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Les leçons d’une condamnation

Malgré les simagrées des politiques, la presse locale demeure, en tant qu’institution, largement respectée par ses lecteurs et auditeurs. Ils sont, en effet, environ huit sur dix à le dire, sondage après sondage. C’est là, une sorte d’exception mauricienne. En effet, les lecteurs des grandes démocraties nourrissent, eux, une défiance grandissante envers les journalistes. Ils ont leurs raisons.

Dans certains cas, on accuse la presse de recourir au sensationnalisme et à des méthodes de bas étage pour faire vendre. Dans d’autres, c’est son attitude connivente avec le monde politique et des affaires qui pousse les lecteurs à remettre en question l’indépendance des journalistes. Dans tous les cas, c’est l’attitude de la presse à l’égard de ses propres turpitudes qui creuse le fossé qui la sépare de son audience.

Les redresseurs de torts que sont les journalistes prennent en effet trop souvent la fâcheuse habitude de ne pas reconnaître leurs erreurs quand ils s’en rendent coupables. Et cela arrive… trop souvent. Pour ne rien arranger, la profession, pense le grand public, fait preuve d’un corporatisme forcené en se rangeant systématiquement derrière ses membres qui fautent.

Si l’on en croit les deux juges de la Cour suprême qui ont condamné Dharmanand Dhooharika à trois mois de prison, celui-ci a bien fauté. Le délit d’outrage à la cour pour lequel le rédacteur en chef de Samedi Plus a été jugé était même, toujours selon eux, suffisamment grave pour mériter une peine d’emprisonnement relativement lourde.

Certes, les juges sont souverains dans le choix des peines — souvent proportionnelles à la gravité de l’infraction commise. Or, c’est justement la proportionnalité de la peine qui nous interpelle dans le cas Dhooharika. Un voleur, non récidiviste, ayant dérobé quelques bottes de coriandre sur un marché ne mérite probablement pas la prison ferme. De même, on se demande pourquoi une peine aussi sévère a été prononcée contre Dhooharika, une personne qui ne représente a priori aucune menace réelle pour la société.

D’autant plus que les juges disposent d’une palette de peines. Qui vont de la forte amende de Rs 300 000 aux travaux d’intérêt général. La prison n’est qu’une mesure extrême. Et là encore, on ne peut que dire notre incompréhension de voir Dhooharika emprisonné comme un vulgaire criminel à Beau-Bassin. Alors que la possibilité d’une incarcération à la prison ouverte de Richelieu existe, en théorie.

Cette incarcération, malgré tout, n’en est pas moins une terrible leçon. Ou plutôt un rappel brutal : le journaliste est un citoyen comme les autres. Il est passible de prison quand il enfreint les lois. Les grandes démocraties, dans le but de protéger la liberté d’expression et de la presse, ont complètement dépénalisé les délits de presse. De sorte qu’aucun journaliste ne soit condamné à de la prison dans l’exercice de sa profession. C’est un objectif « droitdelhommiste » vers lequel nous devons tendre. Toutefois, en attendant que l’Etat mauricien, dans sa sagesse, fasse évoluer nos lois dans ce sens, il faut composer avec celles que l’on a.

En effet, notre Code pénal prévoit plus d’une demi-douzaine de délits susceptibles de valoir de lourdes amendes ou des peines d’emprisonnement aux journalistes. Notamment: « outrage against public and religious morality; inciting disobedience or resistance to law; seditious publication; criminal liability for defamation; insult; false and malicious denunciation in writing; publishing false news… » Le code civil permet également d’engager la responsabilité civile du journaliste pour diffamation ou non-respect de la vie privée. Les dédommagements dans ces cas peuvent atteindre des montants conséquents.

Les politiques ont pris pour habitude de représenter les journalistes comme étant sans foi ni loi. La condamnation de Dhooharika indique toutefois que ce n’est pas vrai. Le rédacteur en chef de Samedi Plus vient, malgré lui, de prouver au grand public et à la classe politique que les lois encadrant la presse sont déjà sévères et applicables, en l’état, par nos juges. Après cela, peut-on encore prétendre, comme le fait le Premier ministre, qu’il convient de « durcir » les lois sur la presse ?


