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Grégoire le Républicain

A peine deux ans après la création de la Fédération Créole Mauricien (FCM), l’express dimanche titrait déjà en 2009 : « Le début de la fin. » Deux ans plus tard, c’est le père Grégoire lui-même qui confi rme que cette phase est achevée. Ce qu’affirme le président de la FCM dans l’interview qu’il nous accorde, mais aussi dans l’entretien diffusé, lundi dernier, sur Radio One, c’est que la fédération, telle que nous la connaissions il y a encore deux ans… est morte. Reste la FCM nouvelle… Pour bien comprendre le chemin parcouru par Grégoire et sa fédération, il nous faut revenir sur les erreurs stratégiques les plus criantes commises par ce mouvement et ses dirigeants ces dernières années.

La fédération a perdu la sympathie de l’opinion publique à partir du moment où elle a commencé à se comporter en consoeur de la Voice of Hindu (VOH). Quelques-unes des organisations socioculturelles les plus rétrogrades du pays – VOH en tête s’appuient sur de prétendues règles non écrites pour expliquer pourquoi leurs « bann » doivent jouir d’avantages divers et variés. La FCM s’est prise au même jeu, cédant à la facilité de croire que l’égalité se conquiert à l’aide de calculs arithmétiques ou en ethnicisant outrancièrement des débats avant tout socioéconomiques et éducatifs. Premier péché capital.

La FCM n’a donc pas tardé à réclamer de manière simpliste un quota de 35 % de Créoles dans la fonction publique du pays. Tout en faussant le débat sur l’introduction du morisien à l’école. En arguant qu’étant « la langue ancestrale des Créoles », son introduction en milieu scolaire constituera une « réparation historique » pour les descendants d’esclaves. Contreproductives, ces revendications ont eu pour effet de braquer d’autres organisations « noubannistes » du pays. Mues par leur instinct de préservation, elles ont vite vu en la FCM un adversaire. En Grégoire, un ennemi. Toutefois, loin de cette querelle, le grand public se faisait une opinion : « VOH, FCM… même combat ! »

Deuxième péché capital : les accointances politiques de Grégoire. Dans son cas, le dicton local peut être réadapté : « frekant lisien gayn pis. Frekant politisien, perdi kredibilite. » La crédibilité, Grégoire l’a perdue de manière exponentielle dès qu’il a commencé à fricoter avec la politique. D’abord en agissant comme sage-femme pour accoucher du PMSD réunifié en 2009. Ensuite, en s’improvisant juge de la justesse des alliances politiques. Travaillistes/MMM : oui. MSM/travaillistes : non ! Dans la perception, Grégoire et sa suite venaient de faire de la FCM une Voice of Kreol, ils entreprenaient maintenant d’en faire une succursale de partis politiques.

Là encore, l’incapacité de la FCM à tenir une ligne claire et constante vis-à-vis du monde politique a amené de nombreux observateurs à lui attribuer un agenda politique occulte. En effet, après avoir souhaité un rapprochement MMM/travaillistes, l’abbé a invité ses sympathisants à « vot ar leker » à quelques jours des élections. Avec le recul, Grégoire explique n’avoir pas pris la mesure de l’interprétation (de consigne de vote) qui allait être donnée à cette phrase.

Dans les faits, il y a eu une deuxième interprétation. Celle voulant que Grégoire et sa FCM avaient joué et perdu. Incapables d’obtenir les avantages et postes convoités pour ses membres auprès du pouvoir, le président avait alors revêtu les habits de l’empêcheur de gagner en rond. Grégoire semble désormais pleinement conscient de toutes ces turpitudes. Oublié le registre revendicatif, il parle maintenant d’empowerment et de la prise de responsabilité de ceux qui s’estiment victimes du système et d’injustices historiques. Finie également l’approche voulant que le salut vienne de la communauté créole pour la communauté créole. « [Ils] ne sortiront pas de leur marasme sans l’aide des hindous, des musulmans et des Chinois », explique Grégoire.

Si la méthode a changé, les problèmes inhérents à la communauté créole n’en demeurent pas moins réels. Oui, ils sont sous-représentés dans la fonction publique. Ils sont effectivement davantage concernés par la délinquance et d’autres fléaux sociaux. Enfin, les poches de pauvreté abritent, en termes relatifs, bien plus de Créoles que de Mauriciens d’autres origines ethniques. Si les problèmes demeurent, l’approche que suggère Grégoire pour les solutionner semble avoir changé. Cela mérite d’être salué. Grégoire, le Républicain nouveau, mérite aussi de l’être.


