Archives de Tag: FCM

Grégoire le Républicain

A peine deux ans après la création de la Fédération Créole Mauricien (FCM), l’express dimanche titrait déjà en 2009 : « Le début de la fin. » Deux ans plus tard, c’est le père Grégoire lui-même qui confi rme que cette phase est achevée. Ce qu’affirme le président de la FCM dans l’interview qu’il nous accorde, mais aussi dans l’entretien diffusé, lundi dernier, sur Radio One, c’est que la fédération, telle que nous la connaissions il y a encore deux ans… est morte. Reste la FCM nouvelle… Pour bien comprendre le chemin parcouru par Grégoire et sa fédération, il nous faut revenir sur les erreurs stratégiques les plus criantes commises par ce mouvement et ses dirigeants ces dernières années.

La fédération a perdu la sympathie de l’opinion publique à partir du moment où elle a commencé à se comporter en consoeur de la Voice of Hindu (VOH). Quelques-unes des organisations socioculturelles les plus rétrogrades du pays – VOH en tête s’appuient sur de prétendues règles non écrites pour expliquer pourquoi leurs « bann » doivent jouir d’avantages divers et variés. La FCM s’est prise au même jeu, cédant à la facilité de croire que l’égalité se conquiert à l’aide de calculs arithmétiques ou en ethnicisant outrancièrement des débats avant tout socioéconomiques et éducatifs. Premier péché capital.

La FCM n’a donc pas tardé à réclamer de manière simpliste un quota de 35 % de Créoles dans la fonction publique du pays. Tout en faussant le débat sur l’introduction du morisien à l’école. En arguant qu’étant « la langue ancestrale des Créoles », son introduction en milieu scolaire constituera une « réparation historique » pour les descendants d’esclaves. Contreproductives, ces revendications ont eu pour effet de braquer d’autres organisations « noubannistes » du pays. Mues par leur instinct de préservation, elles ont vite vu en la FCM un adversaire. En Grégoire, un ennemi. Toutefois, loin de cette querelle, le grand public se faisait une opinion : « VOH, FCM… même combat ! »

Deuxième péché capital : les accointances politiques de Grégoire. Dans son cas, le dicton local peut être réadapté : « frekant lisien gayn pis. Frekant politisien, perdi kredibilite. » La crédibilité, Grégoire l’a perdue de manière exponentielle dès qu’il a commencé à fricoter avec la politique. D’abord en agissant comme sage-femme pour accoucher du PMSD réunifié en 2009. Ensuite, en s’improvisant juge de la justesse des alliances politiques. Travaillistes/MMM : oui. MSM/travaillistes : non ! Dans la perception, Grégoire et sa suite venaient de faire de la FCM une Voice of Kreol, ils entreprenaient maintenant d’en faire une succursale de partis politiques.

Là encore, l’incapacité de la FCM à tenir une ligne claire et constante vis-à-vis du monde politique a amené de nombreux observateurs à lui attribuer un agenda politique occulte. En effet, après avoir souhaité un rapprochement MMM/travaillistes, l’abbé a invité ses sympathisants à « vot ar leker » à quelques jours des élections. Avec le recul, Grégoire explique n’avoir pas pris la mesure de l’interprétation (de consigne de vote) qui allait être donnée à cette phrase.

Dans les faits, il y a eu une deuxième interprétation. Celle voulant que Grégoire et sa FCM avaient joué et perdu. Incapables d’obtenir les avantages et postes convoités pour ses membres auprès du pouvoir, le président avait alors revêtu les habits de l’empêcheur de gagner en rond. Grégoire semble désormais pleinement conscient de toutes ces turpitudes. Oublié le registre revendicatif, il parle maintenant d’empowerment et de la prise de responsabilité de ceux qui s’estiment victimes du système et d’injustices historiques. Finie également l’approche voulant que le salut vienne de la communauté créole pour la communauté créole. « [Ils] ne sortiront pas de leur marasme sans l’aide des hindous, des musulmans et des Chinois », explique Grégoire.

Si la méthode a changé, les problèmes inhérents à la communauté créole n’en demeurent pas moins réels. Oui, ils sont sous-représentés dans la fonction publique. Ils sont effectivement davantage concernés par la délinquance et d’autres fléaux sociaux. Enfin, les poches de pauvreté abritent, en termes relatifs, bien plus de Créoles que de Mauriciens d’autres origines ethniques. Si les problèmes demeurent, l’approche que suggère Grégoire pour les solutionner semble avoir changé. Cela mérite d’être salué. Grégoire, le Républicain nouveau, mérite aussi de l’être.

