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Vertement manipulés ?

Il peut être un véritable sphinx quand cela l’arrange. Puis se transformer en conteur volubile l’instant d’après. Ce jeudi, on a plutôt eu droit à la version « bavard » de Navin Ramgoolam lors des célébrations du Nouvel An tamoul. Mais les confidences du Premier ministre n’ont rien eu de rassurant. En évoquant le projet de centrale à charbon CT Power – mis au placard en janvier –, Ramgoolam laisse entendre que son gouvernement a pu être manipulé sur ce dossier.

Candide, le Premier ministre a d’abord expliqué avoir été « surpris du contenu » du rapport de Joël de Rosnay sur la question. L’expert en développement durable a en effet conclu que la centrale CT Power pourrait faire courir de réels risques au pays. N’en démordant pas, Ramgoolam a ensuite avoué qu’on lui avait fait comprendre que le rapport avait pu être manipulé. C’est ce qui justifierait, selon lui, le réexamen du dossier CT Power.

Cet aveu n’a rien d’anodin, il est même d’une extrême gravité. Car il nous conduit à nous poser une série de questions. Est-ce que le Premier ministre implique que c’est son conseiller Joël de Rosnay qui aurait pu « manipuler » le rapport ? Si c’était le cas, à qui aurait profité cette présumée « manipulation » ? Si ce n’est pas l’expert franco-mauricien qui est en cause, qui a faussé les conclusions du rapport ? Enfin, si c’est sur la base de ce rapport que le gouvernement a enterré le projet CT Power en janvier, peut-on conclure que d’autres décisions du gouvernement ont pu être prises à partir d’études elles aussi manipulées ?

Les citoyens du pays ne doivent ni plus ni moins attendre du Premier ministre qu’il initie toutes les procédures administratives et juridiques afin de vérifier si le rapport sur la centrale à charbon a été manipulé ou non. Si une quelconque irrégularité était avérée, nous devrions également exiger du Premier ministre qu’il utilise toutes les prérogatives à sa disposition pour situer les responsabilités dans cette affaire.

Il y a moins d’un mois, Navin Ramgoolam disait sa défiance envers ces experts « qui n’ont pas forcément raison » . Il sait probablement de quoi il parle. Car ce sont, par exemple, eux qui ont cornaqué le gouvernement au moment de la signature des accords d’achat d’électricité aux « Independent Power Producers » ( IPP). Or, ce n’est qu’une dizaine d’années après la signature des deals que Ramgoolam a personnellement laissé entendre que ceux- ci se montraient trop favorables aux IPP.

Il est probablement un peu tard pour modifier fondamentalement les clauses de ces contrats dont l’intégrité sera efficacement défendue et protégée devant nos tribunaux. Toutefois, nous pouvons encore nous intéresser aux autres mégaprojets qui n’ont pas encore abouti. Mais qui auront potentiellement un important impact environnemental. Nous devons nous demander si nous avons bien reçu des avis d’experts « non manipulés » sur la zone économique de Jin Fei et le « mégaprojet » Neotown.

Ces questions méritent d’être posées maintenant, c’està- dire à la veille du déclenchement d’une vaste campagne de consultation et de conscientisation organisée par le ministère de l’Environnement, dans le cadre de l’élaboration d’une « integrated national policy » en matière de développement durable. C’est ce que préconise le Livre blanc sur Maurice Ile Durable ( MID) adopté par le Conseil des ministres, ce vendredi.

MID est un projet trop important pour qu’on en jette les bases réelles à partir de rapports « manipulés » . Dans le Livre blanc, l’élément « government committment » apparaît comme l’un des ingrédients les plus importants pour la réussite du projet MID. Il est temps que le gouvernement et le Premier ministre en fassent la démonstration en expliquant à la population – étude à l’appui – si nous avons été ou non vertement manipulés par les promoteurs des projets Jin Fei et Neotown.

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Ramgoolam a raison

Qu’on se le dise, le Premier ministre est dans le vrai quand il affirme « que les experts n’ont pas forcément raison ». Si ce n’était pas le cas, la bombe malthusienne locale, « découverte » par Richard Titmuss, il y a un peu plus de 50 ans, aurait déjà explosé. Si les experts ne se trompaient jamais, l’Etat aurait également fait banqueroute depuis des décennies. A cause de son incapacité à financer l’éducation et les services de santé gratuits. C’est donc faire un faux procès à Navin Ramgoolam que de lui reprocher sa déclaration de mercredi dernier, lors de l’inauguration du nouveau campus du Charles Telfair Institute.

Il ne faut pas non plus se laisser aller à penser que le chef du gouvernement dédaigne les experts, surtout étrangers. Durant ses trois mandats, il a largement démontré son goût prononcé pour les spécialistes venus d’ailleurs. David Shattock a été son conseiller spécial en matière de réorganisation de la police. Andrew Scott le cornaque depuis plusieurs années sur son action économique. Geoffrey Robertson, éminent juriste britannique, a, lui, été chargé par Ramgoolam de soumettre des propositions de réforme dans notre droit de la presse.

