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À l’épreuve de la foule

Il n’y aura pas de match nul. Les rassemblements politiques de ce 1er-Mai livreront un seul vainqueur. Il en est ainsi parce que les blocs Parti travailliste/PMSD et MSM/MMM se sont laissé enfermer dans une logique du nombre. Leurs leaders respectifs en assumeront les conséquences. Elles pourraient être lourdes.

Le pays ne traverse pas une de ces périodes de mi-mandat habituellement marquées par une certaine torpeur au niveau politique. Depuis le 1er mai 2011, l’Alliance de l’avenir a explosé en vol, sir Anerood Jugnauth a démissionné de la présidence pour reprendre un rôle politique de premier plan. Enfin, une alliance MSM/MMM a désormais pour ambition de bouter rapidement Navin Ramgoolam hors du pouvoir.  Du coup, les meetings du 1er-Mai de cette année obéissent à une autre logique. Ils sont de véritables tests. Dont il convient d’établir la note minimale pour réussir.

Nous ne sommes pas à la veille d’élections générales. Il est donc illusoire d’espérer une réédition des scores des meetings du 1er-Mai de 2010. Selon les estimations de l’express dimanche, la défunte Alliance de l’avenir avait alors rassemblé entre 30 000 et 32 000 partisans à Vacoas tandis que le MMM avait drainé une foule de 18 000 à 20 000 personnes à Port-Louis. Ce mardi, toutefois, le « pass mark » pour les alliances PTr/PMSD et MSM/MMM se situera plutôt autour de 12 000 personnes.

Ce score n’est en rien inatteignable. Un bon meeting de mi-mandat du PTr attire habituellement de 8000 à 10 000 personnes, le MMM n’est d’habitude pas trop à la traîne avec 2000 à 3000 sympathisants en moins. Or, à l’approche des échéances électorales ou quand les démonstrations de force deviennent nécessaires, chaque parti arrive à remobiliser ses troupes. Ainsi, le 1er mai 2009, le PTr avait réuni  13 000 personnes à Vacoas. Tandis que le MMM et le MSM attiraient une foule cumulée de 12 000 partisans (9000 mauves à Rose-Hill, 3000 blancs à Saint-Pierre). Il s’agira, pour l’opposition, de rééditer (au moins) ces chiffres mardi.

En théorie, les deux blocs politiques sont en mesure d’y arriver. L’alliance au pouvoir a déjà démontré sa supériorité logistique à cette fin. Si les 300 autobus de la CNT réservés par le PTr roulent à moitié vide, ils déverseront malgré tout un flot de 9000 personnes à Vacoas. Il n’est pas interdit de penser que 3000 autres sympathisants s’y rendront par d’autres moyens…

Du côté de la nouvelle alliance MSM/MMM, l’essai est tout aussi transformable. Même si des cadres rouges clament le contraire, la campagne de mobilisation de l’opposition a été plutôt satisfaisante. Patrick Assirvaden peut chercher à travestir la vérité (lire son interview en pages 18-19), il n’en demeure pas moins vrai que SAJ a attiré une foule d’un millier de personnes à Rivière-du-Rempart ce lundi. L’effet de curiosité de ceux qui cherchent à constater de visu « si ankor ena lor bolom la », cumulé aux efforts de mobilisation du MMM et du MSM, ne peuvent donc qu’augurer d’une bonne performance de l’alliance de l’opposition à Port-Louis.

Trois scores peuvent donc être enregistrés à l’issue du match de mardi. Un seul d’entre eux pourrait être préjudiciable à l’opposition. En effet, si le bloc MSM/MMM réunit une foule nettement inférieure à celle de Vacoas, la messe sera dite. La mayonnaise, que le PTr ne voyait pas monter, retombera rapidement. Privée de l’effet d’entraînement d’une grosse mobilisation, l’alliance  MSM/MMM pourrait peiner à garder ses troupes mobilisées durant les mois à venir et perdre l’attrait qu’elle exerce chez certains membres de la majorité parlementaire. À terme, cela conduira à son implosion. Quand ses dirigeants réaliseront qu’il leur sera difficile de tenir la distance qui les sépare de 2015.

