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La classe pensante

C’est un sujet très vaste qu’aborde l’éditorial d’aujourd’hui. J’ai bien conscience qu’il y a plusieurs aspects de la problématique qui n’ont pas été traités dans le texte. Toutefois, je ne compte pas les développer à répétition dans l’express-dimanche. Il n’y aura pas de Classe Pensante II, puis Classe Pensante III. D’autres recourent à cette méthode. Mais je pense que cela lasse le lecteur à la longue. Ce n’est pas le but !

Aussi, je me propose de revenir sur la question régulièrement ici. En consacrant de temps à autre des articles complémentaires sur la problématique principale : Comment favorise-t-on l’émergence d’une (ou plusieurs) force(s) politique(s) dans un pays où quelques partis installés occupent tout l’espace politique ?

Ce qui est intéressant avec cette question, c’est qu’elle est universelle. Dans quasiment tous les systèmes démocratiques, des citoyens se posent la même question. Ainsi, ce serait très intéressant et enrichissant de lire les avis et analyses d’internautes d’autres pays sur ce débat. Si vous connaissez des personnes susceptibles d’avoir des idées ou des suggestions sur la question, passez leur le lien du blog.

La classe pensante

Merci la crise ! Le pays lui doit une fière chandelle. En 2006, une étude de Sofres avait mis à jour un phénomène inquiétant. Un cadre mauricien sur deux disait vouloir émigrer. Deux adultes sur trois souhaitaient voir leurs enfants grandir sous d’autres cieux plus cléments. Trois ans plus tard, cette mentalité demeure. Depuis un an, la crise de confiance mondiale a atténué les ardeurs d’expatriation de nos jeunes professionnels. Aujourd’hui, la reprise en Europe et aux Etats-Unis aidant, ils vont vouloir concrétiser leurs plans contrariés d’hier. Dès 2010 et les années suivantes, un nombre plus important de nos jeunes va aller vérifier si l’herbe est plus verte ailleurs.A moins que…

Ne nous y trompons pas. Le phénomène d’expatriation est naturel. L’insularité et les perspectives professionnelles restreintes conduisent certains concitoyens à vouloir s’expatrier. Un ingénieur avionique ou un « warrant trader » de haut vol ne peuvent que difficilement s’épanouir sur le plan professionnel – à Maurice. Néanmoins, le phénomène d’expatriation n’aurait pas été inquiétant s’il ne touchait que des personnes sur-qualifiées dans des secteurs de pointe. Mais nos comptables, médecins, juristes ou professeurs d’université quittent également le pays !

Inutile de prétexter une quelconque qualité de vie lamentable pour cette catégorie de candidats au voyage. Ils ont des revenus corrects. Et jouissent d’une situation personnelle relativement confortable. Ce qu’ils craignent, c’est de ne pas pouvoir éduquer convenablement leurs enfants, de ne pas leur offrir les soins d’un système de santé performant. Ces personnes abhorrent également l’idée de vivre dans une île où les inégalités – sociales et économiques – empirent. Et où existe un regain de tension entre les différentes classes, castes et ethnies. Face à ce scénario catastrophe, une solution : démissionner et partir.

Si on en est là, c’est essentiellement à cause de la politique démagogique et faiblarde pratiquée par les gouvernements successifs depuis l’indépendance. Jusqu’ici, l’enjeu des permutations et combinaisons d’alliances a d’abord été la conquête ou la conservation du pouvoir. Rarement, la mise en œuvre d’une politique nationale responsable. Le dégoût que beaucoup de jeunes expriment au sujet de la situation dans le pays est ainsi avant tout un dégoût de notre classe politique.

On peut dire que ces dernières semaines, celle-ci n’a rien fait pour redorer son image. Des arrangements politiciens ont été conclus afin que chacun conserve son « bout ». Des partis bourrés de transfuges en ont allègrement accusé d’autres de recruter tout ce que le pays compte de rebuts politiques. Des alliances mortes et enterrées redeviennent négociables. Parallèlement, les Jocelyn Grégoire, Somduth Dulthummun et leurs pairs confortent tous ceux qui pensent qu’il faut disposer de parrainages religieux ou éthniques
pour réussir en politique.

Cette situation suscite les mêmes rengaines : « tous les mêmes » ; « nous avons les politiciens que nous méritons ». Cependant, ces phrases reflètent la réalité qui a été engendrée par une double démission. D’abord celle de la classe politique, qui a abdiqué devant la pression de la rue. Ainsi que sa propre incapacité à proposer et mettre en œuvre des programmes politiques courageux, innovants et durables. En face, notre classe pensante s’est résolue à laisser faire les politiques. Par dépit. Et par souci de ne pas se salir les mains en se joignant à la mêlée. Elle s’est lourdement trompée en pensant pouvoir faire une différence en misant sur le Parti travailliste, le MMM ou le MSM. Le « mainstream » politique du pays est dépassé. Il faut désormais hâter sa disparition.

Car politiquement et historiquement, l’émergence d’une nouvelle force politique devient possible. Il faudra toutefois investir le temps et l’effort nécessaires pour aboutir à ce résultat. Entendons-nous bien. Il ne s’agit pas de faire du neuf avec du vieux. On ne peut espérer constituer un mouvement politique neuf à partir d’idées portées par des cadres venus de vieux partis.