Publicités

Vrais problèmes, mauvaises solutions

Ecœurant. C’est le seul qualificatif qui nous vient pour décrire la tournure que prend la question de l’introduction du créole à l’école. D’ailleurs, il faut dès ici prendre une précaution de langage. Notre langue nationale, dans sa version desethnicisée, s’appelle le morisien. Cette précision faite, revenons au débat sur le morisien à l’école…

Depuis juin dernier, la Fédération des créoles mauriciens (FCM) a porté un coup dur au débat. En décrétant que l’introduction du morisien à l’école se justifie par le fait que c’est « la langue ancestrale des créoles,» la FCM a commis une grave erreur. Par son positionnement, cette organisation a minimisé le caractère national de notre langue pour faire d’elle l’affaire d’une communauté d’abord. Ils en payent le prix aujourd’hui. Nos enfants le paieront demain…

Vendredi, les représentants d’une quinzaine d’organisations socioculturelles se sont ainsi prononcés sur la question. Pour eux, la vérité est expéditive. Des dirigeants de la « Voice of Hindu », la « Mauritius Sanatan Dharma Temples Federation » ou de l’Arya Sabha se sont relayés pour dire non au morisien à l’école.

Ce non monolithique démontre deux choses. D’abord, que ces associations semblent vouloir ignorer les vertus pédagogiques de l’utilisation de la langue maternelle dans les processus d’apprentissage. De nombreuses études, de l’UNESCO notamment, le démontrent. Ensuite, la posture de ces associations indiquent qu’ils n’ont rien compris à la complexité du débat. Et à la palette de possibilités qui s’y rattache. Notamment l’utilisation du morisien comme langue de support pour l’enseignement oral en classe. Ensuite, l’introduction du morisien comme médium d’enseignement. Ce qui impliquerait, par exemple, l’élaboration de manuels d’histoire et de géographie ou de trigonométrie rédigés en morisien. Enfin, troisième possibilité, l’apprentissage du morisien comme langue à part entière. Comme c’est le cas aux Seychelles, par exemple.

Mais tout indique que nous n’aurons pas le loisir de débattre de ces questions. Si Vasant Bunwaree a jusqu’ici été assez avare en propositions sur l’utilisation du morisien dans le cadre de sa réforme de l’éducation, les positionnements rétrogrades de la FCM et des Krit Manohur et Somduth Dulthumun risquent de le convaincre de se réfugier dans le mutisme le plus complet. Le contexte politique est particulier. Aucun gouvernement, même le plus courageux, ne prendrait le risque de laisser perdurer un débat qui a glissé sur le terrain ethnique au moment même où le pays s’apprête à aller aux urnes. Les possibilités de dérapages sont trop nombreuses.

Qui sont donc les gagnants ? Qui sont les perdants dans toute cette affaire ? Les grands gagnants sont tous ceux qui pensent que chaque débat national peut être abordé par le prisme ethnique. Dans la polémique autour de l’utilisation du morisien à l’école, ce sont les réflexes ataviques de certains d’entre nous qui s’en sont trouvés renforcés. Autant dire que ceux qui défendent leurs « bouts » ou qui recherchent le leur sont aujourd’hui convaincus de la justesse de leur mission.

Devant ce blocage, de nombreux membres de la FCM sont peut-être aujourd’hui persuadés de la nécessité de durcir, voire de radicaliser les revendications. Pour d’autres, il est sans doute temps de monnayer de manière ostentatoire les votes créoles pour faire avancer « leur cause » dans le pays. En face, les  Manohur et Dulthummum, sont probablement plus que jamais convaincus de leur pouvoir de persuasion auprès de nos décideurs politiques. Et vont continuer à s’ériger en gardiens d’une certaine petite bourgeoisie. Celle-là même qui considère l’éducation nationale, depuis bientôt 30 ans, comme la fabrique servant à asseoir son hégémonie dans la société mauricienne. Et dont il vaut mieux empêcher l’accès à d’autres sections de la population, jugées trop chercheuses de « bouts ».

Dans toute cette futile bataille, les premiers perdants sont nos enfants. Ceux provenant des milieux les plus défavorisés – qu’ils s’appellent Caroline, Idriss ou Satish – qui, à la rentrée prochaine, continueront à recevoir un enseignement qui ne leur sera pas entièrement accessible. Parce qu’ils seront en train d’apprendre « A for Apple, B for Ball… » sans nécessairement comprendre tout ce que leur enseigne leurs maîtres. Qui se soucie vraiment de leur sort ?

