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Et si ?

L’avertissement est sans équivoque. Si 2009 a été une mauvaise année pour le tourisme, 2010 pourrait être pire ! En ce milieu d’année, l’optimisme n’est pas le sentiment ambiant parmi les membres de l’Association des hôteliers et restaurateurs de l’île Maurice (Ahrim).

Face à ce discours alarmiste, nous pouvons d’abord choisir de ne pas être dupes. La récente annonce d’un Tourism and Hotel Investment Trust a probablement donné des sueurs froides à quelques grands patrons du secteur. La confession de l’Ahrim apparaît, du coup, opportune. Décodé, le message dit donc: « Chers Navin et Pravind nous sommes dans une passe difficile. Il nous faut d’abord surmonter les deux années à venir. Ensuite, nous discuterons de l’ouverture de notre capital. » Il n’est pas dit que le Premier ministre et son ministre des Finances apprécient le message ! A moins que…

Cela nous amène à la deuxième lecture possible de la confession de l’Ahrim : et si le tourisme se trouvait effectivement dans une mauvaise passe ? Dans cette conjoncture, ce secteur doit-il continuer à réciter le même mantra ? En se disant qu’il suffi t de rester dans le haut de gamme, conserver son assise sur ses marchés traditionnels tout en ciblant ceux — émergents — d’Asie et d’Europe de l’Est pour réussir.

Et si nous avions tout faux ? Et si notre stratégie de croissance par le nombre (deux millions de touristes en 2015) était fondamentalement mal inspirée ? La crise qui secoue en ce moment la zone euro, notre principal marché touristique, est une sorte de « wake up call ». Allons-nous l’écouter et saisir l’opportunité qui se présente ? Pour faire quoi ?

D’abord freiner notre élan ! En décidant de ne plus laisser construire de nouvel hôtel dans le pays. Puis décider courageusement et collectivement que durant les années à venir, l’objectif maximal d’arrivées touristiques s’établira à un million. Pour ensuite profiter de ce temps d’arrêt afin d’évaluer concrètement l’effet social, économique et écologique de l’industrie touristique.

Depuis 30 ans, l’industrie touristique n’a été obsédée que par la croissance du nombre d’arrivées. Il faut maintenant évaluer concrètement quels dégâts ont été causés à notre environnement — certains lagons comme Grand-Baie sont morts — en raison de l’activité touristique. Mais aussi identifier clairement les fléaux sociaux et les précarités (notamment économiques) que l’industrie a pu générer. Déterminer pourquoi et comment des poches de pauvreté et de délinquance perdurent. Parfois à quelques centaines de mètres de nos plus grands palaces.

L’urgence absolue : agir. « MIDifier » le tourisme en le rendant totalement compatible avec le concept Maurice île Durable (MID). Pour cela, il faut élaborer un grand plan national pour atténuer l’impact environnemental de l’industrie. En protégeant nos côtes ici, gérant mieux les ressources en eau là et révolutionnant le mode de génération et de consommation d’énergie ailleurs.

Parallèlement l’industrie doit inaugurer une nouvelle ère dans ses relations avec ses employés et ses voisins. D’abord, en redoublant de rigueur dans la formation de TOUS ses employés. Leur permettant ainsi d’exceller dans leurs domaines respectifs et assurer leur avancement professionnel. L’industrie doit en même temps cesser la relation paternaliste qu’elle entretient avec son voisinage. Les faits semblent démontrer que l’accompagnement simpliste consistant à financer des projets communautaires ça et là ne marche pas. L’industrie doit désormais s’impliquer efficacement à travers des programmes de sous-traitance ou d’accompagnement social en adéquation avec les réalités locales.

Récapitulons les caractéristiques de ce tourisme « MIDifié ». Il assure un taux de remplissage convenable pour les hôtels et bungalows existants. Il exerce peu – et même de moins en moins — de pression sur l’environnement. Il permet à ceux travaillant dans l’industrie mais aussi à ceux vivant à côté des établissements hôteliers de profiter pleinement de cette activité.