De quelles idées parle-t-on ? Le bon sens local reste loin du monde politique. On l’entend chez des travailleurs sociaux et des petits entrepreneurs dynamiques. On l’entend également chez ces professionnels et intellectuels qui pullulent au sein d’ONG écologistes, de clubs service divers et de loges maçonniques. Pourtant, tout ce petit monde inspiré,dynamique et déterminé reste loin de la politique. La peur de se salir les mains est tenace…

Cette classe pensante doit maintenant devenir agissante. Si on y pense,« Women In Politics » est un mouvement qui n’a pas lieu d’être ! La seule catégorie de personnes qui est vraiment mal représentée dans la politique locale, c’est celle des citoyens pensants, non partisans. Et qui ont des idées et la volonté de développer le pays. Mais qui rechignent à s’engager…

Le premier pas vers une nouvelle conscience politique nationale serait une plateforme. Appelons la « Citizens in Politics ». Qui regrouperait toute la classe pensante du pays. C’est cette classe qui doit dorénavant dessiner un projet politique, social et économique pour le pays. En se structurant, en peaufinant ses idées et leur mise en œuvre. Ce mouvement pourrait demain engendrer un ou deux partis politiques qui s’aligneraient enfin selon le seul clivage qui vaille. Les libéraux et les conservateurs : dans les sphères économiques et sociales.

Les grandes révolutions ont toutes été initiées par une poignée de personnes. L’île Maurice pensante n’a-t-elle pas quelques enfants susceptibles de lancer ce mouvement ? Nous osons croire que c’est possible…


D’autres commentaires sur cet éditorial


Tariq Ramadan On Record

Voici une version quasi-complète de l’émission d’aujourd’hui. Tariq Ramadan était l’invité d’On Record. Politique, religion et sujets qui fâchent ont été abordés…


Ramadan extrait 1

Ramadan extrait 2

Ramadan extrait 3


Discours de la méthode

La Fédération des créoles mauriciens (FCM) ne tolère aucun avis discordant sur son action. Ainsi, pour elle, si l’on n’est pas un « apprivoisé » converti à la cause, on est forcément classé hostile. On est l’une de ces personnes œuvrant prétendument pour empêcher le progrès de la communauté créole. Ou pour sauvegarder l’hégémonie de la composante majoritaire de la population. Mais pour que la FCM atteigne sa vision globale d’égalité sociale – à laquelle nous souscrivons d’ailleurs – il lui faut regarder certaines réalités en face. Elle ne le fait pas. Ceci explique sa perte de vitesse. Il nous faut donc rappeler certaines choses.

Première réalité : la FCM commence à inspirer la crainte. Elle n’a pas encore la réputation de la « Voice of Hindu ». Mais il suffit d’écouter ce que beaucoup de nos concitoyens (toutes ethnies confondues) disent de la FCM pour comprendre que l’image de celle-ci est en train de basculer. La Fédération est maintenant assimilée à une organisation socioculturelle défendant les intérêts et cherchant des avantages pour « zot bann ».

C’est en grande partie la maladresse de la FCM dans la formulation de ses revendications qui suscite cette peur. Le tissu social est fragile à Maurice. Et dans un pays comme le nôtre, revendiquer des droits pour soi est un exercice délicat. Car toute demande d’un groupe est automatiquement perçue comme un empiétement sur les acquis des autres. Deux exemples illustrent ce que nous avançons. La revendication des 35 % de créoles dans la Fonction publique.Et l’apprentissage du créole à l’école au motif qu’il est « la langue ancestrale » des créoles.

Ces deux revendications ont été accueillies très tièdement. C’est compréhensible. La FCM s’est contentée de réclamer l’emploi des créoles dans la fonction publique sans suggérer concrètement les moyens d’y arriver. Ce vide a vite été comblé par les conjectures des fonctionnaires en place. « Pour pouvoir faire de la place pour eux, on me virera. Ou alors on empêchera ma fille ou mon neveu d’avoir le job au seul motif qu’il n’est pas d’une ethnie minoritaire. » Ou comment renverser l’insécurité ethnique ! La bourde a été répétée. Au lieu de justifier l’inclusion du créole à l’école par des impératifs pédagogiques, la FCM en a fait une question identitaire. En sous-entendant que le créole est d’abord le patrimoine d’une ethnie du pays. Erreur capitale qui n’a pas plu à ceux qui considèrent que le créole est la langue de tous les Mauriciens.

Deuxième réalité : la place des créoles dans le pays est avant tout une question sociologique. Ethniciser à outrance le débat – comme le fait la FCM – équivaut à fausser les réponses globales qui peuvent améliorer le sort de cette communauté. Voici les faits : les taux de délinquance, de précarité et de scolarisation sont alarmants dans la communauté créole.

Devant ce constat, on a le choix. Soit on décide de mener une politique ethnique ciblée vers cette population défavorisée. Ou alors on met en place des actions globales de lutte contre la pauvreté, d’accès à l’éducation et d’encadrement social. En sachant que ces politiques combinées iront prioritairement aux populations les plus handicapées dans ces domaines : les créoles !

Ce type d’approche permet aux pouvoirs publics de ne pas créer d’illusoires travailleurs sociaux ou spécialistes de la condition créole. Des « je-sais-tout » pouvant aussi bien coacher des parents afin qu’ils comprennent l’importance de scolariser leurs enfants. Encadrer des jeunes inactifs en leur faisant découvrir les possibilités du micro-entrepreneuriat. Ou réhabiliter des prostituées toxicomanes.Ces « jack of all trades » n’existent pas ! D’ailleurs, s’ils existaient, ils seraient « master of none ». Or, la FCM met dans un panier ethnique des problèmes sociologiques disparates en croyant les résoudre avec une approche unique. Ce raisonnement mène à l’échec.

