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Grégoire le Républicain

A peine deux ans après la création de la Fédération Créole Mauricien (FCM), l’express dimanche titrait déjà en 2009 : « Le début de la fin. » Deux ans plus tard, c’est le père Grégoire lui-même qui confi rme que cette phase est achevée. Ce qu’affirme le président de la FCM dans l’interview qu’il nous accorde, mais aussi dans l’entretien diffusé, lundi dernier, sur Radio One, c’est que la fédération, telle que nous la connaissions il y a encore deux ans… est morte. Reste la FCM nouvelle… Pour bien comprendre le chemin parcouru par Grégoire et sa fédération, il nous faut revenir sur les erreurs stratégiques les plus criantes commises par ce mouvement et ses dirigeants ces dernières années.

La fédération a perdu la sympathie de l’opinion publique à partir du moment où elle a commencé à se comporter en consoeur de la Voice of Hindu (VOH). Quelques-unes des organisations socioculturelles les plus rétrogrades du pays – VOH en tête s’appuient sur de prétendues règles non écrites pour expliquer pourquoi leurs « bann » doivent jouir d’avantages divers et variés. La FCM s’est prise au même jeu, cédant à la facilité de croire que l’égalité se conquiert à l’aide de calculs arithmétiques ou en ethnicisant outrancièrement des débats avant tout socioéconomiques et éducatifs. Premier péché capital.

La FCM n’a donc pas tardé à réclamer de manière simpliste un quota de 35 % de Créoles dans la fonction publique du pays. Tout en faussant le débat sur l’introduction du morisien à l’école. En arguant qu’étant « la langue ancestrale des Créoles », son introduction en milieu scolaire constituera une « réparation historique » pour les descendants d’esclaves. Contreproductives, ces revendications ont eu pour effet de braquer d’autres organisations « noubannistes » du pays. Mues par leur instinct de préservation, elles ont vite vu en la FCM un adversaire. En Grégoire, un ennemi. Toutefois, loin de cette querelle, le grand public se faisait une opinion : « VOH, FCM… même combat ! »

Deuxième péché capital : les accointances politiques de Grégoire. Dans son cas, le dicton local peut être réadapté : « frekant lisien gayn pis. Frekant politisien, perdi kredibilite. » La crédibilité, Grégoire l’a perdue de manière exponentielle dès qu’il a commencé à fricoter avec la politique. D’abord en agissant comme sage-femme pour accoucher du PMSD réunifié en 2009. Ensuite, en s’improvisant juge de la justesse des alliances politiques. Travaillistes/MMM : oui. MSM/travaillistes : non ! Dans la perception, Grégoire et sa suite venaient de faire de la FCM une Voice of Kreol, ils entreprenaient maintenant d’en faire une succursale de partis politiques.

Là encore, l’incapacité de la FCM à tenir une ligne claire et constante vis-à-vis du monde politique a amené de nombreux observateurs à lui attribuer un agenda politique occulte. En effet, après avoir souhaité un rapprochement MMM/travaillistes, l’abbé a invité ses sympathisants à « vot ar leker » à quelques jours des élections. Avec le recul, Grégoire explique n’avoir pas pris la mesure de l’interprétation (de consigne de vote) qui allait être donnée à cette phrase.

Dans les faits, il y a eu une deuxième interprétation. Celle voulant que Grégoire et sa FCM avaient joué et perdu. Incapables d’obtenir les avantages et postes convoités pour ses membres auprès du pouvoir, le président avait alors revêtu les habits de l’empêcheur de gagner en rond. Grégoire semble désormais pleinement conscient de toutes ces turpitudes. Oublié le registre revendicatif, il parle maintenant d’empowerment et de la prise de responsabilité de ceux qui s’estiment victimes du système et d’injustices historiques. Finie également l’approche voulant que le salut vienne de la communauté créole pour la communauté créole. « [Ils] ne sortiront pas de leur marasme sans l’aide des hindous, des musulmans et des Chinois », explique Grégoire.

Si la méthode a changé, les problèmes inhérents à la communauté créole n’en demeurent pas moins réels. Oui, ils sont sous-représentés dans la fonction publique. Ils sont effectivement davantage concernés par la délinquance et d’autres fléaux sociaux. Enfin, les poches de pauvreté abritent, en termes relatifs, bien plus de Créoles que de Mauriciens d’autres origines ethniques. Si les problèmes demeurent, l’approche que suggère Grégoire pour les solutionner semble avoir changé. Cela mérite d’être salué. Grégoire, le Républicain nouveau, mérite aussi de l’être.


Le vote cynique

Pourquoi couper le pays en deux ? C’est ce que se demande Rama Sithanen (interview partie 1, 2, 3) au sujet de la stratégie politique du moment de Navin Ramgoolam. Il faut relativiser les propos du ministre des Finances. S’il avait été candidat et s’il avait reçu l’assurance qu’il resterait à son poste, il aurait peut-être affirmé que l’Alliance de l’avenir ne polarise en rien l’électorat ! Passons donc sur les discours politiques. Pour nous intéresser à la réalité du terrain. Elle est inquiétante.

