Archives de Catégorie: Agriculture et sucre

Poison au menu

Obnubilés par la politicaillerie, les médias serviront dès demain à leur audience le quota de polémiques (vraies ou fantasmées), phrases assassines et « body language » censé dire quelque chose. On en oublierait presque qu’il y a du poison au menu de cette rentrée parlementaire. La toujours efficace Leela Devi Dookhun pose, en effet, deux questions de la plus haute importance au ministre de l’Agro-industrie. Elle interroge Satish Faugoo sur ce que tous les Mauriciens ingurgitent à petite dose, et sans s’en rendre compte, depuis des années.

La députée veut savoir, d’une part, si des analyses régulières sont effectuées sur les fruits et légumes vendus au marché pour y déceler des résidus de pesticides et, si oui, en connaître les résultats. D’autre part, l’élue du MSM demande au ministre de l’Agro-industrie si le même type de test est effectué pour détecter, dans l’eau prélevée des nappes phréatiques, la présence de résidus chimiques issus de l’agriculture. Leela Devi Dookhun soulève, là, une question de santé publique cruciale. Le drame, toutefois, c’est que ni les autorités, ni les médias et encore moins le grand public n’accordent à ce sujet l’intérêt qu’il mérite.

Les conséquences du laisser-aller dans ce domaine peuvent, pourtant, être gravissimes. Des études effectuées sur de longues périodes ont permis de déterminer qu’il existe un lien direct entre la présence de résidus de pesticides sur les fruits et légumes et la prévalence de certains types de cancer. C’est ce que démontre un rapport, publié en juin, de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale en France. D’autres études ont, elles, souligné la relation entre la sur-utilisation de pesticides et la survenue de certains désordres neurologiques et hormonaux.

A Maurice, l’absence d’analyses systématiques et de données sur le long terme ne permet pas encore d’établir une relation directe entre la progression constatée des différents types de cancer dans le pays et l’utilisation outrancière de pesticides dans nos champs. Si le lien de causalité n’est pas encore établi, la sur-utilisation des pesticides, fongicides et autres herbicides dans nos champs a, elle, bien été constatée.

Ainsi, en 2012, la moitié des fruits et légumes analysés par le ministère de la Santé contenaient des traces de pesticides. Malgré cela, certaines personnes, comme le directeur adjoint de l’Agricultural Extension & Research Unit (AREU), Ramesh Rajcumar, se montrent rassurantes en affirmant que les taux constatés ne sont pas susceptibles de mettre en danger la santé de la population. Manifestement, le gouvernement n’est pas du même avis que le responsable de l’AREU. Car le 22 mars dernier, le conseil des ministres a avalisé l’élaboration d’un Ecological Agriculture Action Plan visant à réduire l’utilisation de pesticides chimiques tout en promouvant les moyens alternatifs de contrôler les maladies et espèces nuisibles.

pesticide 2011

Labélisé « Maurice Ile Durable », ce plan d’action – dont on attend toujours la version finale – doit impérativement révolutionner la manière dont le sujet de la sur-utilisation de pesticides est traité à Maurice. Car jusqu’ici, le ministère de l’Agro-industrie ne s’est donné que très peu de moyens d’action dans le domaine. Au fil des derniers budgets, le « Programme 483: Development of Non-Sugar (Crop) Sector » du ministère de Faugoo a fait du « Monitoring of pesticide residue levels on crop produce » l’un de ses « Priority objectives ».

Mais une lecture des récents « Programme based budgets » ne permet malheureusement pas de quantifier la « priorité » accordée à la question. On n’y trouve, en effet, aucune indication du budget octroyé pour le suivi de la présence de pesticides sur nos fruits et légumes, encore moins le nombre de tests effectués sur ces produits agricoles. En fait, c’est en cherchant dans les documents budgétaires pour les années 2010 et 2011 qu’on a un début de commencement de réponse.

On découvre ainsi qu’en 2010, 225 tests ont été effectués sur nos fruits et légumes. Suivi d’un bond de géant de… 11 % pour les années suivantes, portant le nombre total de tests à 250 par an. En moyenne – en éliminant les weekends et jours fériés –, le ministère effectue ainsi à peine un test par jour pour déceler la présence de pesticides sur les fruits et légumes de nos marchés. C’est dire la colossale attention qu’accordent jusqu’ici le ministère et le gouvernement à la question !

Le temps n’est toutefois plus à la raillerie. Une question de santé publique aussi cruciale mérite qu’on y accorde l’intérêt qu’il mérite. Satish Faugoo a beaucoup de comptes à rendre. Leela Devi Dookun a beaucoup de questions à poser. Au-delà des points politiques à marquer, l’exercice de demain doit pouvoir établir deux choses : d’abord, les actions concrètes que prend le gouvernement pour solutionner ce problème. Ensuite, un calendrier précis avec des moyens engagés et chiffrés pour faire en sorte que 1,3 million de Mauriciens n’aient pas du poison au menu à chaque fois que – croyant bien faire –, ils achètent des fruits et légumes du marché.

Le reste. Le grand retour de Bérenger. La mine Ramgoolam. Tout le reste est secondaire.