Les deux autres scores demeurent toutefois à l’avantage de l’opposition. En cas d’égalité, l’alliance MSM/MMM pourra tout à fait s’enorgueillir de sa performance malgré les moyens logistiques largement supérieurs de l’adversaire. SAJ et Paul Bérenger envisageront alors les mois suivants avec davantage de sérénité. Ce sentiment céderait la place à l’euphorie si jamais l’alliance MSM/MMM remportait la bataille des foules. L’opposition compte sur cela pour enclencher une suite d’événements irréversibles qui commencerait par une plus forte adhésion populaire pour culminer avec la mise en minorité du gouvernement au Parlement grâce à la démission de trois ou quatre membres de l’équipe de Ramgoolam.

Le champ des possibilités de ce qui pourrait se produire à partir du 1er mai est encore ouvert. SAJ, Bérenger et Ramgoolam ont un jour pour s’assurer que la suite des événements corresponde à leurs plans. En attendant que ceux-ci soient déjoués, un jour, par un sursaut populaire. Dont le premier acte pourrait être tout à fait symbolique :  le boycott des meetings politiques du 1er-Mai !

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La voie B de Ramgoolam

Admettons que le tandem sir Anerood Jugnauth/ Paul Bérenger réussisse son coup. Que le 23 ou 30 avril prochain, le gouvernement de Navin Ramgoolam succombe, foudroyé par une motion de censure à l’Assemblée nationale. Le story-board idéal de l’alliance MMMSAJ prend alors forme. Ramgoolam organise précipitamment des élections générales anticipées, le verbe simple mais efficace et l’aura de SAJ font le reste. La victoire est acquise. C’est à quelques nuances près ce que s’imaginent les sympathisants de l’alliance MMM-SAJ.

Ils ont tort. Ramgoolam, dont les qualités de stratège se sont développées depuis sa défaite de 2000, ne manquera pas de réagir avec vigueur. Les seconds couteaux rouges croient savoir que la stratégie de leur patron va s’articuler autour de deux grands axes : décrédibiliser SAJ en réduisant son image à celle d’un vieillard sénile… avec l’aide bienveillante de la MBC. Ensuite laisser éclater quelques « affaires » auxquelles seraient mêlés des cadres du MSM. Les transactions autour d’un hôtel du littoral ouest ainsi que la saisie d’une cargaison de bois de rose à Maurice en 2011 feraient partie du package.

Cette stratégie serait toutefois contreproductive. D’abord parce que même avec ses 82 ans au compteur, SAJ dégage une aura de « bon père de famille » dont les propos interpellent la classe moyenne du pays. Ensuite attaquer ses adversaires sur le terrain des affaires, c’est s’exposer à en voir révéler d’autres en retour durant la campagne. Le pacte des loups liant les grands partis politiques est solide. Les deux camps se contenteront probablement d’insinuations lors de la campagne électorale. En évitant d’aller au bout de leurs démarches de dénonciation.

Reste alors la voie B… comme Bérenger. De 2000 à 2003, SAJ a été un Premier ministre « back seat » se contentant d’assurer une présence rassurante, voire dissuasive, au lieu d’incarner et d’exercer concrètement l’autorité au sein du gouvernement MSM/MMM d’alors. Si SAJ revient au pouvoir pour une période de trois ans, il sera probablement totalement réduit à un rôle de « token PM ». Si SAJ est de nouveau « in office », de toute évidence, c’estbien Bérenger qui sera « in power » et « in control ». Là est le point faible de l’accord MMM-SAJ.

Ce deal, taillé pour SAJ, ne laisse en effet que très peu de place à l’épanouissement des cadres MSM – voire de Pravind Jugnauth lui-même – au sein du futur gouvernement d’alliance. L’actuel leader du MSM coure ainsi le risque très réel de ne pas se retrouver sur le front bench d’un futur gouvernement MMM-SAJ. Plus grave encore, alors que le maroquin des Finances lui avait été servi sur un plateau en septembre 2003, rien n’indique que Pravind Jugnauth pourra légitimement prétendre au même fauteuil. Celui-ci devrait logiquement revenir à Vishnu Lutchmeenaraidoo à un point ou un autre de l’éventuel mandat du gouvernement MMM-SAJ.

