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Ceux qui diront non

« Un “non’’ prononcé avec la plus profonde conviction  est préférable à un “oui’’ prononcé pour faire plaisir ou, pire, pour éviter les ennuis. »

Gandhi

C’est la saison du oui ! Navin Ramgoolam et Paul Bérenger vont se le dire officiellement dans les jours à venir. Et peu importe si la nouvelle loi électorale est votée avant ou après les prochaines élections générales, les noces des deux leaders politiques seront célébrées dans la ferveur d’un cinglant 60-0 administré au MSM. Mais est-ce que l’ensemble des 1,3 million de Mauriciens auront le cœur à la fête?

Sans surprise, l’argumentaire de vente classique sera ressorti pour nous vanter les bienfaits d’une chromothérapie rouge/mauve. A force d’avoir été bassinés avec, nous les connaissons tous… par cœur. D’abord, l’alliance PTr/MMM a le mérite d’apaiser les tensions ‑ notamment ethniques ‑ du pays. Ensuite, elle porte au pouvoir une « dream team » composée des meilleures compétences locales. Toutes susceptibles d’aider la nation à relever les défis sociétaux et économiques du moment et de l’avenir.

Les considérations plus personnelles, voire égoïstes, de ce mariage de raison sont moins vendables. Navin Ramgoolam cherche à régner localement et rayonner internationalement sans avoir à gérer le « day to day business » du gouvernement. Tandis que Paul Bérenger souhaite, lui, finir sa vénérable carrière politique en apothéose tout en préparant sa succession au MMM. Difficile d’expliquer comment la poursuite de ces deux objectifs concourt significativement à améliorer le quotidien des Mauriciens !

C’est donc sur le terrain démocratique qu’on tentera de placer l’avancée. Grâce à la IIe République, le Premier ministre ne sera plus tout puissant, il exercera ses prérogatives dans un cadre institutionnel rationalisé. Tandis que la réforme électorale permettra enfin aux citoyens d’élire des Mauriciens à part entière et non des candidats ayant l’obligation de se choisir une appartenance ethnique ou communautaire pour prétendre briguer les suffrages.

Malgré ses bienfaits, la réforme institutionnelle ne parviendra pas à éradiquer tous les travers de notre système politique. Les jeux d’alliances sont ainsi toujours promis à un bel avenir. Puisque le nouveau mode de scrutin reposera aux trois quarts sur le système First Past The Post, tous les partis politiques installés continueront à trouver un intérêt à participer à des sessions de koz koze sporadiques (pré et post élections) afin de contracter ou de changer d’alliance au moment opportun.

Ce statu quo dans le fonctionnement des rapports de forces politiques ne permettra pas aux principaux leaders de remonter dans l’estime de l’électorat. Cet immobilisme pourrait même conduire une importante partie des votants à lancer à terme une motion de blâme – dans et en dehors des urnes – contre l’accaparement du jeu électoral par les principaux partis.

En fait, la motion de censure a été déposée, en toute discrétion, depuis des années. Une analyse sommaire des statistiques de participation aux élections générales depuis l’indépendance démontre en effet l’érosion de l’intérêt des électeurs au fil des rendez-vous nationaux. En 1982, seuls 12 électeurs sur 100 avaient décidé de bouder les urnes. Lors du scrutin de 2010, le taux de désabusés est passé à 23%.

C’est à partir de 1991 que le désintérêt des électeurs pour les grand-messes politiques a commencé à se manifester de manière flagrante. Cette année-là, le premier épisode de la telenovela « Tout est possible en politique » avait été joué dans les urnes. Les épisodes se sont succédé : « Le remariage d’Anerood et Paul » en 1991, « Paul trompe Anerood avec Navin » en 1995, « Anerood et Paul se marient pour la troisième fois » en 2000, puis « Navin trompe Paul avec Pravind » en 2010. Tout au long, un nombre de plus en plus grand d’électeurs/spectateurs déçus a choisi de rester chez lui, préférant zapper le programme.

Combien seront-ils à zapper le prochain épisode: « Navin et Paul se marient pour faire chambre à part » ? Vu le peu d’enjeux d’un scrutin opposant le bloc PTr/MMM au MSM, il est déjà fort probable que bien plus de 23 électeurs sur 100 décideront finalement de ne pas exercer leur devoir civique. Rien ne dit, de plus, que les 70% de votants consentiront tous à regarder les mêmes acteurs rejouer dans le même feuilleton pathétique.

Dès lors se posera une nouvelle question : si les partis installés perdent leur crédibilité auprès d’une frange de plus en plus importante de l’électorat, qui sera en mesure dans les années à venir d’incarner l’alternance à une classe politique dégénérescente ? Les candidatures sont ouvertes…

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Le ver est dans le fruit

C’est avec une certaine satisfaction que Navin Ramgoolam glisse cette phrase en guise de commentaire général sur l’état des relations entre le MSM et le MMM. En cette fin de semaine, le « remake de 2000 » semble en effet voué à un échec programmé. Bien des raisons, aussi bien intrinsèques qu’externes à l’alliance expliquent pourquoi le tandem sir Anerood Jugnauth/Paul Bérenger connaîtra un nouveau divorce.

Même s’il est en mesure de le nier maintenant, Paul Bérenger finira par avouer que le cœur n’y était pas, quand il a officialisé le « remake » début avril. Quelques semaines auparavant, il négociait encore avec le Premier ministre. Officiellement les discussions portaient sur la réforme électorale. Officieusement, il s’agissait également d’arriver à un accord politique et institutionnel pour que le Parti travailliste et le MMM gouvernent ensemble.

