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Les 100 mots de Duval

Le choix des mots et leur récurrence sont toujours intéressants à visualiser. Après avoir enlevé les  « the », « of », « and », « this » et autres « Mr speaker Sir » truffant son discours, voici les 100 mots les plus utilisés par le ministre des Finances hier.

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L’appel à l’aide

«Today’s leaders are failing on a grand, epic, global, historic scale – at precisely a time when leadership is sorely needed most. They’re failing me, everyone… » C’est au vitriol qu’Umair Haque, un gourou du management en devenir, peint le portrait des leaders actuels dans deux récents blogs de Harvard Business Review. Ce qu’il dénonce ne concerne bien évidemment pas que l’Angleterre, les Etats-Unis ou le Japon. Mais Maurice également.

Mais qui dénonce à Maurice ? Bien évidemment, il y a les « batiara » et autres « bourik » de l’opposition. Les « malades mentaux », « zanimo » et désormais « couillons » de la presse. Quelques syndicalistes « instrumentalisés » aussi. Qui d’autre, notamment dans le secteur privé ? Pas grand monde.

Dans un passé pas très lointain, peu après le retour au pouvoir de Navin Ramgoolam, Jacques de Navacelle, fraîchement élu président du Joint Economic Council, avait rué dans les brancards. En s’en prenant ouvertement au gouvernement et au manque de clarté de son action début 2006. A la faveur de la très business-friendly réforme économique Sithanen, la communauté des affaires était, à quelques exceptions près, largement rentrée dans les rangs. Se transformant même en ardent défenseur de la politique économique d’alors par occasion.

Lentement mais sûrement toutefois, un insidieux consensus des poltrons s’est installé envers le pouvoir. La critique de l’action, du manque de stratégie et du manque de leadership au sein du gouvernement ne se faisant plus qu’en aparté et sous le sceau de la confidentialité. En l’état, les seuls deux dossiers sur lesquels le secteur privé affiche encore ouvertement sa divergence avec le gouvernement sont les relations industrielles (droit du travail et compensation salariale) et dans une moindre mesure la politique monétaire (taux de change et d’intérêt).

Leadership

Il y a bien des raisons qui expliquent cela. Dans un pays où, en théorie, toutes les décisions administratives sont « rule-based », la pratique démontre tout le contraire : que la raison politique peut l’emporter sur toutes les autres considérations. Il n’y a qu’à lire les propos du président de la Corporation nationale de transport pour s’en convaincre. Si la CNT est une entreprise publique, l’interventionnisme politique peut prendre des formes insolites dans le privé. Comme le blocage savamment orchestré de projets déjà approuvés en principe.

Il faut ainsi, par exemple, s’imaginer cette sueur froide perler sur le visage d’un important CEO de Mauritius Inc quand un responsable politique de premier plan, venu poser la première pierre de son projet foncier, se rend compte que l’Etat a peut-être été trop généreux dans l’attribution de certains permis à l’égard de son entreprise. Et que tout le développement mérite potentiellement d’être revu !

Ce type de volte-face directement lié à l’humeur du moment ou aux motivations cachées des politiques est non seulement possible mais il se produit même plus souvent qu’on ne le pense. Plus que la rhétorique quasi-raciste – du genre « charbon blanc/charbon noir » – c’est la menace latente de ce type de blocage intempestif qui a conduit la quasi-totalité des patrons de Mauritius Inc à maintenir un profil bas à l’égard du gouvernement et de son chef.

Le business devant néanmoins continuer à tourner, plusieurs grands pontes du privé préfèrent, depuis quelques années, les rencontres en tête à tête pour débloquer un éventuel dossier en souffrance. Plutôt que de parler d’une seule voix forte au nom du secteur privé pour rappeler le gouvernement à l’ordre par rapport à ses devoirs pour assurer le développement du pays.

C’est dans ce climat de retenue qu’une voix s’est néanmoins clairement fait entendre cette semaine. Celle du CEO de GML, le plus important conglomérat du pays. Dans un entretien à Business Magazine, mercredi, Arnaud Lagesse se désole du fait « que notre leadership politique ne fait pas ce qu’il faut » tout en s’inquiétant « des journaux remplis de scandales [et de la] corruption omniprésente », avant d’appeler à ce qu’un « nouveau souffle s’installe sur Maurice ».

On peut choisir de lire de deux manières les propos du CEO de GML. D’abord n’y relever qu’une redite de la critique ambiante contre le pouvoir. Ou alors y discerner un appel à l’aide – lancé par le plus puissant acteur de Mauritius Inc – face à une crise du leadership qui pourrait nous coûter très cher à l’avenir. Il n’y a, selon nous, aucun doute à avoir sur le sens des propos de Lagesse. Relisons Haque pour s’en convaincre : « most of our so-called leaders are wannabes: those who want to be seen as leaders, without leading us anywhere but into stagnation, decline, fracture, fear, apathy, and comfortable, cheap pleasures that numb us to it all. » Cela ne vous rappelle rien ?

