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Non à l’avortement…

C’est assez rare pour être souligné. Le gouvernement a démontré un courage certain ce vendredi. En annonçant son intention de modifier notre code pénal afin de légaliser les interruptions volontaires de grossesse (IVG) dans certains cas. Une fois déposé à l’Assemblée nationale, le projet d’amendement devra être débattu, voté, puis promulgué. Autant dire que le changement n’est pas imminent. Entre-temps, les militants anti-IVG vont bruyamment se faire entendre pour tenter d’empêcher cette avancée législative et sociale. Aidons-les donc par avance. Explorons la palette du non… Non à l’avortement parce que le Tout-Puissant est juste. Les tsunamis et les accidents mortels, les meurtres… et les grossesses, même celles de gamines de 12 ans, sont ses œuvres. Qui sommes-nous donc pour les contrarier ? Non à l’avortement car une alternative miraculeuse existe. La femme qui tombe enceinte à la suite d’un viol, ou l’adolescente victime d’un proche incestueux n’ont qu’à attendre patiemment la fin de leur grossesse pour ensuite donner l’enfant à adopter. Simplissime, n’est-ce pas ? Non à un cadre légal régissant l’IVG parce que cela aide le commerce. Les femmes des milieux aisés peuvent, en toute discrétion, recourir aux services coûteux de diverses cliniques privées du pays ou de certains médecins « spécialisés ». Toutes les autres, notamment de la classe ouvrière, n’ont qu’à se faire prendre en charge dans une officine de quartier où le « traitement » peut se faire avec une baleine de parapluie ou d’obscurs médicaments et décoctions. Peu importe si ce type d’intervention mène à des septicémies mortelles… Non à l’avortement, car les adolescents sont crédules et peuvent tous être amenés à croire que l’abstinence est la seule solution pour ne pas avoir d’enfants. Pas besoin, du coup, de lancer des cours d’éducation sexuelle dès la fin du cycle primaire. Même si les adolescents ont leur premier rapport sexuel de plus en plus précocement, on pourra toujours leur dire qu’il est inutile d’être sensibilisés par rapport aux différentes méthodes de contraception et à la sexualité en général. Car n’oublions pas, l’abstinence règle tous les problèmes ! Non à l’avortement, parce que le statu quo actuel permet aux politiques de rester dans les bons cahiers des associations socioreligieuses. Le soutien de celles-ci étant fort utile dans certaines circonstances, il ne vaut pas la peine de se les mettre à dos pour une peccadille comme la question de l’avortement. Qui est tout sauf un problème de santé publique grave. Les politiques progressistes comme Nita Deerpalsing, Satish Faugoo, Aurore Perraud, Steve Obeegadoo ou Leela Devi Dookun-Luchoomun n’ont donc qu’à la fermer. Les opposants à l’IVG ont toutefois tort de penser qu’il leur sera facile de fausser le débat à l’aide d’un répertoire de langage prêchi-prêcha et en faisant appel au sens moral des députés et de leurs concitoyens. Car la question de l’IVG n’est pas une question morale. Mais concerne plutôt la santé publique et la faculté de l’Etat à encadrer et à protéger des femmes en détresse ou dont la santé pourrait être mise en danger lors de leur grossesse. Plus généralement, ce débat concerne les droits humains et la possibilité qui est donnée aux femmes de gérer leur vie. Il est donc sain que les Mauriciens participent pleinement au débat sur le projet de loi qui est en préparation. Sur le terrain virtuel, le débat est déjà bien enclenché et se déroule de manière civilisée. Le groupe Facebook de l’express dimanche a ainsi accueilli plus de 200 commentaires sur la question depuis vendredi soir. Mais les discussions doivent désormais gagner le grand public. Les anti-IVG ont bien évidemment le droit de défendre leur opinion. Mais il leur faudra savoir qu’un nombre grandissant de Mauriciens considère que le statu quo ne peut plus prévaloir sur la question de l’IVG. Il est donc temps de dire non à l’avortement… du débat.

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Un petit quiz visuel

Question du jour…

Est-ce que ce A…

veut dire la même chose que celui-ci …

Lui-même porteur de la même signification que celui-là …

Alors ???