D’ailleurs, pour trouver des solutions, il faut dresser des priorités : troisième réalité ! Toutefois, la FCM semble errer un peu trop sur le terrain de la politique identitaire. En abandonnant au passage celui de l’éducation. Nous en sommes convaincus, l’accès à l’éducation et la formation est la pierre angulaire à « l’émancipation » de la communauté à Maurice. C’est à travers l’éducation qu’une communauté qui se sent marginalisée conquerra sa place dans notre société et sa fierté.

Il n’est un secret pour personne que les écoles en Zone d’éducation prioritaires (ZEP) accueillent majoritairement des enfants issus de familles créoles. Ces ZEP affichent des taux de réussite planchers (parfois de 12 % à 20 %). Or, la FCM n’a pas développé de proposition concrète dans ce domaine. Elle n’a en rien (sauf maladroitement sur la question du créole à l’école) expliqué comment des collaborations transversales – éducation nationale, Eglise, ONG, forces vives, secteur privé – peuvent être mises en place afin de donner plus de moyens d’encadrement humains et financiers à ces écoles.

Il est illusoire de penser à instaurer de l’équilibre dans notre société quand la base même de notre éducation est devenue une machine à créer des inégalités. La FCM doit d’urgence réaliser que l’égalité, elle doit l’instaurer aux premiers échelons du système. Afin d’outiller les jeunes créoles à poursuivre ensuite un long parcours académique. Ou à leur donner suffisamment de compétences de base pour en faire des petits entrepreneurs, ouvriers et citoyens responsables
de demain.

Toutefois, on pourra mettre en place les meilleures politiques nationales pour rétablir l’équilibre, encore faudra-t-il que chacun prenne ses responsabilités. En se fixant suffisamment de discipline et de volonté pour sortir de sa condition actuelle. Cette volonté-là, on l’a ou on ne l’a pas…

D’autres commentaires sur cet éditorial


Les démons de 2010

Ceux qui pensent qu’une alliance Parti Travailliste (PTr)-MSM est déjà conclue ont tort. Tout comme ils ont tort d’accorder trop d’importance à l’entente plus que cordiale entre les sympathisants – et les états-major des deux partis durant la campagne électorale de Moka-Quartier-Militaire. Paul Bérenger et Navin Ramgoolam pourraient anéantir demain le rêve de Pravind Jugnauth de refaire son entrée à l’hôtel du gouvernement.

La campagne électorale de février nous a donné un aperçu de ce à quoi pourrait ressembler celle de la prochaine élection générale. Dans un camp, une alliance fédérant la sympathie de la composante majoritaire de la population. En face, un parti s’attirant certes les faveurs de militants de longue date, mais fonctionnant d’abord comme un aimant pour toutes les minorités et tous les groupes frustrés du pays. La prochaine campagne électorale pourrait se jouer dans une stricte logique « nou bann » contre « bann là ». Personne n’a intérêt que ce scénario se réalise.

Le MSM, et quelques-uns au PTr, diront qu’une plateforme bleu-blanc-rouge est susceptible de générer une large adhésion dans le pays. C’est faux. Cette alliance gagnera sans doute, mais elle sera loin d’égaler celle de 1983. Un trio Anerood-Satcam-Gaëtan dépasse de loin un Navin-Pravind-Xavier. Ce dernier n’est pas, comme son père, le « King Créole ». Une telle alliance serait perçue, par les minorités, comme étant un club fermé et homogène servant d’abord les intérêts de la section majoritaire de la population. S’ils n’ont pas cette perception de prime abord, les soutiens tapageurs et mots d’ordres explicites des « Voice of Hindu », « Mauritius Sanatan Dharma Temples Federation » achèveront de les convaincre du contraire !

Il y a une deuxième possibilité : un MSM-MMM. Malgré toutes les invectives qui ont été lancées de part et d’autre, un rapprochement entre Pravind Jugnauth et Paul Bérenger ne peut être complètement écarté. Pour cela, il faudrait que Paul Bérenger accepte de céder la totalité du mandat du Premier ministre à Pravind et sans doute, à lui proposer un deal 50-50 en terme de tickets. Si Paul Bérenger croit que cette solution est dans l’intérêt de son parti, du sien et dans celui du pays, il consentira à cet hymen.

Mais une joute opposant le bloc MSM-MMM au PTr pourrait être aussi dévastatrice pour la cohésion nationale qu’un affrontement entre les mauves et le bloc MSM-PTr. Les mêmes associations socioculturelles referont surface. Le corps électoral notre société sera encore une fois divisé en deux. Si le PTr perd, il pratiquera une opposition démagogique. Attaquera Pravind Jugnauth qui sera lui aussi devenu un « pantin » ou « l’homme » de Bérenger. Ce dernier sera diabolisé pour mieux faire peur à une bonne moitié de la population. Retour à la case départ.

navinberenger

Puis reste la solution PTr-MMM. Les proches de Bérenger affirment que l’homme n’aurait aucun souci à retravailler avec Ramgoolam. D’ailleurs ce dernier n’a jamais caché sa sympathie pour son « ami » Paul. Mais ce ne sont pas les affinités personnelles qui pourraient amener les deux hommes à conclure une nouvelle alliance rouge-mauve.

Ce sera une alliance de raison. Un regroupement permet aux deux partis de complémenter leur force respective. Le rouleau compresseur rouge dans le « hindu belt » des circonscriptions rurales d’un côté, l’assise mauve à Port-Louis et dans les autres villes de l’autre. En 2009 et 2010, le pays subira les premiers vrais effets de la crise financière internationale. Il faut se préparer pour y faire face. Et l’une des étapes pour y arriver, c’est de faire taire les dissensions et les clivages sociétaux. De vivre le temps d’affronter la crise dans une démocratie apaisée.

