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Vrais problèmes, mauvaises solutions

Ecœurant. C’est le seul qualificatif qui nous vient pour décrire la tournure que prend la question de l’introduction du créole à l’école. D’ailleurs, il faut dès ici prendre une précaution de langage. Notre langue nationale, dans sa version desethnicisée, s’appelle le morisien. Cette précision faite, revenons au débat sur le morisien à l’école…

Depuis juin dernier, la Fédération des créoles mauriciens (FCM) a porté un coup dur au débat. En décrétant que l’introduction du morisien à l’école se justifie par le fait que c’est « la langue ancestrale des créoles,» la FCM a commis une grave erreur. Par son positionnement, cette organisation a minimisé le caractère national de notre langue pour faire d’elle l’affaire d’une communauté d’abord. Ils en payent le prix aujourd’hui. Nos enfants le paieront demain…

Vendredi, les représentants d’une quinzaine d’organisations socioculturelles se sont ainsi prononcés sur la question. Pour eux, la vérité est expéditive. Des dirigeants de la « Voice of Hindu », la « Mauritius Sanatan Dharma Temples Federation » ou de l’Arya Sabha se sont relayés pour dire non au morisien à l’école.

Ce non monolithique démontre deux choses. D’abord, que ces associations semblent vouloir ignorer les vertus pédagogiques de l’utilisation de la langue maternelle dans les processus d’apprentissage. De nombreuses études, de l’UNESCO notamment, le démontrent. Ensuite, la posture de ces associations indiquent qu’ils n’ont rien compris à la complexité du débat. Et à la palette de possibilités qui s’y rattache. Notamment l’utilisation du morisien comme langue de support pour l’enseignement oral en classe. Ensuite, l’introduction du morisien comme médium d’enseignement. Ce qui impliquerait, par exemple, l’élaboration de manuels d’histoire et de géographie ou de trigonométrie rédigés en morisien. Enfin, troisième possibilité, l’apprentissage du morisien comme langue à part entière. Comme c’est le cas aux Seychelles, par exemple.

Mais tout indique que nous n’aurons pas le loisir de débattre de ces questions. Si Vasant Bunwaree a jusqu’ici été assez avare en propositions sur l’utilisation du morisien dans le cadre de sa réforme de l’éducation, les positionnements rétrogrades de la FCM et des Krit Manohur et Somduth Dulthumun risquent de le convaincre de se réfugier dans le mutisme le plus complet. Le contexte politique est particulier. Aucun gouvernement, même le plus courageux, ne prendrait le risque de laisser perdurer un débat qui a glissé sur le terrain ethnique au moment même où le pays s’apprête à aller aux urnes. Les possibilités de dérapages sont trop nombreuses.

Qui sont donc les gagnants ? Qui sont les perdants dans toute cette affaire ? Les grands gagnants sont tous ceux qui pensent que chaque débat national peut être abordé par le prisme ethnique. Dans la polémique autour de l’utilisation du morisien à l’école, ce sont les réflexes ataviques de certains d’entre nous qui s’en sont trouvés renforcés. Autant dire que ceux qui défendent leurs « bouts » ou qui recherchent le leur sont aujourd’hui convaincus de la justesse de leur mission.

Devant ce blocage, de nombreux membres de la FCM sont peut-être aujourd’hui persuadés de la nécessité de durcir, voire de radicaliser les revendications. Pour d’autres, il est sans doute temps de monnayer de manière ostentatoire les votes créoles pour faire avancer « leur cause » dans le pays. En face, les  Manohur et Dulthummum, sont probablement plus que jamais convaincus de leur pouvoir de persuasion auprès de nos décideurs politiques. Et vont continuer à s’ériger en gardiens d’une certaine petite bourgeoisie. Celle-là même qui considère l’éducation nationale, depuis bientôt 30 ans, comme la fabrique servant à asseoir son hégémonie dans la société mauricienne. Et dont il vaut mieux empêcher l’accès à d’autres sections de la population, jugées trop chercheuses de « bouts ».

Dans toute cette futile bataille, les premiers perdants sont nos enfants. Ceux provenant des milieux les plus défavorisés – qu’ils s’appellent Caroline, Idriss ou Satish – qui, à la rentrée prochaine, continueront à recevoir un enseignement qui ne leur sera pas entièrement accessible. Parce qu’ils seront en train d’apprendre « A for Apple, B for Ball… » sans nécessairement comprendre tout ce que leur enseigne leurs maîtres. Qui se soucie vraiment de leur sort ?

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Viv to mauricianisme !

Il y a des portes qu’il vaut mieux ne pas ouvrir en politique. Mais malheureusement, nos politiciens avides de marquer quelques points auprès de certains électorats cèdent systématiquement à la tentation de s’y engouffrer. Xavier Duval ne déroge pas à la règle. Dimanche dernier, lors de la célébration du 155e anniversaire du temple tamoul Kaylasson à Port-Louis, il a fait la démonstration que le gouvernement pratique toujours obstinément le clientélisme ethnique. Au passage, Duval discrédite également le Festival International Kreol (FIK). Expliquons-nous…

A Kaylasson, le ministre du Tourisme a annoncé, sous la clameur, la tenue, en avril prochain, d’un Festival Tamoul, coïncidant avec Varusha Pirappu, le nouvel an tamoul. L’annonce aurait pu être banale. Mais l’explication de Duval perturbe. « Parey couma nou fine demar festival kreol**», a-t-il tenu à préciser pour justifier la création du festival tamoul. Ainsi les festivals organisés dans le pays obéissent à une logique de clientélisme ethnique. A ce titre, doit-on donc s’attendre à la naissance d’un festival hindou, islamique ou chinois ?