D’autres commentaires sur cet édito


La marmite « créole » en surchauffe

Début juillet l’express-dimanche titrait en couverture « FCM: le début de la fin.» Étrangement, après cet article qui annonce l’implosion de la Fédération des Créoles Mauriciens , aucun mail n’était parvenu à la rédaction. Personne n’avait appelé les journalistes ou moi en se plaignant de « FCM bashing.» Pas une seule protestation!

Et pour cause, nous pensions que nous avions bien décrit les courants internes de la FCM. Et expliqué comment, en se butant les uns contre les autres, ils allaient finir par faire chavirer le bateau de Jocelyn Grégoire. Trois mois après, démissions, prise de distance et scission imminentes semblent devenues le lot quotidien de la FCM.
n554498221_796547_4706
La sortie de Jocelyn Grégoire contre certaines personnes dans Week-End a pu paraître musclée. Pourquoi Grégoire a-t-il été aussi cassant? En bénissant la réunion de « la grande famille bleue » du PMSD, a-t-il en même temps signé un pacte de non-agression avec le gouvernement de Ramgoolam? Grégoire est-il sceptique par rapport à ce qui est reproché à la police durant l’arrestation de Jean Marie Richard? Ou alors, Grégoire est-il en train de prendre cette position afin de s’opposer à un groupe de dissidents internes à la FCM ?

J’ai ma petite idée sur la question. Mais je ne vais pas la partager avec vous pour l’heure. J’attends patiemment la grande réunion de la FCM prévue pour le 25 octobre. Tout ce que je sais, c’est qu’il va y avoir du sport!

Je vous colle le déroulé des échanges mails (entre un petit groupe de personnes) qui a débouché sur la sortie de Jocelyn Grégoire ce dimanche.

From:xxxxxxxxxxxxx
Sent: 01 October 2009 20:03
To: xxxxxxxxxxxxxx
Subject: Komite Vizilans dan Ka Jean Marie Richard

Bann Kamarad,

Permet mwa dir ki li mari inportan ki enn kominike ( angle ek kreol) sorti dan ka Jean marie Richard.

Sa kominike-la bizin anvoy li a :

Premie Minis
Komiser Polis
Human Rights Commission

Tou bann Lanbasad.

KONTENI KOMINIKE

1. Nesesite ki nou bann instision zwe plenman zot rol
2. Soutenir Konsta fer par Attorney General lor delit de facies
3. Konsta rasism anti kreol souvan dan kontak avek bann ‘public officers’
4. Sepandan, lans enn lapel o kalm ek pou ki tou morisien fer konfians tou nou bann linstitision.
5. Ki le droit ek la justice prime

xxxxxx xxxxx

From: zanmari@imagxxxxxxxxx
To:xxxxxxxxx xxxxxxxxxx xxxxxxxxxx xxxxxxxx
Subject: RE: Komite Vizilans dan Ka Jean Marie Richard
Date: Thu, 1 Oct 2009 20:13:05 +0400

CHERS AMIS UNE SENTIMENT D’INSECURITE GAGNE NOTRE COMMUNAUTE SUR TOUT DEPUIS LA LEVEE DE BOUCLIERS DES POLICIERS CONTRE L’ATTORNEY GENERAL ET LE SILENCE DE L’OPPOSITION – J’AI PRIS L’INITIATIVE DE REDIGER CE TEXTE ET AI CONTACTE LES ASSOCIATIONS CI DESSOUS POUR LEUR DEMANDER LEUR AVIS – JOCELYN EST INJOIGNABLE NE REPOND PAS AUX APPELS ET MESSAGES PLUS GRAVE IL NE S’EST PAS PRONONCE PAR RAPPORT A LA DECLARATION DE RAMA VALAYDEN ALORS QUE JE PENSE QUE CT UNE AUTOROUTE OU IL FALLAIT S’ENGAGER AVEC DIGNITE ET FERMETER ……

LES ASSOCIATIONS CI DESSOUS MEMBRES FONDATEURS DE LA FEDERATION CREOLE MAURICIEN, FCM TIENNENT A FAIRE LA DECLATION SUIVANTE :