Les voisins du karo kann

Amis de la verdure, vous êtes servis ! Les revirements successifs qui ont marqué les négociations autour de notre industrie cannière ont tenu le pays en haleine cette semaine. Mais au-delà de la bataille autour des champs de canne et de ceux qui y travaillent, un autre match – plus discret celui-là – se joue. Y participent, ceux qui ne veulent pas retourner dan karo kann, ceux qui souhaitent désespérément en sortir, mais aussi ceux qui, auréolés de leurs derniers exploits, peuvent prétendre ne plus s’y rendre.

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Ayant effectué un long séjour dan karo kann entre décembre 1995 et septembre 2000, sir Anerood Jugnauth semble avoir développé une certaine aversion pour la chose. Mais le sacrifice, ça le connaît. Aussi, pour le bien de la nation, consentirait-il à s’y exiler une nouvelle fois plutôt que de refaire alliance avec Navin Ramgoolam. C’est ce qu’a expliqué SAJ ce mercredi lors d’un congrès à Petit-Raffray.

Mais l’allusion champêtre de SAJ revêt un air de « déjà-entendu ». Retour en arrière pour s’en assurer. Nous sommes le 2 avril 2010, à la veille des élections générales opposant le MMM au bloc PTr/MSM/PMSD. SAJ, alors président, prévient : « Il vaut mieux être dan karo kann que d’aller travailler avec le MMM et Bérenger. » Un autre Anerood – Gujadhur celui-là –, le mythique et désopilant leader du PPM, disait, philosophe, s’être résigné à être envoyé dan karo kann  à chaque élection. SAJ, lui, a trouvé l’astuce pour éviter cela : feindre de perdre  la mémoire.

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La Voice of Hindu (VOH) y est, par contre, depuis un moment… dan karo kann. Et manœuvre laborieusement pour en sortir. Du coup, comme beaucoup de mouvements en perte de vitesse, la VOH a choisi un coup d’éclat pour revenir sur le devant d’une scène socioculturelle désormais monopolisée par Somduth Dulthummun et Balraj Naroo. Sauf que la bravade… s’avère risible.

Proposer de « bannir » Facebook pour endiguer les commentaires racistes révèle non seulement la méconnaissance de la VOH du fonctionnement de ce réseau social, mais également l’hypocrisie du mouvement par rapport à sa propre présence sur le site. Le groupe « Voice of Hindu » sur Facebook compte en effet pas moins de 4000 membres. Hier soir, la plateforme était toujours active… et surtout commodément fermée aux non-membres. Qui ne peuvent en aucun cas avoir accès à ce qui y est posté. Un drôle de fonctionnement de la part d’un mouvement qui prône aussi la modération systématique des propos postés sur Facebook. Avec une attitude aussi rétrograde, la VOH pourrait garder pendant encore longtemps la place de choix qu’elle s’est trouvée dan karo kann.

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Shakeel Mohamed et Ashok Subron ne font sans doute pas partie de ceux qui pourraient retourner de sitôt dan karo kann. Si le premier, un brin opportuniste, a tardivement saisi l’utilité de se montrer intransigeant, voire hostile envers les patrons du secteur cannier, le second s’est démarqué une nouvelle fois comme étant le dernier syndicaliste de sa génération à s’inscrire résolument dans une logique de lutte des classes visant à amener les travailleurs à réclamer et obtenir leur dû face à « la classe capitale ».

Mohamed enregistre, en effet, des bénéfices nets au lendemain de l’accord trouvé entre la Mauritius Sugar Producers’ Association et le Joint Negociating Panel. Très réaliste dans ses prises de position, le ministre du Travail a réussi la prouesse de donner aux patrons l’impression qu’il était initialement proche de leurs préoccupations, pour finir par se ranger à temps du côté des travailleurs. Du coup, Mohamed se rapproche de plus en plus d’une position fort enviable… être au PTr ce que Reza Uteem est au MMM. Un atout souhaitable quand une autre personnalité rouge – Rashid Beebeejaun – finira par se retrouver dan karo kann.

Ashok Subron n’est paradoxalement pas si loin des préoccupations politiques. Principal animateur du mouvement Rezistans ek Alternativ, il est également l’un des rares « jeunes » syndicalistes de la place à conserver une certaine crédibilité dans ses actions politiques, syndicales et citoyennes. Ainsi, pendant que d’autres pseudo-leaders de mouvements politiques se ridiculisent à travers leurs gesticulations sans envergure, Subron accumule des actions concrètes.

Il n’est pas dit que, fort de ces réalisations, Subron finira par remporter un succès électoral face à la puissante machinerie, notamment financière, des partis politiques installés. Mais il est toutefois certain que Subron incarnera – pour une part plus importante de Mauriciens – une alternative à l’offre politique existante. Elle ne sera pas tout à fait crédible tant que Subron prônera une approche résolument hostile à un modèle économique auquel les Mauriciens sont finalement plus attachés qu’on le croit. Au bout de quelques séjours en lisière du karo kann, Subron finira peut-être par s’en rendre compte !


On joue avec le feu!

Signaux contradictoires, incohérences et manque de solidarité au sein du gouvernement. L’État multiplie les mauvais signaux envers les bailleurs de fonds qui financent la réforme de l’économie.Au risque de se voir refuser certaines aides précieuses.

