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Au prix de l’eau

Heureux qui, comme Tassarajen Pillay Chedumbrum, peut annoncer une baisse significative des tarifs d’un service public. Si le ministre des télécoms va respecter son engagement dès jeudi prochain, un de ses collègues, Rashid Beebeejaun, va devoir honorer le sien dans un peu plus d’un mois. Sauf que là où Pillay avait promis une baisse de l’ADSL, le ministre des Utilités publiques a annoncé, il y a plus de six mois, une hausse « inévitable » des tarifs d’eau.

Depuis la confirmation de la hausse par le Conseil des ministres, le 14 octobre dernier, la machine à faux procès s’est mise en marche. Pêle-mêle, on a trouvé que la décision est « indécente », voire « inhumaine ». Il ne sert à rien d’attiser le feu populiste sur la question de l’eau. Déjà, à cause de la nature de la hausse elle-même. Si l’on en croit la version actuelle, 98 000 foyers consommant moins de 10 m³ d’eau mensuellement ne seront pas concernés par les nouveaux tarifs. Les autres subiront une augmentation moyenne de 35 %.

Que représente vraiment cette hausse ? La facture d’un ménage de quatre personnes ayant une consommation raisonnable d’eau ne dépasse que très rarement Rs 150. Ainsi la « scandaleuse » et « inhumaine » hausse n’amènera ces quelques milliers de foyers à ne dépenser qu’environ Rs 50 additionnelles chaque mois. Les autres foyers, qui ont par exemple intégré la piscine dans leur « way of life » ne pourront, eux, qu’accepter de payer leur goût pour un certain confort.

Malgré tout cela, le prix de l’eau reste dérisoire dans le pays. Avec un sou, un Mauricien peut en effet acheter 2,2 litres d’eau à la Central Water authority (CWA), dans la limite de 10 000 litres. Peut-on vraiment dire que c’est là un prix significatif ? Dans les faits, le litre d’eau que paye le consommateur à la CWA ne reflète même pas le coût réel du traitement du liquide dans nos stations de pompage et de traitement.

A la longue, les Mauriciens ont, par conséquent, presque intériorisé le fait que l’eau, malgré sa rareté, ne coûte rien… ou presque. C’est cette même mentalité qui a conduit des millions d’Américains à rouler dans des « trucks » consommant 20 litres de carburant aux 100 km pendant des décennies. Puis tout a changé. Parce qu’ils ont fini par prendre conscience que leur « gasoline », loin d’être une ressource inépuisable, est également une commodité dont le prix allait fatalement augmenter.

Tant mieux donc si l’augmentation du prix de l’eau fait office de mise en garde générale aux Mauriciens. Toutefois, ce rappel à l’ordre ne saurait être unilatéral. Car ce ne sont pas seulement les citoyens qui doivent prendre leurs responsabilités par rapport à la gestion de la ressource, mais les pouvoirs publics également.

Rashid Beebeejaun a expliqué la semaine dernière qu’un budget de Rs 10 milliards était nécessaire pour améliorer la distribution d’eau dans le pays. Si la population doit accepter la hausse des tarifs d’eau. Elle doit également être en mesure d’obtenir des réponses précises de la part du gouvernement et de Beebeejaun.

Les questions sont en effet nombreuses. Quand, où et sur quels projets commencera-t-on à investir pour régler nos problèmes d’eau ? Entre 2006 et maintenant, le volume d’eau perdu dans le réseau de la CWA est passé de 45 % à presque 50 %. Pourquoi, au lieu de s’améliorer, la situation s’est-elle dégradée à ce niveau ? Qui en sont les responsables ? La rénovation du réseau d’eau nécessite que l’on connaisse avec précision tous les tracés des tuyaux de la CWA. Celle-ci est-elle en mesure d’affirmer qu’elle a ces informations ? Ou alors est-ce que les plans d’une importante partie du réseau, vieille de plusieurs décennies, ont été tout simplement perdus ?

Un gouvernement doit pouvoir parler un langage de vérité à ceux qui l’ont élu. Nous pouvons estimer que Beebeejaun et le gouvernement ont été responsables en ne retardant pas davantage la décision de la hausse du prix de l’eau. Il leur faut maintenant nous démontrer qu’ils sont également responsables en répondant aux questions que l’on se pose, depuis quelques années, sur la capacité de nos politiques et de la CWA à gérer le dossier de l’eau.

