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Ceux qui diront non

« Un “non’’ prononcé avec la plus profonde conviction  est préférable à un “oui’’ prononcé pour faire plaisir ou, pire, pour éviter les ennuis. »

Gandhi

C’est la saison du oui ! Navin Ramgoolam et Paul Bérenger vont se le dire officiellement dans les jours à venir. Et peu importe si la nouvelle loi électorale est votée avant ou après les prochaines élections générales, les noces des deux leaders politiques seront célébrées dans la ferveur d’un cinglant 60-0 administré au MSM. Mais est-ce que l’ensemble des 1,3 million de Mauriciens auront le cœur à la fête?

Sans surprise, l’argumentaire de vente classique sera ressorti pour nous vanter les bienfaits d’une chromothérapie rouge/mauve. A force d’avoir été bassinés avec, nous les connaissons tous… par cœur. D’abord, l’alliance PTr/MMM a le mérite d’apaiser les tensions ‑ notamment ethniques ‑ du pays. Ensuite, elle porte au pouvoir une « dream team » composée des meilleures compétences locales. Toutes susceptibles d’aider la nation à relever les défis sociétaux et économiques du moment et de l’avenir.

Les considérations plus personnelles, voire égoïstes, de ce mariage de raison sont moins vendables. Navin Ramgoolam cherche à régner localement et rayonner internationalement sans avoir à gérer le « day to day business » du gouvernement. Tandis que Paul Bérenger souhaite, lui, finir sa vénérable carrière politique en apothéose tout en préparant sa succession au MMM. Difficile d’expliquer comment la poursuite de ces deux objectifs concourt significativement à améliorer le quotidien des Mauriciens !

C’est donc sur le terrain démocratique qu’on tentera de placer l’avancée. Grâce à la IIe République, le Premier ministre ne sera plus tout puissant, il exercera ses prérogatives dans un cadre institutionnel rationalisé. Tandis que la réforme électorale permettra enfin aux citoyens d’élire des Mauriciens à part entière et non des candidats ayant l’obligation de se choisir une appartenance ethnique ou communautaire pour prétendre briguer les suffrages.

Malgré ses bienfaits, la réforme institutionnelle ne parviendra pas à éradiquer tous les travers de notre système politique. Les jeux d’alliances sont ainsi toujours promis à un bel avenir. Puisque le nouveau mode de scrutin reposera aux trois quarts sur le système First Past The Post, tous les partis politiques installés continueront à trouver un intérêt à participer à des sessions de koz koze sporadiques (pré et post élections) afin de contracter ou de changer d’alliance au moment opportun.

Ce statu quo dans le fonctionnement des rapports de forces politiques ne permettra pas aux principaux leaders de remonter dans l’estime de l’électorat. Cet immobilisme pourrait même conduire une importante partie des votants à lancer à terme une motion de blâme – dans et en dehors des urnes – contre l’accaparement du jeu électoral par les principaux partis.

En fait, la motion de censure a été déposée, en toute discrétion, depuis des années. Une analyse sommaire des statistiques de participation aux élections générales depuis l’indépendance démontre en effet l’érosion de l’intérêt des électeurs au fil des rendez-vous nationaux. En 1982, seuls 12 électeurs sur 100 avaient décidé de bouder les urnes. Lors du scrutin de 2010, le taux de désabusés est passé à 23%.

C’est à partir de 1991 que le désintérêt des électeurs pour les grand-messes politiques a commencé à se manifester de manière flagrante. Cette année-là, le premier épisode de la telenovela « Tout est possible en politique » avait été joué dans les urnes. Les épisodes se sont succédé : « Le remariage d’Anerood et Paul » en 1991, « Paul trompe Anerood avec Navin » en 1995, « Anerood et Paul se marient pour la troisième fois » en 2000, puis « Navin trompe Paul avec Pravind » en 2010. Tout au long, un nombre de plus en plus grand d’électeurs/spectateurs déçus a choisi de rester chez lui, préférant zapper le programme.

Combien seront-ils à zapper le prochain épisode: « Navin et Paul se marient pour faire chambre à part » ? Vu le peu d’enjeux d’un scrutin opposant le bloc PTr/MMM au MSM, il est déjà fort probable que bien plus de 23 électeurs sur 100 décideront finalement de ne pas exercer leur devoir civique. Rien ne dit, de plus, que les 70% de votants consentiront tous à regarder les mêmes acteurs rejouer dans le même feuilleton pathétique.