La cause est donc entendue. Ramgoolam ne fait pas confiance aux experts – entre autres – mais s’en entoure à profusion. Contradictoire, tout cela ? Pas du tout. Pour se justifier, il explique que les technocrates ont trop tendance à ne « regarder les choses qu’en termes de roupies et de sous ». En effet, si l’on écoutait les spécialistes du Fonds monétaire international, par exemple, le taux de la Tva grimperait au-delà des 15 % actuels et certaines subventions sur les denrées de base ou le gaz disparaîtraient illico. Améliorant considérablement, au passage, l’état de nos finances publiques.

Si les experts se préoccupent, eux, des aspects techniques et économiques, c’est la vision à long terme qui doit monopoliser l’attention d’un Premier ministre. « Les leaders doivent montrer la voie et non suivre celle des autres », soutient ainsi Ramgoolam. A son crédit, on doit admettre qu’il l’a démontré en faisant arrêter les travaux de l’autoroute traversant la vallée de Ferney peu après son arrivée au pouvoir en 2005. Même si cette décision a coûté des dizaines de millions de roupies à l’Etat.

Un leader aussi brillant soit-il ne peut toutefois se permettre de se prévaloir de sa seule vision pour diriger un pays. Encore faut-il qu’il prenne les bonnes décisions au moment propice pour traduire sa politique dans la réalité. Si le choix d’arrêter les travaux dans la vallée de Ferney a été mûri en l’espace de quelques semaines, d’autres arbitrages – autrement ou tout aussi importants – sont en suspens depuis trop longtemps.

Si à l’échelle des temps géologiques, une année équivaut à moins d’une micro-seconde, à l’échelle d’un mandat de cinq ans, cette même période représente une éternité. Et l’éternité coûte cher ! Dans le cas du métro léger, dix années de tergiversations ont fait doubler le prix du projet. Estimé dernièrement entre 10 et 15 milliards de roupies.

Depuis sa visite à Singapour, en septembre dernier, le Premier ministre semble avoir résolument inclus le métro léger dans sa vision. Mais même si celle-ci est désormais claire, l’on ne peut s’empêcher de se demander le nombre d’années – et de milliards de surcoût – qui s’écouleront entre l’énoncé de la vision et sa concrétisation. Car la capacité de Ramgoolam à avoir une vision n’a d’égale que l’inertie dont il fait preuve au moment de la traduire dans la réalité.

L’Equal Opportunities Act, annoncée dans le manifeste électoral du Parti travailliste en 2005, n’a été votée que trois ans plus tard. A ce jour, elle ne sert à rien. Car les personnes chargées de l’appliquer n’ont pas encore été nommées… par le Premier ministre. Depuis 2008, Ramgoolam a présenté le projet Maurice Ile Durable (MID) comme la pierre angulaire du développement futur du pays. Trois ans après, le projet vivote. Non pas par manque de moyens financiers, mais parce que le Premier ministre ne juge toujours pas utile de passer à la vitesse supérieure. En donnant, par exemple, personnellement l’impulsion afin qu’une vraie feuille de route soit établie lors d’une sorte de Grenelle de l’Environnement local.

La vision, sans la capacité de la traduire dans la réalité, n’a que peu de valeur. Le Premier ministre doit le savoir. Dans sa sagesse, il pourrait même songer à s’inspirer de ceux qui ne perdent aucun temps à concrétiser une vision. Pravind Jugnauth et Maya Hanoomanjee ont peut-être quelques conseils à lui prodiguer à ce sujet. En tant que ministres des Finances et de la Santé, n’ont-ils pas fait en sorte que l’ambition du Premier ministre de construire un hôpital gériatrique dans le pays soit concrétisée en à peine plus de six mois ? Pour la modique somme de Rs 144 millions !

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Et si ?

L’avertissement est sans équivoque. Si 2009 a été une mauvaise année pour le tourisme, 2010 pourrait être pire ! En ce milieu d’année, l’optimisme n’est pas le sentiment ambiant parmi les membres de l’Association des hôteliers et restaurateurs de l’île Maurice (Ahrim).

Face à ce discours alarmiste, nous pouvons d’abord choisir de ne pas être dupes. La récente annonce d’un Tourism and Hotel Investment Trust a probablement donné des sueurs froides à quelques grands patrons du secteur. La confession de l’Ahrim apparaît, du coup, opportune. Décodé, le message dit donc: « Chers Navin et Pravind nous sommes dans une passe difficile. Il nous faut d’abord surmonter les deux années à venir. Ensuite, nous discuterons de l’ouverture de notre capital. » Il n’est pas dit que le Premier ministre et son ministre des Finances apprécient le message ! A moins que…

Cela nous amène à la deuxième lecture possible de la confession de l’Ahrim : et si le tourisme se trouvait effectivement dans une mauvaise passe ? Dans cette conjoncture, ce secteur doit-il continuer à réciter le même mantra ? En se disant qu’il suffi t de rester dans le haut de gamme, conserver son assise sur ses marchés traditionnels tout en ciblant ceux — émergents — d’Asie et d’Europe de l’Est pour réussir.

Et si nous avions tout faux ? Et si notre stratégie de croissance par le nombre (deux millions de touristes en 2015) était fondamentalement mal inspirée ? La crise qui secoue en ce moment la zone euro, notre principal marché touristique, est une sorte de « wake up call ». Allons-nous l’écouter et saisir l’opportunité qui se présente ? Pour faire quoi ?