Face à face avec Nita Deerpalsing

L’émission d’hier sur Radio One a été « sportive », comme me l’ont décrit les personnes qui l’ont écouté. Nita Deerpalsing, députée et directrice de la Communication du Parti Travailliste a répondu aux questions sur le boycott de la Sentinelle par le gouvernement. Bien évidemment, de son point de vue, tout se justifie…et il n’y a absolument aucune atteinte à la liberté d’expression et au droit à l’information par le gouvernement. Heureusement que vous n’êtes que peu nombreux à partager cette opinion!

Voici quatre larges extraits du face à face d’hier.

ps: j’ai trouvé un nouveau site pour héberger les interviews. Ce qui veut dire que je recommencerai à poster régulièrement le face à face du lundi sur le blog.


Réglez vos comptes

Vous leur confiez régulièrement votre vote et votre argent. Vous êtes donc nombreux à vouloir savoir ce que les élus de la République et les ministres du gouvernement en font. Vous pourriez exercer votre droit de regard lors d’un entretien avec un député ou un ministre. Durant lequel vous lui sommeriez de vous expliquer son action politique tout en lui demandant de vous dire pourquoi il n’a pas tenu telle promesse ou poursuivi telle action. Vous pourriez également exiger de lui qu’il vous expose comment a été dépensé l’argent que vous – et des centaines de milliers d’autres Mauriciens – avez reversé à l’Etat sous forme d’impôts, taxes et droit de douanes. Vous pourriez solliciter un tel entretien. Mais il y a peu de chances que celui-ci ait lieu.

Alors comment demander autrement des comptes à ceux que vous avez installés à la direction du pays ? Les plus naïfs d’entre vous diront qu’il suffit de regarder la MBC pour savoir tout sur ce que fait ou ne fait pas le gouvernement. Le hic, c’est que la radiotélévision nationale ne donne, depuis des lustres, que la version officielle des choses. S’il fallait compter sur elle, vous ne sauriez rien des scandales qui secouent les gouvernements. Ou des gaspillages faramineux dont ils se rendent parfois coupables. Et encore moins des dérapages et turpitudes des dirigeants politiques.

Reste la presse libre et ses journalistes. Ce sont ces derniers qui posent les questions embarrassantes au pouvoir. Qui remettent en cause le bien-fondé de telle ou telle politique gouvernementale. Qui, dans certains cas, identifient et dénoncent des inégalités sociales ignorées des autorités publiques. Les journalistes, dans une démocratie opérante, agissent ainsi comme de véritables gardiens de l’intérêt général. Des relais essentiels qui permettent aux citoyens de demander et d’obtenir des comptes de l’Etat.

Ne nous y trompons pas. Notre droit reconnaît toute la palette des fonctions du journaliste. Ainsi, la Newspapers and Periodicals Workers Remuneration Order (R.O) de 2001 identifie explicitement les « duties » du journaliste. « Interviewing persons, attending public functions and seeking information from other sources concerning his subject of interest; writing reports and commentaries, interpreting the facts to give a personal assessment of their causes, consequences and likely implications… »

La description qui est faite de la fonction du journaliste correspond assez rigoureusement à la manière dont les journalistes et éditorialistes du groupe La Sentinelle exercent leur métier. Les définitions contenues dans ce R.O tendent ainsi à démontrer que notre Etat reconnaît implicitement le droit à l’information de ses citoyens. Chargeant, au passage, les journalistes d’exercer l’un des métiers permettant aux citoyens de jouir de ce droit.

Mais n’est pas journaliste qui veut. Avant d’obtenir sa carte de presse, toute personne fait l’objet d’une enquête de voisinage. Son casier judiciaire est consulté. Si aucune anomalie n’est détectée, elle devient l’« accredited representative » d’un journal. Un statut certifié par le Directeur des « Information Services » du bureau du Premier ministre. Toutefois, même après l’obtention de sa carte de presse, le journaliste n’est nullement « ex lex ». Il est ainsi redevable devant les tribunaux si jamais il dit ou publie des propos diffamatoires ou séditieux par exemple.