Mélange des genres

Pour qui roule la « Mauritius Sanatan Dharma Temples Federation » (MSDTF) ? Beaucoup d’entre vous diront que la question est rhétorique. Que l’on connaît déjà la réponse ! Tant les prises de position de Somduth Dulthummun, le président de cette association socioculturelle, ont semblé épouser celles du Premier ministre ou de quelques puissants au pouvoir. C’est cette posture qui fait qu’aujourd’hui, de nombreux citoyens perçoivent ce type d’associations comme de vulgaires succursales du parti au pouvoir. Qui ne guérissent qu’occasionnellement de leur turpitude pour organiser un pèlerinage ici ou une fête religieuse là…

Mais il ne sert à rien de critiquer uniquement la MSDTF ou les organisations  socioculturelles. Car si elles s’arrogent aujourd’hui le droit d’intervenir dans des débats où elles n’ont pas leur place, c’est parce que le gouvernement – et plus particulièrement le Premier ministre – les a encouragées dans cette voie. En effet, on ne compte plus les occasions où Navin Ramgoolam a confondu cérémonie culturelle ou religieuse et meeting politique. Plus d’une fois, invité par la « Voice of Hindu » (VOH) ou la MSDTF, le Premier ministre s’est laissé aller à des discours politiciens et belliqueux, envers le secteur privé ou l’opposition pour justifier ses décisions politiques ou économiques.

Les associations socioculturelles ont compris le message. Leur mission première était de nature culturelle et religieuse. Voici que le Premier ministre, lui-même, étend leur champ de compétence. Grâce à Ramgoolam, les MSDTF, VOH et autres sont maintenant devenus des plates-formes où l’on discute de démocratisation de l’économie,  d’aménagement du territoire ou de relations industrielles.

Tout semble désormais les concerner. Fin 2007, en pleine négociation gouvernement-secteur privé sur la réforme sucre, la MSDTF prend position pour demander au secteur privé de se plier aux demandes du gouvernement – qu’elle considère justifiées. Plus près de nous, en début d’année, la MSDTF et d’autres associations se sont prononcées contre l’introduction du Morisien à l’école. Cette semaine, cerise sur le gâteau,  Dulthummun, s’est cru autorisé à intervenir dans un litige contractuel entre la « Mauritius Broadcasting Corporation » et le « Mauritius Turf Club ».

On a beaucoup de peine à comprendre le raisonnement de la MSDTF sur le différend MBC-MTC. En effet, Dulthummun dit qu’il ne s’explique pas pourquoi le MTC paie aussi peu d’argent (Rs 1,6 million par an) pour retransmettre les courses hippiques en direct. Alors que, selon lui, les paris sur les chevaux impliquent d’énormes coûts sociaux pour le pays. Il conclut donc que le MTC doit accepter les 3 500 %  d’augmentation et payer dorénavant Rs 56 millions annuellement à la MBC. Si l’on suit la pensée de Dulthummun, la MBC serait donc devenue une sorte de MRA bis, qui percevrait des taxes de secteurs d’activités générant d’importants coûts sociaux.

A ce rythme-là, on peut penser que Dulthummun s’intéressera très bientôt aux frais que la Loterie Nationale paye à la MBC pour diffuser en direct le tirage du Loto. On peut  également croire que la MSDTF déterminera une nouvelle grille de prix pour les licences des « pool houses » et « casinos » qui ont champignonné à travers le pays. De là, il n’y qu’un pas à franchir pour imaginer Dulthummun dans le rôle de conseiller spécial de Navin Ramgoolam et Rama Sithanen. Le président de la MSDTF pourrait avoir la tâche de déterminer qui doit quoi à l’Etat !

Toutefois, si Dulthummun revient à la raison, il se rendrait compte du ridicule de la situation. En effet, est-ce que la Première division anglaise paie la MBC pour diffuser ses matchs ? Non ! Si l’on s’en tient à ce principe. En tant que « producteur » et « réalisateur » du divertissement que sont les courses hippiques, c’est le MTC qui aurait dû réclamer des droits de retransmissions à la MBC !

Mais le monde est à l’envers à Maurice. Tout simplement parce que la MBC est en train de dicter les termes du contrat sur un marché où il est le seul prestataire de service. Cela Dulthummun ne semble pas s’en rendre compte. Aveuglé, qu’il est sans doute par son besoin de justifi er les décisions des personnes dont il se sent proche.