 


Délit d’honnêteté

Pour une fois, nous n’allons pas faire grand cas de la présomption d’innocence. Les tribunaux pourront rendre le verdict qu’ils veulent, le nôtre est déjà connu. Xavier Duval est coupable d’une totale malhonnêteté. Il en a fait la démonstration lors de sa conférence de presse de mercredi, durant laquelle il a évoqué le financement du volet Errors and omissions du dernier rapport du Pay Research Bureau (PRB).

On ne peut qu’être d’accord avec le réquisitoire du procureur Rashid Imrith, accessoirement président de la Fédération des syndicats du secteur civil. Xavier Duval est, selon lui, « anti-fonctionnaire. » Comment, en effet, a-t-il pu se laisser aller à expliquer que le financement de l’intégralité des recommandations du PRB va coûter soit Rs 4300 à chaque habitant du pays, soit Rs 9000 à chacun de ses salariés. Quelle hérésie !

C’est bien connu, le Trésor public mauricien est richissime. Tous les ans, le gouvernement nous ment en disant que les recettes de l’Etat sont bien inférieures à ses dépenses. Prenons l’année fiscale 2013 par exemple. Si on se fie à ce document truqué qu’est le Programme Based Budget, l’Etat percevra Rs 78 milliards cette année tandis qu’il en dépensera Rs 104 milliards. Trouver Rs 26 milliards pour financer le fonctionnement du gouvernement ? Ce n’est pas un problème.

Si l’on en croit les responsables du dossier économique de l’opposition, cet argent est disponible. Il dort dans les nombreux fonds créés à l’époque de Rama Sithanen (2008) et ne demande qu’à être utilisé. Pour financer un déficit ici ou payer intégralement les Rs 5,6 milliards annuelles que coûtera le financement du rapport du PRB, là. On peut bien évidemment aussi se tourner vers les bailleurs de fonds qui vont volontiers remettre la main à la poche. Les Rs 7 milliards de remboursement annuel à nos créanciers peuvent bien passer à Rs 8 milliards. Le Trésor public peut en effet tout supporter.

Ce qu’on ne peut tolérer, par contre, c’est cette fourberie de Xavier Duval qui veut nous amener à financer collectivement le PRB. Un non-sens. Car de notoriété publique, les Rs 15 milliards d’impôts sur les revenus et les sociétés ou les Rs 27 milliards de taxe sur la valeur ajoutée servent presque essentiellement à financer le salaire et le train de vie des ministres et autres grands mandarins de l’Etat. La fonction publique, elle, ne coûte quasiment rien en budget. Que la modique somme de quelque Rs 22 milliards. Peanuts !

pov duval PRB

Ce qui est significatif, toutefois, c’est l’extraordinaire bond qualitatif et quantitatif que chaque rapport du PRB permet de réaliser dans le pays. A vrai dire, la question du financement du rapport du PRB ne se pose même pas ! En effet, depuis des années, un phénomène récurrent a été noté. Dès que les fonctionnaires sont justement rémunérés pour le travail fourni, ils redoublent immédiatement d’effort. Ainsi, en termes financiers purs, si l’Etat injecte désormais Rs 5,6 milliards supplémentaires chaque année dans le secteur public, les gains substantiels en productivité qui en résulteront dépasseront allègrement cette somme.

Xavier Duval se trompe donc encore une fois en prétendant que ce sont, par exemple, les 600 000 salariés du pays qui devront se cotiser pour régler la facture. Non, c’est l’ardeur au travail de nos fonctionnaires qui s’en chargera. Vous le vérifierez par vous-même : à travers la courtoisie et les conseils efficaces dont feront preuve les front desk officers que vous croiserez désormais. Vous vous en rendrez également compte quand vous constaterez, par exemple, que le feu vert administratif qui prenait dix jours, voire un mois à être obtenu dans le passé, vous sera désormais délivré dans les 48 heures suivant votre demande en bonne et due forme.

Ce serait peut-être un peu idiot de croire cela. Tout comme ce serait stupide– en voyant le Premier ministre se comporter comme un roi – de croire que l’Etat c’est lui. Mais l’Etat c’est nous. Dans une démocratie ou une tyrannie, c’est toujours une partie plus ou moins importante du travail des citoyens qui finance le fonctionnement du gouvernement. N’en déplaise à Rashid Imrith, il a 1,3 million d’employeurs qui payent aussi bien son salaire que celui de toute la fonction publique. Et en tant qu’employeurs, nous aurons toujours le droit légitime de savoir combien nous coûte l’augmentation salariale de nos employés !


Changement d’ère

Doit-on cesser de prêter attention à la présentation du Budget ? C’est la question que l’on peut se poser après le discours de Xavier Duval de ce vendredi. Tant il a déçu aussi bien dans la
forme que dans le fond.

L’état de grâce de Duval est révolu depuis un an. A la même époque l’année dernière, on trépignait d’impatience à l’idée de découvrir la réflexion d’un ministre des Finances présenté depuis des années comme étant (trop) pro secteur privé. Ce dernier – agréable surprise– s’était alors révélé bien plus porté sur le social qu’on ne l’aurait imaginé. Un an plus tard, on ne pouvait décemment s’attendre à une autre surprise.