Plusieurs commentateurs avaient exprimé des craintes au sujet d’un rapprochement Parti travailliste (PTr)-MSM au lendemain de l’élection partielle de Moka/Quartier-Militaire. Postulant que ce bloc pourrait être perçu comme une force politique homogène, proche des préoccupations d’une population rurale et traditionnelle soucieuse de préserver ses privilèges. Le risque de voir les élections législatives de 2010 se résumer à l’affrontement de la majorité contre les minorités était brandi. Cela ne s’est pas produit. Ce qui s’est vraiment passé est pire !

Les coups calculés, dictés ou mal maîtrisés de Ramgoolam le placent aujourd’hui dans une situation compliquée. Il y a d’abord eu ces alignements douteux de certains profils précis dans quelques circonscriptions ciblées. Ensuite il y a cette aura – qui se dissipe de Rashid Beebeejaun, toujours présenté comme n° 2 du futur gouvernement Ramgoolam. En 2005, Beebeejaun était la carte de garantie d’une communauté. Cinq ans après, les détenteurs de la carte se rendent compte que la garantie n’a pas beaucoup joué en leur faveur.

Il y a aussi l’effet Sithanen qui a achevé de convaincre une partie des électeurs que Ramgoolam ne fait finalement pas grand cas de la méritocratie ou de la valeur symbole de certaines personnes. Si pour son intérêt personnel, some guy must go, then he’ll go. Enfin, il y a ce Jocelyn Grégoire qui donnait un temps l’impression d’être docile. Mais qui finalement ne fait pas le jeu d’un Ramgoolam bien embarrassé de constater que Xavier Duval peine à rassembler « généralement » une certaine population.

Du coup, nous voici devant un scénario un peu plus complexe que le classique « majorité contre minorités ». Ce que nous voyons se profiler, ce sont des élections où les minorités affrontent une certaine majorité. Cette donne n’est pas sans conséquences pour l’alliance de Ramgoolam. Nous en comptons trois.

D’une, le rêve de la majorité des trois-quarts de Ramgoolam s’éloigne. Deuxièmement, ce réalignement consolide les bases de l’alliance de Paul Bérenger dans les circonscriptions dites marginales. Où des 2-1 en faveur de Ramgoolam pourraient s’inverser au profit de Bérenger. Enfin, dans les bastions travaillistes, une certaine frange de l’électorat majoritaire est en train d’avoir les mêmes réflexes de sanction que les minorités. « Pas kapav vot zis ene sel kalité. » Ces épiphénomènes ne feront pas perdre le PTr dans ces circonscriptions. Ils contribueront toutefois à ternir l’image d’invincibilité de l’équipe de l’avenir. Mises bout à bout, ces tendances démontrent certes une remontée de l’Alliance du cœur. Mais elles demeurent encore insuffisamment puissantes pour créer une réelle dynamique de victoire chez les mauves.

Le constat que nous faisons ici doit déjà avoir été exposé à Ramgoolam. Il a le choix. Il peut d’abord revoir sa stratégie en multipliant les efforts pour apaiser les minorités. Nous l’en croyons incapable. Prisonnier qu’il est du « ghetto » où le MSM l’a mené. Reste l’autre solution : la diversion.

Deux occasions se présentent pour faire diversion. D’abord grâce au programme politique de l’alliance de l’avenir. Les échos en provenance du camp rouge font état de quelques mesures choc et populistes. Susceptibles de rallier un soutien électoral massif. Ensuite, il y a ce meeting du 1er Mai à Vacoas. Non seulement Ramgoolam doit réussir à y rassembler une importante foule. Mais il doit aussi pouvoir donner l’impression que celle-ci est largement plus fournie que celle du MMM à Port-Louis.

Les dividendes de ces deux manœuvres seront réels. En effet, l’électeur moyen est cyniquement intelligent. Surtout devant le choix suivant. D’une part, quelques réels avantages offerts par un bloc qui donne par ailleurs l’impression d’être en position de force. D’autre part, un discours « everybody on board », dont on ne sait pas si les défenseurs se retrouveront réellement au pouvoir. Face à un tel cas de figure, on sait déjà pour qui l’électeur va voter. C’est cela le pragmatisme du Mauricien !


La marmite « créole » en surchauffe

Début juillet l’express-dimanche titrait en couverture « FCM: le début de la fin.» Étrangement, après cet article qui annonce l’implosion de la Fédération des Créoles Mauriciens , aucun mail n’était parvenu à la rédaction. Personne n’avait appelé les journalistes ou moi en se plaignant de « FCM bashing.» Pas une seule protestation!

Et pour cause, nous pensions que nous avions bien décrit les courants internes de la FCM. Et expliqué comment, en se butant les uns contre les autres, ils allaient finir par faire chavirer le bateau de Jocelyn Grégoire. Trois mois après, démissions, prise de distance et scission imminentes semblent devenues le lot quotidien de la FCM.
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La sortie de Jocelyn Grégoire contre certaines personnes dans Week-End a pu paraître musclée. Pourquoi Grégoire a-t-il été aussi cassant? En bénissant la réunion de « la grande famille bleue » du PMSD, a-t-il en même temps signé un pacte de non-agression avec le gouvernement de Ramgoolam? Grégoire est-il sceptique par rapport à ce qui est reproché à la police durant l’arrestation de Jean Marie Richard? Ou alors, Grégoire est-il en train de prendre cette position afin de s’opposer à un groupe de dissidents internes à la FCM ?

J’ai ma petite idée sur la question. Mais je ne vais pas la partager avec vous pour l’heure. J’attends patiemment la grande réunion de la FCM prévue pour le 25 octobre. Tout ce que je sais, c’est qu’il va y avoir du sport!