Valeur du jour, les touristes venant à Maurice apprécient seulement une vitrine. Et ignorent souvent tout des effets négatifs de l’industrie. Il faut imaginer un autre scénario. Celui où le touriste sait qu’il n’est pas seulement un chiffre dans le nombre des arrivées. Celui où les euros qu’il dépense profitent aussi bien à l’ébéniste du coin qu’au délinquant repenti vivant 2 km plus loin. Il faut imaginer le scénario où le touriste n’aura eu aucun impact vraiment négatif sur l’environnement du pays entre le moment où il est arrivé puis reparti.

Ce serait en soi une extraordinaire « expérience » à faire vivre à un touriste que de le rendre conscient que son séjour dans le pays a été effectué tout en préservant un équilibre social, économique et écologique. Ce serait un bien beau label. Tout à fait vendable. Pour qu’on arrive à cela, il faudrait toutefois que l’on stoppe la machine. Est-on seulement prêt à le faire ?

D’autres commentaires sur cet édito

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Actes manqués

Courageux et honnête. Ce sont les deux qualificatifs qui nous sont venus à l’esprit après l’annonce de Paul Bérenger de dimanche dernier. Le leader mauve briguera le poste de Premier ministre aux prochaines élections générales. Voilà qui clarifie la position du MMM tout en crédibilisant le parti et son leadership.

Mais la peur primale de Bérenger est puissante et manifestement incontrôlable. Aussi, s’est- il cru obligé d’affirmer qu’après deux ou trois ans, un autre « camarade » reprendra le poste de Premier ministre. La précision n’est pas innocente.

Bérenger spécifie qu’un autre Premier ministre, susceptible de rassurer la composante majoritaire du pays, le remplacera bien assez vite. C’est une posture de poltron ! A part Navin Ramgoolam et Bérenger, aucun autre leader politique en exercice ne peut prétendre avoir la carrure et la carrière nécessaires pour diriger un gouvernement.

Au moment où Paul Bérenger livre – de toute évidence – sa dernière grande bataille électorale, il choisit encore une fois de biaiser. De ne pas assumer sa position de chef, ses origines, et sa riche carrière politique. Dans le passé, il avait eu recours à des « paravents » pour mieux passer auprés d’une section de l’électorat. Cette fois, il s’affuble de « pararrière. » C’est lamentable…

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Le mirage Maurice Ile Durable ( MID) disparaît- il ? Peut- être. Le ministre des Finances, dans l’entretien qu’il nous avait accordé en début de mois, expliquait que le projet MID était loin d’être mort. Tout en précisant qu’il faut « put our money where our mouth is » . Mais à la lecture de son budget, on se pose des questions. Petit comparatif : MID tenait sur 32 paragraphes dans le budget 2008- 2009.

Par contre, l’essentiel des mesures qui sont dans le budget du 22 mai tient en six paragraphes ! Le gouvernement rétorquera qu’on est en bonne voie. Qu’un million d’ampoules basse- consommation et 14 000 chauffe- eau solaires équipent les ménages. Mais ce serait prétendre remplir une piscine olympique à coup de pelletées de cuillères à café d’eau ! L’essentiel des nouvelles mesures d’accompagnement liées au MID est superficiel. Le fonds n’a pas besoin d’argent. Les bailleurs de fonds se bousculent pour financer les projets et l’assistance technique ! Il s’agit plutôt de mettre de l’ordre dans les structures.

De doter le « MID Fund » d’un bras armé institutionnel. Encadré par une loi lui permettant, enfin, de sortir du bourbier administrativo- juridique dans lequel il s’enfonce. Il faut s’atteler à sauver le mirage du naufrage…

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Il n’y a pas que l’environnement qui a été oublié dans le budget. Mais aussi Rodrigues. Il y a trois ans, le slogan « Tourisme, moteur de la croissance du pays » était soufflé à l’oreille du Premier ministre. Toutefois, on semble oublier que le tourisme est également devenu le principal moteur de la croissance à Rodrigues. Pour occulter les spécificités de l’île, on cède volontiers à la facilité de la cantonner à son état de 10e district. Noyant ainsi sa mauvaise note dans la moyenne – plutôt bonne – de l’économie nationale.

Or, un séjour à Rodrigues suffit à nous faire réaliser à quel point l’effet de ruissellement du tourisme y est puissant. Les visiteurs fréquentent les hôtels, chambres d’hôtes et restaurants du pays. Achètent l’artisanat et les produits du terroir. Faisant ainsi vivre pêcheurs, artisans, hôteliers, restaurateurs et agriculteurs. Or, le touriste se fait rare. Un billet d’avion à Rs 8 000 a fait fuir l’essentiel des vacanciers, majoritairement mauriciens. Le budget du 22 mai rate le coche par une mauvaise allocation des ressources.

