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Poursuivons Susheela Raman

Un minimum de profondeur dans sa réflexion. C’est ce qu’on est légitimement en droit d’attendre d’un ministre de la République. A fortiori quand c’est celui de la Culture. Or, Mookhesswur Choonee ne semble pas vouloir fonctionner ainsi. Occupé par sa fonction officieuse de ministre du Culte, il a encore oublié la Culture cette semaine.

Si le gouvernement compte plusieurs piètres communicants dans ses rangs, Choonee confirme qu’il fait partie de la fine fleur de la ligue en la matière. Les politiques, dans l’idéal, sont censés réfléchir avant de parler. Le ministre de la Culture choisit, lui, de parler pour ne cogiter qu’après. Sinon, comment expliquer qu’il condamne mercredi la censure exercée sur le concert de Susheela Raman. Pour ensuite affirmer, vendredi, que l’interdiction était, en fait, tout à fait justifiée. De deux choses l’une. Soit le ministre de la Culture n’avait aucune idée de ce dont il parlait mercredi. Ou alors, sa réflexion sur la liberté d’expression des artistes est molle au point d’être remodelée à la moindre pression socioreligieuse.

Il ne suffit pas à Choonee de jurer qu’il n’est pas « minis larelizion » pour dissiper la forte présomption  de connivence qui pèse sur ses relations avec le monde socioreligieux. En effet, en décidant de s’entourer  de représentants du Tamil Cultural Centre et de la Tamil Speaking Union lors de sa conférence de presse sur la censure de Susheela Raman, Choonee a clairement donné l’impression qu’il a bénéficié de « suggestions » de ses sherpas pour revenir sur le chemin du religieusement correct.

Mais quels sont, au juste, les contours, du religieusement correct ? Car Susheela Raman explique elle-même le ridicule de la censure dans l’entretien qu’elle accorde à l’express dimanche. Si Immedia lui a clairement indiqué qu’elle ne devait pas interpréter les titres « Paal » et « Ennapane », aucune autre interdiction ne pesait sur la set-list de la chanteuse. Or, celle-ci a interprété quatre morceaux faisant clairement allusion au dieu Muruga samedi dernier. Ainsi qu’un autre durant lequel un mantra dédié à Shiva (père de Muruga selon la mythologie hindoue) est répété à plusieurs reprises.

On en vient donc à se poser des questions sur la cohérence du raisonnement du ministre de la Culture. Car si on s’en tient aux propos de Choonee, d’autres chansons de Susheela Raman ont certainement dû « blesser les susceptibilités religieuses » de certains Mauriciens. On peut ainsi penser que de fervents adeptes de l’hindouisme seront choqués d’apprendre que le mantra « Om Namah Shivaya » a été répété de nombreuses fois (dans un cadre festif et profane) par la chanteuse. Pour être ensuite repris, en chœur, par le public constitué de toutes les composantes ethniques et religieuses du pays, samedi soir.

Il est donc crucial que le ministre Choonee ne se contente pas de soutenir ceux qui ont censuré les deux chansons de Susheela Raman. Il faut qu’il fasse en sorte que l’organisateur du spectacle, Immedia, ainsi que la chanteuse elle-même, soient poursuivis pour « outrage à la morale publique et religieuse ». L’article 206 de notre Code pénal dispose, en effet, que « toute personne qui, à travers des mots […] utilisés dans un lieu public ou un rassemblement […] commet un outrage à l’encontre d’une religion établie […] ou contre la morale publique et religieuse » encourt une peine d’emprisonnement maximale d’un an et une amende de Rs 10 000.

Conformément à ses convictions sur la question, le ministre de la Culture doit donc réagir au plus vite en déclenchant des poursuites à l’encontre d’Immedia et de Raman. Etant si préoccupé par les « susceptibilités religieuses » des uns et des autres, on peut même suggérer à Choonee de porter plainte en personne à la police. Ou, dans le cas contraire, d’encourager ses amis du monde socioreligieux à le faire.

