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Vrais problèmes, mauvaises solutions

Ecœurant. C’est le seul qualificatif qui nous vient pour décrire la tournure que prend la question de l’introduction du créole à l’école. D’ailleurs, il faut dès ici prendre une précaution de langage. Notre langue nationale, dans sa version desethnicisée, s’appelle le morisien. Cette précision faite, revenons au débat sur le morisien à l’école…

Depuis juin dernier, la Fédération des créoles mauriciens (FCM) a porté un coup dur au débat. En décrétant que l’introduction du morisien à l’école se justifie par le fait que c’est « la langue ancestrale des créoles,» la FCM a commis une grave erreur. Par son positionnement, cette organisation a minimisé le caractère national de notre langue pour faire d’elle l’affaire d’une communauté d’abord. Ils en payent le prix aujourd’hui. Nos enfants le paieront demain…

Vendredi, les représentants d’une quinzaine d’organisations socioculturelles se sont ainsi prononcés sur la question. Pour eux, la vérité est expéditive. Des dirigeants de la « Voice of Hindu », la « Mauritius Sanatan Dharma Temples Federation » ou de l’Arya Sabha se sont relayés pour dire non au morisien à l’école.

Ce non monolithique démontre deux choses. D’abord, que ces associations semblent vouloir ignorer les vertus pédagogiques de l’utilisation de la langue maternelle dans les processus d’apprentissage. De nombreuses études, de l’UNESCO notamment, le démontrent. Ensuite, la posture de ces associations indiquent qu’ils n’ont rien compris à la complexité du débat. Et à la palette de possibilités qui s’y rattache. Notamment l’utilisation du morisien comme langue de support pour l’enseignement oral en classe. Ensuite, l’introduction du morisien comme médium d’enseignement. Ce qui impliquerait, par exemple, l’élaboration de manuels d’histoire et de géographie ou de trigonométrie rédigés en morisien. Enfin, troisième possibilité, l’apprentissage du morisien comme langue à part entière. Comme c’est le cas aux Seychelles, par exemple.

Mais tout indique que nous n’aurons pas le loisir de débattre de ces questions. Si Vasant Bunwaree a jusqu’ici été assez avare en propositions sur l’utilisation du morisien dans le cadre de sa réforme de l’éducation, les positionnements rétrogrades de la FCM et des Krit Manohur et Somduth Dulthumun risquent de le convaincre de se réfugier dans le mutisme le plus complet. Le contexte politique est particulier. Aucun gouvernement, même le plus courageux, ne prendrait le risque de laisser perdurer un débat qui a glissé sur le terrain ethnique au moment même où le pays s’apprête à aller aux urnes. Les possibilités de dérapages sont trop nombreuses.

Qui sont donc les gagnants ? Qui sont les perdants dans toute cette affaire ? Les grands gagnants sont tous ceux qui pensent que chaque débat national peut être abordé par le prisme ethnique. Dans la polémique autour de l’utilisation du morisien à l’école, ce sont les réflexes ataviques de certains d’entre nous qui s’en sont trouvés renforcés. Autant dire que ceux qui défendent leurs « bouts » ou qui recherchent le leur sont aujourd’hui convaincus de la justesse de leur mission.

Devant ce blocage, de nombreux membres de la FCM sont peut-être aujourd’hui persuadés de la nécessité de durcir, voire de radicaliser les revendications. Pour d’autres, il est sans doute temps de monnayer de manière ostentatoire les votes créoles pour faire avancer « leur cause » dans le pays. En face, les  Manohur et Dulthummum, sont probablement plus que jamais convaincus de leur pouvoir de persuasion auprès de nos décideurs politiques. Et vont continuer à s’ériger en gardiens d’une certaine petite bourgeoisie. Celle-là même qui considère l’éducation nationale, depuis bientôt 30 ans, comme la fabrique servant à asseoir son hégémonie dans la société mauricienne. Et dont il vaut mieux empêcher l’accès à d’autres sections de la population, jugées trop chercheuses de « bouts ».

Dans toute cette futile bataille, les premiers perdants sont nos enfants. Ceux provenant des milieux les plus défavorisés – qu’ils s’appellent Caroline, Idriss ou Satish – qui, à la rentrée prochaine, continueront à recevoir un enseignement qui ne leur sera pas entièrement accessible. Parce qu’ils seront en train d’apprendre « A for Apple, B for Ball… » sans nécessairement comprendre tout ce que leur enseigne leurs maîtres. Qui se soucie vraiment de leur sort ?

D’autres commentaires sur cet édito


Que du vent!

Qui se souvient du discours prononcé le 14 octobre dernier par le Premier ministre ? Sans doute pas grand monde. Et nous avons même l’impression que Navin Ramgoolam a dû oublier l’idée force de son allocution devant le conseil exécutif de l’UNESCO. Ce jour là, posément et avec conviction, il avait expliqué en quoi Maurice Ile Durable (MID) est un projet « ambitieux » et « réaliste. » Quelques mois après, les belles paroles semblent s’être envolées. Le projet lui, reste. Il stagne.