Je vous colle le déroulé des échanges mails (entre un petit groupe de personnes) qui a débouché sur la sortie de Jocelyn Grégoire ce dimanche.

From:xxxxxxxxxxxxx
Sent: 01 October 2009 20:03
To: xxxxxxxxxxxxxx
Subject: Komite Vizilans dan Ka Jean Marie Richard

Bann Kamarad,

Permet mwa dir ki li mari inportan ki enn kominike ( angle ek kreol) sorti dan ka Jean marie Richard.

Sa kominike-la bizin anvoy li a :

Premie Minis
Komiser Polis
Human Rights Commission

Tou bann Lanbasad.

KONTENI KOMINIKE

1. Nesesite ki nou bann instision zwe plenman zot rol
2. Soutenir Konsta fer par Attorney General lor delit de facies
3. Konsta rasism anti kreol souvan dan kontak avek bann ‘public officers’
4. Sepandan, lans enn lapel o kalm ek pou ki tou morisien fer konfians tou nou bann linstitision.
5. Ki le droit ek la justice prime

xxxxxx xxxxx

From: zanmari@imagxxxxxxxxx
To:xxxxxxxxx xxxxxxxxxx xxxxxxxxxx xxxxxxxx
Subject: RE: Komite Vizilans dan Ka Jean Marie Richard
Date: Thu, 1 Oct 2009 20:13:05 +0400

CHERS AMIS UNE SENTIMENT D’INSECURITE GAGNE NOTRE COMMUNAUTE SUR TOUT DEPUIS LA LEVEE DE BOUCLIERS DES POLICIERS CONTRE L’ATTORNEY GENERAL ET LE SILENCE DE L’OPPOSITION – J’AI PRIS L’INITIATIVE DE REDIGER CE TEXTE ET AI CONTACTE LES ASSOCIATIONS CI DESSOUS POUR LEUR DEMANDER LEUR AVIS – JOCELYN EST INJOIGNABLE NE REPOND PAS AUX APPELS ET MESSAGES PLUS GRAVE IL NE S’EST PAS PRONONCE PAR RAPPORT A LA DECLARATION DE RAMA VALAYDEN ALORS QUE JE PENSE QUE CT UNE AUTOROUTE OU IL FALLAIT S’ENGAGER AVEC DIGNITE ET FERMETER ……

LES ASSOCIATIONS CI DESSOUS MEMBRES FONDATEURS DE LA FEDERATION CREOLE MAURICIEN, FCM TIENNENT A FAIRE LA DECLATION SUIVANTE :

1. NOUS PRENONS NOTE AVEC SATISFACTION DE LA DECLARATION COURAGEUSE DE L’ATTORNEY GENERAL LUNDI DERNIER.
2. CELUI CI EXPRIMAIT UN SENTIMENT DOULOUREUX GENERALEMENT RESSENTI ET VECU AU SEIN DE LA COMMUNAUTE CREOLE PAR RAPPORT A LA VIOLENCE POLICIERE, PERPETREE PAR CERTAINS ELEMENTS DE LA FORCE AU MEPRIS DES DROITS HUMAINS FONDAMENTAUX ET CONSTITUTIONNELS DE CITOYENS DE TOUTES LES COMMUNAUTES….
3. NOUS LANCONS UN APPEL AU CALME ET A LA RAISON POUR QUE LES INSTITUTIONS DU PAYS PUISSENT FONCTIONNER EN TOUTE SERENITE.
4. NOUS DEMANDONS AU PREMIER MINISTRE ET MINISTRE DE L’INTERIEUR DE PRENDRE TOUTES LES DISPOSITIONS QUI S’IMPOSENT AFIN DE RETABLIR LA CONFIANCE DE TOUS LES CITOYENS DANS LE FONCTIONNEMENT INSTITUTIONNEL DE LA JUSTICE ET DE LA FORCE POLICIERE.
5. NOUS ACCUEILLONS AVEC SATISFACTION LA MISE SUR PIED D’UNE ENQUETE A LA DEMANDE DU GOUVERNEMENT PAR LA NATIONAL HUMAN RIGHTS COMMISSION, NHRC.
6. LE GOUVERNEMENT EST ASSURE DE NOTRE SOUTIEN DANS LA VIGILANCE POUR SES EFFORTS AFIN QUE LA VERITE SOIT ETABLIE ET QUE JUSTICE SOIT FAITE…

LE 1ER OCTOBRE 2009

ASSOCIATION CREOLE PLEIN BOIS, ORGANISATION FRATERNELLE L’ESCALIER, ASSOCIATION CREOLE DE PLAINE MAGNIEN, CREOLE MOKA, MUVMAN MOBILYSATION KREOL AFRIKIN, UNION POUR LE PROGRES

From: xxxxxxxxxxxxxxx xxxxxxxxx
Sent: 02 October 2009 19:44
To: xxxxxxxxxxx xxxxxxxxx xxxxxxxxxx
Subject: RE: AMANDLA ! NGAWETHU !

Bann kamarad,

Bravo pou kominike.

Jean Marie li bon ki tomem res MAIN fighter dan sa konba-la. To mem bizin res lor front-line.

Koumsa mem bann noir fight pou zot rights dan USA. Li enn individual fight supported by the community.

