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Efficace comme l’Icac

La méthode est usitée. Elle a été pratiquée aussi bien par Navin Ramgoolam que par Paul Bérenger quand ce dernier était Premier ministre de 2003 à 2005. Si un rapport ou un classement international dit du bien du pays, il faut immédiatement s’en saisir et clamer la paternité du bon score. Si par contre, le même document, émanant de la même institution, dit le contraire,il convient d’en minimiser les conclusions. En affirmant que l’institution en question n’est pas crédible. Ramgoolam et Bérenger l’ont déjà fait au sujet des rapports de Transparency International (TI) sur la perception de la corruption à Maurice. Voilà que Manoj Kumar Ujoodha, le directeur de la commission anticorruption, s’y met aussi !

Dans un entretien accordé à l’express ce vendredi, ainsi que lors d’un forum sur la corruption dans la fonction publique le même jour, Ujoodha a expliqué qu’il ne faut pas faire grand cas des sept places perdues par Maurice dans le dernier rapport de TI. D’une part, le patron de l’Icac estime que le classement est faussé parce qu’il ne tient pas compte d’autres études comme celles de Mo Ibrahim ou de Freedom House où Maurice est mieux notée.

D’autre part, Ujoodha affirme que même si la perception publique veut que la corruption gagne du terrain, ce n’est en rien une mauvaise chose en soi. Car cela démontre, selon lui, que les campagnes de sensibilisation de l’Icac ont fait mouche et ont conduit davantage de Mauriciens à comprendre ce qu’est la corruption et donc à rapporter plus de cas… nourrissant ainsi la perception d’une corruption rampante. Au jeu de « qui perd gagne », Ujoodha semble imbattable. Ainsi donc si le public pense qu’il y a davantage de corruption… c’est que l’Icac fait bien son travail. La commission anticorruption serait-elle donc devenue une redoutable machine à communiquer ?

Pas du tout ! Le patron de l’Icac et ses conseillers en com’ commettraient une très grave erreur en pensant que leur institution jouit d’une quelconque image d’efficacité auprès du grand public. Car la « marque » Icac souffre d’un grave déficit de notoriété et de sérieux. En effet, quelque chose ne va pas avec cette marque. Il y a quelques années, l’institution avait trouvé une « brand promise » des plus accrocheuses pour nous parler à nous, ses clients : « L’Icac pa guet figir pou azir. » Depuis, certes, elle a arrêté quelques poids lourds politiques. Notamment Maya Hanoomanjee, alors encore ministre de la Santé, et son leader Pravind Jugnauth.

Mais une arrestation n’équivaut pas à une condamnation. Aussi, pour l’heure, si l’Icac s’enorgueillit de n’avoir pas « get figir » en arrêtant des personnalités soupçonnées de corruption, a-t-elle jusqu’ici réussi à ne faire condamner que des fonctionnaires anonymes. Coupables d’un petit lamone dite ici ou d’un modeste « bribe » là. C’est cette réalité-là aussi qui fait croire aux Mauriciens que les pêcheurs de l’Icac ont décidément un filet bien spécial, comme calibré pour laisser s’échapper les gros poissons.

Toutefois, ce n’est pas seulement le « brand promise » de l’Icac qui est en cause. Plus fondamentalement c’est sa manière d’être et de paraître auprès du grand public qui est à revoir. Ainsi, l’Icac organise chaque année en décembre des campagnes de sensibilisation à travers différents médias. Mal pensées, celles-ci sont invariablement ternes, donc peu efficaces. Il y a deux ans, par exemple, la commission nous avait gratifiés d’une campagne d’affichage à travers le pays. Le poster géant montrait une foule de mots dont l’immense majorité restait indéchiffrable à ceux qui passaient près du panneau. On retenait qu’il fallait « Say No ». Mais à quoi et comment ? On ne le savait pas trop…

Le pire, c’est que l’Icac ne semble pas vouloir apprendre de ses erreurs communicationnelles du passé. Ainsi, en ce moment même, une affiche géante de trois mètres sur quatre trône à une vingtaine de mètres du sol, sur le toit du quartier général de l’Icac au Quai D. Sauf que le panneau en question est illisible. Même doté d’un oeil de lynx, on ne déchiffre rien de ce qui y est écrit depuis l’autoroute où passent des dizaines de milliers de Mauriciens chaque jour. Même chose pour la campagne radio qu’organise actuellement la commission : un spot monotone ressassant des informations que tous les Mauriciens connaissent déjà. L’Icac, au final, pourrait elle-même être une victime de la perception. En effet, les hommes qui la dirigent croient sans doute qu’ils abattent un excellent travail. Quand, en fait, l’ensemble des Mauriciens pense exactement le contraire !