Dès lors se posera une nouvelle question : si les partis installés perdent leur crédibilité auprès d’une frange de plus en plus importante de l’électorat, qui sera en mesure dans les années à venir d’incarner l’alternance à une classe politique dégénérescente ? Les candidatures sont ouvertes…

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La voie B de Ramgoolam

Admettons que le tandem sir Anerood Jugnauth/ Paul Bérenger réussisse son coup. Que le 23 ou 30 avril prochain, le gouvernement de Navin Ramgoolam succombe, foudroyé par une motion de censure à l’Assemblée nationale. Le story-board idéal de l’alliance MMMSAJ prend alors forme. Ramgoolam organise précipitamment des élections générales anticipées, le verbe simple mais efficace et l’aura de SAJ font le reste. La victoire est acquise. C’est à quelques nuances près ce que s’imaginent les sympathisants de l’alliance MMM-SAJ.

Ils ont tort. Ramgoolam, dont les qualités de stratège se sont développées depuis sa défaite de 2000, ne manquera pas de réagir avec vigueur. Les seconds couteaux rouges croient savoir que la stratégie de leur patron va s’articuler autour de deux grands axes : décrédibiliser SAJ en réduisant son image à celle d’un vieillard sénile… avec l’aide bienveillante de la MBC. Ensuite laisser éclater quelques « affaires » auxquelles seraient mêlés des cadres du MSM. Les transactions autour d’un hôtel du littoral ouest ainsi que la saisie d’une cargaison de bois de rose à Maurice en 2011 feraient partie du package.

Cette stratégie serait toutefois contreproductive. D’abord parce que même avec ses 82 ans au compteur, SAJ dégage une aura de « bon père de famille » dont les propos interpellent la classe moyenne du pays. Ensuite attaquer ses adversaires sur le terrain des affaires, c’est s’exposer à en voir révéler d’autres en retour durant la campagne. Le pacte des loups liant les grands partis politiques est solide. Les deux camps se contenteront probablement d’insinuations lors de la campagne électorale. En évitant d’aller au bout de leurs démarches de dénonciation.

Reste alors la voie B… comme Bérenger. De 2000 à 2003, SAJ a été un Premier ministre « back seat » se contentant d’assurer une présence rassurante, voire dissuasive, au lieu d’incarner et d’exercer concrètement l’autorité au sein du gouvernement MSM/MMM d’alors. Si SAJ revient au pouvoir pour une période de trois ans, il sera probablement totalement réduit à un rôle de « token PM ». Si SAJ est de nouveau « in office », de toute évidence, c’estbien Bérenger qui sera « in power » et « in control ». Là est le point faible de l’accord MMM-SAJ.

Ce deal, taillé pour SAJ, ne laisse en effet que très peu de place à l’épanouissement des cadres MSM – voire de Pravind Jugnauth lui-même – au sein du futur gouvernement d’alliance. L’actuel leader du MSM coure ainsi le risque très réel de ne pas se retrouver sur le front bench d’un futur gouvernement MMM-SAJ. Plus grave encore, alors que le maroquin des Finances lui avait été servi sur un plateau en septembre 2003, rien n’indique que Pravind Jugnauth pourra légitimement prétendre au même fauteuil. Celui-ci devrait logiquement revenir à Vishnu Lutchmeenaraidoo à un point ou un autre de l’éventuel mandat du gouvernement MMM-SAJ.

Concrètement, Ramgoolam tient là le tableau idéal pour dérouler son argumentaire anti-MMM classique. Articulé autour de la présumée propension de Bérenger à vouloir exercer le pouvoir sans partage. Cette stratégie repose sur le fait qu’une élection opposant SAJ à Ramgoolam n’est pas prioritairement tranchée dans les circonscriptions urbaines. Mais dans la dizaine de circonscriptions constituant la Hindu Belt, d’où le MSM et le PTr puisent leur soutien électoral historique. Navin Ramgoolam n’inventera donc rien. Il agitera le même spectre que celui de décembre 2003. Lors de la partielle de Piton/Rivière-du-Rempart, il avait refusé le défi lancé par Pravind Jugnauth, préférant rappeler à l’électorat qu’il s’agissait, en fait, de choisir entre Bérenger et Ramgoolam. Les électeurs de la circonscription avaient clairement choisi leur camp. C’est face à ce même choix que Ramgoolam placer l’électorat dans le cadre d’une future campagne électorale.

Le leader du Parti travailliste minimisera les « divagations » de sir Anerood Jugnauth tout en mettant l’accent sur le fait que face à un SAJ de plus en plus effacé, voire amoindri, et à un Pravind Jugnauth au rôle réduit, Bérenger dirigera comme il le veut le futur gouvernement. C’est là un tableau susceptible de réveiller des peurs irrationnelles dans une partie de la population. Ramgoolam le sait, il utilisera donc cet élément à son avantage. Mais SAJ le laissera-t-il vraiment faire ?