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Le vote cynique

Pourquoi couper le pays en deux ? C’est ce que se demande Rama Sithanen (interview partie 1, 2, 3) au sujet de la stratégie politique du moment de Navin Ramgoolam. Il faut relativiser les propos du ministre des Finances. S’il avait été candidat et s’il avait reçu l’assurance qu’il resterait à son poste, il aurait peut-être affirmé que l’Alliance de l’avenir ne polarise en rien l’électorat ! Passons donc sur les discours politiques. Pour nous intéresser à la réalité du terrain. Elle est inquiétante.

Plusieurs commentateurs avaient exprimé des craintes au sujet d’un rapprochement Parti travailliste (PTr)-MSM au lendemain de l’élection partielle de Moka/Quartier-Militaire. Postulant que ce bloc pourrait être perçu comme une force politique homogène, proche des préoccupations d’une population rurale et traditionnelle soucieuse de préserver ses privilèges. Le risque de voir les élections législatives de 2010 se résumer à l’affrontement de la majorité contre les minorités était brandi. Cela ne s’est pas produit. Ce qui s’est vraiment passé est pire !

Les coups calculés, dictés ou mal maîtrisés de Ramgoolam le placent aujourd’hui dans une situation compliquée. Il y a d’abord eu ces alignements douteux de certains profils précis dans quelques circonscriptions ciblées. Ensuite il y a cette aura – qui se dissipe de Rashid Beebeejaun, toujours présenté comme n° 2 du futur gouvernement Ramgoolam. En 2005, Beebeejaun était la carte de garantie d’une communauté. Cinq ans après, les détenteurs de la carte se rendent compte que la garantie n’a pas beaucoup joué en leur faveur.

Il y a aussi l’effet Sithanen qui a achevé de convaincre une partie des électeurs que Ramgoolam ne fait finalement pas grand cas de la méritocratie ou de la valeur symbole de certaines personnes. Si pour son intérêt personnel, some guy must go, then he’ll go. Enfin, il y a ce Jocelyn Grégoire qui donnait un temps l’impression d’être docile. Mais qui finalement ne fait pas le jeu d’un Ramgoolam bien embarrassé de constater que Xavier Duval peine à rassembler « généralement » une certaine population.

Du coup, nous voici devant un scénario un peu plus complexe que le classique « majorité contre minorités ». Ce que nous voyons se profiler, ce sont des élections où les minorités affrontent une certaine majorité. Cette donne n’est pas sans conséquences pour l’alliance de Ramgoolam. Nous en comptons trois.

D’une, le rêve de la majorité des trois-quarts de Ramgoolam s’éloigne. Deuxièmement, ce réalignement consolide les bases de l’alliance de Paul Bérenger dans les circonscriptions dites marginales. Où des 2-1 en faveur de Ramgoolam pourraient s’inverser au profit de Bérenger. Enfin, dans les bastions travaillistes, une certaine frange de l’électorat majoritaire est en train d’avoir les mêmes réflexes de sanction que les minorités. « Pas kapav vot zis ene sel kalité. » Ces épiphénomènes ne feront pas perdre le PTr dans ces circonscriptions. Ils contribueront toutefois à ternir l’image d’invincibilité de l’équipe de l’avenir. Mises bout à bout, ces tendances démontrent certes une remontée de l’Alliance du cœur. Mais elles demeurent encore insuffisamment puissantes pour créer une réelle dynamique de victoire chez les mauves.

Le constat que nous faisons ici doit déjà avoir été exposé à Ramgoolam. Il a le choix. Il peut d’abord revoir sa stratégie en multipliant les efforts pour apaiser les minorités. Nous l’en croyons incapable. Prisonnier qu’il est du « ghetto » où le MSM l’a mené. Reste l’autre solution : la diversion.

