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Une histoire de chantier

Repenser la stratégie économique d’un pays et construire une maison sont, à bien des égards, deux exercices comparables. Déjà, ils commencent par le même passage obligé : l’élaboration d’un plan bien pensé. Ceci fait, on passe, en abrégeant un peu, à l’étape de la fondation. Pour la maison, des tonnes de béton et de gravats viennent remplir un trou béant qui deviendra ensuite le socle du bâtiment. En économie, on pourrait dire que la fondation est constituée de toutes les lois visant à faciliter la mise en place d’entreprises, à attirer les investissements et à former les compétences.

En résumé, à proposer le cadre des affaires le plus propice pour que l’économie se développe.

Maurice en est à construire ses nouvelles fondations économiques depuis juin 2006. Après tout, le dernier budget n’était que cela – la mise en place d’un cadre propice pour les affaires. Cette fondation coulée, il faut poser les premières rangées de parpaings. Cela commence à être fait. L’investissement direct étranger en 2006 a atteint des niveaux records. La création d’entreprise à Maurice se porte plutôt bien.

Le tissu économique de Maurice se renouvelle lentement. Les murs de notre édifice, se bâtissent et se consolident, à coup de tertiarisation et de diversification industrielle.

Une maison bâtie sur la plus inébranlable des fondations a néanmoins besoin de murs solides et d’un toit inamovible pour protéger ses occupants contre les intempéries industrielles et les vents violents de la compétition internationale. C’est pourquoi le deuxième budget de Rama Sithanen est aussi important, si ce n’est davantage, que le premier exercice de 2006. Il faut que le gouvernement confirme son orientation économique. Qu’il continue à envoyer les bons signaux en prenant les bonnes décisions afin d’aider l’industrie à se diversifier et les investisseurs à s’implanter dans le pays. Il faut maintenant finir les murs et poser le toit.

Le chef de chantier Ramgoolam semble plus ou moins attaché à faire avancer les travaux. Toutefois, des signes évidents de relâchement dans l’effort de construction sont apparus. Ce qui a conduit son architecte Sithanen à vouloir claquer la porte.

Il a été retenu in extremis. Si seulement il n’y avait que cela comme problème ! Mais malheureusement, il y en a d’autres. Notamment, le très gros handicap des mauvais maçons et ouvriers qu’emploie le chef de chantier Ramgoolam.

Il y a le maçon Jeetah qui semble absolument ne pas vouloir avoir affaire à une catégorie de fournisseurs de parpaings, de fer ou de ciment. Pourtant des partenaires incontournables de la construction de la maison. Certains des fournisseurs nous avouent qu’ils croient que c’est la couleur de leur peau qui dérangerait. Il y a l’électricien Sinatambou qui semble vouloir passer des années avant de décider une fois pour toutes comment il va faire communiquer tous les espaces et chambres de la maison entre eux. Et comment il va la relier au monde. Apparemment, il plancherait sur un « National ICT Strategic Plan », dont on dit qu’il est prêt depuis des mois. Mais on attend toujours… Puis, il y a le peintre Gowressoo que le chef de chantier a chargé de peindre et décorer la maison. Pour cela, il faut du goût, de la culture. Certains cherchent toujours ces deux traits chez cet ouvrier. Il y a aussi le paysagiste Dulull qui semble vraiment perdu parfois dans ses plans d’aménagement du terrain.

Un chef de chantier doit être pragmatique. Car on peut bien avoir le meilleur plan du monde, sans les ouvriers compétents pour construire la maison, il ne vaut pas un clou. En effet, entouré de mauvais ouvriers, le chef de chantier court deux risques. Le premier, important, est de se retrouver avec une maison bancale. Et le deuxième, gravissime, de voir s’effondrer sa maison à peine terminée.

Le bon sens dicterait au chef de chantier Ramgoolam, près de deux ans après le début des travaux, d’éjecter tous les mauvais ouvriers et maçons qui l’entourent. Et dont la mauvaise performance est désormais patente. On sait que d’autres ouvriers qualifiés, et sans doute plus compétents encore, ne rêvent que de participer à la construction de la Maison Maurice. Combien de temps attendra encore le chef de chantier ?

publié le 22 avril 2007

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Disciplinés de force.