Si je vous pose cette question, c’est parce que le nouveau logo du groupe Facebook Wanted : 15,000 youngsters to save our future m’intrigue un peu. En effet, le mouvement semble avoir adopté depuis récemment le logo ci-dessus comme nouvelle photo de groupe. Or, si je ne me trompe pas, ce symbole est celui des mouvements anarchistes. L’anarchisme est une philosophie politique tellement méconnue et incomprise qu’on lui attribue des objectifs parfois très divergents.

Alors, je vous pose la question: après sa phase de démagogie mâtinée d’un peu de star system,  le mouvement Wanted a-t-il pris un tournant plus anarchiste? Et d’ailleurs, si c’est effectivement le cas, de quel courant de l’anarchisme se réclament donc nous jeunes et intrépides sauveurs de la République ?


Le pacte des loups

Il flotte comme un parfum de scandale. Celui « du siècle », le rachat de la clinique Med Point par l’Etat, monopolise quotidiennement la une des journaux. Depuis samedi dernier, un autre – « méga » celui-là – a été mis au jour. Il serait lié aux conditions d’octroi d’un bail de 99 ans au développeur indien du projet Neotown. Le MMM, en grand inquisiteur de la morale politique, entend établir que le gouvernement a fauté dans les deux cas. Toutefois, ce que le parti de Bérenger ne démontrera pas, c’est l’existence d’une collusion vieille de quelques décennies. Un pacte des loups qui réunit toutes les grandes formations politiques du pays. Sa finalité : préserver la loi du silence autour de la fortune et du financement des grands partis.

Le Parti travailliste, le MMM et le MSM ont épousé la doctrine Mutually Assured Destruction (MAD). Pendant la guerre froide, le raisonnement MAD était le bon sens même : quand deux nations possèdent l’arme nucléaire, aucune ne prend le risque d’attaquer l’autre. Car la riposte qui s’ensuivrait mènerait à la destruction des deux belligérants. Il en va de même pour le financement politique.

Pour avoir frayé les uns avec les autres, les partis, surtout leurs leaders, ont une connaissance intime des sources de financement du système politique. Mais le pacte des loups impose le silence. Si, sur les caisses à savon, personne ne se prive d’indiquer la proximité de tel cador avec telle entreprise ou homme d’affaires influent, personne ne se hasarde à dire ce qu’il sait. On suppute sans dénoncer des faits.

Confronter les dispositions de la Representation of the People Act (RPA) aux réalités d’une campagne électorale aide, toutefois, à illustrer le flou total qui entoure l’argent des partis. La RPA fixe une dépense maximale autorisée de Rs 450 000 par circonscription pour les trois candidats d’un bloc électoral. Ce dernier dépense donc a priori Rs 9 millions lors d’un scrutin national. Or, les cadres des grands partis avouent volontiers que le budget d’une circonscription démarre plutôt à Rs 4 millions de nos jours.

Cela porte les dépenses réelles de chaque bloc électoral à Rs 80 millions minimum. Si l’on y additionne les frais encourus pour les événements nationaux de chaque camp – présentation des candidats, conférences de presse, grands meetings et campagne de communication –, la note devient vite astronomique. Plus proche de Rs 200 millions que des Rs 18 millions autorisées !

D’où provient l’argent ? Pas de la cotisation annuelle des adhérents. À raison de Rs 100 par membre, le PTr ou le MMM devraient en recruter des dizaines de milliers pour réunir ne serai-ce que le quart des sommes en jeu. Pourtant la machine tourne, pendant et en dehors des campagnes électorales.

Si un club de carrom à Quartier-Militaire doit rendre des comptes sur ses finances au Registrar of Associations, aucune obligation de la sorte ne pèse sur les partis politiques. Une opacité totale règne sur leur patrimoine foncier et leur argent. D’ailleurs, celui-ci est-il déposé au nom des leaders ou des mandataires ? Sur des comptes locaux ou étrangers ? A travers des hommes du parti ou des chauffeurs transformés en porteurs, le temps d’un voyage en Suisse ?

Avant les campagnes électorales, les bailleurs de fonds se pressent aux portes des partis. Plus une formation donne l’impression d’être en position de gagner, plus le soutien des bailleurs devient zélé. Ceux-ci se comptent en dizaines, et remettent des sommes à six chiffres – souvent sept – en mains propres aux leaders. Les rentrées d’argent sont tellement massives que ces leaders peuvent se permettre des coups d’éclat. Comme ce « met li dan to f*** » lancé à l’un des plus importants représentants de Mauritius Inc venu remettre sa « contribution ».