Deux occasions se présentent pour faire diversion. D’abord grâce au programme politique de l’alliance de l’avenir. Les échos en provenance du camp rouge font état de quelques mesures choc et populistes. Susceptibles de rallier un soutien électoral massif. Ensuite, il y a ce meeting du 1er Mai à Vacoas. Non seulement Ramgoolam doit réussir à y rassembler une importante foule. Mais il doit aussi pouvoir donner l’impression que celle-ci est largement plus fournie que celle du MMM à Port-Louis.

Les dividendes de ces deux manœuvres seront réels. En effet, l’électeur moyen est cyniquement intelligent. Surtout devant le choix suivant. D’une part, quelques réels avantages offerts par un bloc qui donne par ailleurs l’impression d’être en position de force. D’autre part, un discours « everybody on board », dont on ne sait pas si les défenseurs se retrouveront réellement au pouvoir. Face à un tel cas de figure, on sait déjà pour qui l’électeur va voter. C’est cela le pragmatisme du Mauricien !


Voir grand, commencer petit

La dernière phrase du récent rapport « Blueprint for the energy sector in Mauritius » de la National Economic and social Council (NESC) interpelle. « Le futur dépendra de ce que nous allons faire désormais », préviennent les auteurs. Le document est de bonne facture, il souligne les lacunes de la politique gouvernementale sur le dossier énergie. Tout en reconnaissant ses bonnes décisions. Face à un document de ce type, on a le choix : celui de trier toutes faiblesses citées et d’en faire une liste de commissions pour le gouvernement ; ou alors de prendre de la distance et recadrer les décisions à prendre.

Voyons d’abord la liste de commissions. Si l’on doit se fonder sur les recommandations de ce rapport, il faudrait que dans les mois qui viennent, le gouvernement mette en place un Energy Management Office. Celui-ci serait chargé de déterminer les besoins en énergie du pays pour ensuite formuler la politique nationale en la matière. Concomitamment, il faudrait aussi légiférer afin de créer un régulateur du secteur énergétique. Pour clôturer une ère d’opacité durant laquelle le Central Electricity Board (CEB) a été juge et parti sur le dossier énergétique. Par ailleurs, il faudra également revoir les modalités et la justification des contrats par lesquels le CEB s’est engagé à acheter – à prix fort l’électricité produite par les producteurs indépendants d’énergie (IPP) locaux – dont Gamma-Covanta.

Le plan est ambitieux. Mais toute personne réaliste et un tant soit consciente de notre bureaucratie et les tergiversations de nos politiques saura que ce minimum vital ne pourra pas être complété avant fin 2009. Et même s’il l’est : esseuler le dossier énergétique au sein du projet Maurice Ile Durable (MID) serait inefficace. Car réduire le développement durable à une question d’énergie, d’électricité et de carburants, c’est occulter des pans essentiels du développement durable. Gestion des déchets, urbanisme, infrastructures routières, villes nouvelles, préservation de la biodiversité et ressources en eau sont autant de dossiers voisins à la question énergétique. Et essentiels à l’aboutissement de MID.

Pourtant il est urgent d’agir. Mais l’action doit être concertée. Les professionnels qui planchent sur la réalisation ou le financement du projet MID remarquent la grande inégalité des compétences et des connaissances en la matière au sein de notre administration. Où des fonctionnaires ultra-compétents et motivés côtoient des confrères incapables de cerner la complexité – et l’applicabilité – de la notion de développement durable. Cet état de choses perdure largement parce qu’un vrai plan MID n’existe pas. Le comité du MID Fund demeure incapable de produire faute de moyens, de ressources et de temps – un plan concret.
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Si nous voulons voir grand, il faut commencer petit. Le vide juridique autour du MID Fund doit être comblé. Le comité – avec une vraie structure administrative formellement constitué. Ensuite, et en consultation avec tous les ministères concernés, un plan d’action chiffré ainsi qu’un calendrier d’exécution doivent être arrêtés. C’est une urgence.

Nous nous refusons toutefois à céder à une sorte de fatalisme. Non, MID n’est pas mort. Certes, il est mourant. Mais des actions immédiates peuvent le ressusciter. Nous pensons que c’est possible. En ce moment même, Monsieur MID, Osman Mahomed, s’apprête à quitter le Board of Investment – où il est spécialiste de la question du développement durable pour aller rejoindre le bureau du Premier ministre.