1. NOUS PRENONS NOTE AVEC SATISFACTION DE LA DECLARATION COURAGEUSE DE L’ATTORNEY GENERAL LUNDI DERNIER.
2. CELUI CI EXPRIMAIT UN SENTIMENT DOULOUREUX GENERALEMENT RESSENTI ET VECU AU SEIN DE LA COMMUNAUTE CREOLE PAR RAPPORT A LA VIOLENCE POLICIERE, PERPETREE PAR CERTAINS ELEMENTS DE LA FORCE AU MEPRIS DES DROITS HUMAINS FONDAMENTAUX ET CONSTITUTIONNELS DE CITOYENS DE TOUTES LES COMMUNAUTES….
3. NOUS LANCONS UN APPEL AU CALME ET A LA RAISON POUR QUE LES INSTITUTIONS DU PAYS PUISSENT FONCTIONNER EN TOUTE SERENITE.
4. NOUS DEMANDONS AU PREMIER MINISTRE ET MINISTRE DE L’INTERIEUR DE PRENDRE TOUTES LES DISPOSITIONS QUI S’IMPOSENT AFIN DE RETABLIR LA CONFIANCE DE TOUS LES CITOYENS DANS LE FONCTIONNEMENT INSTITUTIONNEL DE LA JUSTICE ET DE LA FORCE POLICIERE.
5. NOUS ACCUEILLONS AVEC SATISFACTION LA MISE SUR PIED D’UNE ENQUETE A LA DEMANDE DU GOUVERNEMENT PAR LA NATIONAL HUMAN RIGHTS COMMISSION, NHRC.
6. LE GOUVERNEMENT EST ASSURE DE NOTRE SOUTIEN DANS LA VIGILANCE POUR SES EFFORTS AFIN QUE LA VERITE SOIT ETABLIE ET QUE JUSTICE SOIT FAITE…

LE 1ER OCTOBRE 2009

ASSOCIATION CREOLE PLEIN BOIS, ORGANISATION FRATERNELLE L’ESCALIER, ASSOCIATION CREOLE DE PLAINE MAGNIEN, CREOLE MOKA, MUVMAN MOBILYSATION KREOL AFRIKIN, UNION POUR LE PROGRES

From: xxxxxxxxxxxxxxx xxxxxxxxx
Sent: 02 October 2009 19:44
To: xxxxxxxxxxx xxxxxxxxx xxxxxxxxxx
Subject: RE: AMANDLA ! NGAWETHU !

Bann kamarad,

Bravo pou kominike.

Jean Marie li bon ki tomem res MAIN fighter dan sa konba-la. To mem bizin res lor front-line.

Koumsa mem bann noir fight pou zot rights dan USA. Li enn individual fight supported by the community.

Mo krwar ki Jean YVes Violette est la personne appropriee pou vinn port-parol the community on this issue.

Prosenn fwa ki to zafer pase an kour, nou tou bizin prezan.

To kontak ar bann politisien li bon. Li bon ki tomem ki demann zwenn zot. Saki refiz zwenn twa, to fer kone an piblik.

Pa blie ki Inspekter Tuyau ti trete de zako par enn politisien lopozision.

xxxxxxxx xxxxxxxxxxxxxx

From: zanmari@imaxxxx
To: xxxxxxx
Subject: RE: AMANDLA ! NGAWETHU !
Date: Fri, 2 Oct 2009 21:17:33 +0400

this email is privileged…..

Mersi xxxxxx- Li demontre ki kan ena pou fer komikasyon marse and where ther’s a will there’s a way…
Nou finn demontre ki bann responsab muvman zot konn reponn lapel –
mo tristess se ki jocelyn pa finn jiz itil reponn bann sms rel ek messaz …kominike sa bann 11 lorganisasyobn la li palier silans konplis par omission fcm ek so presidan pendan 5 zur ….
hyer mo finn attir latensyon bann kamarad lor sityasion tense ki ena dan pays mon finn anvoye zot tou y konpri jocelyn pou preske siplye li pran enn poziston pou lans enn appel a la rezon…
zordi li lev ledwa ek mwa pasrki mo finn dir li mo la pensee kare kare…
li finn reagir a nou komikike san mem pran konesans so konteni alor ki se fcm et li ki ti bizin pe pran sa pozysion la…pou fer honer nou kominote…
enn vre presidan ek enn vre lider li konn rann li disponib kan pei bizin li e non pa kre enn no mans land otur li…
jocelyn nek en tisef lakoral san okenn lanvergir… li ki prefer all beni souval ek lekiri…li opena okenn sans ni sansibilite politik o sens classik grek… li domaz me li kum sa…
li pa konn appresye konpetans ek lexpertiz ki pe met a so dispozisyon li koze kan pa bizin e kan bizin li observ silans kupab….mai la koz depass so ti personn la koz gran e nou bizin pez nene bwar delwil avant ki nou nettoye nou lentray…
bo kuraz
zm

From: xxxxxxxxx xxxxxxxxxx
Sent: 03 October 2009 09:00
To: xxxxxxxxx xxxxxxxxxxx xxxxxxxxxx
Subject: RE: AMANDLA ! NGAWETHU !

Fode pa blie anvoy kominike-la a tou lanbasad, Human Rights Commission, Amnesty, Julie Woirin, PM, Leader Lopozision,OICP, KEEPKA.