Ceux qui ont eu la patience de suivre les deux heures du discours du Budget ont donc eu du mal à gérer leur ennui. Dans la forme, Duval ne dispose en effet ni de la froide maîtrise technique de Rama Sithanen et encore moins de l’enthousiasme communicatif de Vishnu Lutchmeenaraidoo. A tel point qu’un petit jeu surprenant s’est joué dans la galerie des invités. Un petit papier a en effet circulé entre quelques mains dont celles de grands pontes du privé. Un message improbable y était gribouillé : « Toi aussi tu t’endors ? »

Le secteur privé, le Joint Economic Council en tête, a sans surprise adopté une attitude diplomatique face au Budget 2013. Se contentant de se féliciter de certaines measures tout en évoquant « quelques craintes ». En vérité, ils sont nombreux à ne pas avoir saisi la philosophie globale du discours de Duval.

D’habitude, l’idée force d’un budget est déclinée sur des dizaines de paragraphes et souligne un ensemble d’objectifs économiques,sociaux et parfois politiques à atteindre. Rien de tel ce vendredi. Des mots clés (jeunes, informatique, Afrique) ont certes été disséminés ça et là. Mais on peine à identifier clairement les concepts et à comprendre comment ils s’imbriquent les uns dans les autres. Même le très moyen Pravind Jugnauth avait réussi, en son temps, à transmettre sa volonté de doper la consommation à travers sa « Duty Free Island » et la protection des intérêts d’une certaine classe moyenne.

Pour la parade, Duval dispose, lui, de propositions « nouvelles » qui ne sont souvent que la mise en oeuvre de politiques déjà établies voire, dans certains cas, qu’un avatar de mesures déjà annoncées. C’est notamment le cas de la très remarquée offer d’une tablette tactile par adolescent en Form IV. Cette mesure ressemble étrangement à une remise au goût du jour du « one laptop per child » qui existe depuis 2010. Même l’annonce forte d’un repas chaud journalier pour chacun des 9 200 élèves des écoles ZEP n’échappe pas à notre interrogation. Cette mesure a-t-elle été pensée, mûrie puis proposée ? Où n’estce là que l’effet d’aubaine de l’implantation d’un important acteur international de la restauration collective à Maurice ?

La très louable rigueur comptable dont le ministre des Finances s’enorgueillit n’échappe pas non plus à la critique. Car Xavier Duval omet de dire que la réduction du déficit budgétaire a été rendue possible par… l’inaction du gouvernement. Celui-ci n’a,en effet, pas dépensé près de Rs 9 milliards de dotations prévues pour l’année 2012. Un pactole facile à réinvestir en 2013…

Donc, que conclure du semi-flop de vendredi ? Que Xavier Duval et son staff ont été incapables de trouver de vraies idées ambitieuses ? Ou alors, que l’ambition et les moyens financiers nécessaires pour les mettre en oeuvre ne peuvent être de sortie dans le contexte de crise et de morosité actuelle ? C’est peut-être une combinaison des deux facteurs. Il n’y a plus qu’à attendre l’année prochaine pour le savoir. Non sans prendre une précaution,cette fois-là : ingurgiter trois tasses de café avant d’écouter le discours du Budget !


Plus qu’une crise d’ego

Non, ce n’est pas de la politique de pacotille. C’est de l’économie, du droit et du bon sens ! Rangeons donc les clichés dans un tiroir. Le célèbre « effortless sense of superiority » oxfordien de Manou Bheenick n’est sans doute pas à l’origine de ses querelles avec le ministre des Finances. De même, Xavier Duval ne voue probablement aucun dédain viscéral au gouverneur de la Banque de Maurice (BoM). Pas au point d’aller demander au Premier ministre de choisir entre Bheenick et lui… Pourquoi les deux hommes se livrent-ils donc en ce moment à une bataille à distance par déclarations de presse interposées ?

Pour répondre à la question, il faut commencer par accepter le fait que la relation gouverneur/ministre des Finances va bien au-delà des dynamiques personnelles. Ainsi, les épisodes de tension entre ministres des Finances et gouverneurs ne sont pas dus au hasard. Ce qui peut arriver arrive… surtout si la loi le permet. La Bank of Mauritius Act autorise le gouverneur à faire une chose simple : ignorer l’avis du ministre des Finances.

Le grand argentier a, en effet, très peu de possibilités d’influer sur les décisions du Gouverneur. Déjà, celui-ci et ses deux adjoints sont choisis par le Premier ministre. Le chancelier de l’échiquier préside certes le Financial Stability Committee de la BoM composée, entre autres, du Gouverneur et du Financial Secretary et dont la mission est « d’examiner à intervalles réguliers la robustesse et la stabilité du système financier ». Mais il ne peut rien ordonner au comité. Tout au plus peut-il faire une requête d’avis ou de rapport. Le très médiatique Monetary Policy Committee ne règle pas, non plus, toujours son pas sur celui du ministre des Finances. Même si ce dernier nomme cinq de ses huit membres en consultation avec le Gouverneur.