Ce jeune professionnel a une énorme responsabilité. Qui est à la hauteur de l’atout dont il dispose. En effet, il a l’oreille attentive et l’estime des deux personnages principaux du dossier MID le Premier ministre, Navin Ramgoolam. Et Rashid Beebeejaun, le ministre des Energies renouvelables et des Services publiques (MERSP). Il appartient désormais à Mahomed d’avoir l’influence qu’ont les Dan Callikan et les Kailash Ruhee. Afin d’entraîner les plus hautes sphères du gouvernement sur la voie de l’action, notamment à travers le steering committee que Mahomed présidera au MERSP. Il devra expliquer et démontrer comment et pourquoi l’on doit maintenant arrêter notre politique de développement durable. Pour ensuite l’exécuter selon les moyens et le calendrier défini.

On nous rétorquera que le financement pourrait ne pas suivre. Il est là. L’Agence française de développement, (AFD) en ce moment même cherche à aider Maurice à devenir la vitrine mondiale du développement durable. En effet, le pays pourrait être bénéficiaire du « Programme Environnement » de l’AFD. Nous parlons là de 60 millions d’euros (Rs 2,6 milliards) d’aides pour les années 2009 et 2010.

Nous avons les hommes et les bonnes idées pour rédiger le plan. Le financement pour lancer concrètement le projet. Reste aux politiques de donner le vrai coup d’envoi de MID.


Le cercle des initiés

Soyons honnête, la semaine du développement durable n’a pas servi à grand-chose. Les organisateurs ne se sont pas adressés à l’auditoire qu’il fallait : le grand public. Maurice île Durable (MID) préoccupe uniquement une bande d’initiés. Voila tout le drame ! Il va falloir renverser cette tendance. Mais avant de nous intéresser aux moyens à employer pour amener le citoyen lambda à participer au développement durable (DD), il nous faut, paradoxalement, nous féliciter du comportement des initiés ces derniers jours.

Rashid Beebeejaun, ministre responsable du projet MID a fini par dire publiquement ce qu’il n’avouait qu’en cercle fermé. Le « MID Fund » est une structure bâtarde qui est vouée à l’échec, tant qu’il ne sera pas pris en charge par une loi réorganisant son fonctionnement. Ainsi que d’une feuille de route explicite tranchant avec les déclarations d’intention fourre-tout actuelles.

Quand ce n’est pas le ministre, ce sont les initiés de la société civile qui ont donné de la voix. Principalement autour de la question de l’implantation de l’incinérateur de « Gamma-Covanta » à La Chaumière. Site web, médiatisation d’une vidéo de Joël de Rosnay, campagne de sensibilisation par email et action en justice. Ils ont utilisé tous les moyens pour remettre en question le projet d’incinérateur. La presse, parlée et écrite, a largement répercuté leurs interrogations, avertissements et craintes.

En face, « Gamma-Covanta » a amplement pu expliquer sa démarche. Le service de communication de l’entreprise nous a assuré que la visite d’un directeur de « Covanta » et d’un Professeur de l’université de Columbia était prévue. Ils sont toutefois arrivés à point nommé pour vulgariser le projet et la technologie qui y est employée. L’avenir nous dira si la justice émet des réserves sur l’implantation de l’incinérateur. Toutefois, on peut se féliciter, pour l’heure, des prémices du débat entre les pro et anti-incinérateur. Car le thème central était bien évidemment le DD.

Les initiés sont contents. Leur voix a été entendue. Mais par qui ? Tout ce débat autour de MID est resté cloîtré… au cercle d’initiés. Il y a quelques indices pour étayer ce que nous disons. Il suffit de visiter lexpress.mu. Le moindre article sur Bérenger ou un dirigeant d’organisation socioculturelle y recueille des dizaines de commentaires. Or, les récents articles sur le DD n’ont quasiment jamais été commentés. Cyniquement, nous nous interrogeons donc sur l’avenir du portail Maurice Ile Durable. Joël de Rosnay disait, jeudi, vouloir faire de ce site une interface pour que le public participe au débat. Or, on peut craindre que cet espace ne soit justement qu’un club de connaisseurs.
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Il devient impératif de faire comprendre la nécessité du DD au grand public. Alors, sur qui compter ? D’abord sur les autorités. Le mea culpa de Beebeejaun est fait. Il faut désormais que le « MID Fund » soit réorganisé au plus vite et doté d’un nouveau cadre juridique et administratif. Ensuite, il sera venu le moment de monter une véritable campagne de sensibilisation nationale. Nous pensons que le discours MID est confus. Il semble évident qu’une bonne partie de la population réduit le MID à changer quelques ampoules, mettre quelques panneaux solaires sur les toits et des éoliennes dans les champs.