Ce type d’arrogance – ou de désinvolture – trouve son explication dans le fait que Mauritius Inc n’est pas seule à financer notre monde politique. Foreign Investors Inc y participe également. Au nom de l’éternelle reconnaissance qu’elle éprouve envers les politiques locaux chaque fois qu’un projet important reçoit l’aval des autorités.

Si Mauritius Inc se montre généreuse en roupies, la générosité de Foreign Investors Inc se mesure, elle, en dollars. Et il suffit de compter les milliards de dollars investis dans le pays ces 30 dernières années pour se faire une idée du pourcentage de « générosité » qui a pu être reversé, pour financer des campagnes électorales, voire garnir des comptes et des patrimoines personnels.

Mais chut ! Même si la conclusion est évidente, inutile d’attendre de nos partis politiques qu’ils dénoncent les faits. Pour eux, ils n’existent pas. Ou s’ils existent, ils sont imputables à quelques « manzer » de commissions qui opèrent sans l’aval de leurs chefs. Qui, eux, ne prennent connaissance des agissements qu’au moment de virer ces indélicats de leur gouvernement. Sans que leur crédibilité personnelle n’en souffre. C’est là, la finalité du pacte des grands loups politiques. Permettre au système de tourner, en se ménageant la possibilité de faire sauter certains fusibles.

Comme il semble avoir été convenu que seuls les subalternes feront l’objet des vraies attaques, certains grands loups ont pris goût à ce système d’impunité. Cela explique peut-être pourquoi d’autres secrets restent bien gardés. Pourquoi des Mazarine Pingeot locales (en version masculine ou féminine) ont pu exister ou existent encore. Sans que l’omerta soit brisée. C’est la preuve que le pacte des grands loups tient bon. Qu’il étend même le domaine de sa protection. En attendant qu’un éventuel pacte des citoyens le fasse voler en éclats.


Mc Donald’s, le végétarien

Il y a une différence entre « tolérance » et « compréhension ». Le problème du moment, c’est qu’on ne se comprend toujours pas. Tout en se tolérant de moins en moins. Si le climat social est instable, c’est parce que l’un des fondements même de notre capacité à vivre ensemble – la paix interreligieuse – semble menacée depuis quelques semaines.

Seuls les myopes croiront toutefois que c’est le litige opposant Iskcon à Mc Donald’s qui est la cause profonde du sentiment d’intolérance qui s’installe de part et d’autre de certains clivages. Le problème est ailleurs. Il faut en analyser les causes. En commençant par préciser que le conflit Iskcon/Mc Donald’s ne soulève nullement une question de laïcité. Les autorités locales ont octroyé un permis à Mc Donald’s en sachant pertinemment que l’enseigne de fast food allait opérer en face d’un centre religieux. Cette décision administrative dénote une approche foncièrement laïque des pouvoirs publics. Venons-en donc au cœur du problème…

C’est le mode d’exercice du pouvoir politique et la manière dont ce dernier gère ses accointances « religio-ethniques » qui est en cause. Fin mars 2010, le Premier ministre a fait un choix. En décidant de s’allier avec le MSM, le patron du Parti travailliste ne pouvait prétendre ignorer l’image qu’il allait projeter auprès de la population. Malgré les « cinq sous » du PMSD au sein de la roupie de l’Alliance de l’avenir de Navin Ramgoolam et Pravind Jugnauth.

Près d’un an après les élections législatives, Xavier Duval et son parti demeurent quantité négligeable dans un gouvernement perçu comme étant d’abord proche d’un électorat traditionnel, rural et conservateur. Ce qui n’est en rien un handicap. Ramgoolam – un homme que l’on ne peut accuser a priori de tropisme ethnique – aurait pu, à travers ses actions et sa posture, susciter l’adhésion de toute la population.

Le Premier ministre a toutefois échoué. C’est en effet l’image d’une personne emmaillotée par les lobbys socioculturels qu’il traîne. Ces organisations, au fil des années, se sont transformées en des chiens de garde. Dont la tâche est de voler au secours du maître au moindre pépin. Une fidélité dûment récompensée par des contrats ici ou des postes à responsabilité là. Cette promiscuité a achevé de convaincre une partie de la population – située du mauvais côté de la barrière ethnique – de l’existence d’un pacte tacite d’entraide entre le pouvoir et des « représentants » de cette majorité, censée être servie en priorité.

