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Les voisins du karo kann

Amis de la verdure, vous êtes servis ! Les revirements successifs qui ont marqué les négociations autour de notre industrie cannière ont tenu le pays en haleine cette semaine. Mais au-delà de la bataille autour des champs de canne et de ceux qui y travaillent, un autre match – plus discret celui-là – se joue. Y participent, ceux qui ne veulent pas retourner dan karo kann, ceux qui souhaitent désespérément en sortir, mais aussi ceux qui, auréolés de leurs derniers exploits, peuvent prétendre ne plus s’y rendre.

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Ayant effectué un long séjour dan karo kann entre décembre 1995 et septembre 2000, sir Anerood Jugnauth semble avoir développé une certaine aversion pour la chose. Mais le sacrifice, ça le connaît. Aussi, pour le bien de la nation, consentirait-il à s’y exiler une nouvelle fois plutôt que de refaire alliance avec Navin Ramgoolam. C’est ce qu’a expliqué SAJ ce mercredi lors d’un congrès à Petit-Raffray.

Mais l’allusion champêtre de SAJ revêt un air de « déjà-entendu ». Retour en arrière pour s’en assurer. Nous sommes le 2 avril 2010, à la veille des élections générales opposant le MMM au bloc PTr/MSM/PMSD. SAJ, alors président, prévient : « Il vaut mieux être dan karo kann que d’aller travailler avec le MMM et Bérenger. » Un autre Anerood – Gujadhur celui-là –, le mythique et désopilant leader du PPM, disait, philosophe, s’être résigné à être envoyé dan karo kann  à chaque élection. SAJ, lui, a trouvé l’astuce pour éviter cela : feindre de perdre  la mémoire.

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La Voice of Hindu (VOH) y est, par contre, depuis un moment… dan karo kann. Et manœuvre laborieusement pour en sortir. Du coup, comme beaucoup de mouvements en perte de vitesse, la VOH a choisi un coup d’éclat pour revenir sur le devant d’une scène socioculturelle désormais monopolisée par Somduth Dulthummun et Balraj Naroo. Sauf que la bravade… s’avère risible.

Proposer de « bannir » Facebook pour endiguer les commentaires racistes révèle non seulement la méconnaissance de la VOH du fonctionnement de ce réseau social, mais également l’hypocrisie du mouvement par rapport à sa propre présence sur le site. Le groupe « Voice of Hindu » sur Facebook compte en effet pas moins de 4000 membres. Hier soir, la plateforme était toujours active… et surtout commodément fermée aux non-membres. Qui ne peuvent en aucun cas avoir accès à ce qui y est posté. Un drôle de fonctionnement de la part d’un mouvement qui prône aussi la modération systématique des propos postés sur Facebook. Avec une attitude aussi rétrograde, la VOH pourrait garder pendant encore longtemps la place de choix qu’elle s’est trouvée dan karo kann.

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Shakeel Mohamed et Ashok Subron ne font sans doute pas partie de ceux qui pourraient retourner de sitôt dan karo kann. Si le premier, un brin opportuniste, a tardivement saisi l’utilité de se montrer intransigeant, voire hostile envers les patrons du secteur cannier, le second s’est démarqué une nouvelle fois comme étant le dernier syndicaliste de sa génération à s’inscrire résolument dans une logique de lutte des classes visant à amener les travailleurs à réclamer et obtenir leur dû face à « la classe capitale ».

Mohamed enregistre, en effet, des bénéfices nets au lendemain de l’accord trouvé entre la Mauritius Sugar Producers’ Association et le Joint Negociating Panel. Très réaliste dans ses prises de position, le ministre du Travail a réussi la prouesse de donner aux patrons l’impression qu’il était initialement proche de leurs préoccupations, pour finir par se ranger à temps du côté des travailleurs. Du coup, Mohamed se rapproche de plus en plus d’une position fort enviable… être au PTr ce que Reza Uteem est au MMM. Un atout souhaitable quand une autre personnalité rouge – Rashid Beebeejaun – finira par se retrouver dan karo kann.

Ashok Subron n’est paradoxalement pas si loin des préoccupations politiques. Principal animateur du mouvement Rezistans ek Alternativ, il est également l’un des rares « jeunes » syndicalistes de la place à conserver une certaine crédibilité dans ses actions politiques, syndicales et citoyennes. Ainsi, pendant que d’autres pseudo-leaders de mouvements politiques se ridiculisent à travers leurs gesticulations sans envergure, Subron accumule des actions concrètes.

Il n’est pas dit que, fort de ces réalisations, Subron finira par remporter un succès électoral face à la puissante machinerie, notamment financière, des partis politiques installés. Mais il est toutefois certain que Subron incarnera – pour une part plus importante de Mauriciens – une alternative à l’offre politique existante. Elle ne sera pas tout à fait crédible tant que Subron prônera une approche résolument hostile à un modèle économique auquel les Mauriciens sont finalement plus attachés qu’on le croit. Au bout de quelques séjours en lisière du karo kann, Subron finira peut-être par s’en rendre compte !

