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Dear Pravind…

L’opposition est une formidable école d’humilité. Le MSM, ce n’est un secret pour personne, entretient des rapports plutôt tendus avec la Sentinelle. Mais il semble que les choses ont quelque peu évolué depuis l’affaire Medpoint et l’éjection du parti soleil de l’alliance de l’avenir.

Ainsi, depuis quelques mois déjà, nous sommes « cordialement invités » à toutes les conférences de presse, meetings et congrès du parti. Alors que dans un passé pas trop lointain, on nous faisait clairement comprendre que notre présence n’était ni requise ni souhaitée lors de ses activités !

Mais tout change… l’hostilité réelle d’hier peut céder sa place à une détente (toute feinte ?) aujourd’hui. Ainsi, oh surprise, j’ai reçu, il y a quelques jours, une carte de souhait de… devinez qui… Pravind Jugnauth lui-même. Une première en presqu’une décennie passée à l’express dimanche. Quelle délicate attention de la part de quelqu’un qui a ignoré, boycotté et excusé les violences envers la Sentinelle !

C’est que, contrairement au MMM et au Parti Travailliste, le MSM a souvent eu une relation de travail calamiteuse avec les titres, journalistes et responsables de presse qu’il considère « hostiles ». Ainsi, au parti soleil, on accueille chaque critique par un torrent d’insultes, de menaces ou un boycott (sous toutes les formes). L’approche des autres est bien moins radicale.

Pour ne prendre qu’un exemple, l’homme politique local qui passe pour être le plus hostile à la presse indépendante demeure malgré tout accessible. Passez un coup de fil à sa secrétaire pour discuter d’une question précise avec lui… il y a des chances qu’il rappelle… Critiquez-le, il est possible qu’il prenne l’initiative de vous expliquer sa position tout en admettant que la critique a été « fair ».

Certes tout cela se passe en coulisses. Du coup, le grand public, lui, ne connait que les vociférations et menaces qui ont vocation à passer au journal télévisé, sur les radios ou à être reproduites dans les comptes-rendus de quotidiens. Mais ca c’est pour la galerie, quand les projecteurs, micros et enregistreurs sont éteints, un seul fait demeure : le pouvoir (politique) a autant besoin de la presse que la presse a besoin du pouvoir politique (pour obtenir ou contre vérifier ses informations). Certains semblent le comprendre depuis peu. Alors, dear Pravind, tant mieux si vous faites désormais partie de ceux-là

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Imbécillités

«Vous faites preuve d’une ridicule imbécillité. » Ce ne sont pas là les propos d’un de ces malotrus que l’on croise parfois « anba laboutik. » Mais bien les mots du Premier ministre, Navin Ramgoolam. Ils m’ont été lancés hier, lors de sa conférence de presse (voir page 6). Je dois l’avouer. Je ne suis nullement surpris. Ni par son agressivité et encore moins par son refus de répondre à mes interrogations. Car Ramgoolam déteste qu’on questionne ses actions. Habitué, qu’il est, à ne jamais devoir rendre des comptes.

Hier, il était question de principes. Deux d’entre eux – la liberté de la presse et le droit à l’information – ont été ouvertement bafoués. Par des ministres refusant l’accès à leur conférence de presse à certains journalistes ou plus globalement par l’administration publique. Le Premier ministre, en bon démocrate qu’il dit être, se devait donc de clarifier sa position et celle de son gouvernement au sujet de ces deux principes. Ma question était donc directe. «Est-ce qu’à un moment ou un autre, vous ou un de vos ministres avez donné des instructions pour interdire l’accès à des journalistes ou photographes aux fonctions de la l’Etat?»

Le Premier ministre choisit d’esquiver la question. Il fait de l’esprit. Pour lui, le fait que j’aie été invité à sa conférence de presse indique qu’il n’y a pas boycott. J’insiste. Je réclame une réponse en lui opposant des faits. Navin Ramgoolam qui a truffé son allocution d’attaques contre le rédacteur en chef de l’express, Raj Meetarbhan, s’en prend maintenant à moi. Voilà qu’il me dit que je n’ai « pas à (lui) poser des questions ». Il poursuit dans l’insulte quand je refuse d’obtempérer. « Etes-vous suffisamment intelligent ? » lance-t-il. Avant de justifier son silence par le fait que la Cour suprême tranche en ce moment un litige qui oppose la Sentinelle et l’Etat sur cette question.

