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Un métier qui rapporte

La scène est grotesque. Somduth Dulthumun, le leader autoproclamé des hindous du pays, craque une allumette. Sous les applaudissements des membres du Front commun hindou, il met le feu à la couverture de l’express dimanche. Mais la flamme meurt après quelques secondes. Dulthumun s’y remet méticuleusement
pendant que crépitent les flashs des photographes. Ouf, le feu a pris ce coup-ci. Le show a bien eu lieu ! Si le côté ridicule des facéties de Dulthumun prête à sourire, les raisons qui motivent son action sont bien trop graves pour être prises à la légère.

La séquence des événements depuis le retour au pays du Premier ministre, dimanche dernier, est intéressante à décrypter. Ce jour-là, Navin Ramgoolam fait volte-face. Alors qu’il s’était totalement désolidarisé des propos de son ministre Mookhesswur Choonee, il explique désormais que la polémique est une invention de la presse. De fossoyeur des principes républicains, voilà que Choonee devient victime en puissance des médias. La presse remplace Choonee dans le box des accusés. Les organisations sectaires du pays semblaient n’attendre qu’un signal clair du « patron » pour sonner la charge. Dirigée, bien évidemment contre le meilleur ennemi de Ramgoolam : le groupe La Sentinelle.

La cible toute trouvée est l’express dimanche. Nous sommes accusés de « balkaniser la communauté hindoue » et de mettre le pays « à feu et à sang ». Notre faute ? Avoir appelé un chat un chat dans notre dernier numéro en titrant en Une « Le vrai pouvoir des castes ». Selon Dulthumun et ses pairs, tout le dossier est bidon. Les castes n’existent pas à Maurice.

Le mensonge est éhonté. Les dizaines de SMS, appels, mails et commentaires reçus de nos lecteurs indiquent qu’ils ont vu au travers du bluff. Même Nita Deerpalsing, si prompte à défendre son leader Navin Ramgoolam, a préféré ne pas se couvrir de ridicule dans l’entretien qu’elle accorde cette semaine à Mauritius Times. En effet, elle ne remet pas en doute l’existence des castes dans la communauté hindoue. Se contentant de descendre notre dossier en se demandant : « What did it bring other than say these things exist in parts of our society ? »

Si Nita Deerpalsing a des raisons objectives de défendre son leader et de pourfendre le meilleur ennemi dès que son patron lui en intime l’ordre, on comprend moins bien pourquoi Dulthumun et consorts se sentent à ce point obligés de régler leurs discours sur celui de Ramgoolam et d’appeler, comme lui au boycott de l’express. La lecture de notre dossier de la semaine dernière fournit, selon nous, quelques pistes de réponse.


« Certains leaders familiaux profitent … pour nouer des liens avec le candidat. On ne sait jamais où cette proximité … peut mener : une décoration de la République, une nomination au conseil d’administration d’un petit organisme parapublic… », peut-on y lire. Une situation théorique énoncée dans un article peut parfois rejoindre la réalité.  En effet, Dulthumun est un nominé politique. Il est membre du conseil d’administration de la Banque de Développement. Par ailleurs, le président de la Mauritius Sanatan Dharma Temples Federation (MSDTF) a également été élevé au rang d’Officier de l’Ordre de l’Etoile et de la Clé de l’océan Indien par le gouvernement en mars 2008.

On pourrait penser que Dulthumun mérite sa décoration pour son action dans la sphère socioculturelle. On a par contre beaucoup plus de mal à comprendre comment un ancien Chief Valuation Technician au ministère des Finances devient expert en financement des PME sur le conseil d’administration de la DBM. A moins que ces deux nominations aient à faire avec les prises de position passées et actuelles de Dulthumun. N’a-t-il pas déjà expliqué qu’en « tant que dirigeant de la communauté hindoue, j’ai le droit de donner le mot d’ordre de voter pour un candidat. Et on n’a pas le droit de m’en empêcher. » Et d’ajouter, quelques jours après l’élection de Pravind Jugnauth à la partielle de mars 2009, que c’est grâce au soutien de son association que le leader du MSM a été élu.

D’élections, il sera encore question en mai-juin 2011. Mais cette fois-ci, ce seront celles visant à remplacer l’exécutif de la MSDTF. Dulthumun serait candidat à sa propre succession. Et si tout ce cirque n’était en fait que le début de la campagne d’un dirigeant d’association socioculturelle soucieux de se faire réélire ? Car au vu des faits, « dirigeant de la communauté hindoue », c’est un métier qui rapporte !

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Les vrais incendiaires, ce sont eux !