D’abord freiner notre élan ! En décidant de ne plus laisser construire de nouvel hôtel dans le pays. Puis décider courageusement et collectivement que durant les années à venir, l’objectif maximal d’arrivées touristiques s’établira à un million. Pour ensuite profiter de ce temps d’arrêt afin d’évaluer concrètement l’effet social, économique et écologique de l’industrie touristique.

Depuis 30 ans, l’industrie touristique n’a été obsédée que par la croissance du nombre d’arrivées. Il faut maintenant évaluer concrètement quels dégâts ont été causés à notre environnement — certains lagons comme Grand-Baie sont morts — en raison de l’activité touristique. Mais aussi identifier clairement les fléaux sociaux et les précarités (notamment économiques) que l’industrie a pu générer. Déterminer pourquoi et comment des poches de pauvreté et de délinquance perdurent. Parfois à quelques centaines de mètres de nos plus grands palaces.

L’urgence absolue : agir. « MIDifier » le tourisme en le rendant totalement compatible avec le concept Maurice île Durable (MID). Pour cela, il faut élaborer un grand plan national pour atténuer l’impact environnemental de l’industrie. En protégeant nos côtes ici, gérant mieux les ressources en eau là et révolutionnant le mode de génération et de consommation d’énergie ailleurs.

Parallèlement l’industrie doit inaugurer une nouvelle ère dans ses relations avec ses employés et ses voisins. D’abord, en redoublant de rigueur dans la formation de TOUS ses employés. Leur permettant ainsi d’exceller dans leurs domaines respectifs et assurer leur avancement professionnel. L’industrie doit en même temps cesser la relation paternaliste qu’elle entretient avec son voisinage. Les faits semblent démontrer que l’accompagnement simpliste consistant à financer des projets communautaires ça et là ne marche pas. L’industrie doit désormais s’impliquer efficacement à travers des programmes de sous-traitance ou d’accompagnement social en adéquation avec les réalités locales.

Récapitulons les caractéristiques de ce tourisme « MIDifié ». Il assure un taux de remplissage convenable pour les hôtels et bungalows existants. Il exerce peu – et même de moins en moins — de pression sur l’environnement. Il permet à ceux travaillant dans l’industrie mais aussi à ceux vivant à côté des établissements hôteliers de profiter pleinement de cette activité.

Valeur du jour, les touristes venant à Maurice apprécient seulement une vitrine. Et ignorent souvent tout des effets négatifs de l’industrie. Il faut imaginer un autre scénario. Celui où le touriste sait qu’il n’est pas seulement un chiffre dans le nombre des arrivées. Celui où les euros qu’il dépense profitent aussi bien à l’ébéniste du coin qu’au délinquant repenti vivant 2 km plus loin. Il faut imaginer le scénario où le touriste n’aura eu aucun impact vraiment négatif sur l’environnement du pays entre le moment où il est arrivé puis reparti.

Ce serait en soi une extraordinaire « expérience » à faire vivre à un touriste que de le rendre conscient que son séjour dans le pays a été effectué tout en préservant un équilibre social, économique et écologique. Ce serait un bien beau label. Tout à fait vendable. Pour qu’on arrive à cela, il faudrait toutefois que l’on stoppe la machine. Est-on seulement prêt à le faire ?

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Passage au vert

Exit la démocratisation de l’économie. Place à la démocratisation de l’écologie. Depuis vendredi, le Maurice Île Durable Fund (MIDF) a lancé une vaste consultation nationale sur la question du développement durable (DD). Nous avons tous intérêt à ce que cet exercice réussisse. Mais allons-nous tout faire pour que ce soit le cas ?

Comme sur bien d’autres questions, les Mauriciens cultivent les paradoxes au sujet du DD. Régulièrement, les études démontrent qu’une majorité d’entre nous est sensible à ce sujet. Qu’elle veut s’impliquer pour la cause. Mais le fossé entre les déclarations d’intention et les actes est encore énorme. Car les débats, les remises en cause, les coups de gueule et les propositions en matière de DD proviennent invariablement des mêmes acteurs.

Une demi-douzaine d’associations. Certains scientifiques et universitaires. Une poignée de fonctionnaires et de cadres du secteur privé. Deux ou trois politiques. Ainsi que quelques Géo Trouvetout passionnés d’écologie. Voici, à peu d’individus prés, tous ceux qui animent l’agenda du DD à Maurice. L’exercice consultatif qui se termine le 31 mars comporte donc un réel risque. Celui de se transformer en un forum d’initiés. Durant lequel nous verrons les mêmes personnes débattre des mêmes questions. Pour finir par pondre les mêmes propositions.

Si ce scénario se produit, nous aurons dépensé l’argent du contribuable et mobilisé des dizaines de fonctionnaires ainsi que le Professeur François Odendaal pour rien. Mais il n’est pas trop tard. L’exercice consultatif peut encore devenir un succès aussi bien grâce au nombre de participants que par la qualité et la diversité de leurs apports. Pour cela, un impératif: communiquer.