Bérenger veut faire alliance

Paul Bérenger a trahi ses intentions. Il a suffi d’une phrase pour cela. A une poignée de minutes de la fin de son discours du 1 er mai, le leader du MMM a dit souhaiter que les pouvoirs du président de la République et du Premier ministre soient rééquilibrés. Décodé, son « Il faudra amender la loi pour accroître les pouvoirs du président de la République » donne : « Oui, je suis ouvert à la possibilité d’une alliance. »

Mais avec qui ? Avant de répondre à cette question, il convient d’expliquer la volte-face implicite de Bérenger quelques semaines seulement après ses déclarations tonitruantes à l’effet qu’il ne cherche nullement à se rapprocher de l’adversaire… notamment du Parti travailliste ( PTr). Si Bérenger en vient à faire des appels à « koz koze » depuis dimanche, c’est à cause d’une confi guration politique précise.

Les dernières élections générales ont prouvé une nouvelle fois que, seul, le MMM peut être un puissant parti d’opposition… mais pas de gouvernement. En effet, si Paul Bérenger choisit de garder le leadership du MMM et de se projeter comme l’alternative à Ramgoolam, son parti ne réussira – dans le meilleur des cas – qu’un score de 40 %, voire 45 %, lors de prochaines législatives. Bérenger sait cela.

Une alliance électorale en vue de reconquérir la majorité parlementaire s’impose donc au patron des mauves. Prisonnier de son statut de chef historique, sans plan de succession, Bérenger semble comme condamné à porter son parti au pouvoir dans le cadre d’une alliance. C’est à ce prix qu’il s’octroiera le droit de s’éloigner de la maison mauve sans courir le risque de la voir imploser.

La question fondamentale demeure donc : Bérenger préférerat- il faire des appels du pied plus explicites à son « ami » Navin Ramgoolam ou à son ex « petit frère » Pravind Jugnauth ? La préférence prononcée – historique même – du leader des mauves pour le PTr est connue. Bérenger reste persuadé que l’association de ces deux partis mène invariablement à une sorte de pax romana nationale. Synonyme, entre autres, d’apaisement de malaises diverses et variés dans notre société.

Ramgoolam a toutefois pris une direction particulière depuis plus d’un an. Sa menace « Mo pou fini MMM » semble de plus en plus sérieuse. Son langage aux relents communautaristes de dimanche n’est en rien anodin. Le message semble clair : tout le sépare de Bérenger. Conseillé par une troupe qui semble lui avoir prouvé qu’il peut gouverner sans le soutien de presque la moitié de la population, Ramgoolam pourrait ne faire que peu de cas de l’intérêt de Bérenger de contracter une alliance.

La dot proposée par le patron du MMM dans le cadre de ce mariage de raison peut paraître alléchante pour Ramgoolam. Le Premier ministre se targue régulièrement de son style présidentiel. Il cultive l’image de celui qui gouverne au-dessus de la mêlée des ministres politicards. Avec Bérenger et les trois quarts des votes assurés à l’Assemblée nationale, Ramgoolam pourrait se tailler un costume présidentiel sur mesure. Mais il y a fort à parier que le Premier ministre refusera cette union. Prendre la place de président – aussi puissant soit-il – signifiera également laisser certaines clés du pouvoir à un Premier ministre qui pourrait bien être Bérenger.

Faire cela, ce serait se risquer à susciter l’incompréhension dans l’électorat traditionnel travailliste non encore habitué au fonctionnement d’un régime présidentiel. Il suffi ra qu’un MSM abandonné et contrarié transforme cet arrangement – en termes de perception – en une abdication déguisée de Ramgoolam, un remake de « pouvwar pe sap dan nou lame » , pour que Ramgoolam en paie un certain prix politique et que le MSM en sorte étonnamment revigoré lors de prochains scrutins.

Ce scénario n’a rien pour plaire à Ramgoolam. Qui entend gouverner encore dix ans, voire davantage. Cette intention, toutefois, ne plaît pas nécessairement au MSM. L’ambition de Pravind Jugnauth grandit. Il n’est donc pas dit qu’il acceptera de rester dans l’ombre du patron des travaillistes pendant encore deux mandats. Il a prévenu dimanche qu’il a sa « dignité » et qu’il entend « se faire respecter » . Ces sentiments pourraient tôt ou tard le pousser à vouloir s’émanciper de la fonction de quatrième couteau du gouvernement de Ramgoolam.