La conférence de presse de Dulthummun et consorts a été largement commentée. Je n’ai donc pas grand chose à rajouter à ce qui a déjà été dit. Sauf peut-être redire que cet épisode démontre que les Mauriciens ne sont pas dupes. Il n’y a qu’à écouter leurs réactions à la radio ou les lire par mail ou sur http://www.lexpress.mu pour se rendre compte que ce front commun n’a convaincu personne. Nous avons appelé un chat un chat. Dulthummun veut faire croire que le chat n’existe pas. Il ne s’est pas rendu compte que personne n’est aveugle !

L’interview de ce matin sur Radio One


Manœuvre de diversion

Le lendemain de la sortie de Ramgoolam contre la presse en général et contre la Sentinelle en particulier, la Voice of Hindu s’est elle-aussi décidée à « mettre la presse au pas ». En accusant, au passage, l’express (l’express dimanche inclu, je présume) de pratiquer du « hindu-bashing ». Comme d’habitude la meute aboie dès que le le maître dit « Tchiou li ** ». Mais il faut voir à travers du jeu,  tout ceci n’est qu’une maladroite manoeuvre  de diversion. C’était le sujet de mon éditorial d’aujourd’hui sur Radio One :

Edito : Manœuvre de diversion

** La seule traduction française que je trouve équivalente est  « Aboie Médor ! »


La classe pensante

C’est un sujet très vaste qu’aborde l’éditorial d’aujourd’hui. J’ai bien conscience qu’il y a plusieurs aspects de la problématique qui n’ont pas été traités dans le texte. Toutefois, je ne compte pas les développer à répétition dans l’express-dimanche. Il n’y aura pas de Classe Pensante II, puis Classe Pensante III. D’autres recourent à cette méthode. Mais je pense que cela lasse le lecteur à la longue. Ce n’est pas le but !

Aussi, je me propose de revenir sur la question régulièrement ici. En consacrant de temps à autre des articles complémentaires sur la problématique principale : Comment favorise-t-on l’émergence d’une (ou plusieurs) force(s) politique(s) dans un pays où quelques partis installés occupent tout l’espace politique ?

Ce qui est intéressant avec cette question, c’est qu’elle est universelle. Dans quasiment tous les systèmes démocratiques, des citoyens se posent la même question. Ainsi, ce serait très intéressant et enrichissant de lire les avis et analyses d’internautes d’autres pays sur ce débat. Si vous connaissez des personnes susceptibles d’avoir des idées ou des suggestions sur la question, passez leur le lien du blog.

La classe pensante

Merci la crise ! Le pays lui doit une fière chandelle. En 2006, une étude de Sofres avait mis à jour un phénomène inquiétant. Un cadre mauricien sur deux disait vouloir émigrer. Deux adultes sur trois souhaitaient voir leurs enfants grandir sous d’autres cieux plus cléments. Trois ans plus tard, cette mentalité demeure. Depuis un an, la crise de confiance mondiale a atténué les ardeurs d’expatriation de nos jeunes professionnels. Aujourd’hui, la reprise en Europe et aux Etats-Unis aidant, ils vont vouloir concrétiser leurs plans contrariés d’hier. Dès 2010 et les années suivantes, un nombre plus important de nos jeunes va aller vérifier si l’herbe est plus verte ailleurs.A moins que…

Ne nous y trompons pas. Le phénomène d’expatriation est naturel. L’insularité et les perspectives professionnelles restreintes conduisent certains concitoyens à vouloir s’expatrier. Un ingénieur avionique ou un « warrant trader » de haut vol ne peuvent que difficilement s’épanouir sur le plan professionnel – à Maurice. Néanmoins, le phénomène d’expatriation n’aurait pas été inquiétant s’il ne touchait que des personnes sur-qualifiées dans des secteurs de pointe. Mais nos comptables, médecins, juristes ou professeurs d’université quittent également le pays !

Inutile de prétexter une quelconque qualité de vie lamentable pour cette catégorie de candidats au voyage. Ils ont des revenus corrects. Et jouissent d’une situation personnelle relativement confortable. Ce qu’ils craignent, c’est de ne pas pouvoir éduquer convenablement leurs enfants, de ne pas leur offrir les soins d’un système de santé performant. Ces personnes abhorrent également l’idée de vivre dans une île où les inégalités – sociales et économiques – empirent. Et où existe un regain de tension entre les différentes classes, castes et ethnies. Face à ce scénario catastrophe, une solution : démissionner et partir.

Si on en est là, c’est essentiellement à cause de la politique démagogique et faiblarde pratiquée par les gouvernements successifs depuis l’indépendance. Jusqu’ici, l’enjeu des permutations et combinaisons d’alliances a d’abord été la conquête ou la conservation du pouvoir. Rarement, la mise en œuvre d’une politique nationale responsable. Le dégoût que beaucoup de jeunes expriment au sujet de la situation dans le pays est ainsi avant tout un dégoût de notre classe politique.