Dans une déclaration à lexpress.mu, ce jeudi, Odendaal a expliqué « qu’aucun Mauricien ne doit pouvoir dire qu’il n’a pas eu l’occasion de donner son avis dans ce grand projet ». Le commentaire est juste. Mais il appelle une observation. Pour que tous les Mauriciens participent aux travaux, il faut encore qu’ils se rendent compte que la question du DD concerne à peu prés tous les aspects de leur vie quotidienne. Qu’ils comprennent enfin que DD ne rime pas qu’avec environnement et carburants. Car il faut le dire, le Mauricien moyen a une fausse conception du DD et de ses implications. Il faut l’éduquer.

Pour réussir à impliquer le grand public, il faut s’inspirer des modèles étrangers en la matiére. Et pour une fois, le modéle se trouve à 30 minutes d’avion de nous…à La Réunion. La politique de l’Agence régionale de l’énergie Réunion (ARER) est un modèle du genre. En effet, il suffit de consulter son site web pour se rendre compte de la justesse de sa communication et ses actions pour attirer les Réunionnais. D’ailleurs, la priorité de l’ARER est l’« information du grand public ».

L’ARER explique certes aux Réunionnais les grands enjeux du développement durable. Mais elle détaille d’abord comment et pourquoi certaines techniques de construction sont plus écologiques et économiques. Elle propose également des feuilles de route à ceux qui veulent devenir petits producteurs d’électricité ou bénéfi cier de crédit d’impôt. Et met les différents acteurs en relation afin de faire avancer l’agenda du DD.

Mais nous n’en sommes pas encore au point de créer une ARER bis à Maurice. Car avant cela, il faut éduquer les Mauriciens. Et développer chez eux la conscience que chacune de leurs actions ou initiatives peut aider à la cause. Si cette phase d’éducation réussit, nous verrons alors des maçons et ouvriers déposer devant Odendaal pour lui expliquer les bienfaits de certaines techniques de construction. Nous écouterons des entrepreneurs défendre âprement l’idée d’une détaxe totale de certaines technologies.

Pour ensuite s’engager à les proposer à des prix négociés aux professionnels et au grand public. Pour que de telles demandes, et propositions voient le jour, il faut que toute l’île Maurice découvre le potentiel économique et social de notre passage au vert. La bataille de l’écologie se gagnera sur le terrain de l’information…


L’après Copenhague

« Si le climat était une banque, vous l’auriez déjà sauvé. » La phrase du président vénézuélien, Hugo Chavez, a fait mouche lors du sommet de Copenhague sur le climat. Mais ce genre de cynisme ne fera pas avancer les choses. Le Sommet de l’ONU doit être considéré comme un semi-échec. Même si le président Obama parle d’une « percée sans précédent » en faisant référence aux engagements pris par les USA ou la Chine pour réduire leurs émissions de carbone. Mais avec quels moyens ?

C’est avec amusement qu’un éditorialiste du « Wall Street Journal » écrit : « We can’t wait to hear Mr. Obama tell Americans that he wants them to pay higher taxes so the U.S. can pay China to become more energy efficient and thus more economically competitive. » En effet, la Chine, qui est le principal émetteur de carbone au monde depuis quelques années, se taillera la part du lion des $ 100 milliards d’aide étrangère destinée à permettre aux pays en développement – la Chine en fait partie – de réduire leur émission de carbone.

Vu de loin, on pourrait être tenté de conclure que ces sommets de l’environnement, de Rio de Janeiro en 1992 à Copenhague en passant par celui de Kyoto en 1997, n’auront pas servi à grand-chose. Nous aurions tort. Car nous regardons à chaque fois le sommet de la pyramide. Or, c’est à la base que les choses bougent. La conscience écologique est devenue globale. Elle est vivace et en progression.

A Maurice, la notion de développement durable (DD) gagne du terrain, ainsi une enquête d’opinion menée chez un large échantillon de la population a démontré qu’un Mauricien sur quatre (25,8 %) souhaite que le gouvernement fasse de l’écologie sa politique prioritaire. Ces chiffres sont extrêmement encourageants. Car le développement durable est une question de mentalités et de mode de vie. Plus nos citoyens seront réceptifs à la question de DD, plus ils remettront en cause leurs comportements. La mécanique est complexe. Qui fonctionne grâce à des effets d’entrainement mêlant actions étatiques et effet d’émulation personnel et communautaire. Or les deux semblent absents à Maurice.

Certes, on nous rétorquera que la vision Maurice Ile Durable (MID) existe. Mais la vision MID n’a pas encore été traduite dans la réalité. Car notre « National Energy Policy » n’existe toujours pas. Et le cadre juridique et administratif plus global gouvernant tous les aspects de MID demeurent encore à être élaboré. D’ailleurs, ce n’est que ce vendredi que le Conseil des ministres a annoncé l’élaboration d’une « National MID Policy » qui devrait être prête en juin 2010. Il faudra exiger du gouvernement que le comité chargé de la rédaction de ce document ne s’égare pas dans des débats philosophiques. Et produise des recommandations applicables dans les plus brefs délais.

En complément de l’action étatique – et à plus petite échelle l’effet d’émulation doit pouvoir aider la conscience écologique à se propager dans l’île. Le covoiturage, l’adoption de technologies vertes, de nouvelles habitudes de consommation, le choix du recyclage et du compostage sont autant d’attitudes à développer chez le Mauricien. Pour cela, il faut que nos voisins, nos collègues de bureau, nos politiques, chefs d’entreprises et nous-mêmes donnions le bon exemple. Il existe des « role-models » de ce type dans le pays. Mais ils sont malheureusement peu connus. Pourtant, nous gagnerions à découvrir leur sens de l’engagement écologique. Comme celui de ce directeur d’une grande banque locale qui a abandonné le confort de sa berline allemande pour l’efficience d’une voiture hybride depuis quelques semaines.