Paradoxalement, c’est peut-être Paul Bérenger qui remettra très volontairement les clés de son émancipation à Jugnauth. Au travers d’une réforme – symbolique cette fois-ci – de la fonction présidentielle. En face d’un Ramgoolam vieillissant et potentiellement victime de l’usure du pouvoir d’ici un an ou deux, Paul Bérenger acceptera volontiers la fonction de joker politique de Pravind Jugnauth.

Dans un premier temps, il s’agira d’accepter une réforme a minima de la fonction présidentielle. Dans un objectif double. D’abord donner l’impression que l’ascension au Réduit de Paul Bérenger équivaut au couronnement d’une carrière et non à une voie de garage. Ensuite permettre au leader du MSM de prendre la tête du gouvernement sans que Paul Bérenger ne fasse office de Premier ministre bis dans les coulisses du pouvoir.

Bérenger a déjà dû faire ce calcul. Pravind Jugnauth également. La seule inconnue, c’est le temps qu’ils prendront pour mettre ce plan à exécution…


Le traumatisé

Le Premier ministre devrait-il recruter un psychologue comme son principal conseiller politique? Peut-être…

C’était le sujet de mon édito radio de ce matin sur Radio One.

« Le Cri » d’Edvard Munch


Elle court, elle court…la rumeur

Info? Intox? J’ai plutôt tendance à dire intox. Depuis hier soir, les rédactions du pays sont excitées par la « nouvelle ». En ce début de semaine, Navin Ramgoolam aurait clairement fait comprendre à Paul Bérenger qu’il n’y aura pas d’alliance Parti Travailliste/MMM. Cette « nouvelle » aurait suffit à ce que certains en déduisent deux choses :

  1. Une alliance entre Ramgoolam et le MSM est imminente. Faisant revivre la mythique formation bleu-blanc-rouge des années 80.
  2. Les élections sont imminentes car l’Assemblée Nationale va être dissoute aujourd’hui!

A l’heure où j’écris, tout ca n’est que de l’intox. Rien n’est avéré. Le MMM s’apprête même à enclencher de « grandes manœuvres » basées sur des informations inexactes qui ont été colportées…par ses propres cadres!

A coté de tout cela, certains de mes confrères, se croyant dans le secret des dieux (je dirais plutôt qu’ils sont dupés et instrumentalisés par ces « dieux ») annoncent déjà les accords politiques et la distribution des tickets depuis samedi dernier. En s’enorgueillissant de n’avoir pas eu tort jusqu’ici!

Une nouvelle tempête  s’est déclenchée dans le minuscule verre d’eau de la politique à Maurice. Tout journaliste que je suis, cette actualité à deux balles commence sérieusement à m’agacer!

Ce soir, Navin Ramgoolam a déclaré ceci : « Hier (c-à-d jeudi), le MSM m’a contacté pour me demander si j’étais disposé à négocier une alliance. J’ai dit oui ».


Oui, l’électeur est intelligent

S’allieront ? Ne s’allieront pas ? Cette question nous a trop préoccupés durant les dernières semaines. Tous – les médias compris – nous avons scruté chaque geste et parole de nos leaders politiques pour y déceler les signes d’un rapprochement ou d’un éloignement avec tel ou tel autre parti. Ce faisant, nous avons occulté l’autre question essentielle : pourquoi réélire Navin Ramgoolam, Paul Bérenger ou Pravind Jugnauth ?

Pour être honnête, nous ne connaissons pas la réponse à cette question. Tant les qualités respectives de chacun de ces leaders sont éclipsées par leurs propres faiblesses ou celles de leurs proches collaborateurs. Leur défaut le plus inadmissible est sans conteste la propension à considérer (parfois) l’électeur comme un individu moyennement intelligent ou alors à carrément le prendre (le plus souvent) pour un idiot.

Les politiques rechignent à faire appel à l’intelligence des électeurs. Ils l’ont démontré durant les trois dernières élections générales. En 1995, il s’agissait de « déboulonner Jugnauth », selon Navin Ramgoolam. En 2000, la priorité du tandem Anerood Jugnauth / Paul Bérenger était de « redresser le pays ». Ceux qui exigeaient une réponse plus argumentée se voyaient dire «Anerood, Paul ensam. Sa mem assez ! » Cela n’allait pas être assez pour empêcher Ramgoolam de revenir au pouvoir en juillet 2005, à la faveur d’une campagne dont la thématique subliminale, « pa laiss pouvoir sapp dans nou lame », n’a pas manqué de toucher la corde sensible d’un certain électorat conservateur.