Les pinceaux sont vraiment emmêlés. Le beau tableau de la réforme économique, que peint le gouvernement arbore une tache : la réforme du secteur sucre tarde. Ce qui amène nos bailleurs de fonds à s’interroger sur la capacité de Maurice à tenir l’ensemble de ses engagements. Certes, de précieuses aides étrangères, presque acquises sur le papier, ne sont pas encore perdues. Mais encore faut-il s’assurer que le pays les encaisse. Pour cela, certaines décisions doivent être prises. Et il est impératif que certains comportements changent.

« Je ne comprends pas où on va chercher que cela risque de mal se passer avec nos bailleurs de fonds. Et que nous n’allons pas recevoir les aides escomptées. C’est vrai, les négociations sur le sucre tardent à être bouclées, mais nous sommes sur la bonne voie. Il n’y a que cela comme question à régler pour le moment », tempère un ministre. Ce dernier semble toutefois sous-estimer la perception des bailleurs de fonds sur la manière dont notre réforme est pilotée.

La refondation du secteur sucre a été présentée comme le petit engrenage qui entraînera la machinerie de la modernisation de l’économie mauricienne. C’est, en partie, pour pallier l’effet de la perte des préférences de Maurice sur la vente de son sucre sur le marché européen que nous avons réclamé auprès de l’Union européenne (UE), de la Banque mondiale, de la France et d’institutions de financements internationales, des aides et prêts pour mener à bien la réforme.

Et s’il y a bien un secteur économique qui doit montrer du dynamisme dans sa restructuration, c’est celui de la canne.

Or, depuis le début de l’année, tout est remis en cause. Oubliés, entre autres, les engagements sur la centralisation pris dans plusieurs documents soumis au principal bailleur de fonds de la réforme sucre : l’UE. En contrepartie d’aides publiques pour, notamment, le financement du coût social de la réforme, l’État demande que les sucriers acceptent de céder environ 20 % du capital des différents pôles de la future industrie de la canne. Sans parler des 5 000 arpents de terres.

On ne peut que constater l’échec

Les réunions se succèdent. Aux périodes de réchauffement des relations suivent celles d’une guerre froide entre gouvernement et sucriers. Entre-temps, les usines qui doivent cesser leurs activités cette année tournent toujours. Et payent presque leurs employés à ne rien faire.

Au gouvernement on veut à tout prix séparer les enjeux. En rappelant que l’UE ne se fonde pas exclusivement sur le processus de centralisation pour accorder les précieuses mesures d’accompagnement à Maurice. On se félicite des gages qui ont été demandés et obtenus par le pays : un plan macroéconomique fiable sur le long terme, une politique énergétique cohérente. Et une loi sur l’attribution des marchés publics.

Oui, mais il n’y a pas que cela. L’UE évalue aussi spécifiquement l’avancée de la réforme en s’appuyant sur quelques indicateurs-clés : les fermetures d’usines et la rapidité de la centralisation, l’irrigation et l’épierrage des terres sous culture de la canne, le nombre de départs volontaires à la retraite dans l’industrie et celui des femmes recyclées dans ce secteur. Là, on ne peut que constater l’échec dans ce domaine. Maurice est, pour le moment, uniquement en mesure de satisfaire la condition liée à l’épierrage et à l’irrigation.

Ce ralentissement dans le rythme de la réforme a une conséquence sous forme d’espèces sonnantes et trébuchantes. L’UE se base, en effet, sur ces indicateurs pour débourser une tranche variable, véritable bonus de performance, de 4,5 millions d’euros (environ Rs 190 millions). Mais valeur du jour, Maurice ne touchera pas un sou vaillant de cette somme qui lui paraissait acquise il y a encore un an.

Du côté de l’UE, c’est avec dépit qu’on admet que Maurice pourrait, pour la première fois depuis des années, perdre une aide qui lui était acquise. Le premier de la classe parmi les pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP) surprend en jouant… au can-cre ! Mais tout n’est pas qu’une question de chiffres. Il y a également la politique. Aussi, Maurice, malgré sa contre-performance, pourrait bénéficier d’une part réduite de la tranche variable. En souvenir de ses réalisations d’élè-ve modèle !

La procrastination du pays dans la réforme surprend et inquiète. « Avant même d’être affecté à Maurice, je savais déjà, l’année dernière, qui étaient Sithanen ou Boolell. Vous aviez bien défendu votre dossier. L’UE ne pouvait donc que vous aider, en augmentant la part totale des aides qui allaient revenir à votre pays. On ne comprend pas pourquoi vous ne mettez pas en œuvre les engagements que vous aviez pris dans les différents documents soumis l’année dernière », explique une source proche de la délégation de la Commission européenne (CE) à Maurice.

L’inquiétude semble gagner du terrain. Lors d’un point de presse mercredi, la chef de délégation, Claudia Wiedey, a expliqué qu’elle allait faire un rapport aux États membres de l’UE lors de sa mission à Bruxelles cette semaine, en évitant de dire si les États membres se sont alarmés de l’avancement de la réforme sucre à Maurice. Or, selon nos informations, plusieurs pays se sont déjà inquiétés de la lenteur de cette réforme, et ils commencent à questionner le bien-fondé d’un financement jugé trop généreux.

