu’entre des listes en se basant sur la diversité de genre et d’ethnies de chacune et sur la qualité des hommes et des femmes qui les composent. Tout en continuant à se prononcer essentiellement, comme cela a été le cas jusqu’ici, sur le choix d’un leader.

Décider d’appliquer le rapport Carcassonne revient donc à faire un choix de société. Cela implique, bien évidemment, une profonde réflexion sur les limites et incongruités du document des experts internationaux. Il y en a. Le problème toutefois, avec l’approche actuelle, est qu’on prend prétexte des faiblesses du rapport pour affirmer qu’il est inapplicable dans son ensemble.

Il convient donc de rappeler que les conclusions de Carcassonne ne sont en rien un corpus de règles à prendre ou à laisser. Si le constitutionnaliste français préconise de confier à une commission locale la création et la délimitation de 11 à 12 nouvelles circonscriptions, on peut lui opposer le fait que cet exercice – long, technique et très sensible – doit impérativement être entrepris par des personnes organiquement indépendantes du monde politique local et non par le panel qu’il propose.

De même il n’est pas interdit de faire fi du conseil de Carcassonne sur le nombre de députés (68 ou 69) dans le nouveau système. Nous pouvons encore décider que les 11, 12 ou 13 nouvelles circonscriptions éliront plutôt 3, 5, 7 ou même 9 députés. Cela ferait passer le nombre d’élus à près de 80 mais permettrait d’éviter « l’effet Rodrigues », où le parti ayant rallié une majorité de suffrages devra malgré tout se contenter du même nombre d’élus que son adversaire battu. Un cas de figure qui pourrait d’ailleurs se produire à Maurice si certaines circonscriptions n’élisent que 4 députés.

Contrairement au rapport Sachs, les recommandations de Carcassonne amènent enfin l’électeur à prendre ses responsabilités en choisissant clairement l’équipe qu’il souhaite placer à la tête du pays. Ce projet, s’il est bien acclimaté au contexte local, résout également la question du déséquilibre du nombre d’élus entre gouvernement et opposition tout en offrant une solution adéquate à une meilleure représentativité des femmes et des minorités ethniques au Parlement. Ce que le projet ne permet pas toutefois, c’est de faire disparaître nos peurs. C’est de cela dont il est désormais question. Avons-nous peur de faire progresser notre démocratie ?


Nous voulons croire !

Nous avons le choix. Celui de regarder le cinéma de Paul Bérenger et de Pravind Jugnauth sans broncher. Ou alors tenter une critique constructive de la pièce tragi-comique qu’ils nous jouent depuis samedi dernier. Drapés dans leurs costumes d’hommes d’Etat et emportés par leur jeu d’acteurs, les patrons du MMM et du MSM ne doivent pas feindre l’ignorance.

Jugnauth et surtout Bérenger ne peuvent méconnaître le fonctionnement de notre système politique ni celui de Navin Ramgoolam. Le Premier ministre aime être en contrôle des événements. Or, depuis samedi dernier, Bérenger a imposé le sujet et le timing des discussions aux autres chefs politiques. En temps normal, ce serait le plus sûr moyen d’amener Ramgoolam à s’arc-bouter car il déteste donner l’impression de se faire dicter sa conduite…

Mais cette fois-ci, quelque chose est différent. Ramgoolam semble être dans de très bonnes dispositions pour discuter de la réforme électorale. Ce vendredi, il s’est d’ailleurs longuement entretenu avec Rama Sithanen puis Jayen Cuttaree à ce sujet. Paul Bérenger se doit de prendre acte. S’il veut faire aboutir la réforme, la logique voudrait qu’il s’assure du soutien et de la compréhension de celui le plus à même de l’aider dans sa tâche.

Si Navin Ramgoolam consent à faire voter sa majorité de 36 députés avec les 19 MMM du Parlement, n’importe quelle réforme – dont celle de notre mode de scrutin – est réalisable. Pourtant, le patron des mauves perd son temps en palabres avec son ancien « ti-frer ». Le MSM s’était montré critique envers les recommandations de la Commission Sachs et du Select Committee présidé par Ivan Collendavelloo en 2004. Tandis que le MMM et le Parti travailliste parlaient d’une seule voix en leur faveur. Lundi,  Collendavelloo l’a rappelé sur Radio One. Il a clairement affirmé que le temps n’est plus à la discussion mais à l’action.