En 2005, gouvernement sortant et opposition nous avaient démontré à quel point ils ne comptaient pas sur l’intelligence des électeurs en dévoilant leurs programmes respectifs à peine dix jours avant les scrutins du 3 juillet, soit le 24 juin. C’est à croire que les partis pensent que soit les programmes n’intéressent pas l’électeur, soit que celui-ci n’est pas assez intelligent pour le comprendre !

En 2010, les choses n’ont que peu changé. Aucun leader politique n’a produit jusqu’ici un début de commencement de programme. Ils sont tous sur le mode « j’ai fait ». Personne, pas même Ramgoolam, qui a pourtant l’avantage d’être au pouvoir, n’explique clairement « ce que je ferai ». La tactique reste simpliste. Aligner un argumentaire basique et espérer rallier l’électorat. Le Premier ministre bombe le torse en citant son sondage qui lui crédite des intentions de vote record. Bérenger met en avant sa réputation de « hard worker » et la « qualité » de son équipe. Tandis que Pravind Jugnauth se sert du seul argument qui lui rapporterait quelques votes, c’est-à-dire son patronyme !

Même si le bilan économique de Ramgoolam est positif, il ne peut se reposer sur ce seul aspect de sa performance pour demander aux électeurs de voter pour lui. Son projet, mais aussi ceux de Bérenger ou de Pravind Jugnauth devront tenir compte des dynamiques socioéconomiques profondes qui ont été enclenchées dans le pays depuis la fi n des années 1990. Et tenter de résoudre les paradoxes que connaissent les économies dont le développement devient source de déséquilibre.

A Maurice, il devient ainsi urgent d’apporter des réponses et des propositions  notamment aux questions suivantes. Comment ouvrir l’économie aux compétences et à l’investissement étrangers tout en sauvegardant les intérêts de nos citoyens ? Comment développer un entrepreneuriat qui cesse de copier les modèles qui marchent afin de bâtir son succès à partir de l’innovation et la recherche ? Comment faire cohabiter l’île Maurice à deux vitesses qui d’un côté envoie ses enfants dans des écoles à Rs 10 000 par mois, et qui de l’autre n’arrive pas à scolariser ses enfants malgré le transport gratuit et les facilités des institutions ZEP ? Comment moderniser cette fonction publique dont les services, s’ils étaient de qualité, aideraient à solutionner les problèmes que nous citons ?

Ce n’est là qu’une infi me partie des interrogations auxquelles les partis doivent répondre. Ce sont là des questions que les électeurs, pour la plupart intelligents, se posent. Alliance ou pas alliance ? Il est désormais temps d’exiger des réponses. Dans un scénario idéal, c’est en fonction des propositions politiques que nous devrions tous voter. Mais nous vivons dans un pays où – même s’il est intelligent – l’électeur a cessé de demander des comptes aux politiques.

A moins que cela ne change. Enfin !


Le petit perdant

Sorti du fameux «caro kan» depuis un an, voilà que Pravind Jugnauth, le leader du MSM,  s’apprête à y retourner. La politique est cruelle! L’édito du jour sur Radio One.

Le petit perdant.


Quelle victoire?

Où est l’opposition ? Vous aurez beau la chercher dans le sondage que nous publions en pages 8-9, vous ne la trouverez pas. Pour cause, l’enquête d’opinion Louis-Harris (LH2) démontre que Navin Ramgoolam a créé un vide politique autour de lui. Face à un Paul Bérenger vieillissant et un Pravind Jugnauth inexpérimenté, Ramgoolam apparaît comme le seul prétendant légitime à… sa propre succession.

L’opinion des personnes interrogées semble en effet trés tranchée. A chaque fois qu’il leur est demandé de choisir entre les trois leaders de la scéne politique nationale, leur préférence va invariablement au chef du Parti travailliste (PTr). Ainsi, deux personnes sur trois (66 %) disent souhaiter voir Ramgoolam reconduit à la tête du gouvernement. Si l’on se fi e à la perception, ils sont alors presque neuf sur dix (86 %) à penser que le Premier ministre sera réélu. En revanche, seuls 9 % des sondés considérent que Bérenger gagnera la prochaine bataille électorale.

Le leader du PTr récolte les dividendes politiques d’une stratégie consistant à se démarquer de ses adversaires en se posant comme un homme d’action et un réformateur. Du coup, il s’impose comme le dirigeant le plus apte à gérer le pays : 70 % des sondés estiment que le chef des travaillistes est capable d’améliorer la situation du chômage. Alors que seuls 8 % jugent Pravind Jugnauth compétent dans ce domaine. Ailleurs, ils sont 73 % à trouver que Ramgoolam peut améliorer l’école et la qualité de l’enseignement. Tandis que Bérenger ne recueille que 21 % d’avis favorables.