An seki konsern rol FCM ek so Prezidan, tou kamarad pe komans konpran. Pou ena lezot kiksoz ankor ki pou vinn konfirm saki to pe resanti ek to analiz dan enn lavenir pros.

Mo pena pou fer lot komanter ankor. Saki mo fin dir dan 5-plus dimans 27 septam vinn boucler la boucle.

Mem rasanbleman post- 25 oktob fode pa intimid nou .

Bizin ki bann kamarad Komite Vizilans res soude.

Konsians kreol li dan sa komite-la ek non pas aillleurs.

xxxxxxx xxxxxxxxxxx


Discours de la méthode

La Fédération des créoles mauriciens (FCM) ne tolère aucun avis discordant sur son action. Ainsi, pour elle, si l’on n’est pas un « apprivoisé » converti à la cause, on est forcément classé hostile. On est l’une de ces personnes œuvrant prétendument pour empêcher le progrès de la communauté créole. Ou pour sauvegarder l’hégémonie de la composante majoritaire de la population. Mais pour que la FCM atteigne sa vision globale d’égalité sociale – à laquelle nous souscrivons d’ailleurs – il lui faut regarder certaines réalités en face. Elle ne le fait pas. Ceci explique sa perte de vitesse. Il nous faut donc rappeler certaines choses.

Première réalité : la FCM commence à inspirer la crainte. Elle n’a pas encore la réputation de la « Voice of Hindu ». Mais il suffit d’écouter ce que beaucoup de nos concitoyens (toutes ethnies confondues) disent de la FCM pour comprendre que l’image de celle-ci est en train de basculer. La Fédération est maintenant assimilée à une organisation socioculturelle défendant les intérêts et cherchant des avantages pour « zot bann ».

C’est en grande partie la maladresse de la FCM dans la formulation de ses revendications qui suscite cette peur. Le tissu social est fragile à Maurice. Et dans un pays comme le nôtre, revendiquer des droits pour soi est un exercice délicat. Car toute demande d’un groupe est automatiquement perçue comme un empiétement sur les acquis des autres. Deux exemples illustrent ce que nous avançons. La revendication des 35 % de créoles dans la Fonction publique.Et l’apprentissage du créole à l’école au motif qu’il est « la langue ancestrale » des créoles.

Ces deux revendications ont été accueillies très tièdement. C’est compréhensible. La FCM s’est contentée de réclamer l’emploi des créoles dans la fonction publique sans suggérer concrètement les moyens d’y arriver. Ce vide a vite été comblé par les conjectures des fonctionnaires en place. « Pour pouvoir faire de la place pour eux, on me virera. Ou alors on empêchera ma fille ou mon neveu d’avoir le job au seul motif qu’il n’est pas d’une ethnie minoritaire. » Ou comment renverser l’insécurité ethnique ! La bourde a été répétée. Au lieu de justifier l’inclusion du créole à l’école par des impératifs pédagogiques, la FCM en a fait une question identitaire. En sous-entendant que le créole est d’abord le patrimoine d’une ethnie du pays. Erreur capitale qui n’a pas plu à ceux qui considèrent que le créole est la langue de tous les Mauriciens.

Deuxième réalité : la place des créoles dans le pays est avant tout une question sociologique. Ethniciser à outrance le débat – comme le fait la FCM – équivaut à fausser les réponses globales qui peuvent améliorer le sort de cette communauté. Voici les faits : les taux de délinquance, de précarité et de scolarisation sont alarmants dans la communauté créole.

Devant ce constat, on a le choix. Soit on décide de mener une politique ethnique ciblée vers cette population défavorisée. Ou alors on met en place des actions globales de lutte contre la pauvreté, d’accès à l’éducation et d’encadrement social. En sachant que ces politiques combinées iront prioritairement aux populations les plus handicapées dans ces domaines : les créoles !

Ce type d’approche permet aux pouvoirs publics de ne pas créer d’illusoires travailleurs sociaux ou spécialistes de la condition créole. Des « je-sais-tout » pouvant aussi bien coacher des parents afin qu’ils comprennent l’importance de scolariser leurs enfants. Encadrer des jeunes inactifs en leur faisant découvrir les possibilités du micro-entrepreneuriat. Ou réhabiliter des prostituées toxicomanes.Ces « jack of all trades » n’existent pas ! D’ailleurs, s’ils existaient, ils seraient « master of none ». Or, la FCM met dans un panier ethnique des problèmes sociologiques disparates en croyant les résoudre avec une approche unique. Ce raisonnement mène à l’échec.