Les propos offensants du Premier ministre ne m’empêchent pas de pointer les incohérences issues des rangs du Parti travailliste. Vraisemblablement, Ramgoolam ignore que la directrice de communication de son parti, Nita Deerpalsing, a confirmé le boycott. C’était lundi, lors d’un entretien qu’elle m’a accordé sur Radio One. Mis devant ces faits, le Premier ministre se dresse encore une fois sur ses ergots. « Vous dites tellement de faussetés », assène-t-il en refusant ma proposition de lui faire écouter les propos de Nita Deerpalsing.

Navin Ramgoolam n’en a pas encore fini avec la Sentinelle. Profitant d’une question du Mauricien, il rebondit et contre-attaque. Cette fois, c’est Jean-Claude de l’Estrac, le président du groupe de presse de Riche-Terre que vise le Premier ministre. Il l’accuse d’être « descendu dans l’arène politique » et trouve normal que ce dernier et son entreprise prennent donc des coups.

A ce moment-là, Navin Ramgoolam escamote la vérité. Car il n’avoue pas qu’il avait lui-même suggéré à de l’Estrac de jauger l’intérêt de Paul Bérenger pour une alliance avec le Parti travailliste. Et qu’il a ensuite régulièrement discuté avec de l’Estrac de l’opportunité d’un tel accord. Je choisis encore une fois, de remettre le Premier ministre devant ses incohérences. Mais vraisemblablement cela l’irrite au plus haut point. Sa réplique est cinglante : « Ou pena lespri ? »

Le seuil de tolérance est atteint. Je dis clairement au Premier ministre que je ne suis pas venu à sa conférence de presse pour me faire insulter. Cela n’a pas le mérite de le ramener à la raison. Les invectives reprennent de plus belle. « Vous faites preuve d’une ridicule imbécillité », dit-il en prétextant qu’il n’a pas besoin de Jean Claude de l’Estrac pour parler au MMM. Certes. Mais il n’empêche que ce dernier a participé « à la réflexion » des leaders rouges et mauves au moment où ils pensaient sérieusement s’allier. C’est la vérité. Que nie pourtant Ramgoolam au moment où je choisis de quitter la salle de conférence du Prime minister’s office.

D’autres commentaires sur cet édito.


A l’origine du mal

Des propagateurs de «fausses nouvelles». C’est à peu prés le premier qualificatif qui vient à Navin Ramgoolam pour décrire la majorité des journalistes du pays. Défiance, méfiance, paranoïa sont ainsi les sentiments que cultive le Premier ministre envers la presse et plus particulièrement contre le groupe La Sentinelle. Il est persuadé qu’un complot permanent est en marche pour saper son action politique et le discréditer. Ce désamour de Ramgoolam pour la presse ne date pas d’hier…

En rentrant au pays après ses études de médecine le 18 mai 1976, Navin Ramgoolam découvre une presse encore sous le coup de la censure. Qui ne va être levée qu’en octobre de cette année-là. De Dublin, où il étudie, mais aussi à Maurice, il s’est tenu au courant. Cette « presse politique » est au service de « certains intérêts », entend dire Ramgoolam autour de lui. Il est d’avis que l’express et Le Mauricien ont fait beaucoup de mal à son père, au Parti travailliste et au pays. La presse, ou plutôt « une certaine presse » veut du mal aux Ramgoolam, pense-t-il.

Moins de 20 ans plus tard, il va s’en persuader. A peine arrivé au pouvoir en décembre 1995, Navin et son entourage croient savoir qu’une cabale est déjà en cours. Celle-ci viserait à asseoir l’image d’un vice-Premier ministre, Paul Bérenger, « hard worker ». Alors que Ramgoolam, fréquemment en déplacement à l’étranger, acquiert peu à peu une image de dilettante. Il ne fait d’ailleurs rien pour s’en défaire.

L’affaire « Macarena », qui éclate début 1997, améne ainsi toute la presse à parler du coté un peu trop « bon-vivant » du Premier ministre. Il rumine sa colère. Fait le dos rond, en espérant que la tempête passe. Mais celle-ci ne fait que redoubler d’intensité en février 1999. Quand, à l’étonnement général, le Premier ministre tarde à prendre la situation en main alors que la violence gagne les banlieues de Port-Louis à la suite du décès, en cellule, du seggaeman Kaya.

A son image de dilettante s’ajoute désormais celle d’un Premier ministre incapable d’agir sous la pression. La presse ne fait que relater les faits. Mais Ramgoolam et ses proches en sont désormais convaincus : c’est une campagne en vue de lui faire perdre le pouvoir. Une action concertée dirigée contre sa personne. Au lendemain de sa défaite électorale de septembre 2000, Ramgoolam juge même que la presse a largement contribué à faire campagne contre lui durant son mandat.