Un éventuel accord Bérenger/Ramgoolam est quasi alchimique. Il doit concilier des éléments politiques, institutionnels et personnels complexes. Si Bérenger et Ramgoolam s’apprécient, le premier a déjà expliqué au second qu’il ne souhaite pas être son numéro deux… afin de ne pas revivre leur cassure de 1997. Cela nécessite un aménagement institutionnel complexe : Ramgoolam président avec pouvoirs, Bérenger Premier ministre avec suffisamment de prérogatives pour diriger au quotidien le gouvernement. Enfin, l’accord comporte une condition politique plus prosaïque : celle d’assurer une bonne représentativité du MMM au Parlement tout en maintenant l’importance du PTr sur l’échiquier politique. Cela à travers un nouveau système électoral.

Dans l’idéal, Bérenger aurait bien voulu conclure ce deal complexe. Mais là où le leader mauve prône une prise de décision rapide, Ramgoolam joue la montre. C’est d’ailleurs cette attitude qui a largement conduit Bérenger à abattre son joker Jugnauth en début d’année. « Trop tôt » au goût du principal intéressé, qui nous avouait, il n’y a pas si longtemps, son « agacement » face à l’habitude de Bérenger de « koz tro boucou ».

Moins de six mois après la conclusion du « remake de 2000 », la fâcheuse manie de Paul Bérenger de parler trop et d’agir vite lui joue déjà des tours. En cherchant à hâter une décision de Ramgoolam, Bérenger a ouvert les discussions avec le MSM. En voulant dramatiser la démission de SAJ du Réduit, Bérenger a annoncé, « trop vite », selon l’ancien président, l’éventuelle démission de six membres du gouvernement.

Stoïque, SAJ nous avouait « pa bizin dir an avans sa bann zafer la ». Les cartes ont toutefois été (prématurément) abattues. N’écoutant pas sa femme pour une fois, le président a démissionné. Tandis que les démissionnaires en puissance dans le gouvernement se laissaient convaincre (de gré ou de force) de rester à leur place. Du coup, on attend toujours du « remake » qu’il tienne sa promesse de « hâter la chute du gouvernement ».

Ironiquement, c’est peut-être la chute du MSM lui-même que hâte l’alliance MSM/MMM. Galvanisés par le retour de SAJ dans l’arène politique, les militants blancs se sont vite mis à se poser des questions au vu de l’incapacité du parti à attirer les grosses foules au fil du « pèlerinage » de son fondateur autour de l’île. « Tandi ki papa pe fer pelerinaz otour lil, piti pe fer tour di mond » : la sévérité avec laquelle cette phrase est assénée par un militant MSM résume la défiance qui monte à l’encontre des dirigeants du parti. Si SAJ reste le vieux sage à qui l’on voue une admiration sans bornes, l’équipe qui l’entoure passe désormais pour être difficilement en mesure d’assurer sa relève. Pas face à Bérenger en tout cas.

C’est sans doute conscient de la nécessité de se rabattre sur un plan B, qu’au moins un cadre du MSM a entrepris une stratégie d’ouverture auprès de Xavier Duval. Très mauvais calcul. Dans l’heure qui a suivi la rencontre entre le leader du PMSD et Showkutally Soodhun, Navin Ramgoolam était au courant des deux propositions du MSM. A défaut d’un partenariat MSM/PMSD, il a été proposé à Duval de sonder son patron sur la possibilité d’une réconciliation de l’équipe de l’alliance de l’Avenir. Proposition accueillie par un quadruple « never » sonore de Ramgoolam.

Si la réponse du principal concerné n’est pas parvenue directement à la direction du MSM, les sollicitations du parti de Pravind Jugnauth ont, elles, été très vite portées à l’attention de Paul Bérenger…sans doute par un ami lui voulant du bien.


À l’épreuve de la foule

Il n’y aura pas de match nul. Les rassemblements politiques de ce 1er-Mai livreront un seul vainqueur. Il en est ainsi parce que les blocs Parti travailliste/PMSD et MSM/MMM se sont laissé enfermer dans une logique du nombre. Leurs leaders respectifs en assumeront les conséquences. Elles pourraient être lourdes.

Le pays ne traverse pas une de ces périodes de mi-mandat habituellement marquées par une certaine torpeur au niveau politique. Depuis le 1er mai 2011, l’Alliance de l’avenir a explosé en vol, sir Anerood Jugnauth a démissionné de la présidence pour reprendre un rôle politique de premier plan. Enfin, une alliance MSM/MMM a désormais pour ambition de bouter rapidement Navin Ramgoolam hors du pouvoir.  Du coup, les meetings du 1er-Mai de cette année obéissent à une autre logique. Ils sont de véritables tests. Dont il convient d’établir la note minimale pour réussir.

Nous ne sommes pas à la veille d’élections générales. Il est donc illusoire d’espérer une réédition des scores des meetings du 1er-Mai de 2010. Selon les estimations de l’express dimanche, la défunte Alliance de l’avenir avait alors rassemblé entre 30 000 et 32 000 partisans à Vacoas tandis que le MMM avait drainé une foule de 18 000 à 20 000 personnes à Port-Louis. Ce mardi, toutefois, le « pass mark » pour les alliances PTr/PMSD et MSM/MMM se situera plutôt autour de 12 000 personnes.