D’ailleurs, pour trouver des solutions, il faut dresser des priorités : troisième réalité ! Toutefois, la FCM semble errer un peu trop sur le terrain de la politique identitaire. En abandonnant au passage celui de l’éducation. Nous en sommes convaincus, l’accès à l’éducation et la formation est la pierre angulaire à « l’émancipation » de la communauté à Maurice. C’est à travers l’éducation qu’une communauté qui se sent marginalisée conquerra sa place dans notre société et sa fierté.

Il n’est un secret pour personne que les écoles en Zone d’éducation prioritaires (ZEP) accueillent majoritairement des enfants issus de familles créoles. Ces ZEP affichent des taux de réussite planchers (parfois de 12 % à 20 %). Or, la FCM n’a pas développé de proposition concrète dans ce domaine. Elle n’a en rien (sauf maladroitement sur la question du créole à l’école) expliqué comment des collaborations transversales – éducation nationale, Eglise, ONG, forces vives, secteur privé – peuvent être mises en place afin de donner plus de moyens d’encadrement humains et financiers à ces écoles.

Il est illusoire de penser à instaurer de l’équilibre dans notre société quand la base même de notre éducation est devenue une machine à créer des inégalités. La FCM doit d’urgence réaliser que l’égalité, elle doit l’instaurer aux premiers échelons du système. Afin d’outiller les jeunes créoles à poursuivre ensuite un long parcours académique. Ou à leur donner suffisamment de compétences de base pour en faire des petits entrepreneurs, ouvriers et citoyens responsables
de demain.

Toutefois, on pourra mettre en place les meilleures politiques nationales pour rétablir l’équilibre, encore faudra-t-il que chacun prenne ses responsabilités. En se fixant suffisamment de discipline et de volonté pour sortir de sa condition actuelle. Cette volonté-là, on l’a ou on ne l’a pas…

D’autres commentaires sur cet éditorial


Toujours sur la question créole

Facebook, c’est à double tranchant, les photos que vous y publiez et qui sont consultables par vos « friends » peuvent se retrouver ailleurs. Comme par exemple en première page de « Lavoix Kreol ! » Hebdomadaire du vendredi militant pour les droits de la communauté créole à Maurice.

Il y a quelques années, j’ai connu un Père Filip Fanchette plus virulent dans ses propos à l’égard de mes écrits, voire ma personne. Plusieurs échanges de mails et une émission de radio plus tard, je pense qu’il a compris certaines choses : je n’ai rien d’un « hindou » fondamentaliste qui défend un quelconque « hindu power » et je ne bouffe pas du « ti-kreol » au déjeuner.

Toutefois, quelques incompréhensions demeurent. Dans une démocratie et dans un débat, personne n’est obligé d’épouser à 100% les idées de son interlocuteur. Alors, quelque part, je me félicite du fait que quelques divergences demeurent. Mais je suis encore plus heureux de constater que le dialogue est entamé…

Une de mes amies m’a rappelé ces incompréhensions dans un mail cette semaine. Dans son billet, tout à fait amical, elle explique son incapacité à comprendre ce qui a pu motiver ma sortie acerbe. Je partage cet échange avec vous…

12062009155

________________________________________
From:xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx
Sent: mercredi 10 juin 2009 11:07
To: Rabin Bhujun
Subject: hello

Hello cousin
Ki news ?
J’ai lu comme tout le monde tes editos. Je suis perplexe car je connais, de toi, ton esprit d’ouverture et de tolerance. je sais que t sincere mais je sens qu’en voulant prove your point, tu me parais intolerant. Et je sais que ce n’est pas ton objectif. Et cela me rend perplexe. Je n’ai pas le sentiment que FCM soit aussi fanatique/communaliste/violent que VOH par exemple. Tu mets tout le monde dans le meme panier. Il y a une lutte que mene FCM, qui a sa raison d’etre.
Je suis d’accord que le creole est la langue maternelle de tous les mauriciens. Le creole est un phenomene socio-linguistique avant tout. Je serai plus d’avis de bannir toutes les autres appellations mais maurice est ainsi.
Comme je te le dis, je suis surprise par le ton de ton edito parce que ce n’est pas le rabin queje connais. En toute amitie, Je voudrais que tu m’expliques ta demarche. A quand un papier equilibré sur fcm et leurs motivations ? pourquoi ne pas parler surtout des valeurs positives de la communuate creole ? Il y en a, je t’assure.

Et puis, a quand un edito entierement en creole ? pas ti pou mal,sa ? mo croire ki dimans to bien bizin ekrir an kreol
Bisous et amities.
Kan nou zouene ?