On ignore que MID dépasse largement cela. Que le DD c’est aussi faire attention à ne pas utiliser sa voiture à tout va. A construire sa maison selon des normes pour économiser de l’énergie. A s’efforcer de développer une certaine discipline en triant ses déchets ménagers et éventuellement fabriquer du compost maison avec les restes de cuisine et les déchets de jardin. Pour les jeunes, à se former des métiers porteurs du DD. Il est temps de faire comprendre cela à la population. Pour y arriver, on n’a pas besoin d’une semaine dédiée à MID. Mais d’un plan permanent.

Mais le « MID Fund » ne saurait abattre cette tâche colossale seule. Le monde de l’entreprise peut l’aider. Il faut donc l’encourager à instaurer des politiques allant dans ce sens. L’ambitieux plan « Initiative 175 » de la « Mauritius Commercial Bank » en faveur du DD doit pouvoir inspirer d’autres business à lui emboîter le pas. Motivant au passage leurs employés et clients à adopter une attitude responsable. « RT Knits », « Mon Desert Mon Trésor » sont autant d’entreprises qui doivent aussi faire des émules.

On ne peut terminer sans évoquer l’apport de la société civile. Les ONGs écolo, un peu trop souvent, font dans le militantisme de salon, touchant, en priorité une île Maurice bourgeoise qui ne sait gueuler que sur « Facebook » ou dans les « happy hours », un verre à la main. Elle rechigne à descendre dans les rues pour distribuer des tracts ou animer des sessions de sensibilisation dans les centres sociaux, collèges et écoles de l’île afin d’expliquer ce qu’est le DD. C’est justement cela qu’il faut désormais qu’elles fassent.

MID ne sera une réalité que si elle dépasse le cadre des initiés. Et ce sont justement eux qui sont désormais les mieux armés pour répandre le message. Plus vite ils commenceront leur collaboration, plus vite le mirage MID actuel ressemblera à une réalité.


Que du vent!

Qui se souvient du discours prononcé le 14 octobre dernier par le Premier ministre ? Sans doute pas grand monde. Et nous avons même l’impression que Navin Ramgoolam a dû oublier l’idée force de son allocution devant le conseil exécutif de l’UNESCO. Ce jour là, posément et avec conviction, il avait expliqué en quoi Maurice Ile Durable (MID) est un projet « ambitieux » et « réaliste. » Quelques mois après, les belles paroles semblent s’être envolées. Le projet lui, reste. Il stagne.

Le MID est en panne d’actions. Celle-ci a une cause principale et profonde : le manque de volonté politique pour arrêter définitivement une stratégie globale afin de concrétiser ce projet crucial pour l’avenir de Maurice. Pour l’heure MID, c’est un fond. Avec de l’argent, beaucoup d’argent. Toutefois, on aura beau avoir Rs 1,3 milliards à dépenser. Mais s’il n’existe pas de structure administrative et juridique pour le faire judicieusement ; ainsi que des projets méritant réellement d’être financés, MID stagnera.

Pour éviter cela, on doit d’abord relever les erreurs. Le ministère des Energies renouvelables et des Utilités publiques (MERUP) n’est pas nécessairement l’administration la plus apte à gérer le projet MID dans sa globalité. Il ne suffit pas d’accoler Renewable Energy au libellé d’un ministère pour que la question devienne centrale dans son fonctionnement.

Rashid Bebeejaun, le ministre de tutelle, a eu l’honnêteté d’avouer qu’il est loin de maîtriser tous les aspects du développement durable. Et qu’il lui faudra « apprendre. » Pas que. Il faut carrément révolutionner le mode de pensée d’un ministère où la notion de développement durable est cantonnée, pour l’heure, à l’installation de quelques milliers d’ampoules économiques et de chauffe-eau solaires.

