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Jeu d’acteur

Lumière, caméra… action. Pour la galerie ou pour leurs propres carrières, trois politiques se livrent ces derniers temps à une opération d’envergure. L’objectif reste le même pour tous : convaincre et marquer les esprits. Le problème, c’est que tous n’y arriveront pas. Petite présentation des acteurs…

Comment ne pas commencer par Rama Valayden, l’« Attorney General ». Poursuivi pour propos séditieux, il est pourtant un homme soulagé. Car à l’issue de son audition par la police ce jeudi, c’est en chœur que lui et son bataillon d’hommes de loi ont dit qu’il n’a « rien à se reprocher. » Mais qui donc a pu penser que Valayden allait finir devant le tribunal ? Qui a cru que le Premier ministre allait laisser un ministre critiqué de tout part en place, s’il n’était pas lui-même convaincu qu’il n’allait rien lui arriver ?

A vrai dire, la séquence s’est déroulée à la perfection. Valayden tient des propos condamnables. Il est rappelé à l’ordre par le Premier ministre, qui contredit au passage la réalité statistique des allégations de son ministre. Ce dernier se repent. Une bande de flics qui se sent visée dans cette affaire porte plainte. Celle-ci est instruite. Comme par enchantement, seule une partie de l’enregistrement du discours litigieux est récupérée. Ce qui fait de cette pièce clé un élément irrecevable dans l’instruction. Voilà une faille de procédure qui ne fait perdre la face à personne. Au réalisateur qui a mené de main de maître cette séquence, on a envie de dire : chapeau !

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Dans le cas de notre deuxième acteur, il n’est pas question de chapeau mais de béret. A quelques mois des élections, Pravind Jugnauth peine toujours à porter avec panache le fameux béret de campagne du père. Du coup, il bat la campagne… en bus. Ce qui n’est pas sans rappeler l’éternel perdant des campagnes présidentielles françaises : François Bayrou. Qui avait innové en déambulant dans un bus roulant à l’huile de colza. Celui de Pravind Jugnauth aurait pu rouler à l’huile de « Sunflower. » Mais passons…

Pravind Jugnauth est actuellement dans la position de l’acteur qui pourrait être le grand oublié du casting électoral. Dans les coulisses, on apprend que l’offre de Navin Ramgoolam au poucet MSM a fondu comme neige au soleil. Des 16 ou 18 tickets que le MSM comptait récolter initialement, il n’en reste que 8. Du coup, l’acteur Pravind doit démontrer sa popularité pour que le réalisateur Navin Ramgoolam l’embauche.

Il est vrai que Ramgoolam observe du coin de l’oeil la mobilisation du MSM. Et on ne parle là que de démonstration de force et non de la déclamation des idées prouvant que le MSM a « réussi à faire de la politique autrement ». Ramgoolam n’en a cure des « idées phares » du MSM. Celles-ci – rétablissement de la peine de mort, baisse drastique de la TVA et abolition du « National Residential Property Tax » – iraient d’ailleurs droit à la poubelle si le MSM se joignait à
l’Alliance sociale (AS).

L’enjeu immédiat du MSM est donc de prouver à Ramgoolam qu’il possède un ancrage dans les circonscriptions où un candidat de l’AS pourrait se retrouver en difficulté face à des adversaires coriaces du MMM. Mais nous pensons qu’il n’y aura pas de démonstration de force demain. Le MSM, malgré l’entrée au Parlement de son chef, reste toujours un petit parti. Et face à ce déficit de popularité, Ramgoolam plus que jamais pourrait être tenté de distribuer les rôles aux acteurs de sa propre troupe.

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Il faut admettre qu’en plaçant Rama Sithanen aux finances, Ramgoolam n’a sans doute pas fait d’erreur de casting. Toutefois, le ministre des Finances interprète le 18 novembre un budget des plus épineux. Il jure que celui-ci ne sera pas « populaire et électoraliste. » Et se réfugie derrière son arrogante expérience – il aime rappeler qu’il a présenté « 11 budgets en comptant celui du stimulus package » – pour affirmer que les décisions qu’il prendra seront toutes dans l’intérêt pays.

