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KC LI en direct sur Radio One

Oui, vous avez l’esprit mal tourné! Je n’ai en aucun cas fait allusion à une expression grossière locale dans le titre de ce post!!! J’ai reçu Kee Chong Li Kwong Wing dans mon émission ce lundi. Comme il a un nom à rallonge, la version raccourcie qu’il a lui même créée donne: KC Li! Voilà…

Revenons à KC Li; voila un économiste ayant étudié à la London School of Economics mais qui a des idées radicalement à gauche. C’est paradoxal car toute l’activité de KC Li provient justement des finances: le temple de toutes les dérives qu’il dénonce.

Donc voici deux extraits de l’entretien. Je ne peux terminer sans vous contextualiser l’entretien. KC Li a été le conseiller économique de Vishnu Lutchmeenaraidoo (ancien ministre des finances des années 80 et ennemi juré de Rama Sithanen). Mon interlocuteur reste toujours très proche de son ancien boss. Ne vous étonnez donc pas des accents très politiques, voire parfois politiciens, que prend KC Li.

KC Li extrait 1

KC Li extrait 2

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L’économie électorale

Toucherons-nous le jackpot ? Le dernier budget d’un gouvernement est souvent synonyme de largesses et de cadeaux divers. Tous susceptibles d’aider le bon peuple à réaliser que le gouvernement sortant tient à son bien-être. Et que le pouvoir en place mérite donc d’être réélu. Le budget que Rama Sithanen, le ministre des Finances, présente le 18 novembre obéit aux impératifs des « electoral economics ». L’enjeu, c’est l’installation d’un sentiment de bien-être national qui permettra à l’équipe de Navin Ramgoolam de se faire réélire le plus confortablement possible.

Rama Sithanen dira toutefois que le gouvernement n’a pas à avoir recours à un budget généreux pour remporter les élections. Car il pense que l’électorat saura apprécier les résultats de l’action gouvernementale dans divers domaines. Selon Sithanen, les réformes et la bonne gestion économique en temps de crise ont permis au pays de connaître une croissance économique tout à fait respectable (2,7 %) dans un contexte difficile. Une performance économique saluée par nos bailleurs de fond internationaux. Mais nos bailleurs de fond ne votent pas… Et les points de croissance laissent finalement assez indifférent le citoyen lambda !

On en revient donc à l’économie électorale et à ses cycles. Notamment la séquence 3/2 des mandats de 5 ans. Marqués par 3 premières années d’austérité suivies de 2 années de générosité. Des travaux d’universitaires ont parfois eu tendance à démontrer que l’économie électorale et le cycle des budgets politiques sont surtout l’apanage de « nouvelles démocraties. » Les chercheurs soulignent même que l’économie électorale peut ne pas produire les résultats escomptés pour les gouvernements sortants.

Malgré tout, la tentation reste forte. Les dirigeants politiques de grandes – et vielles ‑ démocraties cèdent également. Ainsi George W. Bush et Richard Nixon sont tous deux connus pour avoir fait flamber les dépenses sociales dans le but de s’attirer les faveurs de l’électorat vers la fin de leur mandat. Le Chancelier de l’échiquier anglais, Kenneth Clarke, avait, lui, consenti à d’importants allégements fiscaux. Ce qui n’avait pas empêché l’arrivée au pouvoir de Tony Blair en 1997. La question est donc posée. Ramgoolam et Sithanen vont-ils céder à la tentation ?

Pour le moment, il semble que Sithanen ne soit pas en train de pencher pour une grande opération fer labous dou. Le Premier ministre et ses autres camarades du cabinet ne semblent pas non plus faire pression pour que Sithanen aille dans ce sens. Il y a deux explications à ce calme apparent à la veille du dernier budget de ce gouvernement.

Premièrement, cette apparente sérénité traduit la confiance qui y règne. En effet, bien de ministres, et sans doute le Premier ministre lui-même, sont convaincus que les prochaines élections sont tout à fait gagnables. Moyennant plus de présence sur le terrain et une habile mise en valeur du bilan du gouvernement. Mais aussi un travail de sape méthodique envers l’opposition désunie. Qui souffre d’un déficit d’image auprès de la population ‑ qui ne semble pas vouloir la considérer comme une alternative crédible à l’équipe en place.