En pratique, le seul moyen de revigorer l’économie rodriguaise est de lui assurer un afflux plus important de touristes. La seule mesure du budget en ce sens– la suspension de la « travel tax » – n’abaisse le billet Maurice- Rodrigues que de quelques centaines de roupies. Ce n’est pas cela qui risque de ravigoter un tourisme rodriguais comateux.

Il faut faire baisser substantiellement le prix des billets. Soit en réinstaurant la compétition dans les dessertes vers Rodrigues à partir de Maurice et de la Réunion. A défaut, en aidant financièrement « Air Mauritius » à subventionner temporairement le coût de son billet d’avion vers Rodrigues.

Si rien n’est fait, nous suggérons un nouveau slogan. « Le tourisme, pourvoyeur de catastrophe économique à Rodrigues » !


Consternant

Le débat aurait sans doute pu être encore plus intéressant. Mais voila, discuter pour faire la part des choses entre perception et réalité de l’insécurité dans le pays…ce n’est pas si facile. Voila donc une autre discussion qui part complètement en vrille!

Je commence vraiment à me convaincre que les Mauriciens, par je ne sais quel mutation culturelle ou génétique, ont développé une inaptitude à débattre sereinement. Sans s’invectiver, se traiter de raciste ou d’autres noms d’oiseaux.

Consternant!


Le tourisme est-il immunisé ?

Cela s’est passé il y a trois semaines. Lors d’une rencontre entre les responsables de l’industrie du tourisme et de leur ministère de tutelle. Et l’une des conclusions à laquelle on est arrivé lors de cette réunion a fait vaciller plus d’un. La croissance touristique pour 2008 sera tout au plus de 4 %. Peut-être même de 2 % ! On est bien loin des 15,1 % de 2007 qui faisaient bomber le torse au gouvernement en début d’année. Une croissance qui tombe à 2 %, c’est du jamais vu depuis près d’une vingtaine d’années. Mise à part 2001, l’année noire durant laquelle les attentats du 11 Septembre avaient tétanisé le marché touristique mondial pendant des mois.
Pourquoi une croissance aussi faible ? On pourrait croire que les effets de la crise financière américano-européenne se font déjà ressentir sur notre tourisme. Pas vraiment. Car la haute saison de novembre-décembre prochain s’annonce faste pour nos hôtels, qui vont encore une fois afficher des taux d’occupation confortables.
Deux raisons expliquent la performance plus modeste de cette année. D’abord, la croissance de 2007 était quelque part « faussée ». Car après l’année marquée par la crise du Chikungunya, le tourisme local ne pouvait que rebondir. Passer de seulement 3,6 % à 15,1 % de croissance en un an était une performance finalement prévisible. D’une part nos marchés traditionnels – initialement paniqués ont eu la perception que l’épidémie du « Chik » a été maîtrisée et même éradiquée ici. L’énorme effort marketing du tourisme mauricien a fait le reste du boulot.On ne peut prétendre profiter de la même conjoncture en 2008.
Les efforts marketing combinés de l’industrie, du transporteur national et de la « Mauritius Tourism Promotion Authority » (MTPA) n’ont eu finalement qu’une efficacité moyenne sur nos marchés traditionnels européens. Et un succès un peu plus encourageant sur les nouveaux marchés porteurs. Dont ceux de l’ancien bloc de l’Est et des pays émergents d’Asie.