Dans les faits, c’est la mission de la Banque centrale qui peut être appréhendée différemment selon que l’on se place au sommet de la BoM Tower ou au rez-de-chaussée de l’Hôtel du gouvernement. C’est que l’objectif assigné à la BoM de « maintain price stability and to promote orderly and balances economic development » peut faire l’objet d’une lecture strictement économique ou alors économico-politique.

A la BoM, on considérera que la roupie doit rester robuste vis-à-vis des devises afin de ne pas alourdir notre facture d’importation et nourrir l’inflation. Tout comme on y jugera qu’un taux d’intérêt trop bas encourage l’emprunt, remet trop d’argent en circulation, réalimentant le cycle inflationniste. A la Government House, par contre, l’on pourra juger qu’il est primordial de donner aux entreprises la capacité de créer de l’emploi et de se développer en empruntant à un taux plus bas. Mais aussi penser qu’un euro à Rs 42 favorise la compétitivité de nos industries d’exportations même si cela plombe le pouvoir d’achat des ménages. Toutefois, ce ne sont pas les divergences de vue potentielles qui sont le problème. Mais plutôt le fait que le ministre des Finances n’a aucun moyen de forcer la BoM à avoir le même point de vue que lui.

On ne doit pas toutefois penser que les banquiers centraux et les gouvernements ont vocation de regarder dans des directions opposées. Même si les exemples allant dans ce sens ne manquent pas. Le mythique et républicain Alan Greenspan, président de la Fed américaine, ne s’était jamais entendu avec Georges W. Bush. Mario Draghi, l’actuel président de la Banque centrale européenne, réussit peu à peu la prouesse de courroucer aussi bien les dirigeants d’économies fortes comme l’Allemagne que les cancres de l’UE comme le Portugal ou la Grèce.

Une relation normalisée, voire partenariale, est-elle donc possible entre gouvernement et Banque centrale ? A lire le prix Pulitzer Bob Woodward dans l’édition du 10 novembre 2000 du Washington Post, on peut croire que si. Dans l’article « Behind the Boom » relatant le bon bilan économique des années Clinton, Woodward raconte comment Alan Greenspan et Bill Clinton, en devenant les « best partners », ont fait croître l’économie américaine. L’article précise les deux ingrédients essentiels de ce duo gagnant : des concertations régulières, approfondies et à bâtons rompus entre les deux hommes. Ainsi que la croyance profonde et partagée en une reprise économique.

Changeons d’époque et de lieu. Et constatons l’évidence à Maurice. D’une part, le dialogue entre la BoM et le ministère des Finances s’appauvrit d’année en année. D’autre part, le pessimisme et un certain manque d’ambition semblent peu à peu devenir le moteur de la prise de décision économique dans le pays. Ne nous étonnons donc pas qu’avec une telle configuration, la BoM Tower et la Government House, même si elles ne sont séparées que de quelques mètres, paraissent parfois très éloignées l’une de l’autre.


Observons

C’est sans fla-fla qu’il vient de fêter sa première année d’existence. Si l’observatoire des prix (OP) affectionne une certaine discrétion, il ne peut, toutefois, échapper à un premier bilan de ses activités. Michael Sik Yuen, le ministre de la Protection des consommateurs d’alors, annonçait déjà le début d’une nouvelle ère dans la consommation locale. Celle d’une concurrence accrue. Un an après la publication du premier relevé de prix de l’observatoire, la guerre des prix ne semble pas avoir eu lieu.

Car malgré toutes les prévisions optimistes par rapport à une concurrence acharnée entre grandes enseignes de la distribution, les rapports de l’OP (disponibles sur http://www.priceobservatory.org) se suivent et se ressemblent… plus ou moins. La concurrence, si elle existe, n’a pas jusqu’ici mené à une baisse généralisée des prix. A chaque exercice global d’analyse, l’OP dit finalement ne constater que des frémissements. Ainsi, si le prix moyen de 55 produits suivis a baissé de 2,5 % lors de la dernière étude, il est resté quasiment inchangé durant la période décembre-février. Au jeu des moyennes, cela implique, par exemple, de se contenter d’une baisse de Rs 3,50 sur un paquet de lait en poudre qui coûte Rs 150. La belle affaire !

Si l’un des objectifs derrière la mise en place de l’OP était de réduire sensiblement l’écart de prix entre les supermarchés, il n’a manifestement pas été atteint. En effet, les disparités demeurent considérables : plus de Rs 1250 entre les enseignes les plus chères et celles qui pratiquent les prix les plus abordables dans le pays. Du coup, la promesse faite lors du lancement de l’OP, à savoir que les consommateurs iront là où les prix sont les plus bas, devient difficilement réalisable. Car les commerces en question ne sont pas nécessairement dans les lieux les plus fréquentés et accessibles.

On voit en effet difficilement un couple habitant Bel-Air se décider à faire deux heures de bus ou une heure de voiture pour réaliser Rs 1000 d’économie en allant « tir rasion » à Beau-Vallon ou à Morcellement Saint-André. C’est effectivement dans ces deux lieux qu’on fait les meilleures affaires dans le pays selon l’OP. Les deux enseignes qui ont élu domicile dans ces villages se sont même fait une spécialité particulière. Celle d’arriver, étude après étude, en tête du classement de l’OP.