Ayant rappelé ces faits, revenons donc au refus du ministre des Finances d’autoriser l’accès à sa conférence de presse à des journalistes du groupe La Sentinelle. Ainsi qu’à l’attitude de certains ministres, dont Maya Hanoomanjee et Sheila Bappoo, qui ont décidé de ne plus parler à certains journalistes dont ceux de Radio One.

Deux choses ressortent de ces postures. D’abord l’illégalité de telles initiatives. En effet, les journalistes de La Sentinelle sont détenteurs de cartes de presse. Ce qui leur confère le droit d’exercer leur métier tel qu’il est décrit dans le R.O. Par ailleurs, les empêcher de travailler librement revient aussi à enfreindre le droit à l’information des lecteurs et auditeurs des titres du groupe de presse. Ce ne sont là que des faits. Ils sont indiscutables. Pravind Jugnauth et son patron Navin Ramgoolam vont-t-il l’être davantage. En essayant de justifier un boycott injustifiable ?

D’autres commentaires sur cet édito.


IBA, la suite

La réunion a donc eu lieu. L’Independant Broadcasting Authority était représentée par son président Trilock Dwarka, son directeur Suraj Bali ainsi que par son homme de loi. Les représentants de Radio One étaient Nicolas Adelson, le directeur, Me Michel Ahnee, avocat du groupe et moi.

Le ton était déjà donné dans les premières secondes de la rencontre. Trilock Dwarka a adopté une attitude amicale « ki manière Rabin? » avant de s’empresser de dire « narien grave, ene réunion informel ca. »

La réunion était en effet informelle. L’IBA voulait « express » son « concern » à l’effet que des expressions et formulations utilisées à répétition dans mes éditoriaux pouvaient finir par contrevenir à la loi de l’IBA et à son code de conduite.

Ainsi donc les mots suivants: « obsession » « polytraumatisé » « insécurité maladive»  et « insécurité », sont à proscrire quand je fais référence au Premier ministre ou à n’importe quel autre candidat. Car ceci pourrait revenir à violer cet article du Code de conduite de l’IBA.

A.3 Political programmes and paid political announcements
(1) Political programmes and paid political announcements shall not –

(a) involve character assassination or vilification of any candidate or other person, or any adverse comment on the integrity of any person;

(b) involve any attack on the integrity of the President, the Vice-President and members of the Judiciary;
(c) contain political appeals based on race, colour, caste, creed or place of origin;
(d) contain any defamatory, offensive or blasphemous language, or any language (or tone of language) which may provoke violence or sedition;
(e) contain any remarks likely to hurt the feelings of any person by reason of his sex, race, colour, caste, creed or place of origin;
(f) contain any statement which may constitute or result in a breach of law.

Bon, ils ont parlé, nous avons écouté. Aucune suite n’est donnée à cette rencontre. Aucun avertissement servi. Aucune sanction prise, ni aucune excuse prononcée. Néanmoins, Me Ahnee s’est proposé d’envoyer une correspondance à l’IBA pour lui rappeler la jurisprudence  en matière de commentaires et d’éditorialistes. La loi et les tribunaux sont en effet très attachés au principe de la libre expression des opinions dans les journaux. Ce sera un rappel utile à l’IBA.


…And justice for all

J’ai appris ce soir que l’Independant Broadcasting Authority veut m’entendre, ainsi que la direction de Radio One, ce jeudi. Motif: mon édito radio de ce matin aurait violé l’IBA Act et le code de conduite que l’autorité régulatrice de l’audiovisuel local a mis en place dans le cadre de la campagne électorale.

J’ai écouté et réécouté l’édito en question. Mes confrères à la radio ont également fait le même exercice. Et personne, jusqu’ici, n’a pu trouver en quoi cette opinion contrevient au code de conduite ou à la loi IBA. J’ai ma petite idée sur l’explication derrière cette mise en demeure et sur pourquoi on nous cherche noise. Je compte la dire de vive voix  et sans détour aux « sages » de l’autorité ce jeudi!

