Archives de Tag: journalisme

Demain je vote pour…

Ce n’est pas une consigne de vote. Je ne fais que partager le choix que je ferai demain, dans l’urne, avec vous.

On accuse suffisamment les journalistes d’être partiaux et de bien d’autres maux encore. Alors,  je vais jouer la transparence. Je ne suis ni mauve, ni blanc, ni rouge, ni bleu. Je n’ai pas de couleur. A ce titre, demain, je vais voter pour la candidate du Parti Malin de ma circonscription ainsi que pour deux candidats indépendants.

Je reste cohérent avec moi même et je tire les conséquences de ce que je pense de nos hommes politiques depuis quelques temps déjà. En 2005, j’avais voté pour deux candidats indépendants et la seule candidate alignée par les deux grands blocs dans ma circonscription. Cinq ans après, je refuse de choisir entre le pire et le moins pire. D’autres se sont résignés à faire ce choix, ils ont quelque part raison. Mais je m’y refuse.

C’est dommage que l’on ne puisse pas voter blanc à Maurice, sinon c’est exactement ce que j’aurai fait!

en bonus, la magnifique prestation du Parti Malin de ce soir!

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Drôle de métier

En ces temps où la profession de journaliste est raillée, discréditée et vilipendée par nos politiques. A l’heure où quelques uns de mes confrères s’érigent en donneurs de leçons et en chantres du professionnalisme. Au moment où certains « investissent » dans la presse pour des raisons obscures, je vous propose quelques citations sur ce drôle de métier que le mien. Bien évidemment, le choix est subjectif et trahit donc ma pensée …

Le Dalai Lama
Aucun journaliste ne sait plus ce qu’est une bonne nouvelle.

Coluche
Les journalistes ne croient pas les mensonges des hommes politiques, mais ils les répètent! C’est pire!

Oscar Wilde
The fact is that the public have an insatiable curiosity to know everything, except what is worth knowing. Journalism, conscious of this, and having tradesmanlike habits, supplies their demands.

Milan Kundera
Le pouvoir du journaliste ne se fonde pas sur le droit de poser une question, mais sur le droit d’exiger une réponse.

Geraldo Rivera
The courage in journalism is sticking up for the unpopular, not the popular.

François Mauriac
Un journaliste est d’abord un homme qui réussit à se faire lire.

Henri Beraud
Le journalisme est un métier où l’on passe la moitié de sa vie à parler de ce qu’on connaît pas et l’autre moitié à taire ce que l’on sait.

Jim Hightower
When I entered politics, I took the only downward turn you could take from journalism.

Phillipe Bouvard
C’est l’une des caractéristiques du journaliste que de se croire aussi important que les évènements qu’on le charge de relater. Le cornac préposé à la conduite des éléphants a plus de modestie.

James G. Watt
They kill good trees to put out bad newspapers.

Mason Cooley
Journalism never admits that nothing much is happening.

ps:  Je n’ai pas écrit d’édito ce dimanche. Car l’essentiel de ce que j’aurait dit est déjà dans l’article sur les négociations d’alliances entre les trois principaux partis politiques du pays: Parti Travailliste, MMM et MSM.


Piratage journalistique…

Il flotte comme un parfum de déjà-lu. Ce matin, un lecteur, M. Ramdin, m’a appelé pour me dire qu’il a été surpris par un article qu’il a lu hier après-midi dans un quotidien. « Normal ca ? *» m’a-t-il demandé en m’expliquant que l’article en question n’était qu’un « copy/paste** » d’une partie de mon édito de ce dimanche.

Je vous laisse constater, ce que qu’on pourrait appeler les « similitudes » entre les deux textes.

La version originale, parue ce dimanche…

En effet, le budget 2010 prévoit l’embauche de 2 700 personnes. La concordance de ce recrutement avec la période électorale ne peut que faire peser des soupçons sur l’intention réelle ou inavouée du gouvernement. (…) Santé, Education, Police et Maurice Ile Durable (MID), voici les secteurs qui vont accueillir les nouvelles recrues. Dans la police, par exemple, les 900 recrues seront vite mises à la tâche. Car le doublement du nombre de patrouilles mobiles et d’opérations de détection de stupéfiants est prévu en 2010. A la santé, le recrutement de 400 personnels soignants et de 300 médecins et spécialistes permettra notamment au ministère de mettre en œuvre un vaste programme de prévention, de détection et de soin des maladies non transmissibles. Tout en essayant parallèlement de diminuer le temps d’attente avant les interventions chirurgicales.