Cette conjoncture mondiale de 2008 – qui n’est ni vraiment défavorable et non plus spécialement propice à notre tourisme – nous donne finalement une unité de mesure de la performance de notre industrie. Voyons les chiffres. Depuis dix ans, le tourisme a enregistré des taux de croissance en deçà de 6 %. Seule exception, l’année 2000 durant laquelle de gros moyens déployés sur la promotion de la destination – par tous les acteurs – avaient produit une croissance de 13,6 %.
Que peut-on retirer de ces chiffres ? D’abord que le rythme de croissance normal de notre tourisme est en fait de 3-4 % depuis dix ans. Ceci dit, il faut maintenant s’inquiéter des effets de la crise financière et de la récession en Amérique et en Europe, notre principal marché touristique. Les consommateurs européens vont dépenser moins en 2009. Donc moins voyager. L’impact de cette mutation n’est pas clairement quantifiable pour l’heure. Mais nous pouvons penser que si l’industrie locale et la MTPA ne réagissent pas vigoureusement, nous avons toutes les chances de connaître une croissance touristique proche du zéro en 2009. Qui sait…peut-être même négative !
Que faire ? Les réponses sont déjà connues. Les assises du tourisme organisées en février 2006 avaient déjà balisé le terrain. Marketing tous azimut sur nos marchés traditionnels et émergents. Diversification de l’offre notamment à travers le tourisme vert et culturel. Recours aux petits hôteliers et tables d’hôtes pour un tourisme moins « industriel », ainsi qu’une meilleure synergie entre les différents acteurs du secteur. Il faut pouvoir faire tout cela et bien durant l’année à venir.
Il ne suffit pas de dire que Maurice « est un monde loin du monde » où l’on vient vivre une « expérience inoubliable ». Quand le prix du billet d’avion explose, quand le moral des ménages européens est chaque jour un peu plus en berne, il faut redoubler d’effort et de moyens financiers pour convaincre ceux qui pourraient être tentés par le Maroc ou les Baléares, pour une centaine d’euros de moins. C’est en 2009 que nous saurons si notre industrie du tourisme est aussi résiliente et dynamique qu’on le prétend depuis quelques années…

publié le 5 octobre 2008

note: pour ceux qui s’intéressent aux statistiques

http://www.gov.mu/portal/goc/cso/indicate_1.htm
http://www.gov.mu/portal/goc/cso/ei729/natacc.pdf


Petits métiers d’avenir

Anahita et d’autres promoteurs d’« Integrated Resorts Schemes » bien intentionnés auront beau lancer des « Centres d’excellence » à travers l’île. L’« Empower-ment Programme » aura beau s’ingénier à trouver les meilleures formules de reconversion possibles pour des ouvriers peu qualifiés. Mille caravanes de l’entrepreneuriat pourront sillonner l’île. Mais les résultats escomptés ne seront pas au rendez-vous. Ils resteront mitigés. À moins que l’on ne se décide à travailler collectivement pour corriger nos faiblesses.

Le premier handicap à surmonter est le manque d’inventivité et de flair du Mauricien. Quand il est salarié, il rechi-gne à changer radicalement de secteur. Ou à se former pour gagner davantage. Quand il se rêve entrepreneur, le Mau-ricien joue avant tout aux opportunistes. Ne saisissant alors sa chance que si elle lui est mise sous le nez. Sinon, il se contente de copier la recette du voisin. Qui lui-même a été vaguement inspiré par une autre personne qui lui a juré qu’il y a de l’avenir dans la culture hydroponique, les confitures, la confection d’objets artisanaux basiques ou « enn ti baz minn ».

Malheureusement, presque tout le monde s’évertue à passer à côté d’une manne méconnue – donc forcément encore largement inexploitée à Maurice. Celle des métiers de services aux personnes. Qui n’obligent pas les potentiels entrepreneurs à être titulaires de diplômes universitaires de haut vol en finance ou en informatique. Mais qui nécessitent, en revanche, qu’ils aient une vision claire de services qui seront demandés dans le pays.

Les conclusions d’un récent rapport du Centre d’analyse stratégique du ministère du Travail français sont, à bien des égards, très instructives et transposables au contexte local. Ce document de prospective sur « Les métiers en 2015 » établit que les emplois du secteur des services à la personne vont connaître une croissance exponentielle.

À Maurice, deux facteurs concomitants aideront à stimuler la demande dans ce secteur. Le phénomène du vieillissement de la population est bien réel. Selon les statistiques officielles, 20 % des Maur-iciens étaient âgés de plus de 50 ans en juillet 2006. Ce pourcentage croîtra d’année en année. Ce qui laisse présager une plus forte demande pour les métiers liés au bien-être et à l’encadrement des seniors de notre pays.