On sait qui ils sont. Ils ne soutiennent pas Rama Sithanen, ni la rigueur de son budget. Certains d’entre eux, députés ou ministres de circonscriptions rurales trouvent que la mise en place d’une « National Residential Property Tax » est une hérésie. D’autres encore militent pour que nos lois du travail, dont Sithanen annonce la refonte quasi-totale, demeurent les mêmes. En s’appuyant sur quelques réflexes et bas instincts de la population.

Et pourtant ! Ces députés ou ministres ont pris la parole durant les dix derniers jours… pour défendre le budget. On se croirait revenu à la fin des années 1980. Quand Sir Anerood Jugnauth menait à la baguette un gouvernement où aucune voix dissonante n’était tolérée. Navin Ramgoolam applique le même principe : celui de la discipline orchestrée par le leader.

Pour ceux qui ont suivi le « mood » de Sithanen après le budget, il paraît évident qu’il avait décidé de tenir bon sur les mesures qu’il avait annoncées. Jusqu’à ce que le Premier ministre recadre son action en milieu de semaine. Sur la question du « Lump Sum » taxable ou encore sur l’abolition des aides sur les frais d’examens du SC et du HSC. Mais finalement, qu’importe si Ramgoolam et son vice-Premier ministre ont cédé aux pressions ! Il faut se féliciter qu’aucun pan essentiel de la réforme, même à l’épreuve de virulentes critiques, n’ai été abattu.

La situation devient quelque peu cocasse. Après avoir accommodé le mot discipline à toutes les sauces pendant le « build-up » médiatique menant au budget, c’est désormais le gouvernement, lui-même, qui doit en faire preuve. Dans la mise en œuvre des mesures budgétaires 2006-2007. Car on ne le dira jamais assez. Ce budget ne vaut rien si une bonne partie des mesures qui y sont annoncées n’est pas mise en œuvre dans les six mois à venir.

C’est le cas notamment avec la flopée d’annonces concernant la facilitation de l’investissement et l’ouverture du pays aux compétences étrangères. Le gouvernement doit donc avancer en rang serré vers les objectifs qu’il s’est lui-même fixés. Aidé, on l’espère, par un secteur privé et des fonctionnaires coopératifs. Et une population compréhensive. La finalité est toujours la même : lancer une réforme économique salutaire pour le pays.

Dans un monde où la règle est l’abattement des barrières au commerce et la mondialisation des échanges et du mouvement des personnes, Maurice est condamnée à changer son architecture économique, c’est cela le vrai enjeu national. C’est le principal enjeu du budget. Et les principales mesures qui y ont été annoncées tendent toutes vers cet objectif.

Car, faut-il le rappeler ? Maurice n’est pas le Brésil. Nous n’avons pas des ressources agricoles inépuisables. Nous n’avons pas une économie quasi autarcique. Notre développement économique n’est possible que grâce et en collaboration avec d’autres pays.

Cela dit, il devient donc indispensable de proposer la base d’opération la plus favorable possible aux investisseurs étrangers qui souhaitent lancer leurs activités chez nous. Tout en proposant aux industries locales les conditions optimales pour produire à des coûts compétitifs sur le plan mondial. Nous ne sommes pas des « victimes » de la mondialisation. Ces dernières années, nous n’avons juste pas su pleinement en profiter.

Pourtant, nous sommes cités en exemple. Il fallait écouter le ministre australien des Affaires étrangères, Alexander Downer, il y a un mois. Il intervenait au Parlement australien sur le thème « Managing the Challenges of WTO Participation », une étude initiée par l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

Le ministre assène d’abord une vérité : beaucoup de pays choisissent la voie de la facilité. Si leur croissance économique stagne ou décline, c’est de la faute de la globalisation selon eux, précise Downer. Avant de poser une question : « Pourquoi Maurice a presque triplé son produit intérieur brut durant les 20 dernières années et pas les îles Fiji ? » Downer a la réponse. Pour lui, ce sont les « policy responses » adaptées de Maurice qui sont responsables de sa bonne performance dans le contexte de la globalisation.