Ailleurs, le recrutement d’une centaine de personnes pour piloter le projet MID apparaît comme une excellente nouvelle. En effet, MID semblait souffrir depuis plus d’un an d’un double handicap. Un manque de moyens humains et une absence de politique claire. Une première étape semble avoir été franchie à travers ce budget. En effet, la centaine de recrues dans les différents ministères aideront, chacun à sa manière, à la concrétisation du projet. Soit en participant à l’élaboration des politiques comme la « Renewable Energy Development Strategy » ou en mettant à contribution leur expertise durant les audits énergétiques ou environnementaux des administrations publiques ou des entreprises. Avec le PBB, nous pourrons suivre la performance des ministères. A pareil époque, l’année prochaine, nous serons donc en mesure d’évaluer si l’apport de ces recrues a permis la réalisation de des objectifs ambitieux de ces ministères.

Et la version de mon confrère

CHIFFRE :

2 700 Le budget 2010 prévoit l’embauche de 2 700 personnes dans la fonction publique. La Santé, l’Éducation, la Police et le projet Maurice Ile Durable (MID), sont les secteurs qui vont accueillir de nouvelles recrues. 900 policiers seront recrutés, cela en vue d’un doublement, prévu en 2010, du nombre de patrouilles mobiles et d’opérations de détection de stupéfiants. La Santé compte recruter 400 soignants et 300 médecins, cela en vue de permettre au secteur de mettre en œuvre un vaste programme de prévention, de détection et de soin des maladies non transmissibles. Une centaine de techniciens et d’autres professionnels seront par ailleurs recrutés pour le projet Maurice île Durable. En effet, la centaine de recrues dans les différents ministères aideront, chacun à sa manière, à la concrétisation du projet. Soit en participant à l’élaboration de politiques comme la Renewable Energy Development Strategy soit offrant leur expertise pour les audits énergétiques ou environnementaux des administrations publiques ou des entreprises.

Difficile d’invoquer le bénéfice du doute. Je m’explique. Bien souvent, les journalistes, un peu flemmards, copient presque texto un communiqué de presse ou une dépêche d’agence. Dans ces cas là, il arrive que deux journaux publient des brèves quasi-identiques.

Mais dans le cas qui nous intéresse, cela n’a pas pu arriver. La  source originale des information que reproduisent les deux articles est le Programme Based Budget de 2010. Or, dans ce document, ces faits ne sont pas présentés dans la même continuité. Pour écrire mon article, j’ai du croiser des informations qui se trouvaient à des dizaines de pages et de chapitres d’intervalle. Il me semble donc surréaliste de penser que deux journalistes, à quelques jours près, ont eu l’idée de croiser les mêmes informations, de les illustrer par les mêmes exemples et dans le même ordre à partir d’un document qui fait près de 1000  pages. Bon, c’est ma conclusion. Je vous laisse faire la vôtre…

*: « Est-ce normal ? »

**: « Copier/coller»






L’image qu’ils ont de Maurice

Certes je suis en vacances, mais ma fin de semaine a été marquée par deux rencontres journalistiques. L’image qu’ont les journalistes étrangers de nous n’est pas nécessairement celle que l’on croit. Mauritius, ce n’est pas nécessairement un plaisir pour eux. Ils ont bien raison!

Samedi, j’ai reçu un appel de Pierre Sorgue, journaliste du magazine français GEO. Il voulait qu’on discute un peu du projet JinFei (ex Tianli). Le numéro de février du magazine fait la part belle (40 pages) à Maurice. Et l’un des articles traite des grandes questions économiques dans le pays.

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Nous nous sommes donc vus samedi soir. La rencontre devait être brève : « 15 minutes, » disait-il. Mais nous avons fini par discuter pendant près de deux heures. On a commencé par le projet JinFei et de ses enjeux géopolitiques pour ensuite bifurquer sur la ville nouvelle de Highlands. Enfin, certains aspects du développement économique à Maurice ont été âprement débattus. Notamment, le fait que certains concitoyens n’ont pas profité de la croissance économique de ces 25 dernières années.

La discussion était sans concession. Mon interlocuteur avait bien fait ses recherches et avait saisi la complexité de notre société et ses blocages. Il n’y avait donc aucune raison que j’édulcore mes pensées.

On verra ce qu’il a retenu de notre conversation et celles qu’il a eues avec d’autres interlocuteurs dans le numéro de février de GEO. Nous découvrirons comment le « miracle économique mauricien » est vu par un journaliste qui aime montrer la réalité des choses.