Religion squatteuse

Tout est bien dans le meilleur des mondes. Voltaire n’aurait pas mieux dit ! Depuis vendredi, les dévots du « Kalimaye » de St-Paul peuvent prier en paix. Leur illustre voisin, le Premier ministre, s’étant acheté une conscience en leur proposant de faire leurs petites prières au « Kalimaye » bordant sa résidence. Et d’organiser les cérémonies plus imposantes dans un futur temple construit plus loin, sur un terrain dont Navin Ramgoolam lui-même fera bientôt l’acquisition. L’épilogue est bollywoodien. Harish Boodhoo annonce que sa « mission est terminée ». Tandis que les dévots enragés d’hier, filmés par la télé paillasson nationale, ne tarissent plus d’éloges sur la compréhension et le grand cœur du Premier ministre. « Win with Navin », le slogan vieilli du Parti travailliste, prend un coup de jeune. Le consensus cache toutefois une honteuse hypocrisie.

Pour une fois, nous pensons que la « Mauritius Sanatan Dharma Temples Federation » (MSDTF) et la « Voice of Hindu » (VOH) ont eu une position sage sur un problème « religieux. » Les dirigeants de la MSDTF ont ainsi fait remarquer que le « Kalimaye » a été érigé sur un terrain privé sans aucune autorisation formelle. L’argument juridique suffit. Nous n’allons pas dire que les deux associations se sont dissociées des dévots en colère à cause des pratiques occultes dans ce « kalimaye » à la tombée de la nuit. Et encore moins sous-entendre que la MSDTF et la VOH se sont tues à cause d’un quelconque pacte d’allégeance à Navin Ramgoolam.

Restons donc sur le terrain juridique. Le président de la MSDTF, Somduth Dulthummun, a précisé qu’il s’agit là d’une construction illégale. Et qu’à ce titre, les dévots qui y prient ne peuvent prétendre continuer à squatter les lieux. La déclaration est pleine de bon sens. Elle est même lourde de sens ! Nous en concluons que le seul titre de « lieu de culte » ne donne pas droit à tout. Un tel édifice n’est en rien inviolable s’il est construit en violation de la loi.

Dans un Etat de droit, les mêmes règles doivent s’appliquer à tous. Or, c’est justement là que l’on constate l’hypocrisie qui règne sur la question. Il suffit de se rendre sur nos plages publiques – à Mon-Choisy, Anse-La-Raie et Belle-Mare notamment – pour croiser ces champignons religieux qui ont poussé ça et là. Ces constructions sont-elles légales ? Non. Aucune autorisation formelle n’ayant été donnée par les « Districts Councils » ou le gouvernement pour construire ces temples et autels « pieds dans l’eau ».

Au regard de la loi, tous ces édifices sont assimilables au « Kalimaye » de St-Paul : ce sont des constructions illégales. Le tandem Anerood Jugnauth/ Paul Bérenger a bien essayé de mettre de l’ordre dans ce capharnaüm dans le passé. Mais le patronyme et la couleur de peau du Vice-Premier ministre Bérenger a bien vite nourri une campagne « Pa touss nu bann ». Dont les principaux animateurs n’étaient autres que la MSDTF et la VOH !

vestiaire

Quelques années plus tard, ces deux organisations ne trouvent toujours rien à redire à ces constructions illégales-là. Pourtant, pour paraphraser le qualificatif de Dulthummun sur le « kalimaye » de St-Paul, on pourrait lui faire remarquer que les temples improvisés sur le littoral sont aussi des «endroits sales où on voit même des chiens errants traverser ». Pire, à deux pas des autels et temples, on retrouve bien souvent des cuisses de poulet, des cannettes de bière ou une touriste ayant enlevé le haut de son maillot de bain pour parfaire son bronzage. « Tchi tchi ! »*

Dans le monde idéal de la religion squatteuse, les plages seraient interdites aux touristes en monokini. On n’aurait pas droit d’y manger de la chaire et de boire une goutte d’alcool. Ainsi, les autels religieux et leurs alentours préserveraient leur sainteté. Mais ce monde idéal-là n’existe pas. Dans le monde où nous vivons, où la loi est reine, toutes les constructions religieuses du littoral doivent être détruites. Sinon, on ne pourrait que donner raisons à ceux qui constatent amèrement qu’il y a une loi « pu nu bann » et une autre « pu bann la ».

*Expression indienne indiquant le dégoût


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