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La Guerre des Politiques : le Retour de SAJ

Ce sera le blockbuster de l’été. Mon édito du jour sur Radio One était consacré au film qui sortira bientôt dans toutes les salles du pays…

La Guerre des Politiques, Episode III: le Retour de SAJ.


Méfions-nous des « vérités »

Désodorisant, désinfectant et brosse à récurer. C’est à peu près le matériel qu’il faut pour nettoyer la porcherie dans laquelle vit actuellement notre classe politique. En effet, il ne se passe plus une semaine sans que l’on suppute qu’un (ex ou actuel) ministre a trempé dans des affaires louches. Ou alors, que tel nominé politique a outrepassé les limites de ses fonctions ou carrément enfreint nos lois. Doit-on se réjouir de ce grand déballage ? Sur le principe : oui.

Il ne fait aucun doute que l’animosité que certains partis politiques se vouent depuis quelques semaines est propice à la révélation de certaines « affaires ». Ainsi, plus l’éventualité d’une alliance MSM-Parti travailliste devient infinitésimale, plus la propension à dénoncer les turpitudes des alliés d’hier devient grande de part et d’autre. Le citoyen devrait normalement se réjouir de voir la vérité éclater au grand jour. Toutefois, l’on ne peut s’empêcher de s’interroger sur les motivations profondes de nos
« deep throat » locaux.

C’est que la « vérité » est non seulement devenue un outil de manipulation et de règlement de comptes, mais aussi une arme de dissuasion parmi nos politiques. Cette semaine, les ministres Satish Faugoo et Michael Sik Yuen ont été happés par deux « affaires » à Rose-Belle Sugar Estate et à la Small and Medium Enterprise Development Authority. Ils nient cependant toute implication. Bien évidemment, la Commission anti-corruption (ICAC) ne révélera pas le(s) nom(s) du/des whistleblower(s) qui l’a mise sur ces pistes. Mais on peut aisément deviner d’où le coup de sifflet est parti…

Dans d’autres cas, pas besoin de supputations. Showkutally Soodhun devrait ainsi illustrer très bientôt, et de fort belle manière, la façon dont les « révélations » peuvent n’être rien d’autre que des tentatives de manipulation. En effet, celui qui a « dévoilé » que le Premier ministre et l’ancien patron de la clinique MedPoint auraient discuté affaire, serait soudain moins sûr de lui. Devant la Commission anti-corruption, il prétendrait désormais qu’il n’a fait que déduire qu’une rencontre a eu lieu à partir d’informations qu’il aurait reçues. Il n’est donc pas en mesure d’affirmer qu’il a dit la vérité…

Si l’on peut avoir un intérêt à manipuler la vérité, on peut gagner tout autant à la dissimuler. Voici deux mois que le nom d’un ex-ministre est évoqué dans l’affaire de la saisie de six conteneurs de bois de rose en provenance de Madagascar. Depuis la même période, au moins deux hautes personnalités de l’État semblent parfaitement au courant de l’implication de leur ancien collègue dans ce trafic. L’une de ces personnalités ne se serait d’ailleurs pas fait prier pour donner à son entourage quelques détails d’une autre grosse casserole que traîne cet ex-ministre.

Pourtant, quand cette personne a choisi d’aller chauffer les bancs de l’opposition, aucune révélation n’a été faite à son sujet. Pourquoi ? Par éthique ? Parce qu’au gouvernement, on n’a pas pour habitude d’achever un ennemi à terre. Par tactique ? Parce que le coup de grâce peut attendre un autre moment. Ou alors par peur ? Car la vérité, loin d’être l’enjeu d’une partie de « je te tiens, tu me tiens par la barbichette », peut en fait être le fondement d’une politique de dissuasion. La vérité ayant ici la fonction des bombes nucléaires dans la doctrine de « mutually assured destruction ».

En lisant cet éditorial, le lecteur non averti pourrait croire que seul deux partis se livrent au jeu de la manipulation et de la rétention d’information. Il aurait tort, car le troisième parti de l’échiquier, le MMM, ne peut en aucun cas se positionner comme le camp « père-la-vertu ». Les pourfendeurs autoproclamés de la corruption doivent se souvenir que plusieurs des leurs se sont retrouvés devant l’ICAC et l’Economic Crime Office dans le passé. Plus récemment, les mauves se sont également illustrés par leurs calculs et leur opportunisme en retirant des questions embarrassantes au Parlement. Ce parti est donc mal inspiré en dénonçant un match dans lequel il n’est finalement qu’un joueur tout aussi zélé que les autres.