Pourquoi ? D’abord l’évidence : parce que les propriétaires de ces supermarchés pratiquent une stratégie agressive de prix. Qui date d’avant la mise en place de l’OP. Cela s’avère toujours payant. Mais aussi, et cela est inquiétant, parce que les plus grandes enseignes du pays, celles qui ont leurs hypermarchés ou chaînes de supermarchés disséminés dans l’île, paraissent comme hermétiques à l’idée de ravir la première place du classement de l’OP. Ou même de faire des efforts considérables afin de rejoindre les leaders du classement.

Ce relatif dédain envers le classement de l’OP n’est pas anodin. Il trahit la confiance des grandes enseignes dans la fidélité de leur clientèle. En effet, peu importe le prix qui y est pratiqué, on fait son shopping dans les lieux qu’on a pris l’habitude de fréquenter. On n’y va pas nécessairement avec l’idée première de réaliser des économies en scrutant attentivement la moindre offre promotionnelle sur les prospectus des supermarchés et le dernier classement de l’OP.

Un an après sa mise en place, l’OP a-t-il vraiment fait une différence ? Le niveau des prix n’a pas drastiquement diminué. Le différentiel de prix est resté assez élevé entre grandes enseignes et supermarchés régionaux. Les clients qui ont pris pour habitude d’aller faire leurs courses à Beau-Vallon continueront à s’y rendre. Tandis que ceux qui ne jurent que par les centres commerciaux de Grand-Baie ou de Trianon ne changeront probablement rien à leur rituel de shopping.

Alors, un OP pour rien ? Si ce n’est pour compiler un classement qui ne fâche personne ? Osons croire que non. Car l’OP, qui a la mission de « bring transparency in price setting», peut sans doute s’acquitter de sa tâche encore mieux. Notamment en aidant le grand public à comprendre pourquoi le niveau des prix dans la grande distribution varie si peu alors que la robustesse prolongée de la roupie face à l’euro et au dollar aurait dû mener à une baisse des prix des produits importés. Qui a dit que l’OP ne pouvait pas être utile aux consommateurs ?


Chota Bhai

Il ne serait pas permis d’en douter. Le Grand frère adore son Chota Bhai (petit frère). Cette semaine, l’Inde l’a prouvé une nouvelle fois en accueillant avec faste le Premier ministre de Maurice. Autoroutes dégagées, scènes de liesse populaire dans des villages, parades militaires, signatures d’accords, banquets d’Etat ainsi qu’une très généreuse couverture médiatique. Le sentiment de fraternité rebattu entre les deux pays suffi t-il toutefois à expliquer pourquoi l’Inde accorde une telle importance à son minuscule voisin ?

Si par la lorgnette locale, les échanges commerciaux Inde/Maurice paraissent énormes, ils méritent néanmoins d’être relativisés. La facture de nos importations de l’Inde s’est élevée à presque Rs 25,5 milliards durant les neuf premiers mois de 2011. Faisant du pays de Manmohan Singh le premier fournisseur de Maurice, loin devant la Chine. Sur chaque Rs 100 d’importations mauriciennes, l’Inde s’est ainsi taillé une part de Rs 24. Mais cela demeure quantité négligeable. Le marché mauricien ne consomme qu’environ 0,01 % des exportations indiennes.

L’analyse inverse révèle une réalité tout aussi cruelle. Maurice a exporté l’équivalent de Rs 40,7 milliards durant les trois premiers trimestres de 2011. Or, seul 0,4 % (soit Rs 166 millions) de la production Made In Mauritius a trouvé son chemin vers l’Inde durant cette période. On est loin du potentiel d’exportation de Rs 1 milliard. C’est ce qui avait été promis, il y a un peu plus de cinq ans, lors de la conclusion d’un Comprehensive Economic Cooperation and Partnership Agreement permettant à Maurice d’exporter, hors taxes, jusqu’à un million de pièces de textile – habillement, 50 000 litres de rhum et 15 000 tonnes de sucres spéciaux vers l’Inde.

Qu’importe. Il reste les flux financiers! Une analyse sommaire des chiffres de l’investissement direct étranger entre les deux pays démontre encore une fois, un déséquilibre criant. En dehors de milliards transitant par nos offshore management companies, seuls quelques petits millions font directement le va-et-vient entre les deux pays. Selon la Banque de Maurice, des entreprises locales ont injecté Rs 465 millions en Inde en 2011. Tandis que les Indiens, eux, n’ont directement investi que … Rs 99 millions sur le sol mauricien !

On s’interroge donc. Peut-on vraiment dire que le partenariat économique Inde/Maurice se déroule selon une formule « win-win » ? Peut-être pas. La chaleur de l’Inde à l’égard de Maurice n’est-elle fi nalement pas motivée par le fait que nous ne serions qu’un Chota Bhai ? Cela se pourrait. C’est ce qui expliquerait d’ailleurs pourquoi l’Inde rechigne à modifier drastiquement le traité de non double imposition liant les deux pays malgré de forts lobbies indiens et singapouriens. Mais pourquoi l’Inde, superpuissance économique en devenir, doit-elle ménager son petit frère ?