On peut dire que ces dernières semaines, celle-ci n’a rien fait pour redorer son image. Des arrangements politiciens ont été conclus afin que chacun conserve son « bout ». Des partis bourrés de transfuges en ont allègrement accusé d’autres de recruter tout ce que le pays compte de rebuts politiques. Des alliances mortes et enterrées redeviennent négociables. Parallèlement, les Jocelyn Grégoire, Somduth Dulthummun et leurs pairs confortent tous ceux qui pensent qu’il faut disposer de parrainages religieux ou éthniques
pour réussir en politique.

Cette situation suscite les mêmes rengaines : « tous les mêmes » ; « nous avons les politiciens que nous méritons ». Cependant, ces phrases reflètent la réalité qui a été engendrée par une double démission. D’abord celle de la classe politique, qui a abdiqué devant la pression de la rue. Ainsi que sa propre incapacité à proposer et mettre en œuvre des programmes politiques courageux, innovants et durables. En face, notre classe pensante s’est résolue à laisser faire les politiques. Par dépit. Et par souci de ne pas se salir les mains en se joignant à la mêlée. Elle s’est lourdement trompée en pensant pouvoir faire une différence en misant sur le Parti travailliste, le MMM ou le MSM. Le « mainstream » politique du pays est dépassé. Il faut désormais hâter sa disparition.

Car politiquement et historiquement, l’émergence d’une nouvelle force politique devient possible. Il faudra toutefois investir le temps et l’effort nécessaires pour aboutir à ce résultat. Entendons-nous bien. Il ne s’agit pas de faire du neuf avec du vieux. On ne peut espérer constituer un mouvement politique neuf à partir d’idées portées par des cadres venus de vieux partis.

De quelles idées parle-t-on ? Le bon sens local reste loin du monde politique. On l’entend chez des travailleurs sociaux et des petits entrepreneurs dynamiques. On l’entend également chez ces professionnels et intellectuels qui pullulent au sein d’ONG écologistes, de clubs service divers et de loges maçonniques. Pourtant, tout ce petit monde inspiré,dynamique et déterminé reste loin de la politique. La peur de se salir les mains est tenace…

Cette classe pensante doit maintenant devenir agissante. Si on y pense,« Women In Politics » est un mouvement qui n’a pas lieu d’être ! La seule catégorie de personnes qui est vraiment mal représentée dans la politique locale, c’est celle des citoyens pensants, non partisans. Et qui ont des idées et la volonté de développer le pays. Mais qui rechignent à s’engager…

Le premier pas vers une nouvelle conscience politique nationale serait une plateforme. Appelons la « Citizens in Politics ». Qui regrouperait toute la classe pensante du pays. C’est cette classe qui doit dorénavant dessiner un projet politique, social et économique pour le pays. En se structurant, en peaufinant ses idées et leur mise en œuvre. Ce mouvement pourrait demain engendrer un ou deux partis politiques qui s’aligneraient enfin selon le seul clivage qui vaille. Les libéraux et les conservateurs : dans les sphères économiques et sociales.

Les grandes révolutions ont toutes été initiées par une poignée de personnes. L’île Maurice pensante n’a-t-elle pas quelques enfants susceptibles de lancer ce mouvement ? Nous osons croire que c’est possible…


D’autres commentaires sur cet éditorial


Extraits de Controverse de Radio One

Voici quasiment l’intégralité de l’émission Controverse de Radio One à laquelle j’avais participé mardi dernier. Quelques propos un peu durs ont fait réagir assez vivement un des dirigeants de la Voice of Hindu. Comme d’habitude, certaines de ses diatribes peuvent sans ambages être qualifiées de « menaces. »

Les deux derniers extraits sont principalement consacrés aux réactions des auditeurs. On peut écouter la « sortie » du dirigeant du VOH dans le dernier clip.

Pour terminer, mes excuses pour les plages de pub que je n’ai pas su couper ça et là. Elle durent le plus souvent 3 à 4 minutes. Alors ne vous privez pas d’avancer le curseur…


Revoilà les « bann la »

Pravind Jugnauth a été pris la main dans le sac par Radio Plus cette semaine. Il assistait à une réunion spéciale à l’intention des Vaish (la caste hindoue majoritaire à Maurice) où une consigne de vote en sa faveur a été donnée. Sans détour, sans nuance, le maître de cérémonie a proclamé que « la famille » n’avait qu’un seul candidat : Pravind Jugnauth. « Nou candidat ! »