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Le courage de Shakeel Mohamed

Il aurait pu hurler avec les loups. Nager avec le courant et récolter des dividendes politiques en le faisant. Mais Shakeel Mohamed semble avoir résolument pris la mesure de sa responsabilité par rapport au Best Loser System. Je l’ai senti sincère dans sa volonté de remplacer le BLS par un meilleur système garantissant la représentation des minorités au sein du Parlement. Je l’ai senti décomplexé par rapport à son patronyme et à son histoire familiale.
Durant les dernières secondes de l’émission, je l’ai senti réellement sincère, presque ému, en réitérant sa conviction dans un changement du système. Je ne le fais pas souvent quand j’évoque les politiques mais là, j’estime qu’il le faut alors… Bravo Shakeel !

Voici un clip de quelques extraits de l’interview d’hier sur Radio One.


Nous sommes tous pour…

la représentation de toutes les composantes de la population au sein du Parlement. Notre système d’élection au First Past the Post a largement assuré cela pour les citoyens musulmans et les Mauriciens faisant partie de la population générale. Pour ces deux catégories, environ huit députés sur dix élus depuis 1967 l’ont été sans avoir recours au Best Loser System (BLS). Les statistiques démontrent donc que ce n’est pas le BLS qui, à lui seul, a assuré la représentativité des minorités à l’Assemblée nationale.

une loi électorale plus juste. Toutefois, le fonctionnement même de notre BLS crée des distorsions importantes entre les objectifs du système et les résultats qu’il finit par générer. Ainsi, Paul Bérenger, le chef d’un MMM ayant capté 48,12 % des suffrages lors des élections générales de 1987, n’a pu se faire élire en tant que Best Loser malgré son appartenance à la population générale. Showkutally Soodhun, candidat d’une alliance MSM/RMM laminée lors d’un cinglant 60-0 en 1995, a également goûté au caractère inique du BLS. Perdant avec un total de 7416 votes, il n’a néanmoins pas été désigné Best Loser de la communauté musulmane. Ce siège de député est revenu à Mustapha Beeharry, candidat d’un micro-parti ayantdécroché 3000 votes de moins que Soodhun.

un système prévisible. Il a été démontré que le BLS est tout sauf cela. En 1982, 1991 et 1995, cet outil n’a permis de nommer que quatre députés issus des minorités au lieu des huit prévus par notre loi électorale. A l’issue des élections de 2010, ce ne sont que sept députés qui ont été nommés. Le système a, par contre, montré de la prévisibilité… quand il a permis à deux candidats de Rodrigues d’être désignés députés BLS au détriment de candidats de la même appartenance ethnique issus de grands partis nationaux battus. C’est arrivé en 1995, 2000 et 2005.

la fin de l’opportunisme de la part des politiques. Dont l’expression la plus écœurante a été l’élection du Mauricien d’ascendance chinoise Michael Sik Yuen comme Best Loser de la population générale lors des dernières législatives. Légalement, Sik Yuen pouvait choisir de se déclarer membre de la population générale, mais moralement son acte est cynique et condamnable. S’il a hérité d’un fauteuil de ministre, ce n’est pas parce qu’il est un élu de la population générale, mais bien grâce à son ascendance chinoise ! C’est le flou autour des catégories utilisées par le BLS qui permet cela. Alors que certaines d’entre elles sont ethniques (sino-mauriciens, population générale) d’autres sont confessionnelles (musulmans, hindous). Si rien ne change, d’autres Michael Sik Yuen instrumentaliseront le BLS pour arriver à leurs fins.

la défense des droits humains de chaque citoyen mauricien. Cela implique notamment le fait de pouvoir permettre à chacun de participer au processus démocratique à travers sa candidature aux élections générales. Or, si notre Constitution a été amendée pour qu’une personne n’ait pas à divulguer son appartenance ethnique lors du recensement de la population, notre droit oblige tout candidat à une élection générale à se définir ethniquement afin de participer au processus démocratique. Tôt ou tard, notre propre Cour suprême, les Law Lords du Privy Council ou d’autre sages aux Nations unies affirmeront qu’une démocratie ne peut exiger de ses citoyens qu’ils se définissent par rapport à une grille ethno-confessionnelle pour être autorisés à exercer leurs droits fondamentaux. Quand cela se passera, la classe politique et l’Etat seront contraints de modifier un BLS désuet.


Pourquoi donc, malgré notre attachement (probablement unanime) à tous les principes cités plus haut, n’arrive-t-on pas à un consensus sur la nécessité d’éliminer le BLS ? En le remplaçant par un nouveau système assurant la représentation de toutes les composantes de la population au Parlement. La peur est une des réponses possibles. L’ignorance d’une alternative acceptable en est une autre. Le suivisme et le manque de courage politique pourraient être une autre explication. Le refus de croire que le communautarisme se combat autrement qu’à travers des dispositions constitutionnelles semble également être un motif plausible.