D’abord pour le pied-à-terre que nous lui offrons. L’Inde accuse un retard considérable dans sa stratégie d’implantation en Afrique. Pendant que la Chine multiplie les zones économiques sur le continent et prépare l’invasion du Made in China sur ce marché insuffisamment exploité, l’Inde piétine. Durant ce temps, Maurice continue à offrir à son voisin la possibilité d’exploiter conjointement les centaines de milliers d’hectares de concessions qu’elle a obtenues au Mozambique depuis plus d’une décennie. Tout comme nous continuons à permettre à notre partenaire d’utiliser les accords commerciaux et douaniers dont Maurice dispose à travers la Comesa et la SADC pour transformer l’île en base avancée de la production indienne à destination de l’Afrique.

Ensuite, Maurice offre à l’Inde une position stratégique inégalée. Les eaux territoriales nationales autour de Maurice, Rodrigues, Saint-Brandon et Agalega constituent un énorme terrain d’action à une marine indienne en mal de point d’ancrage dans l’océan Indien. En effet, la Chine a désormais son pied-à-terre seychellois, la France compte sur La Réunion, tandis que le couple américano-britannique dispose de Diego Garcia comme point de rayonnement. Ce qui ne laisse à l’Inde que très peu de possibilités pour assurer une présence dissuasive autour de sa marine marchande. Et conduire tous les relevés bathymétriques nécessaires aux manoeuvres de ses sous-marins nucléaires Arihant dans la zone.

Le Chota Bhai de l’Inde n’en est finalement pas un. Il convient désormais de s’en souvenir dans nos relations avec les Indiens. Un mot doit suffire à les qualifier à l’avenir : décomplexées.


Amize lepep

Les Singapouriens doivent bien rigoler en pensant à cette petite île de l’océan Indien qui rêve d’émuler leur succès économique. Pour prendre la mesure du fossé culturel qui nous sépare de nos « modèles », imaginons une rencontre entre un Singapourien et un Mauricien. Admettons qu’elle se soit passée ce lundi 2 janvier à Suntec City, l’un des centres commerciaux les plus fréquentés du micro-Etat asiatique.

Les deux interlocuteurs s’échangent les vœux d’usage du nouvel an. Puis l’un interroge l’autre sur les coutumes de son pays durant la période festive. Stupéfait, le Singapourien apprend que le tigre de l’océan Indien roupille le 2 janvier. Il ne comprend pas cette coutume et s’empresse de faire remarquer au Mauricien que c’est business as usual à Singapour à cette date. Tous les commerces et services publics et privés sont ouverts. Fezer de nature, le Mauricien croit impressionner son interlocuteur en lui expliquant que cette année, les syndicats du secteur public ont même demandé à ce que le mardi 3 janvier soit déclaré férié. Histoire d’avoir presque 5 jours de repos d’affilée en comptant la demi journée grugée du vendredi 30 décembre.

Retour à la réalité bien mauricienne. Si dans leur écrasante majorité, les employés du privé ont chômé ce mardi, les fonctionnaires ont obtenu une petite victoire à l’arraché. Ils étaient environ trois sur dix à avoir « zet enn sick » ce jour-là. Les téméraires ainsi que les quelques rares consciencieux à s’être montrés fidèles au poste ont pu, eux, bénéficier de la « discrétion » de leurs supérieurs dans « certains » cas et rentrer plus tôt chez eux. Résultat des courses, les secteurs privé et public ont été tout sauf productifs ce mardi.

Depuis, une polémique semble s’être installée au sujet de la faiblesse du gouvernement à instaurer la discipline dans la fonction publique. Mais finalement ce n’est pas là le vrai problème. Il est ailleurs, dans cette mentalité voulant que « morisien konn amize. » Mais l’amusement a un coût. Est-on vraiment sûr de vouloir le payer ?

Un calcul empirique a permis d’évaluer à un milliard de roupies la valeur produite lors d’une journée de travail dans le pays. Faisons donc les comptes à partir de ce chiffre-là. Hormis les services essentiels, le pays n’a pas du tout travaillé lundi. Mardi, si le secteur public s’est partiellement réveillé, le secteur privé, lui, est resté sous la couette. Celui-ci a d’ailleurs continué à tourner au ralenti jusqu’à ce vendredi.

Ce n’est que demain, en début d’après-midi, que la Mauritius Employers’ Federation (MEF) rendra publics les chiffres de l’absentéisme et de l’activité des entreprises pour les premiers jours de 2012. On n’attendra pas toutefois la MEF pour tenter une estimation. L’un dans l’autre notre goût collectif pour la fête et les ponts immodérément longs ont coûté au bas mot environ Rs 3 milliards à l’économie nationale. Seule une nation prospère peut penser continuer à subir de tels manques à gagner sans s’en offusquer.

Or, notre économie est loin d’être prospère et le contexte mondial dans lequel nous évoluerons en 2012 l’est encore moins. Aussi, on peut interpeller nos décideurs sur le sens de la discipline de notre nation. En leur demandant, par exemple, si Maurice, comme la Grande Bretagne, la Corée du Sud, le Japon, la Russie et une demi-douzaine d’autres pays au monde, doit continuer à festoyer le 2 janvier.