Si le ministre ne le fait pas dans les jours à venir, on sera obligé de conclure que les « susceptibilités religieuses » ne valent finalement pas grand-chose. Car elles peuvent être heurtées sans risque de représailles. On ne pourra alors qu’inviter Mookhesswur Choonee à revenir nous expliquer pourquoi il était « entièrement d’accord » avec la décision de censurer « Paal »  et « Ennapane ». Le ridicule ne tuant pas, le ministre de la Culture sera encore là pour tenter une nouvelle justification.


Dieu et mon fric

Si « Dieu et mon droit » est la devise de la monarchie britannique, se pourrait-il que « Dieu et mon fric » soit celle de certaines associations socioculturelles locales ? On peut légitimement se poser cette question après la vive réaction du président de la Mauritius Sanatan Dharma Temples Federation (MSDTF). Somduth Dulthummun a, en effet, très mal pris la décision de la mairie de Port-Louis de réduire ses subventions aux associations religieuses de Rs 2 millions. « En temps et lieu, les électeurs sauront utiliser leurs votes », a-t-il déclaré à defimedia.info en guise de menace à peine voilée envers les responsables politiques de la capitale.

Il y a quelque chose d’absurde dans cette posture. Citons une « autorité » en matière culturelle – le ministre Mookhesswur Choonee – pour démontrer cela. Le discours d’août 2010 du ministre de la Culture est passé à la postérité pour son apologie du système des castes à Maurice. Mais ce même discours contient une autre vérité : Maurice est le seul pays laïc au monde qui subventionne directement les religions installées sur son territoire. Un patron d’organisation socioculturelle, au lieu de critiquer une baisse dans les dotations publiques à son association, devrait donc plutôt remercier régulièrement l’Etat… et les contribuables de leur générosité.

Parlons-en, d’ailleurs, du contribuable. C’est du contrat social que découle l’obligation qui lui est faite de participer au financement des prestations de l’Etat dans la santé, l’éducation, la sécurité ou la solidarité notamment. Bon gré, mal gré, le taxpayer de base comprend que les milliers de roupies qu’il contribue chaque année au fisc servent à financer des services essentiels. Mais la religion est-elle seulement un « service essentiel » que le citoyen est tenu de financer au titre du contrat social ? Cette obligation s’étend-elle d’ailleurs à l’athée qui ne mettra jamais les pieds dans un lieu de culte durant sa vie ? Des dirigeants d’associations socioculturelles gagneraient à se poser ces questions avant de considérer les dotations publiques comme les droits acquis des institutions qu’ils dirigent.

Comment ces droits ont-ils d’ailleurs été acquis ? Il faut remonter à 1955 pour avoir la réponse. Sookdeo Bissoondoyal souligne alors une grave injustice aux autorités coloniales. Seules les églises catholiques et anglicanes reçoivent alors les aides publiques. Au nom du principe de l’égalité, les autorités coloniales étendent les aides publiques aux musulmans et aux hindous du pays. Alors incapables de pourvoir directement et généreusement au financement de leurs cultes respectifs. Près de 60 ans plus tard, chacun reçoit toujours des aides publiques au prorata du nombre d’adeptes qu’il compte dans le pays. Mais beaucoup de choses ont changé pendant ce temps…

D’abord, les communautés hindoue et musulmane se sont émancipées économiquement. Il n’y a qu’à voir le nombre de nouvelles mosquées et la finesse des statuettes ornant les nouveaux temples hindous et tamouls pour comprendre que les associations socioculturelles, loin de ne compter que sur les quelques millions annuels de l’Etat, se tournent davantage vers de généreux mécènes privés pour leurs gros projets de développement.

C’est d’ailleurs cette réalité qui amène Nassir Ramtoolah, président de la Jummah Mosque, à expliquer que la décision de la mairie de Port-Louis n’influera pas sur les finances de la grande mosquée de la capitale. Tout simplement parce que celle-ci compte sur ses fidèles et non sur les subventions de l’Etat ou de la municipalité pour vivre. Le cas de la Jummah Mosque semble parfaitement illustrer comment une association socioculturelle devrait fonctionner. C’est l’implication – notamment financière – de fidèles qui devraient permettre à une association socioculturelle de financer ses activités et ses projets de développement et non l’argent de l’Etat… celui de tous les Mauriciens !