Ce ne serait en rien étonnant. Car les mêmes causes produisent les mêmes effets. En effet, toute décision du pouvoir perçue comme étant avantageuse à une communauté déclenche immédiatement des revendications chez d’autres à Maurice. On l’a vu avec les «Speaking Unions». Initialement pensées comme des institutions pour la promotion de nos langues ancestrales, elles sont vite devenues des administrations totems, symboles du pouvoir de telle ou telle ethnie. La même logique a été suivie dans l’élaboration des «Cultural Centres». Pour l’heure il n’existe que le centre Mandela, le centre islamique ainsi que le centre tamoul en gestation. Mais on peut raisonnablement s’attendre à ce que d’autres centres culturels soient mis en chantier à l’approche des élections.

En attendant, attardons-nous sur le FIK. La déclaration de Duval est lourde de sens. Car elle ôte au festival la dimension nationale et trans-ethnique qu’on voulait lui donner à l’origine. Si le Festival Tamoul célèbre la culture, l’histoire, la danse ou la contribution de la communauté tamoule à Maurice, on va devoir conclure que le FIK ne célèbre la richesse que d’une communauté. Les propos de Duval poussent à cette conclusion….

L’élan unitaire – «mauricianiste» qui avait été célébré lors de la première édition du FIK en 2006 se désagrège. A l’époque, on avait envie de se dire «tous créoles». Mais Xavier Duval vient nous rappeler en 2009 que c’est peine perdue, car chacun aura «son festival». On n’a qu’à se dire comme à l’ancienne, «tous hindous», «tous musulmans» etc…

C’est paradoxal, ce sont les «cautions créoles» du FIK qui dénoncent subtilement le tournant ethnique que prend cette manifestation à Maurice. Cette semaine, notre confrère Week-End Scope cite deux artistes créoles : «Je ne me retrouve pas dans ce concept ( ndlr viv to créolité) car il y a trop de confusion. La créolité est une définition controversable, il y a trop de manipulation autour de ça», prévient Marousia Bouvery. Tandis qu’Eric Triton, dans le même article, dit sa confusion. Vit-il sa créolité ou vit-il son mauricianisme ? «C’est le mauricianisme qui l’emporte», tranche-t-il. Nous sommes à des années lumière de l’approche clientéliste de Xavier Duval.

C’est à se demander si nos politiques, en élaborant leurs ciblages ethniques écoutent ceux là mêmes qu’ils sont censés séduire à travers leurs festivals. En effet, combien sommes-nous à vouloir une multiplication de festivals ethniques ? Et combien d’entre nous jugeons davantage utile de n’avoir qu’un seul grand festival national – qu’il s’appelle FIK ou pas célébrant la diversité culturelle, cultuelle et historique des Mauriciens. C’est le seul festival qui vaille le coup d’être organisé. Tous les autres ne sont que de vulgaires opérations visant à grappiller un peu de sympathie. A Xavier Duval, il faut dire « Viv to mauricianisme ! »

** Tout comme nous avons démarré le festival créole.

 

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La marmite « créole » en surchauffe

Début juillet l’express-dimanche titrait en couverture « FCM: le début de la fin.» Étrangement, après cet article qui annonce l’implosion de la Fédération des Créoles Mauriciens , aucun mail n’était parvenu à la rédaction. Personne n’avait appelé les journalistes ou moi en se plaignant de « FCM bashing.» Pas une seule protestation!

Et pour cause, nous pensions que nous avions bien décrit les courants internes de la FCM. Et expliqué comment, en se butant les uns contre les autres, ils allaient finir par faire chavirer le bateau de Jocelyn Grégoire. Trois mois après, démissions, prise de distance et scission imminentes semblent devenues le lot quotidien de la FCM.
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La sortie de Jocelyn Grégoire contre certaines personnes dans Week-End a pu paraître musclée. Pourquoi Grégoire a-t-il été aussi cassant? En bénissant la réunion de « la grande famille bleue » du PMSD, a-t-il en même temps signé un pacte de non-agression avec le gouvernement de Ramgoolam? Grégoire est-il sceptique par rapport à ce qui est reproché à la police durant l’arrestation de Jean Marie Richard? Ou alors, Grégoire est-il en train de prendre cette position afin de s’opposer à un groupe de dissidents internes à la FCM ?

J’ai ma petite idée sur la question. Mais je ne vais pas la partager avec vous pour l’heure. J’attends patiemment la grande réunion de la FCM prévue pour le 25 octobre. Tout ce que je sais, c’est qu’il va y avoir du sport!

Je vous colle le déroulé des échanges mails (entre un petit groupe de personnes) qui a débouché sur la sortie de Jocelyn Grégoire ce dimanche.

From:xxxxxxxxxxxxx
Sent: 01 October 2009 20:03
To: xxxxxxxxxxxxxx
Subject: Komite Vizilans dan Ka Jean Marie Richard

Bann Kamarad,

Permet mwa dir ki li mari inportan ki enn kominike ( angle ek kreol) sorti dan ka Jean marie Richard.

Sa kominike-la bizin anvoy li a :

Premie Minis
Komiser Polis
Human Rights Commission

Tou bann Lanbasad.

