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Nous sommes tous pour…

la représentation de toutes les composantes de la population au sein du Parlement. Notre système d’élection au First Past the Post a largement assuré cela pour les citoyens musulmans et les Mauriciens faisant partie de la population générale. Pour ces deux catégories, environ huit députés sur dix élus depuis 1967 l’ont été sans avoir recours au Best Loser System (BLS). Les statistiques démontrent donc que ce n’est pas le BLS qui, à lui seul, a assuré la représentativité des minorités à l’Assemblée nationale.

une loi électorale plus juste. Toutefois, le fonctionnement même de notre BLS crée des distorsions importantes entre les objectifs du système et les résultats qu’il finit par générer. Ainsi, Paul Bérenger, le chef d’un MMM ayant capté 48,12 % des suffrages lors des élections générales de 1987, n’a pu se faire élire en tant que Best Loser malgré son appartenance à la population générale. Showkutally Soodhun, candidat d’une alliance MSM/RMM laminée lors d’un cinglant 60-0 en 1995, a également goûté au caractère inique du BLS. Perdant avec un total de 7416 votes, il n’a néanmoins pas été désigné Best Loser de la communauté musulmane. Ce siège de député est revenu à Mustapha Beeharry, candidat d’un micro-parti ayantdécroché 3000 votes de moins que Soodhun.

un système prévisible. Il a été démontré que le BLS est tout sauf cela. En 1982, 1991 et 1995, cet outil n’a permis de nommer que quatre députés issus des minorités au lieu des huit prévus par notre loi électorale. A l’issue des élections de 2010, ce ne sont que sept députés qui ont été nommés. Le système a, par contre, montré de la prévisibilité… quand il a permis à deux candidats de Rodrigues d’être désignés députés BLS au détriment de candidats de la même appartenance ethnique issus de grands partis nationaux battus. C’est arrivé en 1995, 2000 et 2005.

la fin de l’opportunisme de la part des politiques. Dont l’expression la plus écœurante a été l’élection du Mauricien d’ascendance chinoise Michael Sik Yuen comme Best Loser de la population générale lors des dernières législatives. Légalement, Sik Yuen pouvait choisir de se déclarer membre de la population générale, mais moralement son acte est cynique et condamnable. S’il a hérité d’un fauteuil de ministre, ce n’est pas parce qu’il est un élu de la population générale, mais bien grâce à son ascendance chinoise ! C’est le flou autour des catégories utilisées par le BLS qui permet cela. Alors que certaines d’entre elles sont ethniques (sino-mauriciens, population générale) d’autres sont confessionnelles (musulmans, hindous). Si rien ne change, d’autres Michael Sik Yuen instrumentaliseront le BLS pour arriver à leurs fins.

la défense des droits humains de chaque citoyen mauricien. Cela implique notamment le fait de pouvoir permettre à chacun de participer au processus démocratique à travers sa candidature aux élections générales. Or, si notre Constitution a été amendée pour qu’une personne n’ait pas à divulguer son appartenance ethnique lors du recensement de la population, notre droit oblige tout candidat à une élection générale à se définir ethniquement afin de participer au processus démocratique. Tôt ou tard, notre propre Cour suprême, les Law Lords du Privy Council ou d’autre sages aux Nations unies affirmeront qu’une démocratie ne peut exiger de ses citoyens qu’ils se définissent par rapport à une grille ethno-confessionnelle pour être autorisés à exercer leurs droits fondamentaux. Quand cela se passera, la classe politique et l’Etat seront contraints de modifier un BLS désuet.


Pourquoi donc, malgré notre attachement (probablement unanime) à tous les principes cités plus haut, n’arrive-t-on pas à un consensus sur la nécessité d’éliminer le BLS ? En le remplaçant par un nouveau système assurant la représentation de toutes les composantes de la population au Parlement. La peur est une des réponses possibles. L’ignorance d’une alternative acceptable en est une autre. Le suivisme et le manque de courage politique pourraient être une autre explication. Le refus de croire que le communautarisme se combat autrement qu’à travers des dispositions constitutionnelles semble également être un motif plausible.

Les systèmes et les institutions ne se métamorphosent pas d’eux-mêmes. Ce sont les hommes qui sont à l’origine des changements. Rama Sithanen fait partie de ceux-là. Navin Ramgoolam également. Le ministre Shakeel Mohamed pourrait bien se joindre à cette catégorie. Les autres, comme le dit si bien le leader du MMM, n’auront qu’à « assumer leurs responsabilités ». Malheureusement, pour certains de nos leaders politiques et communautaires…assumer ses responsabilités équivaut, étrangement, à les fuir !