Au final, il y a quelque chose de très ironique chez ceux qui ont « Dieu et mon fric » pour devise. Ils sont les premiers à se plaindre de coupes dans les aides publiques. Mais aussi les premiers à dire qu’ils ont des centaines de milliers de « followers ». Est-ce à dire que leurs adeptes sont de pieux radins ? Ou alors que l’argent de l’Etat, plus on en reçoit, plus on en réclame ?


Un métier qui rapporte

La scène est grotesque. Somduth Dulthumun, le leader autoproclamé des hindous du pays, craque une allumette. Sous les applaudissements des membres du Front commun hindou, il met le feu à la couverture de l’express dimanche. Mais la flamme meurt après quelques secondes. Dulthumun s’y remet méticuleusement
pendant que crépitent les flashs des photographes. Ouf, le feu a pris ce coup-ci. Le show a bien eu lieu ! Si le côté ridicule des facéties de Dulthumun prête à sourire, les raisons qui motivent son action sont bien trop graves pour être prises à la légère.

La séquence des événements depuis le retour au pays du Premier ministre, dimanche dernier, est intéressante à décrypter. Ce jour-là, Navin Ramgoolam fait volte-face. Alors qu’il s’était totalement désolidarisé des propos de son ministre Mookhesswur Choonee, il explique désormais que la polémique est une invention de la presse. De fossoyeur des principes républicains, voilà que Choonee devient victime en puissance des médias. La presse remplace Choonee dans le box des accusés. Les organisations sectaires du pays semblaient n’attendre qu’un signal clair du « patron » pour sonner la charge. Dirigée, bien évidemment contre le meilleur ennemi de Ramgoolam : le groupe La Sentinelle.

La cible toute trouvée est l’express dimanche. Nous sommes accusés de « balkaniser la communauté hindoue » et de mettre le pays « à feu et à sang ». Notre faute ? Avoir appelé un chat un chat dans notre dernier numéro en titrant en Une « Le vrai pouvoir des castes ». Selon Dulthumun et ses pairs, tout le dossier est bidon. Les castes n’existent pas à Maurice.

Le mensonge est éhonté. Les dizaines de SMS, appels, mails et commentaires reçus de nos lecteurs indiquent qu’ils ont vu au travers du bluff. Même Nita Deerpalsing, si prompte à défendre son leader Navin Ramgoolam, a préféré ne pas se couvrir de ridicule dans l’entretien qu’elle accorde cette semaine à Mauritius Times. En effet, elle ne remet pas en doute l’existence des castes dans la communauté hindoue. Se contentant de descendre notre dossier en se demandant : « What did it bring other than say these things exist in parts of our society ? »

Si Nita Deerpalsing a des raisons objectives de défendre son leader et de pourfendre le meilleur ennemi dès que son patron lui en intime l’ordre, on comprend moins bien pourquoi Dulthumun et consorts se sentent à ce point obligés de régler leurs discours sur celui de Ramgoolam et d’appeler, comme lui au boycott de l’express. La lecture de notre dossier de la semaine dernière fournit, selon nous, quelques pistes de réponse.


« Certains leaders familiaux profitent … pour nouer des liens avec le candidat. On ne sait jamais où cette proximité … peut mener : une décoration de la République, une nomination au conseil d’administration d’un petit organisme parapublic… », peut-on y lire. Une situation théorique énoncée dans un article peut parfois rejoindre la réalité.  En effet, Dulthumun est un nominé politique. Il est membre du conseil d’administration de la Banque de Développement. Par ailleurs, le président de la Mauritius Sanatan Dharma Temples Federation (MSDTF) a également été élevé au rang d’Officier de l’Ordre de l’Etoile et de la Clé de l’océan Indien par le gouvernement en mars 2008.