Je termine par ma deuxième rencontre. Qui a en fait eu lieu vendredi… Si vous avez écouté Radio One ces derniers temps, vous avez du remarquer que la radio est nettement plus orientée vers l’information. Et qu’une petite brise de dynamisme souffle sur elle. Ce changement porte la patte de Freddy Thomelin. L’homme a un impressionnant CV, il a notamment été cofondateur de RFO et France Info. Il a aussi dirigé d’importantes radios régionales en France tout en enseignant le journalisme. Il est à Maurice depuis deux mois pour aider à redynamiser Radio One.

J’ai certes une bonne trentaine d’année de différence avec Freddy. Nous avons grandi dans des pays différents et venons d’horizons et de milieux distincts. Mais nous parlons le même langage. Car nous avons appris, à travers notre métier à regarder au-delà des apparences. Freddy n’est à Maurice que depuis deux mois. Pourtant, vendredi soir, autour d’un canard laqué, nous avons passé toute une soirée à discuter des problèmes qui minent la société Mauricienne : communautarisme, copinage, hypocrisie, puritanisme et concentration des pouvoirs économiques et politiques.

Freddy a presque terminé la tâche qui lui avait été assignée. Il rentre donc en France fin novembre. Il ne repartira pas avec une belle image de carte postale dans sa tête. Mais plutôt avec une vue assez claire de toutes les choses extraordinaires, pathétiques et scandaleuses qui coexistent à Maurice. C’est cela le regard journalistique…


Un an sans concessions

Si Raoul ** savait ! C’est un peu à cause de lui que je me suis décidé à lancer ce blog. Il y a de cela pile un an, Raoul et moi discutions politique. C’était un samedi matin et quelques jours auparavant, il avait participé à une émission de radio. Durant laquelle il avait fait une analyse que je pensais être très pertinente. Je le lui faisais savoir quand il m’a rétorqué « de toute manière, les paroles s’envolent, les écrits restent. Crois-tu qu’on va se souvenir de ce que j’ai dit à la radio ? Ce qui importe c’est la trace qu’on laisse en écrit ! » Avant de m’enjoindre à aller consulter les articles d’opinion que j’avais écrits jusqu’ici. Afin de déterminer si mes analyses avaient été justes. Si ma pensée était restée cohérente au fil des années. Ces conseils ne sont pas tombés dans l’oreille d’un sourd !

Profitant du temps libre dont je disposais durant ce week-end là, je suis allé consulter les archives de lexpress.mu. Le nouveau site n’existait pas encore. J’avais donc pu avoir accès à l’essentiel de mes papiers d’opinion de ces 4/5 dernières années ainsi qu’à plusieurs articles de fond que je considérais être importants. A l’issue de ce travail de compilation, j’ai donc poster un à un tous les articles. En le classant par catégorie, les taggant etc…

Mais restait une question essentielle. Je suis journaliste, pas bloggeur ! Qu’est-ce que j’allais pouvoir raconter (en dehors de ce que j’écris déjà dans l’express-dimanche )à ceux qui visiteraient mon blog?

La réponse coulait de source. Déjà, je ne peux pas écrire sur tout. Parfois des sujets que je considère intéressants pour mon édito passent à la trappe. Parce qu’ils ne sont pas suffisamment haut dans la hiérarchie de l’information cette semaine là. En d’autres occasions, c’est une petite anecdote dans l’actualité qui appelle spontanément un commentaire ou une petite analyse. Car bien souvent, si l’article n’est pas vite publié, il perd de sa pertinence…surtout quand le soufflet autour de cette actualité retombe rapidement. Dans d’autres cas, ce sont les coulisses du journal et du métier de journaliste qui sont intéressantes. Or, nos anecdotes, on se les garde habituellement entre nous. Il était temps que j’en partage certaines avec vous.

C’est dans cet esprit que j’ai écrit le premier article destiné spécifiquement pour le blog. Depuis, cahin-caha, les choses ont évolué. 194 autres articles ont été postés, ils ont recueilli environs 260 commentaires. Le blog n’est pas un aimant à visiteurs. En moyenne, il a reçu 30 clics par jour. Qui viennent essentiellement de Maurice, France, Grande Bretagne, USA et Canada.

Il y a bien eu quelques évènements qui ont amené les statistiques à crever le plafond. En décembre 2008, lexpress.mu a posté un lien vers mon blog. Résultat : 417 clics en une journée. Ce dimanche, la controverse autour de la photo de Navin Ramgoolam et d’Obama a également dopé les visites : 340 clics ce 28 septembre 2009. La photo de la discorde est d’ailleurs bien partie pour être l’article le plus consulté du blog. Pour le moment il est troisième. Derrière la partie « about » et un article sur l’avenir du secteur de la canne à Maurice, que j’avais écrit en juillet 2004.