KONTENI KOMINIKE

1. Nesesite ki nou bann instision zwe plenman zot rol
2. Soutenir Konsta fer par Attorney General lor delit de facies
3. Konsta rasism anti kreol souvan dan kontak avek bann ‘public officers’
4. Sepandan, lans enn lapel o kalm ek pou ki tou morisien fer konfians tou nou bann linstitision.
5. Ki le droit ek la justice prime

xxxxxx xxxxx

From: zanmari@imagxxxxxxxxx
To:xxxxxxxxx xxxxxxxxxx xxxxxxxxxx xxxxxxxx
Subject: RE: Komite Vizilans dan Ka Jean Marie Richard
Date: Thu, 1 Oct 2009 20:13:05 +0400

CHERS AMIS UNE SENTIMENT D’INSECURITE GAGNE NOTRE COMMUNAUTE SUR TOUT DEPUIS LA LEVEE DE BOUCLIERS DES POLICIERS CONTRE L’ATTORNEY GENERAL ET LE SILENCE DE L’OPPOSITION – J’AI PRIS L’INITIATIVE DE REDIGER CE TEXTE ET AI CONTACTE LES ASSOCIATIONS CI DESSOUS POUR LEUR DEMANDER LEUR AVIS – JOCELYN EST INJOIGNABLE NE REPOND PAS AUX APPELS ET MESSAGES PLUS GRAVE IL NE S’EST PAS PRONONCE PAR RAPPORT A LA DECLARATION DE RAMA VALAYDEN ALORS QUE JE PENSE QUE CT UNE AUTOROUTE OU IL FALLAIT S’ENGAGER AVEC DIGNITE ET FERMETER ……

LES ASSOCIATIONS CI DESSOUS MEMBRES FONDATEURS DE LA FEDERATION CREOLE MAURICIEN, FCM TIENNENT A FAIRE LA DECLATION SUIVANTE :

1. NOUS PRENONS NOTE AVEC SATISFACTION DE LA DECLARATION COURAGEUSE DE L’ATTORNEY GENERAL LUNDI DERNIER.
2. CELUI CI EXPRIMAIT UN SENTIMENT DOULOUREUX GENERALEMENT RESSENTI ET VECU AU SEIN DE LA COMMUNAUTE CREOLE PAR RAPPORT A LA VIOLENCE POLICIERE, PERPETREE PAR CERTAINS ELEMENTS DE LA FORCE AU MEPRIS DES DROITS HUMAINS FONDAMENTAUX ET CONSTITUTIONNELS DE CITOYENS DE TOUTES LES COMMUNAUTES….
3. NOUS LANCONS UN APPEL AU CALME ET A LA RAISON POUR QUE LES INSTITUTIONS DU PAYS PUISSENT FONCTIONNER EN TOUTE SERENITE.
4. NOUS DEMANDONS AU PREMIER MINISTRE ET MINISTRE DE L’INTERIEUR DE PRENDRE TOUTES LES DISPOSITIONS QUI S’IMPOSENT AFIN DE RETABLIR LA CONFIANCE DE TOUS LES CITOYENS DANS LE FONCTIONNEMENT INSTITUTIONNEL DE LA JUSTICE ET DE LA FORCE POLICIERE.
5. NOUS ACCUEILLONS AVEC SATISFACTION LA MISE SUR PIED D’UNE ENQUETE A LA DEMANDE DU GOUVERNEMENT PAR LA NATIONAL HUMAN RIGHTS COMMISSION, NHRC.
6. LE GOUVERNEMENT EST ASSURE DE NOTRE SOUTIEN DANS LA VIGILANCE POUR SES EFFORTS AFIN QUE LA VERITE SOIT ETABLIE ET QUE JUSTICE SOIT FAITE…

LE 1ER OCTOBRE 2009

ASSOCIATION CREOLE PLEIN BOIS, ORGANISATION FRATERNELLE L’ESCALIER, ASSOCIATION CREOLE DE PLAINE MAGNIEN, CREOLE MOKA, MUVMAN MOBILYSATION KREOL AFRIKIN, UNION POUR LE PROGRES

From: xxxxxxxxxxxxxxx xxxxxxxxx
Sent: 02 October 2009 19:44
To: xxxxxxxxxxx xxxxxxxxx xxxxxxxxxx
Subject: RE: AMANDLA ! NGAWETHU !

Bann kamarad,

Bravo pou kominike.

Jean Marie li bon ki tomem res MAIN fighter dan sa konba-la. To mem bizin res lor front-line.

Koumsa mem bann noir fight pou zot rights dan USA. Li enn individual fight supported by the community.

Mo krwar ki Jean YVes Violette est la personne appropriee pou vinn port-parol the community on this issue.

Prosenn fwa ki to zafer pase an kour, nou tou bizin prezan.

To kontak ar bann politisien li bon. Li bon ki tomem ki demann zwenn zot. Saki refiz zwenn twa, to fer kone an piblik.

Pa blie ki Inspekter Tuyau ti trete de zako par enn politisien lopozision.

xxxxxxxx xxxxxxxxxxxxxx

From: zanmari@imaxxxx
To: xxxxxxx
Subject: RE: AMANDLA ! NGAWETHU !
Date: Fri, 2 Oct 2009 21:17:33 +0400

this email is privileged…..

Mersi xxxxxx- Li demontre ki kan ena pou fer komikasyon marse and where ther’s a will there’s a way…
Nou finn demontre ki bann responsab muvman zot konn reponn lapel –
mo tristess se ki jocelyn pa finn jiz itil reponn bann sms rel ek messaz …kominike sa bann 11 lorganisasyobn la li palier silans konplis par omission fcm ek so presidan pendan 5 zur ….
hyer mo finn attir latensyon bann kamarad lor sityasion tense ki ena dan pays mon finn anvoye zot tou y konpri jocelyn pou preske siplye li pran enn poziston pou lans enn appel a la rezon…
zordi li lev ledwa ek mwa pasrki mo finn dir li mo la pensee kare kare…
li finn reagir a nou komikike san mem pran konesans so konteni alor ki se fcm et li ki ti bizin pe pran sa pozysion la…pou fer honer nou kominote…
enn vre presidan ek enn vre lider li konn rann li disponib kan pei bizin li e non pa kre enn no mans land otur li…
jocelyn nek en tisef lakoral san okenn lanvergir… li ki prefer all beni souval ek lekiri…li opena okenn sans ni sansibilite politik o sens classik grek… li domaz me li kum sa…
li pa konn appresye konpetans ek lexpertiz ki pe met a so dispozisyon li koze kan pa bizin e kan bizin li observ silans kupab….mai la koz depass so ti personn la koz gran e nou bizin pez nene bwar delwil avant ki nou nettoye nou lentray…
bo kuraz
zm

From: xxxxxxxxx xxxxxxxxxx
Sent: 03 October 2009 09:00
To: xxxxxxxxx xxxxxxxxxxx xxxxxxxxxx
Subject: RE: AMANDLA ! NGAWETHU !

