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Grégoire le Républicain

A peine deux ans après la création de la Fédération Créole Mauricien (FCM), l’express dimanche titrait déjà en 2009 : « Le début de la fin. » Deux ans plus tard, c’est le père Grégoire lui-même qui confi rme que cette phase est achevée. Ce qu’affirme le président de la FCM dans l’interview qu’il nous accorde, mais aussi dans l’entretien diffusé, lundi dernier, sur Radio One, c’est que la fédération, telle que nous la connaissions il y a encore deux ans… est morte. Reste la FCM nouvelle… Pour bien comprendre le chemin parcouru par Grégoire et sa fédération, il nous faut revenir sur les erreurs stratégiques les plus criantes commises par ce mouvement et ses dirigeants ces dernières années.

La fédération a perdu la sympathie de l’opinion publique à partir du moment où elle a commencé à se comporter en consoeur de la Voice of Hindu (VOH). Quelques-unes des organisations socioculturelles les plus rétrogrades du pays – VOH en tête s’appuient sur de prétendues règles non écrites pour expliquer pourquoi leurs « bann » doivent jouir d’avantages divers et variés. La FCM s’est prise au même jeu, cédant à la facilité de croire que l’égalité se conquiert à l’aide de calculs arithmétiques ou en ethnicisant outrancièrement des débats avant tout socioéconomiques et éducatifs. Premier péché capital.

La FCM n’a donc pas tardé à réclamer de manière simpliste un quota de 35 % de Créoles dans la fonction publique du pays. Tout en faussant le débat sur l’introduction du morisien à l’école. En arguant qu’étant « la langue ancestrale des Créoles », son introduction en milieu scolaire constituera une « réparation historique » pour les descendants d’esclaves. Contreproductives, ces revendications ont eu pour effet de braquer d’autres organisations « noubannistes » du pays. Mues par leur instinct de préservation, elles ont vite vu en la FCM un adversaire. En Grégoire, un ennemi. Toutefois, loin de cette querelle, le grand public se faisait une opinion : « VOH, FCM… même combat ! »

Deuxième péché capital : les accointances politiques de Grégoire. Dans son cas, le dicton local peut être réadapté : « frekant lisien gayn pis. Frekant politisien, perdi kredibilite. » La crédibilité, Grégoire l’a perdue de manière exponentielle dès qu’il a commencé à fricoter avec la politique. D’abord en agissant comme sage-femme pour accoucher du PMSD réunifié en 2009. Ensuite, en s’improvisant juge de la justesse des alliances politiques. Travaillistes/MMM : oui. MSM/travaillistes : non ! Dans la perception, Grégoire et sa suite venaient de faire de la FCM une Voice of Kreol, ils entreprenaient maintenant d’en faire une succursale de partis politiques.

Là encore, l’incapacité de la FCM à tenir une ligne claire et constante vis-à-vis du monde politique a amené de nombreux observateurs à lui attribuer un agenda politique occulte. En effet, après avoir souhaité un rapprochement MMM/travaillistes, l’abbé a invité ses sympathisants à « vot ar leker » à quelques jours des élections. Avec le recul, Grégoire explique n’avoir pas pris la mesure de l’interprétation (de consigne de vote) qui allait être donnée à cette phrase.

Dans les faits, il y a eu une deuxième interprétation. Celle voulant que Grégoire et sa FCM avaient joué et perdu. Incapables d’obtenir les avantages et postes convoités pour ses membres auprès du pouvoir, le président avait alors revêtu les habits de l’empêcheur de gagner en rond. Grégoire semble désormais pleinement conscient de toutes ces turpitudes. Oublié le registre revendicatif, il parle maintenant d’empowerment et de la prise de responsabilité de ceux qui s’estiment victimes du système et d’injustices historiques. Finie également l’approche voulant que le salut vienne de la communauté créole pour la communauté créole. « [Ils] ne sortiront pas de leur marasme sans l’aide des hindous, des musulmans et des Chinois », explique Grégoire.

Si la méthode a changé, les problèmes inhérents à la communauté créole n’en demeurent pas moins réels. Oui, ils sont sous-représentés dans la fonction publique. Ils sont effectivement davantage concernés par la délinquance et d’autres fléaux sociaux. Enfin, les poches de pauvreté abritent, en termes relatifs, bien plus de Créoles que de Mauriciens d’autres origines ethniques. Si les problèmes demeurent, l’approche que suggère Grégoire pour les solutionner semble avoir changé. Cela mérite d’être salué. Grégoire, le Républicain nouveau, mérite aussi de l’être.