C’est armé de cette certitude qu’il revient au pouvoir le 4 juillet 2005. Ramgoolam s’est aguerri. Il a appris de ses déboires passés et il est mieux conseillé. Il pense donc pouvoir mater une presse qu’il considère encore largement hostile à lui. Mais les bourdes se suivent. Pendant que son ministre des Finances, Rama Sithanen, parle d’austérité, Navin Ramgoolam se commande une Aston Martin valant Rs 14 millions. La presse, dans son ensemble, ne manque pas de parler de cet achat qui fait tache par ces temps-là. Le Premier ministre est convaincu que le complot contre lui a repris de plus belle.

Ramgoolam croit détecter les mêmes schémas que par le passé. Il soupçonne qu’on cherche à lui ôter le crédit de certaines politiques gouvernementales. Il s’offusque du fait que toutes les lumières restent braquées sur Rama Sithanen et sa réforme économique, mais aussi, dans une moindre mesure, sur Xavier Duval. Le coupable est tout trouvé. Le groupe La Sentinelle, selon Ramgoolam, mène une campagne systématique contre lui, toute en soutenant l’opposition MMM.

Cette fois, il va prendre les devants. Attaques personnelles contre les rédacteurs en chef du groupe, boycott publicitaire, sorties virulentes contre la presse. Ramgoolam choisit l’attaque comme stratégie de défense. La suite on la connaît…


…And justice for all

J’ai appris ce soir que l’Independant Broadcasting Authority veut m’entendre, ainsi que la direction de Radio One, ce jeudi. Motif: mon édito radio de ce matin aurait violé l’IBA Act et le code de conduite que l’autorité régulatrice de l’audiovisuel local a mis en place dans le cadre de la campagne électorale.

J’ai écouté et réécouté l’édito en question. Mes confrères à la radio ont également fait le même exercice. Et personne, jusqu’ici, n’a pu trouver en quoi cette opinion contrevient au code de conduite ou à la loi IBA. J’ai ma petite idée sur l’explication derrière cette mise en demeure et sur pourquoi on nous cherche noise. Je compte la dire de vive voix  et sans détour aux « sages » de l’autorité ce jeudi!

Ce qui m’étonne beaucoup, par contre, c’est que ces mêmes « sages » ne semblent absolument pas se rendre compte du déséquilibre flagrant qui règne sur la télévision nationale en matière de couverture politique. Que dire devant cette incongruité? La « sagesse » de l’IBA a peut-être ses raisons que la raison (politique) n’ignore pas!!!


La riposte de Ramgoolam

Je pense connaître l’heure et la date de la riposte de Navin Ramgoolam à l’article paru ce dimanche. Je m’attends à une sortie très virulente du Premier ministre demain. Ce sera probablement lors de la cérémonie de pose de première pierre du Lady Sushil Ramgoolam Hindi Patshala**. Elle aura lieu au Saint-Aubin Arya Samaj Mandir à 14h45.

Quelques bribes d’information me sont déjà parvenues. Bien évidemment, le Premier ministre n’a pas du tout apprécié mon texte de dimanche. Si j’ai bien compris, il n’a lu l’article qu’à sa descente d’avion très tôt ce matin. Toutefois, ses conseillers avaient pris la peine de lui envoyer la caricature de Pov parue dans le dernier numéro de l’express-dimanche. Ce dessin aurait mis Ramgoolam et certains de ses conseillers très en colère.

Voici le dessin :

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Pour Ramgoolam, notre volonté de nuire semble avoir été établie. Donc il faut s’attendre à ce qu’il ait des propos très durs à l’égard du journal et envers moi. Il ne manquera peut-être pas de faire référence à nos querelles passées. Tout en prenant soin de ne pas me nommer…

Les attaques de Ramgoolam sont très prévisibles. Les manifestations organisées par des associations socioculturelles et religieuses sont ses champs de bataille préférés. C’est là qu’il se livre à ses attaques les plus virulentes contre ses meilleurs ennemis : « les dinosaures du secteur privé », « la presse », « les traitres », « racistes »et autres politiques en tout genre.

Demain les mots clés seront probablement « fausse nouvelle », « manque de professionnalisme », « besoin de contrôle sur la presse », « presse partisane », « incompétence » etc.

Le calendrier me pose toutefois un énorme problème pratique. Je veux aller à cette fonction, où la presse a bien évidemment été invitée. Mais les vendredis et samedis sont à peu près les deux jours les plus intenses de ma semaine. Et perdre près de trois heures pour aller et revenir de St Aubin, et une heure à écouter Ramgoolam…c’est sacrifier la moitié de ma journée de demain. Mais quand une personne vous insulte, il vaut mieux la regarder droit dans les yeux. Je vais donc tout faire pour être présent demain à St Aubin !