Mo krwar ki Jean YVes Violette est la personne appropriee pou vinn port-parol the community on this issue.

Prosenn fwa ki to zafer pase an kour, nou tou bizin prezan.

To kontak ar bann politisien li bon. Li bon ki tomem ki demann zwenn zot. Saki refiz zwenn twa, to fer kone an piblik.

Pa blie ki Inspekter Tuyau ti trete de zako par enn politisien lopozision.

xxxxxxxx xxxxxxxxxxxxxx

From: zanmari@imaxxxx
To: xxxxxxx
Subject: RE: AMANDLA ! NGAWETHU !
Date: Fri, 2 Oct 2009 21:17:33 +0400

this email is privileged…..

Mersi xxxxxx- Li demontre ki kan ena pou fer komikasyon marse and where ther’s a will there’s a way…
Nou finn demontre ki bann responsab muvman zot konn reponn lapel –
mo tristess se ki jocelyn pa finn jiz itil reponn bann sms rel ek messaz …kominike sa bann 11 lorganisasyobn la li palier silans konplis par omission fcm ek so presidan pendan 5 zur ….
hyer mo finn attir latensyon bann kamarad lor sityasion tense ki ena dan pays mon finn anvoye zot tou y konpri jocelyn pou preske siplye li pran enn poziston pou lans enn appel a la rezon…
zordi li lev ledwa ek mwa pasrki mo finn dir li mo la pensee kare kare…
li finn reagir a nou komikike san mem pran konesans so konteni alor ki se fcm et li ki ti bizin pe pran sa pozysion la…pou fer honer nou kominote…
enn vre presidan ek enn vre lider li konn rann li disponib kan pei bizin li e non pa kre enn no mans land otur li…
jocelyn nek en tisef lakoral san okenn lanvergir… li ki prefer all beni souval ek lekiri…li opena okenn sans ni sansibilite politik o sens classik grek… li domaz me li kum sa…
li pa konn appresye konpetans ek lexpertiz ki pe met a so dispozisyon li koze kan pa bizin e kan bizin li observ silans kupab….mai la koz depass so ti personn la koz gran e nou bizin pez nene bwar delwil avant ki nou nettoye nou lentray…
bo kuraz
zm

From: xxxxxxxxx xxxxxxxxxx
Sent: 03 October 2009 09:00
To: xxxxxxxxx xxxxxxxxxxx xxxxxxxxxx
Subject: RE: AMANDLA ! NGAWETHU !

Fode pa blie anvoy kominike-la a tou lanbasad, Human Rights Commission, Amnesty, Julie Woirin, PM, Leader Lopozision,OICP, KEEPKA.

An seki konsern rol FCM ek so Prezidan, tou kamarad pe komans konpran. Pou ena lezot kiksoz ankor ki pou vinn konfirm saki to pe resanti ek to analiz dan enn lavenir pros.

Mo pena pou fer lot komanter ankor. Saki mo fin dir dan 5-plus dimans 27 septam vinn boucler la boucle.

Mem rasanbleman post- 25 oktob fode pa intimid nou .

Bizin ki bann kamarad Komite Vizilans res soude.

Konsians kreol li dan sa komite-la ek non pas aillleurs.

xxxxxxx xxxxxxxxxxx


La classe pensante

C’est un sujet très vaste qu’aborde l’éditorial d’aujourd’hui. J’ai bien conscience qu’il y a plusieurs aspects de la problématique qui n’ont pas été traités dans le texte. Toutefois, je ne compte pas les développer à répétition dans l’express-dimanche. Il n’y aura pas de Classe Pensante II, puis Classe Pensante III. D’autres recourent à cette méthode. Mais je pense que cela lasse le lecteur à la longue. Ce n’est pas le but !

Aussi, je me propose de revenir sur la question régulièrement ici. En consacrant de temps à autre des articles complémentaires sur la problématique principale : Comment favorise-t-on l’émergence d’une (ou plusieurs) force(s) politique(s) dans un pays où quelques partis installés occupent tout l’espace politique ?

Ce qui est intéressant avec cette question, c’est qu’elle est universelle. Dans quasiment tous les systèmes démocratiques, des citoyens se posent la même question. Ainsi, ce serait très intéressant et enrichissant de lire les avis et analyses d’internautes d’autres pays sur ce débat. Si vous connaissez des personnes susceptibles d’avoir des idées ou des suggestions sur la question, passez leur le lien du blog.

La classe pensante

Merci la crise ! Le pays lui doit une fière chandelle. En 2006, une étude de Sofres avait mis à jour un phénomène inquiétant. Un cadre mauricien sur deux disait vouloir émigrer. Deux adultes sur trois souhaitaient voir leurs enfants grandir sous d’autres cieux plus cléments. Trois ans plus tard, cette mentalité demeure. Depuis un an, la crise de confiance mondiale a atténué les ardeurs d’expatriation de nos jeunes professionnels. Aujourd’hui, la reprise en Europe et aux Etats-Unis aidant, ils vont vouloir concrétiser leurs plans contrariés d’hier. Dès 2010 et les années suivantes, un nombre plus important de nos jeunes va aller vérifier si l’herbe est plus verte ailleurs.A moins que…

Ne nous y trompons pas. Le phénomène d’expatriation est naturel. L’insularité et les perspectives professionnelles restreintes conduisent certains concitoyens à vouloir s’expatrier. Un ingénieur avionique ou un « warrant trader » de haut vol ne peuvent que difficilement s’épanouir sur le plan professionnel – à Maurice. Néanmoins, le phénomène d’expatriation n’aurait pas été inquiétant s’il ne touchait que des personnes sur-qualifiées dans des secteurs de pointe. Mais nos comptables, médecins, juristes ou professeurs d’université quittent également le pays !