A quelques semaines des élections, le choix électoral des personnes interrogées semble donc se cristalliser. Au bénéfi ce, encore une fois, du Premier ministre. C’est ce qu’indiquent les intentions de vote. Les fanfaronnades de mercredi dernier du Premier ministre sur sa force électorale prennent tout leur sens. En effet, dans tous les cas de fi gure, une équipe dirigée par Navin Ramgoolam semble être en mesure de gagner les élections si l’on se fie au sondage.

Les intentions de vote expliquent, dans une certaine mesure, pourquoi Ramgoolam a été tenté jusqu’ici soit par une lutte à trois, soit par une alliance avec le MMM. Effectivement, l’étude indique qu’opposé à un bloc MSM/MMM, l’Alliance sociale de Ramgoolam obtiendrait une victoire électorale avec 53 % d’intentions de vote. Le poids électoral du MSM est tellement insignifi ant qu’un regroupement PTr/MSM ne recueillerait , lui, que 52 %. Alors que le MMM, dans ces conditions obtiendrait les suffrages d’un sondé sur quatre (25 %).

Ramgoolam dit vouloir depuis plusieurs mois une majorité des trois quarts au Parlement afin d’entamer des réformes profondes. Mais avec 53 % d’intentions de vote, il n’est pas dit que le leader rouge obtiendra à coup sûr les 45 siéges minimum qu’il souhaite. En revanche, dans une alliance avec le MMM, avec les 64% d’avis favorables que celle-ci recueille, Ramgoolam part assuré d’une 60-0 sans appel. Si ce sondage est avant tout un état des lieux de l’opinion de début février, il indique néanmoins une dynamique favorable au Premier ministre. En effet, entre la derniére étude de LH2 en juin 2009 et le dernier exercice, l’action du leader du PTr semble davantage appréciée. En juin 2009 moins de six personnes sur dix (58 %) jugeaient « satisfaisante » l’action du gouvernement Ramgoolam. Un semestre plus tard, elles sont désormais trois sur quatre (75 %) à avoir un avis favorable.

Ces indicateurs peuvent-ils progresser dans les semaines à venir ? Navin Ramgoolam peut-il prétendre disposer d’une force politique telle qu’il décidera d’aller seul aux élections avec la conviction d’y rafl er la majorité qu’il désire ? Ce sont probablement ces questions qui agitent le Premier ministre depuis quelque temps. Sauf que l’heure de la décision est arrivée. Les potentiels alliés, aujourd’hui dans l’opposition, s’impatientent. Pour Ramgoolam les alternatives sont désormais posées. Soit il consent à se lancer seul dans la bataille avec l’espoir de remporter la majorité la plus confortable possible. Ou alors il s’engage sur la voie d’un gouvernement d’unité nationale, avec le MMM, avec cette fois-ci la certitude d’une victoire totale. Qu’importe son choix… dans les deux cas, Ramgoolam gagne.


Une question d’image

Le premier acte de la campagne électorale de Navin Ramgoolam est posé. Lors de ses vœux du 1er janvier, le Premier ministre a verrouillé les règles du jeu selon lesquelles il entend mener la bataille des urnes qui s’annonce imminente. La posture de Ramgoolam est claire. Plus qu’un affrontement des partis politiques, il souhaite une confrontation de leurs chefs. Il se sait avantagé sur le terrain. Il en profite.

« C’est en temps de cyclone…qu’on reconnaît la valeur d’un bon capitaine. Sa capacité », affirme le Premier ministre. Dans la mêlée des chefs, Ramgoolam dépasse en effet d’une tête ses adversaires. Aidé en cela par un mandat durant lequel son autorité sur son parti et son gouvernement a été incontestée. Pravind Jugnauth et Paul Bérenger ne peuvent prétendre au même bilan politique.

L’opposition a régulièrement connu des secousses internes depuis les élections de juillet 2005. A commencer par le douloureux divorce MSM-MMM fin 2005. Suivi d’une animosité grandissante entre les deux factions au fil des années. Si Pravind Jugnauth a retrouvé le chemin du Parlement en mars 2009, son parti a néanmoins perdu trois de ses députés – Ashock Jugnauth, Sekar Naidu et Joe Lesjongard. Tous passés au MMM.