Tout comme nous pouvons leur demander de se prononcer, avec les responsables du secteur privé, sur la validité d’une sorte de clause tacite annexée aux Remuneration orders du National Remuneration Board. Qui décrète que les employés du secteur privé peuvent disposer de end and start of year leaves au-delà des congés auxquels ils peuvent légalement prétendre.

Mais tout cela est une question de discipline. Et c’est justement là toute la différence entre Mauriciens et Singapouriens. Pendant qu’ici, on passe notre temps à parler du concept. Là-bas, ils l’appliquent !


Après les flirts

Il faut bien le reconnaître, la presse tombe trop souvent dans le panneau des politiques. Ainsi, tous les « observateurs » du pays dissèquent en ce moment les élans d’affection des amoureux qui se bécotent sur les bancs publics : Navin Ramgoolam et Paul Bérenger. Il y a de l’alliance dans l’air, se hasarde-t-on parfois à conclure. Et si nous nous trompions tous ? Et si nous étions tous en train de focaliser notre attention sur un épiphénomène en tournant le dos à un autre problème plus pressant ?

Relativisons d’abord les flirts entre les patrons rouge et mauve en rappelant le rapport de forces politiques en place. Ramgoolam a une majorité de 37 députés à l’Assemblée nationale, contre 32 pour l’opposition. Si cet écart ne se mesure pas en années-lumière, il permet néanmoins au Premier ministre de dormir tranquille jusqu’en mars. « L’information » de Bérenger selon laquelle une demi-douzaine de travaillistes piaffent d’impatience de rejoindre l’opposition ressemble, en effet, de plus en plus à un coup de bluff. Sauf un revirement aussi spectaculaire qu’improbable, Ramgoolam sera donc encore « leader of the House » à la prochaine rentrée parlementaire.

Electoralement, les échéances sont encore plus lointaines. Le pays, en théorie, ne va être rappelé aux urnes qu’à partir de début 2015. Ramgoolam a ainsi trois ans pour voir venir. Peser le pour et le contre d’un statu quo avec le PMSD, d’une alliance avec le MMM… et ne l’oublions pas, d’un remake avec le MSM ! Il y a bien les scrutins régionaux de 2012 mais même si le chef du gouvernement essuie un échec lors de ceux-ci, il aura encore deux années pleines pour faire oublier sa contre-performance. Notamment en décidant habilement des suites à donner au rapport Carcassonne qui lui sera remis incessamment.

L’agenda politique peut donc attendre. Car en 2012, c’est l’agenda économique qui devra être la priorité absolue du Premier ministre et de son gouvernement. C’est que l’année nouvelle s’annonce particulière. Christine Lagarde, la patronne du Fonds monétaire international, a prévenu récemment qu’en 2012 l’économie mondiale pourrait connaître une situation comparable à la Grande dépression des années 30. Sauf que cette fois-ci l’implosion, au lieu de venir de la Bourse de New York, viendrait de la City, de Paris ou de Milan.

Même si les Mauriciens étaient les fidèles sujets de Georges V en 1930, les convulsions de l’économie mondiale ne les avaient pas laissés indemnes. Le secteur sucre – notre unique industrie d’exportation de l’époque – accusa le coup suite aux importantes baisses du cours mondial de la denrée. Générant, au passage, de graves conséquences sociales. Ainsi, dans Médine 1911- 2011, visions d’un siècle, les effets de la Grande dépression sur le Mauricien lambda apparaissent clairement. « Alors que le salaire journalier d’un laboureur en 1928 achète un peu moins de 13 livres de riz, il n’en achète en 1934 que 9 livres. Les rémunérations des employés de l’Etat et des ouvriers sont réduites. Le chômage se répand. »

Flashforward en 2012. Certes, notre économie est désormais diversifiée et solidement ancrée sur cinq piliers. Mais une conjoncture internationale catastrophique pourrait avoir des effets tout aussi lourds sur les Mauriciens à l’avenir. A cause du positionnement même de nos secteurs de croissance. Le textile mauricien exporte des produits à valeur ajoutée. Le tourisme local est un label haut de gamme, donc cher. Les villas IRS et RES ne trouvent grâce qu’auprès de clients étrangers très fortunés. Enfin, le bilinguisme et le « right pricing » de notre secteur d’externalisation sont loin de constituer un avantage comparatif exclusif à notre pays.

Ces réalités-là vont perdurer en 2012. Ce qui va changer, par contre, c’est la situation économique chez nos principaux clients. La France va, selon ses propres estimations, rentrer en récession dès le premier trimestre 2012. Ce sera également le cas de l’Angleterre. En conséquence, nos clients vont réclamer davantage de ristournes aux industriels, hôtels et sociétés locales de business process outsourcing.

Face à un refus, une première partie de notre clientèle se rabattra sur des chemises made in China, les hôtels d’Agadir au Maroc ou les centres d’appels d’Abidjan en Côte d’Ivoire. Une deuxième catégorie obtiendra, elle, gain de cause en forçant ses fournisseurs locaux à rogner sur leurs marges et à pratiquer des coûts planchers pour rester compétitifs. Mais jusqu’à quand et comment les fournisseurs locaux pourront-ils tenir face à cette nouvelle logique ? C’est probablement la question essentielle que le monde économique local se pose déjà.