On pourrait penser que Dulthumun mérite sa décoration pour son action dans la sphère socioculturelle. On a par contre beaucoup plus de mal à comprendre comment un ancien Chief Valuation Technician au ministère des Finances devient expert en financement des PME sur le conseil d’administration de la DBM. A moins que ces deux nominations aient à faire avec les prises de position passées et actuelles de Dulthumun. N’a-t-il pas déjà expliqué qu’en « tant que dirigeant de la communauté hindoue, j’ai le droit de donner le mot d’ordre de voter pour un candidat. Et on n’a pas le droit de m’en empêcher. » Et d’ajouter, quelques jours après l’élection de Pravind Jugnauth à la partielle de mars 2009, que c’est grâce au soutien de son association que le leader du MSM a été élu.

D’élections, il sera encore question en mai-juin 2011. Mais cette fois-ci, ce seront celles visant à remplacer l’exécutif de la MSDTF. Dulthumun serait candidat à sa propre succession. Et si tout ce cirque n’était en fait que le début de la campagne d’un dirigeant d’association socioculturelle soucieux de se faire réélire ? Car au vu des faits, « dirigeant de la communauté hindoue », c’est un métier qui rapporte !


Le vrai pouvoir des castes à Maurice

Voici la version complète du dossier de l’express dimanche sur le vrai pouvoir des castes à Maurice. Cliquez sur l’image de chaque page pour la lire en grand format. Petite anecdote, comme tous les dimanches matins, je laisse mon téléphone en mode silence…pour pouvoir dormir jusqu’à tard. Hier, en me réveillant… j’avais 16 appels en absence. Toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire. Certaines personnes m’ont appelé hier pour me dire exactement cela !

Pour la petite histoire…ce dossier a été primé dans le cadre des CNN Multichoice African Journalist Awards 2011.


Ki pou dir ?

Une version française du texte se trouve plus bas.

Nou bizin aret fer ipokrit. Finn ariv ler nou essay sanz bann zafer ki nou ankor kapav sanze dan nou pei.

Dimans dernie, bien malgre li, minis Mookhesswur Choonee finn montre antie Moris a ki pwin li fasil diviz nou sosiete. Dan enn diskour, li finn dir klerman ki sertin sitwayin nou repiblik ena plis drwa ki lezot. San ki li rann li kont, li finn andomaz enn tipe lape interetnik nou pei. O nom bann lozik casteistes, akoz presion bann organizasion sosiokiltirel, Premier minis Navin Ramgoolam pa pou fer li narien. Pou le moman, Choonee pou gard so minister. Nou en plin dan seki nou pa kapav sanze dan nou sosiete. Seki nou pa kapav sanze tou deswit.

Me ena kiksoz ki paret pe evolie. Enn zour apre ki so koleg Choonee finn fane, minis ledikasyon Vasant Bunwaree finn montre lekzamp. Lindi, li finn anons ki nou langaz, Morisien, pou rant dan bann lekol. Nou bann zanfan pou kapav aprann li. Se enn gran pa an avan. Ki montre lespri progresis minis Bunwaree. Ek so volonte pou pa laiss li dikte par bann lobi ki refiz devwal zot lintere. Ek ki azir parski zot krwar ki si nou montre nou bann zanfan langaz Morisien dans lekol, zot pou an danze. Zot kiltir pou menase. Sa li enn fos krwayans.

Dan so lanons minis ledikasyon finn poz enn kestion bien interesan. Li finn dimann si li pa ti pou pli korek si nou servi mo « Morisien ». Olie Kreol morisien. Enn term ki melanz enn lidentite etnik ek langaz ki nou tou morisien koze. Ou, lekter sa magazine la, ou konne ki nou finn privilezie enn lapross. Pou nou, langaz ki tou dimounn nou pei koze se Morisien. Donk nou dakor ek minis Bunwaree lorla.