Inutile de prétexter une quelconque qualité de vie lamentable pour cette catégorie de candidats au voyage. Ils ont des revenus corrects. Et jouissent d’une situation personnelle relativement confortable. Ce qu’ils craignent, c’est de ne pas pouvoir éduquer convenablement leurs enfants, de ne pas leur offrir les soins d’un système de santé performant. Ces personnes abhorrent également l’idée de vivre dans une île où les inégalités – sociales et économiques – empirent. Et où existe un regain de tension entre les différentes classes, castes et ethnies. Face à ce scénario catastrophe, une solution : démissionner et partir.

Si on en est là, c’est essentiellement à cause de la politique démagogique et faiblarde pratiquée par les gouvernements successifs depuis l’indépendance. Jusqu’ici, l’enjeu des permutations et combinaisons d’alliances a d’abord été la conquête ou la conservation du pouvoir. Rarement, la mise en œuvre d’une politique nationale responsable. Le dégoût que beaucoup de jeunes expriment au sujet de la situation dans le pays est ainsi avant tout un dégoût de notre classe politique.

On peut dire que ces dernières semaines, celle-ci n’a rien fait pour redorer son image. Des arrangements politiciens ont été conclus afin que chacun conserve son « bout ». Des partis bourrés de transfuges en ont allègrement accusé d’autres de recruter tout ce que le pays compte de rebuts politiques. Des alliances mortes et enterrées redeviennent négociables. Parallèlement, les Jocelyn Grégoire, Somduth Dulthummun et leurs pairs confortent tous ceux qui pensent qu’il faut disposer de parrainages religieux ou éthniques
pour réussir en politique.

Cette situation suscite les mêmes rengaines : « tous les mêmes » ; « nous avons les politiciens que nous méritons ». Cependant, ces phrases reflètent la réalité qui a été engendrée par une double démission. D’abord celle de la classe politique, qui a abdiqué devant la pression de la rue. Ainsi que sa propre incapacité à proposer et mettre en œuvre des programmes politiques courageux, innovants et durables. En face, notre classe pensante s’est résolue à laisser faire les politiques. Par dépit. Et par souci de ne pas se salir les mains en se joignant à la mêlée. Elle s’est lourdement trompée en pensant pouvoir faire une différence en misant sur le Parti travailliste, le MMM ou le MSM. Le « mainstream » politique du pays est dépassé. Il faut désormais hâter sa disparition.

Car politiquement et historiquement, l’émergence d’une nouvelle force politique devient possible. Il faudra toutefois investir le temps et l’effort nécessaires pour aboutir à ce résultat. Entendons-nous bien. Il ne s’agit pas de faire du neuf avec du vieux. On ne peut espérer constituer un mouvement politique neuf à partir d’idées portées par des cadres venus de vieux partis.

De quelles idées parle-t-on ? Le bon sens local reste loin du monde politique. On l’entend chez des travailleurs sociaux et des petits entrepreneurs dynamiques. On l’entend également chez ces professionnels et intellectuels qui pullulent au sein d’ONG écologistes, de clubs service divers et de loges maçonniques. Pourtant, tout ce petit monde inspiré,dynamique et déterminé reste loin de la politique. La peur de se salir les mains est tenace…

Cette classe pensante doit maintenant devenir agissante. Si on y pense,« Women In Politics » est un mouvement qui n’a pas lieu d’être ! La seule catégorie de personnes qui est vraiment mal représentée dans la politique locale, c’est celle des citoyens pensants, non partisans. Et qui ont des idées et la volonté de développer le pays. Mais qui rechignent à s’engager…

Le premier pas vers une nouvelle conscience politique nationale serait une plateforme. Appelons la « Citizens in Politics ». Qui regrouperait toute la classe pensante du pays. C’est cette classe qui doit dorénavant dessiner un projet politique, social et économique pour le pays. En se structurant, en peaufinant ses idées et leur mise en œuvre. Ce mouvement pourrait demain engendrer un ou deux partis politiques qui s’aligneraient enfin selon le seul clivage qui vaille. Les libéraux et les conservateurs : dans les sphères économiques et sociales.

Les grandes révolutions ont toutes été initiées par une poignée de personnes. L’île Maurice pensante n’a-t-elle pas quelques enfants susceptibles de lancer ce mouvement ? Nous osons croire que c’est possible…


D’autres commentaires sur cet éditorial


«UN» et un incident…On Record

Hier, j’ai reçu Dick Ng Sui Wa sur le plateau de On Record sur Radio One. C’est le secrétaire de l’Union Nationale qui a commenté les remous au sein de l’opposition MMM/UN/PMSD. Voici deux extraits de l’émission.

Extrait 1

Extrait 2

La plage réservée aux questions des auditeurs a, elle, été marquée par l’intervention d’une personne qui croit dur comme fer que j’anime une émission « que pour les catholiques. » J’avoue avoir fait un gros effort pour rester courtois et ne pas engueler cette femme qui n’a sans doute jamais lu un seul de mes papiers d’opinion sur la question ethnique et les organisations socioculturelles du pays. Sinon, elle aurait réalisé que son commentaire était complètement déplacé.