Ce qui m’étonne beaucoup, par contre, c’est que ces mêmes « sages » ne semblent absolument pas se rendre compte du déséquilibre flagrant qui règne sur la télévision nationale en matière de couverture politique. Que dire devant cette incongruité? La « sagesse » de l’IBA a peut-être ses raisons que la raison (politique) n’ignore pas!!!


La vidéo de la colère de Navin

Je n’étais pas seul à St Aubin hier. Deux de mes compères du journal voulaient également assister à la sortie programmée de Navin Ramgoolam. Nous étions assez curieux. Car nos amis et contacts gravitant dans le cercle du Premier ministre nous avaient prévenu que sa réaction allait être virulente.

Mais en écoutant l’intervention de Ramgoolam, il devenait évident qu’il n’allait pas glisser. Il restait invariablement sur deux thématiques : sa mère et l’Arya Samajisme. Tout en n’omettant pas de raconter ses incontournables souvenirs d’enfance et de jeunesse. Le discours se termina ainsi. En clignant de l’œil, la personne responsable de la communication du Premier ministre me lança : « alors? Déçu d’être venu pour rien ? Au moins tu auras vu le sud du pays ! »

En effet, on était assez déçu. D’autant plus que Ramgoolam se refusait obstinément à donner une déclaration à mes confrères qui le tannaient au sujet de la récente « gaffe » de Rama Valayen, plus tôt durant la semaine.

Le Premier ministre était en train de se diriger vers sa voiture. Il allait repartir. Selon toute évidence, nous étions venus pour rien. Mais il se trouvait qu’il allait passer pas très loin de moi. Je n’ai donc plus bougé et j’ai attendu. Espérant qu’il croise mon regard. C’est exactement ce qu’il s’est passé. Il s’est illico arrêté. Une poignée de main et la conversation était lancée. Elle ressemblait à ça** :

Ramgoolam en colère ? Oui, il l’était. Désolé pour la qualité du son, on n’entend pas grand chose de la conversation. En résumé, il m’a dit que j’avais été de « mauvaise foi ». Je l’ai assuré que j’allai publier la photo de lui et d’Obama cette semaine. Il a poursuivi en m’assurant qu’il « fallait » qu’il voit Mugabe. Suite à quoi on a eu une rapide discussion sur ce qu’on reproche au Président du Zimbabwe.

Avant que la conversation ne se termine, je lui ai rappelé que cela faisait quelque temps que je lui ai demandé de m’accorder un entretien. D’abord la réponse a été « non, si zot fer coum ca, mo pas pou donné. » J’ai avancé quelques arguments pour qu’il change d’avis. A quoi il a répondu « Ok, nou ava guetté. » On s’est séparé sur cette note…

** La vidéo est de Guillaume Gouges.


La riposte de Ramgoolam

Je pense connaître l’heure et la date de la riposte de Navin Ramgoolam à l’article paru ce dimanche. Je m’attends à une sortie très virulente du Premier ministre demain. Ce sera probablement lors de la cérémonie de pose de première pierre du Lady Sushil Ramgoolam Hindi Patshala**. Elle aura lieu au Saint-Aubin Arya Samaj Mandir à 14h45.

Quelques bribes d’information me sont déjà parvenues. Bien évidemment, le Premier ministre n’a pas du tout apprécié mon texte de dimanche. Si j’ai bien compris, il n’a lu l’article qu’à sa descente d’avion très tôt ce matin. Toutefois, ses conseillers avaient pris la peine de lui envoyer la caricature de Pov parue dans le dernier numéro de l’express-dimanche. Ce dessin aurait mis Ramgoolam et certains de ses conseillers très en colère.