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Le rapport Sithanen

Allez, je partage.

Voici le rapport de Rama Sithanen sur la réforme électorale qui a été rendu public un peu plus tôt.

Initiative Citoyenne pour une réforme électorale réalisable à Maurice


Quand le bruit cessera…

Flash forward. Nous sommes le 25 octobre 2011. La crise politique de juillet/août est derrière nous. Le Parlement a repris ses travaux mardi dernier. À cette occasion, les railleries et  quolibets auxquels on s’était attendu ont fusé des deux côtés de l’hémicycle. Désormais, la récréation est finie. Il y a des projets de loi à débattre et surtout le vote du budget 2012 en ligne de mire. Il sera présenté dans moins d’un mois…

En coulisse, au ministère des Finances, on prend la mesure du retard accumulé. La « dignité »  du MSM et l’irresponsabilité de son leader ont coûté 12 jours de « business as usual » au ministère. Près de deux longues semaines se sont en effet écoulées entre la démission des six ministres MSM le 26 juillet et la prise de contact du nouveau ministre des Finances, Xavier Duval, avec son staff, le lundi 8 août. Il faudra bien que quelqu’un présente l’addition de sa légèreté à Pravind Jugnauth un de ces jours…

L’opinion publique a, en tout cas, déjà envoyé sa facture au patron du MSM. Son parti est complètement démonétisé aux yeux des citoyens. Au Parlement, et même en dehors, le MSM n’est désormais qu’un parti loyal… envers tout le monde ! Même avec sa dizaine de députés, le parti Jugnauth ne pèse plus bien lourd. Il est, par conséquent, condamné à s’accrocher au MMM ou au Parti travailliste pour ne pas s’installer durablement dans le fameux « karo kann » politique.

Mais voilà, ni le MMM, et encore moins le Parti travailliste, ne veulent lancer une bouée au noyé politique en puissance qu’est désormais Pravind Jugnauth. Navin Ramgoolam et Paul Bérenger ont d’autres préoccupations. Les mauvaises langues prétendent que l’alchimie si complexe entre eux va inévitablement les rapprocher. Mais encore faut-il savoir autour de quoi. Un projet d’alliance ? Ou de réforme ?

Flash-back cette fois-ci. Nous sommes le 1er mai 2011. À quelques minutes de la fin de son meeting, Paul Bérenger dit souhaiter un  rééquilibrage des pouvoirs du président de la  République et du Premier ministre. Le jour du remaniement de l’équipe ministérielle de Ramgoolam, le 6 août, le patron du MMM a précisé sa pensée en réaffirmant sa volonté de participer à une grande réforme institutionnelle comprenant celle de notre mode de scrutin.

Bien qu’il n’ait pas fait de grande déclaration de politique générale à ce sujet, le Premier ministre a poursuivi discrètement, au fil des mois, toute une série de consultations au sujet d’une grande réforme. À l’étranger, le très respecté constitutionnaliste français Guy  Carcassonne s’est intéressé à notre système électoral et institutionnel. À Maurice, l’avis de Rama Sithanen a été sollicité sur certaines possibilités de réforme de notre mode de scrutin.

Une telle réforme représente un intérêt certain pour Ramgoolam et Bérenger. D’une part, le Premier ministre pourrait obtenir ce qu’il a régulièrement souhaité : davantage de pouvoirs pour exercer ses fonctions. D’autre part, les leaders des deux partis les plus importants du pays peuvent être certains qu’une dose (petite ou forte) de proportionnelle accroîtra la représentativité du Parti travailliste et du MMM au Parlement à l’issue d’un prochain scrutin national. Avec ou sans le soutien du MSM, en comptant sur celui du PMSD et du MR, Ramgoolam et Bérenger pourraient, dans les mois à venir, faire voter cette grande réforme. Moyennant, au préalable, d’intenses sessions de travail et des débats pour boucler un projet
acceptable aux yeux des deux partis.

Politiquement, cette avancée pourrait receler un avantage encore plus crucial pour  Ramgoolam et Bérenger, en les affranchissant de la règle non écrite qui veut qu’une élection générale ne se gagne qu’à l’aide d’une alliance électorale. Ramgoolam avait eu des velléités de « three cornered fight » en 2010. Tandis que Bérenger, selon ses proches, rêve d’une telle configuration pour enfin prouver ce que vaut le MMM.