Tout cela ne doit toutefois pas nous écarter de la recherche de la vérité. Dans cette tâche, le rôle de l’ICAC demeure crucial. C’est à elle qu’il appartient de déterminer les responsabilités dans les différentes « affaires » qui sont portées devant elle. L’enjeu pour la Commission anti-corruption demeure plus que jamais clair : déterminer s’il y a eu corruption et trouver les coupables. Qu’importe les jeux politiciens en cours.


L’exception

C’est le monde à l’envers. Un avocat qui dénonce celui qu’il défend. C’est ce qu’a choisi de faire un juriste quand son client lui a expliqué vouloir remettre, par son entremise, Rs 200 000 à des offi ciers de police. Afin de se dépêtrer d’une affaire d’escroquerie dont il est l’unique suspect. Le cas de figure est exceptionnel. Surtout quand on sait que certains hommes de loi traînent la réputation inverse. Ils passent, en effet, pour être des experts en combines diverses et variées – certaines louches, d’autres carrément illégales – pour sortir leur client d’affaire… ou rendre leur séjour en prison plus agréable.

Cette semaine, toutefois, c’est un avocat très attaché à certains principes qui s’est illustré. Mais si l’on se réfère au code de déontologie des juristes de Maurice, la justesse de l’action du dénonciateur peut être remise en question. Le paragraphe du code consacré à la confidentialité des échanges entre le client et son avocat semble clair : « It is of the essence of a barrister’s function that he should be told by his client things which the client would not tell to others, and that he shall be the recipient of other information on a basis of confidence. Without the certainty of confi dentiality, there cannot be trust. Confidentiality is, therefore, a primary and fundamental right and duty of the barrister. » L’affaire se corse…

D’autres avocats, c’est le cas de Kishore Pertab sur Radio One, vendredi matin, ont toutefois argué que le principe de confidentialité souffre de quelques exceptions. Notamment quand le respect de ce principe conduit celui qui le fait à se rendre complice, voire coupable, d’un délit. Il est évident qu’en acceptant les instructions de son client, cet avocat se serait rendu complice d’un délit de corruption. Ce dernier a du coup obéi à des considérations éthiques et légales dépassant les cadres stricts de sa déontologie professionnelle. On ne peut donc que l’en féliciter.

Mais d’autres questions liées directement ou indirectement à l’affaire s’imposent. Revenons donc aux Rs 200 000. Selon les dires de l’avocat, cet argent aurait été destiné à des policiers qui se seraient chargés d’amener le graphologue de la police à écrire un rapport favorable au présumé escroc. Pourquoi cette personne prendrait sur elle pour proposer cette importante somme d’argent ? Avait- elle donc des raisons de croire que les policiers chargés de l’enquête sont corruptibles ? Connaît- elle, par exemple, des personnes qui se sont tirées d’affaire en adoptant la même stratégie ?

Plus prosaïquement, il nous faut revenir sur l’aspect exceptionnel de l’action de cet avocat. Les chroniques judiciaires ont été marquées durant les dernières années par des juristes emprisonnés ou poursuivis pour fabrication de faux alibi, trafic de drogue ou utilisation d’armes à feu, etc. La presse a également fait état de ces ripoux vendant l’honneur de leur uniforme pour Rs 200. On peut donc légitimement s’interroger sur cette affaire. Est-elle exceptionnelle dans le sens où c’est l’une des rares fois où un prévenu a demandé à son avocat de soudoyer la police ? Ou alors, est-elle inhabituelle… parce que d’ordinaire, les avocats qui reçoivent ce genre d’instructions n’en disent rien ?

Nous voudrions bien opter pour le bénéfice du doute. Mais nous ne le ferons pas. Parce qu’il y a décidemment trop d’enquêtes policières bâclées qui s’écroulent devant nos tribunaux. A la suite d’un vice de procédure, comme savamment planté lors de l’enquête. Et il y a aussi ce constat d’un ténor du barreau à l’effet que « n’importe qui » devient homme de loi de nos jours. Que conclure donc ? Que la corruption n’est certes pas la règle parmi les juristes! Mais que certains juristes gagneraient peut- être à suivre l’exemple de leur confrère qui s’est illustré cette semaine…

D’autres commentaires sur cet édito


L’homme qui tombe a pic

Les deux points de vue s’entrechoquent. Certains pensent que ce sont les hommes qui font les institutions. D’autres affirment que c’est l’inverse qui est vrai. L’arrivée de Megh Pillay à la tête de la State Trading Corporation (STC) nous permettra sans doute de confi rmer laquelle de ces propositions est la plus valable.