Et maintenant, c’est quoi la suite ? Elle va être conforme à ce que je vous ai proposé jusqu’ici. Je vais continuer à partager avec vous mes éditos de l’express-dimanche et certaines de mes interviews sur Radio One. Tout en prenant le temps de vous fournir quelques bribes de ce qu’il se passe dans les coulisses de mon journal ainsi que dans le petit monde des gratte-papier à Maurice. Régulièrement, je tacherai aussi d’écrire des analyses et commentaires sur les questions économiques, politiques et sociales qui nous intéressent.

Voilà l’histoire de cette année passée. Le blog existe et fête sa première année d’existence grâce à vous. Alors je vous remercie pour vos visites régulières et pour votre participation sur le blog.

** Raoul est le deuxième prénom d’un individu qui en compte trois. Son troisième prénom étant Gervais. Certains le reconnaîtront!


La photo de la discorde

J’avais faux. Il y a bien eu une photo immortalisant la rencontre de Navin Ramgoolam et de Barack Obama à New York cette semaine. Depuis ce matin, les partisans travaillistes mais aussi ceux attachés à la rectitude m’ont fait remarquer la « gaffe » commise. Oui, mon article contient une information erronée. Mea culpa. J’assume.

Toutefois, il faut bien comprendre le contexte avant de décréter ma mauvaise foi (…de « semi-intellectuel » diront certains) ou celle de mon journal. Il y a des faits ! Quels sont-ils ? Le déjeuner de travail entre Obama et les dirigeants africains a eu lieu mardi dernier. En fin de semaine, la cellule de communication du Premier ministre nous a fait parvenir une mini-série de photos prises en marge de l’évènement. Aucune d’entre elles ne montre Navin Ramgoolam en compagnie d’Obama. Et pour cause, cette réunion s’est tenue à huit clos. Vendredi soir, j’ai essayé de faire une recherche sur le site de la Maison Blanche pour trouver une photo réunissant Ramgoolam et Obama durant l’évènement. Il n’y en avait pas. Je n’allais pas être plus royaliste que le roi. Si le site de la Maison Blanche et le service de comm’ du Premier ministre n’avaient pas encore fourni de photo, je n’allais pas persister à la chercher à 21h45 samedi soir, à l’heure du bouclage de l’express dimanche.

Ce que j’avais, par contre. C’était cette photo :
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Ramgoolam en conversation avec Robert Mugabe, le Président du Zimbabwe, l’un des chefs d’Etats les plus infréquentables de la planète ! Jeudi, j’ai montré ce cliché à mon équipe. En partageant mon étonnement. Pourquoi diable le service de communication du Premier a décidé d’envoyer à la presse une photo de Navin Ramgoolam en compagnie d’un individu aussi peu recommandable !? L’idée est partie de là. Écrire un article court et grinçant pour rappeler qui est Robert Mugabe. Journalistiquement, la photo de Ramgoolam à montrer cette semaine était celle où on le voit avec Obama. Mais nous ne l’avions pas. L’article sur « L’autre rencontre de Ramgoolam » demeurait donc tout à fait pertinent.

Car il faut le redire. Mugabe n’est pas un démocrate. Navin Ramgoolam, le Premier ministre de la République démocratique de Maurice, n’a pas à s’afficher avec un tel individu. « L’autre rencontre de Ramgoolam » n’était en rien un évènement à immortaliser en photo !

A NEW YORK
L’AUTRE RECONTRE DE RAMGOOLAM

Navin Ramgoolam ne rentrera pas au pays avec une photo souvenir le montrant en compagnie du président américain Barack Obama. Huit- clos oblige, aucune photo n’a pu être prise durant le déjeuner réunissant Obama et 25 chefs d’Etat de la région subsaharienne ce mardi. Un autre cliché témoigne toutefois du passage de Navin Ramgoolam à l’assemblée générale de l’Organisation des Nations Unies ( ONU). Celui où on voit le Premier ministre mauricien en compagnie de Robert Mugabe, le président du Zimbabwe.

Aucune information n’a filtré au sujet de leur conversation informelle. Néanmoins, Ramgoolam et Mugabe n’ont pas dû manquer de sujets de conversation. Ils accordent tous deux un vif intérêt à deux dossiers : la liberté de la presse et la démocratisation de l’économie. En 2003, Mugabe a eu raison de la presse indépendante dans son pays. Son régime a interdit au journal Daily News de paraître. Depuis, seul le Herald et le nouveau tabloïd H- Metro sont autorisés au Zimbabwe. Ils sont tous deux contrôlés par l’Etat.

L’action de Mugabe en matière de démocratisation de l’économie a été encore plus spectaculaire. Entamée en 2000, la « réforme agraire » du président zimbabwéen a fait fuir l’essentiel des 4 500 fermiers blancs de son pays. Prés de 3 millions d’autres Zimbabwéens leur ont emboîté le pas pour se réfugier dans les pays voisins ( Botswana, Afrique du Sud, Zambie).