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(Gué)Guerre de religion

Quel paradoxe. Au 4e siècle, des savants ont dit qu’elle « relie » l’homme à l’homme ainsi qu’à Dieu. Au 20e siècle, elle a été dénoncée comme étant « l’opium du peuple » . Et voilà que depuis la semaine dernière, la religion loin de « relier » divise davantage les Mauriciens. En cause : une classe de « Bible Knowledge » que le collège du St- Esprit (CSE) veut supposément imposer à ses jeunes élèves. Une décision assimilable à du prosélytisme selon des parents inquiets de découvrir des velléités de conversion chez leur progéniture. Nous voilà donc repartis pour une énième guéguerre de religion dans le pays…

Une partie de la composante majoritaire de la population est comme gagnée par une certaine fébrilité depuis ces dernières années. Après le malaise créole des années 90, va-t-on devoir gloser au sujet d’un hypothétique malaise hindou ? Car il y a comme une accumulation de faits troublants… A la moindre manifestation d’églises évangélistes ou d’autres mouvements néo-religieux, certaines associations hindoues sont gagnées par un brusque accès d’intolérance et de violence. Menaces verbales, agressions physiques et vandalisme figurent ainsi parmi les « modes de communication » habituels de certaines de ces associations.

La menace est perçue comme étant tellement critique que des mouvements religieux ont appelé le législateur à la rescousse. Réclamant la protection d’une loi anti- conversion pour leurs coreligionnaires. Dont la culture est prétendument menacée par le prosélytisme acharné des nouvelles églises. Cette demande a été rejetée illico par le pouvoir politique qui en a relevé le caractère inconstitutionnel. Incapable de se prévaloir d’une loi ou d’un quelconque soutien étatique pour pourfendre le collège du St- Esprit, l’organisation hindoue Kranti brandit désormais la menace d’une « action drastique » . En apparence, la crise semble partie pour durer…

Certaines voix d’apaisement se font toutefois entendre. La plus étonnante d’entre toutes est celle de Krit Manohur. Le président du groupe radical « Voice of Hindu » opère ainsi une « distinction entre religion et éducation » dans « Le Mauricien » de ce mercredi. Il estime ainsi que la matière « Bible Knowledge » concerne la « connaissance générale » et conseille aux parents de ne pas se laisser influencer par un faux débat sur la question. Pourtant, débat il y a. Issa Asgarally, cofondateur de la Fondation pour l’Interculturel et la Paix, juge ainsi que l’enseignement obligatoire de la matière « Bible Knowledge » porte « atteinte à la liberté de conviction de l’individu » .

Pour une fois, nous sommes d’accord avec Manohur et Asgarally en même temps. Nous pensons que les collèges, publics et privés, confessionnels ou laïcs doivent tous enseigner la religion! Toutefois, il s’agit d’un enseignement précis : soit trois années d’études comparatives consacrées essentiellement aux grandes religions présentes à Maurice : islam, bouddhisme, catholicisme et hindouisme. Car un constat s’impose…

Planter un sapin au milieu de son salon le 22 décembre n’a jamais permis à quiconque de comprendre la philosophie chrétienne. On ne peut pas non plus manger avec délectation le « sewaï » offert par une collègue de bureau musulmane et espérer avoir compris la symbolique de la fête Eid. De nombreux Mauriciens n’ont ainsi appris à connaître la religion des autres qu’à travers une vision folklorique. Bâtie essentiellement autour des grandes célébrations religieuses que sont Divali, Maha Shivaratree, la fête du Printemps, Eid, Noël ou Pâques. Il est temps que l’on passe à une autre dimension d’échange et de compréhension dans une société portée à accorder une importance démesurée à l’identité ethnique et religieuse de chaque individu. Tout en continuant à véhiculer les mêmes clichés autour de ces identités.

Les adolescents sont naturellement portés à questionner les modèles établis. On peut penser qu’à 11 ou 14 ans, ils seront donc d’autant plus réceptifs à d’autres idées que celles érigées en dogme par papa-maman à la maison. Nous pensons justement que les collèges – à travers l’enseignement des religions comparatives – ont un rôle prépondérant à jouer pour casser les clichés au sein des familles sur les « malbars » , « lascars » , « créoles » , ou « sinoi » . Près de 2 000 ans après, les religions peuvent encore nous « relier » .

D’autres commentaires sur cet édito.


Les vrais incendiaires, ce sont eux !