L’autre échec, c’est l’impression que donne le pouvoir d’être à son propre service. Même si le rachat de la clinique Medpoint par l’Etat se révèle être une opération parfaitement légale, de sérieuses réserves sur les dimensions éthiques et morales du deal perdureront. En effet, il y a quelque chose d’inconcevable dans le fait que l’émetteur et le bénéficiaire du chèque dans cette transaction fassent partie de la même famille. Peu importe s’ils se parlent ou pas !

Les réponses expéditives et l’attitude belliqueuse des responsables de cette transaction font planer une perception d’impunité et de « unaccountability » autour des familles régnantes. Que le silence de Ramgoolam sur le sujet n’arrange en rien. Si l’on ajoute à cela les jérémiades répétées du PMSD, l’on se retrouve avec un tableau particulier. Dans lequel le pouvoir semble être exercé par un cartel d’intérêts qui ne semble avoir nul besoin de quelques « cinq sous » pour donner le change par rapport à ses actions et décisions… aussi controversables soient-elles.

C’est dans ce contexte précis que survient l’affaire opposant Iskcon à Mc Donald’s. C’est dans ce climat que des religieux, les Hare Rama Hare Krishna, d’ordinaire pacifiques, appuyés par des nervis habitués aux démonstrations de force, se sont crus autorisés à imposer leurs préférences alimentaires à d’autres. Tandis que dans le camp d’en face, des commentaires irrespectueux voire insultants envers les philosophies religieuses passent désormais pour être parfaitement acceptables. Une attitude ouvertement intolérante rarissime dans le pays.

Toutefois, il ne faut pas se tromper de cible, ni de responsables. La cible n’est pas Iskcon. Les responsables ne sont pas non plus ceux qui s’amusent à dire sur Facebook et des blogs qu’ils vont se faire un devoir de manger deux fois plus de vaches qu’auparavant. Histoire de provoquer davantage les Hare Krishna. En effet, l’enjeu de cette surenchère n’est pas de faire s’entredéchirer la population majoritaire du pays et une minorité qui se considère injustement oubliée par le pouvoir politique. Il y a autre chose.

L’on peut penser que l’escalade continuera jusqu’à ce que le gouvernement prenne position. En faveur d’une partie ou de l’autre. Dans les deux cas, il sera alors temps de lui réclamer des comptes. Si le pouvoir choisit de privilégier la position de Mc Donald’s, il sera alors demandé à Ramgoolam d’expliquer son silence autour du rachat de Medpoint. Si c’est à Iskcon qu’il apporte son soutien, Ramgoolam aura alors à dire si oui ou non la religion majoritaire du pays a vocation à déterminer les conditions dans lesquelles s’exercent les libertés des autres groupes à Maurice.

Nous ne sommes pas à Tunis, ni au Caire. A Maurice les citoyens ont choisi de pousser le pouvoir jusque dans ses derniers retranchements. Ils attendent une réponse. Ce n’est qu’ensuite qu’ils se décideront à émuler les révolutionnaires arabes. Si la réponse de Ramgoolam les satisfait, par contre, ils redécouvriront sans doute tout le sens du mot « tolérance ». En attendant, un jour, de pouvoir vraiment se comprendre…

D’autres commentaires sur cet édito


L’élite se délite

Le poisson pourrit toujours par la tête. C’est ce que dit le vieil adage. Qui n’a d’ailleurs pas été démenti en 2010.

Dans un pays qui ne jure que par un certain culte de l’élitisme, l’année qui se termine a été marquée par un sérieux déficit d’idées et de débats constructifs de la part de son élite intellectuelle. Elections législatives, paupérisation d’une catégorie de la population, crise économique, flambée des cas de violence extrême envers des mineurs. Si les sujets de discussion n’ont pas manqué, les débats n’ont, encore une fois, été que trop peu nombreux. C’est à croire que l’élite intellectuelle de l’île se cache. Qu’elle somnole. Existe-t-elle d’ailleurs encore ?