** Patshala est le mot hindi désignant une école.


Ramgoolam, Bérenger, des singes et des rasoirs.

Pas convaincants ! C’est à peu près ainsi que mes collègues et contacts m’ont décrit les trois « jeunes » membres du MMM qui étaient les invités de On Record hier sur Radio One. Je n’étais moi-même pas très convaincu de leur prestation. C’est d’ailleurs pourquoi je n’ai pas posté d’extraits de l’émission sur le blog. Je me raviserai peut-être…

Il y a des explications à cette performance moyenne. La principale étant le manque d’expérience avec les médias. Certaines interactions sont plus rassurantes. Un journaliste de la presse écrite intimide moins les jeunes politiques. Car ces derniers savent qu’ils ont la possibilité de répéter une phrase ou réexpliciter un propos flou avant la parution du journal. Mais point de filet de sécurité en radio ou en télé. Quand c’est en direct, ça pardonne encore moins. On se lance. Si on ne sait pas quoi ou comment répondre, tant pis. On bafouille, on improvise. Le résultat est parfois bon, très bon ou carrément médiocre.

Pour décontenancer ou décontracter mes invités, je leur joue parfois un tour en plein direct. Je décris, à l’intention de l’auditeur, l’exaspération, l’amusement ou la fébrilité qui peut parfois gagner l’invité en studio. Hier, ce que j’aurais décrit n’aurait certainement pas aidé nos trois jeunes à mieux faire. Car pendant l’heure qu’a duré l’émission, j’ai parfois croisé des regards me demandant « ai-je bien répondu à la question ? » J’ai vu des mains écrire frénétiquement sur un bout de papier les quelques idées approximatives qu’il fallait défendre autour de telle ou telle question. J’ai vu la panique chez certains lors que des phrases censées être apprises par cœur ne revenaient apparemment pas. J’ai vu des expressions de doute envahir les visages quand il fallait expliquer concrètement comment le parti allait changer la situation dans le pays.

Qu’on ne s’y trompe pas. Je ne me livre pas à un réquisitoire contre mes trois invités d’hier. D’autres jeunes d’autres partis auraient été tout aussi moyens! Voyons donc le bon côté des choses. L’exercice a du bon, car les auditeurs ont pu découvrir trois jeunes. Et se faire une idée de ce qu’ils ont dans le ventre. L’idée est sans doute fausse. Car, j’ose espérer que le trac et l’inexpérience les a empêché de donner le meilleur d’eux-mêmes. Plus nos trois mousquetaires seront rompus aux médias, plus ils deviendront convaincants et maîtriseront l’art de la langue de bois. Au grand bonheur de leurs aînés !
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Ceci m’amène à une faiblesse de taille chez les politiques à Maurice. Le Media Training, ils ne connaissent pas! Pourtant, on ne parle pas aux médias comme on parle aux électeurs au marché ou dans la rue. Il faut connaître le média, comprendre son mode de fonctionnement et par conséquent ses attentes. Le Media Training permet au politique de savoir clairement ce qu’il veut dire. Cela lui confère ensuite la possibilité de transmettre ses idées le plus efficacement possible. Mais malheureusement, ces fondamentaux demeurent inconnus de nombre de politiques à Maurice. Conséquence : ils improvisent leur relation avec la presse.

Parfois, ils s’avèrent être de bon communicants, sans se forcer. Cela, grâce à un esprit synthétique et à une capacité à être didactique. Le meilleur exemple dans ce domaine est Paul Bérenger. Les journalistes adorent ses conférences de presse. Il est carré, thématique et entame chaque point de sa conférence de presse avec des phrases d’attaque. Bérenger s’accorde également des moments de respiration pour mieux mettre l’emphase sur les idées clés qu’il veut transmettre. Le développement de ses idées en devient donc souvent très clair.

Le hic, c’est qu’une infime minorité de politiques locaux a ce genre de facilité. Les autres… improvisent. Leurs plus gros travers : croire que tutoyer le journaliste après 5 minutes de conversation, ça aide à faire passer les idées et créer un rapport amical. Faux ! Deuxième travers : réciter par cœur la leçon que le parti leur demande d’apprendre (souvent à grand renforts de « comme l’a fait ressortir notre Leader… »). Ensuite, il y aussi ceux qui se croient intelligents en se mettant à disserter sur tout et n’importe quoi. Alors que la question initiale, par exemple, était : « depuis quand avez vous rejoint le parti X ou Y ? » Ceux-là ont tous besoin d’être media-trained d’urgence.