Paradoxalement, en ce 25 octobre 2011, les souhaits et intérêts concordants de ces deux hommes pourraient ouvrir la voie vers cette grande réforme. Qui se fera, selon toute vraisemblance, sans la collaboration et le vote du MSM. C’est vrai qu’une dose de proportionnelle peut garantir la représentativité des petits partis au Parlement. Mais le MSM peut-il encore prétendre disposer d’un soutien populaire suffisant pour être appelé un « petit parti » ?


Cocus magnifiques !

Les promesses n’engagent que ceux qui les reçoivent. Certains politiques – ici et à l’étranger – ont fait de cet adage leur philosophie de vie. Le hic, c’est que leurs interlocuteurs ne le savent pas ! Pour leur plus grand malheur, les syndicalistes locaux font partie de cette catégorie d’interlocuteurs- là. En effet, depuis le 25 octobre dernier, date de la première réunion du National Tripartite Forum , ils se sont installés dans leur nouveau rôle de… cocus magnifi ques. Qui voient s’éloigner la perspective d’une généreuse compensation salariale, qu’ils croyaient acquise…

Il faut commencer par dire, qu’en grands naïfs, nos syndicalistes sont parfois à l’origine de leur propre malheur. Ainsi, ils font semblant d’entretenir des rapports de force avec le pouvoir politique ou économique. Tout en ne se privant pas de faire copaincopain avec leurs opposants dès lors que ceux- ci donnent publiquement l’impression de leur avoir cédé du terrain.

A la veille du budget 2008, Rama Sithanen était l’antéchrist pour l’ensemble de la classe syndicale. Mais dès l’annonce du paiement intégral des augmentations préconisées par le rapport du Pay Research Bureau de cette année- là, le ministre des Finances d’alors était soudain devenu « ene boug corek » . Avec qui on s’empresse de poser pour des photos de presse, un verre de scotch à la main ! A force d’agir ainsi, les syndicalistes ont dévoilé leur talon d’Achille à leurs « adversaires » . Il suffit de maquiller des retraites tactiques en abdication ou de fl atter le syndicaliste dans le sens du poil pour l’endormir. Et ça marche. Le ministre des Finances et celui du Travail, Shakeel Mohamed, ont ainsi endormi les syndicalistes avec brio. Certes les deux hommes n’ont pas adopté la même méthode. Mais ils ont pu arriver à leurs fins jusqu’à fin octobre.

Pravind Jugnauth s’est reposé sur sa posture anti- Sithanen et populiste des cinq dernières années pour se faire une certaine image auprès de la classe syndicale. Qui s’est empressée de voir en lui le ministre des Finances qui va corriger les turpitudes de ses prédécesseurs. Une grave erreur ! Car les syndicats ont confondu – sans doute volontairement – Pravind Jugnauth, chef de parti et opposant politique du régime en place, avec Pravind Jugnauth, ministre des Finances de la République.

Le réveil est difficile. Assommés par la supercherie – qui n’en était pas une – les syndicalistes, incapables de faire fl échir leur interlocuteur en sont réduits à utiliser des astuces de langage comme mode de protestation. « Le vice- Premier ministre » est ainsi devenu « ti- Jugnauth . » On vilipende à défaut de convaincre.

Le cas Mohamed est plus complexe que celui de Jugnauth. En effet, si le ministre des Finances avait plus ou moins laissé planer le doute sur ses intentions réelles depuis son entrée en fonction, son collègue du Travail avait, lui, été plus affi rmatif. En coulisses Mohamed a avoué à plus d’un interlocuteur qu’il avait une mission : corriger les injustices commises par Sithanen à l’égard des salariés. « Si Sithanen est propatron, moi je suis pro- travailleurs » , s’est- il flatté. Le discours a sonné comme une douce sérénade aux oreilles des Benydin, Sadien, Imrith, Chuttoo et autres.

La musique est toutefois devenue grinçante. Pour tout le monde. Les syndicalistes se retrouvent face – à quelques nuances près – à un Sithanen déguisé en Pravind Jugnauth. Mohamed, conscient de ne plus pouvoir jouer la carte pro- syndicale s’est enfermé dans un semi- mutisme. Contraint qu’il est de suivre la position gouvernementale sur la question de la compensation salariale : celle de la rigueur. Pravind Jugnauth réalise, lui, maintenant qu’il a les chiffres en main et une économie à gérer, qu’on ne peut être ministre des Finances et populaire à la fois durant les périodes de ralentissement économique.

Dans l’affaire, il semble y avoir beaucoup de cocus magnifi ques. A l’exception, peut- être, du patronat. Qui semble convaincu que le gouvernement ne mettra pas en péril des centaines d’entreprises uniquement pour un peu de popularité ponctuelle. Mais ils ont peut- être tort. Pravind Jugnauth a en effet pu apprendre un autre truc de son prédécesseur. Préparer les esprits dans un sens… et décider dans l’autre !