Voici le dessin :

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Pour Ramgoolam, notre volonté de nuire semble avoir été établie. Donc il faut s’attendre à ce qu’il ait des propos très durs à l’égard du journal et envers moi. Il ne manquera peut-être pas de faire référence à nos querelles passées. Tout en prenant soin de ne pas me nommer…

Les attaques de Ramgoolam sont très prévisibles. Les manifestations organisées par des associations socioculturelles et religieuses sont ses champs de bataille préférés. C’est là qu’il se livre à ses attaques les plus virulentes contre ses meilleurs ennemis : « les dinosaures du secteur privé », « la presse », « les traitres », « racistes »et autres politiques en tout genre.

Demain les mots clés seront probablement « fausse nouvelle », « manque de professionnalisme », « besoin de contrôle sur la presse », « presse partisane », « incompétence » etc.

Le calendrier me pose toutefois un énorme problème pratique. Je veux aller à cette fonction, où la presse a bien évidemment été invitée. Mais les vendredis et samedis sont à peu près les deux jours les plus intenses de ma semaine. Et perdre près de trois heures pour aller et revenir de St Aubin, et une heure à écouter Ramgoolam…c’est sacrifier la moitié de ma journée de demain. Mais quand une personne vous insulte, il vaut mieux la regarder droit dans les yeux. Je vais donc tout faire pour être présent demain à St Aubin !

** Patshala est le mot hindi désignant une école.


La photo de la discorde

J’avais faux. Il y a bien eu une photo immortalisant la rencontre de Navin Ramgoolam et de Barack Obama à New York cette semaine. Depuis ce matin, les partisans travaillistes mais aussi ceux attachés à la rectitude m’ont fait remarquer la « gaffe » commise. Oui, mon article contient une information erronée. Mea culpa. J’assume.

Toutefois, il faut bien comprendre le contexte avant de décréter ma mauvaise foi (…de « semi-intellectuel » diront certains) ou celle de mon journal. Il y a des faits ! Quels sont-ils ? Le déjeuner de travail entre Obama et les dirigeants africains a eu lieu mardi dernier. En fin de semaine, la cellule de communication du Premier ministre nous a fait parvenir une mini-série de photos prises en marge de l’évènement. Aucune d’entre elles ne montre Navin Ramgoolam en compagnie d’Obama. Et pour cause, cette réunion s’est tenue à huit clos. Vendredi soir, j’ai essayé de faire une recherche sur le site de la Maison Blanche pour trouver une photo réunissant Ramgoolam et Obama durant l’évènement. Il n’y en avait pas. Je n’allais pas être plus royaliste que le roi. Si le site de la Maison Blanche et le service de comm’ du Premier ministre n’avaient pas encore fourni de photo, je n’allais pas persister à la chercher à 21h45 samedi soir, à l’heure du bouclage de l’express dimanche.

Ce que j’avais, par contre. C’était cette photo :
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Ramgoolam en conversation avec Robert Mugabe, le Président du Zimbabwe, l’un des chefs d’Etats les plus infréquentables de la planète ! Jeudi, j’ai montré ce cliché à mon équipe. En partageant mon étonnement. Pourquoi diable le service de communication du Premier a décidé d’envoyer à la presse une photo de Navin Ramgoolam en compagnie d’un individu aussi peu recommandable !? L’idée est partie de là. Écrire un article court et grinçant pour rappeler qui est Robert Mugabe. Journalistiquement, la photo de Ramgoolam à montrer cette semaine était celle où on le voit avec Obama. Mais nous ne l’avions pas. L’article sur « L’autre rencontre de Ramgoolam » demeurait donc tout à fait pertinent.

Car il faut le redire. Mugabe n’est pas un démocrate. Navin Ramgoolam, le Premier ministre de la République démocratique de Maurice, n’a pas à s’afficher avec un tel individu. « L’autre rencontre de Ramgoolam » n’était en rien un évènement à immortaliser en photo !

A NEW YORK
L’AUTRE RECONTRE DE RAMGOOLAM

Navin Ramgoolam ne rentrera pas au pays avec une photo souvenir le montrant en compagnie du président américain Barack Obama. Huit- clos oblige, aucune photo n’a pu être prise durant le déjeuner réunissant Obama et 25 chefs d’Etat de la région subsaharienne ce mardi. Un autre cliché témoigne toutefois du passage de Navin Ramgoolam à l’assemblée générale de l’Organisation des Nations Unies ( ONU). Celui où on voit le Premier ministre mauricien en compagnie de Robert Mugabe, le président du Zimbabwe.