Concrètement, Ramgoolam tient là le tableau idéal pour dérouler son argumentaire anti-MMM classique. Articulé autour de la présumée propension de Bérenger à vouloir exercer le pouvoir sans partage. Cette stratégie repose sur le fait qu’une élection opposant SAJ à Ramgoolam n’est pas prioritairement tranchée dans les circonscriptions urbaines. Mais dans la dizaine de circonscriptions constituant la Hindu Belt, d’où le MSM et le PTr puisent leur soutien électoral historique. Navin Ramgoolam n’inventera donc rien. Il agitera le même spectre que celui de décembre 2003. Lors de la partielle de Piton/Rivière-du-Rempart, il avait refusé le défi lancé par Pravind Jugnauth, préférant rappeler à l’électorat qu’il s’agissait, en fait, de choisir entre Bérenger et Ramgoolam. Les électeurs de la circonscription avaient clairement choisi leur camp. C’est face à ce même choix que Ramgoolam placer l’électorat dans le cadre d’une future campagne électorale.

Le leader du Parti travailliste minimisera les « divagations » de sir Anerood Jugnauth tout en mettant l’accent sur le fait que face à un SAJ de plus en plus effacé, voire amoindri, et à un Pravind Jugnauth au rôle réduit, Bérenger dirigera comme il le veut le futur gouvernement. C’est là un tableau susceptible de réveiller des peurs irrationnelles dans une partie de la population. Ramgoolam le sait, il utilisera donc cet élément à son avantage. Mais SAJ le laissera-t-il vraiment faire ?


En attendant les « Amnésie Awards »

Les délibérations du jury se sont tenues dans le plus grand secret. C’est d’ailleurs dans la discrétion absolue qu’un panel d’éminents experts s’est rendu à Maurice, il y a quelques jours, dans le cadre du concours international « Amnésies politiques ». Celui-ci récompense les personnes qui tirent avantage de leur amnésie pathologique ou feinte à des fins politiques. Officiellement, le Top 5 de l’Amnésie politique à Maurice ne sera connu que lors d’une grande soirée au mois de juin. Mais nous avons pu nous procurer le compte-rendu des délibérations du jury. Les voici…

5e place : Yatin Varma. Le jury a particulièrement apprécié le discours de l’Attorney General (AG) ce mercredi. Les experts internationaux disent, lors de leurs délibérations, avoir constaté que Varma a su exploiter ses problèmes de mémoire pour attaquer le président de la République. En effet, l’AG a expliqué avec verve que les années 1980 avaient été « sombres » pour la liberté de la presse. Tout en omettant de préciser que durant les années 1970, la presse était soumise à un régime de censure avant publication par le pouvoir travailliste d’alors. Mais – plus important encore – l’AG a « oublié » que durant les cinq dernières années, plusieurs journalistes ont été arrêtés et des groupes de presse boycottés par son propre gouvernement.

4e place : Pravind Jugnauth. Les récentes prestations du leader du MSM au sujet du « remake de 2000 » ont été qualifiées de très crédibles par le panel. Ce dernier a, par exemple, particulièrement apprécié l’amnésie totale de Pravind Jugnauth par rapport à ce qu’il disait il y a à peine un an sur Paul Bérenger. Ce dernier, futur Premier ministre et donc patron du leader du MSM pendant deux ans en cas de succès électoral d’un éventuel Medpoint 2, avait été traité par son « ti frer » actuel de « Johnnie ». Le prince héritier de la dynastie soleil s’était également laissé aller à dire que Bérenger était en train de « sous le Dr Navin Ramgoolam » afin de faire alliance avec lui. Malgré tout cela, Bérenger et Pravind Jugnauth affichent une entente cordiale depuis octobre 2011. Le jury n’a pu s’empêcher d’applaudir cette prouesse.

3e place : Navin Ramgoolam. Le jury s’est en partie basé sur l’interview accordée à l’express dimanche par le Premier ministre pour se faire une idée du degré d’amnésie de ce dernier par rapport au MSM et à sa décision de faire alliance avec ce parti début 2010. Navin Ramgoolam leur est ainsi apparu très convaincant quand il a expliqué que le MSM « lui a fait perdre des votes » et que le parti était « un boulet [qu’il a] trainé ». Ces commentaires, a conclu le jury, dénotent une amnésie politique évidente d’un Ramgoolam qui expliquait le 31 mars 2010 que « la nouvelle alliance bleu-blanc-rouge » avait été constituée « pour assurer la stabilité et le progrès du pays ».