Pillay prend la tête d’une institution dont le signe distinctif est son manque de transparence. La STC fonctionne ainsi depuis de nombreuses années. Mais depuis l’arrivée de Ranjit Soomarooah à sa tête en 2004, la perception d’opacité n’a fait que s’accentuer. C’est notamment l’autisme de l’institution autour du « small print » de ses contrats d’approvisionnement – on les compte en milliards de roupies – qui a alimenté toutes sortes de spéculations. Les conditions étranges qui ont mené à la décision de renouveler le contrat de Soomarooah sur une base mensuelle et son départ précipité ont achevé de convaincre la population que la STC lui cache des choses.

Enter Pillay. L’homme sait ce que c’est que d’être en permanence « answerable » à une foultitude d’interlocuteurs. De 1993 à 2005, lorsqu’il a dirigé successivement Mauritius Telecom (MT) et Air Mauritius (AM), Pillay n’a pas seulement rendu des comptes aux politiques qui l’avaient nommé à ces postes de responsabilité. En effet, il a dû composer avec des actionnaires et syndicalistes belliqueux, des partenaires stratégiques hégémonistes et trop intrusifs. Ainsi qu’à nous, ses clients exigeants, soucieux d’obtenir le meilleur service possible. En reprenant la barre de la STC, Megh Pillay doit donc savoir que les Mauriciens attendent des comptes de lui.

On peut raisonnablement penser que le nouveau patron de la STC est en mesure de satisfaire cette exigence de la population. Durant l’année financière se terminant au 30 juin 2008, la STC a géré Rs 29 milliards de revenus. Ces chiffres, Pillay les a souvent maniés quand il était à la tête de deux des plus grosses entreprises du pays. L’homme avait également été appelé à leur tête au moment où elles faisaient face à des défi s majeurs. Il a ainsi négocié avec un certain succès l’entrée de Maurice dans l’ère de l’Internet et permis à MT d’avoir les bonnes cartes en main pour affronter la libéralisation des télécoms. A AM, c’est au moment où l’ouverture de l’accès aérien était débattue avec vigueur que Pillay a eu pour tâche de concilier la mission de service public d’un opérateur aérien national à celui de rentabilité et d’efficience dans un contexte de concurrence.

Le nouveau patron de la STC apparaît donc doté de l’expérience nécessaire pour administrer une institution lourdement endettée et dont le  fonctionnement et les choix stratégiques (lait amul, farine turque, hedging) se sont souvent avérés calamiteux dans un passé pas très lointain. Mais voilà, si à MT et AM, Pillay était redevable à une multitude de partenaires, à la STC, il ne prendra ses ordres et ne rendra des comptes qu’au gouvernement.

Il serait intéressant de savoir si, lors de sa conversation téléphonique de jeudi avec Pillay, Navin Ramgoolam lui a également donné comme mandat de redorer le blason de la STC en rétablissant la confi ance des Mauriciens dans l’institution. Si c’est le cas, Pillay devra s’atteler durant les mois à venir à réconcilier la population avec la STC. En faisant la démonstration que toute action ou inaction de la STC…ne cache invariablement des magouilles ou gabegies inavouables.

Mais est-ce seulement là l’une des priorités assignées à Pillay ? On ne le sait pas. Mais même si ce n’est pas le cas, on pourrait s’imaginer que le patron de la STC – en bon professionnel – fasse du rétablissement de la confi ance en l’institution une priorité aussi importante que  l’assainissement fi nancier de l’institution. Mais l’on doit malheureusement aussi envisager le scénario pessimiste. Celui où l’institution l’emporte sur l’homme. Pris dans une nouvelle logique et des directives précises, Pillay pourrait sombrer dans le même mutisme et opacité que Soomarooah.

On comprendra alors que c’est l’institution qui fait l’homme. On pourrait même alors aller jusqu’à penser que ce sont ceux chargés de veiller au bon fonctionnement de l’institution – au gouvernement – qui trouvent un certain intérêt à ce que l’opacité prévale là ou se négocient des contrats en milliards de roupies. De là à deviner le pourquoi de cette culture du secret…il n’y aura alors qu’un pas.