Aucune information n’a filtré au sujet de leur conversation informelle. Néanmoins, Ramgoolam et Mugabe n’ont pas dû manquer de sujets de conversation. Ils accordent tous deux un vif intérêt à deux dossiers : la liberté de la presse et la démocratisation de l’économie. En 2003, Mugabe a eu raison de la presse indépendante dans son pays. Son régime a interdit au journal Daily News de paraître. Depuis, seul le Herald et le nouveau tabloïd H- Metro sont autorisés au Zimbabwe. Ils sont tous deux contrôlés par l’Etat.

L’action de Mugabe en matière de démocratisation de l’économie a été encore plus spectaculaire. Entamée en 2000, la « réforme agraire » du président zimbabwéen a fait fuir l’essentiel des 4 500 fermiers blancs de son pays. Prés de 3 millions d’autres Zimbabwéens leur ont emboîté le pas pour se réfugier dans les pays voisins ( Botswana, Afrique du Sud, Zambie).

La politique de Mugabe lui a valu la condamnation de nombreux pays et organisations internationales, comme la Southern African Development Community ( SADC). Lors de son discours devant l’assemblée générale de l’ONU vendredi, Navin Ramgoolam a salué la mise en place d’un gouvernement d’union nationale au Zimbabwe. Morgan Tswangirai, le principal opposant de Mugabe, a en effet été nommé au poste de Premier ministre en février dernier. A quand la photo Tsvangirai, Mugabe et Ramgoolam ?


Navin, arrête tes conneries!

Hier, le Premier ministre a eu quelques mots durs envers les journalistes du pays. Une petite précision s’impose. Je pense que cette remontrance s’adresse surtout et d’abord à tous ceux qui ne remplissent pas leur quota de dithyrambes et de flatteries envers Navin Ramgoolam. D’autres et moi-même, ne faisons pas ce métier pour être aimés des puissants. Alors tant mieux si la relation est conflictuelle. Mais le conflit ne doit pas mener à l’insulte.

Voici, en résumé ce que le Premier ministre pense de la presse à Maurice :

Certains que j’appelle des semi intellectuels écrivent sur des sujets qu’ils ne connaissent pas. Ils n’ont aucune humilité. Ils écrivent sur le Parti Travailliste alors qu’ils n’étaient même pas nés quand ce parti avait été créé. Quand ils écrivent, que ce soit dans l’express ou Le Mauricien, c’est comme c’étaient les paroles d’évangile (…) Ils n’ont jamais rien réussi dans leur vie… demandez leur ce qu’ils ont accompli dans la vie…Mais ils tenteront de dire aux autres ce qu’il faut accomplir…

En reproduisant allègrement les propos insultants du Premier ministre, ceux – très sages – de Coluche me viennent en tête.

Les journalistes ne croient pas aux mensonges des hommes politiques, mais ils les répètent! C’est pire

Je vais donc rectifier quelques mensonges, inexactitudes et incohérences dans les conneries dites hier.navinb

(…) des semi intellectuels écrivent sur des sujets qu’ils ne connaissent pas (…)Quand ils écrivent, que ce soit dans l’express ou Le Mauricien, c’est comme c’étaient les paroles d’évangile

Commentaires :
Intellectuel, semi intellectuel ou gratte papier. Peu importe la terminologie. Le journaliste n’arrive pas à l’apogée de sa carrière quand on dit de lui qu’il est un « intellectuel. » La fonction première d’un journaliste c’est de voir, écouter et lire ce qu’il se passe dans le pays. Ensuite, d’analyser tout cela pour le rapporter à ses lecteurs ou auditeurs. Certains franchissent un pas supplémentaire dans la réflexion en donnant leurs opinions et analyses personnelles afin d’alimenter le débat sur une actualité politique économique ou sociale. Tout cela constitue notre mission première. Seul un ignare peut remettre en doute cette fonction. Et seul un ignare peut feindre de ne pas voir que sondage après sondage, 88% à 92% de Mauriciens disent respecter l’institution qu’est la Presse !