D’ailleurs, on voit très bien ceux qui ont été formés aux techniques du Media Training. Navin Ramgoolam fait figure d’élève modèle en la matière. Un cabinet français et des amis ayant une excellente connaissance des médias ont fait de lui une redoutable machine à communiquer.

Ceux qui l’ont interviewé en tête-à-tête le confirmeront. Aussi belliqueux qu’il soit envers la presse, Ramgoolam sait être un interlocuteur affable, voire amical en tête-à-tête. Les questions embarrassantes, il les contourne par les bonnes vieilles techniques : reformuler la question à son avantage et répondre en biais. Aussi, sa décontraction devant l’objectif est stupéfiante. Au photographe présent durant l’interview, Ramgoolam jette toujours un regard. Il regarde ainsi droit dans la caméra, avec un léger sourire. De préférence accompagnée d’un geste de la main. Il a appris sa leçon par cœur.

Même rigueur en public. Ramgoolam a un calque. Regardez ses prestations télévisées devant une association socioculturelle ou un parterre de notables. Les mêmes gestes accompagneront les idées qu’il veut marteler. Dès le début ou la fin d’une phrase importante, un petit regard vers la caméra de télévision suffira à signifier au téléspectateur que le Premier ministre ne s’adresse pas qu’à la salle où il était…mais aussi à celui ou celle qui est derrière le petit écran.

C’est cela le Media Training. C’est une technique qui permet à l’homme politique de bien faire passer les idées qu’il juge importantes. Toutefois, une technique, si elle est mise au service de grandes idées produit de belles choses : avec du fond et de la forme. Le problème, avec Ramgoolam, c’est que la forme ne suffit pas à cacher la vacuité du fond. Dernièrement il a utilisé son excellente technique pour dire une bêtise incommensurable : « il faut du courage pour se suicider. » Le vieil adage local sied à la situation : « Ine donn ene zaco razoir… »***

***Quand on donne un rasoir à un singe, il fini par blesser les autres ou lui-même avec.


Navin, arrête tes conneries!

Hier, le Premier ministre a eu quelques mots durs envers les journalistes du pays. Une petite précision s’impose. Je pense que cette remontrance s’adresse surtout et d’abord à tous ceux qui ne remplissent pas leur quota de dithyrambes et de flatteries envers Navin Ramgoolam. D’autres et moi-même, ne faisons pas ce métier pour être aimés des puissants. Alors tant mieux si la relation est conflictuelle. Mais le conflit ne doit pas mener à l’insulte.

Voici, en résumé ce que le Premier ministre pense de la presse à Maurice :

Certains que j’appelle des semi intellectuels écrivent sur des sujets qu’ils ne connaissent pas. Ils n’ont aucune humilité. Ils écrivent sur le Parti Travailliste alors qu’ils n’étaient même pas nés quand ce parti avait été créé. Quand ils écrivent, que ce soit dans l’express ou Le Mauricien, c’est comme c’étaient les paroles d’évangile (…) Ils n’ont jamais rien réussi dans leur vie… demandez leur ce qu’ils ont accompli dans la vie…Mais ils tenteront de dire aux autres ce qu’il faut accomplir…

En reproduisant allègrement les propos insultants du Premier ministre, ceux – très sages – de Coluche me viennent en tête.

Les journalistes ne croient pas aux mensonges des hommes politiques, mais ils les répètent! C’est pire

Je vais donc rectifier quelques mensonges, inexactitudes et incohérences dans les conneries dites hier.navinb

(…) des semi intellectuels écrivent sur des sujets qu’ils ne connaissent pas (…)Quand ils écrivent, que ce soit dans l’express ou Le Mauricien, c’est comme c’étaient les paroles d’évangile

Commentaires :
Intellectuel, semi intellectuel ou gratte papier. Peu importe la terminologie. Le journaliste n’arrive pas à l’apogée de sa carrière quand on dit de lui qu’il est un « intellectuel. » La fonction première d’un journaliste c’est de voir, écouter et lire ce qu’il se passe dans le pays. Ensuite, d’analyser tout cela pour le rapporter à ses lecteurs ou auditeurs. Certains franchissent un pas supplémentaire dans la réflexion en donnant leurs opinions et analyses personnelles afin d’alimenter le débat sur une actualité politique économique ou sociale. Tout cela constitue notre mission première. Seul un ignare peut remettre en doute cette fonction. Et seul un ignare peut feindre de ne pas voir que sondage après sondage, 88% à 92% de Mauriciens disent respecter l’institution qu’est la Presse !