Les systèmes et les institutions ne se métamorphosent pas d’eux-mêmes. Ce sont les hommes qui sont à l’origine des changements. Rama Sithanen fait partie de ceux-là. Navin Ramgoolam également. Le ministre Shakeel Mohamed pourrait bien se joindre à cette catégorie. Les autres, comme le dit si bien le leader du MMM, n’auront qu’à « assumer leurs responsabilités ». Malheureusement, pour certains de nos leaders politiques et communautaires…assumer ses responsabilités équivaut, étrangement, à les fuir !


Callikan le hérisson

Ce coup-ci le bouillant Shakeel Mohamed est tombé sur un os. Si ce n’est pas déjà le cas, le ministre du travail apprendra bien assez vite qu’on n’exige pas aussi facilement du patron de la Mauritius Broadcasting Corporation (MBC) qu’il justifie ses décisions. En effet, par essence, un organe de propagande gouvernemental – la MBC en est bien un –  ne rend de comptes qu’à deux personnes : le ministre de l’information et le chef du gouvernement. Puisque dans le contexte local, Navin Ramgoolam est coiffé des deux casquettes, Mohamed attendra longtemps avant que Dan Callikan ne réponde à sa convocation.

Dans le conflit qui oppose le patron de la MBC à Mohamed ce sont deux mondes et deux conceptions du pouvoir qui s’affrontent. Shakeel Mohamed, veut à tout prix asseoir son image de ministre hyperactif prompt à dégainer et à demander des comptes à tous les patrons indélicats du pays. Mais Callikan n’est pas de ce monde là. En bon mandarin, il exerce un pouvoir qui lui a été directement conféré par le Premier ministre. Il est différent.

Pour démontrer qui des deux belligérants perdra la partie, il convient de faire un léger flashback à février dernier. Callikan était alors l’objet de la vive colère d’Ah Fat Lan Hing Choy, le très influent trésorier du Parti Travailliste (PTr) et proche de Ramgoolam. Outré par « le traitement honteux » infligé à sa fille – une employée de la MBC , Ah Fat avait entrepris de dire publiquement sa colère tout en menaçant de démissionner de son poste au PTr si rien n’était fait pour rétablir la situation. Rien n’a été fait ! Ramgoolam est intervenu en personne pour calmer Ah Fat. Tandis que Callikan a vaqué à ses occupations. Récemment, nous avons même appris d’un des protagonistes de l’affaire que la fille d’Ah Fat allait bientôt démissionner de la MBC…

La conclusion semble donc s’imposer d’elle-même. Callikan : qui s’y frotte s’y pique. Shakeel Mohamed le sait-il ? Plus fondamentalement d’ailleurs, la question pourrait être : pourquoi Callikan apparaît-il comme un homme intouchable ? Est-ce au nom d’un quelconque lien « fraternel » et « philosophique » avec le Premier ministre que l’ancien conseiller de Navin Ramgoolam bénéficie d’une telle latitude? Probablement pas.

Si la MBC est gardée par un hérisson, c’est parce que le Premier ministre n’a pas intérêt à ce que qui que se soit – ses ministres y compris– ne s’intéresse de trop près au fonctionnement de la radiotélévision nationale. En effet, si Ramgoolam et ses prédécesseurs ont tous pratiqué la même politique, c’est parce que depuis sa création, la station de la rue Pasteur bafoue allègrement les principes d’indépendance et d’impartialité qui sont pourtant les fondements de la loi qui l’institue. C’est donc pour que la MBC continue à ne pas tourner rond que son patron ne rend de comptes qu’au Premier ministre.

Les conséquences d’une rupture de cet ordre établi seraient graves. Mohamed créerait un dangereux précédent s’il arrive à imposer son arbitrage dans le cas Rehana Ameer. Il établirait, en effet, la règle de l’intervention du ministre du travail dans le fonctionnement interne de la MBC. Dès lors, on peut imaginer que certains employés de la radiotélévision nationale « mis au placard » depuis juillet 2005 songeront à solliciter Mohamed afin de faire valoir leur droit. Tout comme on peut s’attendre à ce que la Mauritius Broadcasting Service staff Association (MBSSA) questionne plus systématiquement certains exercices de recrutement ou de promotion.

La MBC deviendrait vite ingouvernable. Pire, sa direction devra justifier régulièrement ses choix et décisions. De là à imaginer qu’on questionne ensuite le traitement de l’information et les choix éditoriaux du patron de la radiotélévision…il n’y a qu’un pas. Ce scénario cauchemardesque pour Callikan et Ramgoolam ne se produira pas. Parce que demain, Mohamed attendra Callikan en vain. L’affaire Ameer sera donc gérée selon les méthodes habituelles…en toute opacité. Ainsi vont – et iront –  les choses dans la fabrique à propagande.

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