Une logique que suit Andrew Stoler, auteur de la « Case Study » sur Maurice publiée dans un recueil de l’OMC en début d’année. Au fil de ses observations sur nos différents secteurs économiques, une constante se dégage, pour survivre chcun d’entre eux doit s’adapter aux changements qui interviennent sur le marché mondial. Ce qui le mène à féliciter Maurice pour sa réaction à la globalisation qui a été « to preserve what they can (by, for example, acting to cut costs in sugar production while developing new niche markets for speciality sugars) and, more importantly, experiment with new ideas for the country’s future economic development. »

L’expérimentation à grande échelle avec les idées nouvelles a débuté avec ce budget. Mais il ne faudrait pas que quelques passéistes dans les rangs de la majorité aillent semer la zizanie dans leurs circonscriptions en déplorant ce budget si peu « social ». Paul Bérenger avait eu la formule : « une seule décision de Rajesh Jeetah peut ruiner 100 bonnes actions de Sithanen. » Il serait dommage que l’étroitesse d’esprit de plusieurs députés de la majorité ait la même conséquence !

publie le 25 juin 2006


Des droits pas si acquis

Avons-nous les syndicalistes que nous méritons ? La fête du Travail est peut-être l’occasion idéale de poser la question. La réponse est non.

Le constat peut paraître sévère. Mais nos syndicalistes ne sont pas des lumières. Certes un représentant des travailleurs n’a pas à être détenteur d’un doctorat de Harvard. Lech Walesa, le président polonais qui tourna la page du communisme dans son pays était électricien et non un professeur de science politique. Mais en écoutant le discours de nos représentants syndicaux, le vide que l’on y perçoit reste sidéral. Les discours sont creux, d’abord dans la forme. Les mêmes mots et rengaines ressassés : abus, maintien des droits acquis, patrons qui nous exploitent, gouvernement qui ne fait pas assez. C’est à se demander si nos syndicalistes lisent autre chose que « Le Manuel du syndicaliste dépassé ».

Ensuite le fond. Presque aucun syndicat ne tient un discours qui consiste à proposer des contre-mesures ou des contre-réformes réalisables. L’action de quelques syndicalistes du privé appelle toutefois une petite nuance. Leurs représentants qui ont eu à gérer les crises successives liées à des licenciements massifs dans le textile ont modifié leur langage. Et mûri leurs argumentaires. C’est un discours davantage construit autour de la formation et du recyclage qu’ils tiennent depuis quelque temps.

Mais ce discours plus constructif, on ne le retrouve pas dans le public. Cassam Kureeman essaie de sauver les apparences. Il prône quelques réformes, admet volontiers qu’une organisation, qu’elle soit privée ou publique, doit fermer ses portes si elle ne survit que grâce à des subventions publiques. Mais le syndicaliste cède vite au réflexe de demeurer inflexible sur les droits acquis des travailleurs. Ce qui fait de lui, la demi-exception à la règle selon laquelle l’immense majorité des syndicalistes est réfractaire au changement.

Leur opposition forcenée à des réformes salutaires les font compter parmi les partenaires les plus sourds du gouvernement. À quoi servent donc toutes les sessions de formation qui leur sont fournies à Genève, New York, Bruxelles ou ailleurs ?

À découvrir des réalités nouvelles de la gouvernance et de la mondialisation ou à faire du shopping pour madame et les gosses !

La notion même du droit acquis, sur lequel nos syndicalistes, fondent leur lutte demande à être revue. La conjoncture internationale nous montre de manière saisissante à quel point il est dangereux de s’endormir sur la certitude qu’une situation ne changera pas. Malgré toute la confiance que nous accordions à l’Union europenne dans la préservation de nos « droits acquis » dans le cadre du Protocole Sucre. Les choses changeront, nos revenus baisseront. Il y aura des licenciements.