Pour que l’apaisement soit total, il serait souhaitable que le MSM se joigne à cette équipe afin qu’un gouvernement d’unité nationale se dessine. Mais nous pensons que cette possibilité est incertaine. Car dans un triumvirat, un autre jeu de pouvoir s’installera. Il y a fort à parier que l’ambitieux Pravind Jugnauth, convaincu qu’un destin national l’attend, ne se contentera de rien de mieux que la deuxième place du gouvernement. Une position qui, électoralement, politiquement et symboliquement, ne peut revenir qu’à Bérenger. Ce gouvernement d’unité là, est à bien des égards, impossible à goupiller. Incapables de s’entendre entre eux, les lieutenants du chef Navin auront tôt fait de le faire imploser …

Reste le « timing ». Avons-nous le loisir d’attendre mi-2010 pour apaiser notre société ? Les défis de 2009 et 2010 sont socio-économiques. Mais des démons puissants nous empêcheront d’atteindre nos objectifs. Ces démons s’appellent sectarisme, clientélisme et malaise des minorités.

Un homme a des clés en main. Beaucoup de clés. En décidant de ramener les élections générales à 2009 et en acceptant de les briguer au sein d’une plateforme d’unité, il donnera toutes les chances au pays et à la population de passer le cap des deux à trois années très difficiles qui nous attendent. La clé, c’est Ramgoolam qui la détient. A moins qu’il ait décidé, depuis lundi dernier, de vivre dans l’illusion qu’une alliance bleu-blanc-rouge suffirait à apaiser le pays. Il aurait tort…


« Karwa Sach »

Notre éditorial de la semaine dernière nous a valu de nombreux commentaires positifs. Venant aussi bien de lecteurs que de représentants d’organisations luttant inlassablement pour empêcher la propagation du VIH. Nous nous en félicitons. Toutefois, ce que nous écrivions n’était pas adressé à un public de convaincus. C’est donc avec beaucoup d’intérêt que nous avons lu et écouté les réactions de la « Mauritius Sanatan Dharma Temples Federation » (MSDTF) et de la « Voice of Hindu ». Deux des organisations dont nous dénoncions la léthargie face à la propagation du virus au sein de la communauté majoritaire.

Il y a un temps pour dénoncer. Il y a un autre temps pour proposer des stratégies de lutte contre la maladie. Mais avant de faire cela, il nous faut répondre à quelques critiques qui nous ont été adressées injustement. Ainsi la MSDTF, lors d’une conférence de presse cette semaine, se demande si nous avons un « hidden agenda ». Nous confirmons. Nous avons bien un agenda… il n’est pas caché. C’est celui d’informer ! Celui de prévenir les esprits bornés et rétrogrades contre les dangers de nier la propagation accélérée du VIH parmi la communauté majoritaire.

D’ailleurs, nous avons bien parlé de propagation du virus. Et non pas affirmé, comme le dit la MSDTF, que c’est la communauté hindoue « qui est la plus infectée par le SIDA ». Cette organisation ainsi que les excités de la « Voice of Hindu » nous ont reproché de ne nous être pas suffisamment informés et documentés avant de formuler notre opinion. L’accusation est sans fondement.

Nous ne sommes pas experts en matière de VIH. Par conséquent, ce que nous avons dit la semaine dernière et ce que nous allons avancer plus loin… tout a été vérifié et contre vérifié auprès des associations et organismes luttant contre le sida. Ce sont eux les experts. Nous nous sommes donc fiés à leurs paroles, constats et statistiques pour nous forger une opinion. La MSDTF nous accuse de ne pas l’avoir contactée avant d’écrire l’article en question. C’est vrai !

Mais nous avons justement choisi de demander aux ONG spécialisées d’évaluer l’implication des organisations socioculturelles sur le terrain. Et leur constat a été des plus sévères. Cette semaine encore un responsable d’ONG nous affirme que « le vrai danger viendra de la communauté hindoue », tant que ses membres et les dirigeants de ses associations refuseront de commencer un vrai travail de terrain.

Mais arrêtons les attaques et accusations pour émettre des critiques constructives. La MSDTF rappelle que ses pandits ont reçu une formation sur le VIH. Le Conseil des religions nous a également expliqué que depuis janvier 2007, des sessions de sensibilisation ont été effectuées auprès des « pandits ». Nous avons même été agréablement surpris d’apprendre que certaines associations ont proposé d’inclure un module d’enseignement sur le VIH dans les cours offerts à leurs futurs prêtres. Ce sont des pas dans la bonne direction. Mais ils demeurent insuffisants.

Ce que la MSDTF et les autres associations ne semblent pas vouloir comprendre, c’est que ce type d’action n’est pas suffisamment efficace. Nous avons assisté à nombre de mariages et cérémonies religieuses hindous. Et jamais nous avons entendu un seul prêtre évoquer la question du sida. Nous les comprenons. Ce n’est pas en plein « pravachan » (prêche religieux) qu’un « acharya » expliquera la nécessité de porter des préservatifs. Tout comme aucun pandit ne profite de la fin d’une cérémonie de mariage pour discourir sur la nécessité de procéder à des tests de dépistage.

La seule méthode qui vaille, c’est le terrain ! Et nous persistons à dire que les organisations hindoues n’y sont pas présentes. Nous nous félicitons de l’annonce de la MSDTF sur le fait qu’elle lancera bientôt une campagne nationale d’envergure sur le VIH. Il faut que l’« Arya Sabha » et d’autres associations lui emboîtent le pas. En se souvenant que ce ne sont pas quelques prêches auprès de quelques notables de quartiers qui marcheront.