Malheureusement la population, gagnée par une forte poussée de fièvre acheteuse, ne se soucie guère de cette question. Le réveil risque donc d’être brutal en cours d’année. Quand les premiers licenciements économiques commenceront à faire la une des journaux et que le gel salarial sera préconisé dans les secteurs qui étaient, hier encore, porteurs. Les alliances peuvent attendre, l’économie, elle, n’attendra pas. Il serait temps que Ramgoolam et Bérenger s’en persuadent…


Place à l’action

Les querelles d’économistes ne manquent pas depuis la fin du discours du budget de Xavier Duval. Le ministre des Finances a-t-il été trop défaitiste avec sa visée de 4% de croissance en 2012 ? Pourquoi n’a-t-il pas chiffré son objectif en matière d’investissement direct étranger (IDE)? Etait-il primordial de maintenir le déficit budgétaire à un niveau relativement bas de 3,8% au moment où tous les Etats misent sur des dépenses étatiques massives comme remède anticrise ? Même si ces questions sont intéressantes, laissons-les de côté pour nous intéresser à la volonté affichée – ou pas – du gouvernement de régler les problèmes dont il est lui-même à l’origine.
Le premier d’entre eux, c’est la propension du gouvernement à annoncer des mesures qui ne sont pas suivies d’actes. Xavier Duval, lucide et aussi un tantinet revanchard, expliquait la semaine dernière que 60% des mesures budgétaires de son prédécesseur n’avaient pas été appliquées. Comme gage de son approche proactive, le ministre des Finances a donc publié un calendrier de mise en oeuvre de 178 mesures contenues dans son budget. Dont l’exécution échoit au Budget Implementation Team (BIT) qu’abrite désormais son ministère.
Cette cellule n’est toutefois que le début d’un commencement de solution pour éliminer les atermoiements inhérents à l’appareil d’Etat. Le BIT, placé sous l’autorité de Duval, sera composé de fonctionnaires et de conseillers du ministre des Finances. Or, les fonctionnaires peuvent être de bien mauvais sherpas dès qu’on leur confie la tâche de prévenir les turpitudes de leurs propres confrères. Le directeur de l’Audit, pourtant habilité par la Constitution à faire la leçon aux ministres et Permanent Secretaries, en sait quelque chose. Il prêche dans le désert année après année !
Si le BIT prétend avoir une action déterminante dans la mise en oeuvre des mesures budgétaires, il ne lui faudra pas seulement compter sur les injonctions de fonctionnaires à fonctionnaires ou de conseiller politique à fonctionnaire. Mais préférer une sorte « d’approche Medpoint ». Oublions, pour la démonstration, le flou autour de l’achat de cette clinique. Attardons-nous plutôt sur la facilité et la célérité avec lesquelles les ministres de la Santé et des Finances d’alors, ainsi que leurs administrations, avaient collaboré pour en boucler la vente avant la date fatidique du 31 décembre 2010. C’est cet effet « Dear Pravind » là que Xavier Duval doit pouvoir dupliquer. En respectant bien évidemment nos lois anticorruption !
Plus sérieusement, il s’agit de traduire dans les faits l’approche ni carotte ni bâton dont Xavier Duval parle quand il évoque ses relations avec ses collègues. Car la mise en oeuvre des mesures budgétaires est en fait directement tributaire des qualités individuelles de leadership et de stratège des ministres mais aussi de leur capacité à travailler ensemble.

Un ministre qui amène ses fonctionnaires à boucler en temps et en heure la rédaction de guidelines ou de nouveaux règlements relatifs aux logements NHDC peut, à sa manière, lutter contre la pauvreté. Un autre qui exhorte les ingénieurs de son ministère à participer à un site visit au pied levé – parce qu’un très important investisseur étranger consent à faire une visite de prospection impromptue – peut contribuer à attirer quelques millions de dollars d’IDE dans le pays.
Xavier Duval sait que l’application de plus de la moitié des 178 mesures qu’il a annoncées ne dépend pas directement de son ministère. Il sait également que les fonctionnaires sont de grands procéduriers qu’un BIT aussi dynamique soit-il – ne saurait cornaquer à lui seul. Reste donc le travail d’équipe.
Rama Sithanen, en son temps, avait déploré le manque de soutien de ses collègues. Pravind Jugnauth, non plus, n’avait guère l’estime de ses voisins de table au gouvernement. Xavier Duval, qui vient de présenter un budget autant empreint de sa patte que de celle de Navin Ramgoolam, peut prétendre à un esprit de cohésion qui a cruellement fait défaut à ses deux prédécesseurs. Si, dans six mois, le ministre des Finances n’arrive pas à boucler au moins 50% de ses 178 mesures…on prendra la mesure du manque de cohésion au sein de ce gouvernement. Dans ce cas-là d’ailleurs, c’est un autre mot qui siéra mieux : incompétence !


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