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Au-delà de l’homme

Stop ! Le sort d’un seul homme, Rama Sithanen, a suffisamment monopolisé le débat public. Il est désormais temps de l’en évacuer. Si Navin Ramgoolam – par calcul politique ou par compromission – a choisi d’éliminer l’homme, il faut toutefois que nous exercions la plus grande vigilance afin que les idées du ministre des Finances perdurent. Les réformes mises en place depuis 2006 sont encore fragiles. Il est donc hors de question qu’un apprenti-sorcier de l’économie décide de les changer dans le seul but de satisfaire son ego.

Si l’on prend pour postulat que Navin Ramgoolam apparaît, pour l’instant, en mesure de gagner les élections du 5 mai, l’on se doit également de considérer que c’est Pravind Jugnauth qui héritera du ministére des Finances. Résistera-t-il alors à la tentation de reformuler les politiques économiques initiées depuis 2006 ? Dans quelle mesure, Navin Ramgoolam – le Premier ministre si « fort » mais en même temps si faible devant les exigences de son allié – acceptera-t-il qu’on défasse une réforme dont il a endossé la paternité depuis qu’il a évincé Sithanen ? Pour tenter des réponses à ces questions, il faut regarder en arriére.

A quelques mois des élections de juillet 2005, Navin Ramgoolam, alors leader de l’opposition nous avait accordé une interview. Dans laquelle il disait sans ambages : « Nous voulons des investissements…sans pour autant donner toutes les terres… aux étrangers. Je ne suis pas d’accord… que l’on obtienne un permis de résidence permanent et le droit de vote en échange de ce type d’investissement. » Il faisait allusion à l’Intergrated Resort Scheme (IRS) nouvellement lancé par le gouvernement MSM-MMM d’alors.

A peine quelques mois aprés, le même Ramgoolam consentait à ce que son propre gouvernement mène une politique exactement similaire à celle de l’équipe sortante. Pour être précis, les efforts ont même été redoublés dans cette direction. D’importantes superficies de terre ont été concédées à JinFei ou à Neotown. Des centaines de permis de résidence accordés aux acquéreurs de villas IRS. Le fossé entre ce qui avait été dit et ce qui a finalement été fait est énorme.

Cinq ans plus tard, on se prend donc à se demander si le départ de Sithanen équivaudra forcément à ce que sa politique économique soit revue et corrigée. Première possibilité : le bon sens l’emporte. Arrivé aux commandes, Pravind Jugnauth se rend compte qu’au final, de bonnes décisions économiques ont été prises aux moments opportuns. Qu’il n’y a donc que peu de choses à changer dans notre maniére de gérer l’économie et les finances publiques. Mais pour cela, il faudrait avoir aux finances une personne dont la vue et la capacité de décision ne soient pas gênées par un ego surdimensionné. Ce n’est pas dit que ce sera le cas…

Deuxième possibilité. Face à un Navin Ramgoolam mollasson, Pravind Jugnauth décide d’imposer sa vision des choses. De mettre en pratique toutes ses promesses. Il faut rappeler ce qu’elles sont ! L’élimination des droits de douanes dans le pays. L’abolition de la National Residential Property Tax et de l’impôt sur les intérêts. Ainsi que la réintroduction des déductions fiscales d’avant 2007. Pour couronner le tout, Pravind Jugnauth promet la « baisse progressive du taux d’imposition jusqu’à l’élimination compléte de l’impôt sur le revenu ». Il assure que « ces mesures, nous pourrons les appliquer sans augmenter la TVA ».

Durant le deuxiéme mandat de Ramgoolam, nous avions un économiste au ministére des Finances. Pour le troisiéme, on aura droit à un prestidigitateur qui fera disparaître des milliards de revenus fi scaux pour ensuite faire apparaître le double en recettes ! A moins d’avoir de parfaits irresponsables à la tête du gouvernement, il y a peu de chances pour que la politique économique initiée depuis 2007 soit drastiquement revue. Les bonnes réformes économiques, du fait même qu’elle ont fait leurs preuves durant les temps de crise, pourraient difficilement être remises en cause. Du coup, nous aurions là une bien ironique revanche. Non pas celle d’un homme mais de ses idées. En effet, malgré lui, Pravind Jugnauth pourrait être obligé de reconnaître le bienfondé de la politique économique de son prédécesseur. En étant forcé de marcher dans ses pas !


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