L’État offre un triste spectacle

« Vous ne vous rendez pas compte. Plu-sieurs pays ACP n’ont pas encore soumis leurs plans stratégiques. D’autres ne vont probablement pas pouvoir appliquer les leurs. Si Maurice poursuivait sa réforme avec détermination, des aides supplémentaires lui seraient assurées », précise-t-on à la CE. Mais on n’en est plus là. En milieu de semaine, la ligne de communication entre la délégation de la CE et le chef du gouvernement semblait même en panne. Plusieurs demandes de rendez-vous de la Commission étant restées lettres mortes. Et ce n’est qu’in extremis, au détour d’une conversation jeudi, qu’une réunion, qualifiée de « très cordiale et positive » par un ministre, a pu être organisée entre Claudia Wiedey et le Premier ministre, Navin Ramgoolam. Heureusement…

La situation aurait pu être mieux gé-rable, si l’État n’offrait pas, par ailleurs, un triste spectacle. C’est ce dont ont témoigné les membres d’une délégation composée, entre autres, de représentants de l’UE, de la Banque mondiale, et de la Banque africaine de développement. Les bailleurs de fonds adoptent les mêmes critères d’évaluation pour jauger la performance des pays qu’ils soutiennent, ainsi que leurs « mérites » à recevoir des aides ou prêts à taux concessionnaires. Qu’ils injectent sous forme d’une aide budgétaire globale (ABG), gérée par le ministère du Budget des pays respectifs.

C’était dans le cadre d’une tournée de prise de contact et d’information sur les projets qui demandent à être financés que cette délégation fait le tour des ministères et des institutions depuis une dizaine de jours. Malheureusement, ces visiteurs de marque ne sont pas ressortis de leurs séan-ces de travail qu’avec des informations uti-les sur les projets qui demandent à être financés. Mais aussi avec des exemples concrets du manque de cohérence à l’intérieur du gouvernement et de la médiocrité qui peut régner au sein de nos institutions.

Ainsi, un ministre, connu pour son caractère plus ou moins « spécial », s’est fait remarquer en expliquant, goguenard, à ses interlocuteurs étrangers qu’il ne comprenait pas trop comment l’ABG allait fonctionner à Maurice. Et que, de toute façon selon lui, le ministère des Finances ne juge pas utile de lui communiquer les informations dont il a besoin. Quel bel exemple de solidarité gouvernementale de la part de ce ministre qui, en passant, avait, semble-t-il, oublié de remarquer qu’un fonctionnaire du ministère des Finances accompagnait la délégation !

Un autre ministre Rouge a, lui aussi, fait comprendre à la délégation que c’était lui, le patron pour les projets qui concernent son ministère, et qu’il faudrait donc en parler à lui… et à personne d’autre.

Quand ce ne sont pas les ministres, ce sont les nominés politiques censés être des professionnels qui se sont chargés de donner une piètre image de nos institutions. Le responsable d’une agence gouvernementale a trouvé le moyen de faire comprendre à la délégation que son ministre ne souhaitait pas qu’il la reçoive. Avant de n’en recevoir qu’un seul membre.

Ailleurs, c’est l’un des deux responsables d’une importante institution qui, croyant impressionner, s’est répandu en lapalissades devant ses invités dubitatifs. Qui seront d’autant plus surpris quand l’autre responsable leur fera un exposé clair, cohérent et précis de ce que son institution veut faire. Et de confier, détaché, qu’il allait peut-être démissionner dans les jours à venir car la situation avec son collaborateur, très en vue de son ministre de tutelle, est loin d’être cordiale !

Les conséquences de son injonction

Tout cela ne serait-il pas la conséquence d’un seul phénomène ? Le manque de leadership à la tête de l’État ? C’est un fait, deux ans après avoir été portée au pouvoir, l’équipe en place ne saisit pas encore la nécessité de se montrer cohérente et solidaire par rapport à la politique gouvernementale. Elle est sans doute aidée en cela par un Premier ministre qui n’a pas encore fait de la réunion hebdomadaire du Conseil des ministres un forum de débat stratégique de l’action de l’État. Et qui, d’ailleurs, rechigne à organiser ce genre d’exercice avec ses ministres.

Au dehors, paré des atours de pourfendeur du « Grand capital », il a fini par en demander sans doute trop à une partie du secteur privé. Sans mesurer les conséquences de son injonction. Gestion politicienne des affaires de l’État ou question d’ego, on voit mal le Pre-mier ministre relâcher la pression sur les sucriers. Car, au mieux, il risque de passer pour un faible qui s’est rétracté après une phase de fermeté. Et au pire, de passer pour un vendu qui aurait cédé aux sirènes du « Grand capital » honni.

Il y a bien l’un des lieutenants de Navin Ramgoolam qui explique que le Premier ministre a raison de réclamer une grosse contrepartie à l’industrie sucrière au titre de solde de tout compte. Afin de ne plus revenir sur le sujet de la réforme sucre.