La conférence de presse de Dulthummun et consorts a été largement commentée. Je n’ai donc pas grand chose à rajouter à ce qui a déjà été dit. Sauf peut-être redire que cet épisode démontre que les Mauriciens ne sont pas dupes. Il n’y a qu’à écouter leurs réactions à la radio ou les lire par mail ou sur http://www.lexpress.mu pour se rendre compte que ce front commun n’a convaincu personne. Nous avons appelé un chat un chat. Dulthummun veut faire croire que le chat n’existe pas. Il ne s’est pas rendu compte que personne n’est aveugle !

L’interview de ce matin sur Radio One


Mélange des genres

Pour qui roule la « Mauritius Sanatan Dharma Temples Federation » (MSDTF) ? Beaucoup d’entre vous diront que la question est rhétorique. Que l’on connaît déjà la réponse ! Tant les prises de position de Somduth Dulthummun, le président de cette association socioculturelle, ont semblé épouser celles du Premier ministre ou de quelques puissants au pouvoir. C’est cette posture qui fait qu’aujourd’hui, de nombreux citoyens perçoivent ce type d’associations comme de vulgaires succursales du parti au pouvoir. Qui ne guérissent qu’occasionnellement de leur turpitude pour organiser un pèlerinage ici ou une fête religieuse là…

Mais il ne sert à rien de critiquer uniquement la MSDTF ou les organisations  socioculturelles. Car si elles s’arrogent aujourd’hui le droit d’intervenir dans des débats où elles n’ont pas leur place, c’est parce que le gouvernement – et plus particulièrement le Premier ministre – les a encouragées dans cette voie. En effet, on ne compte plus les occasions où Navin Ramgoolam a confondu cérémonie culturelle ou religieuse et meeting politique. Plus d’une fois, invité par la « Voice of Hindu » (VOH) ou la MSDTF, le Premier ministre s’est laissé aller à des discours politiciens et belliqueux, envers le secteur privé ou l’opposition pour justifier ses décisions politiques ou économiques.

Les associations socioculturelles ont compris le message. Leur mission première était de nature culturelle et religieuse. Voici que le Premier ministre, lui-même, étend leur champ de compétence. Grâce à Ramgoolam, les MSDTF, VOH et autres sont maintenant devenus des plates-formes où l’on discute de démocratisation de l’économie,  d’aménagement du territoire ou de relations industrielles.

Tout semble désormais les concerner. Fin 2007, en pleine négociation gouvernement-secteur privé sur la réforme sucre, la MSDTF prend position pour demander au secteur privé de se plier aux demandes du gouvernement – qu’elle considère justifiées. Plus près de nous, en début d’année, la MSDTF et d’autres associations se sont prononcées contre l’introduction du Morisien à l’école. Cette semaine, cerise sur le gâteau,  Dulthummun, s’est cru autorisé à intervenir dans un litige contractuel entre la « Mauritius Broadcasting Corporation » et le « Mauritius Turf Club ».

On a beaucoup de peine à comprendre le raisonnement de la MSDTF sur le différend MBC-MTC. En effet, Dulthummun dit qu’il ne s’explique pas pourquoi le MTC paie aussi peu d’argent (Rs 1,6 million par an) pour retransmettre les courses hippiques en direct. Alors que, selon lui, les paris sur les chevaux impliquent d’énormes coûts sociaux pour le pays. Il conclut donc que le MTC doit accepter les 3 500 %  d’augmentation et payer dorénavant Rs 56 millions annuellement à la MBC. Si l’on suit la pensée de Dulthummun, la MBC serait donc devenue une sorte de MRA bis, qui percevrait des taxes de secteurs d’activités générant d’importants coûts sociaux.

A ce rythme-là, on peut penser que Dulthummun s’intéressera très bientôt aux frais que la Loterie Nationale paye à la MBC pour diffuser en direct le tirage du Loto. On peut  également croire que la MSDTF déterminera une nouvelle grille de prix pour les licences des « pool houses » et « casinos » qui ont champignonné à travers le pays. De là, il n’y qu’un pas à franchir pour imaginer Dulthummun dans le rôle de conseiller spécial de Navin Ramgoolam et Rama Sithanen. Le président de la MSDTF pourrait avoir la tâche de déterminer qui doit quoi à l’Etat !

Toutefois, si Dulthummun revient à la raison, il se rendrait compte du ridicule de la situation. En effet, est-ce que la Première division anglaise paie la MBC pour diffuser ses matchs ? Non ! Si l’on s’en tient à ce principe. En tant que « producteur » et « réalisateur » du divertissement que sont les courses hippiques, c’est le MTC qui aurait dû réclamer des droits de retransmissions à la MBC !