Ensuite, il se pourrait en fait que le gouvernement ait déjà élaboré son calendrier pour marquer les esprits à l’approche des élections générales. C’est Rama Sithanen qui en a lui-même donné l’indication. Il faut prendre la mesure de ce que le ministre des Finances entend par « investissements massifs » dans les infrastructures. Nous arrivons en effet à ce moment crucial où certains chantiers sont sur le point d’être complétés, alors que d’autres – annoncés depuis des années ‑ démarrent en grande pompe.

Si nous prenons pour postulat que les élections auront lieu mi-2010, il y a fort à parier que les six mois à venir seront tous dévolus à une « opération inauguration » sans précédent. En effet, les travaux d’infrastructure en cours ou à venir concernent des secteurs emblématiques : routes, eau, télécoms, éducation et santé. Le citoyen lambda a tendance à scruter les avancées dans ces domaines. Afin d’évaluer leur influence sur sa vie et celle de ses proches. C’est sur la base de ce raisonnement que certains gouvernements obtiennent le précieux label populaire : « Zot finn devlop pey la. » C’est ce label qui a assuré les succès électoraux d’Anerood Jugnauth.

Reste maintenant au gouvernement à obtenir le même label. Pour cela, il ne faut pas trop compter sur Sithanen. Il est excellent technicien mais mauvais communiquant. Son langage inaccessible aux non-initiés l’empêche souvent de pouvoir bien expliquer la portée populaire de certaines de ses mesures budgétaires. L’obtention du label ne passera donc probablement pas par lui. Mais par Dan Callikan !

L’ancien conseiller de Ramgoolam, maintenant aux commandes de la MBC, sera de facto le grand ordonnateur de l’immense opération de communication. Qui visera à traduire en mots, en images et en ressenti toutes les mesures annoncées par Sithanen. D’ici les prochaines élections, des centaines de reportages vanteront les bienfaits de tel ou tel projet initié ici ou là. Des dizaines de personnes seront interviewées. Toutes diront combien l’action du gouvernement est favorable à eux, à leurs enfants ou à leur voisinage. L’économie électorale est bien vivante. Elle est en marche. Pour la voir, branchez-vous sur la MBC !

D’autres commentaires sur cet éditorial.


Pa tous mo Pravind

Le « teaser » de notre interview de Rama Sithanen, retransmis par Radio One ce vendredi, a fait grand bruit. Il a irrité le Premier ministre ( PM). Et embarrassé Rama Sithanen, qui dit, par ailleurs, assumer ses propos envers Pravind Jugnauth. La fébrilité des uns et des autres est révélatrice. Elle indique deux choses. D’abord que Rama Sithanen – même s’il s’en dit convaincu – n’a pas de place réservée au sein du gouvernement de Navin Ramgoolam.Ensuite, qu’il ne fait pas bon s’attaquer à Pravind Jugnauth en ce moment.

Le vieil adage politique est imparable. « Les promesses n’engagent que ceux qui les reçoivent… » Pourtant, Rama Sithanen croit en l’assurance qui lui est donnée par Ramgoolam. S’il revient au pouvoir, Sithanen reste aux Finances.

Certes selon son patron, Sithanen fait du bon boulot. Mais le leader rouge précise que la nomination des ministres reléve de sa prérogative. Qu’il exercera le moment venu. Cette formulation laisse planer le doute, nous n’y voyons toujours aucune assurance quant à l’avenir de Sithanen aux Finances. A moins que Ramgoolam ne joue encore à Janus. Conciliant en privé, virulent en public. Nous savons de quoi nous parlons !

Si c’est le cas, tout ceci n’a rien de rassurant pour Rama Sithanen. Les chefs politiques sont des « serial- prometteurs » . Ne connaît- on pas la propension de Paul Bérenger à placer plusieurs personnes en « stand- by » pour un ticket ou un ministére aprés ou avant une élection ? Ou celle de Ramgoolam à laisser ses propres lieutenants croire qu’ils participeront à la bataille électorale ? Pour mieux les abandonner en bordure de route à la derniére minute. Deva Virahsawmy en sait quelque chose ! Subjectivement, objectivement et politiquement, Sithanen croit qu’il est le locataire légitime du ministére des Finances sous Ramgoolam.

Tout au contraire, nous pensons que cette triple considération peut amener le PM à faire sauter le fusible Sithanen. Subjectivement, Ramgoolam digére mal que le crédit de la réforme économique aille davantage à Sithanen qu’à lui. Une situation qu’il attribue en partie à la presse, dont « l’express » et « l’express- dimanche » . Ensuite, la liberté de ton de Sithanen envers l’establishment rouge et tout ce qu’il compte de conservateurs d’un autre âge a pu froisser les sensibilités de son ami Navin. Enfin, toujours dans le même registre, Ramgoolam « l’homme qui n’oublie pas » retient encore que Sithanen a failli démissionner en deux occasions.