Avek lepisod Choonee, nou finn trouve a ki pwin li fasil diviz sa pei la. Alor, nou bizin fer an-sort ki nou langaz nasional li vinn enn fakter inifikation ek apezman dan nou sosiete. E non enn lot rezon diviz nou ankor. Enn an de sela, Fédération des Créoles Mauriciens finn dir ki bizin introdir « Kreol morisien » dans lekol parski li « lang ansestral bann kreol » et selma apre « lang maternel ek lang kominikasion tou bann morisien ». Zot ti ousi dir ki « drwa bann zanfan Kreol a zot langaz li enn drwa lingwistik ek kiltirel ». Me parey kouma Premier minis ek gouvernma nou pei, zot pa apartenir an priorite a enn caste ou enn kominote. Parey, nou lang nasional li pa kapav apartenir a enn kominote dabor.

Kestion bann lang li finn totalman politise ek etnisize dan Moris. Ziska enn pwin kot tou etni ek tou kominote finn bizin gagn so « speaking union ». Gouvernman kapav dir seki li oule. Me sa politik morselman nou bann identite lingwistik la pa pe ed « nation building ». Eski enn Manoj interes li avek bann aktivite « Urdu Speaking Union » ? Eski enn Alexandra pou anvi vinn enn mam aktif « Tamil Speaking Union » ? Non. Parski zot anvi pler tou dimounn, nou bann gouvernman zame pou anvi kre enn sel Institi Nasional de Lang. Pourtan samem ti pou solision pli swetab.

Bann gouvernman pa finn fer sa, parski a sak fwa zot finn zis reflesi an term ki bout pou donn ki sann la. Sakenn so pouvwar rest dan so lame…tou dimounn kontan. Finn ariv ler pou gouvernman montre lekzamp ek adopte denominasion Morisien pou nou lang nasional. Sa pou enn signal for ki pou ed dedramatiz ek dezetnisiz nou relasion avek nou bann lang. Moris dan enn letap krisial so developman ekonomik. Nou finn bien flatt nou mem pou dir ki nou biling : angle/franse. Sa nepli asse !

Lavenir ekonomik Moris li trouve dan Lasinn, Lind, Larissi. Bizin « Go East ». Nou bizin mazinn tou sa bann lavantaz ki ena pou appran sa bann lang la. Enn François ki appran hindi dan lekol, kolez ek liniversite kapav vinn enn « Liaison Officer » group indien Tata dan Moris. Parey kouma enn ti Ejaz kapav vinn enn redoutab negosiater komersial enn gran group morisien ki al fourni li dan lasinn. Si nou rest lor nou mantalite aktiel, zis Meilan ki pou al appran mandarin. Zis Sarita ki pou appran hindi. Ek si nou ekout bann revandikasion etnik, dimin zis Jason ki pou appran « Kreol Morisien » dans lekol. Li pou desolan si arriv sa !

Boul dan kamp gouvernman. Li bizin desid ki signal li pou avoye. Bann pessimis pou dir ki bann lobi ek bann presion etnik bien for dan pei. Donk zot pou gagne. Nou prefer mett nou dan kan bann optimis…

Que dirons-nous ?

L’hypocrisie doit cesser. Il est temps que l’on essaye de changer ce qui peut encore l’être dans notre pays.

Dimanche dernier,  le ministre Mookhesswur Choonee a démontré bien malgré lui à quel point il est facile de diviser notre société. En effet, dans son discours, il dit clairement que certains citoyens de la République on davantage de droits que les autres. Sans s’en rendre compte, il a nuit, dans une certaine mesure, à la paix interethnique du pays.

Au nom de logiques castéistes, mais aussi à cause de la pression des organisations socioculturelles, le Premier ministre Navin Ramgoolam ne sanctionnera pas Choonee. Il conservera donc son ministère pour le moment. Cet épisode met en lumière tout ce que l’on ne peut pas changer dans notre société. Tout ce que nous ne pouvons changer…pour le moment.

Ailleurs, toutefois, les évolutions sont notables. Un jour après la bourde de Choonee, son collègue Vasant Bunwaree a, lui, montré l’exemple. En annonçant, lundi, que notre langue, le moricien, fera son entrée à l’école. La langue maternelle de nos enfants leur sera bientôt enseignée.