Mais le monde est à l’envers à Maurice. Tout simplement parce que la MBC est en train de dicter les termes du contrat sur un marché où il est le seul prestataire de service. Cela Dulthummun ne semble pas s’en rendre compte. Aveuglé, qu’il est sans doute par son besoin de justifi er les décisions des personnes dont il se sent proche.


Vrais problèmes, mauvaises solutions

Ecœurant. C’est le seul qualificatif qui nous vient pour décrire la tournure que prend la question de l’introduction du créole à l’école. D’ailleurs, il faut dès ici prendre une précaution de langage. Notre langue nationale, dans sa version desethnicisée, s’appelle le morisien. Cette précision faite, revenons au débat sur le morisien à l’école…

Depuis juin dernier, la Fédération des créoles mauriciens (FCM) a porté un coup dur au débat. En décrétant que l’introduction du morisien à l’école se justifie par le fait que c’est « la langue ancestrale des créoles,» la FCM a commis une grave erreur. Par son positionnement, cette organisation a minimisé le caractère national de notre langue pour faire d’elle l’affaire d’une communauté d’abord. Ils en payent le prix aujourd’hui. Nos enfants le paieront demain…

Vendredi, les représentants d’une quinzaine d’organisations socioculturelles se sont ainsi prononcés sur la question. Pour eux, la vérité est expéditive. Des dirigeants de la « Voice of Hindu », la « Mauritius Sanatan Dharma Temples Federation » ou de l’Arya Sabha se sont relayés pour dire non au morisien à l’école.

Ce non monolithique démontre deux choses. D’abord, que ces associations semblent vouloir ignorer les vertus pédagogiques de l’utilisation de la langue maternelle dans les processus d’apprentissage. De nombreuses études, de l’UNESCO notamment, le démontrent. Ensuite, la posture de ces associations indiquent qu’ils n’ont rien compris à la complexité du débat. Et à la palette de possibilités qui s’y rattache. Notamment l’utilisation du morisien comme langue de support pour l’enseignement oral en classe. Ensuite, l’introduction du morisien comme médium d’enseignement. Ce qui impliquerait, par exemple, l’élaboration de manuels d’histoire et de géographie ou de trigonométrie rédigés en morisien. Enfin, troisième possibilité, l’apprentissage du morisien comme langue à part entière. Comme c’est le cas aux Seychelles, par exemple.

Mais tout indique que nous n’aurons pas le loisir de débattre de ces questions. Si Vasant Bunwaree a jusqu’ici été assez avare en propositions sur l’utilisation du morisien dans le cadre de sa réforme de l’éducation, les positionnements rétrogrades de la FCM et des Krit Manohur et Somduth Dulthumun risquent de le convaincre de se réfugier dans le mutisme le plus complet. Le contexte politique est particulier. Aucun gouvernement, même le plus courageux, ne prendrait le risque de laisser perdurer un débat qui a glissé sur le terrain ethnique au moment même où le pays s’apprête à aller aux urnes. Les possibilités de dérapages sont trop nombreuses.

Qui sont donc les gagnants ? Qui sont les perdants dans toute cette affaire ? Les grands gagnants sont tous ceux qui pensent que chaque débat national peut être abordé par le prisme ethnique. Dans la polémique autour de l’utilisation du morisien à l’école, ce sont les réflexes ataviques de certains d’entre nous qui s’en sont trouvés renforcés. Autant dire que ceux qui défendent leurs « bouts » ou qui recherchent le leur sont aujourd’hui convaincus de la justesse de leur mission.

Devant ce blocage, de nombreux membres de la FCM sont peut-être aujourd’hui persuadés de la nécessité de durcir, voire de radicaliser les revendications. Pour d’autres, il est sans doute temps de monnayer de manière ostentatoire les votes créoles pour faire avancer « leur cause » dans le pays. En face, les  Manohur et Dulthummum, sont probablement plus que jamais convaincus de leur pouvoir de persuasion auprès de nos décideurs politiques. Et vont continuer à s’ériger en gardiens d’une certaine petite bourgeoisie. Celle-là même qui considère l’éducation nationale, depuis bientôt 30 ans, comme la fabrique servant à asseoir son hégémonie dans la société mauricienne. Et dont il vaut mieux empêcher l’accès à d’autres sections de la population, jugées trop chercheuses de « bouts ».