 


Partage(s)

Noel était là. Avec plus d’un mois d’avance. C’était vendredi ; partout dans le pays. Il y a quelque chose de profondément émouvant dans la manière dont tous les Mauriciens ont adopté Divali. Cette célébration est certes hindoue. Mais elle porte avant tout un message universel d’espoir et de partage. Un message que l’écrasante majorité de nos compatriotes semblent comprendre et pratiquer. Malgré notre tentation atavique de trouver les différences plutôt que les similitudes d’avec nos voisins.

Divali a été complètement appropriée par les Mauriciens, toutes fois et origines confondu. Vendredi soir, des Denis ont souhaité Happy Divali à des collègues et amis qu’ils savent non hindous. Tout comme ils auraient souhaité Joyeux Noël aux mêmes personnes un 24 décembre. Des Zubeida ont fait plaisir à leurs enfants en allumant des lampes chez elles. Et en confectionnant quelques gâteaux à distribuer chez le voisin.

Le commerce a certes accompagné l’essor de cette fête. Mais l’ampleur et la ferveur avec laquelle on célèbre Divali n’a rien à voir avec les campagnes commercialo-marketing que sont la St Valentin, la Fête des Mères ou Halloween. Oui les Mauriciens, aiment le partage. Dommage qu’ils ne le pratiquent pas tous les jours…

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Pravind Jugnauth, doit également découvrir en ce moment ce qu’il a en partage avec un certain…Rama Sithanen. Son prédécesseur et ancien ennemi juré aux finances. Les plus cyniques d’entre nous ne manqueront pas de remarquer que les deux politiques partagent déjà une certaine attitude depuis des années : leur arrogance. Sithanen se fonde sur sa profonde connaissance technique de l’économie pour afficher son air supérieur. Tandis que Pravind Jugnauth, tire probablement une bonne partie de sa suffisance de l’aura de son père…et du pouvoir que celui-ci semble encore détenir. Mais il y a autre chose…

Jugnauth et Sithanen se rejoignent depuis peu à un tout autre niveau : le sens de l’Etat. Le ministre des finances semble doucement vouloir se défaire de l’image de prestidigitateur économique qu’il s’était donnée quand il était dans l’opposition. Fini le temps du « tout est possible. » Jugnauth parait avoir pris la mesure de sa responsabilité au sujet des finances publiques. Il n’y a qu’à voir son attitude réservée et responsable par rapport à la détermination de la compensation salariale 2011 pour comprendre qu’il ne cherche plus à faire de l’anti-Sithanen à tout prix. Sans doute a-t-il enfin admis que son prédécesseur avait de bonnes raisons de prôner l’austérité.

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Austère n’est certainement pas le mot que l’on pourrait utiliser pour qualifier l’attitude du Premier ministre envers la perfide Albion. En 2004, déjà Navin Ramgoolam s’était opposé à Paul Bérenger, alors chef du gouvernement, sur l’attitude à adopter envers le gouvernement britannique sur la question des Chagos. Bérenger et son ministre des affaires étrangères, Jayen Cuttaree, n’y étaient pas allés de main morte pour critiquer le gouvernement britannique et Tony Blair. Bérenger avait même suggéré que Maurice se retire du Commonwealth afin d’être libre d’intenter des actions internationales contre le Grande Bretagne. Ce qui avait suscité l’ire de Ramgoolam.

Cinq ans après, c’est un Premier ministre hors de lui qui s’est chargé de traiter l’ancien ministre britannique des affaires étrangères, David Miliband, de « personne malhonnête » tout en dénonçant l’hypocrisie de la Grande Bretagne autour du Marine Protected Area des Chagos. Voila désormais Bérenger et Ramgoolam sur la même longueur d’ondes. Les deux patrons politiques partagent (presque) la même opinion sur nombre de sujets en ce moment. Allant des Chagos à la réforme constitutionnelle en passant par la mise en place des «speaking unions. » C’est à croire qu’emportés dans leur élan de partage, les deux leaders politiques ont oubliés qu’ils sont opposants. Ce qui est certain, c’est qu’entre les deux, l’esprit de Divali ne va pas durer longtemps…


Pa li sa, mwa sa

C’est l’expression fétiche de nombreux politiciens : « Pa mwa sa, li sa. » Imparable,  quand elle est adressée à des citoyens crédules, cette phrase exonère parfois les politiques des responsabilités qui sont pourtant les leurs. Toutefois, seuls des « semi-politiciens » ont recours à cette tactique. Incapables qu’ils sont de tenir des argumentaires élaborés. Les grands leaders – ceux de la trempe de Navin Ramgoolam – font autrement. Eux, font dans le « pa li sa, mwa sa ! »

Attention, il ne faut absolument pas confondre le « pas li sa, mwa sa » avec sa variante. Le plus laborieux « deklar piti ki pa pou li ». Ce type  d’attitude est plutôt réservé aux opportunistes, viles accapareurs du bilan des autres.