Ce score n’est en rien inatteignable. Un bon meeting de mi-mandat du PTr attire habituellement de 8000 à 10 000 personnes, le MMM n’est d’habitude pas trop à la traîne avec 2000 à 3000 sympathisants en moins. Or, à l’approche des échéances électorales ou quand les démonstrations de force deviennent nécessaires, chaque parti arrive à remobiliser ses troupes. Ainsi, le 1er mai 2009, le PTr avait réuni  13 000 personnes à Vacoas. Tandis que le MMM et le MSM attiraient une foule cumulée de 12 000 partisans (9000 mauves à Rose-Hill, 3000 blancs à Saint-Pierre). Il s’agira, pour l’opposition, de rééditer (au moins) ces chiffres mardi.

En théorie, les deux blocs politiques sont en mesure d’y arriver. L’alliance au pouvoir a déjà démontré sa supériorité logistique à cette fin. Si les 300 autobus de la CNT réservés par le PTr roulent à moitié vide, ils déverseront malgré tout un flot de 9000 personnes à Vacoas. Il n’est pas interdit de penser que 3000 autres sympathisants s’y rendront par d’autres moyens…

Du côté de la nouvelle alliance MSM/MMM, l’essai est tout aussi transformable. Même si des cadres rouges clament le contraire, la campagne de mobilisation de l’opposition a été plutôt satisfaisante. Patrick Assirvaden peut chercher à travestir la vérité (lire son interview en pages 18-19), il n’en demeure pas moins vrai que SAJ a attiré une foule d’un millier de personnes à Rivière-du-Rempart ce lundi. L’effet de curiosité de ceux qui cherchent à constater de visu « si ankor ena lor bolom la », cumulé aux efforts de mobilisation du MMM et du MSM, ne peuvent donc qu’augurer d’une bonne performance de l’alliance de l’opposition à Port-Louis.

Trois scores peuvent donc être enregistrés à l’issue du match de mardi. Un seul d’entre eux pourrait être préjudiciable à l’opposition. En effet, si le bloc MSM/MMM réunit une foule nettement inférieure à celle de Vacoas, la messe sera dite. La mayonnaise, que le PTr ne voyait pas monter, retombera rapidement. Privée de l’effet d’entraînement d’une grosse mobilisation, l’alliance  MSM/MMM pourrait peiner à garder ses troupes mobilisées durant les mois à venir et perdre l’attrait qu’elle exerce chez certains membres de la majorité parlementaire. À terme, cela conduira à son implosion. Quand ses dirigeants réaliseront qu’il leur sera difficile de tenir la distance qui les sépare de 2015.

Les deux autres scores demeurent toutefois à l’avantage de l’opposition. En cas d’égalité, l’alliance MSM/MMM pourra tout à fait s’enorgueillir de sa performance malgré les moyens logistiques largement supérieurs de l’adversaire. SAJ et Paul Bérenger envisageront alors les mois suivants avec davantage de sérénité. Ce sentiment céderait la place à l’euphorie si jamais l’alliance MSM/MMM remportait la bataille des foules. L’opposition compte sur cela pour enclencher une suite d’événements irréversibles qui commencerait par une plus forte adhésion populaire pour culminer avec la mise en minorité du gouvernement au Parlement grâce à la démission de trois ou quatre membres de l’équipe de Ramgoolam.

Le champ des possibilités de ce qui pourrait se produire à partir du 1er mai est encore ouvert. SAJ, Bérenger et Ramgoolam ont un jour pour s’assurer que la suite des événements corresponde à leurs plans. En attendant que ceux-ci soient déjoués, un jour, par un sursaut populaire. Dont le premier acte pourrait être tout à fait symbolique :  le boycott des meetings politiques du 1er-Mai !


La bataille des « carapates »

Si l’invasion a été soudaine, elle était néanmoins attendue. Les parasitologues locaux ont donc réussi à déterminer assez vite la nature de la menace. Il s’agit d’une espèce connue d’arachnide parasite à deux pattes qui prolifère dans le pays depuis des années : la tique politique. Communément appelée « carapate » ou « roder bout » à Maurice.

Les habitudes de reproduction et de prolifération de ce parasite sont encore méconnues. Trois éminents experts locaux dans l’étude de la « carapate », Paul Bérenger, sir Anerood Jugnauth et Navin Ramgoolam, ont toutefois grandement aidé à mieux cerner le comportement de ces bêtes. Chacun d’entre eux est allé jusqu’à donner de sa personne pour faire avancer la recherche. Notamment en s’entourant volontairement de plusieurs de ces bêtes durant de nombreuses années. En 2012, aussi bien Ramgoolam, Jugnauth que Bérenger persistent à défendre le bien-fondé de cette technique d’étude. Ils conservent donc chacun un certain nombre de « carapates » auprès d’eux.

C’est une méthode payante. Ainsi c’est SAJ qui a été le premier à réaliser une découverte majeure sur les habitudes migratoires des carapates vers le milieu des années 90. Une avancée qu’il résuma à travers la formule « karapat sanz lisien ». Il déduisit que l’arachnide à deux pattes est extrêmement sensible au climat politique. Plus celui-ci est perturbé, plus la « carapate » s’agite. Et dès que des réalignements s’opèrent, le parasite entame sa grande migration. Quittant un parti pour aller s’accrocher à un autre. SAJ démontra également que seules les petites « carapates » s’excitent durant les premières phases d’instabilité. Les parasites les plus puissants et expérimentés attendent, eux, que le réalignement politique soit total et irréversiblement à l’avantage d’un parti pour se précipiter vers celui-ci.