Tout comme il faut se ressaisir à temps pour ne pas subir des chocs liés à la conjoncture internationale. Il est également impératif de prendre conscience de certaines réalités à Maurice. Non, messieurs les syndicalistes, il n’est pas normal que les employés du privé cotisent davantage pour percevoir la même retraite que vous. Il y a un effort à faire. Et ce n’est pas au gouvernement de le faire.

Les fonctionnaires qui reçoivent des « increments » annuelles doivent réaliser que lorsqu’une entreprise est en difficulté, elle gèle les augmentations de salaire, pour n’accorder que les compensations salariales et bonus imposés par la loi.

Le sens de la solidarité des Mauriciens se mesurera réellement quand le pays entier se retrouvera face à un très grand défi. C’est le cas maintenant. Tandis que les employés du privé devront redoubler d’effort pour être encore plus productifs, ceux du public devront assimiler et comprendre le sens des mots solidarité, patriotisme et réalisme. En acceptant de se défaire de certains avantages. Nous avons trop de droits qui ne sont pas si acquis que cela…

publié le 30 avril 2006


Le désirable et le faisable.

«À la London School of Economics (LSE), on apprend ce qui est désirable tandis qu’à Harvard on apprend ce qui est faisable ! » La phrase est de notre secrétaire financier « in waiting », Ali Mansoor. Or cette semaine, c’est l’un des éminents tenants du « désirable » qui a livré une série de conférences sur l’État et les politiques gouvernementales. Le professeur Nicolas Barr du LSE a été écouté par les plus importants décideurs économiques et politiques de Maurice. Et il a défendu une position « désirable » : le maintien de l’État providence, moyennant quelques légers aménagements dans son fonctionnement.

On est bien forcé d’admettre que ce que les Américains pensent être « faisable » en matière de prestations sociales et de protection des citoyens… est loin d’être « désirable. » Lorsque des millions de yankees, censés compter parmi les citoyens les plus riches du monde, trouvent que se payer des soins médicaux est un luxe dans leur pays… on se dit que ce système cloche quelque part également.

Mais trêve de jeu de mots sur la faisabilité et la désirabilité. Revenons aux précieux conseils du professeur Barr. Un brin crâneur, Rama Sithanen, le ministre des Finances, n’a pas manqué de rappeler en aparté que ce que dit ce dernier est l’évidence même.

À savoir que la théorie économique peut être utilisée pour justifier l’existence de l’État providence, dans (presque) toute sa générosité universelle. Barr insiste toutefois sur un tempérament de taille : dans un État providence, les décisions gouvernementales doivent être prises après une analyse clinique des faits et non sous le coup de l’émotion ou pour en tirer un capital politique.

Des paroles d’évangile que Sithanen a peut-être assimilé depuis longtemps. Mais qu’il a manqué de faire comprendre à ses autres collègues du gouvernement. Quand le rétablissement de la pension universelle et le transport gratuit pour les étudiants et les seniors sont apparus comme des décisions politiques à appliquer d’urgence, à peine quelques semaines après l’arrivée au pouvoir du gouvernement Ramgoolam II.

Depuis, des pointes d’alarmisme ont été distillées dans les discours du Premier ministre et par Sithanen. Tous deux n’ont pas manqué d’affirmer que la population sera appelée à faire des sacrifices dans les mois et années à venir. Voilà un discours responsable ! Même si l’on peut regretter qu’ils n’annoncent pas la couleur en disant clairement à la population où et comment elle va devoir faire des sacrifices. Mais ceci est un problème secondaire, une question de timing.

Il y a un autre problème plus pernicieux à régler. L’image « proche » du peuple que le gouvernement s’est fabriqué. Il s‘agit désormais de s’en défaire en exhortant ce même peuple à participer à la solidarité nationale. À ce chapitre, un événement récent nous a paru synonyme d’occasion ratée. La population était préparée à une hausse des carburants. Mais elle a eu droit à une hausse significative du prix du diesel et à une baisse de celui de l’essence.