L’autre opposition, moins « loyale » celle-là, n’a pas non plus été épargnée. Jusqu’à la veille du 40e anniversaire du MMM, le parti a été miné par des démissions au sein de ses diverses instances. En plein maelström, la stratégie politique de Paul Bérenger a été régulièrement remise en cause. Jusque par ses proches collaborateurs. Qui, pour certains, sont même allés jusqu’à poser la question de la succession du leader du MMM.

En face, Navin Ramgoolam arrive tranquillement à sa fin de mandat. L’image du Premier ministre a radicalement changé comparé à septembre 2000. Finie l’étiquette « disco boy » ou de fêtard aimant la « Macarena ». Résolu, le casse-tête des ministres déférés devant les juges anti-corruption. C’est à peine si l’on parle encore de la propension de quelques proches du régime casés dans certaines institutions publiques – à abuser outrancièrement de leurs fonctions. Débarrassé de ce parasitage, Ramgoolam se concentre sur l’essentiel : la défense de son bilan économique et politique.

Sur le plan économique, les statistiques volent au secours du Premier ministre. Il consacre d’ailleurs près des deux tiers de son discours à faire un bilan économique comparatif de son gouvernement avec le précédent. « Malgré la crise », Ramgoolam égrène les indicateurs positifs : croissance, inflation, réserves en devises, et investissement direct étranger notamment. La conclusion s’impose selon lui : son gouvernement « a tenu ses promesses » dont celle de faire de l’économie la priorité de l’année 2009.

Navin Ramgoolam, dans ses récents discours sur l’économie, a pris soin de créditer son ministre des Finances pour sa réforme et la relative bonne performance de Maurice en temps de crise. Point de cela durant l’allocution du 1er janvier. Le Premier ministre se veut cohérent dans sa démonstration. C’est avant tout grâce à son « leadership et sa vision à long terme » que le pays enregistre de bons résultats économiques. La rhétorique se fait présidentielle. Ramgoolam a décidé, son gouvernement a exécuté. Selon la formule de l’ancien président français Jacques Chirac.

Perché sur son socle présidentiel, Ramgoolam dicte donc sa vision de la campagne électorale. « Sans démagogie et attaques personnelles » et sur des « issues » comme l’économie, l’emploi, la santé ou l’environnement. Durant cette campagne, Ramgoolam dit vouloir « faire confiance à l’intelligence des Mauriciens » dont il attend le verdict avec « confiance, sérénité et fierté ».

C’est sans doute aussi avec confiance que le Premier ministre attend son heure. Pour décider de l’ordre de bataille qu’il adoptera pour les prochaines élections générales : seul ou en alliance avec l’un des deux partis de l’opposition qui passent tous deux leur temps, en ce moment, à supputer sur le choix de Ramgoolam. Pendant que celui-ci, défend son bilan tout en se permettant, entre-temps, le luxe d’asseoir davantage son image de leader politique au-dessus de la mêlée.

Mais Ramgoolam pourrait tout aussi bien se laisser rattraper par la mêlée. Les leaders politiques ont de bien étranges névroses. La peur de ne pas être aimé en fait partie. C’est peut-être cela ce qui va finalement pousser Ramgoolam à choisir l’option MMM afin de rasseoir son image un peu écornée de « rassembleur ». En s’alliant au MSM, c’est au contraire son image de chef de clan incontesté d’une ile Maurice rurale et traditionnelle qu’il consolidera. Les deux options le mèneront à la victoire. Aussi, il fera son choix « le moment venu. » C’est-à-dire assez vite…

D’autres commentaires sur cet éditorial


Vœux politiques

Chers Navin, Paul et Pravind. Vos partisans vous ont sans doute déjà dit à quel point vous êtes des leaders charismatiques, visionnaires et justes, tout en vous souhaitant le meilleur pour 2010. Les vœux des citoyens raisonnables de ce pays sont autres. Si 2010 doit vous apporter quelque chose, nous souhaitons que ce soit le sens de la modération.

En cette année électorale, vous serez chacun tenté de mettre toutes les chances de votre coté pour rallier les suffrages d’une majorité de la population. Vous Navin, l’avez souvent rappelé : « On ne peut gagner une élection à n’importe quel prix. » Il faudra y penser cette année. Car vos choix politiques d’alliances et de mésalliances – auront un effet certain sur la paix sociale du pays.

Ce qui est certain, c’est que chacun d’entre vous a durant les dernières semaines envisagé plus ou moins sérieusement de vous allier les uns aux autres. Navin et Paul, si officiellement vous êtes chacun satisfait de votre place sur l’échiquier politique, vous avez néanmoins discuté, à distance, de la possibilité d’un rapprochement. Pravind, malgré les apparences, vous et vos lieutenants avez laissé une porte entrouverte pour Paul. Tandis que l’entrée principale est restée ornée d’un tapis rouge…qui attend toujours d’être foulé par Navin.