Certes, avec de faibles revenus mensuels, peu de retraités vivant seuls pourront se permettre d’avoir recours aux services de personnes qui les aideront dans certaines tâches quotidiennes, ou qui viendront, par exemple, contrôler leur prise de médicaments ou faire des relevés basiques de température ou de tension artérielle. Mais une classe de retraités « can spend » existe et croîtra. C’est un marché niche de quelques milliers de personnes. Qui demanderont néanmoins à bénéficier de services personnalisés, et qui paieront pour…

Avec l’implantation des IRS et des arrivées touristiques qui flirteront avec les deux millions d’ici dix ans, une nouvelle catégorie de clients intéressera le secteur de services aux personnes. Les nouveaux résidents permanents du pays, ces « High Networth Individuals », seront de gros demandeurs de services à domicile.

Et pourvu qu’on satisfasse leurs exigences et autres critères de qualité, ils seront également prêts à débourser ce qu’il faut pour rémunérer leurs prestataires de services. La palette de métiers et de micro créneaux envisageables est infinie. On peut penser aux coupes et soins esthétiques et corporels à domicile. Aux coachs personnels de yoga, taï chi, « reiki », méditation ou de fitness. À une activité de jardinier paysagiste, de toiletteur pour chiens, ou encore de nettoyeur de piscine. Il suffit de réfléchir et d’imaginer à tout ce dont un couple avec ou sans enfants, un homme d’affaires vivant seul, ou une personne âgée peuvent avoir comme besoins pour trouver des possibilités de métiers ou de création d’entreprise spécialisée dans la prestation d’un service.

Les opportunités sont là. Il s’agit de les identifier. Et de bien s’organiser pour les exploiter. Chacun a le choix. Soit on ne se sent pas l’âme d’un entrepreneur, et dans ce cas, moyennant une formation ou un perfectionnement dans le domaine choisi, on peut espérer devenir salarié d’une entreprise prestataire de service. On peut aussi avoir l’âme d’un fonceur. Concevoir un projet, lancer son entreprise, seul ou avec des associés. Puis acheter le matériel nécessaire, de coupe, de taille, de soins pour exercer son nouveau métier. Au besoin, recruter des salariés. Le cercle vertueux est enclenché.

Mais il ne faut pas néanmoins perdre de vue certains impératifs. Fournir un mauvais service ou à un mauvais rapport qualité prix, c’est déjà garantir en partie l’échec de son entreprise. C’est pourquoi le secteur demandera à être réglementé efficacement. Avec l’exigence d’un haut niveau de qualité et de sérieux de ses prestataires.

Pour cela, la mise en place de certaines structures est cruciale. Le gouvernement doit cesser de repousser la création des Chambres des métiers sine die. Un secteur peu réglementé attirera sans doute une flopée de « braconniers » qui ne chercheront qu’à plumer des clients crédules. Il faut que des Guildes se mettent en place rapidement pour assurer une formation et un niveau de qualité adéquats pour les prestataires de services. Les Chambres des métiers devront également participer à une politique de validation des acquis et d’accréditation qui permettra aux prestataires et à leurs salariés de bénéficier de labels de qualité ou de diplômes garants de leur sérieux et de leur professionnalisme.

Aujourd’hui, comme hier, ce ne sont pas les opportunités qui font défaut. Il nous manque seulement des entrepreneurs innovants…

publié le 10 juin 2007


Deux millions d’idiots

«Une expérience inoubliable. » Voilà ce que promettent notre office du tourisme et les agences de voyages étrangères aux touristes qui souhaitent visiter l’île Maurice. Quoi qu’on en dise toutefois, le pays est et demeurera pendant longtemps encore une destination « sea, sun and sand » (SSS). À moins que… l’expérience cesse de n’être qu’inoubliable pour devenir également unique.

Sur le terrain de l’exclusivité en matière de SSS, nous sommes battus. Allez dire à un habitant de Praslin, des Bermudes ou de Cuba que Maurice abrite les plus belles plages du monde – une croyance mauricienne trop répandue – ils vous riront au nez ! Maurice ne se différencie pour l’heure que grâce à un secteur hôtelier dont les fleurons agissent en véritables ambassadeurs de l’hospitalité et du sens de l’accueil des Mauriciens. Si les touristes reviennent, c’est avant tout parce que, en plus des plages, l’accueil des Mauriciens leur a plu. On devrait plutôt préciser l’accueil dans les hôtels.