Il y a aussi ceux qui expliquent que l’apparent chaos ne serait qu’une stratégie finement orchestrée de brinckmanship, visant à faire de la menace de la guerre et du blocage généralisé une raison d’arriver au plus vite à un compromis acceptable par tous. Ce serait jouer un peu avec le feu quand même…

publié le 1er juillet 2007


Pa pe vann rev

Il y a le message et la manière de le transmettre. Mercredi dernier en annonçant son Roadmap for the Mauritius Sugarcane Industry for the 21st Century, Arvin Boolell, le ministre de l’Agro-industrie, a parlé avec mesure. Son « pas pé vanne rev » prononcé à plusieurs reprises, sonnait très juste. Mais le ministre est un politique, et les politiques ne livrent pas toujours la cruelle réalité à ceux qui les écoutent. Boolell a prévenu que 2006 pourrait être l’an I de l’ère difficile de l’industrie de la canne.

Maurice se montre très combative vis-à-vis de la proposition de réduire de 39 % le prix garanti de son sucre sur le marché européen. Le gouvernement semble vouloir croire qu’une réduction de 20 % pourrait être négociée avec la Commission européenne. Soit. Mais dans ce cas, qu’est-ce qui nous permet de dire que l’Australie et le Brésil se satisferont de cette baisse alternative ? Ils sont déjà en litige avec l’Union européenne (UE) sur le dossier sucre. Demain, mécontents, ils pourront demander à l’OMC de « forcer » l’UE à respecter son engagement de baisser ses prix d’achats de 39 %. Retour à la case départ…

Autre espoir qu’il convient de mitiger : la filière éthanol. Loin de nous l’idée de dire qu’elle n’a pas d’avenir. Chandni Oil Company a annoncé hier son projet de Rs 600 millions pour produire ce carburant vert. La production à grande échelle de l’éthanol suscite de vifs intérêts. Mais elle a ses limites.

Pour fabriquer une grande quantité d’éthanol il va falloir utiliser toute la canne, et non pas seulement la mélasse que l’on pourra récupérer. Mais quel mélange canne à sucre/canne à éthanol choisirons-nous ? Faudra-t-il alors accélérer davantage le processus de fermetures des usines sucrières ?

Sa fabrication pose également quelques sérieux problèmes environnementaux. Les unités de production d’éthanol propres sont encore rares aujourd’hui. Sommes-nous prêts et préparés à prendre ces risques ? Le tableau semble sombre, sans issue…

Alors la canne aura-t-elle disparu en 2020 ? Certainement pas ! Nous sommes bien d’accord avec Arvin Boolell à ce sujet. Multifonctionnalité de la canne oblige, elle servira toujours, mais à d’autres intérêts : comme toile de fond de la destination de rêve pour touristes, barrière contre l’érosion et usine de règlement micro-climatique pour l’environnement. On ne peut se permettre de raser des hectares de cannes pour y mettre à la place des logements sociaux ou des zones industrielles.

Ce qu’il faut faire comprendre aux planteurs et à la population, Arvin Boolell commence à le faire timidement. C’est que le choc sera plus brutal qu’on ne le pense. Une partie des planteurs ne sera ni plus ni moins que des jardiniers paysagistes chargés de conserver le cachet touristique et l’intégrité environnementale de l’île.

Et c’est à ce titre, et non plus en tant que producteurs de cannes, qu’ils seront rémunérés. Compensés, semble plus juste.

En attendant que la technologie et les moyens alternatifs d’utiliser la canne atteignent un degré de rentabilité, les 60 000 familles qui en vivent ne peuvent prétendre à des lendemains meilleurs.

Il faut le dire. Pa pe vann reve…

publié le 18 septembre 2005


Le sucre devient amer…vive la canne!

La proposition Fischler, tout en étant un coup dur pour Maurice, pourrait bien être un « blessing in disguise ». On peut exploiter le potentiel de la canne à sucre autrement. Mais cela ne pourra se faire que si les bonnes orientations sont prises immédiatement. Et… si le financement de la diversification suit.

«La canne est une culture d’avenir, je le dis depuis de nombreuses années, » explique Jean Claude Autrey, le directeur de la Mauritius Sugar Industry Research Institute (MSIRI). L’affirmation paraît déplacée au moment où l’Union européenne (UE) boucle sa réforme du secteur sucre. Avec à la clé, une baisse de son prix d’achat de 37 % d’ici 2 007. Ce secteur à Maurice a-t-il donc un avenir malgré cette menace ? Certainement. Et son salut réside justement dans l’exploitation de la canne.

Bien qu’entouré de champs de canne à sucre, le Mauricien connaît mal le potentiel de la plante. Car, au-delà de la seule production de sucre, elle peut servir à fabriquer éthanol, énergie, alcool, plastique biodégradable, protéines unicellulaires et produits pharmaceutiques et chimiques. Il faut aussi exploiter cette énorme biomasse d’environs 5 millions de cannes générées annuellement.

L’éthanol : carburant de demain

Cela se fait déjà depuis des années. La bagasse, sous-produit de la canne, est utilisée par la totalité des usines sucrières pour générer de l’énergie pendant la coupe. La centrale thermique de Belle-Vue, opérationnelle depuis 2000, en a fait l’un de ses deux combustibles principaux, avec le charbon.