La contribution de Ramgoolam et Bérenger à la recherche ne peut toutefois être minimisée. A eux deux, ils ont en effet révolutionné la classification de cette espèce d’arachnide. Leurs travaux ont ainsi permis de conclure qu’il n’existe pas une mais quatre sous-espèces de « carapates » dans le pays. En haut de la pyramide trône la « super carapate ». Même si ce parasite-là est « gro fey » ou « intellectuellement limité », il n’a aucune difficulté à s’accrocher au parti politique de son choix. Bien né, ou disposant d’un patronyme « premium », ce type de « carapate » est considéré comme étant la sous-espèce la plus robuste et adaptable.

Arrive ensuite la « carapate grégaire ». Celle-là, comparée aux autres sous-espèces, joue la carte collective. Elle prétend toujours représenter la majorité de ses congénères et promet au parti qui la recueille, le soutien et la reconnaissance éternels des siens. Accueillir ce genre de parasite implique souvent de confier quelque avantage à lui-même ou à l’un ou plusieurs de ses congénères préalablement désignés. Suit candidement la « carapate has been ». Souvent, celle-ci est une ancienne gloire du parasitage ayant traîné ses crocs dans plusieurs partis. Incidemment, ce type de « carapate »  se distingue par le fait d’avoir été assez insipide dans ses responsabilités antérieures de ministre, ambassadeur ou conseiller municipal. Cette sous-espèce arrive néanmoins à trouver une petite place dans un parti voulant bien d’elle dans une conjoncture précise. Enfin, c’est la « caparate vulgaris » qui clôt la hiérarchie. Sans envergure, elle ne se fait accepter par un parti politique que sur de très courtes périodes avant d’être sacrifiée sans ménagement par son hôte et de tomber dans l’oubli.

Selon les parasitologues moins établis du pays, ce sont seulement les « carapates has been » et « vulgaris » qui se sont manifestées pour l’heure. Ils estiment que rien ne prouve que les « carapates » de première catégorie entameront bientôt leur migration. Cette assertion est néanmoins très loin de faire l’unanimité parmi les trois éminents experts locaux en la matière. En effet, alors que Ramgoolam affirme que la migration des grandes « carapates » attendra, SAJ et Bérenger pensent qu’elle a déjà commencé. Cette divergence d’experts n’est toutefois pas très grave. Ce qui l’est, par contre, c’est le fait que les trois éminences grises du parasitage semblent volontairement nier l’existence de certains travaux sur les « carapates ».

Ces derniers démontrent que ces parasites sont les vecteurs de quelques graves maladies affectant les politiques. Notamment la schizophrénie, le délire paranoïaque et la mégalomanie. Les parasitologues internationaux suggèrent par conséquent qu’une campagne d’éradication totale de l’espèce soit menée à Maurice. Mais Bérenger, SAJ et Ramgoolam ne l’entendent pas ainsi. En effet, ils souhaitent effectuer d’autres expérimentations sur les « carapates ». Ce sera bien évidemment à leurs risques et périls…


La voie B de Ramgoolam

Admettons que le tandem sir Anerood Jugnauth/ Paul Bérenger réussisse son coup. Que le 23 ou 30 avril prochain, le gouvernement de Navin Ramgoolam succombe, foudroyé par une motion de censure à l’Assemblée nationale. Le story-board idéal de l’alliance MMMSAJ prend alors forme. Ramgoolam organise précipitamment des élections générales anticipées, le verbe simple mais efficace et l’aura de SAJ font le reste. La victoire est acquise. C’est à quelques nuances près ce que s’imaginent les sympathisants de l’alliance MMM-SAJ.

Ils ont tort. Ramgoolam, dont les qualités de stratège se sont développées depuis sa défaite de 2000, ne manquera pas de réagir avec vigueur. Les seconds couteaux rouges croient savoir que la stratégie de leur patron va s’articuler autour de deux grands axes : décrédibiliser SAJ en réduisant son image à celle d’un vieillard sénile… avec l’aide bienveillante de la MBC. Ensuite laisser éclater quelques « affaires » auxquelles seraient mêlés des cadres du MSM. Les transactions autour d’un hôtel du littoral ouest ainsi que la saisie d’une cargaison de bois de rose à Maurice en 2011 feraient partie du package.

Cette stratégie serait toutefois contreproductive. D’abord parce que même avec ses 82 ans au compteur, SAJ dégage une aura de « bon père de famille » dont les propos interpellent la classe moyenne du pays. Ensuite attaquer ses adversaires sur le terrain des affaires, c’est s’exposer à en voir révéler d’autres en retour durant la campagne. Le pacte des loups liant les grands partis politiques est solide. Les deux camps se contenteront probablement d’insinuations lors de la campagne électorale. En évitant d’aller au bout de leurs démarches de dénonciation.

Reste alors la voie B… comme Bérenger. De 2000 à 2003, SAJ a été un Premier ministre « back seat » se contentant d’assurer une présence rassurante, voire dissuasive, au lieu d’incarner et d’exercer concrètement l’autorité au sein du gouvernement MSM/MMM d’alors. Si SAJ revient au pouvoir pour une période de trois ans, il sera probablement totalement réduit à un rôle de « token PM ». Si SAJ est de nouveau « in office », de toute évidence, c’estbien Bérenger qui sera « in power » et « in control ». Là est le point faible de l’accord MMM-SAJ.