Si le sommet de Copenhague n’a pas accouché d’un accord historique et coercitif amenant les Etats à adopter des politiques plus vertes, il a néanmoins mis en lumière la conscience écologique mondiale qui veut désormais qu’on passe à l’action. Les chefs d’Etats n’ont pu se résoudre à des compromissions industrielles et financières trop importantes. Mais plus que jamais, les citoyens du monde veulent changer leurs comportements afin de retarder la catastrophe climatique globale qui s’annonce. Le succès de ce sommet sur le climat ne dépend en fait pas que des actions des gros pollueurs comme la Chine, l’Inde ou les USA. Mais aussi des nôtres. Nous pouvons encore, par nos actions, transformer le semi-échec de Copenhague en succès.


Putting competence first

Corruption électorale. C’est ainsi que de nombreux politiciens et observateurs ont qualifié l’annonce de Rama Sithanen durant son discours de mercredi. En effet, le budget 2010 prévoit l’embauche de 2 700 personnes. La concordance de ce recrutement avec la période électorale ne peut que faire peser des soupçons sur l’intention réelle ou inavouée du gouvernement.

La situation n’est pas aussi prosaïque. La nouvelle méthode de présentation du budget est encore méconnue du grand public. C’est dommage, car le Programme Based Budgeting (PBB) adopté depuis 2008 permet de comprendre quels résultats les ministères produisent en utilisant les ressources humaines, matérielles et financières mises à leur disposition. A la lecture du PBB de 2010, on comprend que les recrutements dont on parle semblent justifiés au vu des objectifs de performances fixés par les ministères concernés.

Santé, Education, Police et Maurice Ile Durable (MID), voici les secteurs qui vont accueillir les nouvelles recrues. Dans la police, par exemple, les 900 recrues seront vite mises à la tâche. Car le doublement du nombre de patrouilles mobiles et d’opérations de détection de stupéfiants est prévu en 2010. A la santé, le recrutement de 400 personnels soignants et de 300 médecins et spécialistes permettra notamment au ministère de mettre en œuvre un vaste programme de prévention, de détection et de soin des maladies non transmissibles. Tout en essayant parallèlement de diminuer le temps d’attente avant les interventions chirurgicales.

Ailleurs, le recrutement d’une centaine de personnes pour piloter le projet MID apparaît comme une excellente nouvelle. En effet, MID semblait souffrir depuis plus d’un an d’un double handicap. Un manque de moyens humains et une absence de politique claire. Une première étape semble avoir été franchie à travers ce budget. En effet, la centaine de recrues dans les différents ministères aideront, chacun à sa manière, à la concrétisation du projet. Soit en participant à l’élaboration des politiques comme la « Renewable Energy Development Strategy » ou en mettant à contribution leur expertise durant les audits énergétiques ou environnementaux des administrations publiques ou des entreprises. Avec le PBB, nous pourrons suivre la performance des ministères. A pareil époque, l’année prochaine, nous serons donc en mesure d’évaluer si l’apport de ces recrues a permis la réalisation de des objectifs ambitieux de ces ministères.

En attendant, la suspicion perdure. Et il n’est en rien injustifié. Car le gouvernement reste fautif de pratiques s’apparentant davantage à du copinage qu’à une gestion raisonnée des ressources humaines et financières. Le ministre du Tourisme, Xavier-Luc Duval, vient d’en donner la preuve éclatante. Porté par l’élan de la « réunification de la famille des bleus », il a recruté, en octobre, deux conseillers proches du Parti mauricien social démocrate. Son « Senior Advisor on Project Implementation and monitoring » et « advisor on information matters » reçoivent respectivement Rs 50 000 et Rs 42 500 par mois. Cela n’aurait rien de choquant s’ils avaient tous deux une expérience dans leur domaine respectif. Non seulement ce n’est pas le cas, mais en plus, ils ne sont tous deux titulaires que de simples « School Certificates ». De telles pratiques politiciennes expliquent pourquoi l’on continue à regarder les procédures de recrutement avec méfiance.

Un défi important attend le gouvernement durant le recrutement de ces 2 700 personnes. Il faudra que le pouvoir démontre clairement que ce sont les candidats les plus qualifiés et expérimentés qui ont été retenus. Par la nature même des emplois à pouvoir, il y a peu de chances qu’on découvre que des titulaires du « Certificate of Primary Education » se sont faits embauchés comme infirmiers. Toutefois, il y a toujours la perception qu’en temps électoral, les personnes proches du pouvoir ont plus de chances que les autres d’accéder à des postes de fonctionnaires.