Le style Ramgoolam est différent ! Le Premier ministre se borne, lui, à se réattribuer tout ce qui lui a été injustement confi squé. Le coupable est bien évidemment cette presse manipulatrice et de mauvaise foi qui se plaît à adjuger à d’autres les actions et décisions directement issues du génie politique et décisionnel de Navin Ramgoolam. Prenons  quelques exemples pour étayer ce que nous avançons.

Cette semaine encore, le Premier ministre a dû intervenir pour corriger des faits erronés. Il s’agissait notamment de rétablir la vérité sur le discours qu’Arvin Boolell, le ministre des Affaires étrangères, a prononcé jeudi dernier devant les Nations Unies. Encore une fois, la presse a comploté. Flattant allègrement les propos énergiques de Boolell sur la souveraineté de Maurice sur l’archipel des Chagos à la tribune. Comme pour mieux donner à croire que Ramgoolam y est d’habitude timoré.

Décidemment, cette certaine presse ne comprend rien à l’action du Premier ministre. Qui, en tant que chef du gouvernement, avalise toutes les positions que prend la diplomatie mauricienne dans les forums internationaux. Et recadre parfois les discours préparés notamment par les fonctionnaires de la UN Desk du ministère de Boolell. Ramgoolam a donc dû préciser les choses. « Aucun ministre ne peut prendre une position sans l’aval du chef du gouvernement. J’ai personnellement corrigé à quatre reprises le discours du ministre Arvin Boolell. » Autant pour ceux qui ont confondu, involontairement ou à dessein, le messager et celui dont il est l’envoyé. La vérité a donc triomphé. Même si, au passage, Boolell a dû être humilié en public. Un peu comme l’élève pris en flagrant délit d’avoir copié les bonnes réponses de la feuille de son camarade de classe.

D’autres vérités ont eu à être dites dans le passé. Comme dans le cas de cette canaille de Sithanen. Il avait décidement trop d’amis dans la presse. Leur stratégie commune était d’ailleurs claire : le présenter comme le ministre des Finances le plus inventif et courageux des 40 dernières années. Dès mai 2006, après le premier discours du budget du gouvernement Ramgoolam II, cette presse s’est entêtée à appeler « Réforme Sithanen » l’ambitieux plan de restructuration économique présenté par le gouvernement. Or, « humble comme ce petit enfant… » Ramgoolam a à peine protesté, quand les journaux barraient leurs Unes uniquement avec de grandes photos de Sithanen au lendemain de ses discours du budget.

Comme tous les très grands politiques, Ramgoolam sait attendre son heure. C’est donc début avril que le Premier ministre s’est résigné à dire la vérité. Sithanen n’était en rien le seul décideur économique du gouvernement ! En effet, Navin Ramgoolam et son conseiller économique britannique Andrew Scott ont tous deux directement supervisé l’élaboration de la réforme économique. Bien évidemment, seules les mesures impopulaires comme l’introduction de la « National Residential Property Tax », l’imposition des intérêts bancaires ou encore l’abolition de certains abattements fi scaux sont l’oeuvre de Sithanen. Dire « pa li sa, mwa sa », c’est quelque part rétablir des vérités historiques. Bafouées de toutes parts ces derniers temps.

Le « pa li sa, mwa sa » de Ramgoolam a donc une réelle utilité. Il sert à rappeler qu’ici comme sur le plan international, l’île Maurice qui réussit, qui brille et qui impressionne, c’est l’île Maurice de Ramgoolam. A défaut d’être notre Sarkozy ou notre Obama, il est une sorte de Louis XIV local qui proclame : « l’Etat, c’est moi ! » Le seul problème avec cette posture toutefois, c’est qu’il requiert de celui qui le tient, un sens de la responsabilité aiguë. Ramgoolam ne pourra pas décider de voler uniquement au secours des victoires. Il lui faudra également assumer les défaites politiques et sociétales durant son mandat.  En a-t-il l’intention ?