Ce deal, taillé pour SAJ, ne laisse en effet que très peu de place à l’épanouissement des cadres MSM – voire de Pravind Jugnauth lui-même – au sein du futur gouvernement d’alliance. L’actuel leader du MSM coure ainsi le risque très réel de ne pas se retrouver sur le front bench d’un futur gouvernement MMM-SAJ. Plus grave encore, alors que le maroquin des Finances lui avait été servi sur un plateau en septembre 2003, rien n’indique que Pravind Jugnauth pourra légitimement prétendre au même fauteuil. Celui-ci devrait logiquement revenir à Vishnu Lutchmeenaraidoo à un point ou un autre de l’éventuel mandat du gouvernement MMM-SAJ.

Concrètement, Ramgoolam tient là le tableau idéal pour dérouler son argumentaire anti-MMM classique. Articulé autour de la présumée propension de Bérenger à vouloir exercer le pouvoir sans partage. Cette stratégie repose sur le fait qu’une élection opposant SAJ à Ramgoolam n’est pas prioritairement tranchée dans les circonscriptions urbaines. Mais dans la dizaine de circonscriptions constituant la Hindu Belt, d’où le MSM et le PTr puisent leur soutien électoral historique. Navin Ramgoolam n’inventera donc rien. Il agitera le même spectre que celui de décembre 2003. Lors de la partielle de Piton/Rivière-du-Rempart, il avait refusé le défi lancé par Pravind Jugnauth, préférant rappeler à l’électorat qu’il s’agissait, en fait, de choisir entre Bérenger et Ramgoolam. Les électeurs de la circonscription avaient clairement choisi leur camp. C’est face à ce même choix que Ramgoolam placer l’électorat dans le cadre d’une future campagne électorale.

Le leader du Parti travailliste minimisera les « divagations » de sir Anerood Jugnauth tout en mettant l’accent sur le fait que face à un SAJ de plus en plus effacé, voire amoindri, et à un Pravind Jugnauth au rôle réduit, Bérenger dirigera comme il le veut le futur gouvernement. C’est là un tableau susceptible de réveiller des peurs irrationnelles dans une partie de la population. Ramgoolam le sait, il utilisera donc cet élément à son avantage. Mais SAJ le laissera-t-il vraiment faire ?


En attendant les « Amnésie Awards »

Les délibérations du jury se sont tenues dans le plus grand secret. C’est d’ailleurs dans la discrétion absolue qu’un panel d’éminents experts s’est rendu à Maurice, il y a quelques jours, dans le cadre du concours international « Amnésies politiques ». Celui-ci récompense les personnes qui tirent avantage de leur amnésie pathologique ou feinte à des fins politiques. Officiellement, le Top 5 de l’Amnésie politique à Maurice ne sera connu que lors d’une grande soirée au mois de juin. Mais nous avons pu nous procurer le compte-rendu des délibérations du jury. Les voici…

5e place : Yatin Varma. Le jury a particulièrement apprécié le discours de l’Attorney General (AG) ce mercredi. Les experts internationaux disent, lors de leurs délibérations, avoir constaté que Varma a su exploiter ses problèmes de mémoire pour attaquer le président de la République. En effet, l’AG a expliqué avec verve que les années 1980 avaient été « sombres » pour la liberté de la presse. Tout en omettant de préciser que durant les années 1970, la presse était soumise à un régime de censure avant publication par le pouvoir travailliste d’alors. Mais – plus important encore – l’AG a « oublié » que durant les cinq dernières années, plusieurs journalistes ont été arrêtés et des groupes de presse boycottés par son propre gouvernement.

4e place : Pravind Jugnauth. Les récentes prestations du leader du MSM au sujet du « remake de 2000 » ont été qualifiées de très crédibles par le panel. Ce dernier a, par exemple, particulièrement apprécié l’amnésie totale de Pravind Jugnauth par rapport à ce qu’il disait il y a à peine un an sur Paul Bérenger. Ce dernier, futur Premier ministre et donc patron du leader du MSM pendant deux ans en cas de succès électoral d’un éventuel Medpoint 2, avait été traité par son « ti frer » actuel de « Johnnie ». Le prince héritier de la dynastie soleil s’était également laissé aller à dire que Bérenger était en train de « sous le Dr Navin Ramgoolam » afin de faire alliance avec lui. Malgré tout cela, Bérenger et Pravind Jugnauth affichent une entente cordiale depuis octobre 2011. Le jury n’a pu s’empêcher d’applaudir cette prouesse.

3e place : Navin Ramgoolam. Le jury s’est en partie basé sur l’interview accordée à l’express dimanche par le Premier ministre pour se faire une idée du degré d’amnésie de ce dernier par rapport au MSM et à sa décision de faire alliance avec ce parti début 2010. Navin Ramgoolam leur est ainsi apparu très convaincant quand il a expliqué que le MSM « lui a fait perdre des votes » et que le parti était « un boulet [qu’il a] trainé ». Ces commentaires, a conclu le jury, dénotent une amnésie politique évidente d’un Ramgoolam qui expliquait le 31 mars 2010 que « la nouvelle alliance bleu-blanc-rouge » avait été constituée « pour assurer la stabilité et le progrès du pays ».