(…)Ils écrivent sur le Parti Travailliste alors qu’ils n’étaient même pas nés quand ce parti avait été créé…

Commentaires:
Navin Ramgoolam est juriste et médecin, on aurait attendu un niveau de raisonnement bien plus élevé d’une personne aussi intelligente.  En effet, s’il est interdit à une personne de commenter et d’écrire sur des événements qui ont précédé sa naissance, Navin Ramgoolam serait lui-même dans de sales draps. Le Premier ministre est né en 1947. Tandis que le Parti Travailliste (PTr) qu’il dirige a été fondé en 1936. Doit-on en conclure que Navin Ramgoolam n’a pas le droit de gloser sur ce qu’il s’est passé au PTr et dans le pays avant 1947 ? Ce serait absurde ! Mais bon, Ramgoolam ne semble pas rechigner à recourir à des arguments absurdes. Après tout, il en a le droit. Car ne l’oublions pas, le ridicule ne tue pas!

Ils n’ont jamais rien réussi dans leur vie… demandez leur ce qu’ils ont accompli dans la vie…Mais ils tenteront de dire aux autres ce qu’il faut accomplir…

Commentaires :
Le propos est insultant. Retournons la question. Politicien professionnel ? C’est un métier ca ? Le CV du Docteur Maitre Ramgoolam indique que de 1985 à 1987, il a pratiqué la médecine à Maurice. Depuis 1993, il est avocat. Pourtant, on a énormément de mal à trouver quelqu’un qui dit avoir été guéri ou même ausculté par le Dr Ramgoolam. Pareillement, impossible de trouver un quidam pour certifier que Me Navin Ramgoolam est apparu devant nos magistrats pour défendre une affaire. C’est à se poser la question. Qu’est-ce que Navin Ramgoolam a accompli professionnellement?

Un « fils de » exilé en Angleterre ? Réimporté au pays par Gaëtan Duval ? Un leader de l’Opposition et un Premier ministre qui s’est vu servir ces deux postes sur un plateau ? Actuellement un chef du gouvernement puissant à cause d’une opposition lamentable ? Oui, il est tout cela. Mais être tout cela, c’est être un peu un opportuniste…

L’information par contre, elle n’est pas servie sur un plateau. Chaque jour, les centaines de journalistes du pays font leur boulot. Plus ou moins bien. Avec plus ou moins d’efficacité. Dans certains cas également, avec peu ou pro d’honnêteté. Mais ils bossent. Ils méritent leur salaire, qui, détrompez vous, n’est pas aussi mirobolant que vous le pensez. Ces journalistes, arrivent à fonder des familles, se construisent leurs maisons. Font en sorte que leurs enfants étudient. Tout en faisant le noble métier que celui d’informer. Navin Ramgoolam est non seulement mal inspiré, mais carrément arrogant et condescendant, en voulant faire croire qu’une personne qui arrive à faire tout cela n’a rien accompli de sa vie !


Portrait d’un intolérant

Le MSM a raison. L’express s’est effectivement trompé en estimant le nombre des sympathisants que ce parti a réuni le 1er mai à St-Pierre. Il nous faut donc rétablir les faits. Selon notre estimation, le MSM n’a pas attiré 4 000 mais plutôt 3 000 partisans. Pour arriver à cette conclusion, nous avons consciencieusement évalué la foule, confronté nos estimations avec celles d’autres confrères – journalistes et photographes – ainsi que des habitués des meetings. C’est un travail de rigueur. Mais pour accepter les faits en toutes circonstances, il faut être raisonnable et démocrate. Manifestement, Pravind Jugnauth n’est ni l’un, ni l’autre.