Elle vivote. Elle vieillit. Elle ne se renouvelle pas. Il n’y a qu’à lire le « BP 247 » de l’express , les commentaires dans la section blog de www. lexpress. mu, les pages « Forum » du Mauricien ou encore les papiers d’opinion que publie chaque semaine Mauritius Times pour s’en rendre compte. Quand les journalistes « semi- intellectuels » s’effacent, ils laissent la place à une petite poignée de personnes – toujours les mêmes – qui semble avoir reçu la mission implicite d’avoir un avis sur tout. Dégainant des « il n’y a qu’à » et « il faut que » avec une régularité métronomique. Certains le font sur tout : l’économie, l’éducation, les langues, la politique, le mauricianisme… depuis les années 70 !

Mais où sont donc les autres ?

Au milieu de ce paysage intellectuel désertique, jaillissent de temps en temps quelques oasis. Think Mauritius a ainsi été lancé début novembre pour promouvoir l’émergence d’idées et de solutions pour une « nouvelle » île Maurice. Mais avez- vous entendu parler de ce think tank ? Probablement pas. Ou alors vaguement. La faute en revient en partie à la presse qui préfère s’intéresser à des sujets polémiques et de préférence sensationnalistes – cela fait vendre – plutôt qu’à des questions de fond.

Toutefois, les regroupements comme Think Mauritius ne sont pas exempts de reproches. Bien souvent, emportés par l’enthousiasme du début, leurs membres ne s’embarrassent pas d’avoir une vision à long terme. En définissant, par exemple, un calendrier d’activités et de débats débouchant sur des propositions concrètes à intervalles réguliers. Quand, en plus, ces mêmes esprits enthousiastes se heurtent au conservatisme social et politique ambiant… la crise d’aquoibonisme aiguë ne tarde pas à les gagner.

Deux facteurs expliquent pourquoi le désert intellectuel gagne du terrain. Il y a d’abord cette culture bien locale qui consiste à ne pas se mouiller et ne pas avoir le courage de ses opinions. Dans beaucoup de cas, cette attitude est dictée soit par la peur, soit par l’appât d’un gain éventuel. Ainsi, certains professeurs d’université reçoivent des circulaires officielles leur intimant l’ordre de ne pas s’exprimer dans la presse. D’autres, de leur propre initiative, se décident à ne jamais dire un mot de travers contre les puissants du jour. Une éventuelle promotion pourrait en dépendre…

Dans le secteur privé, on n’est pas mieux loti. Des patrons d’entreprises, surtout ceux qui ont une relation de dépendance envers l’Etat, s’arrangent pour ne jamais se montrer critiques envers ceux qui pourraient demain mettre en péril l’attribution d’un contrat ou d’un permis d’opération à leur entreprise. Un patron qui la ferme, et qui ne dit pas son désaccord par rapport à certaines pratiques gouvernementales, peut aider à la profitabilité de son entreprise…

Si le désert intellectuel progresse, c’est aussi à cause de l’attitude d’une nouvelle génération de Mauriciens. Réfléchir, critiquer, proposer, puis agir (ou pas), c’est le job des autres. De préférence, celui des politiques. C’est ce qu’ils pensent. Et c’est pourquoi – tout éduqués et instruits qu’ils sont – ils se donnent pour mission de gagner bien leur vie et de profi ter du confort que leur profession leur assure. Du coup, face aux problèmes de société ou confrontés à l’inertie politique, ces jeunes brandissent la solution idéale : l’expatriation. Démissionnaires et sans doute encouragés par leurs parents désillusionnés, ces jeunes ingénieurs, médecins, juristes ou scientifi ques répondent « Canada, Nouvelle- Zélande, ou Australie » en guise de solution aux problèmes auxquelles ils font face à Maurice.

Les intellectuels qui prennent la parole vieillissent. Ceux qui pourraient la prendre se taisent ou choisissent d’autres cieux. Autant pour cette île qui s’ambitionne « intelligente » …

D’autres commentaires sur cet édito.


Vini nou koz koze !

Un de nos leaders politiques aurait-il développé un gout immodéré pour les sessions  « koz koze » avec son principal adversaire ? Est-ce suffisamment grave pour que cela soit une bonne raison, pour lui, de prendre sa retraite ? C’était le sujet de l’édito du jour sur Radio One.

En attendant le retraite


Et si ?

L’avertissement est sans équivoque. Si 2009 a été une mauvaise année pour le tourisme, 2010 pourrait être pire ! En ce milieu d’année, l’optimisme n’est pas le sentiment ambiant parmi les membres de l’Association des hôteliers et restaurateurs de l’île Maurice (Ahrim).