Cette approche parcellaire tranche avec celle, plus intégrée, que démontre le ministère de l’Environnement depuis plusieurs années déjà. Le National Environment Policy de 2007 et le National Programme on Sustainable Consumption and Production le démontrent. Il serait peut-être judicieux de permettre à ceux qui maîtrisent mieux le dossier de le récupérer pour le faire avancer.

Le maître d’œuvre n’est pas, toutefois, le seul à qui il faudra s’intéresser. Il convient également de s’attarder sur ceux qui sont chargés de décider à qui distribuer les sous du MID Fund. Là, on ne peut que plaindre le comité en charge. Les représentants des secteurs privé et public qui le composent sont submergés de responsabilités. Et souvent impuissants face à celles-ci.

D’abord parce qu’ils travaillent actuellement dans un vide juridique qui leur impose de ne traiter qu’avec des organisations gouvernementales. Ensuite, parce que faute de personnel et d’une structure développée, ils n’arrivent pas à identifier et à arrêter les projets publics et privés rentrant dans la stratégie MID. Et encore moins à décaisser les fonds tout en s’assurant de suivre l’avancée de ces projets. Il faut désormais doter le MID Fund d’un bras armé. Un peu sur le modèle d’Enterprise Mauritius ou de l’Empowerment Foundation. Ce n’est qu’ainsi que les projets avanceront.

Mais il y a projet et projet. Pour l’heure, la stratégie globale du MID étant gérée au petit bonheur, des aberrations indicibles se produisent. Ainsi, que dire de ce financement par le MID Fund d’une partie de la centrale électrique Waste to Energy (WTE) ? L’installation est coûteuse. Potentiellement très polluante, elle nécessite une main d’œuvre hautement qualifiée, indisponible à Maurice, pour son entretien. Cerise sur le gâteau, cette centrale n’aura même pas assez de déchets pour se « nourrir ».

Les centrales WTE utilisent essentiellement les déchets non-organiques pour produire de l’électricité. Or, 80 % des déchets à Maurice est organique. Donc inutilisable ! Que finance donc le MID Fund ? Une centrale qui va finir par importer des déchets des pays avoisinants pour produire suffisamment d’électricité ?

De toute cette incohérence, on est obligé de tirer une seule conclusion. Le politique a abdiqué. Il ne montre pas la direction dans laquelle le pays doit se diriger. Navin Ramgoolam et Rama Sithanen, le ministre des Finances, sont deux champions de la cause MID. Mais leur inaction sur le dossier devient inquiétante. Ils doivent reprendre la main.

Navin Ramgoolam aime se targuer d’avoir fait arrêter la construction d’une autoroute traversant la vallée de Ferney. Va-t-il laisser se construire une centrale WTE qui ne semble pas cadrer avec les besoins en développement durable du pays ? Sithanen n’est pas peu fier, à raison, d’avoir doté l’Empowerment Fund d’une structure organisationnelle solide qui lui a permis de concrétiser de nombreux projets intéressants en matière d’emploi et de lutte contre la pauvreté. Va-t-il laisser le MID Fund vivoter ?

Le temps de l’action – mais aussi celui des signaux symboliques – est venu. Ramgoolam, devant l’Unesco, disait vouloir donner « un signal au monde ». L’un de ces signaux est l’organisation en 2011 du Forum Ecologique Mondial, calqué sur le modèle Davos. Or, le Premier ministre semble avoir oublié qu’il voulait une telle rencontre. Et que celle-ci se prépare bien deux ans à l’avance. C’est sans doute pour cela qu’il n’a pas jugé utile d’en parler avec son « conseiller et ami », Joël de Rosnay, depuis des semaines. Un tel manque d’implication de Ramgoolam pourrait finir par décourager de Rosnay au plus haut point.

Le développement durable appelle des actions concrètes et urgentes. Si nous continuons à ne brasser que du vent sur plein d’idées non réalisées, tous nos efforts ne finiront qu’à faire tourner des moulins à vents. Et ceux là ne produisent même pas d’électricité… Autant pour les énergies renouvelables et le développement durable !

publié le 18 janvier 2009


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