Bon, classons cet incident dans la catégorie «aléas du direct…»


Discours de la méthode

La Fédération des créoles mauriciens (FCM) ne tolère aucun avis discordant sur son action. Ainsi, pour elle, si l’on n’est pas un « apprivoisé » converti à la cause, on est forcément classé hostile. On est l’une de ces personnes œuvrant prétendument pour empêcher le progrès de la communauté créole. Ou pour sauvegarder l’hégémonie de la composante majoritaire de la population. Mais pour que la FCM atteigne sa vision globale d’égalité sociale – à laquelle nous souscrivons d’ailleurs – il lui faut regarder certaines réalités en face. Elle ne le fait pas. Ceci explique sa perte de vitesse. Il nous faut donc rappeler certaines choses.

Première réalité : la FCM commence à inspirer la crainte. Elle n’a pas encore la réputation de la « Voice of Hindu ». Mais il suffit d’écouter ce que beaucoup de nos concitoyens (toutes ethnies confondues) disent de la FCM pour comprendre que l’image de celle-ci est en train de basculer. La Fédération est maintenant assimilée à une organisation socioculturelle défendant les intérêts et cherchant des avantages pour « zot bann ».

C’est en grande partie la maladresse de la FCM dans la formulation de ses revendications qui suscite cette peur. Le tissu social est fragile à Maurice. Et dans un pays comme le nôtre, revendiquer des droits pour soi est un exercice délicat. Car toute demande d’un groupe est automatiquement perçue comme un empiétement sur les acquis des autres. Deux exemples illustrent ce que nous avançons. La revendication des 35 % de créoles dans la Fonction publique.Et l’apprentissage du créole à l’école au motif qu’il est « la langue ancestrale » des créoles.

Ces deux revendications ont été accueillies très tièdement. C’est compréhensible. La FCM s’est contentée de réclamer l’emploi des créoles dans la fonction publique sans suggérer concrètement les moyens d’y arriver. Ce vide a vite été comblé par les conjectures des fonctionnaires en place. « Pour pouvoir faire de la place pour eux, on me virera. Ou alors on empêchera ma fille ou mon neveu d’avoir le job au seul motif qu’il n’est pas d’une ethnie minoritaire. » Ou comment renverser l’insécurité ethnique ! La bourde a été répétée. Au lieu de justifier l’inclusion du créole à l’école par des impératifs pédagogiques, la FCM en a fait une question identitaire. En sous-entendant que le créole est d’abord le patrimoine d’une ethnie du pays. Erreur capitale qui n’a pas plu à ceux qui considèrent que le créole est la langue de tous les Mauriciens.

Deuxième réalité : la place des créoles dans le pays est avant tout une question sociologique. Ethniciser à outrance le débat – comme le fait la FCM – équivaut à fausser les réponses globales qui peuvent améliorer le sort de cette communauté. Voici les faits : les taux de délinquance, de précarité et de scolarisation sont alarmants dans la communauté créole.

Devant ce constat, on a le choix. Soit on décide de mener une politique ethnique ciblée vers cette population défavorisée. Ou alors on met en place des actions globales de lutte contre la pauvreté, d’accès à l’éducation et d’encadrement social. En sachant que ces politiques combinées iront prioritairement aux populations les plus handicapées dans ces domaines : les créoles !

Ce type d’approche permet aux pouvoirs publics de ne pas créer d’illusoires travailleurs sociaux ou spécialistes de la condition créole. Des « je-sais-tout » pouvant aussi bien coacher des parents afin qu’ils comprennent l’importance de scolariser leurs enfants. Encadrer des jeunes inactifs en leur faisant découvrir les possibilités du micro-entrepreneuriat. Ou réhabiliter des prostituées toxicomanes.Ces « jack of all trades » n’existent pas ! D’ailleurs, s’ils existaient, ils seraient « master of none ». Or, la FCM met dans un panier ethnique des problèmes sociologiques disparates en croyant les résoudre avec une approche unique. Ce raisonnement mène à l’échec.

D’ailleurs, pour trouver des solutions, il faut dresser des priorités : troisième réalité ! Toutefois, la FCM semble errer un peu trop sur le terrain de la politique identitaire. En abandonnant au passage celui de l’éducation. Nous en sommes convaincus, l’accès à l’éducation et la formation est la pierre angulaire à « l’émancipation » de la communauté à Maurice. C’est à travers l’éducation qu’une communauté qui se sent marginalisée conquerra sa place dans notre société et sa fierté.

Il n’est un secret pour personne que les écoles en Zone d’éducation prioritaires (ZEP) accueillent majoritairement des enfants issus de familles créoles. Ces ZEP affichent des taux de réussite planchers (parfois de 12 % à 20 %). Or, la FCM n’a pas développé de proposition concrète dans ce domaine. Elle n’a en rien (sauf maladroitement sur la question du créole à l’école) expliqué comment des collaborations transversales – éducation nationale, Eglise, ONG, forces vives, secteur privé – peuvent être mises en place afin de donner plus de moyens d’encadrement humains et financiers à ces écoles.