Deux tentatives perçues comme du chantage par le PM. Et quand on sait que celui- ci déteste être mis sous pression… Objectivement, si Ramgoolam cherche à finaliser une alliance avec le MSM, il est évident qu’il ne pourra pas placer Pravind Jugnauth n’importe où dans la hiérarchie du gouvernement. Pour des raisons ethniques évidentes, Rashid Beebeejaun et Xavier Duval paraissent peu amovibles dans la conjoncture actuelle.

Reste le pion Sithanen à bouger. D’autant plus que Pravind Jugnauth affiche clairement son ambition d’occuper la case des Finances. Le MSM n’obtenant pas pléthore de tickets en s’alliant au PTr, on peut raisonnablement croire que le leader du parti soleil recevra le portefeuille qu’il convoite en compensation.

mille mercis

Reste la question de la compétence brandie par Sithanen. Il lui suffit de regarder autour de lui au Conseil des ministres pour comprendre que cette objectivité- là est parfois le cadet des soucis du PM. Sithanen doit craindre le calcul politique de Ramgoolam. C’est d’ailleurs cet élément qui est le plus décisif. Le PM peut récolter de précieuses dividendes en éjectant Sithanen à la veille des prochains scrutins. Le ministre des Finances incarne tout le libéralisme, la rigueur économique et l’anti- populisme honni par l’électorat. Le sacrifier, c’est se redonner l’image d’un gouvernement se rapprochant des inquiétudes du petit peuple.

C’est aussi permettre au MSM ou au MMM de mieux justifier une éventuelle alliance avec le PTr. Car un gouvernement sans Sithanen sera forcément, selon eux, plus proche des préoccupations du petit peuple et moins conciliant avec le grand capital. Une orientation nouvelle qui ne manquera pas d’être soulignée par Ramgoolam lui- même.

En attendant de s’occuper de son ami Rama, Ramgoolam s’intéresse à ses nouveaux amis derniérement. Ceuxci l’appellent souvent. Lui rendent visite. Demandent des services à d’autres ministres et administrations avec l’aimable parrainage de Ramgoolam. Pravind Jugnauth déclare certes à « Samedi Plus » que la « question d’alliance ne se pose pas » , mais nous persistons à croire qu’une telle entente, voire synergie, entre ces deux camps trahit en fait un rapprochement à terme.

Pour preuve, toute sortie ou attaque frontale contre le MSM ou Pravind Jugnauth semble être vouée à une répression immédiate au PTr en ce moment. Deva Virahsawmy condamne la violence du MSM envers « La Sentinelle » , il essuie un sévére rappel à l’ordre de son patron selon le « Défi Plus » . Sithanen s’avise de critiquer les compétences de Pravind Jugnauth et de prédire son maintien aux Finances, il est rabroué par le boss dans les heures qui suivent.

Il n’y a pas de pire aveugle que celui qui ne veut pas voir. Et le jeu de Ramgoolam, en ce moment, même les myopes arrivent à lire à travers…


Le « mindset » des bornés

On nous sert le célèbre « Bizin Sanzman » depuis plus d’un an. Cette semaine, le Premier ministre a choisi d’appliquer ce mantra au « mindset » de la douane. Dire que les choses doivent y changer est une évidence. Surtout quand on sait qu’il symbolise, pour le grand public et le milieu des affaires, tout ce que l’administration publique peut avoir de décadent et de médiocre.

Mais le « mindset » ne doit pas changer qu’à la douane. C’est toute l’administration qui doit revoir sa manière de penser et de réagir. Mais a fortiori, on ne peut pas demander aux fonctionnaires de changer si ceux qui les dirigent demeurent désespérément statiques dans leur manière de penser.

L’interview que Jacques de Navacelle, le président du Joint Economic Council (JEC) nous a accordée la semaine dernière a révélé quelques graves bouleversements dans le couple gouvernement-secteur privé. Nous le constatons à travers les nombreux échos que les propos de Navacelle ont suscités !

Première conclusion, le divorce est consommé. L’un des plus importants personnages de Mauritius Inc. nous explique cette semaine qu’il n’y a désormais qu’une manière de parler au gouvernement. Celle de Navacelle. Il n’est pas le seul à penser ainsi. Il a dit tout haut ce que le secteur privé ne disait que tout bas jusqu’ici.