(…)Ils écrivent sur le Parti Travailliste alors qu’ils n’étaient même pas nés quand ce parti avait été créé…

Commentaires:
Navin Ramgoolam est juriste et médecin, on aurait attendu un niveau de raisonnement bien plus élevé d’une personne aussi intelligente.  En effet, s’il est interdit à une personne de commenter et d’écrire sur des événements qui ont précédé sa naissance, Navin Ramgoolam serait lui-même dans de sales draps. Le Premier ministre est né en 1947. Tandis que le Parti Travailliste (PTr) qu’il dirige a été fondé en 1936. Doit-on en conclure que Navin Ramgoolam n’a pas le droit de gloser sur ce qu’il s’est passé au PTr et dans le pays avant 1947 ? Ce serait absurde ! Mais bon, Ramgoolam ne semble pas rechigner à recourir à des arguments absurdes. Après tout, il en a le droit. Car ne l’oublions pas, le ridicule ne tue pas!

Ils n’ont jamais rien réussi dans leur vie… demandez leur ce qu’ils ont accompli dans la vie…Mais ils tenteront de dire aux autres ce qu’il faut accomplir…

Commentaires :
Le propos est insultant. Retournons la question. Politicien professionnel ? C’est un métier ca ? Le CV du Docteur Maitre Ramgoolam indique que de 1985 à 1987, il a pratiqué la médecine à Maurice. Depuis 1993, il est avocat. Pourtant, on a énormément de mal à trouver quelqu’un qui dit avoir été guéri ou même ausculté par le Dr Ramgoolam. Pareillement, impossible de trouver un quidam pour certifier que Me Navin Ramgoolam est apparu devant nos magistrats pour défendre une affaire. C’est à se poser la question. Qu’est-ce que Navin Ramgoolam a accompli professionnellement?

Un « fils de » exilé en Angleterre ? Réimporté au pays par Gaëtan Duval ? Un leader de l’Opposition et un Premier ministre qui s’est vu servir ces deux postes sur un plateau ? Actuellement un chef du gouvernement puissant à cause d’une opposition lamentable ? Oui, il est tout cela. Mais être tout cela, c’est être un peu un opportuniste…

L’information par contre, elle n’est pas servie sur un plateau. Chaque jour, les centaines de journalistes du pays font leur boulot. Plus ou moins bien. Avec plus ou moins d’efficacité. Dans certains cas également, avec peu ou pro d’honnêteté. Mais ils bossent. Ils méritent leur salaire, qui, détrompez vous, n’est pas aussi mirobolant que vous le pensez. Ces journalistes, arrivent à fonder des familles, se construisent leurs maisons. Font en sorte que leurs enfants étudient. Tout en faisant le noble métier que celui d’informer. Navin Ramgoolam est non seulement mal inspiré, mais carrément arrogant et condescendant, en voulant faire croire qu’une personne qui arrive à faire tout cela n’a rien accompli de sa vie !


L’axe de la démocratie

Pravind Ramgoolam ou Navin Jugnauth ? Nous n’arrivons plus à distinguer entre les discours des leaders du Parti travailliste (PTr) et du MSM. Tant leurs propos belliqueux voire haineux – contre la presse, et plus particulièrement « l’express », se ressemblent. Nous ne croyons pas que l’action soit concertée. Mais la similitude des propos et des attitudes de Ramgoolam et Jugnauth trahissent un pan important de leurs personnalités. Ils ne supportent pas la critique. Ils dédaignent rendre des comptes. Par ce comportement, ils démontrent qu’ils ne sont pas les démocrates qu’ils prétendent être.

Ce n’est pas une action concertée mais campagne il y a. Elle vise à décrédibiliser « l’express ». Ramgoolam aime à dire qu’un mensonge répété suffisamment de fois fini par avoir des accents de vérités. Or, lui et Pravind Jugnauth ne cessent de répéter des faussetés sur la presse. « Sa malpropte zournal ki apel l’express la », « Suiveur, démolisseur, fasciste » sont autant de mots qui sont revenus dans leurs discours récemment quand ils ont fait allusion au quotidien le plus lu du pays. C’est intolérable.

C’est inadmissible quand on pense à ce qui a suscité ces réactions rétrogrades. Ramgoolam a pris la mouche quand le rédacteur en chef de « l’express » s’est interrogé sur l’utilisation que le Premier ministre compte faire d’une majorité de trois-quarts au Parlement. Pravind Jugnauth, fidèle à lui-même, s’est répandu dans un flot d’invectives quand la nouvelle – vérifiée et vérifiable de pourparlers d’alliance MSM-MMM a été publiée.

Ces deux politiciens atteints d’un syndrome aigue de persécution sont persuadés qu’un complot visant à les décrédibiliser – même à les éliminer (politiquement) – se trame dans les couloirs de « La Sentinelle » et, dans une moindre mesure, de certains autres groupes de presse du pays. Mais ni Ramgoolam, encore moins Jugnauth n’ont semblé comprendre qu’il est du devoir de la presse de questionner, de mettre en lumière l’action des politiques. Afin de donner aux lecteurs toutes les clés pour comprendre l’actualité.