Ce grand pas en avant démontre la vision progressiste du ministre de l’éducation. Mais aussi sa volonté de ne pas laisser des lobbys lui dicter sa conduite. Ceux-ci refusent de dévoiler leurs intérêts. S’ils sont hostiles à l’enseignement du morisien, c’est parce qu’ils pensent que cela les met en danger. Et menace leur culture. Rien de plus faux !

Lors de l’annonce, Bunwaree a posé une question très intéressante. Il s’est interrogé sur l’opportunité d’utiliser le mot « morisien » au lieu de « kreol morisien. » Un terme qui donne à notre langue nationale une connotation ethnique.

Les lecteurs de l’express-dimanche savent que nous privilégions le morisien. Car il renvoie au fait que cette langue est parlée de tous à Maurice. Nous ne pouvons donc que soutenir le ministre Bunwaree s’il choisit d’aller dans cette direction.

A la suite de l’épisode Choonee, nous avons constaté avec quelle facilité nous pouvons diviser le pays. Nous devons désormais faire de notre langue nationale un facteur d’unification et d’apaisement dans notre société. Et non une énième raison de divergences entre citoyens.

Il y a un an, la Fédération des Créoles Mauriciens réclama l’enseignement du « Kreol morisien » dans les écoles. D’abord parce que c’est « la langue ancestrale des créoles » et seulement ensuite « la langue maternelle et de communication de tous les Mauriciens. » La FCM n’avait également pas manqué de dire que cette langue est un « droit linguistique et culturel » des « enfants créoles ». Nous ne pouvons être d’accord avec cette approche. Le Premier ministre et le gouvernement de ce pays n’appartiennent pas en priorité à une caste ou une communauté. Par analogie, notre langue nationale ne peut appartenir prioritairement à une communauté.

La question des langues a été totalement politisée et ethnicisée à Maurice. Désormais, chaque ethnie et communauté du pays est propriétaire de son « speaking union ». Le gouvernement pourra dire le contraire, mais sa politique de morcellement de nos identités linguistiques n’aide pas au « Nation Building ». La preuve : un Manoj s’intéresse-t-il aux activités de la « Urdu Speaking Union » ? Une Alexandra aura-t-elle envie d’être membre actif de la «  Tamil Speaking Union » ? Non.

Nos gouvernements successifs, obnubilés par leur besoin de plaire à chaque groupe, n’ont jamais songé à créer un unique Institut National des Langues. Pourtant c’est la solution qui paraît la plus censée. Les gouvernements ne l’ont pas fait parce qu’ils ont privilégié l’approche clientéliste. Donnant à chaque groupe un peu de pouvoir afin d’acheter leur silence. Mais il est désormais temps que le pouvoir montre l’exemple en appelant notre langue nationale le morisien. Cela constituera un signal fort qui va aider à dédramatiser et desethniciser notre relation avec les langues.

Le pays traverse une phase cruciale de son développement économique. Nous nous sommes suffisamment flattés d’être bilingue français/anglais. Mais cela ne suffit plus ! Notre avenir économique se trouve en Chine, en Inde et dans le bloc de l’Est. Il nous faut donc imaginer à quel point il serait bénéfique que nous apprenions leurs langues.

Un François apprenant le hindi à l’école, puis au collège et à l’université pourrait demain devenir l’agent de liaison du groupe indien Tata à Maurice. Tout comme un petit Ejaz pourrait devenir un redoutable négociateur commercial d’un grand groupe Mauricien faisant du commerce avec la Chine. Si toutefois, les mentalités actuelles persistent, seule une Meilan ira apprendre le mandarin. Et Sarital le hindi. Si les revendications ethniques l’emportent, demain seul Jason ira apprendre le « Kreol Morisien » Il serait désolant qu’on en arrive là !

La balle est désormais dans le camp du gouvernement. Il doit décider du signal qu’il enverra. Les pessimistes diront que les lobbys et pressions ethniques sont puissants. Que donc, ils gagneront. Mais nous préférons nous placer résolument dans le camp des optimistes…


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