 


Sans délai

La pertinence et la valeur de certaines décisions ne se mesurent que par rapport à leur timing. Les grands leaders en sont conscients. Guidés par un fort sens de l’éthique et l’obsession du travail bien fait, ils prennent rapidement des décisions – qui s’avèrent d’ailleurs souvent bonnes. On ne peut pas dire que l’actualité locale nous a fourni beaucoup d’exemples de ce type de leadership cette semaine…

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Lingamanaicker Vijayanarayanan, le commissaire des prisons, ne peut certainement pas prétendre faire partie d’une quelconque ligue de grands administrateurs. Il semble nous en avoir tous convaincus. A l’exception du Premier ministre, Navin Ramgoolam, qui manifestement, a choisi de lui maintenir sa confiance.

L’évasion de 34 détenus d’une prison de haute sécurité est un événement d’une extrême gravité. Dont Vijayanarayanan doit assumer la pleine responsabilité en tant que patron de notre système pénitentiaire. Or, non seulement celui-ci a tardé à donner des explications au public après la spectaculaire évasion de la Prison de Grande-Rivière-Nord-Ouest (GRNO). Mais en plus, il n’a même pas daigné assumer ses torts en proposant  sa  démission au Premier ministre.

De bons leaders font parfois fi de l’éthique mais privilégient malgré tout l’efficacité.  Cette considération semble avoir été secondaire pour Vijayanarayanan depuis sa  nomination en juillet 2006. Par exemple, depuis quatre ans, le commissaire des prisons n’a pas su et pu convaincre son patron, le Premier ministre, de l’utilité de remplacer le système défectueux de vidéosurveillance de la prison de GRNO. Ramgoolam nous a ainsi appris, mardi dernier, au Parlement, que ce n’est que dans les jours à venir que le contrat d’installation du nouveau système de vidéosurveillance sera alloué.

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Quelqu’un ou certaines personnes… quelque part aux Casernes centrales semblent aussi avoir un sérieux handicap quand il s’agit de juger de l’urgence d’une situation. L’arrestation d’Ananda Rajoo, rédacteur en chef du journal le Militant, l’atteste. Notre confrère a en effet été arrêté sous une charge de « Publication de fausse nouvelle ». Sauf que l’article incriminé n’a pas été publié dans une édition récente de l’organe de presse du MMM… mais dans un numéro datant de presque un an – soit le 28 août 2009 !
Certes ce délit, comme bien d’autres, n’est pas prescriptible en un an. Cela implique que l’Etat peut toujours poursuivre un suspect des mois, voire des années après les faits qui lui sont reprochés. Toutefois, la nature même de la « publication de fausse nouvelle » et la présomption qu’elle est susceptible de « troubler l’ordre ou la paix publique »  implique que les personnes répondant de cette accusation soient traduites devant la justice au plus vite. Cela n’a pas été le cas d’Ananda Rajoo. Rama Sithanen, l’ex-ministre des Finances, n’a pas non plus été immédiatement arrêté à la suite d’une plainte remontant au début de l’année.

On peut possiblement tirer deux conclusions de ces actions approximatives. On peut d’abord penser que l’incompétence ou l’inorganisation de la police ne lui permet pas de remplir ses missions avec célérité. Deuxième conjecture – cela serait gravissime – des donneurs d’ordre ordonneraient des arrestations ou la relance d’enquêtes afin de nuire à la réputation de celui ci  ou forcer au silence celui-là. Si seulement la police avait fait son travail avec efficacité…aucune de ces deux supputations ne serait envisageable !

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Nos critiques envers la police ne peuvent être que plus dures quand on tient en compte le formidable travail abattu par Dhun Iswar Rampersad et ses hommes depuis dimanche  soir. En effet, le commissaire de police vient de faire l’éclatante démonstration qu’un bon leadership et une bonne direction des opérations permettent aux forces de l’ordre de produire des résultats prodigieux.

Rattraper en cinq jours 32 des 34 prisonniers évadés de GRNO démontre en effet que la force policière est capable de fournir des  performances de hauts niveaux quand elle est proprement outillée et motivée. Et surtout, quand les bonnes décisions sont prises au bon moment. Vite. Si seulement cela pouvait être une qualité présente en permanence dans toutes les administrations !


Le vote cynique

Pourquoi couper le pays en deux ? C’est ce que se demande Rama Sithanen (interview partie 1, 2, 3) au sujet de la stratégie politique du moment de Navin Ramgoolam. Il faut relativiser les propos du ministre des Finances. S’il avait été candidat et s’il avait reçu l’assurance qu’il resterait à son poste, il aurait peut-être affirmé que l’Alliance de l’avenir ne polarise en rien l’électorat ! Passons donc sur les discours politiques. Pour nous intéresser à la réalité du terrain. Elle est inquiétante.