La politique de Mugabe lui a valu la condamnation de nombreux pays et organisations internationales, comme la Southern African Development Community ( SADC). Lors de son discours devant l’assemblée générale de l’ONU vendredi, Navin Ramgoolam a salué la mise en place d’un gouvernement d’union nationale au Zimbabwe. Morgan Tswangirai, le principal opposant de Mugabe, a en effet été nommé au poste de Premier ministre en février dernier. A quand la photo Tsvangirai, Mugabe et Ramgoolam ?


Ramgoolam, Bérenger, des singes et des rasoirs.

Pas convaincants ! C’est à peu près ainsi que mes collègues et contacts m’ont décrit les trois « jeunes » membres du MMM qui étaient les invités de On Record hier sur Radio One. Je n’étais moi-même pas très convaincu de leur prestation. C’est d’ailleurs pourquoi je n’ai pas posté d’extraits de l’émission sur le blog. Je me raviserai peut-être…

Il y a des explications à cette performance moyenne. La principale étant le manque d’expérience avec les médias. Certaines interactions sont plus rassurantes. Un journaliste de la presse écrite intimide moins les jeunes politiques. Car ces derniers savent qu’ils ont la possibilité de répéter une phrase ou réexpliciter un propos flou avant la parution du journal. Mais point de filet de sécurité en radio ou en télé. Quand c’est en direct, ça pardonne encore moins. On se lance. Si on ne sait pas quoi ou comment répondre, tant pis. On bafouille, on improvise. Le résultat est parfois bon, très bon ou carrément médiocre.

Pour décontenancer ou décontracter mes invités, je leur joue parfois un tour en plein direct. Je décris, à l’intention de l’auditeur, l’exaspération, l’amusement ou la fébrilité qui peut parfois gagner l’invité en studio. Hier, ce que j’aurais décrit n’aurait certainement pas aidé nos trois jeunes à mieux faire. Car pendant l’heure qu’a duré l’émission, j’ai parfois croisé des regards me demandant « ai-je bien répondu à la question ? » J’ai vu des mains écrire frénétiquement sur un bout de papier les quelques idées approximatives qu’il fallait défendre autour de telle ou telle question. J’ai vu la panique chez certains lors que des phrases censées être apprises par cœur ne revenaient apparemment pas. J’ai vu des expressions de doute envahir les visages quand il fallait expliquer concrètement comment le parti allait changer la situation dans le pays.

Qu’on ne s’y trompe pas. Je ne me livre pas à un réquisitoire contre mes trois invités d’hier. D’autres jeunes d’autres partis auraient été tout aussi moyens! Voyons donc le bon côté des choses. L’exercice a du bon, car les auditeurs ont pu découvrir trois jeunes. Et se faire une idée de ce qu’ils ont dans le ventre. L’idée est sans doute fausse. Car, j’ose espérer que le trac et l’inexpérience les a empêché de donner le meilleur d’eux-mêmes. Plus nos trois mousquetaires seront rompus aux médias, plus ils deviendront convaincants et maîtriseront l’art de la langue de bois. Au grand bonheur de leurs aînés !
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Ceci m’amène à une faiblesse de taille chez les politiques à Maurice. Le Media Training, ils ne connaissent pas! Pourtant, on ne parle pas aux médias comme on parle aux électeurs au marché ou dans la rue. Il faut connaître le média, comprendre son mode de fonctionnement et par conséquent ses attentes. Le Media Training permet au politique de savoir clairement ce qu’il veut dire. Cela lui confère ensuite la possibilité de transmettre ses idées le plus efficacement possible. Mais malheureusement, ces fondamentaux demeurent inconnus de nombre de politiques à Maurice. Conséquence : ils improvisent leur relation avec la presse.

Parfois, ils s’avèrent être de bon communicants, sans se forcer. Cela, grâce à un esprit synthétique et à une capacité à être didactique. Le meilleur exemple dans ce domaine est Paul Bérenger. Les journalistes adorent ses conférences de presse. Il est carré, thématique et entame chaque point de sa conférence de presse avec des phrases d’attaque. Bérenger s’accorde également des moments de respiration pour mieux mettre l’emphase sur les idées clés qu’il veut transmettre. Le développement de ses idées en devient donc souvent très clair.