Fode pa blie anvoy kominike-la a tou lanbasad, Human Rights Commission, Amnesty, Julie Woirin, PM, Leader Lopozision,OICP, KEEPKA.

An seki konsern rol FCM ek so Prezidan, tou kamarad pe komans konpran. Pou ena lezot kiksoz ankor ki pou vinn konfirm saki to pe resanti ek to analiz dan enn lavenir pros.

Mo pena pou fer lot komanter ankor. Saki mo fin dir dan 5-plus dimans 27 septam vinn boucler la boucle.

Mem rasanbleman post- 25 oktob fode pa intimid nou .

Bizin ki bann kamarad Komite Vizilans res soude.

Konsians kreol li dan sa komite-la ek non pas aillleurs.

xxxxxxx xxxxxxxxxxx


L’institution derrière l’homme

Rama Valayden doit-il être trainé en justice ? A-t-il commis un grave délit en alléguant que ce sont les suspects de « la communauté créole » qui sont le plus souvent victimes de brutalité policière ? Nous ne le pensons pas. Car il n’est pas faux de dire que les « ti créoles » ou les « rastas » font trop souvent l’objet d’une présomption de culpabilité. Ce qui amène parfois des policiers zélés souvent les mêmes – à utiliser des méthodes musclées pour obtenir leurs aveux.

Ceux qui pensent que Valayden a dépassé les bornes refusent de voir les réalités locales en face. L’avocat a posé une question essentielle : celle de l’égalité des droits dans notre société. De nombreux citoyens se posent la même question. Car ils pensent être moins égaux que d’autres devant les institutions du pays. Ce n’était donc en rien étonnant de voir de nombreuses associations voler au secours de Valayden à la suite de la polémique autour de ses propos.

Toutefois, si le citoyen Valayden n’est en rien blâmable d’avoir posé la bonne question, l’« Attorney General » est, lui, coupable d’un faux pas institutionnel majeur. C’est le mélange des genres qu’entretient Valayden qui est à l’origine de ses gaffes à répétition. Il n’a pas su – et ne sait d’ailleurs toujours pas faire la part des choses entre ses amitiés, son opportunisme politique, son « droitdelhommisme » et ses fonctions d’« Attorney General ». Cela risque, à terme, de lui coûter sa place.

Valayden semble trop facilement occulter le fait qu’il est une institution. Seuls trois postes ministériels sont spécifiquement cités dans la Loi suprême : le Premier ministre, le vice-Premier ministre et l’« Attorney General ». Et la mission qui est dévolue à ce dernier est des plus importantes. Il est le principal conseiller juridique du gouvernement. Et représente également celui-ci lors de toutes les actions en justice.
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De par son rôle, le ministre de la Justice est donc tenu à un devoir de réserve dans ses activités politiques. Car toute déclaration alambiquée peut le mener à l’incident institutionnel. Et c’est justement ce qui vient de se produire. En effet, on peut tirer des conclusions de ce qu’a dit Valayden. Premièrement, on peut penser qu’il a lui-même failli à sa tâche d’« Attorney General ». Si ce qu’il avance est vrai, on peut penser qu’il n’a rien fait – en sa capacité de conseiller juridique du gouvernement pour que nos lois ou règlements mettent fin aux comportements inacceptables qu’il dénonce chez les policiers.

Ensuite, si l’on accorde à Valayden le bénéfice du doute, en admettant qu’il partage son point de vue avec le Premier ministre et ministre de l’Intérieur, la conclusion en devient encore plus dérangeante. Cela voudrait dire que mis devant ces faits, Navin Ramgoolam a décidé de ne pas agir. La déclaration de Valayden peut donc signifier que le Premier ministre de la République ne compte pas changer nos lois afin que des atteintes aux droits individuels cessent !

Il est difficile de trouver des circonstances atténuantes à Valayden. Car le lieu où il a fait cette déclaration – un congrès de délégués du PMSD – donne une indication claire que c’est bien Rama Valayden, le chef de parti populiste et soucieux d’attirer le vote créole, qui prenait la parole. Sauf que pendant qu’il est chef de parti, Valayden demeure ministre de la Justice. C’est l’utilisation de la plateforme politicienne qui aggrave donc la faute. Car ne nous y trompons pas. Il y a fort à parier que le même discours, s’il était tenu lors du lancement du rapport annuel de Commission Nationale des Droits de l’Homme, aurait été accueilli d’une toute autre manière.

On aurait alors vu, dans les propos de Rama Valayden, le réalisme du gouvernement devant le comportement inacceptable de certains policiers. Et l’on se serait même empressé de lui demander si des lois sont en préparation ou en voie de toilettage afin de faire cesser de telles pratiques. Cette situation ne s’est pas produite. Car Rama Valayden est trop politicien et pas assez homme d’Etat. Mais tout s’apprend…et peut-être que le ministre de la Justice, à force de répéter les mêmes erreurs, finira par apprendre sa leçon.


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Le créole est à nous (tous)!

A première vue, l’initiative de la Fédération des Créoles Mauriciens (FCM) est fort louable. Dans un communiqué*** daté d’hier, elle annonce le démarrage d’une campagne nationale « pour l’introduction du créole mauricien à l’école. » La demande parait justifiée. L’Unesco ainsi que les experts en pédagogie et linguistique sont unanimes à dire que l’utilisation de la langue maternelle permet un meilleur apprentissage des matières enseignées. D’expérience, les responsables locaux du projet Prevokbec le confirment. Le créole à l’école se justifie d’abord pédagogiquement. Or, la FCM s’emmêle encore une fois les pinceaux. Elle recourt à un argumentaire divisionniste et dérangeant pour motiver sa revendication. Voyons les faits.