Pour être honnête, je n’ai jamais cru que le code de déontologie de l’Electoral Supervisory Commission allait être respecté par les candidats des grands partis à la partielle de Moka Quartier Militaire. Mais toutefois, naïvement, j’avais pensé que c’est en toute discrétion qu’on allait tremper dans ces magouilles ethniques. Et en comité très très restreint. Loin des regards…

Il n’en est rien. L’ethnique est tout sauf discret dans cette campagne. Il est même partout ! Les excités de Voice of Hindu affichent clairement leur soutien à Pravind Jugnauth. Tandis que la Fédération de Grégoire, pardon, le Fédération Créole Mauricien, émet des communiqués pour rappeler aux créoles qu’il leur faut voter « selon votre conscience. » Est-ce à dire que les créoles ne votent pas habituellement avec leur conscience ? Mais je m’égare là de la question qui nous concerne…

Il ne reste plus qu’aux associations musulmanes et tamoules de rentrer dans la danse. En fait, je suis bête ! C’est déjà fait. C’est juste qu’on ne les entend pas tant que ça. Mais croyez moi, ça viendra…

En amuse bouche, vous trouverez, ci-dessous, le communiqué de la FCM ainsi que le paragraphe 3.3 du code de conduite de l’ESC.

COMMUNIQUE DE PRESSE

Déclaration du Père Jocelyn Grégoire, CSSp.

La circonscription No. 8 est présentement touchée par la fièvre d’une campagne électorale, en vue d’élire son représentant à l’Assemblée Nationale.  Il a été porté à ma connaissance que certaines personnes, proches de la FCM, sont très actives sur le terrain de la circonscription et utilisent mon nom pour promouvoir la campagne de l’un des candidats.

Pour tous les membres de la FCM et pour le public en général je voudrais  éclaircir les points suivants :

1. La FCM n’a mandaté personne pour parler en son nom ou au nom de son président pour influencer les votes de Créoles vers tel ou tel candidat à cette partielle.

2. La FCM refuse de soutenir l’un ou l’autre candidat engagé dans cette campagne électorale pour la  partielle de la circonscription No 8.

3. La FCM encourage très fort tous les Créoles de la circonscription No 8 à accomplir leur devoir civique et d’aller voter en masse pour cette élection.

4. La FCM demande à ce que chaque Créole de la circonscription aille voter librement selon sa conscience sans attendre de «mot d’ordre » de qui que ce soit

5. S’il y avait un mot d’ordre de la FCM et de moi-même, il aurait été  tout simplement : allez voter en masse librement selon votre conscience.

Que Dieu vous bénisse.

Jocelyn Grégoire, CSSp, Président FCM

Le 15 Février 2009


3.3 All participants shall, in particular, refrain from:

(a) organising any meeting or gathering where access is restricted to a section of the electorate on the grounds of religion, ethnicity, caste, race;

(b) making any appeal to the electorate on grounds of religion, ethnicity, caste or race; and

(c) disseminating material and ideas which are offensive, or which contains an appeal to sectarian or ‘communal’ sentiments or which advocate violence.


Plateformes utiles

Du « pa mo tousel ki fer sa », « ki dimounn pou dir ? » et un soupçon de paranoïa. Nous avons vu tout cela dans certaines réponses du Premier ministre. L’entretien publié hier par « l’express samedi » aide à cerner davantage sa manière d’appréhender le paysage politique et social du pays. Navin Ramgoolam, qui se dit volontiers combatif, un tantinet anticonformiste et homme de conviction, se révèle limite versatile.

Et c’est un fait établi. Pour ceux qui le connaissent personnellement, Ram-goolam n’est pas un sectaire. Il ne croit pas que certains citoyens méritent plus d’attention que d’autres sur le seul critère de leur ethnie ou leur appar-tenance religieuse. Pourtant, le PM accourt à toutes sortes de manifestations organisées par tout ce que le pays compte d’organisation socioreligieuses, voire carrément sectaires.

Pourquoi ne pas mettre un peu plus de distance ? Les Anglais pensent que « familiarity breeds contempt ». Pas faux. Ramgoolam devrait savoir qu’à trop fréquenter ces groupes, il court le risque de leur faire croire qu’il est personnellement sensible aux thèses et pratiques – parfois dangereuses – que certains d’entre eux défendent. Pourtant, le Premier ministre s’obstine à maintenir cette proximité.

Une rupture s’impose. Il est temps que Navin Ramgoolam marque sa distan-ce et qu’il le dise. Mais le PM part dans une explication abracadabrante pour expliquer son incapacité à s’éloigner du socioreligieux. Il se montre même démissionnaire en rejetant la faute sur les autres.

Navin Ramgoolam fait remarquer que Paul Bérenger, quand il était Premier ministre, organisait des réunions à son bureau avec la « Voice of Hindu ».