Deuxième conclusion, le gouvernement a développé une intolérance aiguë face au secteur privé. Un bon secteur privé pour l’hôtel du gouvernement, c’est désormais un secteur privé-tapis. Qui la ferme. C’est presque ce qu’un « Senior minister » nous a fait comprendre cette semaine en prévenant que si le JEC s’amusait à se montrer aussi belliqueux face au gouvernement… « pas pour recevoir zot » !

Le secteur privé et ses représentants ont eu très peur de ce genre de menaces jusqu’ici. Un ancien président du JEC précise ainsi à quel point il est utile d’avoir un président qui ne soit pas susceptible d’être victime d’un « arm-twisting » du gouvernement. Navacelle dirige un groupe d’assurances qui est dans une phase de consolidation mais qui ne nécessite ni attribution de nouveaux permis d’opération ou de construction pour un quartier général, par exemple. On ne peut glisser de peau de banane administrative sur son chemin. Cela rend le personnage très libre dans sa parole et peu vulnérable.

Les propos de Navacelle ont constitué un véritable casus belli pour le gouvernement. Le « Prime minister’s office » s’est ainsi empressé de nous proposer la réplique d’un « free thinker » qui rendrait au président du JEC la monnaie de sa pièce. Quel courage ! Envoyer un fantassin se salir les mains tandis que les Sithanen et Ramgoolam regardent Navacelle se faire rabrouer des coulisses. Nous avons choisi de ne pas jouer ce jeu.

Car il faut se souvenir, qu’il n’y a pas si longtemps, alors que Ramgoolam et consorts étaient dans l’opposition, ils reprochaient au gouvernement d’alors exactement ce qu’on leur reproche aujourd’hui. C’est-à-dire de rouler dans des berlines hors de prix, de multiplier des missions à l’étranger complémentées de « per diem » plus qu’avantageux. Et d’être obsédés par leur popularité.

Ramgoolam a cité un adage séculaire qu’il dit vouloir suivre : « Ne fais pas à ton voisin ce que tu ne voudrais pas que ton voisin te fasse. »

Mais lui et son gouvernement devraient éviter de suivre un autre adage : fais ce que je dis, mais ne fais pas ce que je fais !
publié le 23 avril 2006


Docteur Rama et Mister Jacques

Il faut croire que les choses vont mal pour que le président fraîchement élu du Joint Economic Council (JEC) tienne le discours qui est le sien dans l’interview qu’il nous accorde. Jacques de Navacelle rue dans les brancards du gouvernement, choisissant, au passage, un ton qui peut paraître belliqueux venant de l’un des plus importants responsables du secteur privé du pays.

Ses prédécesseurs immédiats, Arif Currimjee et Gilbert Espitalier-Noël nous avaient habitués à de froides analyses sur les « fondamentaux » économiques, servies par un langage trop diplomatique vis-à-vis de l’hôtel du gouvernement. Navacelle bouscule l’ordre (à peine) établi en adoptant un argumentaire qui le rapproche plus d’un homme politique gouailleur que d’un représentant du « Grand Capital ». Celui-ci démocratise son langage et son argumentaire, le rendant à la limite trop populaire, pour ne pas dire démagogique.

Il ne cherche pas à expliquer comment telle fiscalité modifiée dans tel sous-secteur d’activité résulterait à tant de milliards de revenus additionnels. Non, Navacelle choisit les exemples les plus simples. Il s’étonne de l’obstination des ministres et conseillers à s’acheter de coûteuses berlines dès qu’ils prennent leurs fonctions. Et se demande au passage s’il est utile que minis-tres, hauts fonctionnaires et conseilleurs divers continuent à voyager en bénéficiant de per diem royales qui dépassent largement leurs frais de séjour réels à l’étranger. Le citoyen lambda, que l’économie rebute, comprend en lisant Navacelle, que moyennant de petites économies ici et là, l’État pourrait déjà ralentir, dans une certaine mesure, son train de vie.