La FCM « reconnaît le créole mauricien comme la langue ancestrale des Créoles, la langue maternelle et de communication de tous les Mauriciens. » Ce discours est inacceptable. Car il crée deux catégories de citoyens. L’une, ethnique : les descendants d’esclaves dont « la langue ancestrale » est le créole. L’autre, culturelle : tous les Mauriciens dont le créole est la langue maternelle.

Au passage, la FCM réinvente l’histoire. Aucun des esclaves venus de Gorée, du Mozambique ou de Magadascar ne parlait le créole ! Cette langue est née à Maurice à travers le brassage des syntaxes, des mots et expressions aussi bien africaines, qu’européennes et asiatiques. Si le créole doit faire son entrée dans nos écoles, c’est d’abord parce qu’elle est notre langue maternelle à tous !

Décidemment, cette organisation qui lutte contre la ségrégation et l’exclusion donne le mauvais exemple. La FCM explique ainsi que « le droit des enfants CREOLES à leur langage est un droit linguistique et culturel » qui découle de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. La même phrase sans le mot « créole » aurait été tout à fait légitime. Hélas, la FCM choisit encore d’ethniciser le débat. Seul un naïf pourrait croire qu’un petit Hedley de 6 ans a plus de droit à la langue créole qu’un Ajay, une Swaleha ou un Ah Moy du même âge. Pourtant…

Le ridicule ne tuant pas la bêtise non plus – la FCM en remet une couche. Elle considère l’introduction du créole à l’école « à coté des autres langues » comme « une réparation historique » dans « le cadre de la réparation et de la justice envers les créoles descendants d’esclaves. » La FCM se trompe encore une fois lourdement. Le créole est la langue de TOUS les Mauriciens. Si les descendants d’esclaves veulent apprendre – c’est d’ailleurs compréhensible – leurs langues ancestrales, il faudrait plutôt enseigner le Ouolof ou le Malgache dans nos écoles. Ceci pourrait être une réparation symbolique pour les descendants d’esclave.

Notre langue maternelle est devenue l’objet d’un combat ethnico-politique. Prenons toutefois le temps de rappeler quelques réalités à la FCM. Lors de la manifestation des militants anti-incinérateurs dimanche dernier à La Chaumière, l’essentiel des slogans étaient scandés en créole. Quand Harish Boodhoo organise une conférence de presse au sujet d’un lieu de culte hindou, il s’exprime en créole. Quand un maulana convoque la presse pour parler des activités dans le cadre de Eid, c’est toujours en créole qu’il s’exprime. Quand le Premier ministre de la République s’adresse à la population, il le fait encore une fois dans la même langue. A ce titre, le créole n’appartient ni à « nou bann » ni à « bann là. » Il appartient à nous TOUS. Le FCM devrait donc s’abstenir d’ethniciser un débat national d’ordre éducatif et culturel.

Pour terminer, lançons en l’air une suggestion. Si l’Anglais parle en anglais, l’Indonésien en indonésien et le Japonais en japonais ; il serait bon qu’on dise d’un Mauricien qu’il parle mauricien. Cela évitera bien des revendications insensées.

D’autres commentaires sur cet éditorial

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KOMINIKE –FCM (FEDERATION DES CREOLES MAURICIENS)

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Kampagn : ‘Met Kreol Morisien- nou langaz, nou kiltir dan lekol’

FCM pe inform tou dimounn ki li pe demar enn kanpagn konsiantizasion, mobilizasion, ek revandikasion a partir mwa zin pou introdir Kreol Morisien dan lekol.

FCM rekonet Kreol Morisien kouma lang ansestral bann kreol, lang maternel et lang kominikasion tou bann morisien.

Drwa bann zanfan Kreol a zot langaz li enn drwa lingwistik ek kiltirel ki nou retrouve inspir li de dan bann Konvansion Internasional Drwa de Lom.

FCM konsider ousi ki dan kad reparasion ek zistis anver bann kreol desandan esklav, introdiksion Kreol Morisien akote bann lezot langaz dan lekol li amenn reparasion istorik.

. Nou pe demar nou kanpagyn dimans 14 zin 2009 dan Goodlands pou bann rezion Nor .

Dimans 21 zin 2009 apre lames 10h00 dan legliz Bon Pasteur, Elizabeth Ville , Baie du Tombeau.

Dan kad nou kanpagn, nou pe dimann bann dimounn sign enn petision ki nou pe anvoy sef Leta Morisien, bann Parlmanter ek bann mision diplomatik.

Kanpagn petision pou mintenir ziska ki Leta desid pou met Kreol Morisien dan lekol.

Nou pe salie initiativ gouvernman pou met sirpie enn Kreol Speaking Union. Li enn pa dan bon direktion.

Si ou bizin plis ranseignman, pa ezite pou kontakte Edley Chimon ki Kordinater kanpagyn nasional pou introdir lang kreol dan lekol ou Filip Fanchette.

Marie Anne Lagane
Sekreter FCM


Tous Mauriciens ?

Un bug informatique des plus énervants m’a empêché de poster le 12 mars. Initialement, je comptais seulement poster un drapeau national et ajouter la mention « Bonne fête » en dessous. Simple, sobre…

Mais plus je passais du temps à essayer d’amener le « backoffice » de wordpress à accepter cet article, plus il me venait à l’idée qu’il y avait des choses à dire sur cette Fête de l’Indépendance.