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Un Premier ministre souhaite une majorité de trois-quarts aux prochaines élections. Ce seuil fatidique permet de modifier la Constitution. Et les droits fondamentaux : vote, liberté d’expression, protection de la propriété et de la vie privée. N’est-il donc pas sain qu’on questionne le pouvoir quand il souhaite disposer d’une configuration qui pourrait lui permettre de modifier ces pans essentiels de la République ? Nous notons d’ailleurs que les dirigeants du PTr ont encore une fois choisi de rester vague hier, sur l’utilisation que Ramgoolam compterait faire de cette majorité.

Pravind Jugnauth reste également fidèle à son entêtement à croire qu’il fait l’objet d’une campagne de déstabilisation. Quand encore une fois, ce sont ses propres incohérences qui sont mises à l’indexe. Ramgoolam a répété à maintes reprises qu’il s’attend à une « opposition loyale » du MSM. Dont il a activement aidé le leader, Pravind Jugnauth, à remporter l’élection partielle de Moka-Quartier-Militaire au début du mois. Or, le lecteur n’est-il pas intéressé à savoir que le « loyal » Jugnauth n’a nullement interdit à ses lieutenants de maintenir des contacts avec le MMM en vue d’une alliance ? Bien évidemment cela intéresse le lecteur et l’électeur.

Pravind Jugnauth n’étant pas en mesure de nier avec conviction et en démocrate cette information, se réfugie dans une posture à la Mugabe. Décrète que « l’express » doit être banni. C’est à se demander si une alliance PTr-MSM, à la tête d’une majorité de trois-quarts au Parlement ne planifiera pas l’amendement de la Constitution pour brider la presse et la liberté d’expression si elle venait au pouvoir !

Elle serait bien mal inspirée. Les sondages régulièrement et de manière constante démontrent la crédibilité de la presse au yeux de la population. En août 2008, 93 % des personnes interrogées par la Sofres disaient apprécier le rôle joué par la presse à Maurice. Sur « lexpress.mu », 7 personnes sur 10 condamnent les attaques des politiques contre la presse. Ils sont près de 550 à avoir exprimé leur opinion !

Au lieu de croire que la presse n’est qu’un axe du mal, Ramgoolam et Jugnauth gagneraient à comprendre qu’en fait, ils ont affaire à l’axe de la démocratie.

D’autres commentaires sur cet éditorial


« Allo, je vous passe le ministre… »

Lundi matin, en décrochant mon téléphone une voix féminine distinguée me lance : « Monsieur Bhujun ? Le ministre X voudrait vous parler. Je vous le passe.>

Quelle surprise ! Ce même larron s’était distingué dans le passé par son attitude, comment dire…plus que réservée envers mon journal, moi-même et aussi envers l’express.

Mais un remaniement est passé par là. Et le pauvre diable a dû apprendre une leçon ou deux. Quand le Premier ministre lui a enlevé – contre son gré ‑ un ministère où il se plaisait vraisemblablement ! Et où, je le pense, il croit sans doute sincèrement avoir fait un bon boulot. Je continue de croire que son bilan y a été plutôt mitigé.

Revenons à la conversation. Courtois et avenant, le ministre m’avise qu’il voudrait « mieux communiquer avec la presse. » En m’assurant que ces bonnes relations lui permettront de mieux faire comprendre au grand public le sens de son action à la tête de cet important ministère qu’il vient d’hériter.

Je le reprends sur son attitude passée. Je lui explique que son manque de transparence et sa grande méfiance envers la presse lui ont valu des critiques tout à fait justifiées il y a encore quelques mois. Et que les mêmes causes produiront les même résultats, s’il ne renie pas ses anciennes méthodes.

Vraisemblablement, il en a l’intention. Voilà comment les relations se normalisent parfois entre la presse et des ministres grisés par le pouvoir et devenus momentanément paranoïaques. C’est sûr : un de nos journalistes va certainement aller, dans les jours à venir, à ce rendez-vous que le ministre s’est lui-même proposé d’arranger. Afin de « discuter des défis » qui l’attendent dans son secteur. Et pour ma part, je compte bien accepter cette invitation de « venir prendre un thé » et de « blague blague inpé** » que le ministre m’a lancée.