Face à cette situation, le gouvernement gagnerait à faire de la compétence le seul critère de recrutement durant les mois à venir. Il faudrait revisiter le slogan de campagne de l’alliance en 2008 : « Putting competence first ». Mais il n’est pas dit que le gouvernement puisse s’appliquer cette rigueur. On peut toujours espérer l’improbable…


Jeu d’acteur

Lumière, caméra… action. Pour la galerie ou pour leurs propres carrières, trois politiques se livrent ces derniers temps à une opération d’envergure. L’objectif reste le même pour tous : convaincre et marquer les esprits. Le problème, c’est que tous n’y arriveront pas. Petite présentation des acteurs…

Comment ne pas commencer par Rama Valayden, l’« Attorney General ». Poursuivi pour propos séditieux, il est pourtant un homme soulagé. Car à l’issue de son audition par la police ce jeudi, c’est en chœur que lui et son bataillon d’hommes de loi ont dit qu’il n’a « rien à se reprocher. » Mais qui donc a pu penser que Valayden allait finir devant le tribunal ? Qui a cru que le Premier ministre allait laisser un ministre critiqué de tout part en place, s’il n’était pas lui-même convaincu qu’il n’allait rien lui arriver ?

A vrai dire, la séquence s’est déroulée à la perfection. Valayden tient des propos condamnables. Il est rappelé à l’ordre par le Premier ministre, qui contredit au passage la réalité statistique des allégations de son ministre. Ce dernier se repent. Une bande de flics qui se sent visée dans cette affaire porte plainte. Celle-ci est instruite. Comme par enchantement, seule une partie de l’enregistrement du discours litigieux est récupérée. Ce qui fait de cette pièce clé un élément irrecevable dans l’instruction. Voilà une faille de procédure qui ne fait perdre la face à personne. Au réalisateur qui a mené de main de maître cette séquence, on a envie de dire : chapeau !

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Dans le cas de notre deuxième acteur, il n’est pas question de chapeau mais de béret. A quelques mois des élections, Pravind Jugnauth peine toujours à porter avec panache le fameux béret de campagne du père. Du coup, il bat la campagne… en bus. Ce qui n’est pas sans rappeler l’éternel perdant des campagnes présidentielles françaises : François Bayrou. Qui avait innové en déambulant dans un bus roulant à l’huile de colza. Celui de Pravind Jugnauth aurait pu rouler à l’huile de « Sunflower. » Mais passons…

Pravind Jugnauth est actuellement dans la position de l’acteur qui pourrait être le grand oublié du casting électoral. Dans les coulisses, on apprend que l’offre de Navin Ramgoolam au poucet MSM a fondu comme neige au soleil. Des 16 ou 18 tickets que le MSM comptait récolter initialement, il n’en reste que 8. Du coup, l’acteur Pravind doit démontrer sa popularité pour que le réalisateur Navin Ramgoolam l’embauche.

Il est vrai que Ramgoolam observe du coin de l’oeil la mobilisation du MSM. Et on ne parle là que de démonstration de force et non de la déclamation des idées prouvant que le MSM a « réussi à faire de la politique autrement ». Ramgoolam n’en a cure des « idées phares » du MSM. Celles-ci – rétablissement de la peine de mort, baisse drastique de la TVA et abolition du « National Residential Property Tax » – iraient d’ailleurs droit à la poubelle si le MSM se joignait à
l’Alliance sociale (AS).

L’enjeu immédiat du MSM est donc de prouver à Ramgoolam qu’il possède un ancrage dans les circonscriptions où un candidat de l’AS pourrait se retrouver en difficulté face à des adversaires coriaces du MMM. Mais nous pensons qu’il n’y aura pas de démonstration de force demain. Le MSM, malgré l’entrée au Parlement de son chef, reste toujours un petit parti. Et face à ce déficit de popularité, Ramgoolam plus que jamais pourrait être tenté de distribuer les rôles aux acteurs de sa propre troupe.

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Il faut admettre qu’en plaçant Rama Sithanen aux finances, Ramgoolam n’a sans doute pas fait d’erreur de casting. Toutefois, le ministre des Finances interprète le 18 novembre un budget des plus épineux. Il jure que celui-ci ne sera pas « populaire et électoraliste. » Et se réfugie derrière son arrogante expérience – il aime rappeler qu’il a présenté « 11 budgets en comptant celui du stimulus package » – pour affirmer que les décisions qu’il prendra seront toutes dans l’intérêt pays.

Quel intérêt ? Avec le réchauffement climatique et les enjeux du développement durable, la politique économique se doit d’être durable. En facilitant les investissements et les réformes dans les énergies, l’environnement et les infrastructures. Annoncé en fanfare dans le budget 2008-2009, le projet Maurice Ile Durable est presque tombé dans l’oubli depuis. Faute d’une structure organisationnelle adéquate, mais aussi à cause de la tergiversation des décideurs politiques. Mais l’heure tourne. Maurice se doit désormais non seulement d’avoir mais aussi d’appliquer et financer son « Blueprint for energy sector ». L’Etat, conformément à l’approche volontariste que prône Sithanen, doit instaurer un cadre fiscal incitatif pour permettre l’investissement des ménages, des industries et de l’Etat dans les technologies et infrastructures vertes.

Que Sithanen ne vienne pas nous dire que c’est l’argent qui manque ! Car les planètes sont en train de s’aligner pour Maurice. L’Union européenne fera don de Rs 136 millions à Maurice dans les mois à venir pour financer les projets verts. D’autres aides suivront. Le président de l’Agence Française de Développement, qui sera au pays cette semaine, apporte également une surprise de taille. En effet, Maurice bénéficiera d’un prêt de Rs 5,2 milliards (€ 120 millions) minimum pour les années financières 2010 et 2011.