Fin 2005, le gouvernement avait fait preuve de réalisme en faisant passer le plafond d’augmentation de l’« Automatic Pricing Mechanism » (l’APM) de 15 % à 20 % pour rattraper les hausses non répercutées depuis l’année dernière et ne pas laisser empirer la santé financière de la State Trading Corporation (STC). Mais il a manqué la deuxième occasion de faire preuve de réalisme.

Le gouvernement aurait pu réaménager l’APM de sorte que les augmentations soient répercutées de manière immédiate sur le prix à la pompe.

Tout en utilisant les fluctuations à la baisse pour continuer à assainir les finances de la STC. Étant entendu que si une baisse substantielle de 30 % venait à être enregistrée par exemple, le prix à la pompe devrait également baisser dans une certaine mesure, disons de 15 %.

Mais ce n’est qu’une suggestion. Car on l’a bien compris. Un gouffre peut parfois séparer le désirable du faisable !

publié le 9 avril 2006


solidarité de coeur

Nous ne pensons qu’à ça. Le commerce nous obsède. La mondialisation et ses effets nous ont convaincus que le développement d’un pays comme le nôtre passe par sa capacité à commercer et à promouvoir le libre-échange. Mais depuis environ 5 ans, nos décideurs économiques et politiques se rendent compte qu’il ne suffit pas d’être obsédé par la chose.

En effet, il faut avoir en face des marchés perméables, susceptibles d’être pris d’assaut, et surtout des prix compétitifs et les volumes d’exportation adéquats pour pouvoir le faire. Mais quand Maurice réussit à réunir la première série de conditions, la deuxième lui fait défaut – et vice-versa. Quand ce ne sont pas les deux qui manquent… Dès lors, armés de la plus grande patience et d’un inaltérable espoir, nous nous tournons vers nos deux plus grands marchés : l’Europe et les États-Unis… pour qu’ils nous aident à commercer avec eux !

À ce sujet, nos deux partenaires ont une approche qu’on pourrait qualifier de divergente. Au dogme Trade, Not Aid, des États-Unis s’oppose l’approche plus souple et tiers-mondiste d’Aid for Trade européen, dont les pays en développement et les moins avancés bénéficient. En juillet 2005, l’Union européenne a ainsi pris l’engagement d’allouer la somme d’un milliard d’euros pour l’aide au commerce entre 2007 et 2013. Cela tranche singulièrement avec l’approche américaine, qui consiste à laisser entrer des produits en régi-me hors taxes moyennant le respect de quelques règles d’origine. Il ne faut rien attendre de plus !

Le bon sens voudrait donc que le pays se tourne vers l’interlocuteur qui est le plus à même de nous aider. Il n ‘y a pas trop de possibilités, c’est l’Europe ou personne. Et au sein de ce bloc, c’est la France qui apparaît comme l’avocat de la cause mauricienne. Voila un pays avec lequel nous partageons des « liens d’amitiés » et de « cœur » indéniables, et qui, soulignent nos dirigeants, ne manque jamais de « soutenir » Maurice dans les moments durs.

C’est exactement le discours qu’a tenu le Premier ministre, Navin Ramgoolam, à l’issue de son entretien avec le président français, Jacques Chirac, cette semaine. Face à la caméra de la MBC, Ramgoolam réitère l’amitié de la France pour Maurice et se félicite de la compréhension du président Chirac tout en le remerciant « de son soutien ». Chirac l’interrompt, en lui tenant le bras. Il précise : « C’est un soutien de cœur, M. le Premier ministre. » C’est un geste à décrypter. Une intervention qui en dit long sur l’attitude de la France vis-à-vis de Maurice.

Quand on lit attentivement le communiqué de l’Élysée sur la rencontre Ramgoolam/Chirac, on se rend compte que la France n’a pris aucun engagement envers nous. Chirac s’est en fait contenté d’assurer son soutien « moral » à Ramgoolam quand il s’agira de défendre la cause mauricienne devant les instances européennes et internationales. Si nous voulons être optimistes dans la formulation, nous dirons que la France a souscrit à une obligation de moyens envers Maurice, certainement pas de résultat !

