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La claque

La claque est sonore. Elle nous est administrée cette semaine par la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced). Maurice stagne en matière des technologies de l’information et de la communication (Tic). Voilà ce que nous dit l’« ICT Diffusion Index » du rapport de la Cnuced sur la Fracture numérique. Nous y apprenons, pêle-mêle, que Maurice se classe à la 62e place, ce n’est pas un exploit en soi quand on sait que le pays a débuté à la 69e place dans le rapport de 1997. Vous avez dit progrès ?

Nous y apprenons également que Maurice obtient le deuxième meilleur score en Afrique, derrière les Seychelles classés dix rangs plus haut. Mais comme nous le rappelons souvent, est-ce bien utile de se comparer aux mauvais élèves ? Par contre, si Maurice s’aventure à comparer sa performance à celle de ses modèles en matière de développement… elle risque de rougir.

Notamment avec un Singapour qui se classe 16e. Avec des indices d’accès et de connectivité aux Tic deux fois supérieurs à ceux de Maurice. La comparaison avec les premiers du classement : le Luxembourg, les USA ou l’Islande est encore plus douloureuse. On se rend bien compte que Maurice n’est pas encore le tigre des Tic de l’océan Indien et de l’Afrique qu’elle dit vouloir être. Pour l’heure, elle est tout juste un caniche.

La faute à qui ? D’abord aux gouvernements depuis les balbutiements des Tic et d’Internet dans l’île au milieu des années 90. Le gouvernement Ramgoolam I avait eu le mérite de reconnaître l’essor qu’allaient connaître les Tic en nommant un ministre dédié en la personne de Sarat Lallah. Mais sous sa direction, les Tic et Internet ont balbutié. L’arrivée d’Internet dans le pays a été qualifiée de « révolution ». Mais la révolution s’est arrêtée là.

Puis arriva Pradeep Jeeha du gouvernement MSM-MMM. Débordant d’assurance, comme à son habitude, il ne lésina pas sur les moyens (verbaux) pour afficher de grandes ambitions. Dont le palier de 20 000 créations d’emplois dans les Tic. Pour rappel, le secteur en emploie le quart en ce moment ! La pierre angulaire de la stratégie de conquête et d’expansion de Jeeha aurait dû être sa « National Telecommunications Policy » de 2003. Mais dans les faits, les seuls vrais legs qu’a laissés Jeeha sont une cybercité à la santé financière flageolante et un secteur Tic un peu trop centré sur des activités « low end » et « low value », dont les exemples les plus répandus sont les centres d’appels.

Puis arriva le « lauréat » Étienne Sinatambou. Passé sa propre période de balbutiement de début de mandat, il promet désormais un « National ICT Strategic Plan » avant la fin de l’année. Mais Sinatambou a un avantage considérable par rapport à ses prédécesseurs. Car avant lui, aucun ministre de la Technologie Informa-tique n’avait autant de solutions clairement identifiables.

En effet, les ingrédients pour le développement du pilier Tic à Maurice sont connus : un meilleur accès, et à prix abordable, aux réseaux haut débits pour les particuliers et businessmen du pays.

Il s’agit aussi d’attirer des investisseurs dans des secteurs d’activité « high end » et « high value », notamment le « Business and Knowledge Process Outsourcing ». Tout en accélérant le processus de formation des compétences dans le pays. Avec, en attendant leur sortie d’école, le recours à des cadres et formateurs étrangers.

Tout le défi de Sinatambou sera de proposer le bon dosage de mesures, d’incitations et de vision pour que cette voie soit effectivement suivie. Et pour cela, il n’a pas dix ans. Car ce n’est pas en 2015 que Maurice devra talonner Singapour sur l’« ICT Diffusion Index » de la Cnuced. Mais bien avant la fin de cette décennie. Au travail !

publié le 9 juillet 2006


La fracture existe

On n’entend plus beaucoup parler de démocratisation de l’économie. Pourtant, le concept était à la mode il y encore six mois. Mais peu importe si les travaux de la commission chargée de pondre un rapport sur le sujet s’éternisent. Parlons d’une autre démocratisation. Celle de l’Internet haut débit. Elle est toujours désespérément en panne dans le pays. Et nous ne faisons pas allusion ici, à celle dont Telecom Plus nous a gratifiée en cette fin de semaine !

Selon les prévisions des fournisseurs d’accès, la clientèle haut débit va doubler en 2006. Ce n’est pas vraiment une nouvelle dont on devrait se réjouir. Nous en demandons davantage. Même avec les 15 % à 20 % de baisse annoncée dans le prix de l’ADSL, un forfait mensuel à 128 kb restera au prix peu attractif d’environ Rs 900.

Les fournisseurs d’accès, Telecom Plus en tête, fanfaronnent trop vite en oubliant un élément de la conjoncture actuel. Le « mood » au sein des ménages est à l’austérité. Par des temps où les hausses en cascade grèvent les budgets familiaux, on cherche à consommer de manière identique, si possible, mais en dépensant moins. Ce n’est pas par hasard que l’enseigne de grande distribution « hard discount » Leader Price s’établit en ce moment dans le pays.

Tout le monde, y compris le ministre de la Technologie informatique, toujours en rodage, semble avoir compris que l’ADSL a besoin d’être proposé aux alentours de Rs 500 pour enfin pouvoir se démocratiser. C’est à ce prix que l’on pourra convertir une bonne partie des 60 000 abonnés qui choisissent, pour le moment,le bas débit.

Mais encore une fois, une fois de trop, la balle demeure dans le camp du gouvernement et de Mauritius Telecom (MT). L’opérateur historique joue toujours au récalcitrant… Sauf quand cela l’arrange d’agir autrement.