Nous arrivons à un moment où les efforts de l’Etat dans le domaine du développement durable ne souffrent plus de contraintes financières. C’est à Rama Sithanen et ses collègues du gouvernement de relever les défis. Pour ces acteurs-là, l’heure n’est plus aux répétitions. Budget, lumière, caméra… action !

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Le taxi le plus cool de l’île Maurice

Je décrète que ce taxi est le plus cool de l’île Maurice! Je sais, tout ceci est très subjectif mais tous les autres taxi-men du pays peuvent quand même aller se rhabiller!!!

Vous me demanderez « qu’est-ce qu’il a de si spécial ce taxi? » Et je vous répondrai, c’est une voiture hybride et écologique!! On aime à croire que seules les énormes BMW, Mercedes et Audi tapent dans l’œil des touristes et des clients fortunés. Mais les temps changent, la conscience écologique s’installe chez beaucoup d’entre nous. Et je connais plus d’une personne qui, amenée à faire le choix, préférerait prendre un taxi vert plutôt qu’une « belle allemande. »

Je suis un grand défenseur d’un traitement fiscal spécial pour les voitures écologiques. J’ai abordé ce sujet plus d’une fois dans mes éditoriaux. Je continue à croire que nous avons beaucoup à faire dans le domaine à Maurice.

Au moment où l’on parle de branding et de Mauritius, c’est un plaisir, je songe à un autre label. Je vois un joli petit logo « Maurice Ile Durable » sur nos taxis écolos. Je vois une politique fiscale incitative. Qui amènerait les propriétaires de taxi à bénéficier d’un important crédit d’impôt pour l’achat d’une voiture verte. Je vois les taxi-mens, quand ils font l’acquisition de luxueuses berlines, devant justifier pourquoi ils n’achètent pas pour moins cher (et en payant moins de taxe) une voiture écologique. Je vois un règlement de la National Transport Authority précisant que toute personne obtenant un nouveau permis de taxi se devra de faire l’acquisition d’une voiture verte.

Ah! Ce serai beau tout ca!

ps: bon je sais, filmer un taxi qui roule juste devant…tout en roulant à 90km/h, c’est pas très malin. Mais bon, c’est pour la bonne cause…


Obama tout (im)puissant

On aurait souhaité que Barack Obama soit Superman. Mais il ne l’est pas. Son discours d’aujourd’hui, sur le changement climatique à la tribune des Nations Unies en est l’exemple. Le Président américain aura beau être noir, jeune et progressiste, certaines choses resteront hors de sa portée. Parce qu’il dirige les USA. Et parce que pour diriger ce pays, il faut avoir la bénédiction ou, tout du moins, la coopération de ses puissants lobbys industriels, agricoles et militaires.

C’est justement cela le problème. Toute politique sérieuse de réduction de gaz à effet de serre doit passer par une remise en question des modèles industriels et des stratégies de développement des grandes industries américaines. Cette remise en question est loin d’être acquise. Et pour l’obtenir, il faudra oublier le passage en force d’une loi au Congrès. Après tout, ce sont souvent les finances et soutiens divers de ces mêmes lobbys qui assurent l’élection ou le maintien en place de bien de Sénateurs et de Représentants aux USA. L’opération s’avérerait coûteuse ! Devant cette implacable réalité, même l’homme le plus puissant du monde doit courber l’échine.
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Quelques extraits du discours :

(…)It is true that for too many years, mankind has been slow to respond to or even recognize the magnitude of the climate threat. It is true of my own country as well. We recognize that. But this is a new day. It is a new era. And I am proud to say that the United States has done more to promote clean energy and reduce carbon pollution in the last eight months than at any other time in our history(…)

C’est sûr que quand on commence à se bouger après des décennies d’immobilisme, l’on a forcément quelques « réalisations » à revendre !

(…)And so all of us will face doubts and difficulties in our own capitals as we try to reach a lasting solution to the climate challenge.

But difficulty is no excuse for complacency. Unease is no excuse for inaction. And we must not allow the perfect to become the enemy of progress. Each of us must do what we can when we can to grow our economies without endangering our planet — and we must all do it together. (…)

Il est honnête en parlant des « difficulties in our own capitals. » A ce sujet, Barack Obama est sans doute le chef d’Etat à devoir essuyer le plus de difficultés dans son propre pays.

Ce « when we can » tranche avec son « Yes, we can. » Obama donne l’impression de diluer l’urgence de la situation. Il n’y a pas de choix, il ne s’agit plus de changer « quand » on le pourra. Mais plutôt de changer le plus vite possible en définissant dès maintenant le calendrier de mise en œuvre des étapes à franchir pour que les Etats-Unis réduisent sensiblement ses émissions de gaz à effet de serre. Actuellement les Yankees rejettent environs un cinquième des émissions mondiales de ces gaz.