Il est illusoire de penser à instaurer de l’équilibre dans notre société quand la base même de notre éducation est devenue une machine à créer des inégalités. La FCM doit d’urgence réaliser que l’égalité, elle doit l’instaurer aux premiers échelons du système. Afin d’outiller les jeunes créoles à poursuivre ensuite un long parcours académique. Ou à leur donner suffisamment de compétences de base pour en faire des petits entrepreneurs, ouvriers et citoyens responsables
de demain.

Toutefois, on pourra mettre en place les meilleures politiques nationales pour rétablir l’équilibre, encore faudra-t-il que chacun prenne ses responsabilités. En se fixant suffisamment de discipline et de volonté pour sortir de sa condition actuelle. Cette volonté-là, on l’a ou on ne l’a pas…

D’autres commentaires sur cet éditorial


« Cause créole »: les bonnes paroles de l’évêque

Il règne comme un parfum de malaise dans le pays. Je ne saurai l’expliquer clairement… mais on a l’impression que le mécontentement gronde chez les créoles. Et que cette colère va finir par engendrer une sorte de cataclysme nationale. Craignons-nous de revivre les émeutes de février 1999 ? Ou la « bagarre raciale » de 1968? Peut-être…

Politiquement, économiquement et symboliquement, rien n’est fait pour rassurer la communauté créole du pays. Ou valoriser son apport dans les sphères sociales, économiques ou politiques. Résultat : en coulisses, on s’inquiète. Surtout les politiques ! Je le sens bien en discutant avec eux. Ils culpabilisent un peu, sans doute devant leur incapacité à comprendre la complexité de la question. Et d’apporter les solutions adéquates.

En face Jocelyn Grégoire s’agite. En un an, l’abbé a été prêcheur puis apôtre d’un changement sociétal. Pour ensuite se muer en homme politique monomaniaque sur la question du « malaise » ambiant chez les créoles. Dernièrement, il s’est plutôt reconverti dans le sectarisme primaire. Il se décrédibilise avec son approche un peu trop « hard. » Je ne suis pas le seul à penser ainsi…

Du coup, l’Eglise s’est sans doute sentie obligée de rentrer dans la danse. Et Monseigneur Piat, l’évêque de Port Louis, a fait parvenir à la presse un communiqué. Sans doute pour bien faire comprendre que la position « sectaire » de Grégoire n’est pas partagée par l’Eglise. Je reproduis ci-dessous le communiqué de l’évêque.

Tous ces épiphénomènes, ces épi-débats sont en train de nous éloigner de la solution globale. Et je ne parle pas là de la loi sur l’égalité de chances dont le « Vice Prime minister » symbolique, Xavier Duval s’est fait le champion!

Les deux mamelles d’une solution globale à la question créole à Maurice sont connues : l’Education et un effort d’Empowerment économique en direction de cette communauté. Le reste c’est (presque) du blabla !

Communiqué de Mgr Piat

On a beaucoup parlé dans les médias récemment de la cause créole et des différentes prises de position de la FCM et de son président le Père Jocelyn Grégoire. Plusieurs personnes ont demandé ce qu’en pensaient les autorités de l’Eglise.

Pour laisser le débat ouvert et inviter à la réflexion, je préfèrerais partager avec vous les critères dont l’Eglise s’inspire pour faire son discernement et apporter sa contribution au service de la cause créole.

1. Comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire les 26 septembre 2007, 1er mai 2008 et 20 mai 2008, c’est la cause créole qui est première. Cette cause me parait légitime pour 3 raisons au moins :

a) il y a une vraie pauvreté chez les créoles et aucun Mauricien digne de ce nom ne peut y rester indifférent. C’est vrai que ce n’est pas seulement chez les créoles qu’il y a de la pauvreté. Mais, comme le montrent de nombreuses études, la majorité des pauvres sont des créoles.

b) Il y a aussi une discrimination larvée, diffuse, difficilement saisissable mais réelle à l’encontre de beaucoup de créoles dans la fonction publique comme dans des entreprises privées. Aucun citoyen mauricien responsable ne peut ignorer cette réalité. Encore une fois les créoles ne sont pas les seuls à souffrir de discrimination raciale à Maurice, mais il reste qu’ils en sont les principales victimes.

c) Il y a enfin une espèce de dévalorisation pour ne pas dire de mépris de la culture créole qui est blessante. Aucun Mauricien attaché à la paix sociale et soucieux du respect dû à chaque composante de l’arc-en-ciel mauricien ne peut se désintéresser de cette faille majeure qui ralentit la construction d’un mauricianisme authentique.

2. La cause créole mérite d’être défendue de telle manière qu’elle puisse être soutenue par tout Mauricien de bonne volonté quelle que soit sa culture ou sa religion. La vigilance est de mise par rapport à toute dérive de type sectaire dans la défense de la cause. Les créoles méritent d’être soutenus non pas parce qu’ils sont créoles mais parce que ce sont des personnes humaines atteintes dans leur dignité de par leur situation de pauvreté, la discrimination dont ils sont l’objet et la dévalorisation de leur culture. Pour la même raison, des Mauriciens de toute origine peuvent contribuer à l’avancement de la cause créole, dans le domaine politique, économique, culturel ou religieux.

3. La défense de la cause créole a une dimension politique évidente. Cependant, il est vital que cette cause ne se laisse pas récupérer par la politique de parti, surtout à l’approche des élections générales. La cause créole est trop noble, trop importante, non seulement pour les créoles mais pour le pays tout entier. Elle ne doit pas succomber à la tentation de se laisser entraîner dans une surenchère ou dans des « deals » pré-électoraux.