L’homme a un passif lourd. Pendant qu’il était ministre de septembre 2000 à juillet 2005, il nous avait déjà donné un aperçu de son intolérance. En effet, comme ministre des finances, Pravind Jugnauth s’était irrité des interrogations de l’express-dimanche sur sa gestion de la dette et du déficit public. En représailles, il avait boycotté le journal. Choisissant de décliner toute demande d’entretien ou d’invitation à commenter l’actualité économique.

Souvent le passage dans l’opposition – a fortiori le karo kann extraparlementaire – assagit les plus réfractaires et les rend humbles. Cela n’a pas été le cas pour Pravind Jugnauth. A peine a-t-il chaussé les grands souliers de son papa qu’il redouble de véhémence envers la presse et plus précisément l’express. Qui, selon lui, n’existe que pour le nuire.

Dédaignant le dialogue, incapable de comprendre qu’il ne fait l’objet d’aucune cabale, Pravind Jugnauth s’attaque systématiquement au rédacteur-en-chef de l’express, Raj Meetarbhan, à ses congrès et meetings. Pravind Jugnauth choisit l’insulte pour décrédibiliser le journal. Mais les faits sont têtus et l’express continue à les relayer. Comme quand il rapporte que le meeting MSM du 1er mai 2008 n’a mobilisé qu’une assistance maigrelette. Une vérité difficile à avaler… Pravind Jugnauth réagit avec virulence en boycottant l’express et l’express-dimanche. Nous ne serons désormais plus invités à couvrir les activités du MSM.

Un boycott inutile car les deux journaux continuent à informer leurs lecteurs de ses activités. Notamment durant la campagne pour la partielle de Quartier-Militaire/Moka Durant celle-ci, la presse et les radios privées remarquent le vigoureux coup de main du Parti travailliste et d’organisations sectaires à Pravind Jugnauth. Elle en font donc état. Mais une fois de plus, le leader du MSM nie les faits. Dénonce une énième campagne pour le déstabiliser. En réaction, ses attaques envers l’express s’intensifient. Notamment quand il parle de « sa malpropté zournal ki apel l’express la… mem pou al toilet pas bon ca » et appelle ses partisans à ne plus acheter le journal.

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Se sentant pousser des ailes, croyant revenir bientôt au pouvoir grâce à une alliance avec le Parti travailliste, Pravind Jugnauth ne cesse de radicaliser son langage face aux titres de La Sentinelle. Sans doute se sent-il soutenu, voire encouragé, par son nouveau boss, Navin Ramgoolam. Qui voue lui-même une hargne tenace envers la presse indépendante. Vendredi Jugnauth persiste et signe. « L’express, l’express-dimanche ek Radio One, mo dir bizin boycott sa bann zournal ek sa radio là. » Il déverse ensuite un chapelet d’insultes contre Jean-Claude de l’Estrac, le directeur exécutif de la Sentinelle, et Raj Meetarbhan.

Tant de constance dans ses attaques ne pouvait que dégénérer. Ainsi hier en découvrant l’estimation des foules du 1er mai, le MSM voit rouge. Et Showkutally Soodhun prend la tête d’une foule de 150 personnes – dont d’autres responsables du MSM pour agresser des journalistes de la Sentinelle et dégrader les locaux de nos bureaux à Port-Louis. La menace de Soodhun est précise : « Zordi reklam; fim pou zoue pli tard. » Il faut comprendre et craindre que le MSM ne compte pas arrêter ses actions violentes.

Quelle ironie ! Nous célébrons aujourd’hui la Journée mondiale de la liberté de la presse décrétée par les Nations Unies. En cette occasion, nous ne pouvons que nous inquiéter que l’un des trois « grands » partis politiques du pays estime normal de recourir à la violence comme mode de dialogue avec la presse. Si campé dans l’opposition, un parti recourt à de telles méthodes détestables, on se demande à quelles solutions extrêmes elle recourra si jamais elle arrive au pouvoir. Mais qu’importe, la meilleure réponse que la presse libre peut donner à cette tentative d’intimidation, est de redoubler de rigueur dans son travail. C’est justement ce que nous allons faire. N’en déplaise à Monsieur Jugnauth.


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