Dans toute cette futile bataille, les premiers perdants sont nos enfants. Ceux provenant des milieux les plus défavorisés – qu’ils s’appellent Caroline, Idriss ou Satish – qui, à la rentrée prochaine, continueront à recevoir un enseignement qui ne leur sera pas entièrement accessible. Parce qu’ils seront en train d’apprendre « A for Apple, B for Ball… » sans nécessairement comprendre tout ce que leur enseigne leurs maîtres. Qui se soucie vraiment de leur sort ?

D’autres commentaires sur cet édito


Le mauvais goût de la MBC

A la MBC, on cultive le mauvais goût. Vous me répondrez, « les goûts et les couleurs, ça ne se discute pas. » Vous n’avez pas tort. Mais admettez qu’à la Rue Pasteur, on pousse le bouchon du mauvais goût un peu trop loin. J’en veux pour preuve le nouvel habillage d’antenne de notre illustre télévision publique. Notamment les nouveaux génériques des journaux télévisés et des coupures pub. Ce sont des monuments du kitsch !

J’ai remarqué depuis longtemps qu’à la MBC, on aime faire péter la palette graphique. CNN, BBC, France 24 ou I Tele, font dans la sobriété. Mais pas de cela à la MBC. Quand les grandes chaînes internationales font dans les codes couleur basiques (2 à trois couleurs maxi), la télé nationale se la joue arc-en-ciel à fond. Du coup elle nous pond ça :

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Un générique de JT surchargé. On dirait que les graphistes se sont fait un point d’honneur de caser dans ces génériques les millions de couleurs que peut générer leur palette graphique. Nous voici avec une belle illustration de notre bon vieux dicton « zaco fine gagn razoir ! » Sans doute très bien outillé, les graphistes de la MBC nous ont malgré tout concocté, pour l’énième fois, un générique à vomir !

Passons à la pub ! Avez vous seulement regardé la séquence de lancement des plages pub ? Celle où l’on voit une camionnette arpentant une petite route, pendant qu’un panneau de pub affiche le logo de la MBC ? Je ne sais pas pour vous. Mais moi ça m’a transporté droit au début des années 90. Quand l’animation 3D à la télé en était à ses balbutiements !

J’ai des amis parmi les graphistes de la MBC. Les gars, si vous passez par là…faites un effort la prochaine fois. Car vos « œuvres » sont d’une laideur affligeante. Avec leurs animations 3D surfaites et la diarrhée de couleurs !

Mais bon, je m’en prends aux exécutants. En effet, ces génériques ont bien été approuvés par un ou des grands manitous de la MBC. Alors, je pense que la palme du mauvais goût doit leur revenir de plein droit. Car après, tout, c’est avec leur aval et bénédiction qu’on nous sert ce vomi télévisuel.

En parlant de vomi télévisuel. Ce soir, la MBC nous a gratifié d’un grand moment de télévision. Ainsi, j’ai appris que la Voice of Hindu a fait une conférence de presse durant laquelle elle s’est notamment opposée à la réforme du Certificate of Primary Education. Allons donc!? Désormais, c’est une bande d’intégristes qui va nous faire des leçons de pédagogie et d’éducation ??? Quel sera donc le prochain épisode à la MBC? Le Mouvement Mauricien Kreol Authentique annonçant durant une conférence de presse que la Banque de Maurice doit revoir les taux d’intérêts à la hausse ???

J’ai une requête à faire à tous ceux qui ont cessé de regarder la télé nationale. S’il vous plait, zappez quand même de temps en temps sur le service public. Vous croyez que le MBC s’est déjà perdue dans les confins de la médiocrité ? Continuez à regarder ! Car MBC c’est comme Star Trek, (where no one has gone before) ils repoussent les limites. Et ne cessent de découvrir des contrées inexplorées de la médiocrité. Décidément, Mauritius (Broadcasting Corporation) c’est de la médiocrité !


Discours de la méthode

La Fédération des créoles mauriciens (FCM) ne tolère aucun avis discordant sur son action. Ainsi, pour elle, si l’on n’est pas un « apprivoisé » converti à la cause, on est forcément classé hostile. On est l’une de ces personnes œuvrant prétendument pour empêcher le progrès de la communauté créole. Ou pour sauvegarder l’hégémonie de la composante majoritaire de la population. Mais pour que la FCM atteigne sa vision globale d’égalité sociale – à laquelle nous souscrivons d’ailleurs – il lui faut regarder certaines réalités en face. Elle ne le fait pas. Ceci explique sa perte de vitesse. Il nous faut donc rappeler certaines choses.