Et nous dans tout ça? Dieu merci, nous sommes une petite ile, perdue au milieu d’un grand océan qui n’émet pas des dizaines de millions de tonnes de CO2. Et nous avons même en prime un beau et visionnaire projet Maurice Ile Durable. Mais bien malheureusement, chez nous, ce ne sont pas des lobbys puissants (il y en a mais ils ne sont pas si coriaces que ça) qui empêchent l’avancée d’une politique de développement durable d’envergure. Mais plutôt quelques crétins au pouvoir et dans certains ministères…qui ne comprennent rien à la chose.

On sympathise avec toi Barack. Après tout, chacun porte sa croix!

Pour s’informer et agir…
Copenhague 2009, l’ultimatum climatique


Voir grand, commencer petit

La dernière phrase du récent rapport « Blueprint for the energy sector in Mauritius » de la National Economic and social Council (NESC) interpelle. « Le futur dépendra de ce que nous allons faire désormais », préviennent les auteurs. Le document est de bonne facture, il souligne les lacunes de la politique gouvernementale sur le dossier énergie. Tout en reconnaissant ses bonnes décisions. Face à un document de ce type, on a le choix : celui de trier toutes faiblesses citées et d’en faire une liste de commissions pour le gouvernement ; ou alors de prendre de la distance et recadrer les décisions à prendre.

Voyons d’abord la liste de commissions. Si l’on doit se fonder sur les recommandations de ce rapport, il faudrait que dans les mois qui viennent, le gouvernement mette en place un Energy Management Office. Celui-ci serait chargé de déterminer les besoins en énergie du pays pour ensuite formuler la politique nationale en la matière. Concomitamment, il faudrait aussi légiférer afin de créer un régulateur du secteur énergétique. Pour clôturer une ère d’opacité durant laquelle le Central Electricity Board (CEB) a été juge et parti sur le dossier énergétique. Par ailleurs, il faudra également revoir les modalités et la justification des contrats par lesquels le CEB s’est engagé à acheter – à prix fort l’électricité produite par les producteurs indépendants d’énergie (IPP) locaux – dont Gamma-Covanta.

Le plan est ambitieux. Mais toute personne réaliste et un tant soit consciente de notre bureaucratie et les tergiversations de nos politiques saura que ce minimum vital ne pourra pas être complété avant fin 2009. Et même s’il l’est : esseuler le dossier énergétique au sein du projet Maurice Ile Durable (MID) serait inefficace. Car réduire le développement durable à une question d’énergie, d’électricité et de carburants, c’est occulter des pans essentiels du développement durable. Gestion des déchets, urbanisme, infrastructures routières, villes nouvelles, préservation de la biodiversité et ressources en eau sont autant de dossiers voisins à la question énergétique. Et essentiels à l’aboutissement de MID.

Pourtant il est urgent d’agir. Mais l’action doit être concertée. Les professionnels qui planchent sur la réalisation ou le financement du projet MID remarquent la grande inégalité des compétences et des connaissances en la matière au sein de notre administration. Où des fonctionnaires ultra-compétents et motivés côtoient des confrères incapables de cerner la complexité – et l’applicabilité – de la notion de développement durable. Cet état de choses perdure largement parce qu’un vrai plan MID n’existe pas. Le comité du MID Fund demeure incapable de produire faute de moyens, de ressources et de temps – un plan concret.
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Si nous voulons voir grand, il faut commencer petit. Le vide juridique autour du MID Fund doit être comblé. Le comité – avec une vraie structure administrative formellement constitué. Ensuite, et en consultation avec tous les ministères concernés, un plan d’action chiffré ainsi qu’un calendrier d’exécution doivent être arrêtés. C’est une urgence.

Nous nous refusons toutefois à céder à une sorte de fatalisme. Non, MID n’est pas mort. Certes, il est mourant. Mais des actions immédiates peuvent le ressusciter. Nous pensons que c’est possible. En ce moment même, Monsieur MID, Osman Mahomed, s’apprête à quitter le Board of Investment – où il est spécialiste de la question du développement durable pour aller rejoindre le bureau du Premier ministre.

Ce jeune professionnel a une énorme responsabilité. Qui est à la hauteur de l’atout dont il dispose. En effet, il a l’oreille attentive et l’estime des deux personnages principaux du dossier MID le Premier ministre, Navin Ramgoolam. Et Rashid Beebeejaun, le ministre des Energies renouvelables et des Services publiques (MERSP). Il appartient désormais à Mahomed d’avoir l’influence qu’ont les Dan Callikan et les Kailash Ruhee. Afin d’entraîner les plus hautes sphères du gouvernement sur la voie de l’action, notamment à travers le steering committee que Mahomed présidera au MERSP. Il devra expliquer et démontrer comment et pourquoi l’on doit maintenant arrêter notre politique de développement durable. Pour ensuite l’exécuter selon les moyens et le calendrier défini.

On nous rétorquera que le financement pourrait ne pas suivre. Il est là. L’Agence française de développement, (AFD) en ce moment même cherche à aider Maurice à devenir la vitrine mondiale du développement durable. En effet, le pays pourrait être bénéficiaire du « Programme Environnement » de l’AFD. Nous parlons là de 60 millions d’euros (Rs 2,6 milliards) d’aides pour les années 2009 et 2010.

Nous avons les hommes et les bonnes idées pour rédiger le plan. Le financement pour lancer concrètement le projet. Reste aux politiques de donner le vrai coup d’envoi de MID.


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