Le commentaire ne doit pas fâcher : le touriste est de plus en plus assimilé à une tirelire que l’on peut casser pour récupérer quelques sous. Celui à qui l’on fait « visiter » un mariage hindou haut en couleur moyennant paiement. Ou qui suivra du bord de la route le défilé des pèlerins de la Maha Shivaratree. Maurice cherche à paraître devant le touriste. Montrer un visage harmonieux, doux et paisible. C’est apparemment devenu un argument de vente.

Mais qu’offre Maurice dans son être, plutôt que dans le paraître ? Pas grand-chose ! Comparons notre offre à celles d’autres destinations SSS. Prenons l’Indonésie ou le Mexique. Un touriste qui visite ces pays peut avoir la chance de bronzer un jour sur les superbes plages de Bali ou de Cancun et aller visiter des temples bouddhistes millénaires ou les vestiges d’une civilisation Maya disparue le jour suivant. À Maurice, nous leur proposons de visiter le Ganga Talao, de voir quelques oiseaux ou crocos en cage. Ou d’aller se reposer dans des « spa ». Et le tour est joué ? Justement, pas du tout !

La flambée du pétrole aidant, les prix des billets d’avions sont condamnés à prendre l’ascenseur. Et l’on oublie vite, qu’à part les touristes vraiment fortunés, la plupart cherche la meilleure offre en termes de qualité prix. Alors, si une plage des Baléares ou du Maroc leur offre le même accueil et les mêmes prestations pour 300 euros de moins, ils la choisiront. Le choix peut être aussi simpliste pour une grande majorité des touristes que la réalité de leur portefeuille rappelle à l’ordre.

On a beaucoup glosé sur la manière d’étoffer l’offre touristique mauricienne. Et cette semaine un cadeau nous est tombé du ciel. Ou plutôt de l’Unesco. Avec l’Aapravasi Ghat classé au Patrimoine mondial de l’humanité. Il nous faut maintenant partager ce patrimoine et dire notre fierté d’en être les gardiens en le montrant aux touristes qui nous visiteront. Voici un supplément d’âme dont le pays a besoin.

Maurice manque cruellement de symboles architecturaux, culturels ou historiques qui reflètent la profondeur de son âme. La citadelle, dont la rénovation tarde tout le temps, continue à subir les assauts du temps. Le Fort George vieillit et se désagrège. En attendant qu’un ambitieux projet hôtelier – mis en veilleuse pour l’heure – ne le réhabilite en un premier hôtel-fort de grand standing au monde.

Et avec tout ça, il va aussi falloir trouver les montreurs d’âme du pays. Pas ces chauffeurs de taxis qui emmènent les touristes là où l’on reçoit des commissions. Mais ces « heritage guides » dont parle Vijaya Teelock. Dont on attend qu’ils parlent d’âme de Maurice avec passion aux étrangers. Les invitant à venir découvrir d’autres bouts d’âmes lors d’une prochaine visite. Car celle de Maurice est dense. Mais l’on n’arrive pas à la montrer pour l’heure.

Dans dix ans, Maurice ambitionne d’accueillir 2 millions de touristes. Et non 2 millions d’idiots. Le bronzé idiot est révolu. Il faudra leur proposer notre âme et pas que nos plages…

publié le 16 juillet 2006


Charity, business…

Le montant des aides internationales publiques après le tsunami survenue en Asie a déjà dépassé les $ 4,3 milliards de dollars. Les aides privées se chiffrent aujourd’hui à plus de $ 650 millions. À Maurice, monsieur tout le monde se montre toujours aussi solidaire. Les conteners vides se remplissent vite de vivres. Ils seront bientôt expédiés vers l’Asie. Pour certains, les lendemains de fête leur ont laissé un budget serré pour compléter le mois. Cela n’arrête pas l’élan de solidarité. À coup de Rs 50, Rs 200 ou Rs 2 000 pour les plus aisés. On aide. La solidarité de la population mérite un profil haut permanent ! Mais celle des patrons le mérite-t-il ?