Il trouve que le « système est ainsi » et que donc, les Premiers ministres doivent assister à des fonctions socioreligieuses ou ethniques jusqu’au moment où tout le monde s’accordera à dire que ça ne doit plus être le cas. En attendant, tout PM court le risque « de se mettre à dos ces gens-là » s’il n’assiste pas à leurs fonctions. Dans un bel exercice de langue de bois, Ramgoolam pense toutefois que « les choses vont changer avec le temps ». On a du mal à croire que c’est Ramgoolam, l’homme de conviction, qui parle…

Pourtant, de la conviction, Navin Ram-goolam en affiche autrement. Notam-ment dans sa persistance à croire qu’il y a « une certaine injustice dans la façon » dont la presse le traite.

Il s’égare même dans une thèse fumeu-se, qui, si on la résume, revient à dire que l’ensemble de la presse mauricienne est à la botte de Bérenger et qu’elle est manipulée par lui. Que penser de cette manière de voir ? Est-ce la naïveté ? De la mauvaise foi ? Non, surtout de la paranoïa !

Pour tenir ce genre de langage et nourrir cette théorie du complot, il faut s’adresser à des foules réceptives. Elles aussi un peu paranoïaques sur les bords. Ramgoolam retrouve ces auditoires lors de rassemblements socioreligieux ou ethniques. Durant lesquels on se différencie des autres parce qu’on est de telle caste, de telle communauté ou de telle religion. Ceux qui se retrouvent ainsi entre « zot bann » sont toujours friands de théories du complot. Toujours prêts à entendre les histoires toutes faites sur les propos racistes de celui-ci, ou le comportement insultant ou déloyal de celui-là. De quoi justifier encore un peu plus le repli sur soi, sur sa communauté ou sur sa caste !

Ramgoolam a besoin de participer aux rassemblements socioreligieux et sectaires pour atteindre cet auditoire.

En distillant ce genre de discours là. Parce que ses mêmes propos fielleux et tendancieux – prononcés ailleurs devant des parterres de fonctionnaires, de syndicalistes, de diplomates ou d’hommes d’affaires, passeraient très mal. Participer aux grands-messes socioreligieuses l’arrange finalement.

Il serait honnête de l’avouer…

publié le 6 avril 2008


Quel cast(e)ing ?

Appelons un chat un chat. Et ad-mettons qu’il existe une règle non écrite à laquelle tient une bonne partie des Mauriciens. Cette règle veut que ce soit un « Vaish », une des cinq castes hindoues du pays, qui puisse prétendre au fauteuil de Premier ministre. Si l’on suit cette règle, seuls deux grands partis, le Parti travailliste (PTr) et le MSM peuvent ambitionner de porter leurs leaders respectifs, Navin Ramgoolam et Pravind Jugnauth, à la tête du prochain gouvernement. Mais tout « Blanc », donc « non-premierministrable » qu’il est, le poids politique de Paul Bérenger et de son MMM est largement supérieur à celui du MSM.

Est-ce une raison suffisante pour que le MMM contourne la règle en présentant Bérenger comme futur Premier ministre pour un mandat de cinq ans ? Paul Bérenger a déjà répondu. Non !

Nous pensons qu’il n’a pas tort. Mais pas pour les mêmes raisons que lui. Il faut l’admettre, la parenthèse enchantée septembre 2003 – juillet 2005 est refermée. Peut-être à jamais. Bérenger est venu, il a vu, mais il a été vaincu. Par lui-même. Et par sa manie agaçante de pratiquer une politique de séduction permanente vis-à-vis de chaque groupe ethnique du pays. À vouloir plaire à tout le monde, il a fini par déplaire à beaucoup d’autres.

À commencer par les hindous qui ont soupesé chaque décision de Bérenger pendant deux ans. Et inspecté chaque « kurta » et « pagri » qu’il s’est employé à porter régulièrement. Pour arriver à la conclusion, début 2005, qu’il n’avait pas travaillé dans leur intérêt. Une bonne partie de la population a donc fait une croix sur Bérenger comme PM. Mais pas nécessairement sur un gouvernement constitué majoritairement par les mauves.

Par conséquent, à un moment où la cote de popularité du gouvernement est loin de son zénith, on pourrait penser que Bérenger songerait à descendre dans l’arène. Et en chef de tribu politique, de mener lui-même ses troupes au combat en essayant d’engranger des points politiques sur son propre nom. Mais non, Bérenger s’attelle à deux autres priorités : souffler sur les braises de la dissension au sein du gouvernement, et poursuivre sa quête du « Vaish » qu’il pourra présenter comme futur Premier ministre.