Mais cette utilisation reste peu développée. Jean Claude Autrey, le directeur du MSIRI, foisonne d’idées sur l’évolution dans ce domaine. « À côté des cannes à haute teneur en jus et en saccharose, dites high quality canes, on va également devoir élaborer des variétés qui auront des taux de fibre de 19 % ou plus. Des energy canes. Celles-ci permettront non seulement de produire du jus mais également plus de bagasse pour produire de l’énergie ». Une variété de canne, disposant de jusqu’à 30 % de fibre, pourrait même être introduite d’ici 5 ans pour augmenter la production d’énergie à partir de la bagasse. Cette variété ne servira pas à faire du sucre mais de l’éthanol et du rhum.

La fibre est utile mais le jus de la canne est un produit bien plus précieux qu’on ne l’imagine. Car elle sert également à fabriquer un carburant écologique : l’éthanol. « Il faut remettre en question la thèse qui consiste à dire qu’il n’est pas économique de produire de l’éthanol à Maurice. Si le Brésil peut le faire, nous pouvons le faire », pense Kailash Ruhee, partner chez De Chazal Du Mée.

Le coût de production est pour le moment prohibitif à Maurice. Un litre d’éthanol coûte environ Rs 11 alors que les producteurs les plus compétitifs au monde le font pour Rs 4. Mais les perspectives d’avenir dans le domaine sont alléchantes.

En 2010, l’Europe devra se conformer au protocole de Kyoto, contraignant les voitures européennes à utiliser 20 % d’éthanol comme carburant non polluant. Si, entre-temps, les États-Unis signent le protocole, la production d’éthanol pourrait connaître un autre boom assuré et trouver instantanément un nouveau marché très porteur. C’est la matérialisation de l’énergie verte.

Mais déjà, bien avant 2010, le jus de la canne peut trouver d’autres utilités. Comme matière première pour la fabrication de rhum agricole. Ceci n’a rien à voir avec le rhum local que nous connaissons. « Notre rhum n’est même pas classé comme tel en Europe. Le vrai rhum agricole se vend plus cher qu’une bonne bouteille de whisky. C’est un marché potentiel de 450 millions de personnes », explique Kailash Ruhee. Le secrétaire général de la Chambre d’Agriculture est moins enthousiaste. « Trop niche » comme produit.

Utopique de concrétiser ces projets maintenant

À côté de ces produits assez conventionnels. D’autres productions pourraient naître. « Les solvants issus des distilleries d’éthanol et l’energie de la bagasse permettront la fabrication de bio-plastique et de produits pharmaceutiques », s’enthousiasme Jean Claude Autrey. Les outils de biotechnologie, dont le génie génétique, feront avancer ces projets. Ils pourraient d’ailleurs être mis en oeuvre vers 2010 ou 2 012.

Concrétiser tous ces projets semble toutefois utopique pour l’heure. Car rien ne se fera sans les moyens financiers appropriés et une recherche adaptée. Sans oublier une volonté commune de l’État et du secteur privé de se lancer dans une vraie réforme en profondeur de l’industrie du sucre.

Le Sugar Sector Strategic Plan (SSSP) suit son chemin, à petit pas. Mais les développements notables sont intervenus presque exclusivement dans l’amélioration de la productivité des usines et la compression du personnel. Plus grave encore, certains dossiers stagnent.

Le rapport de la Task Force sur les produits de la canne dort quelque part dans un tiroir du ministère de l’Agriculture depuis mars 2003. Occupé à d’autres tâches, le ministre Nando Bodha, semble l’avoir oublié.

Autre turpitude ou volonté de trop faire. Les investissements massifs – Rs 360 millions – dans un centre de biotechnologie. « Je trouve cela aberrant qu’on mette en place un centre de biotechnologie quand le MSIRI a déjà un centre de ce type que tout le monde considère comme ayant un potentiel certain », questionne Kailash Ruhee.

Encore une mauvaise idée. Le feu vert donné au projet de centrale thermique de St Aubin, fonctionnant uniquement au charbon. On dit une chose dans le SSSP : « générer le plus d’énergie possible à partir de sources renouvelables, en particulier la bagasse », mais on fait le contraire. « La prochaine centrale thermique aurait dû utiliser exclusivement de la bagasse », pense le secrétaire général de la Chambre d’Agriculture.

À côté d’un gouvernement par moment mal appliqué sur les idées concrètes de diversification, on trouve un secteur sucrier très préoccupé par la question d’une éventuelle compensation que l’UE distribuerait aux producteurs de sucre lésés des pays d’Afrique, Caraïbes et Pacifique (ACP). Ce secteur omet d’accorder l’importance et le lobbying qu’il se doit à l’obtention d’une aide maximale à la restructuration et à repenser l’industrie de la canne à Maurice.

La réforme proposée par l’Union européenne prévoit des programmes d’aide, avec des financements du Fonds européen de développement, pour permettre « d’améliorer la qualité et la productivité des secteurs sucriers et aider à la diversification, dans les cas où l’amélioration de la compétitivité n’est pas possible ». Maurice a énormément besoin de financement pour traduire tous ces projets de biomasse et de co-génération en réalité.