2e place : Paul Bérenger. Le patron du MMM a failli finir à la première place du classement car ses prouesses amnésiques ont fortement impressionné le jury. Celui-ci a qualifié d’exceptionnelle la propension de Paul Bérenger à perdre la mémoire d’une semaine sur l’autre. Ainsi le jury a trouvé Bérenger flamboyant dans son appel lancé aux délégués de son parti à voter « massivement » pour Medpoint 2. Alors que le même Bérenger disait, il y a deux semaines, que le MMM préfère, au fond, aller seul aux élections avant de révéler que certains membres du comité central mauve ont voté en faveur du remake « pour faire plaisir à Paul ». Le jury a également été particulièrement charmé par la capacité de Paul Bérenger à oublier son avis encore assez récent sur Pravind Jugnauth. Qu’il qualifiait, sourire aux lèvres, de « ti frer ti lespri ».

1ère place : Sir Anerood Jugnauth. Le président du jury n’a pas tari d’éloges à propos de sir Anerood Jugnauth et de sa phénoménale capacité à oublier ce qu’il raconte. Ainsi, le panel est resté admiratif devant la volonté de SAJ de participer au meeting du 1er Mai d’une alliance MSM/MMM si jamais il est « invité » et « an deor » à ce moment-là. Le jury a jugé cette prestation exceptionnelle, car le même SAJ disait en avril 2010 avoir prévenu son fils Pravind : « Il vaut mieux être dans karo kann que d’aller travailler avec le MMM et Bérenger. » Un chef mauve qu’il trouvait alors « rempli de méchanceté ». Après avoir un temps réfléchi à accorder la première place ex aequo à Bérenger et SAJ, le jury a finalement choisi de reconnaître le grand apport de ce dernier dans l’utilisation de l’amnésie en politique.

L’étape mauricienne a toutefois été l’occasion pour le jury d’innover. Il a en effet décidé d’accorder un Prix spécial aux Mauriciens. Car les experts ont cru distinguer chez eux des signes distinctifs d’une forme rare d’amnésie collective. Celle-ci se manifeste à peu près tous les 5 ans quand les électeurs locaux se rendent aux urnes. Le jury compte rendre un hommage au peuple mauricien à ce sujet lors de la grande soirée des « Amnésies politiques ».


Connaissez-vous le « Senior leader » du MSM ?

Vous avez probablement la réponse à la question. C’était le sujet de mon édito de ce matin sur Radio One. Le manque de respect d’Anerood Jugnauth pour sa fonction de président de la République devient de plus en plus révoltant. Il fallait en parler…

Le « Senior leader » du MSM

Version Texte

«J’ai dit à Pravind : il vaut mieux être dans karo kann que d’aller travailler avec le MMM et Bérenger. » Qui a pu prodiguer ce conseil au patron du MSM ?

Pour le savoir il faut remonter dans le temps. Le 2 avril 2010 précisément. Et lire l’express. C’est dans un entretien à ce journal, que Sir Anerood Jugnauth, le président de la République, et accessoirement père de Pravind Jugnauth, avait fait cette déclaration fracassante.

C’est d’ailleurs durant cette même interview que le président avait entrepris de démontrer comment et pourquoi le leader du MMM est un personnage fourbe en qui, selon lui, il ne faut pas avoir confiance.

Un an et demi plus tard. Sir Anerood Jugnauth a vraisemblablement changé d’avis. Puisque seuls les idiots ne changent jamais d’opinion… réjouissons nous donc d’avoir un président de la République intelligent !

Si SAJ est sage, il ne faudrait pas par contre qu’il prenne les mauriciens pour des moutons ! En effet, voila une semaine qu’une alliance MSM/MMM est en gestation. Samedi, Paul Bérenger a même annoncé qu’un remake de l’alliance MSM/MMM de 2000 sera confirmé en temps et lieu.