Le MID est en panne d’actions. Celle-ci a une cause principale et profonde : le manque de volonté politique pour arrêter définitivement une stratégie globale afin de concrétiser ce projet crucial pour l’avenir de Maurice. Pour l’heure MID, c’est un fond. Avec de l’argent, beaucoup d’argent. Toutefois, on aura beau avoir Rs 1,3 milliards à dépenser. Mais s’il n’existe pas de structure administrative et juridique pour le faire judicieusement ; ainsi que des projets méritant réellement d’être financés, MID stagnera.

Pour éviter cela, on doit d’abord relever les erreurs. Le ministère des Energies renouvelables et des Utilités publiques (MERUP) n’est pas nécessairement l’administration la plus apte à gérer le projet MID dans sa globalité. Il ne suffit pas d’accoler Renewable Energy au libellé d’un ministère pour que la question devienne centrale dans son fonctionnement.

Rashid Bebeejaun, le ministre de tutelle, a eu l’honnêteté d’avouer qu’il est loin de maîtriser tous les aspects du développement durable. Et qu’il lui faudra « apprendre. » Pas que. Il faut carrément révolutionner le mode de pensée d’un ministère où la notion de développement durable est cantonnée, pour l’heure, à l’installation de quelques milliers d’ampoules économiques et de chauffe-eau solaires.

Cette approche parcellaire tranche avec celle, plus intégrée, que démontre le ministère de l’Environnement depuis plusieurs années déjà. Le National Environment Policy de 2007 et le National Programme on Sustainable Consumption and Production le démontrent. Il serait peut-être judicieux de permettre à ceux qui maîtrisent mieux le dossier de le récupérer pour le faire avancer.

Le maître d’œuvre n’est pas, toutefois, le seul à qui il faudra s’intéresser. Il convient également de s’attarder sur ceux qui sont chargés de décider à qui distribuer les sous du MID Fund. Là, on ne peut que plaindre le comité en charge. Les représentants des secteurs privé et public qui le composent sont submergés de responsabilités. Et souvent impuissants face à celles-ci.

D’abord parce qu’ils travaillent actuellement dans un vide juridique qui leur impose de ne traiter qu’avec des organisations gouvernementales. Ensuite, parce que faute de personnel et d’une structure développée, ils n’arrivent pas à identifier et à arrêter les projets publics et privés rentrant dans la stratégie MID. Et encore moins à décaisser les fonds tout en s’assurant de suivre l’avancée de ces projets. Il faut désormais doter le MID Fund d’un bras armé. Un peu sur le modèle d’Enterprise Mauritius ou de l’Empowerment Foundation. Ce n’est qu’ainsi que les projets avanceront.

Mais il y a projet et projet. Pour l’heure, la stratégie globale du MID étant gérée au petit bonheur, des aberrations indicibles se produisent. Ainsi, que dire de ce financement par le MID Fund d’une partie de la centrale électrique Waste to Energy (WTE) ? L’installation est coûteuse. Potentiellement très polluante, elle nécessite une main d’œuvre hautement qualifiée, indisponible à Maurice, pour son entretien. Cerise sur le gâteau, cette centrale n’aura même pas assez de déchets pour se « nourrir ».

Les centrales WTE utilisent essentiellement les déchets non-organiques pour produire de l’électricité. Or, 80 % des déchets à Maurice est organique. Donc inutilisable ! Que finance donc le MID Fund ? Une centrale qui va finir par importer des déchets des pays avoisinants pour produire suffisamment d’électricité ?

De toute cette incohérence, on est obligé de tirer une seule conclusion. Le politique a abdiqué. Il ne montre pas la direction dans laquelle le pays doit se diriger. Navin Ramgoolam et Rama Sithanen, le ministre des Finances, sont deux champions de la cause MID. Mais leur inaction sur le dossier devient inquiétante. Ils doivent reprendre la main.

Navin Ramgoolam aime se targuer d’avoir fait arrêter la construction d’une autoroute traversant la vallée de Ferney. Va-t-il laisser se construire une centrale WTE qui ne semble pas cadrer avec les besoins en développement durable du pays ? Sithanen n’est pas peu fier, à raison, d’avoir doté l’Empowerment Fund d’une structure organisationnelle solide qui lui a permis de concrétiser de nombreux projets intéressants en matière d’emploi et de lutte contre la pauvreté. Va-t-il laisser le MID Fund vivoter ?

Le temps de l’action – mais aussi celui des signaux symboliques – est venu. Ramgoolam, devant l’Unesco, disait vouloir donner « un signal au monde ». L’un de ces signaux est l’organisation en 2011 du Forum Ecologique Mondial, calqué sur le modèle Davos. Or, le Premier ministre semble avoir oublié qu’il voulait une telle rencontre. Et que celle-ci se prépare bien deux ans à l’avance. C’est sans doute pour cela qu’il n’a pas jugé utile d’en parler avec son « conseiller et ami », Joël de Rosnay, depuis des semaines. Un tel manque d’implication de Ramgoolam pourrait finir par décourager de Rosnay au plus haut point.

Le développement durable appelle des actions concrètes et urgentes. Si nous continuons à ne brasser que du vent sur plein d’idées non réalisées, tous nos efforts ne finiront qu’à faire tourner des moulins à vents. Et ceux là ne produisent même pas d’électricité… Autant pour les énergies renouvelables et le développement durable !

publié le 18 janvier 2009


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