Face à ce discours alarmiste, nous pouvons d’abord choisir de ne pas être dupes. La récente annonce d’un Tourism and Hotel Investment Trust a probablement donné des sueurs froides à quelques grands patrons du secteur. La confession de l’Ahrim apparaît, du coup, opportune. Décodé, le message dit donc: « Chers Navin et Pravind nous sommes dans une passe difficile. Il nous faut d’abord surmonter les deux années à venir. Ensuite, nous discuterons de l’ouverture de notre capital. » Il n’est pas dit que le Premier ministre et son ministre des Finances apprécient le message ! A moins que…

Cela nous amène à la deuxième lecture possible de la confession de l’Ahrim : et si le tourisme se trouvait effectivement dans une mauvaise passe ? Dans cette conjoncture, ce secteur doit-il continuer à réciter le même mantra ? En se disant qu’il suffi t de rester dans le haut de gamme, conserver son assise sur ses marchés traditionnels tout en ciblant ceux — émergents — d’Asie et d’Europe de l’Est pour réussir.

Et si nous avions tout faux ? Et si notre stratégie de croissance par le nombre (deux millions de touristes en 2015) était fondamentalement mal inspirée ? La crise qui secoue en ce moment la zone euro, notre principal marché touristique, est une sorte de « wake up call ». Allons-nous l’écouter et saisir l’opportunité qui se présente ? Pour faire quoi ?

D’abord freiner notre élan ! En décidant de ne plus laisser construire de nouvel hôtel dans le pays. Puis décider courageusement et collectivement que durant les années à venir, l’objectif maximal d’arrivées touristiques s’établira à un million. Pour ensuite profiter de ce temps d’arrêt afin d’évaluer concrètement l’effet social, économique et écologique de l’industrie touristique.

Depuis 30 ans, l’industrie touristique n’a été obsédée que par la croissance du nombre d’arrivées. Il faut maintenant évaluer concrètement quels dégâts ont été causés à notre environnement — certains lagons comme Grand-Baie sont morts — en raison de l’activité touristique. Mais aussi identifier clairement les fléaux sociaux et les précarités (notamment économiques) que l’industrie a pu générer. Déterminer pourquoi et comment des poches de pauvreté et de délinquance perdurent. Parfois à quelques centaines de mètres de nos plus grands palaces.

L’urgence absolue : agir. « MIDifier » le tourisme en le rendant totalement compatible avec le concept Maurice île Durable (MID). Pour cela, il faut élaborer un grand plan national pour atténuer l’impact environnemental de l’industrie. En protégeant nos côtes ici, gérant mieux les ressources en eau là et révolutionnant le mode de génération et de consommation d’énergie ailleurs.

Parallèlement l’industrie doit inaugurer une nouvelle ère dans ses relations avec ses employés et ses voisins. D’abord, en redoublant de rigueur dans la formation de TOUS ses employés. Leur permettant ainsi d’exceller dans leurs domaines respectifs et assurer leur avancement professionnel. L’industrie doit en même temps cesser la relation paternaliste qu’elle entretient avec son voisinage. Les faits semblent démontrer que l’accompagnement simpliste consistant à financer des projets communautaires ça et là ne marche pas. L’industrie doit désormais s’impliquer efficacement à travers des programmes de sous-traitance ou d’accompagnement social en adéquation avec les réalités locales.

Récapitulons les caractéristiques de ce tourisme « MIDifié ». Il assure un taux de remplissage convenable pour les hôtels et bungalows existants. Il exerce peu – et même de moins en moins — de pression sur l’environnement. Il permet à ceux travaillant dans l’industrie mais aussi à ceux vivant à côté des établissements hôteliers de profiter pleinement de cette activité.

Valeur du jour, les touristes venant à Maurice apprécient seulement une vitrine. Et ignorent souvent tout des effets négatifs de l’industrie. Il faut imaginer un autre scénario. Celui où le touriste sait qu’il n’est pas seulement un chiffre dans le nombre des arrivées. Celui où les euros qu’il dépense profitent aussi bien à l’ébéniste du coin qu’au délinquant repenti vivant 2 km plus loin. Il faut imaginer le scénario où le touriste n’aura eu aucun impact vraiment négatif sur l’environnement du pays entre le moment où il est arrivé puis reparti.