Je vous raconterai…

** discuter de manière informelle


Le récidiviste

De toute évidence, le Premier ministre (PM) n’en démord pas. Nous le rappelons souvent ici – d’autres confrères ailleurs : Navin Ramgoolam est un fervent de la théorie du complot. Il pense que les titres de presse et les radios fomentent des coups pour miner sa crédibilité personnelle et l’action de son gouvernement. Il a tort. Et gagnerait à garder son sang-froid face à ses conseillers qui sont encore plus convaincus que lui de l’existence d’un complot. Comme ce rescapé de la « bande des quatre ». Qui semble vouloir régler de vieux comptes personnels avec la presse en s’appuyant sur l’autorité du Premier ministre.

En écoutant ces esprits malfaisants qui l’entourent, Ramgoolam se décrédibilise. D’abord lui-même, comme un démocrate, mais aussi le pays par la même occasion. Il ne fait aucun doute qu’après l’arrestation ou l’interrogatoire de cinq journalistes en cinq mois, Maurice ne figurera pas à la même honorable place (25e) dans le prochain classement mondial de Reporters sans Frontières. De même, le rapport 2008 du département d’État américain sur les Droits humains à Maurice reviendra sans doute sur cette nouvelle détérioration de la relation pouvoir-presse dans le pays.

Dans ces circonstances, il convient de faire l’éducation du Premier ministre. Tout juriste qu’il est, il faut lui rappeler certaines dispositions de nos lois. Et tous experts en médias qu’ils sont, certains de ses conseillers doivent urgemment feuilleter nos lois sur la presse. Que dit notamment l’article 299 de notre « Criminal Code » ? Ce texte précise que la diffusion et la publication de fausses nouvelles deviennent punissables que lorsqu’elles « sont de nature à troubler l’ordre ou la paix publique ».

Donnons un exemple clair de publication-diffusion de fausse nouvelle qui mériterait d’être punie. Admettons que l’« express-dimanche » annonce aujourd’hui que Navin Ramgoolam, en proie à un délire paranoïaque, a ordonné l’arrestation des leaders du MMM et du MSM, ainsi que de leurs plus proches collaborateurs dans les plus brefs délais. La nouvelle s’avère fausse. Elle est démentie dans la matinée même. Mais entre-temps, 500 partisans des deux formations ont improvisé une manifestation devant les Casernes Centrales. Tandis que 2 000 personnes hostiles se sont massées devant la « Clarisse House ». Bilan de la journée : 30 blessés et 60 arrestations !

Selon ce cas de figure, le rédacteur en chef qui a approuvé la publication de l’article, ainsi que le journaliste qui l’a écrit, méritent d’être arrêtés et inculpés, dans les plus brefs délais en vertu de l’article 299 du « Criminal Code ». Maintenant, comparons ce cas de figure à ce qui s’est passé vendredi à Radio One. La journaliste Humaira Ali annonce à l’antenne que la réunion du Conseil des ministres ainsi que le bureau politique du Parti travailliste ont été annulés pour cause de « problèmes de santé » de Ramgoolam. Le bureau du Premier ministre dément l’information sur son état de santé. Radio One rectifie sa nouvelle. Dan Callikan, le conseiller du Premier ministre revient à la charge en exigeant des excuses à l’antenne. Radio One obtempère encore une fois.

Durant toute la journée de vendredi aucun trouble à l’ordre public n’est constaté.

La terreur n’a pas gagné les rues de Port-Louis ! Le cours du Semdex n’a pas chuté brutalement ! Les partisans rouges ne se sont pas massés devant les grilles de la « Clarisse House » pour souhaiter prompt rétablissement au PM ! Pourtant, malgré aucun désordre, Ali et sa rédactrice en chef, Karishma Beeharee sont interpellées et longuement interrogées dans les locaux de Radio One dans la soirée. La disproportion entre les faits qui sont reprochés à Radio One et la réponse qu’a choisi d’y donner la police, sur ordre du PMO, est flagrante.

À quoi rime donc tout ce cinéma. Une énième manœuvre d’intimidation ? Un Premier ministre qui tente d’instaurer une relation conflictuelle durable avec la presse. Parce que ça l’arrange ? Nous ne le croyons pas. Nous pensons plutôt, au contraire, que Ramgoolam est victime de son manque de vigilance. En laissant son conseiller agir avec autant de zèle, il va finir par perdre son image – à laquelle il tient beaucoup de rassembleur et de démocrate. C’est paradoxal. Ceux-là mêmes qui sont censés construire et maintenir l’image en or du PM vont peut-être, au final, réussir à le faire passer pour une brute épaisse intolérante. À moins que le Premier ministre ne se décide à réagir. En se rappelant que l’institution – la Presse que son conseiller veut diaboliser est quand même respectée par 93 % des Mauriciens !

publié le 16 mars 2008


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