2e place : Paul Bérenger. Le patron du MMM a failli finir à la première place du classement car ses prouesses amnésiques ont fortement impressionné le jury. Celui-ci a qualifié d’exceptionnelle la propension de Paul Bérenger à perdre la mémoire d’une semaine sur l’autre. Ainsi le jury a trouvé Bérenger flamboyant dans son appel lancé aux délégués de son parti à voter « massivement » pour Medpoint 2. Alors que le même Bérenger disait, il y a deux semaines, que le MMM préfère, au fond, aller seul aux élections avant de révéler que certains membres du comité central mauve ont voté en faveur du remake « pour faire plaisir à Paul ». Le jury a également été particulièrement charmé par la capacité de Paul Bérenger à oublier son avis encore assez récent sur Pravind Jugnauth. Qu’il qualifiait, sourire aux lèvres, de « ti frer ti lespri ».

1ère place : Sir Anerood Jugnauth. Le président du jury n’a pas tari d’éloges à propos de sir Anerood Jugnauth et de sa phénoménale capacité à oublier ce qu’il raconte. Ainsi, le panel est resté admiratif devant la volonté de SAJ de participer au meeting du 1er Mai d’une alliance MSM/MMM si jamais il est « invité » et « an deor » à ce moment-là. Le jury a jugé cette prestation exceptionnelle, car le même SAJ disait en avril 2010 avoir prévenu son fils Pravind : « Il vaut mieux être dans karo kann que d’aller travailler avec le MMM et Bérenger. » Un chef mauve qu’il trouvait alors « rempli de méchanceté ». Après avoir un temps réfléchi à accorder la première place ex aequo à Bérenger et SAJ, le jury a finalement choisi de reconnaître le grand apport de ce dernier dans l’utilisation de l’amnésie en politique.

L’étape mauricienne a toutefois été l’occasion pour le jury d’innover. Il a en effet décidé d’accorder un Prix spécial aux Mauriciens. Car les experts ont cru distinguer chez eux des signes distinctifs d’une forme rare d’amnésie collective. Celle-ci se manifeste à peu près tous les 5 ans quand les électeurs locaux se rendent aux urnes. Le jury compte rendre un hommage au peuple mauricien à ce sujet lors de la grande soirée des « Amnésies politiques ».


Une question de timing

On avait presque oublié l’affaire MedPoint. « Le scandale du siècle », que dénonce Paul Bérenger depuis un an déjà. Nous devons donc remercier le leader du MMM d’avoir ramené la question sur le devant de l’actualité ce mercredi. En effet, sept mois après avoir évoqué une rencontre présumée entre le Premier ministre et l’ancien propriétaire de la clinique MedPoint, Bérenger s’est enfin décidé à consigner une déposition au Central Criminal Investigation Department (CCID) pour confirmer ses accusations. On s’interroge toutefois. Le patron du MMM a-t-il eu besoin de sept mois pour vérifier et contrevérifier son information ? Ou alors a-t-il tout simplement choisi le meilleur moment pour faire son déplacement médiatisé au CCID ? On peut penser que c’est le cas.

Depuis la soumission du rapport Carcassonne sur la réforme électorale, le 18 décembre dernier, Navin Ramgoolam et Paul Bérenger n’ont cessé de se parler. D’abord de manière informelle, puis lors de réunions plus structurées à partir de mi-janvier pour discuter des propositions de Rama Sithanen. Depuis deux semaines, toutefois, les discussions semblent avoir capoté. Incapables de s’entendre sur la réforme mais aussi, très probablement, sur un accord politique plus global, Ramgoolam et Bérenger campent désormais sur leurs positions respectives.

Tout ceci amène Rama Sithanen à avouer (lire pages 14-15) que la réforme électorale est probablement morte et enterrée. Or, c’est justement pile au moment où l’on s’apprête à arrêter la date des obsèques de la réforme électorale que le patron du MMM est comme gagné par un sursaut. Les mamours et koz koze avec Ramgoolam ayant échoué, le leader de l’opposition semble de nouveau vouloir penser à faire la lumière sur la vente controversée de la clinique MedPoint à l’Etat et le rôle que le Premier ministre a pu jouer dans cette transaction. Le timing est déroutant…

Le regain d’énergie du MMM se constate aussi ailleurs. Puisque les plans d’avenir avec le Parti travailliste paraissent sombres pour le moment, Bérenger déterre l’os MSM, mis de côté depuis le début de l’année. En effet, Pravind Jugnauth avait fait savoir dès les premiers jours de 2012 qu’un « remake de 2000 est plus que jamais d’actualité ». L’entrain du patron du MSM était toutefois accueilli avec une grande circonspection chez les Mauves. Les plus honnêtes d’entre eux avouant sans ambages : « Ce n’est pas le fils qui nous intéresse… mais le père ! »

Sauf que le père est toujours confortablement installé au Réduit. Sir Anerood Jugnauth se contente d’ailleurs désormais de ne lancer que le minimum syndical de coups de griffes au gouvernement et à Ramgoolam. Mais malgré la mollesse des attaques de SAJ, le MMM semble vouloir passer à la vitesse supérieure avec l’allié d’hier. Mais Bérenger ne se précipite pas. C’est en effet dans deux semaines, le 3 mars, que le comité central du MMM sera appelé à voter à bulletin secret le remake de l’alliance MSM/MMM de 2000. Officiellement, le vote est décalé à cause de Maha Shivaratree. On peut toutefois se demander si ces deux semaines ne font pas office de temps de sursis. Au cas où Ramgoolam songerait à demander à Bérenger de revenir à la table des négociations de la réforme électorale… et de l’entente politique.