Je partage la plupart de mes réflexions dans mon éditorial de demain. Mais il y en a une que je n’aurai pu partager avec les lecteurs de l’express-dimanche. Fin décembre 2006, à l’occasion du Festival Kreol, j’avais écrit un éditorial dont le titre était « Tous Créoles. » Par cette expression, je voulais en fait dire que Créole et Mauricien, finalement, c’étaient que la même chose.

Il y a eu deux types de réaction à cet article. La première très chaleureuse. Notamment celle de Khal Torabully et d’autres qui voyaient la une nouvelle tentative louable de définir le « Mauricianisme. »

D’autres ont, par contre, très mal pris mon analyse. A l’instar du Père Filip Fanchette. Qui ne s’est pas fait prié pour me le faire savoir. Il s’empressa de m’écrire plusieurs mails. J’avais toutefois décidé de ne pas les publier. Car j’avais considéré qu’au lieu d’élever le débat, il le rabaissait. J’ai donc gardé le silence.

Mais les mails n’ont pas cessé. Et le journal sectaire « La Voix Kreol » a pris le relais pour s’attaquer à moi et à un autre confrère de l’express. J’ai réagi. Et je vous propose ci dessous l’échange de mails entre le Père Fanchette et moi.

Ps : L’article « Tous Créoles » figure en permanence dans le top 3 des textes les plus consultés sur ce blog. C’est que le sujet doit interpeller…
Pps : Je pense que le père Fanchette ne connaît pas mon blog. Je lui ai envoyé l’adresse à l’instant. Ainsi, s’il le souhaite, il pourra réagir…

Premier mail…

Cher Monsieur,
etrange ces intellectuels mauriciens qui veulent trouver dans des dictionnaires faits hier et ailleurs des reponses, des definitions toutes faites pour etre appliquees a notre situation mauricienne. Les dictionnaires ne font que reconnaitre ce qui a …été reconnu a un certain moment et a un certain endroit par une ou des personnes de certains pays. Ils sont de nature incomplets. C’est la cas avec le sens que l’histoire et NOS luttes ont donné ici a maurice a kreol . Kan ou na pa kapav fer konfianss en map koman prozektio merkator akot greenland li osi gran ki lafrik (ki symbol pou kominote kreol dan moris!) alor ki li 15 fwa moinss, fer konfians en diktioner ki finn fer en europ li plis ki ridikil.
Quant a notre existence en tant que communaute, la preuve -par l,absence- se trouve dans la liste des fonctionnaires sur internet. Les personnes ayant votre type de nom et de prenom abondent, celles qui portent mon type de nom et de prenom se comptent sur les doigts d’une seule main. Si vous etes sincere dans votre desir de creer une nation mauricienne, j’attends votre prochain article sur cette exclusion violente dont nous SOMMES VICTIMES. les noms M. Bhunjun, les noms. pas la théeorie de ceux et celles qui beneficient de la situation. ne venez pas nou dir que nous n’avons pas les qualification necessaires » parski zot na pa apran lekol » comme l,a dit un ex ministre a des africains venus en conference et qui se demandaient ou se trouvaient les descendants des africains.
Mo dernye kestyon: kisasa sa mani ki zot enan rod defini NOU koman zot oule. Nou respekte zot e seki listwar finn fer zot. Respekte nou e apartir de la anou gete ki manier konstrir sa Moris la. Fini le tan akot nou ti pou enan komplex afirm nou. Ou pou bizin abitie ar sa si ou sinser. get dan la lit pou la zistiss ki manier sak group a son tour fin lite pou li aparet lor map koman li ete -fam, pep indizenn, omosexuels, chagossiens, quebecois. Al get ki manyer kominote eropeen tret drwa bann minorité. Si bizin nou pou fer intervenir zot e good governanss pou zot se presanss ban kompozant enn nation dan serviss piblik. zot nom zot prenom.
enan enn sel baz enn nation: inklizion, zistiss, ekite…Kan ou bann (a no koz kri kri) exkli nou depi Civil Service nou ma pa finn tann ou ditou. Aster la ki ou kone, eski ou pou less sa koum sa, eski ou ou pou kontiye soit blame the victim ou fer nou disparet dan diktiyoner ou byen ou pou montre ou volonte sa inklizion la. Mo ranvoy ou editorial raj meeterban lor la kestion. Li fin byen kompran li.
filip fanchette

« We do not know if a God is a true God or a false God
until we see what kind of world has been created
in that God’s name » Monica Sjøø

Deuxième mail…

J’ai pris une liste au hasard une des sections du ministère des infrastructures publiques publiée dans La Voix Kreol sous le titre
« Children of a lesser God, a lesser government, a lesser republic? »

hindous 80
musulmans 45
creoles 8 ( + de 30% de la population)

si c’etait
creoles 80
musulmans 45
hindous 8
voius auriez dit et fait quoi M, Bhunjun. Simplement dit « mais ils sont tous kreols, voyons, pas de difference? »

Troisième mail…

Alors M. Bhunjun, chikening out??? Mo ape atn mem la. Nou tou kreol??? fasil tap lor nou hein, bann kreol ki ape reklam nou identité.
Get enn kou pou minister ledikasyon: 175 indou, 55 mizilman, 15 kreol ki ou dir.. ou bien na pli kone ki pou dir??? get en kou pou physical education… ki sann na for ladan? Kreol kreol. Pa indou ki dir li ousi kreol pou li pran partou. 6 kreol, 45 indou, 4 mizilman, 1 sino morisien. Ala li la. na pa pou ekrir lor la? Samen ki ban ki ape dir « nou tou kreol » oule: kasiet tou sa inzistiss la. Enn nasyon konstrir lor la zistiss, pa lor baratin. filip fanchette

Ma réponse…
Cher Père,
Contrairement à ce que vous avez cru, je n’ai pas eu la volonté de « chicken out ». Au contraire, très naïvement j’ai cru que vous auriez compris, vous le sage, mon silence comme le signe de ma volonté de ne pas polémiquer et de ne pas en découdre avec vous, encore moins avec qui que ce soit d’autre.