Il ne pouvait en être autrement. Le plan de financement de 500 millions d’euros que le ministre des Finances, Rama Sithanen, a mis sur la table à Paris est ambitieux. Trop peut-être, pour que le président Chirac donne l’impression de le soutenir.

De même, l’appui que nous accorde la France au niveau européen ne peut être que moral. Car plus que jamais, les partenaires majeurs de la France que sont l’Allemagne, la Grande-Bretagne et l’Espagne penchent pour un budget européen 2007-2013 plus austère en matière d’aides diverses aux pays en développement. Cela, afin de dégager des économies visant à financer des projets de restructuration et des soutiens intra-européens. Ainsi va la diplomatie économique. Durant les temps durs, à défaut d’avoir un véritable soutien, on se contente d’un soutien de cœur. C’est toujours bon à prendre…

publié le 2 avril 2006


Râleurs, réfractaires et compagnie

Le voile est presque levé. Rama Sithanen place enfin chacun en face de ses responsabilités. Dans l’interview qu’il nous accorde, il dénonce le manque de témérité du secteur privé. Le ministre des Finances annonce également, par exemple, que nous allons devoir contribuer davantage afin d’assurer nos retraites.

On en sait un peu plus sur les painful economic tradeoffs dont il parle depuis des mois. On comprend mieux, aussi, comment Sithanen compte remettre le pays sur le chemin de la croissance économique soutenue. Les nouveaux pôles économiques ont désormais des noms. On parle un peu moins dans le vide. Mais remettre le pays sur les rails du développement ne signifie pas non plus redresser les finances de l’État. Voici l’autre pressant problème que doit régler le grand argentier.

Certes, quand notre future « Land Based Oceanic Industry » ou nos « Villages Pharmaceutiques » tourneront à plein régime, les impôts qu’ils paieront aideront à assainir les finances de l’État. Mais ces contributions n’arriveront qu’après demain. Or, c’est dès aujourd’hui que Sithanen doit trouver les roupies qui empêcheront le pays de sombrer définitivement dans l’abysse de la dette publique.

Encore une fois, le ministre des Finances semble savoir où aller. Il préconise la réorganisation en profondeur des services de l’État: synonyme de ressources mieux utilisées, mais aussi de quelques précieuses économies. L’autre terrain d’action est la récupération des sommes que l’État n’encaisse pas, faute d’un système performant de récupération de taxes et contributions diverses.

C’est ici qu’on se doit d’émettre quelques sérieux doutes. La Mauritius Revenue Authority (MRA), maillon essentiel dans la mobilisation des recettes de l’État, ne fonctionne toujours pas. Aux dernières nouvelles, c’est en avril ou début juillet qu’elle commencera réellement ses opérations. Il revient à Rama Sithanen d’accélérer la cadence. Pour enfin récupérer les précieux milliards qui passent sous le nez du Trésor chaque année.

Mais si seulement le problème s’arrêtait là. Le défi de faire fonctionner la MRA est un amuse-gueule comparé au plat de résistance qu’est la réforme de certains services de l’État. Malgré toute sa bonne volonté, Sithanen doit admettre une chose. Il est très difficile d’amener le Léviathan que constituent l’État et ses corps para-publics à accepter des réformes en profondeur.

Nous avons eu un aperçu de ce dont des fonctionnaires réfractaires sont capables lors des réformes à la douane. Pouvons-nous donc être sûrs qu’on ne se dirige pas vers d’interminables bras de fer? Allez faire comprendre aux employés du CEB, de la CWA ou de la DWC que certaines suppressions de postes et des rationalisations des ressources sont impératives!

Que répondront les fonctionnaires quand on leur fera comprendre qu’ils devront, dès l’année prochaine, contribuer davantage dans nos fonds de pension afin de mieux assurer leurs retraites? Nous n’entrevoyons que des blocages à l’horizon. Le Mauricien, râleur, va se rouler en boulle et faire la sourde oreille.