Il faut qu’elles parlent directement aux jeunes des villages reculés de Pamplemousses ou de Savane. Pour leur expliquer qu’un préservatif ne sert pas qu’à prévenir les grossesses. Mais aussi à ne pas contracter les maladies sexuellement transmissibles. Il faut que ces associations parlent crûment et concrètement des comportements à risque. Tout en encourageant, pour ceux qui le désirent, la possibilité de se faire dépister. Et en dédramatisant le test.

Non, tout n’est pas en train d’être fait. Oui, les associations hindoues sont toujours dans le registre du déni. La semaine dernière nous avons étalé une « Karwa Sach », une dure réalité. S’il faut qu’on dise les choses aussi crûment pour que la MSDTF et les autres sortent de leur torpeur, nous ne pouvons que nous en féliciter. « Jagte Raho » !

publié le 14 septembre 2008


« Jagte raho »

Cette expression en hindi veut dire « restez éveillés » ou « soyez vigilants ». Nous l’utilisons aujourd’hui car, au final, ce décryptage s’adresse d’abord à un groupe de Mauriciens. Issus d’une même communauté, d’une seule ethnie. Nous généralisons à peine, en disant que des hindous, à force de dire « dan nou pena sa », vont finir par propager, malgré eux, la terrible maladie du sida !

Il faut tirer la sonnette d’alarme. Il faut réformer beaucoup de ces esprits bornés et rétrogrades qui pensent que seuls les barbus toxicos et les crépus marginaux ont, ou risquent, d’attraper le virus. La réalité du terrain leur donne tort. Voici les faits. Ils feront peut-être sursauter la bourgeoisie hindoue bien-pensante des beaux quartiers de Quatre-Bornes et de Terre-Rouge. Il y a actuellement huit cas recensés de collégiens séropositifs dans une « Star School » des Plaines-Wilhems. Ils sont tous hindous !

Les organisations responsables de la lutte contre la propagation du VIH ne savent pas quoi faire. Elles sont gênées d’avouer la vérité ouvertement. Gênées de dire que la communauté hindoue se montre hermétique à toute tentative de dialogue pouvant mener à l’instauration d’une campagne de sensibilisation ou de dépistage d’envergure dans certaines poches rurales ou au sein des communautés hindoues urbaines.

Autour du VIH, le silence des associations socioculturelles hindoues est assourdissant. D’habitude, elles proposent leurs avis, sans être sollicitées, sur des tas d’enjeux économiques et sociaux. Mais là, c’est le mutisme.

La « Sanatam Dharma Temples Federation », le « Rajput Gahlot Sabha » ou les excités de la « Voice of Hindu » ont perdu leurs langues. Même les progressistes de l’« Arya Samaj » se montrent timorés. Ils doivent vraiment croire que « dan nou pena sa ». Mais encore une fois, les comportements et l’évolution des faits observés sur le terrain doivent les rappeler à l’ordre. Voici pourquoi.

Le 15 juillet 2007, la directrice de PILS, Audrey d’Hotman, révélait dans « l’express-dimanche » que le « sida est entré dans les collèges ». Elle évoquait alors pas moins de quatre cas recensés. En un peu plus d’un an, ce chiffre a doublé. Et tout indique qu’en fait il n’y a pas huit cas de collégiens porteurs de VIH, mais bien plus. Ceux-ci n’ont pas encore été dépistés car les établissements concernés et surtout les parents des jeunes de ces collèges font barrage. Affirmant encore une fois… « dan nou pena sa » !

Mais « dan nou ena sa » ! Car aussi bien les ONG luttant contre le sida que l’« Aids Unit » constatent des comportements à risques chez ceux qui se croient immunisés contre le fléau. Des collégiens se shootent à 16 ans ou vivent déjà une vie sexuelle débridée à 14 ans. De nombreux Manoj, Vijay ou Prakash vont voir les dames du Jardin de la compagnie ou d’ailleurs dans le pays. Ceux-là rentrent souvent à la maison pour transmettre le virus à leurs compagnes.

Il n’est vraiment plus l’heure de faire semblant de ne pas voir les problèmes. Il s’agit d’agir, PILS, et d’autres ONG, l’« Aids Unit » doivent tous pouvoir s’approcher et travailler avec la communauté majoritaire. Personne ne mérite de vivre avec le virus. Mais malheureusement, à cause de l’ignorance ou de la stupidité de certains, une part énorme de la population ne saura pas que le virus se propage insidieusement et rapidement parmi elle. Si rien n’est fait, le réveil sera brutal. Il sera trop tard pour prévenir la catastrophe. Car il faudra alors vivre et mourir avec…
publié le 7 septembre 2008


Voice of crétins

La nature humaine est parfois prévisible. Tout comme la petitesse d’esprit qui caractérise certains de nos compatriotes. Nos hommes politiques – dont le premier d’entre eux, Navin Ramgoolam, le Premier ministre – ne sont pas des devins. Mais cela ne doit nullement les empêcher de savoir que certains types de comportements engendrent des dérapages. Et que les incartades répétées d’un groupe sectaire finissent irrémédiablement par mener à la naissance ou à l’intensification des activités d’autres groupes similaires. Mais il n’est jamais trop tard pour réagir. Nos politiques doivent apprendre de ce qui se passe actuellement avec la « Voice of Hindu » (VOH). Et en tirer les conclusions qui s’imposent.

Oui, nous sommes cyniques, en pensant que le fait que la VOH arrête la distribution de méthadone dans un hôpital ne doit être qu’une considération secondaire du débat. Cet incident doit servir de prétexte pour examiner l’état de santé des mouvements sectaires dans le pays. Et la manière dont le pouvoir et les partis politiques continuent ou pas à leur accorder une légitimité plus ou moins grande.