________________________________________
From: Rabin Bhujun
Sent: Wednesday, June 10, 2009 12:10 PM
To: xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx
Subject: RE: hello

Ki position cousine?

J’apprécie que tu me demandes le fond de ma pensée sur la question. J’applique les mêmes principes dans toutes mes réflexions sur notre société et son fonctionnement. Je considère qu’en théorie les mauriciens sont égaux. Aucun critère ethnique ne permet à tel ou tel groupe de revendiquer des droits en plus ou d’apparaître comme étant primus inter pares. C’est pourquoi j’ai traité VOH de crétin et des maulanas de rétrogrades. De manière constante et régulière…

Je vois toutefois venir ta question. « Mais la communauté créole aurait aimé être pares inter pares, mais ne l’est même pas » Et là, je serai entièrement d’accord avec toi. Mais là je regarderai la question sur un plan sociologique et non ethnique. Oui il y a des hindous pauvres et vivant dans une situation précaire, des musulmans dans le même cas, des tamoules etc etc. Toutefois, je reconnais, je constate que la communauté créole regroupe (en proportion) le plus grand nombre d’individus dans cette situation. De ce constat, de ce déséquilibre sociologique, on doit faire quelque chose. Et je pense, j’en suis convaincu que la FCM a là un terrain d’action légitime.

Mais quelle action ?
La reconnaissance de l’identité « créole » dans la Constitution et pour les best losers : je suis entièrement d’accord !
Une meilleure représentation des créoles dans la fonction publique : entièrement d’accord !!
Un meilleur accès à l’éducation : je suis 100% pour !!!

En général, je crois que je suis tout à fait d’accord avec le discours qui consiste à redonner sa dignité à une communauté qui se sent esseulée et abandonnée… Je me range du côté de ceux qui disent que l’accès à l’éducation et la formation est la pierre angulaire à « l’émancipation » de la communauté à Maurice. A rendre les créoles fiers de leur identité. Les autres critères (dont une forme d’empowerement économique) doivent suivre…bien évidemment….

Ce qui m’amène au sujet de mon dernier édito. Je suis d’accord que les créoles ont besoin d’une attention spéciale dans le dossier de l’éducation et de la formation. Toutefois, je me pose des questions simples. Exemple : dans une école ZEP à 12% de taux de réussite au CPE, est-ce que tous ceux qui réussissent sont des hindous/musulmans/tamoules et tous ceux qui échouent des créoles ? Je pense que c’est un mix…. Tu seras d’accord je pense. J’en tire une conclusion…tous les enfants des ZEP ont besoin d’une nouvelle pédagogie pour apprendre. Il se trouve, sociologiquement, qu’une bonne partie de la population d’écoliers de ZEP est créole. On peut donc penser que si cette nouvelle pédagogie est bien pensée, elle profitera par conséquent, grandement à ces élèves dont nous parlons…

Arrive la question du créole, médium d’enseignement….J’ai lu les rapports de l’Unesco, de pédagogues et de linguistes (tu as les liens sur mon blog). Tous disent que c’est une bonne idée d’enseigner les jeunes enfants dans leur langue maternelle. Je le DIS très clairement dans mon édito. J’espère qu’on ne pousse pas la mauvaise foi pour dire que j’ai écrit un papier pour dire que je ne suis pas d’accord avec l’introduction du créole. Ce serait faux, de mauvaise foi, et insultant envers mon honnêteté intellectuelle.

Tout mon papier était articulé autour du fait que le créole est un patrimoine national. Notre langue n’appartient à personne, et par conséquent appartient à chaque Mauricien, indifféremment de son ethnie, sa classe ou sa caste. Je suis donc fondamentalement opposé aux MOTIFS que la FCM mets de l’avant pour l’introduction du créole à l’école. Notamment…


FCM rekonet Kreol Morisien kouma lang ansestral bann kreol, lang maternel et lang kominikasion tou bann morisien

La langue ancestrale d’un blanc mauricien peut être le français ou l’anglais. Celle d’un sino-mauricien le hakka ou le cantonais. Celle d’un marathi, le gujrati. En débarquant à Maurice aucuns de NOS ancêtres esclaves ne parlait le créole. Notre créole est né ici, du métissage et du brassage langagier de NOS ancêtres. Pour provoquer un peu, une telle affirmation me fait dit qu’il y a usurpation du patrimoine culturel national !

Drwa bann zanfan Kreol a zot langaz li enn drwa lingwistik ek kiltirel ki nou retrouve inspir li de dan bann Konvansion Internasional Drwa de Lom.
Le créole à l’école bénéficiera à TOUS nos enfants. Je considère que tous les enfants ont droit à « zot langage. » Mes nièces parlent créole à la maison, c’est leur langage AUSSI ma chère amie.