Plusieurs commentateurs avaient exprimé des craintes au sujet d’un rapprochement Parti travailliste (PTr)-MSM au lendemain de l’élection partielle de Moka/Quartier-Militaire. Postulant que ce bloc pourrait être perçu comme une force politique homogène, proche des préoccupations d’une population rurale et traditionnelle soucieuse de préserver ses privilèges. Le risque de voir les élections législatives de 2010 se résumer à l’affrontement de la majorité contre les minorités était brandi. Cela ne s’est pas produit. Ce qui s’est vraiment passé est pire !

Les coups calculés, dictés ou mal maîtrisés de Ramgoolam le placent aujourd’hui dans une situation compliquée. Il y a d’abord eu ces alignements douteux de certains profils précis dans quelques circonscriptions ciblées. Ensuite il y a cette aura – qui se dissipe de Rashid Beebeejaun, toujours présenté comme n° 2 du futur gouvernement Ramgoolam. En 2005, Beebeejaun était la carte de garantie d’une communauté. Cinq ans après, les détenteurs de la carte se rendent compte que la garantie n’a pas beaucoup joué en leur faveur.

Il y a aussi l’effet Sithanen qui a achevé de convaincre une partie des électeurs que Ramgoolam ne fait finalement pas grand cas de la méritocratie ou de la valeur symbole de certaines personnes. Si pour son intérêt personnel, some guy must go, then he’ll go. Enfin, il y a ce Jocelyn Grégoire qui donnait un temps l’impression d’être docile. Mais qui finalement ne fait pas le jeu d’un Ramgoolam bien embarrassé de constater que Xavier Duval peine à rassembler « généralement » une certaine population.

Du coup, nous voici devant un scénario un peu plus complexe que le classique « majorité contre minorités ». Ce que nous voyons se profiler, ce sont des élections où les minorités affrontent une certaine majorité. Cette donne n’est pas sans conséquences pour l’alliance de Ramgoolam. Nous en comptons trois.

D’une, le rêve de la majorité des trois-quarts de Ramgoolam s’éloigne. Deuxièmement, ce réalignement consolide les bases de l’alliance de Paul Bérenger dans les circonscriptions dites marginales. Où des 2-1 en faveur de Ramgoolam pourraient s’inverser au profit de Bérenger. Enfin, dans les bastions travaillistes, une certaine frange de l’électorat majoritaire est en train d’avoir les mêmes réflexes de sanction que les minorités. « Pas kapav vot zis ene sel kalité. » Ces épiphénomènes ne feront pas perdre le PTr dans ces circonscriptions. Ils contribueront toutefois à ternir l’image d’invincibilité de l’équipe de l’avenir. Mises bout à bout, ces tendances démontrent certes une remontée de l’Alliance du cœur. Mais elles demeurent encore insuffisamment puissantes pour créer une réelle dynamique de victoire chez les mauves.

Le constat que nous faisons ici doit déjà avoir été exposé à Ramgoolam. Il a le choix. Il peut d’abord revoir sa stratégie en multipliant les efforts pour apaiser les minorités. Nous l’en croyons incapable. Prisonnier qu’il est du « ghetto » où le MSM l’a mené. Reste l’autre solution : la diversion.

Deux occasions se présentent pour faire diversion. D’abord grâce au programme politique de l’alliance de l’avenir. Les échos en provenance du camp rouge font état de quelques mesures choc et populistes. Susceptibles de rallier un soutien électoral massif. Ensuite, il y a ce meeting du 1er Mai à Vacoas. Non seulement Ramgoolam doit réussir à y rassembler une importante foule. Mais il doit aussi pouvoir donner l’impression que celle-ci est largement plus fournie que celle du MMM à Port-Louis.

Les dividendes de ces deux manœuvres seront réels. En effet, l’électeur moyen est cyniquement intelligent. Surtout devant le choix suivant. D’une part, quelques réels avantages offerts par un bloc qui donne par ailleurs l’impression d’être en position de force. D’autre part, un discours « everybody on board », dont on ne sait pas si les défenseurs se retrouveront réellement au pouvoir. Face à un tel cas de figure, on sait déjà pour qui l’électeur va voter. C’est cela le pragmatisme du Mauricien !