Ils permettront d’abord à la recherche de trouver les moyens de mieux adapter les technologies les plus intéressantes au contexte local. Mais l’évolution passe également par des alliances stratégiques.

« On doit multiplier les partenariats stratégiques qui nous permettront de nous associer à ceux qui maîtrisent soit la technologie ou alors les filières pour faire connaître et commercialiser les produits que nous fabriquerons à partir de notre industrie de la canne », augure Kailash Ruhee.

C’est valable pour le marketing et la vente d’un nouveau rhum agricole que Maurice pourrait lancer, comme pour les produits pharmaceutiques qui pourraient sortir demain des usines mauriciennes. Les partenaires sont même déjà identifiés dans certains cas. « Depuis 1998, nous avons pris contact avec la firme Metabolix, aux États Unis, pour la production de plastique biodégradable qui peut être entrepris par un transfert de technologie dès qu’on le jugera nécessaire », explique le directeur du MSIRI qui préside également le comité de recherche sur le sucre des pays ACP.

Donner de la valeur ajoutée

Et le sucre dans tout cela ? Et bien, il ne disparaît pas de l’histoire. Car il serait irrationnel de cesser la production de sucre tant que l’apport conjugué de quotas garantis, de prix préférentiels et de coûts de production contrôlés permettent encore au secteur d’être compétitif à l’exportation. « Il faut lui donner de la valeur ajoutée », pensent Kailash Ruhee et Jean Claude Autrey. L’exportation de sucres spéciaux, organiques ou biologiques, est plus rémunératrice; cette production pourrait donc prendre de l’essor.

Prenons donc un horizon pas si lointain, disons 2020, pour savoir ce que pourrait alors ce secteur . La canne sera cultivée sur une plus petite superficie totalement épierrée et mécanisée, aux endroits les plus propices et les plus productifs. Les espaces libérés étant dédiés à d’autres cultures : horticole, plantes médicinales, huiles essentielles, production mixte de cerfs et d’autres plantations, comme le palmier, sur les mêmes espaces.

L’imprévisibilité ambiante et la conjoncture internationale complexe dissuadent Jean Noël Humbert de faire des prévisions. Alors que d’autres prédisent l’avènement d’une « industrie biotechnologique viable basée sur la canne à sucre comme matière première principale ».

Toutefois pour que cette vision se traduise dans la réalité, les bonnes orientations doivent être prises dès maintenant.


De quoi sera fait « l’après-sucre » ?
On dispose déjà de quelques réponses partielles. L’industrie sucrière a provoqué une réflexion qui porterait déjà ses fruits. Certains investiseurs se sont engagés dans la voie de la diversification. Deux entreprises ont ouvert la voie. Alcodis Limitée est engagée dans la production d’éthanol à partir de la mélasse. La Centrale Thermique de Belle-Vue (CTBV) produit, elle, de l’énergie à partir de la bagasse. Les deux sous-produits de la canne – mélasse et bagasse – sont incontournables dans la stratégie de diversification.

Alcodis, en association avec un des leaders mondiaux dans le domaine, Alco Group, s’est lancée dans la production d’éthanol. Cette alliance stratégique permettra la création de nouveaux emplois et l’utilisation des sous-produits de la canne en profitant du savoir faire et des capitaux étrangers.

« Nous exportons déjà notre production d’éthanol sur le marché européen. Nous pourrons produire plus de 30 millions de litres annuellement quand nous serons à plein rendement. D’autre part, si nous utilisons toute la production locale de mélasse, les revenus pourraient être de l’ordre de 225 millions et même davantage », affirme Roland Maurel Jr, un des directeurs d’Alcodis.

L’éthanol est utilisé comme solvant dans le secteur industriel et a de multiples applications, notamment dans la production de peinture, d’adhésifs, de médicaments, de cosmétiques et de parfums. Mélangé à l’essence, dans des proportions variant de 5 à 30 %, l’éthanol peut aussi être utilisé comme effective booster pour les automobiles. Ce mélange pourrait permettre des réductions importantes dans nos importations d’essence. Une économie intéréssante sur la facture des produits pétroliers pour le pays.

Après distillation de l’éthanol, notent les promoteurs d’Alcodis, il restera les sous-produits tels que les fertilisants ou les aliments pour bétail. Somme toute, l’éthanol est un produit capable de générer des revenus importants pour notre économie.

L’autre projet qui revêt un caractère particulier dans le cadre de la diversification est la Centrale Thermique de Belle-Vue. L’utilisation de la bagasse à des fins de production énergétique fait partie du plan stratégique de l’industrie sucrière. Celle-ci a fait de gros investissements pour pouvoir utiliser la bagasse de manière plus efficiente et pour produire de l’énergie à un moindre coût.

La bagasse, « combustible vert » permet à la CTBV de générer toute l’énergie nécessaire au fonctionnement de la sucrerie de Belle Vue. Le surplus d’électricité est vendu au CEB. La centrale thermique mise pleinement sur la valeur économique de ce sous-produit.

Même les cendres de la bagasse peuvent être utilisées. Dans les champs, elles font office de fertilisants « propres » en raison de leur teneur en potassium, calcium et magnésium.