Quel intérêt ? Avec le réchauffement climatique et les enjeux du développement durable, la politique économique se doit d’être durable. En facilitant les investissements et les réformes dans les énergies, l’environnement et les infrastructures. Annoncé en fanfare dans le budget 2008-2009, le projet Maurice Ile Durable est presque tombé dans l’oubli depuis. Faute d’une structure organisationnelle adéquate, mais aussi à cause de la tergiversation des décideurs politiques. Mais l’heure tourne. Maurice se doit désormais non seulement d’avoir mais aussi d’appliquer et financer son « Blueprint for energy sector ». L’Etat, conformément à l’approche volontariste que prône Sithanen, doit instaurer un cadre fiscal incitatif pour permettre l’investissement des ménages, des industries et de l’Etat dans les technologies et infrastructures vertes.

Que Sithanen ne vienne pas nous dire que c’est l’argent qui manque ! Car les planètes sont en train de s’aligner pour Maurice. L’Union européenne fera don de Rs 136 millions à Maurice dans les mois à venir pour financer les projets verts. D’autres aides suivront. Le président de l’Agence Française de Développement, qui sera au pays cette semaine, apporte également une surprise de taille. En effet, Maurice bénéficiera d’un prêt de Rs 5,2 milliards (€ 120 millions) minimum pour les années financières 2010 et 2011.

Nous arrivons à un moment où les efforts de l’Etat dans le domaine du développement durable ne souffrent plus de contraintes financières. C’est à Rama Sithanen et ses collègues du gouvernement de relever les défis. Pour ces acteurs-là, l’heure n’est plus aux répétitions. Budget, lumière, caméra… action !

D’autres commentaires sur cet éditorial.


Voir grand, commencer petit

La dernière phrase du récent rapport « Blueprint for the energy sector in Mauritius » de la National Economic and social Council (NESC) interpelle. « Le futur dépendra de ce que nous allons faire désormais », préviennent les auteurs. Le document est de bonne facture, il souligne les lacunes de la politique gouvernementale sur le dossier énergie. Tout en reconnaissant ses bonnes décisions. Face à un document de ce type, on a le choix : celui de trier toutes faiblesses citées et d’en faire une liste de commissions pour le gouvernement ; ou alors de prendre de la distance et recadrer les décisions à prendre.

Voyons d’abord la liste de commissions. Si l’on doit se fonder sur les recommandations de ce rapport, il faudrait que dans les mois qui viennent, le gouvernement mette en place un Energy Management Office. Celui-ci serait chargé de déterminer les besoins en énergie du pays pour ensuite formuler la politique nationale en la matière. Concomitamment, il faudrait aussi légiférer afin de créer un régulateur du secteur énergétique. Pour clôturer une ère d’opacité durant laquelle le Central Electricity Board (CEB) a été juge et parti sur le dossier énergétique. Par ailleurs, il faudra également revoir les modalités et la justification des contrats par lesquels le CEB s’est engagé à acheter – à prix fort l’électricité produite par les producteurs indépendants d’énergie (IPP) locaux – dont Gamma-Covanta.

Le plan est ambitieux. Mais toute personne réaliste et un tant soit consciente de notre bureaucratie et les tergiversations de nos politiques saura que ce minimum vital ne pourra pas être complété avant fin 2009. Et même s’il l’est : esseuler le dossier énergétique au sein du projet Maurice Ile Durable (MID) serait inefficace. Car réduire le développement durable à une question d’énergie, d’électricité et de carburants, c’est occulter des pans essentiels du développement durable. Gestion des déchets, urbanisme, infrastructures routières, villes nouvelles, préservation de la biodiversité et ressources en eau sont autant de dossiers voisins à la question énergétique. Et essentiels à l’aboutissement de MID.

Pourtant il est urgent d’agir. Mais l’action doit être concertée. Les professionnels qui planchent sur la réalisation ou le financement du projet MID remarquent la grande inégalité des compétences et des connaissances en la matière au sein de notre administration. Où des fonctionnaires ultra-compétents et motivés côtoient des confrères incapables de cerner la complexité – et l’applicabilité – de la notion de développement durable. Cet état de choses perdure largement parce qu’un vrai plan MID n’existe pas. Le comité du MID Fund demeure incapable de produire faute de moyens, de ressources et de temps – un plan concret.
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Si nous voulons voir grand, il faut commencer petit. Le vide juridique autour du MID Fund doit être comblé. Le comité – avec une vraie structure administrative formellement constitué. Ensuite, et en consultation avec tous les ministères concernés, un plan d’action chiffré ainsi qu’un calendrier d’exécution doivent être arrêtés. C’est une urgence.