Si dans deux semaines, le MMM vote le remake de 2000, le parti de Bérenger se retrouvera avec un autre problème de timing… par rapport à SAJ. Pour l’heure, il n’y a aucune raison politique ou objective qui peut pousser le président à la démission. Or, si le comité central du MMM avalise un remake de 2000, le président se retrouvera alors dans une drôle de posture. Où il sera à la fois le chef de l’Etat mais aussi le shadow prime minister d’une alliance qui a pour but de renverser Ramgoolam. Cela mettra le président de la République dans une situation où il ne pourra plus prétendre être au-dessus de la mêlée politique. Démissionnera-t-il alors ? Là aussi, ce sera une question de timing…


Nous sommes tous pour…

la représentation de toutes les composantes de la population au sein du Parlement. Notre système d’élection au First Past the Post a largement assuré cela pour les citoyens musulmans et les Mauriciens faisant partie de la population générale. Pour ces deux catégories, environ huit députés sur dix élus depuis 1967 l’ont été sans avoir recours au Best Loser System (BLS). Les statistiques démontrent donc que ce n’est pas le BLS qui, à lui seul, a assuré la représentativité des minorités à l’Assemblée nationale.

une loi électorale plus juste. Toutefois, le fonctionnement même de notre BLS crée des distorsions importantes entre les objectifs du système et les résultats qu’il finit par générer. Ainsi, Paul Bérenger, le chef d’un MMM ayant capté 48,12 % des suffrages lors des élections générales de 1987, n’a pu se faire élire en tant que Best Loser malgré son appartenance à la population générale. Showkutally Soodhun, candidat d’une alliance MSM/RMM laminée lors d’un cinglant 60-0 en 1995, a également goûté au caractère inique du BLS. Perdant avec un total de 7416 votes, il n’a néanmoins pas été désigné Best Loser de la communauté musulmane. Ce siège de député est revenu à Mustapha Beeharry, candidat d’un micro-parti ayantdécroché 3000 votes de moins que Soodhun.

un système prévisible. Il a été démontré que le BLS est tout sauf cela. En 1982, 1991 et 1995, cet outil n’a permis de nommer que quatre députés issus des minorités au lieu des huit prévus par notre loi électorale. A l’issue des élections de 2010, ce ne sont que sept députés qui ont été nommés. Le système a, par contre, montré de la prévisibilité… quand il a permis à deux candidats de Rodrigues d’être désignés députés BLS au détriment de candidats de la même appartenance ethnique issus de grands partis nationaux battus. C’est arrivé en 1995, 2000 et 2005.

la fin de l’opportunisme de la part des politiques. Dont l’expression la plus écœurante a été l’élection du Mauricien d’ascendance chinoise Michael Sik Yuen comme Best Loser de la population générale lors des dernières législatives. Légalement, Sik Yuen pouvait choisir de se déclarer membre de la population générale, mais moralement son acte est cynique et condamnable. S’il a hérité d’un fauteuil de ministre, ce n’est pas parce qu’il est un élu de la population générale, mais bien grâce à son ascendance chinoise ! C’est le flou autour des catégories utilisées par le BLS qui permet cela. Alors que certaines d’entre elles sont ethniques (sino-mauriciens, population générale) d’autres sont confessionnelles (musulmans, hindous). Si rien ne change, d’autres Michael Sik Yuen instrumentaliseront le BLS pour arriver à leurs fins.

la défense des droits humains de chaque citoyen mauricien. Cela implique notamment le fait de pouvoir permettre à chacun de participer au processus démocratique à travers sa candidature aux élections générales. Or, si notre Constitution a été amendée pour qu’une personne n’ait pas à divulguer son appartenance ethnique lors du recensement de la population, notre droit oblige tout candidat à une élection générale à se définir ethniquement afin de participer au processus démocratique. Tôt ou tard, notre propre Cour suprême, les Law Lords du Privy Council ou d’autre sages aux Nations unies affirmeront qu’une démocratie ne peut exiger de ses citoyens qu’ils se définissent par rapport à une grille ethno-confessionnelle pour être autorisés à exercer leurs droits fondamentaux. Quand cela se passera, la classe politique et l’Etat seront contraints de modifier un BLS désuet.


Pourquoi donc, malgré notre attachement (probablement unanime) à tous les principes cités plus haut, n’arrive-t-on pas à un consensus sur la nécessité d’éliminer le BLS ? En le remplaçant par un nouveau système assurant la représentation de toutes les composantes de la population au Parlement. La peur est une des réponses possibles. L’ignorance d’une alternative acceptable en est une autre. Le suivisme et le manque de courage politique pourraient être une autre explication. Le refus de croire que le communautarisme se combat autrement qu’à travers des dispositions constitutionnelles semble également être un motif plausible.

Les systèmes et les institutions ne se métamorphosent pas d’eux-mêmes. Ce sont les hommes qui sont à l’origine des changements. Rama Sithanen fait partie de ceux-là. Navin Ramgoolam également. Le ministre Shakeel Mohamed pourrait bien se joindre à cette catégorie. Les autres, comme le dit si bien le leader du MMM, n’auront qu’à « assumer leurs responsabilités ». Malheureusement, pour certains de nos leaders politiques et communautaires…assumer ses responsabilités équivaut, étrangement, à les fuir !


BLS: un caillou et des poussières

L’édito du jour sur Radio One.

You can’t be half pregnant dit l’adage anglais. Le MMM entend démontrer que c’est possible. C’est ce que fera Paul Bérenger aujourd’hui. Lors d’une réunion avec Navin Ramgoolam au sujet de la proposition de réforme électorale que prépare actuellement Rama Sithanen.