Néanmoins, le président du JEC continue à défendre certaines orientations, plus globales et moins populaires, comme l’ouverture économique du pays, jugée primordiale pour notre avenir. À ce chapitre, Navacelle invite le ministre des Finances, Rama Sithanen, à ne pas se satisfaire d’une approche qui tendrait vers la demi-mesure, mais plutôt à embrasser pleinement la politique d’ouverture. Mais le docteur Rama veut-il et peut-il seulement prescrire ce remède à notre économie grippée, et ce, face à de nombreux collègues ministres chez qui le mot ouverture provoque de l’urticaire ? Mais aussi face à une mentalité locale qui voit en l’étranger et l’ouverture vers l’extérieur des menaces plutôt que des opportunités. Une chose est toutefois sûre, le ministre des Finances et le gouvernement ont entièrement pris la mesure de l’attente et de l’espoir que suscite le budget 2006-2007.

Certains ministres des Finances ont marqué leur temps. Sir Veerasamy Ringadoo passera à la postérité comme étant celui qui a dû prendre la décision de dévaluer la roupie en 1979 et 1981 pour empêcher l’économie de sombrer dans le coma. Vishnu Lutchmeenaraidoo sera auréolé pendant longtemps encore du titre de chantre de la croissance par la consommation au milieu des années 80. Quid de Sithanen ?

Pour être juste envers lui, il faut bien admettre qu’il a été le ministre des Finances qui a piloté le début de la tertiarisation de l’économie au début des années 90. Mais c’est maintenant que Sithanen va se faire, ou pas, une place dans l’histoire. Soit comme le ministre des Finances qui n’aura rien fait pour éviter la catastrophe, ou comme celui qui aura aidé à façonner l’île Maurice prospère des années 2010 et au-delà.

Pour cela, il faudra que la prescription qu’il va nous servir dans six semaines soit la bonne. Le pays a besoin d’un remède de cheval, d’électrochocs pour le sortir de sa léthargie. Si la raison économique l’emporte, Sithanen trouvera le courage à faire cela. Si la raison politicienne prime, il nous servira du sirop contre la toux en guise de remède pour le cancer économique qui commence à ronger le pays.

publié le 16 avril 2006


L’heure des sacrifices

La situation est parfaitement résumée «… a country running out of steam, living beyond its means, unwilling or incapable of making the efforts needed to adapt to the requirements of the changing environment and hoping that things would change for the better ». Le discours de LLoyd Coombes, président sortant de la Chambre de commerce et d’industrie (CCI) de Maurice, jeudi dernier, a traduit de manière saisissante l’inquiétude qui a gagné le secteur privé.

Le Joint Economic Council avait annoncé la couleur au début de février en situant les enjeux économiques et en établissant clairement ce que devrait être, selon lui, l’agenda économique à suivre dans les années à venir. LLoyd Coombes a pris le relais cette semaine, non pas pour définir la stratégie de la CCI, mais pour bien faire comprendre à quel point l’immobilisme économique sera létal pour le pays.

Ce discours, nous l’avons reçu comme un appel désespéré lancé au Premier ministre, Navin Ramgoolam, et à son ministre des Finances, Rama Sithanen. À tout le gouvernement en somme. C’est un SOS qui, s’il n’est pas entendu, se traduira par un début d’exode de capitaux mauriciens vers d’autres cieux plus cléments…et ils en existent. Ou vers une lente agonie de notre tissu économique et industriel.

Ramgoolam et son équipe ont contribué à générer l’attente, à force d’affirmer, durant la dernière campagne électorale, que la nouvelle équipe sortirait le pays du marasme économique. Certes, c’était il y a près d’un an ! Et depuis Sithanen a avoué ne pas disposer de « solution miracle ou de baguette magique ». Mais l’attente demeure.

Le secteur privé aurait toutefois tort de croire que le gouvernement peut changer le tableau économique par sa seule volonté. La formule de LLoyd Coombes est bonne car elle tient en compte un élément sur lequel les gouvernements les plus puissants et les plus populaires peineront toujours à influer : la mentalité d’un peuple.

Vivre au-dessus de ses moyens ? Incapable de faire des efforts pour s’adapter ? Croire que les choses iront mieux ? Mais tout cela fait désormais partie du Mauritian Way of Life ! Le souci du lendemain et la nécessité de travailler plus, en gagnant peut-être moins, et dans la perspective d’assurer son avenir, sont des notions qui nous deviennent de plus en plus étrangères.

C’est à se demander si nos dirigeants, s’ils choisissent de prendre des décisions éclairées, ne devraient pas se transformer en dictateurs pour imposer des changements dans nos manières de travailler, de consommer et de vivre ! D’ailleurs, on constate chaque année les résultats que donne l’autoritarisme d’État en Chine et à Singapour.