Le principe de la réforme électorale et ses aspects les plus importants ne font l’objet d’aucune divergence fondamentale entre les deux partis politiques susceptibles de la concrétiser. Toutefois, quelques questions devront être tranchées si la formule consensuelle d’une dose de proportionnelle s’adjoint à notre système actuel de vote first past the post (FPTP).

Pour que le projet de réforme atteigne sa phase cruciale, deux hommes doivent prendre leurs responsabilités. Ramgoolam doit maîtriser sa peur de froisser certaines minorités. Pendant que Bérenger abandonne (temporairement ?) son obsession par rapport aux « réalités » politiques du pays. Les deux hommes peuvent entrer dans l’Histoire en arrivant à un consensus sur  un sujet : la manière dont le scrutin proportionnel sera utilisé  pour corriger les déséquilibres de notre système électoral.  Notamment la sous-représentation des femmes et des minorités ethniques au Parlement.

Paradoxalement, Ramgoolam et Bérenger ont là l’occasion inouïe de tordre le cou à un mythe. Celui qui veut que seul un système de quotas basique peut améliorer la présence des femmes  à  l’Assemblée  nationale. Et qui prétend également que le Best Loser System (BLS) est l’unique moyen de corriger la sous-représentation des minorités dans notre système politique. Faux ! De nombreuses simulations ont démontré que non seulement le BLS est parfaitement assimilable et soluble dans un scrutin avec une dose de proportionnelle, mais ce type de vote permet en fait une meilleure représentation des minorités et des femmes au Parlement.

Le système qui permet l’élection d’une partie de nos députés à l’aide d’un scrutin de liste (party list) national repose toutefois sur le progressisme et l’ouverture d’esprit de  nos principaux chefs politiques. Car dans le nouveau schéma, ils détermineront personnellement la place qu’occuperont les femmes et les minorités ethniques sur leurs listes. Ce qui permettra d’ailleurs aux Mauriciens de juger sur pièce leur attachement à augmenter la représentation au Parlement de certaines catégories de citoyens.

Accessoirement, resteront d’autres questions. Faut-il élire 20 ou 30 députés à la proportionnelle ? Et ainsi potentiellement faire passer le ratio député/population à un pour 13 000 habitants à Maurice, avec un Parlement de 100 membres. Quand ce même ratio est d’un pour 2,15 millions d’habitants au Lok Sabha indien ou d’un pour 96 459 à la House of Commons britannique. Il y a un prix à payer pour que notre système électoral soit enfin plus juste et représentatif.

Durant sa conférence de presse d’hier, Navin Ramgoolam est apparu comme étant parfaitement conscient de l’importance d’entamer, enfin, cette réforme cruciale. Paul Bérenger s’est, lui, déjà fait pèlerin de la cause. Messieurs, pour une fois le pays veut croire en vous. Gare à ne pas décevoir 1,3 million de Mauriciens !


Ramgoolam, ce grand fan de « Rezistans ek Alternativ »

Il y a de quoi se réjouir. La bonne nouvelle de la semaine, c’est que le mouvement « Rezistans ek Alternativ » a converti Navin Ramgoolam. Parlant après une conférence sur l’évolution de notre Constitution jeudi, le Premier ministre a affirmé que « la représentation communale est dépassée », et qu’il fallait faire « table rase » des pratiques du passé. Quelle lueur d’espoir !

Au moment des célébrations des 40 ans de l’indépendance, il faut rappeler que notre République ne considère pas tous ses enfants de la même manière.

La Constitution divise la population entre « Hindous », « Musulmans », « Sino-mauriciens », et cette sous-catégorie fourre-tout et qui ne veut rien dire appelée « Population générale ».

Mais peut-on légitimement penser que la section 31 (2) de la Constitution subira de profonds changements dans un futur proche ? Va-t-on enfin se débarrasser de cette aberration qui consiste à catégoriser les citoyens de notre République selon leur « mode de vie » ? Et cesser d’élire huit de nos députés selon cette catégorisation ?