Le bon élève

C’est le propre des chefs politiques que d’être trahis et de trahir eux-mêmes. Navin Ramgoolam n’échappe pas à la règle. Mais son problème, c’est d’avoir érigé la méfiance et l’obsession de déjouer toute velléité (avérée ou fantasmée) de trahison comme méthode de gestion de son conseil des ministres. Mon édito du jour était consacré au feuilleton Sithanen. Une fois n’est pas coutume…

Le bon élève


Au-delà de l’homme

Stop ! Le sort d’un seul homme, Rama Sithanen, a suffisamment monopolisé le débat public. Il est désormais temps de l’en évacuer. Si Navin Ramgoolam – par calcul politique ou par compromission – a choisi d’éliminer l’homme, il faut toutefois que nous exercions la plus grande vigilance afin que les idées du ministre des Finances perdurent. Les réformes mises en place depuis 2006 sont encore fragiles. Il est donc hors de question qu’un apprenti-sorcier de l’économie décide de les changer dans le seul but de satisfaire son ego.

Si l’on prend pour postulat que Navin Ramgoolam apparaît, pour l’instant, en mesure de gagner les élections du 5 mai, l’on se doit également de considérer que c’est Pravind Jugnauth qui héritera du ministére des Finances. Résistera-t-il alors à la tentation de reformuler les politiques économiques initiées depuis 2006 ? Dans quelle mesure, Navin Ramgoolam – le Premier ministre si « fort » mais en même temps si faible devant les exigences de son allié – acceptera-t-il qu’on défasse une réforme dont il a endossé la paternité depuis qu’il a évincé Sithanen ? Pour tenter des réponses à ces questions, il faut regarder en arriére.

A quelques mois des élections de juillet 2005, Navin Ramgoolam, alors leader de l’opposition nous avait accordé une interview. Dans laquelle il disait sans ambages : « Nous voulons des investissements…sans pour autant donner toutes les terres… aux étrangers. Je ne suis pas d’accord… que l’on obtienne un permis de résidence permanent et le droit de vote en échange de ce type d’investissement. » Il faisait allusion à l’Intergrated Resort Scheme (IRS) nouvellement lancé par le gouvernement MSM-MMM d’alors.

A peine quelques mois aprés, le même Ramgoolam consentait à ce que son propre gouvernement mène une politique exactement similaire à celle de l’équipe sortante. Pour être précis, les efforts ont même été redoublés dans cette direction. D’importantes superficies de terre ont été concédées à JinFei ou à Neotown. Des centaines de permis de résidence accordés aux acquéreurs de villas IRS. Le fossé entre ce qui avait été dit et ce qui a finalement été fait est énorme.

Cinq ans plus tard, on se prend donc à se demander si le départ de Sithanen équivaudra forcément à ce que sa politique économique soit revue et corrigée. Première possibilité : le bon sens l’emporte. Arrivé aux commandes, Pravind Jugnauth se rend compte qu’au final, de bonnes décisions économiques ont été prises aux moments opportuns. Qu’il n’y a donc que peu de choses à changer dans notre maniére de gérer l’économie et les finances publiques. Mais pour cela, il faudrait avoir aux finances une personne dont la vue et la capacité de décision ne soient pas gênées par un ego surdimensionné. Ce n’est pas dit que ce sera le cas…

Deuxième possibilité. Face à un Navin Ramgoolam mollasson, Pravind Jugnauth décide d’imposer sa vision des choses. De mettre en pratique toutes ses promesses. Il faut rappeler ce qu’elles sont ! L’élimination des droits de douanes dans le pays. L’abolition de la National Residential Property Tax et de l’impôt sur les intérêts. Ainsi que la réintroduction des déductions fiscales d’avant 2007. Pour couronner le tout, Pravind Jugnauth promet la « baisse progressive du taux d’imposition jusqu’à l’élimination compléte de l’impôt sur le revenu ». Il assure que « ces mesures, nous pourrons les appliquer sans augmenter la TVA ».

Durant le deuxiéme mandat de Ramgoolam, nous avions un économiste au ministére des Finances. Pour le troisiéme, on aura droit à un prestidigitateur qui fera disparaître des milliards de revenus fi scaux pour ensuite faire apparaître le double en recettes ! A moins d’avoir de parfaits irresponsables à la tête du gouvernement, il y a peu de chances pour que la politique économique initiée depuis 2007 soit drastiquement revue. Les bonnes réformes économiques, du fait même qu’elle ont fait leurs preuves durant les temps de crise, pourraient difficilement être remises en cause. Du coup, nous aurions là une bien ironique revanche. Non pas celle d’un homme mais de ses idées. En effet, malgré lui, Pravind Jugnauth pourrait être obligé de reconnaître le bienfondé de la politique économique de son prédécesseur. En étant forcé de marcher dans ses pas !


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