Sauf dans le cas de Reza Issack, Paul Bérenger pêche exclusivement dans un bassin « Vaish ». Raj Dayal, Anil Bachoo, Dinesh Ramjuttun, Madun Dulloo et Ashock Jugnauth sont tous des « bien nés » que Bérenger courtise. Le leader mauve doit en être persuadé. Sans caution « Vaish » – ou plutôt paravent – point de salut électoral. Et c’est justement là que les choses se gâtent. Parce que Bérenger contribue à pérenniser cette absurde règle non écrite.

Il ne permet pas à la population de démontrer sa maturité. Mais de quelle maturité parle-t-on ?

Il faut être réaliste. Dans une démocratie, c’est la voix de la majorité qui l’emporte. Celle-ci voudra donc être représentée par un chef dont elle se sent proche. Dans le cas de Maurice, il est prévisible que la population, majoritairement hindoue, tende à privilégier l’installation d’un PM de cette communauté. Toutefois, comment donc en est-on venu à devoir précisément choisir un « Vaish » pour PM ?

Sir Satcam Boolell, dans un entretien en 2003 affirme que le « mythe du seul « Vaish » qui peut devenir Premier ministre est faux ». En expliquant que c’est le « hasard » qui explique que tous les PM depuis l’indépendance, à l’exception de Paul Bérenger, ont été des « Vaish ».

Il est temps de vérifier si sir Satcam a raison. Il faudrait même qu’on lui donne raison ! Et nous pensons que celui qui peut le faire n’est nul autre que… Paul Bérenger. Il est en mesure d’effectuer un choix historique. En sortant du carcan des castes. Qu’il admette que ni Bachoo, ni Dayal, et encore moins Dulloo, ne sont aptes à présider à la destinée de notre République. Que Bérenger révise le profil du premierministrable qu’il recherche pour le MMM. En concentrant dorénavant ses efforts à trouver cet hindou, homme de vision, bon gestionnaire et excellent stratège. Qu’importe qu’il soit « Ravived », « Rajput », « Baboojee » ou « Maraz ». Que ce premierministrable-là inspire le respect à cette moitié de la population qui n’a pas les mêmes origines que lui. Tout en faisant la fierté et en suscitant l’admiration de l’autre moitié de la population.

Oui, le raisonnement que nous venons de tenir est toujours ethnique. Mais on ne peut plus se contenter de formules incantatoires. Il faut d’abord faire ce qui est réalisable politiquement. En tenant compte des réticences et appréhensions parfois irrationnelles de la population. Passer du « Vaish PM » au « Hindu PM » est une étape. Une petite barrière franchie.

On ne peut que souhaiter que, le moment venu, Pravind Jugnauth et Navin Ram-goolam décident également de nommer leurs successeurs respectifs non pasen se basant d’abord sur son identité de « Vaish », mais plutôt en se demandant s’il est susceptible d’inspirer respect et loyauté de la part de leurs électorats et de la population en général.

Dans 20 ans ou 30 ans, quand on sera passé de l’ère du « Vaish PM » à celle du « Hindu PM ». Quand les peurs et insécurités identitaires auront disparu, un autre horizon s’ouvrira sans doute.

Le MMM, le MSM, le PTr, ou les autres grands partis qui seront nés alors n’hésiteront plus à nommer Aslam, Vidya, Koomaren ou Jean-Jacques à leur tête et décréter, dans le même élan, que leur leader sera le PM désigné en cas d’une prochaine victoire électorale.

Ce n’est pas demain que cela se produira. Mais pour que cette perspective devienne réalité, il faut que des hommes politiques d’envergure, comme Paul Bérenger, donnent l’exemple dès maintenant. Nous souhaitons ardemment qu’il en soit capable !

publié le 23 mars 2008


« Betchwa », « batiara » et consorts

L’admirable côtoie l’exécrable chez nous. Souvent, trop souvent.

À quelques jours de l’ouverture des Jeux des îles, on ne peut s’empêcher de repenser à la ferveur qui avait gagné le pays en 2003. Durant ce mois d’août, le quadricolore flottait partout. Et, à la faveur d’une victoire de l’équipe nationale de foot, on affirmait, sans arrière-pensée, sa fierté d’être Mauricien. Toutes nos différences avaient été (temporairement) oubliées. Il y a ce beau spectacle-là. Et il y a le mauvais cinéma. Auquel se livrent plusieurs groupuscules ethniques du pays en ce moment.

Depuis bientôt deux semaines, on assiste à un psychodrame. Autour d’un président de conseil de district évincé pour des raisons politiques – il faut le préciser. Mais si l’on écoute les groupuscules qui ne représentent qu’eux-mêmes, et qui ont pris fait et cause pour ce politicien, on comprend tout autre chose. Pour eux, ce changement insignifiant à la tête d’une administration régionale n’est que la manifestation d’une grande conspiration pour brider un groupe ethnique !