4. La cause créole mérite d’être défendue, soutenue par la société civile dont la force repose sur une réflexion libre et ouverte à laquelle tous peuvent participer. Il est souhaitable qu’un maximum de groupes et de personnes s’expriment afin d’éviter que tout le poids ne repose sur les seules épaules d’un leader, ou de quelques responsables.

5. La promotion de la cause créole doit aussi aller de paire avec une dose de saine autocritique par rapport à certaines façons de faire ou certains traits de la culture créole.

6. Enfin, de l’avis de tous, le fer de lance de la promotion de la cause créole reste l’Education – formelle ou informelle, du pré-primaire à l’université, celle des jeunes exclus du système comme celle des adultes, etc. Cet engagement demande une grande adaptation aux réalités de la culture créole. Il doit à la fois être soutenu par une volonté politique et provenir d’une prise de conscience chez les créoles eux-mêmes. Il exige un effort sur le long terme, une patience, un long souffle.

Ces quelques réflexions ont été présentées au Père Jocelyn Grégoire dans un dialogue fraternel, comme une contribution au service de la cause créole. C’est cette cause qui doit nous réunir tous.

+ Maurice E. Piat

Evêque de Port-Louis


Pour quoi faire?

C’est vrai qu’on a (presque) toujours affaire aux mêmes acteurs. Mais il faut admettre qu’ils réussissent à faire de la politique à Maurice un feuilleton à rebondissements. Ainsi, de nouveaux rapports de force se dessinent après le 1er mai. L’abbé Grégoire est désormais un interlocuteur respecté. Dont la capacité à soulever les foules de mécontents suscite à la fois crainte et convoitise. Le MMM bombe le torse croyant pouvoir se la jouer « seul contre tous » comme au bon vieux temps. Le MSM semble requinqué. À la faveur de l’annonce – pas encore confirmée – du retour de sir Anerood Jugnauth en politique. Ce parti croit être devenu « les cinq sous » qui rendront « la roupie carrée » d’une future alliance électorale imbattable.

Du coup, les analyses pleuvent. Se recoupent. Se contredisent. Le Parti travailliste et le MSM s’apprêtent à se jeter dans les bras de l’un l’autre. Paul Bérenger, le leader mauve vieillissant, pourrait se résigner à donner son parti en épousailles à Ramgoolam. Qui, à son tour, enverrait le vieux briscard au Réduit se la couler douce, tout en sillonnant les continents en sage « droitdelhommiste ». On passe sur ceux qui pensent qu’un remake MSM-MMM n’est toujours pas à écarter…

Voici donc le paysage politique en instance de permutation. Mais nous ne pouvons nous satisfaire de ce ramdam là. D’une tactique à court terme qui ne sert qu’à gagner les prochaines élections générales. Tous ces partis politiques qui se courtisent et se toisent en ce moment même nous doivent des explications. Ils doivent nous dire comment ils comptent gérer un pays dont la population se sent mal. Et dont l’économie subit choc sur choc en provenance du marché mondial.

Sur ces enjeux de fonds, le discours des leaders est consternant. Ainsi, pour Bérenger, il suffirait de remettre une équipe MMM « qui a fait ses preuves » aux commandes du gouvernement pour régler, par exemple, l’épineux dossier de la crise alimentaire. Au MSM, on pratique la prestidigitation économique. On réduit les impôts et taxes, on les enlève même, on augmente toutes les dépenses.

Et on dit, dans le même temps, pouvoir assainir les finances publiques.

« Abracadabrantesque » !

Même le jeu de Navin Ramgoolam qui a le mérite d’être au pouvoir, donc dans l’action, demeure trouble. On sent bien qu’il n’a pas encore décidé de laisser le libéral Sithanen parachever l’ouverture et la modernisation de l’économie. Tout en définissant un nouveau mode de distribution des fruits de la croissance – notamment pour les pauvres. Le Premier ministre pratique la même tactique que les autres en courtisant ouvertement Grégoire. Sans toutefois oser lui dire ses vérités. Et en lui laissant croire qu’il lui tend une oreille compatissante. Notamment sur la question de réserver 35 % de la fonction publique à des créoles. Un non-sens ! Une ignominie constitutionnelle qui bafoue l’un des fondements de notre République : l’égalité des citoyens devant les lois et les institutions.

Depuis quelques semaines, c’est la tactique qui est à l’attaque. On est obsédé par les retombées sur le court terme de tel débauchage ou de tel rapprochement. Oubliées les vraies stratégies sur le long terme. « Gagnons les prochaines élections générales, après on verra… » semble être devenu le slogan préféré des trois principaux partis politiques du pays. Ils se trompent. Les « dépôts fixes » d’antan se découvrent une conscience et de nouvelles exigences. Ici pour une meilleure protection contre la perte du pouvoir d’achat. Et là pour une meilleure intégration au développement économique et social du pays. Les partis auraient tort de croire qu’il suffit de montrer une belle vitrine de candidats et de leaders pour allécher les électeurs. Plus que jamais la question à laquelle tout parti doit répondre demeure : « Que fait-on une fois qu’on aura gagné ? » Les partis d’opposition ne répondent pas à la question. Et Ramgoolam, lui, semble, comme à son habitude, prendre son temps pour y réfléchir…

publié le 11 mai 2008


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