Le mouvement « Rezistans ek Alter-nativ » avait pris les devants en contestant l’existence du « Best Loser System » (BLS) et de la classification des Mauriciens en communautés auprès de la Cour suprême en 2005. L’arrêt du 10 juin de cette année, pensaient certains, sonnait déjà le glas de notre BLS. Mais la Cour suprême a fini par revoir sa position. Le « succès » a été vite relativisé. La campagne autour de la reconnaissance de l’identité créole par notre Constitution a même relégué le noble combat de « Rezistans ek Alternativ » aux oubliettes.

Il ne s’agit pas ici de s’en prendre au père Jocelyn Grégoire, homme d’église, accessoirement président de la Fédé-ration des Créoles Mauriciens (FCM). Dont on ne sait pas, d’ailleurs, s’il est encore prêtre, ou s’il est désormais tout entier dévoué à sa carrière naissante de chef de parti politique. Voire de chef de parti ethnique !

N’empêche, on peut comprendre le début du raisonnement derrière la revendication de Grégoire et de la FCM. Si la République doit catégoriser ses enfants, qu’elle le fasse bien au moins. Qu’elle ne dise pas ce que SONT trois groupes ethniques du pays. En décrétant, au passage, que tous les rebuts de ces trois groupes font partie de la « Population générale ». Dans l’absolu, demander qu’on débaptise ce groupe pour l’appeler « Creole and other Christians » dans la Constitution est justifiable.

Mais cette revendication, loin d’unifier la population, institutionnalise davantage les clivages identitaires. C’est en cela que le positionnement de « Rezistans ek Alternativ » est de loin plus républicain que celui de Grégoire et de la FCM. Toutefois, aussi républicaine qu’elle soit, la demande de « Rezistans ek Alternativ » n’a obtenu qu’un soutien tiède des grands partis politiques.

Y compris du parti du Premier ministre. Pis, à l’occasion du dernier Festival Créole en décembre dernier, Ramgoolam a carrément affiché « toute sa sympathie » à la cause du père Grégoire. En expliquant ne pas comprendre ce que signifie Population générale et en affirmant qu’un « créole doit être reconnu en tant que tel ».

À ce moment-là, notre BLS et notre honteuse classification communautaire semblaient avoir de beaux jours devant eux. Mais trois mois plus tard, Ramgoolam semble avoir radicalement changé sa manière de penser sur la question. Comme touché par une illumi-nation ! Voila que le BLS et la section 31 (2) se retrouvent en voie d’extinction. Il faut saluer ce développement…

Toutefois, on ne peut pas s’empêcher non plus de rechercher des raisons à ce revirement. Et en cherchant bien, on remarque une séquence assez troublante. En fin de semaine dernière, Jocelyn Grégoire, coiffant sa casquette de politique, déclare, dans plusieurs titres de presse son intention de sou-lever la question de l’accession du « Deputy Commissioner of Police », Jean Bruneau, au grade de commissaire. Alors même que c’est Dhaneswar Ram-persad qui est donné pour favori à ce poste, à la suite du probable départ de Ramanooj Gopalsingh.

Ramgoolam, c’est connu, n’aime pas être mis sous pression. A-t-il donc chan-gé son positionnement sur la question de l’identité créole dans la Constitution pour envoyer un signal ? On peut être amené à la penser. Il a pu vouloir rappeler à Grégoire, à travers sa déclaration, que c’est lui qui dictera l’agenda d’un éventuel changement constitutionnel. Et qu’à ce titre, on gagnerait à témoigner un peu plus de respect par rapport à son autorité et ses choix de collaborateurs, a fortiori celui d’un futur commissaire de police.

Ce qui précède n’est qu’une interprétation de la séquence que nous avons constatée. Nous préférons encore croire que Ramgoolam a été frappé d’une illumination salutaire. Durant laquelle il s’est rendu compte que la section 31 (2) de la Constitution doit être modifiée. Si la déclaration du Premier ministre n’est pas motivée par des raisons politiciennes, celle-ci n’en a que plus de valeur. Et il faut alors, qu’avec impatience, on attende que Ramgoolam traduise ses paroles en actes. Ce serait un beau cadeau qu’il ferait au pays et à ses citoyens durant l’année des 40 ans d’indépendance de Maurice.

publié le 9 mars 2008


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