C’est une recette usitée dans ce pays bancal. Quand on est à court d’arguments valables pour justifier un renvoi, une défaite ou un quelconque revers, on se tourne invariablement vers un argumentaire irrationnel, et de préférence ethnique, pour tout expliquer. C’est donc parce que Bob Choolhun est un « Rajput » – une composante minoritaire de la majorité hindoue du pays – qu’il a été évincé de la présidence du conseils des districts de Moka-Flacq. Allons donc !

Certes, il ne faut pas être naïf. Chacun sait que le profil ethnique de chaque candidat à une élection générale est soigneusement soupesé avant qu’on ne lui assigne une circonscription. Mais tout n’est pas qu’une question d’ethnie non plus ! Toutefois, tout relier à ce facteur peut arranger beaucoup de monde. Des dizaines de « syndicats » ethniques ou religieux en ont profité pour asseoir leur pouvoir de nuisance ou d’intervention auprès des dirigeants politiques.

Qui osera dire aujourd’hui que la « Voice of Hindu » – qui s’est érigée en véritable groupe de défense des intérêts des hindous du pays – n’est pas devenue un interlocuteur de nos plus hauts dirigeants politique ? À force de coups d’éclats et d’interventions intempestives, tantôt pour un licenciement dans un hôtel et tantôt lors de l’expulsion d’une famille de squatters. En passant par les assemblées générales d’actionnaires d’Air Mauritius !

Le Premier ministre peut se laisser aller à quelques faiblesses par ailleurs, mais il faut reconnaître qu’il est assez hermétique aux récriminations des maîtres chanteurs des organisations ethniques. Du moins, il le dit souvent publiquement. C’est une posture qu’il faut saluer. Maurice étant ce qu’elle est, l’effet de contagion, quand on cède face aux énergumènes qui ne jurent que par l’ethnie, peut être gravissime.

Car on a alors recours à un raisonnement simpliste et dangereux. Si on fait des groupements ethniques des interlocuteurs, on crédibilise ceux qui affirment qu’être créole c’est synonyme d’exclusion automatique de la fonction publique. C’est également crédibiliser ceux qui disent que le ministre des Finances se doit d’être tamoul.

Ou encore ceux qui pensent que le Premier ministre du pays doit invariablement être un hindou « Vaish » !

Mais malheureusement, il ne suffit pas que les dirigeants politiques abandonnent le raisonnement ethnique. Il faut aussi que ceux qui les élisent, nous tous, acceptions d’en faire de même. En oubliant un peu la couleur de peau, le nom de famille ou les liens de parenté de nos interlocuteurs. Pour ne s’intéresser qu’à ce qu’ils pensent, disent et font. Une bonne partie d’entre nous en est encore parfaitement… incapable !

publié le 5 aout 2007


Le jeu des 5 familles

En immigrant à Maurice, les hindous ont apporté avec eux leur organisation sociale sous forme de castes. Avec le temps, ces dernières se sont «mauricianisées »: de nouvelles castes sont apparues.

Un Indien, fervent pratiquant de l’hindouisme, débarquant à Maurice, aurait du mal à comprendre ce que sont les baboojee, les maraz, les ravived, les rajput. Seuls les vaish lui seront familiers. Mais il ne s’étonnera pas trop de son « ignorance ». Car en 5 000 ans, le nombre de castes en Inde est passé de quatre… à des milliers ! Retour aux sources pour décrypter l’évolution de ce système.

Il y a environ 5 000 ans, c’est à travers des textes révélés, les Védas, que la religion hindoue instaure un strict système de classification sociale : les quatre castes. Au sommet de la hiérarchie, que les livres sacrés ordonnent de respecter, se trouve le brahmane, l’érudit. Il est le professeur, détenteur des savoirs védiques. Il est respecté de tous, y compris des ksatriyas.

Ceux-là constituent la deuxième caste par ordre hiérarchique. Ce sont les guerriers et les nobles. Leur fonction première demeure la défense et l’administration de la cité. Viennent ensuite les vaish, qui sont les commerçants et toutes les personnes qui participent à la création de la richesse. Tous ceux qui ne sont ni brahmanes ni ksatriyas, ni vaish sont des sudras. Dans les faits, les sudras sont plus souvent au service des autres castes. Ils se spécialisent dans des secteurs d’activités abandonnés ou dédaignés par les autres. Le système des castes, à l’origine, n’est qu’une forme primaire de division de la main-d’œuvre.

La classification qu’imposent les livres sacrés n’est pas hermétique. On naît dans une caste, mais on n’est pas condamné à y rester. Le concept central de la religion hindoue, le karma, l’explique. Ce qu’accomplit un hindou détermine, en partie, dans quelle caste il renaîtra. Tous peuvent donc prétendre « grimper dans l’échelle » en menant une vie la plus respectable possible. Quitte à la passer à travailler laborieusement pour d’autres castes.