Première réalité : la FCM commence à inspirer la crainte. Elle n’a pas encore la réputation de la « Voice of Hindu ». Mais il suffit d’écouter ce que beaucoup de nos concitoyens (toutes ethnies confondues) disent de la FCM pour comprendre que l’image de celle-ci est en train de basculer. La Fédération est maintenant assimilée à une organisation socioculturelle défendant les intérêts et cherchant des avantages pour « zot bann ».

C’est en grande partie la maladresse de la FCM dans la formulation de ses revendications qui suscite cette peur. Le tissu social est fragile à Maurice. Et dans un pays comme le nôtre, revendiquer des droits pour soi est un exercice délicat. Car toute demande d’un groupe est automatiquement perçue comme un empiétement sur les acquis des autres. Deux exemples illustrent ce que nous avançons. La revendication des 35 % de créoles dans la Fonction publique.Et l’apprentissage du créole à l’école au motif qu’il est « la langue ancestrale » des créoles.

Ces deux revendications ont été accueillies très tièdement. C’est compréhensible. La FCM s’est contentée de réclamer l’emploi des créoles dans la fonction publique sans suggérer concrètement les moyens d’y arriver. Ce vide a vite été comblé par les conjectures des fonctionnaires en place. « Pour pouvoir faire de la place pour eux, on me virera. Ou alors on empêchera ma fille ou mon neveu d’avoir le job au seul motif qu’il n’est pas d’une ethnie minoritaire. » Ou comment renverser l’insécurité ethnique ! La bourde a été répétée. Au lieu de justifier l’inclusion du créole à l’école par des impératifs pédagogiques, la FCM en a fait une question identitaire. En sous-entendant que le créole est d’abord le patrimoine d’une ethnie du pays. Erreur capitale qui n’a pas plu à ceux qui considèrent que le créole est la langue de tous les Mauriciens.

Deuxième réalité : la place des créoles dans le pays est avant tout une question sociologique. Ethniciser à outrance le débat – comme le fait la FCM – équivaut à fausser les réponses globales qui peuvent améliorer le sort de cette communauté. Voici les faits : les taux de délinquance, de précarité et de scolarisation sont alarmants dans la communauté créole.

Devant ce constat, on a le choix. Soit on décide de mener une politique ethnique ciblée vers cette population défavorisée. Ou alors on met en place des actions globales de lutte contre la pauvreté, d’accès à l’éducation et d’encadrement social. En sachant que ces politiques combinées iront prioritairement aux populations les plus handicapées dans ces domaines : les créoles !

Ce type d’approche permet aux pouvoirs publics de ne pas créer d’illusoires travailleurs sociaux ou spécialistes de la condition créole. Des « je-sais-tout » pouvant aussi bien coacher des parents afin qu’ils comprennent l’importance de scolariser leurs enfants. Encadrer des jeunes inactifs en leur faisant découvrir les possibilités du micro-entrepreneuriat. Ou réhabiliter des prostituées toxicomanes.Ces « jack of all trades » n’existent pas ! D’ailleurs, s’ils existaient, ils seraient « master of none ». Or, la FCM met dans un panier ethnique des problèmes sociologiques disparates en croyant les résoudre avec une approche unique. Ce raisonnement mène à l’échec.

D’ailleurs, pour trouver des solutions, il faut dresser des priorités : troisième réalité ! Toutefois, la FCM semble errer un peu trop sur le terrain de la politique identitaire. En abandonnant au passage celui de l’éducation. Nous en sommes convaincus, l’accès à l’éducation et la formation est la pierre angulaire à « l’émancipation » de la communauté à Maurice. C’est à travers l’éducation qu’une communauté qui se sent marginalisée conquerra sa place dans notre société et sa fierté.

Il n’est un secret pour personne que les écoles en Zone d’éducation prioritaires (ZEP) accueillent majoritairement des enfants issus de familles créoles. Ces ZEP affichent des taux de réussite planchers (parfois de 12 % à 20 %). Or, la FCM n’a pas développé de proposition concrète dans ce domaine. Elle n’a en rien (sauf maladroitement sur la question du créole à l’école) expliqué comment des collaborations transversales – éducation nationale, Eglise, ONG, forces vives, secteur privé – peuvent être mises en place afin de donner plus de moyens d’encadrement humains et financiers à ces écoles.

Il est illusoire de penser à instaurer de l’équilibre dans notre société quand la base même de notre éducation est devenue une machine à créer des inégalités. La FCM doit d’urgence réaliser que l’égalité, elle doit l’instaurer aux premiers échelons du système. Afin d’outiller les jeunes créoles à poursuivre ensuite un long parcours académique. Ou à leur donner suffisamment de compétences de base pour en faire des petits entrepreneurs, ouvriers et citoyens responsables
de demain.