Ce serait en soi une extraordinaire « expérience » à faire vivre à un touriste que de le rendre conscient que son séjour dans le pays a été effectué tout en préservant un équilibre social, économique et écologique. Ce serait un bien beau label. Tout à fait vendable. Pour qu’on arrive à cela, il faudrait toutefois que l’on stoppe la machine. Est-on seulement prêt à le faire ?

D’autres commentaires sur cet édito


Voiture verte : ça pousse toujours !

Certains d’entre vous se souviennent peut-être de cette voiture « verte » dont j’avais parlé en mars. Il se trouve que vendredi dernier, j’ai refait un tour au Lux Shed des services des Douanes, à Mer Rouge. Et j’ai pu constater que la voiture verte se porte très bien. On pourrait même dire qu’en dessous, ça pousse toujours !

Photos prises vendredi dernier :


Réglez vos comptes

Vous leur confiez régulièrement votre vote et votre argent. Vous êtes donc nombreux à vouloir savoir ce que les élus de la République et les ministres du gouvernement en font. Vous pourriez exercer votre droit de regard lors d’un entretien avec un député ou un ministre. Durant lequel vous lui sommeriez de vous expliquer son action politique tout en lui demandant de vous dire pourquoi il n’a pas tenu telle promesse ou poursuivi telle action. Vous pourriez également exiger de lui qu’il vous expose comment a été dépensé l’argent que vous – et des centaines de milliers d’autres Mauriciens – avez reversé à l’Etat sous forme d’impôts, taxes et droit de douanes. Vous pourriez solliciter un tel entretien. Mais il y a peu de chances que celui-ci ait lieu.

Alors comment demander autrement des comptes à ceux que vous avez installés à la direction du pays ? Les plus naïfs d’entre vous diront qu’il suffit de regarder la MBC pour savoir tout sur ce que fait ou ne fait pas le gouvernement. Le hic, c’est que la radiotélévision nationale ne donne, depuis des lustres, que la version officielle des choses. S’il fallait compter sur elle, vous ne sauriez rien des scandales qui secouent les gouvernements. Ou des gaspillages faramineux dont ils se rendent parfois coupables. Et encore moins des dérapages et turpitudes des dirigeants politiques.

Reste la presse libre et ses journalistes. Ce sont ces derniers qui posent les questions embarrassantes au pouvoir. Qui remettent en cause le bien-fondé de telle ou telle politique gouvernementale. Qui, dans certains cas, identifient et dénoncent des inégalités sociales ignorées des autorités publiques. Les journalistes, dans une démocratie opérante, agissent ainsi comme de véritables gardiens de l’intérêt général. Des relais essentiels qui permettent aux citoyens de demander et d’obtenir des comptes de l’Etat.

Ne nous y trompons pas. Notre droit reconnaît toute la palette des fonctions du journaliste. Ainsi, la Newspapers and Periodicals Workers Remuneration Order (R.O) de 2001 identifie explicitement les « duties » du journaliste. « Interviewing persons, attending public functions and seeking information from other sources concerning his subject of interest; writing reports and commentaries, interpreting the facts to give a personal assessment of their causes, consequences and likely implications… »

La description qui est faite de la fonction du journaliste correspond assez rigoureusement à la manière dont les journalistes et éditorialistes du groupe La Sentinelle exercent leur métier. Les définitions contenues dans ce R.O tendent ainsi à démontrer que notre Etat reconnaît implicitement le droit à l’information de ses citoyens. Chargeant, au passage, les journalistes d’exercer l’un des métiers permettant aux citoyens de jouir de ce droit.

Mais n’est pas journaliste qui veut. Avant d’obtenir sa carte de presse, toute personne fait l’objet d’une enquête de voisinage. Son casier judiciaire est consulté. Si aucune anomalie n’est détectée, elle devient l’« accredited representative » d’un journal. Un statut certifié par le Directeur des « Information Services » du bureau du Premier ministre. Toutefois, même après l’obtention de sa carte de presse, le journaliste n’est nullement « ex lex ». Il est ainsi redevable devant les tribunaux si jamais il dit ou publie des propos diffamatoires ou séditieux par exemple.

Ayant rappelé ces faits, revenons donc au refus du ministre des Finances d’autoriser l’accès à sa conférence de presse à des journalistes du groupe La Sentinelle. Ainsi qu’à l’attitude de certains ministres, dont Maya Hanoomanjee et Sheila Bappoo, qui ont décidé de ne plus parler à certains journalistes dont ceux de Radio One.