D’abord, examinons la dynamique actuelle du mouvement sectaire dans le pays. Cette semaine, nous avons appris que le groupuscule « Zamzam » s’est ragaillardi en prévenant que si VOH et La Voix Kreol défendent ardemment les intérêts de leurs communautés respectives, Zamzam se ferait désormais un devoir de défendre « par tous les moyens » les intérêts de la communauté musulmane. Si cela ne ressemble pas à une escalade, il faudrait qu’on nous explique ce que c’est !

Nous l’avons rappelé ici, d’autres commentateurs l’ont fait ailleurs : c’est le pouvoir – et notamment l’actuel Premier ministre et son prédécesseur, Paul Bérenger – qui a permis d’asseoir la fausse légitimité des groupes sectaires comme la VOH. Bérenger s’est fait un devoir de répondre à leurs invitations durant son « priministership ». Ramgoolam s’est montré tout aussi bienveillant. En remarquant, lors d’un entretien accordé à « l’express » en avril, que « le système est ainsi ». Qu’il n’allait pas « se mettre à dos ces gens-là » en n’assistant pas à leurs fonctions. Le Premier ministre conclut en espérant que « les choses vont changer avec le temps ». Il a tort. Nous attendons justement qu’il fasse changer les choses. Par son action et son attitude. Vite.

« Je ne vais pas tolérer quiconque voulant prendre la loi entre ses mains. » Voici donc l’insipide réponse du Premier ministre suite aux agissements de la VOH ! Belle déclaration passe-partout ! Selon nous, le PM devrait la garder au chaud. Car il ne devrait avoir aucune difficulté à la ressortir si jamais un habitant de Rivière-des-Anguilles ou de n’importe où dans le pays passe deux flics à tabac en protestant de l’arrestation – qu’il considère injuste – de son voisin. Non, nous attendons plus du Premier ministre !

Nous attendons que Ramgoolam dise qu’il n’accorde plus aucune crédibilité à tout groupement de défense d’intérêts sectaires. Et qu’il ne compte donc pas en faire des interlocuteurs privilégiés dans son action politique. Nous attendons qu’il annonce que la police sévira durement contre toute incartade ou manifestation illégale de mouvements de ce type. Nous nous attentons à ce qu’il annonce qu’il ne participera plus à aucune activité organisée par des mouvements sectaires et que de surcroît, ceux-ci seront désormais « persona non grata » au bâtiment du Trésor. Bref, nous nous attendons qu’un véritable cordon sanitaire soit installé entre l’hôtel du gouvernement et les esprits rétrogrades qui animent les mouvements sectaires.

Toutefois, plus que jamais, Ramgoolam gagnerait à se montrer soupçonneux. Etonnamment, il faudrait qu’il se méfie en premier lieu de ces organisations socioculturelles « légitimes » qui condamnent avec véhémence l’action de la VOH. En se lançant au passage dans de grandes envolées pour démontrer à quel point elles sont adeptes de l’« ahimsa » et œuvrent pour le bien-être de tous les citoyens de la République.

Mais nous connaissons la réalité. Toutes les associations socioculturelles vivent et développent leur puissance et leur influence en s’appuyant sur leur proximité avérée ou prétendue avec le pouvoir. Irrémédiablement, une fois adoubées par le pouvoir en place, elles se transforment en groupes de pression qui croient pouvoir décider de ce qui peut être affiché sur un « billboard », lu dans des bouquins ou fait dans nos chambres à coucher.

Non, si Ramgoolam veut se défaire du sectaire, du socioculturel ou socioreligieux, il gagnerait à transformer les organisations non extrémistes en simples partenaires culturels. Dont les interactions avec le gouvernement se limiteraient à l’organisation de telle fête culturelle ou religieuse. Cela devrait leur convenir comme boulot !

publié le 6 juillet 2008


Plateformes utiles

Du « pa mo tousel ki fer sa », « ki dimounn pou dir ? » et un soupçon de paranoïa. Nous avons vu tout cela dans certaines réponses du Premier ministre. L’entretien publié hier par « l’express samedi » aide à cerner davantage sa manière d’appréhender le paysage politique et social du pays. Navin Ramgoolam, qui se dit volontiers combatif, un tantinet anticonformiste et homme de conviction, se révèle limite versatile.

Et c’est un fait établi. Pour ceux qui le connaissent personnellement, Ram-goolam n’est pas un sectaire. Il ne croit pas que certains citoyens méritent plus d’attention que d’autres sur le seul critère de leur ethnie ou leur appar-tenance religieuse. Pourtant, le PM accourt à toutes sortes de manifestations organisées par tout ce que le pays compte d’organisation socioreligieuses, voire carrément sectaires.

Pourquoi ne pas mettre un peu plus de distance ? Les Anglais pensent que « familiarity breeds contempt ». Pas faux. Ramgoolam devrait savoir qu’à trop fréquenter ces groupes, il court le risque de leur faire croire qu’il est personnellement sensible aux thèses et pratiques – parfois dangereuses – que certains d’entre eux défendent. Pourtant, le Premier ministre s’obstine à maintenir cette proximité.

Une rupture s’impose. Il est temps que Navin Ramgoolam marque sa distan-ce et qu’il le dise. Mais le PM part dans une explication abracadabrante pour expliquer son incapacité à s’éloigner du socioreligieux. Il se montre même démissionnaire en rejetant la faute sur les autres.

Navin Ramgoolam fait remarquer que Paul Bérenger, quand il était Premier ministre, organisait des réunions à son bureau avec la « Voice of Hindu ».