Dans son budget, Sithanen pourra prôner l’austérité tout en facilitant les activités des entreprises. Mais il va bien falloir que le Parlement vote un de ces jours des lois du travail plus souples et adaptées aux nouvelles conditions économiques. Tout comme il va bien falloir faire comprendre aux fonctionnaires qu’ils doivent aussi pouvoir contribuer davantage pour assurer leur propre retraite. Et ce ne sont là que quel-ques exemples.

Il y a tant de décisions économiques éminemment politiques à prendre.

Et dans ces cas de figure, il appartient au gouvernement d’expliquer au grand public ses objectifs avant d’agir. Mais on n’a pas l’impression qu’il le fait. Il faut déconstruire le rêve qu’on a entretenu pendant trop longtemps… pour qu’enfin les Mauriciens comprennent la dure réalité : l’heure des sacrifices est arrivée.

publié le 26 mars 2006


La maturité d’une nation

L’économie, tout comme la politique, est faite de vérités successives. Et celles-ci se contredisent parfois. Il y a quelques semaines, nous cédions à la tentation de railler le secteur privé face à l’entêtement du gouvernement à refuser un « dialogue structuré » avec ses institutions représentatives. La situation perdure, mais ne fait plus rire.

La posture adoptée par le Joint Economic Council (JEC) cette semaine en dit long sur une relation qui s’est dégradée au fil des mois.

D’autres l’ont souligné. Ce n’est pas dans l’habitude du JEC de réserver la primeur de ses réflexions à la presse. Arif Currimjee, le président du Conseil, précise même qu’il compte sur la presse pour faire connaître les propositions de l’institution au gouvernement. Car le JEC va présenter son « agenda » au gouvernement « dans les jours à venir » sans autres précisions.

Mais des précisions, justement, il en faut. Le JEC a parfaitement raison de dire que la question de l’ouverture et de la libéralisation de notre économie n’a même pas à faire l’objet d’un débat. Car c’est bien la seule voie à suivre ! Les rares libéraux au sein du gouvernement doivent en être convaincus.

Mais comment procède-t-on ? Faire suivre une cure d’amincissement à l’État en abattant les mastodontes que sont la plupart de nos organismes parapublics paraît être une évidence. Amener le gouvernement à se désengager de certaines activités commerciales en est une autre. Le JEC énumère une série de suggestions qu’il nous faudra suivre tôt ou tard. Mais ces décisions ne peuvent être prises sans dialogue. Il faut déjà réfléchir à l’après-STC, DWC ou MPA. Et le gouvernement ne peut mener seul cette réflexion.

Car ceux qui seront appelés à remplacer ou compléter les services des institutions qui disparaîtront ou se réformeront doivent se préparer. Ils doivent donc connaître les plans du gouvernement. C’est de la confrontation des deux agendas que naîtra un nécessaire compromis. Celui qui permettra au secteur privé d’identifier de nouvelles opportunités d’affaires et d’activités. Et à l’État d’assurer une gestion plus saine

et efficiente, mais aussi une meilleure allocation de ses ressources. L’idée n’est pas de cantonner l’État à ses fonctions régaliennes : l’émission de la monnaie et perception de l’impôt, le maintien de l’ordre et de la sécurité nationale et l’administration de la justice. Que les défenseurs d’une certaine vision « socialisante » se rassurent ! Mais il va bien falloir dire au revoir à quelques pans de notre État providence.

Mais lesquels ? Il faut convoquer les états généraux du service public à Maurice. Le gouvernement, le secteur privé, mais aussi les organisations syndicales vont devoir dire si l’État providence a de l’avenir. Ou si c’est l’État régulateur qui doit prendre le relais. Un État qui se contenterait d’imposer les règles afin que la logique économique ne l’emporte pas sur tout dans le pays. Mais aussi un État qui assurera gratuitement aux groupes vulnérables des prestations sociales de qualité gratuitement. Et les autres ?

C’est ce que devront déterminer les états généraux. Choisirons-nous de créer une Caisse d’assurance maladie à laquelle ceux qui le peuvent contribueront ? Va-t-on favoriser l’émergence de fonds de pensions privés ? Et ce pour que les finances de l’État ne soient pas asphyxiées par les paiements de pensions de retraite à une population vieillissante dans 20 ans ?

Les questions se posent maintenant et les réponses doivent être trouvées dès demain. Pour y arriver, les politiques doivent faire preuve de courage. Le privé de réalisme. Et les syndicats de pragmatisme. C’est la maturité d’une nation qui est en train d’être mise à l’épreuve.

publié le 5 février 2006


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