Seuls ceux qui ont vécu sous un rocher pendant les 20 dernières années ignorent que SAJ a été le Premier ministre de cette alliance de 2000 à 2003.

Seuls ceux qui ne suivent en rien l’actualité locale ignorent également que SAJ et Bérenger se sont rencontrés deux fois récemment. Au vu et au su de tout le monde. Pour discuter de politique et probablement d’une alliance. Dont Bérenger dit : « fini diskite ».

Mais il y a un hic. Anerood Jugnauth n’est pas un vulgaire politicien dont le bureau du Réduit sert de décor pour des marchandages politiques. La fonction de SAJ (faut-il le rappeler ?) fait de lui le garant de nos institutions. A ce titre, il est censé rester en dehors de la sphère politicienne.

Il est donc très regrettable que le Président n’ait pas jugé utile d’émettre un communiqué ou alors de prendre la parole pour rappeler à tout le pays qu’il est au dessus de la basse-cour politique. Et qu’il convient donc de ne mêler ni son nom et encore moins sa fonction à la conclusion…d’une alliance MSM/MMM. Qui, selon Bérenger, n’attend que la démission de SAJ pour se concrétiser.

Peine perdue. SAJ n’a émis aucun communiqué. Aucun rappel à l’ordre. De toute évidence, Anerood Jugnauth, ces jours ci, est père de Pravind Jugnauth et « Senior leader » du MSM d’abord. Président de la République ensuite.

Pour reprendre le jeu de mot de son fils ; il attend même sans doute SAJement son heure…pour finaliser un nouveau deal Medpoint. Ou plutot, vu les circonstances…conclure un nouvel accord Château du Réduit !


La Guerre des Politiques : le Retour de SAJ

Ce sera le blockbuster de l’été. Mon édito du jour sur Radio One était consacré au film qui sortira bientôt dans toutes les salles du pays…

La Guerre des Politiques, Episode III: le Retour de SAJ.


La nouvelle generation

Le MSM veut regarder vers l’avenir. Aujourd’hui, lors du congrès anniversaire des 25 ans du parti, on évitera de regarder dans les rétroviseurs. Pour s’intéresser plutôt à la « deuxième génération MSM ». Le positionnement est intéressant.De tous les partis politiques du pays, le MSM est quelque part le seul à vraiment pouvoir prétendre avoir une équipe jeune. En face, les bureaux politiques du Parti travailliste (PTr) ou du MMM ressemblent à des clubs d’anciens combattants. Composés d’éléphants « trop vus » et « trop entendus » dans le passé. Et qui se sont encrassés durant les décennies passées à être « députés professionnels ».

Au MSM, le départ en 2003, du fondateur et père spirituel sir Anerood Jugnauth a entraîné celui d’autres éléphants. Sans fracas. De sorte qu’aujourd’hui le parti ne compte que quelques-uns de la vieille garde, qui remplissent davantage les fonctions de conseillers que de décideurs actifs.

Le propre d’une nouvelle génération est de pouvoir ? si elle est inspirée ? proposer des idées neuves. Cette inspiration, elle vient d’abord d’un chef. Pravind Jugnauth a sans doute encore du chemin à parcourir. Mais le leader du MSM semble s’aguerrir au fil des années. Il s’améliore dans la gestion de ses relations avec ses deux alliés potentiels – MMM et PTr. Même si ce n’est pas sa principale qualité, Pravind Jugnauth sait également faire preuve d’humilité. Notamment en précisant récemment que sa position pro-peine de mort n’engage que lui et non son parti. On est bien loin d’un Paul Bérenger dont le slogan implicite est « le MMM, c’est moi ! »

Un leader qui gagne en maturité et une équipe dirigeante composée de cadres issus de divers secteurs sont les atouts de surface qui peuvent peut-être attirer certains nouveaux militants au MSM. Mais un magasin aura beau avoir une belle vitrine, si son arrière-boutique n’est pas garnie d’un stock suffisant, il ne peut satisfaire une grande clientèle. Le stock du MSM, c’est son programme…

A ce sujet, le positionnement de ce parti semble confus. Surtout par rapport à l’économie. L’idée du « Duty Free Island » émise par Pravind Jugnauth, alors qu’il était ministre des Finances en 2004, est certes bonne. Toutefois, faire disparaître tous les impôts et toutes les taxes du pays n’est pas une solution miracle. Certainement pas à un moment où l’inflation domestique grimpe à deux chiffres et les économies de nos principaux marchés sont au bord de la récession.