Deux choses ressortent de ces postures. D’abord l’illégalité de telles initiatives. En effet, les journalistes de La Sentinelle sont détenteurs de cartes de presse. Ce qui leur confère le droit d’exercer leur métier tel qu’il est décrit dans le R.O. Par ailleurs, les empêcher de travailler librement revient aussi à enfreindre le droit à l’information des lecteurs et auditeurs des titres du groupe de presse. Ce ne sont là que des faits. Ils sont indiscutables. Pravind Jugnauth et son patron Navin Ramgoolam vont-t-il l’être davantage. En essayant de justifier un boycott injustifiable ?

D’autres commentaires sur cet édito.


Reporters sans frontières dénonce

Lu sur leur site cet après-midi.

Reporters sans frontières s’inquiète du comportement actuel des autorités mauriciennes à l’égard de La Sentinelle Ltd, principal groupe de presse de l’île. Le 27 mai 2010, des journalistes du groupe se sont vu refuser l’accès à une conférence de presse donnée par le ministre des Finances. Cette atteinte au droit d’accès à l’information est venue s’ajouter aux différentes mesures de boycott déjà imposées au groupe depuis 2006.

« D’une ampleur sans précédent, la crise qui oppose le gouvernement mauricien et le groupe de presse La Sentinelle est d’autant plus surprenante qu’il existe sur l’île une longue tradition de liberté de la presse. Cette affaire s’apparente fort à un règlement de comptes, les autorités semblant déterminées à asphyxier le groupe. Nous condamnons l’attitude du Premier ministre, Navin Ramgoolam, qui met régulièrement en avant la modernité de Maurice, mais réagit en l’occurrence de façon rétrograde », a déclaré Reporters sans frontières.

« Les mesures discriminatoires à notre encontre ne sont pas nouvelles. Depuis quatre ans, nous sommes frappés d’un boycott systématique des autorités. Le tort qui nous est causé prend désormais des proportions alarmantes », a confié à Reporters sans frontières le président du conseil d’administration de La Sentinelle, Jean-Claude de l’Estrac.

Le 27 mai, ordre était donné aux policiers en poste devant l’Hôtel du Gouvernement de refuser l’entrée des journalistes de L’Express et de 5-Plus Dimanche, deux publications du groupe La Sentinelle. Un reporter de Radio One présent sur place à été informé que « ces journalistes [n’étaient] pas invités à la conférence de presse donnée par le ministre des Finances et qu’ils [seraient] refoulés s’ils s’y [présentaient] ».

La pression politique s’est intensifiée lors de la campagne électorale pour les élections générales de début mai 2010, qui ont vu le gouvernement sortant reconduit au pouvoir. Le Premier ministre accuse le groupe d’avoir pris parti en faveur de l’opposition. Il a averti les rédacteurs en chef de L’Express qu’ils en paieraient le prix.

Cette menace a été mise à exécution dès la prise de fonctions du gouvernement, en mai dernier. Un ordre à été transmis à l’ensemble des ministères, des organismes parapublics et des bibliothèques afin qu’ils annulent leurs abonnements au journal L’Express, privant ainsi La Sentinelle d’une part de revenu non négligeable.

Depuis quatre ans, suite à une série d’articles et d’éditoriaux critiques publiés par L’Express, La Sentinelle est victime d’un véritable boycott politique. En 2006 en effet, la direction d’Air Mauritius, dont l’Etat est actionnaire majoritaire, avait décidé de supprimer l’ensemble des publications du groupe disponibles dans les vols de la compagnie aérienne nationale. La même année, le Premier ministre avait également demandé aux services d’information du gouvernement de boycotter entièrement les publications du groupe pour ce qui est de la publicité d’Etat.

Le groupe a déposé, le 31 mai 2010, une demande d’injonction devant la Cour suprême afin d’empêcher les agents de l’Etat de priver ses journalistes de l’accès aux événements publics.

La Cour suprême a refusé d’accéder à cette demande et a fixé une audience au 7 juin prochain. Le gouvernement mauricien sera appelé à s’expliquer sur les raisons qui l’ont poussé à prendre une telle décision.

http://fr.rsf.org/maurice-le-groupe-de-presse-la-sentinelle-03-06-2010,37656.html


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