Mon cher Père, je dois vous dire qu’encore une fois je ne vous écris pas pour polémiquer mais au contraire pour faire quelques observations. Très humblement, je vous fais d’abord remarquer que vous ne me connaissez pas. Nous nous sommes jamais rencontré. Pourtant vous vous êtes permis de me catégoriser. Et de faire référence à « mo bann ». Mais qui sont-ils ? Je me permets de vous rappeler que vous ne connaissez ni mon « background » familial, encore moins mes fréquentations. Et mes habitudes, bonnes ou mauvaises. Comment donc mon Père, avez vous aussi facilement cédé à la tentation de catégoriser ? Et de connaître ce qui m’aurait motivé à écrire l’article d’opinion qui vous a tant offusqué.

Et surtout de croire que j’ai cherché à dénigrer et amoindrir une communauté au profit d’une autre. Mon cher Père, je vous parle avec le même respect qu’avec l’Imam qui est mon voisin ou des pandits que je connais. Ou de tout autre religieux que je côtoie, et je vous assure que je n’ai voulu, dans cet article, que relever tous les éléments qui font de vous et de moi des frères. Des enfants d’une même patrie et d’une même culture.

Or, mon Père, c’est avec regret que je constate que vous avez choisi de voir et de brandir tous ce qui nous sépare au lieu de relever tous ce qui nous réuni. J’en suis profondément attristé.

Pour conclure, mon père je vais reprendre ce qu’une figure que vous connaissez à dit, il y a longtemps. Je vous tends l’autre joue. Libre à vous de m’attaquer encore si vous le souhaitez. L’article paru dans la Voix Kreol cette semaine ne m’a pas mis en colère ni m’a rendu triste.

C’est à peu près ce que j’avais à vous dire cher Père. Je ne cherche pas à polémiquer. Donc je vais m’arrêter ici et prendre congé de vous.

Très cordialement
Rabin Bhujun

Sa réponse…

Je vous remercie pour votre reponse. il ne s’agit pas de polemiquer avec moi, je dois dire que j’ai ete exaspere par tous ces articles qui au lieu de NOUS ecouter veulent nous definir. Le NOUS dont je parle ressort des chiffres que je vous ai envoyés. notre existence, notre presence prouvée par l’absence. Je me demandais si dans votre volonte de voir ce qui nous unit vous reflechirez sur l’injustice qui separe une partie de la population du reste Ministere Education: 175 hindous, 55 musulnas, 15 creoles…et c’est ainsi dans les autres ministeres. C’EST CELA LA REALITE QUE CERTAINS DES MAURICIENS ET MAURICIUENNES VIVENT » Alors de quelle fraternité parlez vous si vous refusez de voir la source et les responsables des divisions. Il n’y a pas de fraternité vraie dans ce genre d’inegalité dont mes fresres et soeurs souffrent. Je voulais savoir jusqu’ou vous iriez dans votre volonte d’unite de la nation…Il ne s’agit pas de polemiquer mais de construire sur notre realité qui a defini ce que nous sommes.
tres cordialement
filip fanchette


Festival Amizé

L’année dernière, écrire, à l’occasion du premier Festival International Kreol, que nous étions « tous créoles », nous avait valu des critiques acerbes. De ceux, qui avaient vu dans notre démarche, une volonté de nier l’identité d’une partie de la population. Depuis, la Fédération des créoles mauriciens, menée par le prêtre Jocelyn Grégoire, est née. Une revendication a été faite pour que la Constitution et les lois électorales reconnaissent la communauté créole en lieu de la « population générale » – ce magma qui ne veut rien dire.

Depuis, une Commission Justice et Vérité a été instituée pour aider une communauté à mieux connaître ses racines et son parcours afin de pouvoir mieux appréhender son avenir et sa place dans notre société. Les défenseurs d’une approche avant tout ethnique de la « créolité » doivent sans doute se réjouir de ces développements. Ainsi que du discours du Premier ministre hier, lors de l’ouverture du festival, durant lequel il s’est déclaré favorable à la reconnaissance de la communauté créole par la Constitution. Autant pour les symboles. Autant pour les discours politiques. Et l’affirmation d’une identité. Intéressons-nous maintenant à la forme, plutôt qu’au fond de ce second festival.

Paradoxalement, à notre sens, la seconde édition du Festival Kreol, a justement perdu presque totalement de sa dimension identitaire. Ce n’est pas un festival organisé pour célébrer les créoles de Maurice, ni d’ailleurs. C’est une fête pour touristes ! C’est à un « Festival Amizé » que nous sommes tous conviés cette année. Un événement touristique vendable. Dont on peut parler à profusion dans les dépliants chez les tour-opérateurs. Un événement conçu et vendu pour les touristes.

Déjà la cérémonie d’ouverture résume à elle seule l’esprit dans lequel le festival est organisé. On voit rarement le Premier ministre, ainsi que ses plus importants ministres, se pavaner « avek enn sapo lapay lor latet » sur une estrade durant une cérémonie officielle. Nous n’avons rien contre le fait qu’ils soient en « sapo lapay ». Mais hier, on a plutôt eu l’impression qu’une mise en scène avait été prévue pour servir du pittoresque et du cliché aux journalistes étrangers qui sont actuellement au pays pour couvrir l’événement.

On donne à voir au monde ce qu’il s’attend à trouver chez nous.

Le regard que portent les étrangers venant de nos principaux marchés touristiques sur notre île, sa population et sa culture est très étriqué. Avant qu’ils ne découvrent le pays, Maurice est le plus souvent, pour eux, une minuscule île, plutôt pauvre, peuplée de métisses qui vivent le plus souvent d’activité agricole ou de pêche. Le cliché absolu ! Ce n’est qu’en foulant notre sol qu’ils découvrent la complexité de l’identité locale.