Et ce sera gravissime. Car toutes les réformes dont on parle doivent commencer dès cette année. Si Sithanen compte piloter seul ces changements, il échouera. C’est de l’aide du cabinet entier dont il a besoin mais cette solidarité ne lui est toujours pas acquise. De plus, Navin Ramgoolam devra oublier son obsession de plaire pour enfin placer chacun devant ses responsabilités. Et éventuellement forcer son chemin si les blocages perdurent. Tant que Maurice sera peuplé de râleurs réfractaires et compagnie, c’est par la force que le gouvernement devra faire avaler la pilule de cette réforme salutaire. Vivement qu’il commence…

publié le 8 janvier 2006


Pa pe vann rev

Il y a le message et la manière de le transmettre. Mercredi dernier en annonçant son Roadmap for the Mauritius Sugarcane Industry for the 21st Century, Arvin Boolell, le ministre de l’Agro-industrie, a parlé avec mesure. Son « pas pé vanne rev » prononcé à plusieurs reprises, sonnait très juste. Mais le ministre est un politique, et les politiques ne livrent pas toujours la cruelle réalité à ceux qui les écoutent. Boolell a prévenu que 2006 pourrait être l’an I de l’ère difficile de l’industrie de la canne.

Maurice se montre très combative vis-à-vis de la proposition de réduire de 39 % le prix garanti de son sucre sur le marché européen. Le gouvernement semble vouloir croire qu’une réduction de 20 % pourrait être négociée avec la Commission européenne. Soit. Mais dans ce cas, qu’est-ce qui nous permet de dire que l’Australie et le Brésil se satisferont de cette baisse alternative ? Ils sont déjà en litige avec l’Union européenne (UE) sur le dossier sucre. Demain, mécontents, ils pourront demander à l’OMC de « forcer » l’UE à respecter son engagement de baisser ses prix d’achats de 39 %. Retour à la case départ…

Autre espoir qu’il convient de mitiger : la filière éthanol. Loin de nous l’idée de dire qu’elle n’a pas d’avenir. Chandni Oil Company a annoncé hier son projet de Rs 600 millions pour produire ce carburant vert. La production à grande échelle de l’éthanol suscite de vifs intérêts. Mais elle a ses limites.

Pour fabriquer une grande quantité d’éthanol il va falloir utiliser toute la canne, et non pas seulement la mélasse que l’on pourra récupérer. Mais quel mélange canne à sucre/canne à éthanol choisirons-nous ? Faudra-t-il alors accélérer davantage le processus de fermetures des usines sucrières ?

Sa fabrication pose également quelques sérieux problèmes environnementaux. Les unités de production d’éthanol propres sont encore rares aujourd’hui. Sommes-nous prêts et préparés à prendre ces risques ? Le tableau semble sombre, sans issue…

Alors la canne aura-t-elle disparu en 2020 ? Certainement pas ! Nous sommes bien d’accord avec Arvin Boolell à ce sujet. Multifonctionnalité de la canne oblige, elle servira toujours, mais à d’autres intérêts : comme toile de fond de la destination de rêve pour touristes, barrière contre l’érosion et usine de règlement micro-climatique pour l’environnement. On ne peut se permettre de raser des hectares de cannes pour y mettre à la place des logements sociaux ou des zones industrielles.

Ce qu’il faut faire comprendre aux planteurs et à la population, Arvin Boolell commence à le faire timidement. C’est que le choc sera plus brutal qu’on ne le pense. Une partie des planteurs ne sera ni plus ni moins que des jardiniers paysagistes chargés de conserver le cachet touristique et l’intégrité environnementale de l’île.

Et c’est à ce titre, et non plus en tant que producteurs de cannes, qu’ils seront rémunérés. Compensés, semble plus juste.

En attendant que la technologie et les moyens alternatifs d’utiliser la canne atteignent un degré de rentabilité, les 60 000 familles qui en vivent ne peuvent prétendre à des lendemains meilleurs.

Il faut le dire. Pa pe vann reve…

publié le 18 septembre 2005


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