Toutefois, on pourra mettre en place les meilleures politiques nationales pour rétablir l’équilibre, encore faudra-t-il que chacun prenne ses responsabilités. En se fixant suffisamment de discipline et de volonté pour sortir de sa condition actuelle. Cette volonté-là, on l’a ou on ne l’a pas…

D’autres commentaires sur cet éditorial


Religion squatteuse

Tout est bien dans le meilleur des mondes. Voltaire n’aurait pas mieux dit ! Depuis vendredi, les dévots du « Kalimaye » de St-Paul peuvent prier en paix. Leur illustre voisin, le Premier ministre, s’étant acheté une conscience en leur proposant de faire leurs petites prières au « Kalimaye » bordant sa résidence. Et d’organiser les cérémonies plus imposantes dans un futur temple construit plus loin, sur un terrain dont Navin Ramgoolam lui-même fera bientôt l’acquisition. L’épilogue est bollywoodien. Harish Boodhoo annonce que sa « mission est terminée ». Tandis que les dévots enragés d’hier, filmés par la télé paillasson nationale, ne tarissent plus d’éloges sur la compréhension et le grand cœur du Premier ministre. « Win with Navin », le slogan vieilli du Parti travailliste, prend un coup de jeune. Le consensus cache toutefois une honteuse hypocrisie.

Pour une fois, nous pensons que la « Mauritius Sanatan Dharma Temples Federation » (MSDTF) et la « Voice of Hindu » (VOH) ont eu une position sage sur un problème « religieux. » Les dirigeants de la MSDTF ont ainsi fait remarquer que le « Kalimaye » a été érigé sur un terrain privé sans aucune autorisation formelle. L’argument juridique suffit. Nous n’allons pas dire que les deux associations se sont dissociées des dévots en colère à cause des pratiques occultes dans ce « kalimaye » à la tombée de la nuit. Et encore moins sous-entendre que la MSDTF et la VOH se sont tues à cause d’un quelconque pacte d’allégeance à Navin Ramgoolam.

Restons donc sur le terrain juridique. Le président de la MSDTF, Somduth Dulthummun, a précisé qu’il s’agit là d’une construction illégale. Et qu’à ce titre, les dévots qui y prient ne peuvent prétendre continuer à squatter les lieux. La déclaration est pleine de bon sens. Elle est même lourde de sens ! Nous en concluons que le seul titre de « lieu de culte » ne donne pas droit à tout. Un tel édifice n’est en rien inviolable s’il est construit en violation de la loi.

Dans un Etat de droit, les mêmes règles doivent s’appliquer à tous. Or, c’est justement là que l’on constate l’hypocrisie qui règne sur la question. Il suffit de se rendre sur nos plages publiques – à Mon-Choisy, Anse-La-Raie et Belle-Mare notamment – pour croiser ces champignons religieux qui ont poussé ça et là. Ces constructions sont-elles légales ? Non. Aucune autorisation formelle n’ayant été donnée par les « Districts Councils » ou le gouvernement pour construire ces temples et autels « pieds dans l’eau ».

Au regard de la loi, tous ces édifices sont assimilables au « Kalimaye » de St-Paul : ce sont des constructions illégales. Le tandem Anerood Jugnauth/ Paul Bérenger a bien essayé de mettre de l’ordre dans ce capharnaüm dans le passé. Mais le patronyme et la couleur de peau du Vice-Premier ministre Bérenger a bien vite nourri une campagne « Pa touss nu bann ». Dont les principaux animateurs n’étaient autres que la MSDTF et la VOH !

vestiaire

Quelques années plus tard, ces deux organisations ne trouvent toujours rien à redire à ces constructions illégales-là. Pourtant, pour paraphraser le qualificatif de Dulthummun sur le « kalimaye » de St-Paul, on pourrait lui faire remarquer que les temples improvisés sur le littoral sont aussi des «endroits sales où on voit même des chiens errants traverser ». Pire, à deux pas des autels et temples, on retrouve bien souvent des cuisses de poulet, des cannettes de bière ou une touriste ayant enlevé le haut de son maillot de bain pour parfaire son bronzage. « Tchi tchi ! »*

Dans le monde idéal de la religion squatteuse, les plages seraient interdites aux touristes en monokini. On n’aurait pas droit d’y manger de la chaire et de boire une goutte d’alcool. Ainsi, les autels religieux et leurs alentours préserveraient leur sainteté. Mais ce monde idéal-là n’existe pas. Dans le monde où nous vivons, où la loi est reine, toutes les constructions religieuses du littoral doivent être détruites. Sinon, on ne pourrait que donner raisons à ceux qui constatent amèrement qu’il y a une loi « pu nu bann » et une autre « pu bann la ».