Or, le festival ne cherche pas vraiment à révéler une identité locale. Si nous devrions la décrire. Nous dirions plutôt que ce second festival célèbre les îles tropicales qui ont le métissage en partage. Le programme semble le démontrer. Des poètes de la Réunion, un jazzman de la Guadeloupe, un groupe populaire seychellois. C’est un festival des cultures métissées.

Et pourquoi pas ? Au final, on n’a pas besoin d’un festival pour célébrer une identité « créole » nationale. L’identité, il faut la vivre, la consolider tous les jours. Finalement, c’est sain que le festival perde de sa coloration purement identitaire ! Pour ne devenir qu’une fête durant laquelle les touristes découvrent une part de la culture locale et d’ailleurs. Et aussi durant laquelle, les Mauriciens, tous créoles, s’amusent au son des musiques d’ici et d’ailleurs. Et de la poésie et de l’imaginaire que nous apportent des cousins venus de loin.

Publié le 2 décembre 2007


Tous créoles

C’est avec un sentiment inhabituel qu’on lit le carton d’invitation. Les armoiries de la République de Maurice sont bien visibles au milieu du bout de papier bristol. Mais contrairement à son habitude, l’État, qui parle anglais à tout le monde, sans nécessairement se faire comprendre, s’adresse cette fois-ci à nous dans notre seule langue commune. « Dan kad premie festival internasional kreol dans Moris » nous sommes priés d’assister à une conférence « lor tem : ki kreolite ? » Cela fait quelque chose de recevoir une invitation de l’État qui vous est adressée dans la langue que vous utilisez tous les jours.

Mais le créole au-delà d’être la langue commune à chaque Mauricien est surtout, une identité propre à d’autres. Mais est-elle seulement ethnique ? Nous ne prétendons pas participer aux débats savants sur la « créolité » ou de tenter une définition du mot. Mais c’est avec la naïveté de celui qui ne comprend pas ce mot, que nous nous posons des questions. Car malgré les mille définitions que donnent dictionnaires, encyclopédies et recherches universitaires du mot créole, aucune ne sonne juste. Aucune ne semble correspondre à cette réalité si complexe que nous vivons à Maurice.

Posons donc les questions. Doit-on obligatoirement avoir un peu de sang d’esclave d’Afrique qui coule dans ses veines pour être créole ? Est-ce un certain type de comportement, une habitude alimentaire précise qui détermine si on est apte à être appelé créole ? Naît-on créole ? Mais au-delà de ces interrogations, la question essentielle n’est-elle pas celle-ci : ne sommes-nous pas tous créoles à Maurice ?

Quel sacrilège que de dire ça, devez-vous vous dire en lisant l’énormité de la question. C’est impensable ! Vous qui vous considérez d’abord comme un bon hindou, de souche indienne pure. Vous traiter de « créole » équivaut presque à vous insulter ! Ou alors vous, dont l’ascendance européenne ne fait aucun doute. Vous acceptez volontiers de partager votre église avec le « créole ». Mais le partage s’arrête là… il ne faut pas trop pousser quand même. Car, après tout, vous êtes différents « d’eux » !

Et pourtant, pris d’un coup de sang, tout humain que vous êtes, vous céderez aux mêmes bas instincts « qu’eux » en utilisant les mêmes insultes pour fustiger la personne qui vous aura énervé. C’est peut-être un indice qui révèle une réalité profonde, indéniable. Chaque Mauricien porte en lui sa part de « créolité ».

Elle se manifeste d’ailleurs sans qu’il ne s’en rende compte. Quand il rit en regardant Komiko interpréter, à sa manière, le quotidien d’une famille créole dont les préoccupations, bien que caricaturées, ne sont pas si éloignées de n’importe quelle autre famille du pays. Mais aussi quand, au détour d’une chanson des Bhojpuri Boys, vous ne savez plus vraiment si c’est une musique « indienne » que vous écoutez ou tout simplement un « séga » chanté dans une langue autre que le créole. Enfin, vous êtes aussi créole quand vous préférez un morceau de pain tartiné d’un « chatini de chevrettes » à un bout de saumon fumé insipide. On s’en rend compte, le mot créole peut finalement se substituer à celui de Mauricien. Car c’est bien d’une même identité dont nous parlons.

Nous sommes tous créoles, comme nous sommes tous Européens ou Indiens. Et il serait dommage, donc, que le Festival international kréol ne soit réduit qu’à la célébration d’une identité ethnique. L’événement doit devenir la commémoration de ce que nous avons en commun entre nous dans le pays. Mais aussi de ce que nous partageons avec d’autres peuples éparpillés dans le monde. Tout comme le jour anniversaire de l’arrivée des travailleurs engagés à Maurice doit devenir une date à laquelle les Mauriciens réfléchissent sur leurs origines et le parcours de leurs aïeux. Plutôt que d’en faire une fête quasi-religieuse durant laquelle diverses organisations hindoues s’accaparent l’Aapravasi Ghat, un lieu appartenant à tous les Mauriciens et même depuis juin à l’humanité entière.

On ne peut toutefois s’empêcher d’être cynique. Et de se demander si nos politiques se résigneront un jour à permettre aux Mauriciens de laisser se développer leur identité commune. Car cela leur compliqueraitla tâche. Au lieu de trouver facilement un hindou, un musulman ou un blanc à caser dans la circonscription qu’il faut. Il leur faudra trouver 60 Mauriciens à aligner dans les 20 circonscriptions du pays. On s’en rend compte… le monde politique n’a pas intérêt à ce que nous soyons un jour tous créoles !

publié le 3 décembre 2006


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