Il trouve que le « système est ainsi » et que donc, les Premiers ministres doivent assister à des fonctions socioreligieuses ou ethniques jusqu’au moment où tout le monde s’accordera à dire que ça ne doit plus être le cas. En attendant, tout PM court le risque « de se mettre à dos ces gens-là » s’il n’assiste pas à leurs fonctions. Dans un bel exercice de langue de bois, Ramgoolam pense toutefois que « les choses vont changer avec le temps ». On a du mal à croire que c’est Ramgoolam, l’homme de conviction, qui parle…

Pourtant, de la conviction, Navin Ram-goolam en affiche autrement. Notam-ment dans sa persistance à croire qu’il y a « une certaine injustice dans la façon » dont la presse le traite.

Il s’égare même dans une thèse fumeu-se, qui, si on la résume, revient à dire que l’ensemble de la presse mauricienne est à la botte de Bérenger et qu’elle est manipulée par lui. Que penser de cette manière de voir ? Est-ce la naïveté ? De la mauvaise foi ? Non, surtout de la paranoïa !

Pour tenir ce genre de langage et nourrir cette théorie du complot, il faut s’adresser à des foules réceptives. Elles aussi un peu paranoïaques sur les bords. Ramgoolam retrouve ces auditoires lors de rassemblements socioreligieux ou ethniques. Durant lesquels on se différencie des autres parce qu’on est de telle caste, de telle communauté ou de telle religion. Ceux qui se retrouvent ainsi entre « zot bann » sont toujours friands de théories du complot. Toujours prêts à entendre les histoires toutes faites sur les propos racistes de celui-ci, ou le comportement insultant ou déloyal de celui-là. De quoi justifier encore un peu plus le repli sur soi, sur sa communauté ou sur sa caste !

Ramgoolam a besoin de participer aux rassemblements socioreligieux et sectaires pour atteindre cet auditoire.

En distillant ce genre de discours là. Parce que ses mêmes propos fielleux et tendancieux – prononcés ailleurs devant des parterres de fonctionnaires, de syndicalistes, de diplomates ou d’hommes d’affaires, passeraient très mal. Participer aux grands-messes socioreligieuses l’arrange finalement.

Il serait honnête de l’avouer…

publié le 6 avril 2008


Ramgoolam, ce grand fan de « Rezistans ek Alternativ »

Il y a de quoi se réjouir. La bonne nouvelle de la semaine, c’est que le mouvement « Rezistans ek Alternativ » a converti Navin Ramgoolam. Parlant après une conférence sur l’évolution de notre Constitution jeudi, le Premier ministre a affirmé que « la représentation communale est dépassée », et qu’il fallait faire « table rase » des pratiques du passé. Quelle lueur d’espoir !

Au moment des célébrations des 40 ans de l’indépendance, il faut rappeler que notre République ne considère pas tous ses enfants de la même manière.

La Constitution divise la population entre « Hindous », « Musulmans », « Sino-mauriciens », et cette sous-catégorie fourre-tout et qui ne veut rien dire appelée « Population générale ».

Mais peut-on légitimement penser que la section 31 (2) de la Constitution subira de profonds changements dans un futur proche ? Va-t-on enfin se débarrasser de cette aberration qui consiste à catégoriser les citoyens de notre République selon leur « mode de vie » ? Et cesser d’élire huit de nos députés selon cette catégorisation ?

Le mouvement « Rezistans ek Alter-nativ » avait pris les devants en contestant l’existence du « Best Loser System » (BLS) et de la classification des Mauriciens en communautés auprès de la Cour suprême en 2005. L’arrêt du 10 juin de cette année, pensaient certains, sonnait déjà le glas de notre BLS. Mais la Cour suprême a fini par revoir sa position. Le « succès » a été vite relativisé. La campagne autour de la reconnaissance de l’identité créole par notre Constitution a même relégué le noble combat de « Rezistans ek Alternativ » aux oubliettes.

Il ne s’agit pas ici de s’en prendre au père Jocelyn Grégoire, homme d’église, accessoirement président de la Fédé-ration des Créoles Mauriciens (FCM). Dont on ne sait pas, d’ailleurs, s’il est encore prêtre, ou s’il est désormais tout entier dévoué à sa carrière naissante de chef de parti politique. Voire de chef de parti ethnique !

N’empêche, on peut comprendre le début du raisonnement derrière la revendication de Grégoire et de la FCM. Si la République doit catégoriser ses enfants, qu’elle le fasse bien au moins. Qu’elle ne dise pas ce que SONT trois groupes ethniques du pays. En décrétant, au passage, que tous les rebuts de ces trois groupes font partie de la « Population générale ». Dans l’absolu, demander qu’on débaptise ce groupe pour l’appeler « Creole and other Christians » dans la Constitution est justifiable.

Mais cette revendication, loin d’unifier la population, institutionnalise davantage les clivages identitaires. C’est en cela que le positionnement de « Rezistans ek Alternativ » est de loin plus républicain que celui de Grégoire et de la FCM. Toutefois, aussi républicaine qu’elle soit, la demande de « Rezistans ek Alternativ » n’a obtenu qu’un soutien tiède des grands partis politiques.

Y compris du parti du Premier ministre. Pis, à l’occasion du dernier Festival Créole en décembre dernier, Ramgoolam a carrément affiché « toute sa sympathie » à la cause du père Grégoire. En expliquant ne pas comprendre ce que signifie Population générale et en affirmant qu’un « créole doit être reconnu en tant que tel ».