D’autres commentaires sur cet édito.


Affaire de mœurs (politiques)

Préjugeons. Demain ou mardi, les « Law Lords » du Conseil privé de la reine pourraient prendre une décision qui changera à jamais la manière dont les campagnes électorales sont organisées et menées à Maurice. Le « Privy Council » ne va bien évidemment pas définir les clauses d’un nouveau contrat candidat-électeur. Mais les juges britanniques pourraient donner une lecture définitive et précise de ce que sont des élections « free and fair » dans le contexte local. En relevant au passage les faiblesses dans l’application de notre « Representation of People Act » (RPA). Cette décision nous rappellera, implicitement, qu’il est temps d’inscrire de nouvelles règles dans nos lois électorales. Pour ensuite veiller à leur stricte application. Bref, de procéder à un changement de mœurs politiques dans le pays.

Les juges britanniques devront donner leur interprétation des pratiques électorales frauduleuses définies dans le RPA. Notamment les actes constitutifs des délits de « bribery » « treating » et de « undue influence ». Pour ensuite dire si la Cour suprême a eu raison de considérer que l’annonce de la construction d’un cimetière ou le recrutement de près d’une centaine d’habitants de la région de Moka à la veille des élections de 2005, constituaient bien des actes de « bribery ». Dont Ashock Jugnauth se serait rendu coupable.

Anil Gayan, juriste respecté et ancien camarade de parti d’Ashock Jugnauth reconnaît, dans un entretien accordé au « Mauritius Times » cette semaine, que le « Privy Council » pourrait difficilement contester les faits déjà constatés par la Cour suprême de Maurice. Et que donc, il y a de fortes chances que l’invalidation de l’élection de Jugnauth soit confirmée. Ce n’est pas que nous souhaitions le malheur du député, mais l’annulation de son élection rendrait service à la démocratie à Maurice. Et enverrait un signal fort à la classe politique.

Déjà une première leçon doit être tirée de l’affaire Ashock Jugnauth. Nos tribunaux peuvent faire appliquer le RPA ! L’invalidation d’une élection n’est pas qu’une hypothèse posée dans une loi inapplicable. Si on fausse le jeu démocratique par des moyens financiers ou parce que « pouvoir dans la main », il faut être prêt à en subir les conséquences. Pour une fois, une procédure est arrivée à son terme. Mais plus que jamais on peut reprocher à la procédure d’être longue et fastidieuse. Cela a profité à d’autres dans le passé. Xavier-Luc Duval a ainsi peut-être échappé de peu à l’invalidation de son élection en 2000 à la faveur de la dissolution de l’Assemblée nationale et la tenue d’élections générales anticipées.

Ces délais et cette complexité de la procédure donnent raison à tous ceux qui estiment que l’affaire Jugnauth et la première invalidation d’une élection au motif de « bribery » devra s’accompagner d’une profonde réflexion sur le rôle de l’« Electoral Supervisory Commission ». Que les juristes se plaisent à surnommer le « bouledogue sans dents ». Tant l’institution se borne à jouer à un arbitre de foot qui n’aurait dans sa poche ni carton jaune… et encore moins de carton rouge !

Toutefois, au-delà du contrôle et de la sanction plus ou moins rapide des auteurs de « bribes » électoraux, l’affaire Jugnauth doit être l’occasion de réfléchir plus avant sur la nouvelle relation que nous souhaitons instaurer entre l’électeur et les candidats qui briguent ses suffrages. Pour l’heure, l’électeur moyen se représente le candidat comme un mouton qu’il doit s’empresser de tondre et d’exploiter le temps de la campagne. Tandis que le candidat, lui, pense invariablement que le vote d’un électeur se monnaye sans difficulté en contrepartie d’un job, de quelques milliers de roupies, ou d’un permis d’opération de taxi. Les choses doivent changer. Et ce sont les politiques eux-mêmes qui doivent donner le ton pour permettre aux mentalités d’évoluer.

Le Premier ministre avait promis un débat national sur la réforme électorale pour après mai. Celui-ci tarde à être officiellement lancé. Entre-temps, l’attention, quand on parle de réforme, reste désespérémentbraquée sur le mode de scrutin ou le maintien ou non du « Best Loser System ». Où est donc l’éthique ?

Où sont les devoirs et obligations des candidats et des partis politiques à inscrire dans un code de conduite électoral ? Nulle part !