Le hic, c’est qu’une infime minorité de politiques locaux a ce genre de facilité. Les autres… improvisent. Leurs plus gros travers : croire que tutoyer le journaliste après 5 minutes de conversation, ça aide à faire passer les idées et créer un rapport amical. Faux ! Deuxième travers : réciter par cœur la leçon que le parti leur demande d’apprendre (souvent à grand renforts de « comme l’a fait ressortir notre Leader… »). Ensuite, il y aussi ceux qui se croient intelligents en se mettant à disserter sur tout et n’importe quoi. Alors que la question initiale, par exemple, était : « depuis quand avez vous rejoint le parti X ou Y ? » Ceux-là ont tous besoin d’être media-trained d’urgence.

D’ailleurs, on voit très bien ceux qui ont été formés aux techniques du Media Training. Navin Ramgoolam fait figure d’élève modèle en la matière. Un cabinet français et des amis ayant une excellente connaissance des médias ont fait de lui une redoutable machine à communiquer.

Ceux qui l’ont interviewé en tête-à-tête le confirmeront. Aussi belliqueux qu’il soit envers la presse, Ramgoolam sait être un interlocuteur affable, voire amical en tête-à-tête. Les questions embarrassantes, il les contourne par les bonnes vieilles techniques : reformuler la question à son avantage et répondre en biais. Aussi, sa décontraction devant l’objectif est stupéfiante. Au photographe présent durant l’interview, Ramgoolam jette toujours un regard. Il regarde ainsi droit dans la caméra, avec un léger sourire. De préférence accompagnée d’un geste de la main. Il a appris sa leçon par cœur.

Même rigueur en public. Ramgoolam a un calque. Regardez ses prestations télévisées devant une association socioculturelle ou un parterre de notables. Les mêmes gestes accompagneront les idées qu’il veut marteler. Dès le début ou la fin d’une phrase importante, un petit regard vers la caméra de télévision suffira à signifier au téléspectateur que le Premier ministre ne s’adresse pas qu’à la salle où il était…mais aussi à celui ou celle qui est derrière le petit écran.

C’est cela le Media Training. C’est une technique qui permet à l’homme politique de bien faire passer les idées qu’il juge importantes. Toutefois, une technique, si elle est mise au service de grandes idées produit de belles choses : avec du fond et de la forme. Le problème, avec Ramgoolam, c’est que la forme ne suffit pas à cacher la vacuité du fond. Dernièrement il a utilisé son excellente technique pour dire une bêtise incommensurable : « il faut du courage pour se suicider. » Le vieil adage local sied à la situation : « Ine donn ene zaco razoir… »***

***Quand on donne un rasoir à un singe, il fini par blesser les autres ou lui-même avec.


Navin, arrête tes conneries!

Hier, le Premier ministre a eu quelques mots durs envers les journalistes du pays. Une petite précision s’impose. Je pense que cette remontrance s’adresse surtout et d’abord à tous ceux qui ne remplissent pas leur quota de dithyrambes et de flatteries envers Navin Ramgoolam. D’autres et moi-même, ne faisons pas ce métier pour être aimés des puissants. Alors tant mieux si la relation est conflictuelle. Mais le conflit ne doit pas mener à l’insulte.

Voici, en résumé ce que le Premier ministre pense de la presse à Maurice :

Certains que j’appelle des semi intellectuels écrivent sur des sujets qu’ils ne connaissent pas. Ils n’ont aucune humilité. Ils écrivent sur le Parti Travailliste alors qu’ils n’étaient même pas nés quand ce parti avait été créé. Quand ils écrivent, que ce soit dans l’express ou Le Mauricien, c’est comme c’étaient les paroles d’évangile (…) Ils n’ont jamais rien réussi dans leur vie… demandez leur ce qu’ils ont accompli dans la vie…Mais ils tenteront de dire aux autres ce qu’il faut accomplir…

En reproduisant allègrement les propos insultants du Premier ministre, ceux – très sages – de Coluche me viennent en tête.

Les journalistes ne croient pas aux mensonges des hommes politiques, mais ils les répètent! C’est pire

Je vais donc rectifier quelques mensonges, inexactitudes et incohérences dans les conneries dites hier.navinb

(…) des semi intellectuels écrivent sur des sujets qu’ils ne connaissent pas (…)Quand ils écrivent, que ce soit dans l’express ou Le Mauricien, c’est comme c’étaient les paroles d’évangile

Commentaires :
Intellectuel, semi intellectuel ou gratte papier. Peu importe la terminologie. Le journaliste n’arrive pas à l’apogée de sa carrière quand on dit de lui qu’il est un « intellectuel. » La fonction première d’un journaliste c’est de voir, écouter et lire ce qu’il se passe dans le pays. Ensuite, d’analyser tout cela pour le rapporter à ses lecteurs ou auditeurs. Certains franchissent un pas supplémentaire dans la réflexion en donnant leurs opinions et analyses personnelles afin d’alimenter le débat sur une actualité politique économique ou sociale. Tout cela constitue notre mission première. Seul un ignare peut remettre en doute cette fonction. Et seul un ignare peut feindre de ne pas voir que sondage après sondage, 88% à 92% de Mauriciens disent respecter l’institution qu’est la Presse !