Une bonne partie de cette rencontre sera consacrée à l’épineuse question du Best Loser System. Récapitulons les positions de chacun sur la question. Navin Ramgoolam a fait savoir dans l’express dimanche il y a deux semaines qu’il souhaitait la fin du système actuel reposant sur l’appartenance ethnique des candidats.

Tandis que le MMM et Bérenger ont maintenu une position floue. Oui, ils désirent l’abolition du BLS. Mais pas tout de suite. En tout état de cause, le MMM estime que le BLS ne doit pas disparaître dans le cadre de la réforme… mais plutôt décéder… d’une belle mort naturelle tout en état restant bien lovée dans notre constitution. On peut difficilement être plus vague !

Ces positions diamétralement opposées de Bérenger et Ramgoolam auraient logiquement du mener à une impasse des négociations. Mais voila que Bérenger, dans sa conférence de presse de samedi explique que cela ne doit pas être le cas. « La réforme électorale ne peut échouer à cause du BLS » prévient-il fermement.

Mais que propose le leader de l’opposition pour prévenir l’échec ? Il joue sur les chiffres. Dans un étonnant numéro de marchand de tapis, la direction du MMM se ravise. Avant, Bérenger voulait conserver les 8 députés élus à travers le BLS, désormais il explique que 6 voire 4 suffiraient. Ca en dit long sur la variabilité du « principe » que le MMM voulait défendre jusqu’ici et sur l’attachement du parti à celui-ci.

Allez, pour que l’appartenance ethnique disparaisse totalement de nos lois électorales, souhaitons que les négociations entre Ramgoolam et Bérenger durent encore deux petites semaines. Le caillou BLS pourrait alors devenir poussière !


Ces « i-votants » qui « i-mobilisent » le MMM

On va encore me traiter d’anti-ceci ou anti-cela. Mais les vérités doivent être dites. Alors intéressons-nous au récent sondage internet qui désigne le leader du MMM, Paul Bérenger comme « Mauricien de l’année. »

Assurément, c’est un joli coup de comm’ pour les mauves. Sollicité pour un commentaire, un cadre du parti explique d’ailleurs que ce résultat constitue : « une grande fierté pour le MMM ». Ah oui ? Allons, du calme ! N’oublions pas que seuls 158 internautes ont participé à l’élection du Mauricien de l’année…

Je partage volontiers des bribes des relations journalistes/politiques avec les lecteurs de ce blog. Voici donc une anecdote. Elle permet de relativiser la déclaration du dirigeant MMM mais aussi de réduire la principale conclusion de ce sondage à sa portion congrue…

On est début 2011, je déjeune avec un dirigeant du MMM. On discute de tout et de rien… mais surtout de politique. Je partage notamment avec lui mes observations sur l’aile jeune du parti et lui dis tout le bien que je pense de l’un de ses animateurs.

Mais je note toutefois une grosse lacune chez l’aile jeune : elle a tendance à trop se focaliser sur la sphère internet en pensant que l’appui obtenu virtuellement se traduit en soutien réel de terrain. Je répète avec force : la « I-mobilisation » est un mirage.

Pour étayer mes propos, je lui parle du sondage bricolé que j’avais organisé sur ce blog à quelques jours des dernières élections générales. Un peu moins de 250 personnes y avaient participé. Et les résultats étaient sans appel : un cinglant 59-1 en faveur de l’Alliance du Cœur, le seul Travailliste victorieux étant Arvind Boolell. Or, on sait quel a été le vrai score du MMM aux élections de mai 2010 !

Je mets également en garde le cadre du MMM contre les effets de la perception. Nous sommes alors en plein scandale Medpoint. Si l’on en croit le groupe Facebook du MMM et la blogosphère locale, le pays est très remonté contre le gouvernement. La jeunesse militante, la jeunesse tout court, s’il en a l’occasion, le renversera illico. Du moins, c’est ce que disent les jeunes mauves qui s’expriment sur le page Facebook du MMM ou sur des blogs.

Face à mon interlocuteur, je souligne le fait que ce sont surtout les mécontents qui s’expriment. Les autres, ceux qui soutiennent toujours l’action du gouvernement, se taisent. Il se pourrait donc que les grincheux ne soient pas aussi nombreux qu’on ne le croit. D’ailleurs, continué-je, les jeunes qui s’expriment sur internet ne sont pas représentatifs de toute la société Mauricienne. Car plus de la moitié de celle-ci n’est toujours pas connectée à Internet. Quelques mois plus tard, un sondage, disons qu’il est fictif, confirmera qu’une majorité de jeunes soutient toujours Navin Ramgoolam et voterait en priorité pour son parti en cas d’élections générales…

Il se trouve que je n’avais pas en face de moi un interlocuteur qui pensait différemment. Stupéfait, mais aussi un peu soulagé, j’apprends de sa bouche qu’il essaie d’expliquer aux responsables de l’aile jeune que la mobilisation sur internet ne donne pas une bonne indication du soutien réel de terrain. Aussi, mon interlocuteur me demande-t-il de partager mon raisonnement au responsable de l’aile jeune si jamais je parle à celui-ci. Afin que ce dernier reçoive un « avis externe » sur la question.

Cet avis externe n’a jamais été partagé. Je pense même qu’il ne serait plus d’aucune utilité. En effet, les jeunes, et moins jeunes, fréquentant le groupe Facebook du MMM semblent avoir accueilli le sondage sur l’homme de l’année avec beaucoup de circonspection. Preuve qu’ils ont enfin compris que les i-votants ne font qu’ i-mobiliser le MMM ? Peut-être…


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