À ce moment-là, notre BLS et notre honteuse classification communautaire semblaient avoir de beaux jours devant eux. Mais trois mois plus tard, Ramgoolam semble avoir radicalement changé sa manière de penser sur la question. Comme touché par une illumi-nation ! Voila que le BLS et la section 31 (2) se retrouvent en voie d’extinction. Il faut saluer ce développement…

Toutefois, on ne peut pas s’empêcher non plus de rechercher des raisons à ce revirement. Et en cherchant bien, on remarque une séquence assez troublante. En fin de semaine dernière, Jocelyn Grégoire, coiffant sa casquette de politique, déclare, dans plusieurs titres de presse son intention de sou-lever la question de l’accession du « Deputy Commissioner of Police », Jean Bruneau, au grade de commissaire. Alors même que c’est Dhaneswar Ram-persad qui est donné pour favori à ce poste, à la suite du probable départ de Ramanooj Gopalsingh.

Ramgoolam, c’est connu, n’aime pas être mis sous pression. A-t-il donc chan-gé son positionnement sur la question de l’identité créole dans la Constitution pour envoyer un signal ? On peut être amené à la penser. Il a pu vouloir rappeler à Grégoire, à travers sa déclaration, que c’est lui qui dictera l’agenda d’un éventuel changement constitutionnel. Et qu’à ce titre, on gagnerait à témoigner un peu plus de respect par rapport à son autorité et ses choix de collaborateurs, a fortiori celui d’un futur commissaire de police.

Ce qui précède n’est qu’une interprétation de la séquence que nous avons constatée. Nous préférons encore croire que Ramgoolam a été frappé d’une illumination salutaire. Durant laquelle il s’est rendu compte que la section 31 (2) de la Constitution doit être modifiée. Si la déclaration du Premier ministre n’est pas motivée par des raisons politiciennes, celle-ci n’en a que plus de valeur. Et il faut alors, qu’avec impatience, on attende que Ramgoolam traduise ses paroles en actes. Ce serait un beau cadeau qu’il ferait au pays et à ses citoyens durant l’année des 40 ans d’indépendance de Maurice.

publié le 9 mars 2008


Festival Amizé

L’année dernière, écrire, à l’occasion du premier Festival International Kreol, que nous étions « tous créoles », nous avait valu des critiques acerbes. De ceux, qui avaient vu dans notre démarche, une volonté de nier l’identité d’une partie de la population. Depuis, la Fédération des créoles mauriciens, menée par le prêtre Jocelyn Grégoire, est née. Une revendication a été faite pour que la Constitution et les lois électorales reconnaissent la communauté créole en lieu de la « population générale » – ce magma qui ne veut rien dire.

Depuis, une Commission Justice et Vérité a été instituée pour aider une communauté à mieux connaître ses racines et son parcours afin de pouvoir mieux appréhender son avenir et sa place dans notre société. Les défenseurs d’une approche avant tout ethnique de la « créolité » doivent sans doute se réjouir de ces développements. Ainsi que du discours du Premier ministre hier, lors de l’ouverture du festival, durant lequel il s’est déclaré favorable à la reconnaissance de la communauté créole par la Constitution. Autant pour les symboles. Autant pour les discours politiques. Et l’affirmation d’une identité. Intéressons-nous maintenant à la forme, plutôt qu’au fond de ce second festival.

Paradoxalement, à notre sens, la seconde édition du Festival Kreol, a justement perdu presque totalement de sa dimension identitaire. Ce n’est pas un festival organisé pour célébrer les créoles de Maurice, ni d’ailleurs. C’est une fête pour touristes ! C’est à un « Festival Amizé » que nous sommes tous conviés cette année. Un événement touristique vendable. Dont on peut parler à profusion dans les dépliants chez les tour-opérateurs. Un événement conçu et vendu pour les touristes.

Déjà la cérémonie d’ouverture résume à elle seule l’esprit dans lequel le festival est organisé. On voit rarement le Premier ministre, ainsi que ses plus importants ministres, se pavaner « avek enn sapo lapay lor latet » sur une estrade durant une cérémonie officielle. Nous n’avons rien contre le fait qu’ils soient en « sapo lapay ». Mais hier, on a plutôt eu l’impression qu’une mise en scène avait été prévue pour servir du pittoresque et du cliché aux journalistes étrangers qui sont actuellement au pays pour couvrir l’événement.

On donne à voir au monde ce qu’il s’attend à trouver chez nous.

Le regard que portent les étrangers venant de nos principaux marchés touristiques sur notre île, sa population et sa culture est très étriqué. Avant qu’ils ne découvrent le pays, Maurice est le plus souvent, pour eux, une minuscule île, plutôt pauvre, peuplée de métisses qui vivent le plus souvent d’activité agricole ou de pêche. Le cliché absolu ! Ce n’est qu’en foulant notre sol qu’ils découvrent la complexité de l’identité locale.

Or, le festival ne cherche pas vraiment à révéler une identité locale. Si nous devrions la décrire. Nous dirions plutôt que ce second festival célèbre les îles tropicales qui ont le métissage en partage. Le programme semble le démontrer. Des poètes de la Réunion, un jazzman de la Guadeloupe, un groupe populaire seychellois. C’est un festival des cultures métissées.

Et pourquoi pas ? Au final, on n’a pas besoin d’un festival pour célébrer une identité « créole » nationale. L’identité, il faut la vivre, la consolider tous les jours. Finalement, c’est sain que le festival perde de sa coloration purement identitaire ! Pour ne devenir qu’une fête durant laquelle les touristes découvrent une part de la culture locale et d’ailleurs. Et aussi durant laquelle, les Mauriciens, tous créoles, s’amusent au son des musiques d’ici et d’ailleurs. Et de la poésie et de l’imaginaire que nous apportent des cousins venus de loin.

Publié le 2 décembre 2007


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