Personne n’en parle. Alors même que certains de nos voisins de la « Southern African Development Community » ont adopté de tels codes depuis des années. Et alors même que la suggestion d’Albie Sachs d’élaborer un code de conduite a reçu un accueil positif de la quasi-totalité de nos partis politiques.

Il est temps de passer aux actes.

En sachant qu’Ashock Jugnauth pourrait bien également servir de victime expiatoire. C’est injuste, mais peut-être que l’ancien ministre de la Santé paiera pour tous ceux qui ont « bribé » en toute impunité jusqu’ici. Mais il fallait un exemple et on l’a.

Et si cet exemple sert à une prise de conscience collective chez nos partis politiques. Si l’affaire Jugnauth les amène à élaborer d’eux-mêmes un code de conduite établissant, enfin, une relation saine entre électeur et candidats en période électorale. Alors on pourra remercier Ashock Jugnauth de s’être trempé dans une affaire de mœurs (politiques) un peu douteuse…
publié le 13 juillet 2008


Transparences

La lecture du rapport annuel d’une grande entreprise est un exercice fastidieux. Les chiffres donnent le tournis. Les informations comptables sont parfois tellement mal présentées, qu’on se demande s’il n’y a pas une volonté de perdre le lecteur en chemin. Certaines sociétés sauvent toutefois la mise en démontrant qu’elles ont saisi l’importance de la transparence dans leurs bilans financiers. C’est le cas de la holding Rogers qui publie cette semaine son rapport annuel.

Fait suffisamment rare pour être souligné, des informations qui demeurent d’habitude assez obscures, sont révélées. Le rapport détaille la structure de l’actionnariat du groupe. On apprend le nombre d’actions que chaque directeur de Rogers possède dans l’entreprise. Leurs rémunérations ainsi que leur assiduité dans les divers comités de direction sont répertoriées. On retient aussi que l’année dernière, les partis politiques du pays ont reçu Rs 4 millions de Rogers.

Mais on ne devrait pas donner l’impression de féliciter Rogers. La transparence, on l’attend d’elle. Il serait effectivement choquant que l’entreprise dirigée par le chantre de la bonne gouvernance, Tim Taylor, se montre avare sur les informations que les actionnaires, le grand public et de potentiels partenaires d’affaires demandent à connaître.

La transparence n’est pas facultative mais de rigueur. Le National Code on Corporate Governance (NCCG), le Financial Reporting Act (FRA) ou encore la circulaire du Joint Economic Council sur le financement des partis politiques sont autant de textes qui obligent ou recommandent fortement à nos entreprises de maintenir une certaine transparence dans leurs activités, et a fortiori dans leurs comptes. Lors des derniers « Best Published Accounts Awards », le jury du concours avait d’ailleurs souligné la relative opacité qui caractérise les bilans financiers de nos entreprises.

Il reste maintenant à espérer que le virus de la transparence contamine toutes les entreprises du pays. Ce sera fait bientôt. Car avec l’application complète du FRA à partir de juillet, la donne changera radicalement. Les normes comptables et de divulgation d’informations qui étaient recommandées devront être obligatoirement suivies. Et gare aux contrevenants et aux récalcitrants !

Ils auront affaire au Financial Reporting Council et pourront même faire l’objet d’éventuelles sanctions.

Mais, à l’avenir, on ne regardera pas uniquement en direction des entreprises, mais aussi du côté des organismes parapublics et corporations en tout genre. Car ces administrations bâtardes sont tout aussi concernées par les Interna-tional Accounting Standards ou les normes de la bonne gouvernance que les entreprises ont l’obligation de suivre.

Les comptables des organismes parapublics avouent ouvertement ne pas suivre, ou pire, ne pas connaître les nouvelles règles comptables et de transparence que leur impose le FRA ou le NCCG ! Nous ne sommes peut-être pas tous actionnaires de New Mauritius Hotels Limited ou de Rogers mais chaque Mauricien est actionnaire du CEB ou de la State Trading Corporation. Nous sommes donc en droit d’attendre plus de transparence dans les rapports et bilans financiers de ce type d’institutions.

Dans l’inconscient collectif, les organismes parapublics sont de hauts lieux de laisser-aller et de passe-droit. Le règne des normes comptables plus contraignantes et de la transparence ne pourra donc qu’améliorer leur gestion. Peut-être qu’ils répondront désormais plus clairement à la question qu’on se pose souvent. Où va notre argent ?

publié le 26 février 2006


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