*Expression indienne indiquant le dégoût


Extraits de Controverse de Radio One

Voici quasiment l’intégralité de l’émission Controverse de Radio One à laquelle j’avais participé mardi dernier. Quelques propos un peu durs ont fait réagir assez vivement un des dirigeants de la Voice of Hindu. Comme d’habitude, certaines de ses diatribes peuvent sans ambages être qualifiées de « menaces. »

Les deux derniers extraits sont principalement consacrés aux réactions des auditeurs. On peut écouter la « sortie » du dirigeant du VOH dans le dernier clip.

Pour terminer, mes excuses pour les plages de pub que je n’ai pas su couper ça et là. Elle durent le plus souvent 3 à 4 minutes. Alors ne vous privez pas d’avancer le curseur…


Revoilà les « bann la »

Pravind Jugnauth a été pris la main dans le sac par Radio Plus cette semaine. Il assistait à une réunion spéciale à l’intention des Vaish (la caste hindoue majoritaire à Maurice) où une consigne de vote en sa faveur a été donnée. Sans détour, sans nuance, le maître de cérémonie a proclamé que « la famille » n’avait qu’un seul candidat : Pravind Jugnauth. « Nou candidat ! »

Pour être honnête, je n’ai jamais cru que le code de déontologie de l’Electoral Supervisory Commission allait être respecté par les candidats des grands partis à la partielle de Moka Quartier Militaire. Mais toutefois, naïvement, j’avais pensé que c’est en toute discrétion qu’on allait tremper dans ces magouilles ethniques. Et en comité très très restreint. Loin des regards…

Il n’en est rien. L’ethnique est tout sauf discret dans cette campagne. Il est même partout ! Les excités de Voice of Hindu affichent clairement leur soutien à Pravind Jugnauth. Tandis que la Fédération de Grégoire, pardon, le Fédération Créole Mauricien, émet des communiqués pour rappeler aux créoles qu’il leur faut voter « selon votre conscience. » Est-ce à dire que les créoles ne votent pas habituellement avec leur conscience ? Mais je m’égare là de la question qui nous concerne…

Il ne reste plus qu’aux associations musulmanes et tamoules de rentrer dans la danse. En fait, je suis bête ! C’est déjà fait. C’est juste qu’on ne les entend pas tant que ça. Mais croyez moi, ça viendra…

En amuse bouche, vous trouverez, ci-dessous, le communiqué de la FCM ainsi que le paragraphe 3.3 du code de conduite de l’ESC.

COMMUNIQUE DE PRESSE

Déclaration du Père Jocelyn Grégoire, CSSp.

La circonscription No. 8 est présentement touchée par la fièvre d’une campagne électorale, en vue d’élire son représentant à l’Assemblée Nationale.  Il a été porté à ma connaissance que certaines personnes, proches de la FCM, sont très actives sur le terrain de la circonscription et utilisent mon nom pour promouvoir la campagne de l’un des candidats.

Pour tous les membres de la FCM et pour le public en général je voudrais  éclaircir les points suivants :

1. La FCM n’a mandaté personne pour parler en son nom ou au nom de son président pour influencer les votes de Créoles vers tel ou tel candidat à cette partielle.

2. La FCM refuse de soutenir l’un ou l’autre candidat engagé dans cette campagne électorale pour la  partielle de la circonscription No 8.

3. La FCM encourage très fort tous les Créoles de la circonscription No 8 à accomplir leur devoir civique et d’aller voter en masse pour cette élection.

4. La FCM demande à ce que chaque Créole de la circonscription aille voter librement selon sa conscience sans attendre de «mot d’ordre » de qui que ce soit

5. S’il y avait un mot d’ordre de la FCM et de moi-même, il aurait été  tout simplement : allez voter en masse librement selon votre conscience.

Que Dieu vous bénisse.

Jocelyn Grégoire, CSSp, Président FCM

Le 15 Février 2009


3.3 All participants shall, in particular, refrain from:

(a) organising any meeting or gathering where access is restricted to a section of the electorate on the grounds of religion, ethnicity, caste, race;

(b) making any appeal to the electorate on grounds of religion, ethnicity, caste or race; and

(c) disseminating material and ideas which are offensive, or which contains an appeal to sectarian or ‘communal’ sentiments or which advocate violence.


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