Les grandes entreprises, mais aussi les moyennes, brillent par leur mollesse au moment de débourser des aides pour l’Asie. Le groupe Altima a été l’une des seules grandes entreprises à promettre Rs 1 million d’aide rapidement. La Mauritius export processing zone’s association a demandé à ses membres de contribuer à un fonds de solidarité. On espère récolter un montant intéressant. Certaines entreprises textiles ont déjà envoyé des chèques de quelques milliers de roupies. Un effort louable quand on pense que certaines d’entre elles ne jouissent pas nécessairement d’une santé financière resplendissante.

Pendant que certains chefs d’entreprises réunissent leurs conseils de direction pour décider du montant qu’ils contribueront, d’autres réveillent leurs services de communication. Il faut à tout prix que tous les journaux et toutes les radios soient là quand ils remettront leur gros chèque. Qu’on sache à quel point l’entreprise est sociale. Business with a cause !

Mais on parle ici d’une cause bien trop importante. Il faut de l’argent. Peu importe le scénario utilisé pour qu’il arrive dans les fonds d’aides. Qu’une entreprise crie sa générosité sur tous les toits, on s’en moque, du moment que les aides arrivent. L’Asie en a besoin.

Messieurs les chefs d’entreprises, faites du buy one Asia, gets one ou des cérémonies de remise de chèques tape-à-l’œil. D’une manière ou d’une autre… aidez !

publié le 9 janvier 2005


Les repousse-touristes

Aurait-on découvert un nouveau sport à Maurice ? Celui qui consiste à effaroucher et à alarmer les touristes ? On pourrait le croire. Cette semaine, des pêcheurs ont choisi d’aller manifester devant un hôtel. Mais quelle lumineuse idée ! Aller déranger les touristes alors qu’on leur a justement vendu le calme et la sérénité des établissements mauri-ciens, c’est un comble !

On ne reviendra pas sur le bien-fondé des revendications des pêcheurs. Ni sur la manière dont les allocations leur ont été accordées ou pas. Et encore moins sur la façon dont les sommes données en dédommagement, quand il y en a eu, ont été dépensées par eux. Par contre, il va falloir qu’on le dise haut et fort : les pêcheurs ont été mal conseillés et mal inspirés. Ils s’en prennent au mauvais client.

Si le Voile d’Or a ouvert ses portes récemment, c’est parce que ses promoteurs ont bien voulu dépenser des centaines de millions de roupies… après avoir obtenu les autorisations néce-ssaires auprès de la collectivité locale et du gouvernement. Alors, quitte à manifester, les pêcheurs auraient tout aussi bien pu choisir le bon endroit : l’hôtel du gouvernement ou l’esplanade de leur District Council.

Les remous autour de la manif des pêcheurs est également l’occasion pour les médias de se poser des questions. Pour qu’ils ne finissent pas par devenir un autre participant au jeu du « repousse-touriste.» La tentation de répertorier, avec force détails, et longuement, les mésaventures de touristes existe. Certains y succombent, donnant l’impression que Maurice est devenue le Mexique ou la Guadeloupe de l’océan Indien.

On pourrait presque croire que des dizaines d’agressions sur les touristes sont répertoriées chaque nuit à travers l’île. C’est ce que peut penser un Français qui, préparant son prochain séjour dans l’île, visite les quelques sites Web des journaux mauriciens ou les forums qui reprennent leurs articles. Effet dissuasif garanti !

Les services de conseil aux voyageurs des pays étrangers, les guides de voyageurs, comme le Routard, tous s’appuient en partie sur les articles de presse sur la sécurité des touristes pour émettre leurs avis. Accorder une im-portance démesurée à ces agressions ou larcins, équivaut, quelque part, à se tirer une balle dans le pied.

Loin de nous l’idée de dire qu’il faut imposer le silence et cesser de parler de ces agressions. Elles ne sont pas fictives. Il est donc important, et même nécessaire, de rapporter les faits. Notamment, pour amener la police à réagir en mettant en place les moyens nécessaires pour les prévenir.

Rencontrez des touristes, et ils vous diront que la présence régulière des hommes en bleu sur les plages et leurs alentours rassure. Mais s’il y a des agressions, on peut croire que la police peut faire mieux. Tout en sachant que l’objectif zéro attaque sur touristes relève de l’utopie.

Il est donc impératif de ne pas donner l’impression que l’île Maurice est devenue une destination touristique moins sûre. Cela relève du patriotisme !

publié le 19 décembre 2004


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