FCM konsider ousi ki dan kad reparasion ek zistis anver bann kreol desandan esklav, introdiksion Kreol Morisien akote bann lezot langaz dan lekol li amenn reparasion istorik
Mon objection à ce troisième point découle de mes deux objections précédentes. Là, je pense que le FCM donne encore une fois une dimension identitaire ethnique à notre langue commune et maternelle. En quoi enseigner le créole à l’école devient-il une réparation du passé ? On emmêle tout là. On cherche du symbolisme identitaire quand le symbolisme ici est national.

Pour finir je ne vais pas te dire que je suis blessé quand je suis traité « d’intolérant. » Toutefois ceux qui me connaissent, qui apprécient quand je massacre VOH ou la MSDTF doivent voir les mêmes accents Républicains et consociatifs dans ce que j’ai écrit sur la FCM.

Voila ma chère amie, j’espère que ces quelques lignes de permettent de mieux comprendre ma démarche. Si toutefois, malgré cela, nos opinions divergent, je ne pourrais que me réfugier dans un agreement to disagree with you.

Fraternellement,
Rabin

From:xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx
Sent: mercredi 10 juin 2009 13:02
To: Rabin Bhujun
Subject: RE: hello

Merci pour cette reponse qui eclaire mieux ta demarche et me conforte dans ce que je sais de toi. Je crois que ta reponse peut déjà constituer ton prochain edito que je lirai avec plaisir, comme d’hab.
Comme j’ai mis, tu “parais” intolerant. Je ne dis pas que tu l’es.
J’espere egalement que mes questions n’entament en rien notre amitie fraternelle. Ce serait dommage.
biz

________________________________________
From: Rabin Bhujun
Sent: mercredi 10 juin 2009 13:23
To:
Subject: RE: hello

Ca n’a rien entamé! Ne t’inquiète pas!

R.


Le premier « On Record »

Ceux qui s’attendaient à un pugilat son restés sur leur faim. Car Filip Fanchette et moi avons pu avoir quelques désaccords fondamentaux. Toutefois, rien de cela n’a semblé transparaître dans l’émission d’hier. Le premier « On Record » que j’ai animé s’est déroulé dans une ambiance cordiale. Je crois pouvoir dire que Filip Fanchette partage cet avis.

Certains se sont empressés de m’envoyer des sms pour me demander si finalement Fanchette et moi ne nous connaissions pas déjà avant. C’est le fait qu’il me tutoie qui a suscité ces interrogations. Mais non, avant-hier, lui et moi ne nous étions jamais rencontrés. Nous contentant de croiser le fer par emails interposés ! Hier l’échange se faisait face-à-face. Enfin. Je pense qu’on s’est découvert mutuellement. Et certains a priori des deux côtés de la barrière sont sans doute tombés…

D’un point de vue technique, je ne maitrise absolument pas le média radio. Même si j’ai participé à plusieurs émissions radio comme intervenant. Et agit comme « commentateur maison » le jour du dépouillement de l’élection partielle de Quartier-Militaire/Moka en mars dernier. Mais là c’était une toute autre affaire.

Etre seul aux commandes, avoir des techniciens autour pour vous lancer ou vous prévenir qu’il faut prendre un appel, regarder souvent les écrans de contrôle pour s’arrêter à temps afin de lancer la pub…et plus généralement GERER SON TEMPS. Ces quelques tâches pour quelqu’un qui ne maitrise pas ce média – peuvent s’avérer assez prenantes…et stressantes.

Je tire donc quelques leçons de la première émission. Premièrement la gestion du temps est cruciale. Hier, j’ai du jeter une pelleté de questions que je considère intéressantes car je n’ai pas su gérer les première vingt minutes de l’interview. Durant lesquels les propos de Filip Fanchette ont été très généralistes.

Ensuite, ce fâcheux « euuuh » qui me sert de ponctuation permanente ! On ne change pas radicalement sa manière de parler. Toutefois, je me rends compte qu’il faut que je réduise le nombre de mes « euuuh par minute ». Je trouve ce tic passablement agaçant à entendre ! Enfin, mes collègues de la radio m’ont fait remarquer que j’ai un ton trop « conversationnel » durant l’entretien. Qu’il convient de « muscler » afin de mieux faire ressortir qu’il s’agit d’une interview. Et non d’un débat entre deux participants en plateau…

Voila pour les premières impressions. Vous pouvez écouter les dernières 30 minutes de l’interview ci-dessous. Je tacherai de poster les prochaines émissions sur le blog le plus souvent possible.


%d blogueurs aiment cette page :