(…)Ils écrivent sur le Parti Travailliste alors qu’ils n’étaient même pas nés quand ce parti avait été créé…

Commentaires:
Navin Ramgoolam est juriste et médecin, on aurait attendu un niveau de raisonnement bien plus élevé d’une personne aussi intelligente.  En effet, s’il est interdit à une personne de commenter et d’écrire sur des événements qui ont précédé sa naissance, Navin Ramgoolam serait lui-même dans de sales draps. Le Premier ministre est né en 1947. Tandis que le Parti Travailliste (PTr) qu’il dirige a été fondé en 1936. Doit-on en conclure que Navin Ramgoolam n’a pas le droit de gloser sur ce qu’il s’est passé au PTr et dans le pays avant 1947 ? Ce serait absurde ! Mais bon, Ramgoolam ne semble pas rechigner à recourir à des arguments absurdes. Après tout, il en a le droit. Car ne l’oublions pas, le ridicule ne tue pas!

Ils n’ont jamais rien réussi dans leur vie… demandez leur ce qu’ils ont accompli dans la vie…Mais ils tenteront de dire aux autres ce qu’il faut accomplir…

Commentaires :
Le propos est insultant. Retournons la question. Politicien professionnel ? C’est un métier ca ? Le CV du Docteur Maitre Ramgoolam indique que de 1985 à 1987, il a pratiqué la médecine à Maurice. Depuis 1993, il est avocat. Pourtant, on a énormément de mal à trouver quelqu’un qui dit avoir été guéri ou même ausculté par le Dr Ramgoolam. Pareillement, impossible de trouver un quidam pour certifier que Me Navin Ramgoolam est apparu devant nos magistrats pour défendre une affaire. C’est à se poser la question. Qu’est-ce que Navin Ramgoolam a accompli professionnellement?

Un « fils de » exilé en Angleterre ? Réimporté au pays par Gaëtan Duval ? Un leader de l’Opposition et un Premier ministre qui s’est vu servir ces deux postes sur un plateau ? Actuellement un chef du gouvernement puissant à cause d’une opposition lamentable ? Oui, il est tout cela. Mais être tout cela, c’est être un peu un opportuniste…

L’information par contre, elle n’est pas servie sur un plateau. Chaque jour, les centaines de journalistes du pays font leur boulot. Plus ou moins bien. Avec plus ou moins d’efficacité. Dans certains cas également, avec peu ou pro d’honnêteté. Mais ils bossent. Ils méritent leur salaire, qui, détrompez vous, n’est pas aussi mirobolant que vous le pensez. Ces journalistes, arrivent à fonder des familles, se construisent leurs maisons. Font en sorte que leurs enfants étudient. Tout en faisant le noble métier que celui d’informer. Navin Ramgoolam est non seulement mal inspiré, mais carrément arrogant et condescendant, en voulant faire croire qu’une personne qui arrive à faire tout cela n’a rien accompli de sa vie !


Portrait d’un intolérant

Le MSM a raison. L’express s’est effectivement trompé en estimant le nombre des sympathisants que ce parti a réuni le 1er mai à St-Pierre. Il nous faut donc rétablir les faits. Selon notre estimation, le MSM n’a pas attiré 4 000 mais plutôt 3 000 partisans. Pour arriver à cette conclusion, nous avons consciencieusement évalué la foule, confronté nos estimations avec celles d’autres confrères – journalistes et photographes – ainsi que des habitués des meetings. C’est un travail de rigueur. Mais pour accepter les faits en toutes circonstances, il faut être raisonnable et démocrate. Manifestement, Pravind Jugnauth n’est ni l’un, ni l’autre.

L’homme a un passif lourd. Pendant qu’il était ministre de septembre 2000 à juillet 2005, il nous avait déjà donné un aperçu de son intolérance. En effet, comme ministre des finances, Pravind Jugnauth s’était irrité des interrogations de l’express-dimanche sur sa gestion de la dette et du déficit public. En représailles, il avait boycotté le journal. Choisissant de décliner toute demande d’entretien ou d’invitation à commenter l’actualité économique.

Souvent le passage dans l’opposition – a fortiori le karo kann extraparlementaire – assagit les plus réfractaires et les rend humbles. Cela n’a pas été le cas pour Pravind Jugnauth. A peine a-t-il chaussé les grands souliers de son papa qu’il redouble de véhémence envers la presse et plus précisément l’express. Qui, selon lui, n’existe que pour le nuire.

