L’opium est déjà légal à Maurice

Oublions un moment les personnes venues réclamer la légalisation du gandia ce lundi. Attardons-nous plutôt sur la place qu’a prise cette drogue, dite « douce » dans le pays.

Il ne faut plus nier l’évidence. La consommation du cannabis est une way of life quasiment mainstream à Maurice. Un temps cantonné aux marginaux, artistes et libertaires baba cools, le joint s’est démocratisé. Il se retrouve désormais ‑ et régulièrement ‑ entre les doigts d’étudiants, cadres, juristes, journalistes et même de politiques. Les consommateurs n’hésitent plus à admettre que les pétards circulent sans entrave lors des soirées desquelles ils sont tantôt les hôtes ou les invités.

Chacun a sa manière d’expliquer son attrait pour l’herbe. Les hippies reprennent naturellement la thématique peace and love et les vertus apaisantes de la plante pour justifier le besoin – voire la nécessité ‑ de vols planés. Les jeunes professionnels adeptes de la philosophie « work hard, play hard », avouent volontiers utiliser le gandia comme moyen d’oublier les folles journées au boulot. Un peu comme les yuppies sniffant leurs rails de coke en boite de nuit aux Etats-Unis ou en Europe.

Les militants de la légalisation abordent, eux, la question sous l’angle social et politique. Avec raison, ils remarquent que les auteurs de petits larcins disent voler le plus souvent pour s’acheter une dose de drogue dure. Presque jamais pour se payer un sachet d’herbe.

Le front pro-légalisation met également en avant que la surpopulation carcérale est largement due au fait que des petits consommateurs/dealers d’herbe se retrouvent en détention préventive en attendant leur procès. C’est peut être vrai dans une certaine mesure. Tout comme il est certain que dans le cas de petits consommateurs pris la main sur le pouliah par la police, celle-ci objecte rarement à leur remise en liberté sous caution.

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L’idée d’un nouvel encadrement juridique du gandia fait ainsi lentement son chemin. Elle trotte même probablement déjà dans la tête de certains décideurs politiques. C’est que l’opération peut rapporter des dividendes. D’abord en conférant une image plus progressiste au pouvoir auprès des jeunes et des libéraux. Ensuite en résolvant en partie la question de la surpopulation carcérale. Enfin en désengorgeant nos District Courts qui accueillent quotidiennement les nombreuses auditions de consommateurs/dealers poursuivis pour possession de quelques pouliahs.

Certes, il faudra ne pas froisser les conservateurs – ils sont nombreux. Pour cela, le gouvernement peut toujours jouer sur le champ juridique à sa disposition : libéralisation, légalisation ou dépénalisation. En sachant que la dépénalisation peut ne pas dire son nom…en prenant, par exemple,  la forme d’une discrète directive générale donnée à la police de ne pas arrêter les consommateurs de gandia et/ou renoncer à transmettre certains types de dossiers au bureau du Directeur des Poursuites Publiques.

C’est aidé par ce même type de contexte que le mouvement pour la légalisation du cannabis aux Etats Unis compte mener une grande offensive en 2014. Presque 15 ans après le tristement célèbre concert organisé par le défunt mouvement républicain en faveur de la dépénalisation du gandia, le pays est peut-être prêt pour un débat dépassionné et éclairé sur la question.

Pour cela, il faudra toutefois éviter de trainer une autre drogue dans le débat : l’opium. Les rastas venus manifester lundi en ont outrancièrement fait usage. En clamant qu’ils ont le droit de consommer du cannabis au nom de leurs croyances religieuses. Marx avait raison, la religion est l’opium du peuple. A Maurice cet opium est non seulement légalisé, il fait aussi des ravages. Car ses effluves polluent tous les débats.

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4 responses to “L’opium est déjà légal à Maurice

  • Lorraine lagesse

    Bonjour si vous lisez nos anciens almanach en 18….vous verrez que nous faisons une grosse importation d opium. déja tout préparé, .sans doute pr des raisons pharmaceutique..ou pour alimenter nos fumeries, trés prisées a cette époque…mais ceci etait alors légale…non les fumeries ,, mais le commerce de cette douce drogue, chers a nos poétes disparus……cordialement LL.

  • Natanoj

    Les gens commencent à réaliser que les effets diaboliques imputés au cannabis ne sont pour la plupart que fabulations. Un simple raisonnement permet de se rendre compte qu’une drogue qui ne tue pas, qui ne provoque pas de violences, qui possède d’incroyables vertues médicinales (contre le cancer notamment), qui pourrait booster l’économie, n’a pas sa place dans la liste des produits illégaux.
    La légalisation, j’en suis certain, ferait reculer la consommation de drogues dures, et permettrait de contrôler l’âge des consommateurs et la quantité qu’ils consomment. Les taxes feraient gagner beaucoup d’argent à l’Etat, des emplois seraient créés. Surtout, le gouvernement (et les contribuables) économisera l’argent qu’il injecte année après année dans ce gouffre financier qu’est la guerre contre la drogue. Soyons réalistes, une société sans drogues n’existe pas. Choisir le moindre des maux est ici une nécessité.
    La prohibition est en recul dans de nombreux pays, déjà. A Maurice, malgré le fait que le cannabis soit toujours classé comme drogue dure au même titre que l’héroïne ou le brown, et que les peines d’emprisonnement prévues pour simple possession peuvent atteindre 20 ans (20 ANS!), plus personne ne va en prison pour avoir acheté ou fumé du gandia. Dans le journal, l’autre jour, je lisais qu’un policier trouvé coupable d’avoir planté du gandia dans sa salle de bain n’avait écopé que d’une amende (salée tout de même). Il y a 15 ans, il aurait été condamné à trente ans de prison.
    Qu’on le veuille ou non, le cannabis sera légal dans une majorité de pays avant la fin de ce siècle. A nos politiciens de décider de quel côté de l’Histoire ils seront.

  • RG

    Superbe référence à Marx, je pense que peu de gens verront la subtilité de ce dernier paragraphe. Superbe car il aborde la question de l’utilisation d’arguments théologiques dans les débats sociologiques et politiques. Très osé de donner raison à Marx dans une société ou nos croyances religieuse peuvent être un facteur déterminant de notre succès politique. A Maurice, il vaut mieux aimer l’opium, faire semblant ou le flatter.
    Merci pour la qualité de votre article Rabin, un bonheur comparé à la médiocrité du « matinal » qui est très (trop) présent sur les réseaux sociaux.
    RG

  • Rabin

    Merci RG. En effet, à Maurice faut aimer l’opium! 🙂
    Sinon, j’ai cofondé depuis le 1er janvier le site d’information http://www.ionnews.mu Je vous invite à le découvrir.

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