Pravind Jugnauth critique vigoureusement la réforme économique en place. Alors que dans sa philosophie, celle-ci n’est pas si éloignée de ce que SAJ, Bérenger ou Lutmeenaraidoo – et même dans une certaine mesure lui-même – ont prôné dans leur temps. Du coup, le leader du MSM inquiète presque en critiquant à tout va et en maniant des slogans creux. Sans proposer de politique alternative dont les coûts et bénéfices sont chiffrés.

C’est pourquoi l’on écoutera attentivement le « mini-programme » qui sera présenté demain. Pour comprendre comment le parti compte relever les défis économiques et sociaux du pays. Certes, l’électeur moyen n’accorde que peu d’importance aux programmes des partis politiques. Mais on peut quand même penser que plus celui de Pravind Jugnauth sera innovant et ambitieux, plus il sera susceptible de lui attirer de nouveaux partisans.

Admettons un temps que les grands principes de sa politique sociale et économique suscitent l’adhésion populaire. Et que le MSM se retrouve avec une masse de partisans représentant 15 % ou 20 % de l’électorat national. What next ?

Que fera Pravind Jugnauth de cette adhésion ? La monnayer dans le cadre d’une alliance avec le MMM ou le PTr ? Pour obtenir un fauteuil de « Deputy Prime Minister » ? Ou 10 tickets de plus dans le cadre d’un partage plus avantageux des candidats aux prochaines élections générales ? Cette attitude reviendrait à retomber dans les travers du « pouvoirisme ».

Pravind Jugnauth a le choix. Il peut décider de changer les règles du jeu. Ou se complaire à laisser la deuxième génération du MSM agir comme la première ! Fort de sa position de « joker », il peut placer l’intérêt de la nation en haut de son agenda. En reléguant notamment ses aspirations au poste de Premier ministre au second plan. Comment ?

Vendredi, lors d’une émission sur Radio One traitant de la visite du Premier ministre à Singapour, l’éditorialiste Jean-Claude de l’Estrac a proposé l’idée d’une démocratie refondée, inspirée du modèle singapourien. Dans lequel, c’est « un gouvernement de salut public » constitué des meilleures compétences du MSM, MMM et PTr qui dirigerait le pays. Ce qui aurait pour effet de faire cesser les éternels jeux d’alliances entre deux partis. Afin d’exclure le troisième et ainsi accéder au pouvoir. Souvent au prix d’un renforcement des lobbys sectaire et du communautarisme.

Paul Bérenger a pour l’heure décrété qu’il n’est pas question qu’il participe à un tel gouvernement. Mais il n’est pas exclu qu’il pense autrement si Navin Ramgoolam consent à sacrifier quelques membres de son entourage… Le « joker politique » du moment pourrait peut-être l’amener à changer d’avis encore plus rapidement. Pravind Jugnauth peut envoyer un signal fort. En décidant de servir de pont pour un rapprochement MSM-MMM-PTr dans le cadre du système de gouvernement évoqué. L’argumentation est toute trouvée…

Même si tous les partis peuvent prétendre séparément avoir les équipes susceptibles de bien diriger le pays, on est obligé d’admettre qu’une « Dream Team » composée des meilleurs éléments des divers partis politiques aurait davantage de chances de réussir. L’unité a ses avantages. Comme celui de pouvoir minimiser, sinon annuler, l’influence de tous les empêcheurs de gouverner et de réformer en rond. Pourvu que l’autorité du pouvoir en place soit contrebalancée par un judiciaire et une presse libre de toute entrave. Ainsi qu’un syndicalisme éclairé.

Pour défendre ce projet, il faut résolument regarder l’avenir. Et accepter de dépasser ses propres ambitions de pouvoir pour ne penser qu’à l’intérêt de la nation. Pravind Jugnauth et sa nouvelle génération peuvent-ils penser ainsi ?

publié le 19 octobre 2008


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