Dédaignant le dialogue, incapable de comprendre qu’il ne fait l’objet d’aucune cabale, Pravind Jugnauth s’attaque systématiquement au rédacteur-en-chef de l’express, Raj Meetarbhan, à ses congrès et meetings. Pravind Jugnauth choisit l’insulte pour décrédibiliser le journal. Mais les faits sont têtus et l’express continue à les relayer. Comme quand il rapporte que le meeting MSM du 1er mai 2008 n’a mobilisé qu’une assistance maigrelette. Une vérité difficile à avaler… Pravind Jugnauth réagit avec virulence en boycottant l’express et l’express-dimanche. Nous ne serons désormais plus invités à couvrir les activités du MSM.

Un boycott inutile car les deux journaux continuent à informer leurs lecteurs de ses activités. Notamment durant la campagne pour la partielle de Quartier-Militaire/Moka Durant celle-ci, la presse et les radios privées remarquent le vigoureux coup de main du Parti travailliste et d’organisations sectaires à Pravind Jugnauth. Elle en font donc état. Mais une fois de plus, le leader du MSM nie les faits. Dénonce une énième campagne pour le déstabiliser. En réaction, ses attaques envers l’express s’intensifient. Notamment quand il parle de « sa malpropté zournal ki apel l’express la… mem pou al toilet pas bon ca » et appelle ses partisans à ne plus acheter le journal.

zournal-toilette

Se sentant pousser des ailes, croyant revenir bientôt au pouvoir grâce à une alliance avec le Parti travailliste, Pravind Jugnauth ne cesse de radicaliser son langage face aux titres de La Sentinelle. Sans doute se sent-il soutenu, voire encouragé, par son nouveau boss, Navin Ramgoolam. Qui voue lui-même une hargne tenace envers la presse indépendante. Vendredi Jugnauth persiste et signe. « L’express, l’express-dimanche ek Radio One, mo dir bizin boycott sa bann zournal ek sa radio là. » Il déverse ensuite un chapelet d’insultes contre Jean-Claude de l’Estrac, le directeur exécutif de la Sentinelle, et Raj Meetarbhan.

Tant de constance dans ses attaques ne pouvait que dégénérer. Ainsi hier en découvrant l’estimation des foules du 1er mai, le MSM voit rouge. Et Showkutally Soodhun prend la tête d’une foule de 150 personnes – dont d’autres responsables du MSM pour agresser des journalistes de la Sentinelle et dégrader les locaux de nos bureaux à Port-Louis. La menace de Soodhun est précise : « Zordi reklam; fim pou zoue pli tard. » Il faut comprendre et craindre que le MSM ne compte pas arrêter ses actions violentes.

Quelle ironie ! Nous célébrons aujourd’hui la Journée mondiale de la liberté de la presse décrétée par les Nations Unies. En cette occasion, nous ne pouvons que nous inquiéter que l’un des trois « grands » partis politiques du pays estime normal de recourir à la violence comme mode de dialogue avec la presse. Si campé dans l’opposition, un parti recourt à de telles méthodes détestables, on se demande à quelles solutions extrêmes elle recourra si jamais elle arrive au pouvoir. Mais qu’importe, la meilleure réponse que la presse libre peut donner à cette tentative d’intimidation, est de redoubler de rigueur dans son travail. C’est justement ce que nous allons faire. N’en déplaise à Monsieur Jugnauth.


Bientôt, le code d’éthique national de la presse

Ça y est. Le comité exécutif de la Newspaper Editors and Publishers’ Association (NEPA) a mis aujourd’hui la dernière main à un projet de code d’éthique national pour les journalistes de Maurice.

La profession démontre ainsi clairement sa volonté de s’autoréguler. Contrairement à ce qu’a souvent affirmé le Premier ministre, Navin Ramgoolam. Qui a brandi « le manque de professionnalisme » de la presse locale pour justifier la mise en place d’une « Media Commission Bill. » Cette loi, si elle est votée, contrôlera plus sévèrement l’exercice de la liberté d’expression et rendra éventuellement passible les journalistes de sanctions pénales plus lourdes.

En janvier, une Assemblé générale, réunissant tous les membres de l’association, sera appelée à avaliser ce code d’éthique. L’étape suivante sera franchie avec la mise en place d’une Commission chargée de veiller au respect du code. Ce panel de sages sera composée de juristes et de personnalités ayant une profonde connaissance des médias et du droit à Maurice. Mais également, cela est à l’étude, d’au moins un représentant des lecteurs du pays.


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