Le pire, Navin, Paul et Pravind, c’est que personne n’est dupe. Les plus fidèles de vos partisans aiment à l’avouer : « Tout est possible avec eux ! » Il y a une chose par contre que nous aimerions caser hors du vaste champ de vos possibilités. Une chose qui risquerait de nous faire revivre les dramatiques événements de 1967-68 ou de février 1999. Le phénomène le plus inquiétant et potentiellement dangereux pour notre paix sociale serait que 2010, tout en étant une année de polarisation politique, soit également marquée par une polarisation ethnique.

L’élément qui pourrait potentiellement déclencher une telle polarisation est connu : une alliance Parti travailliste-MSM. Navin, vous êtes celui qui a le pouvoir de conclure ou d’enterrer cette alliance. En le faisant, vous n’ignorez pas que vous allez envoyer un signal fort au pays et à ses minorités. Le MSM, avec ses 9 % d’intentions de vote (sondage « Sofres » de mai 2009), n’est qu’une force d’appoint pour vous. C’est un ajout qui n’accroîtra que marginalement votre assise électorale. Par contre, malgré votre PMSD réunifié, presque un Mauricien sur cinq se sentira potentiellement exclu de votre alliance.

Vous savez pourquoi. Parce que cette alliance sera perçue comme une force politique homogène, proche d’une population rurale et traditionnelle soucieuse de préserver ses privilèges. Bien vite, une partie de la population considérera que c’est l’alliance des « bann-là. » Très vite, vos décisions objectives, mais bénéfiques, disons, aux habitants de Flacq seront perçues comme étant clientélistes par des citoyens de Roche-Bois ou de Case-Noyale. Parce que la lutte contre la pauvreté est un long combat, très vite, dans les poches de pauvreté du pays on aura l’impression que seuls certains Mauriciens obtiennent les dividendes de vos actions économiques et sociales. C’est le danger d’un gouvernement bâti sur une polarisation ethnique de l’électorat.

Pour des raisons qui vous appartiennent Navin, vous pensez que la plateforme susceptible de rassurer la grande majorité des Mauriciens – une alliance PTR-MMM sera difficile à gérer. Vous n’avez pas complètement tort. Paul, trop dirigiste, trop intrigant, a été botté hors de plusieurs gouvernements. Rien ne dit qu’il a changé de méthode après 40 ans de vie politique. Contrôler les appétits de pouvoir d’un Pravind vous semble sans doute donc plus reposant que surveiller un Paul hyperactif.

Toutefois, Navin, vous devez savoir que les perceptions jouent en votre faveur. C’est un atout bien intéressant, maintenant que vous avez réellement et sérieusement commencé à jauger vos possibilités en termes d’alliance. Longtemps, vous avez été sensible au discours de vos lieutenants, il fallait faire une alliance. C’était une question de « d’atténuation de risques » comme aime à le dire l’un de vos proches. Mais les mois ont passé. Votre stratégie consistant à diviser l’opposition a marché à merveille. Valeur du jour, en termes de perception, une bonne partie des Mauriciens pense que vous êtes en mesure de remporter seul les prochaines élections.

Pour vous, plus que pour vos deux autres camarades leaders de partis, l’heure est à la modération. Dans votre langage d’abord, en abandonnant ce discours guerrier qui donne à une partie de la population et de ses décideurs économiques le sentiment que vous leur en voulez. Ensuite dans vos actions, en montrant que vous n’avez pas été accaparé par toutes sortes d’organisations socioculturelles et que vous méritez encore qu’on vous appelle le « rassembleur ». Enfin dans votre stratégie, durant les cinq dernières années, vous avez fait la preuve qu’on peut mettre en œuvre des réformes sans majorité des trois-quarts à l’Assemblée nationale.

Vous semblez obsédé par cette majorité. Et avez donné l’impression Navin, que toute votre stratégie politique doit vous permettre d’atteindre cet objectif. Mais l’heure est à la modération. Le vrai objectif, le seul qui vaille en 2010, c’est l’atténuation des inégalités dans notre pays. Une stratégie qui fasse que notre système politique, social et économique cesse de créer deux catégories de citoyens : l’une vivant dans l’île Maurice moderne et l’autre dans le tiers-monde. Mais la question demeure. Si vous choisissez cette stratégie, allez-vous la mettre en œuvre seul ou avec un partenaire ?

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