La construction de centrales à combustion mixte bagasse-charbon fait partie de la politique annoncée par les autorités. Celle de Belle-Vue produit plus de 20 % de l’électricité consommée à Maurice. Cette centrale moderne a été conçue pour valoriser la bagasse, énergie locale et renouvelable. Cette dernière présente en outre deux avantages majeurs : elle réduit la dépendance énergétique du pays à partir de combustibles importés et aide à préserver l’environnement.

L’industrie en chiffres

– La Chambre d’Agriculture estime la production sucrière à 590 000 tonnes cette année.

– La superficie de terres sous culture de cannes à sucre en 2003, est estimée à 74 117 hectares. Les planteurs-usiniers en cultivent 42 % ; les planteurs exploitant une superficie moyenne en occupent 57 % et les petits planteurs 1 %.

– Le rendement de cannes pourrait atteindre 77,5 tonnes à l’hectare en 2004. Ce chiffre est supérieur à la moyenne des dix dernières années, qui était de 71,1 tonnes.

– Le taux d’extraction devrait être supérieur à la moyenne qui est de 10,66 %. Ce chiffre est basé sur la richesse de la canne, sensiblement supérieure à celle obtenue l’an dernier à pareille époque.

– Il faut en moyenne 9,4 tonnes de cannes pour produire une tonne de sucre. C’est un des meilleurs taux d’extraction de sucre au monde.

– On obtient en moyenne 7,6 tonnes de sucre par hectare de cannes cultivées.

– Les Mauriciens consomment en moyenne 40 tonnes de sucre par an et il est… importé de l’Afrique du Sud et de la Thaïlande.

– En 2003, Maurice a exporté 98 % de sa production – totalisant 508 733 tonnes – sur le marché européen. Parmi, 22 100 tonnes ont été vendues au Portugal et à la Grande-Bretagne sous le Special Preferential Sugar Agreement. La Grande-Bretagne demeure notre principal acheteur avec 85 % des exportations, suivie du Portugal avec 18 000 tonnes.

– à mars 2003, l’industrie sucrière employait 12 499 hommes et 3 041 femmes, au total 15 540 personnes.

– Le prix du sucre brut exporté est de Rs 15 200 la tonne actuellement. Avec la baisse annoncée, le prix pourrait atteindre Rs 12 000 la tonne l’an prochain et se chiffrer à Rs 10 000 la tonne en 2007.

– 800 arpents de terre ont été offerts aux anciens employés de l’industrie sucrière souhaitant bénéficier du plan de retraite volontaire (VRS).

– Le montant de la dette de l’industrie sucrière est estimé à Rs 5,5 milliards.

publié le 18 juillet 2004


Le mirage mozambicain ?

Paul Bérenger a pris l’habitude de bien nous vendre ses visites à l’étranger. Celle qu’il effectue au Mozambique du 26 au 30 mai n’échappe pas à la règle. A voir le communiqué de presse du bureau du Premier ministre du 21 mai, on se dit que le Mozambique va sans doute devenir un partenaire économique incontournable de Maurice.

Sauf que ce refrain, on l’entend depuis 1997, année de la signature du premier accord de coopération entre les deux pays. Les 100 000 hectares de zone économique exclusive concédées à Maurice ont permis à notre industrie sucrière de nourrir de fols espoirs de délocalisation et de lendemains meilleurs, au moment où commençait à planer une certaine incertitude sur l’avenir du sucre à Maurice. Les groupes Espitalier-Noël et Mon-Loisir qui investissaient massivement au Mozambique disaient presque y avoir trouvé un Eldorado. Sauf qu’en 2004, les 100 000 hectares concédés demeurent largement inexploités.

Alors comment faire pour transformer l’essai ? Bérenger, encore une fois, avait une solution. Et il a sorti la carte indienne de sa manche. Mais bon, il en parle depuis 2001 déjà. Et on attend toujours que les Indiens débarquent au Mozambique pour lancer cette initiative triangulaire si chère au Premier ministre. Mais l’Inde n’a porté qu’un intérêt ponctuel au Mozambique. Fait symptomatique : la question n’a même pas été soulevée par la délégation dirigée par le président Joachim Chisano à Maurice en mars 2003. La carte indienne est à usage multiple. Bérenger ressort le fameux axe Maputo-Port-Louis-Delhi. Cela devrait aider Maurice à mieux gérer la concession économique exclusive, dit-il. Mais l’Inde, déjà riche de millions de kilomètres carrés de terre cultivable, s’intéresse-t-elle vraiment aux « petites » concessions que propose le Mozambique ?

Les nouvelles quasi inexistantes sur le sujet en provenance de l’Inde sont sans doute une réponse à cette interrogation. Il ne faut pas surestimer l’importance que jouera le Mozambique dans le développement économique de Maurice. Mais certainement pas la minimiser non plus. Des entreprises mauriciennes s’y sont implantées et y prospèrent. Elles sont juste trop peu nombreuses pour fonder de trop grands espoirs dans le pays. Nous attendrons que le secteur privé mauricien se décide à occuper résolument le terrain là-bas pour nous réjouir.

publié le 23 mai 2004


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