Mais quel rapport ont ces quatre castes originelles avec les cinq castes de Maurice, dont la hiérarchie est différente ? Ici, ce sont les maraz qui trônent en haut de la hiérarchie. Ils s’assimilent volontiers à la caste des brahmanes depuis les premières grandes vagues de migration indienne. En deuxième ligne, arrive la caste « revisitée » des baboojee, qui sont assimilés aux ksatryas. On retrouve ensuite, la caste des vaish. Ses membres ont conservé leur nom et la même place dans la hiérarchie.

Malgré les changements d’appellation, le système demeure cohérent jusqu’ici. Mais dès qu’on en arrive à la quatrième catégorie, la classification se mauricianise complètement. Ici, la caste des sudras se divise en deux sous-castes, ravived et rajput, entièrement distinctes.

Une tribu de guerriers

Il y a une querelle entre elles. Chacune revendique l’avant-dernière place. La sémantique vient à l’aide des deux camps. Les ravived, aussi appelés ravidass, n’aiment pas trop cette appellation, parce que dass peut signifier serviteur et même esclave en hindi. Les rajput, eux, peuvent être appelés dusadh, appellation qu’ils jugent péjorative.

La caste à Maurice cultive l’image d’une tribu de guerriers issus du Rajasthan. Ce qui devrait, en fait, les placer dans la caste des ksatriyas et non parmi les sudras. Mais cette « famille » de deux sous-castes n’est pas la seule à connaître ces tensions internes. C’est la même chose pour une autre « famille » : les vaish.

Cette caste souffre d’une subdivision en plusieurs groupes qui s’entendent plus ou moins bien. Les sous-castes les plus puissantes sont les kohri, les kurmi, les kahar, les ahir et les lohar.

Les querelles internes entre groupes vont vite céder le pas à une tripolarisation. La division s’opère entre ce qu’on appelle communément les « grand nations » (baboojee et maraz), les vaish et les « ti-nations ». La formule péjorative utilisée pour qualifier ce groupe, les chamars, semble être devenue un mot tabou depuis le début des années 90.

Éclatés en apparence, les hindous sont toutefois arrivés à se fédérer en deux grands groupes : les sanatanistes et les arya samajistes.

Le sanatanisme prône le respect des anciens rites fondés sur une vision polythéiste de l’hindouisme. Au temps des subventions étatiques aux diverses communautés, les hindous qui en avaient les moyens ont construit ou aidé à la construction des premiers temples. Ils en ont parfois restreint l’accès à des personnes et castes prédéterminées. D’où le début d’un sentiment d’ostracisme parmi les plus basses castes hindoues.

Entre en scène le mouvement Arya Samaj. Né en Inde vers 1875, ce courant « protestant » de l’hindouisme prône le retour aux textes védiques et considère que la représentation des dieux et l’adoration d’idoles ou d’images doivent être proscrites. L’Arya Samaj accueille les plus basses castes en Inde, en maintenant la sympathie des intellectuels des plus hautes. À Maurice, c’est la même chose.

Une communauté fracturée

C’est durant la première moitié du 20e siècle, sous la direction de personnes provenant de toutes les castes, que le mouvement prend de l’essor. Dans les années 70, la très grande majorité des rajput et ravived du pays s’identifie à l’Arya samajisme. Une importante partie des vaish est également attirée par le mouvement. Tandis que les deux plus hautes castes maintiennent leur assise au sein de la Mauritius Sanatan Dharma Temples Federation, tout en conservant une présence minimale, mais néanmoins influente au sein de l’Arya Samaj.

Désormais, la communauté hindoue est fracturée en deux parties quasiment égales. L’une, composée d’un noyau de rajput et ravived ainsi que de la moitié des vaish et d’une petite partie des baboojee et maraz. L’autre est composée de la grande majorité des hautes castes ainsi que d’une bonne moitié des vaish. Les rajput et ravived sont peu nombreux, donc peu influents au sein de cette communauté-ci.

La question du rapport des forces en soulève d’autres. Par rapport aux éléments mêmes de la force. Sur papier, ce sont les vaish qui sont majoritaires dans le pays. Alors que certains chercheurs étrangers affirment que ce sont principalement des immigrants issus des plus basses castes qui avaient, avant tout, décidé d’aller chercher fortune à Maurice. N’est-ce pas qu’un malentendu qui diviserait les familles hindoues ?

publié le 7 novembre 2004

l’express dimanche a consacré un dossier complet au pouvoir des castes à Maurice en septembre 2010. Vous pouvez le lire ICI.


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