En 2003, MT lance son tarif rebalancing. La larme à l’œil, il explique que s’il doit baisser ses tarifs internationaux, il va aussi falloir qu’il se résigne à augmenter ses tarifs locaux. C’est ce qu’il fera. Mais moins de trois ans après,la logique semble avoir changé.

À la faveur d’une arithmétique à géométrie variable. MT a demandé et obtenu de l’Information and Communication technologies Authority (Icta) de baisser ses tarifs internationaux sans augmenter les tarifs locaux. Pas de contrepartie cette fois. Ce qui nous amène à nous demander si MT n’a pas tendance à exagérer ses contraintes quand cela l’arrange ? Peut-être que oui !

Si c’est le cas, le gouvernement, à travers l’Icta, doit désormais en demander plus à MT. Une bonne partie du prix que nous payons pour l’ADSL est prélevée par l’opérateur historique au titre de frais divers et variés. C’est en les éliminant que nous allons enfin pouvoir rendre le haut débit accessible au plus grand nombre. Il faut cesser de vouloir comprendre MT, pour plutôt lui faire entendre raison. Sinon, la démocratisation du haut débit restera un rêve.

Ce qui serait insupportable. Car nous serions alors en train d’accentuer notre fracture numérique avec le reste du monde développé et connecté.

publié le 15 janvier 2006


Si tout marchait bien…

Mauritius Telecom (MT) demeurera mauricienne. C’est le secrétaire d’État français aux Affaires étrangères qui le dit. Il a affirmé à l’express que son gouvernement ne souhaitait pas modifier le capital de MT. Où est donc passé le féroce appétit dont France Telecom faisait preuve vers juin dernier ? À ce moment-là, le géant français semblait déterminé à devenir l’actionnaire majoritaire de MT, se fixant pour objectif de détenir plus de 50 % de son capital social. Tous les canaux avaient été utilisés pour arriver à cette fin… sans succès.

Il n’y a pas si longtemps, des menaces de retrait du capital de MT ont même été officieusement brandies. Imaginez FT vendant ses 40 % d’actions, au plus offrant. Et si Carlyle, l’un des plus puissants fonds d’investissement au monde, achetait les 40 % au prix que réclame FT ? Nous nous retrouverions avec un actionnaire dont l’exigence principale serait la rentabilité, quitte à dégraisser.

Serions-nous en train de dire que, finalement, FT est un allié utile ? Oui ! Une affirmation qui doit être quelque peu nuancée. FT a aidé MT à passer un cap technologique. Cela lui permet aujourd’hui de se positionner comme l’un des players possédant l’une des technologies les plus avancées en Afrique.

Mais MT ne rayonne pas dans la région comme il le devrait. Les promesses de joint ventures FT-MT n’ont été que partiellement tenues. L’implantation sur des marchés encore inexploités en Afrique aurait permis aux partenaires de réaliser des profits sans doute non-négligeables. Moyennant, évidemment, une prise de risque qui est inhérente au lancement de toute nouvelle activité étrangère. Un risque que ne souhaite pas prendre FT. Préférant rester là où les revenus sont assurés, pour l’heure. Quitte à utiliser ensuite tous les moyens pour que les règles du jeu de la concurrence restent largement favorables à MT.

Des implantations étrangères au-raient permis à MT de générer des profits ailleurs. Il aurait aussi, éventuellement, à recentrer ses activités à Maurice. Se permettant d’être moins obsédé par les impératifs de profitabilité sur le marché local et de jouer le jeu de la concurrence. Permettant aux prix des services de téléphonie, mais surtout d’Internet, de connaître des baisses significatives. Mais tout cela n’est qu’un beau scénario, en attendant que les deux partenaires se décident à le concrétiser.

publié le 31 octobre 2004


Le prédateur et ses proies

La libéralisation des télécommunications, on en a tous rêvé. L’Information and Communication Technologies Authority (Icta) l’a fait. Grâce à elle, le paysage mauricien des télécoms s’est enrichi de trois nouveaux opérateurs de téléphonie internationale depuis le début de l’année. Mais elle a aussi permis à un prédateur jusqu’ici en cage, Mauritius Telecom (MT), de se promener librement. Ceux qui montent à l’assaut de la citadelle MT risquent de perdre, non pas la bataille, mais la guerre des prix.

L’Icta semble avoir pris à cœur le rôle que lui attribue l’Information and Communication Technologies Act : rendre les technologies de l’information et de la communication (Tic) accessibles au grand public pour un prix abordable. Sauf qu’en faisant cela, l’Icta pourrait, à terme, compromettre l’investissement dans la téléphonie internationale, un autre des objectifs de la loi.

Grâce à sa carte prépayée, MT offre le service le moins cher sur ce marché. En l’autorisant à le faire afin de gâter le consommateur, l’Icta a donné trop de latitude à MT. Plutôt que de lui permettre de se positionner sur le marché comme un opérateur compétitif, l’Icta lui a tout simplement permis de pratiquer du Predatory Pricing.

Pourtant, certains opérateurs sont prêts à revoir leurs marges et à descendre sous le seuil fatidique des Rs 6 la minute. Que va faire l’Icta ? Accepter que l’appel international baisse encore ? Et par la même occasion fermer le marché aux nouveaux entrants n’ayant pas les reins solides ? L’autorité doit regretter d’avoir ouvert la cage du fauve. Les opérateurs de téléphonie mobile, excités à l’idée de mordre dans les parts de marché de l’ancien dominant, rêvent, eux, à des lendemains meilleurs !

Les seuls à ne rien regretter sont les consommateurs. Les opérateurs peuvent s’entretuer, du moment que les prix chutent. Mais il y a un risque. Seuls les mieux adaptés survivront. Il serait dommage de se retrouver avec deux opérateurs de téléphonie internationale dans un an. Ce serait un triste cartel !

publié le 9 mai 2004


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