Nous nous refusons toutefois à céder à une sorte de fatalisme. Non, MID n’est pas mort. Certes, il est mourant. Mais des actions immédiates peuvent le ressusciter. Nous pensons que c’est possible. En ce moment même, Monsieur MID, Osman Mahomed, s’apprête à quitter le Board of Investment – où il est spécialiste de la question du développement durable pour aller rejoindre le bureau du Premier ministre.

Ce jeune professionnel a une énorme responsabilité. Qui est à la hauteur de l’atout dont il dispose. En effet, il a l’oreille attentive et l’estime des deux personnages principaux du dossier MID le Premier ministre, Navin Ramgoolam. Et Rashid Beebeejaun, le ministre des Energies renouvelables et des Services publiques (MERSP). Il appartient désormais à Mahomed d’avoir l’influence qu’ont les Dan Callikan et les Kailash Ruhee. Afin d’entraîner les plus hautes sphères du gouvernement sur la voie de l’action, notamment à travers le steering committee que Mahomed présidera au MERSP. Il devra expliquer et démontrer comment et pourquoi l’on doit maintenant arrêter notre politique de développement durable. Pour ensuite l’exécuter selon les moyens et le calendrier défini.

On nous rétorquera que le financement pourrait ne pas suivre. Il est là. L’Agence française de développement, (AFD) en ce moment même cherche à aider Maurice à devenir la vitrine mondiale du développement durable. En effet, le pays pourrait être bénéficiaire du « Programme Environnement » de l’AFD. Nous parlons là de 60 millions d’euros (Rs 2,6 milliards) d’aides pour les années 2009 et 2010.

Nous avons les hommes et les bonnes idées pour rédiger le plan. Le financement pour lancer concrètement le projet. Reste aux politiques de donner le vrai coup d’envoi de MID.


Notre position : la neutralité

Le débat autour de la centrale « Waste to Energy » (WTE) de Gamma-Covanta est faussé. Il a débuté sur de mauvaises prémisses. Nous ne cessons de le redire. De la bataille opposant les pros aux anti-incinérateurs, vous ne voyez que la partie visible. Ce que chaque camp selon son agenda propre souhaite que vous sachiez. Puis, il y a les coulisses, les non-dits et ces aspects sur lesquels l’on ne s’attarde pas assez. Pourtant, c’est ce qui importe. Or, chaque camp s’attend à ce que nous prenions position par rapport aux arguments superficiels qu’ils avancent. Nous ne le ferons pas. Car cela reviendrait à participer à la polarisation du débat.

La question est complexe. Il faut donc l’appréhender dans sa complexité. Les coulisses de la bataille et les questions sur lesquelles les belligérants ne s’attardent pas assez – ou pas du tout peuvent nous aider à mieux saisir ce qui est dans l’intérêt du pays.

Commençons par la question du type de déchets à Maurice. Les centrales WTE utilisent essentiellement des déchets non-organiques pour produire de l’électricité. Or, 80 % des ordures locales sont organiques (plantes, résidus ménagers, etc.). Ce qui va amener Gamma-Covanta à rajouter des additifs chimiques pour faciliter la combustion dans sa centrale. D’ailleurs, le réglage des installations pour brûler des déchets organiques moins « energy efficient » est une opération irréversible pendant 20 à 30 ans. Ce qui veut dire qu’en fait il faudra toujours produire le même volume minimal de déchets pour « nourrir » la centrale WTE. Voilà qui ne facilitera en rien l’objectif de réduire ou recycler au maximum nos déchets.

En effet, produire 20 mégawatts d’électricité à partir du « profil » de déchets solides du pays apparaît sur papier comme une opération trop ambitieuse. Qui ne permet pas la revalorisation et le recyclage d’une bonne partie des 80 % des déchets dont nous parlons. Enter Nick Themelis, professeur à l’université américaine de Columbia. Il était invité par Gamma-Contanta pour expliquer l’utilité et innocuité d’une centrale WTE. Ce qu’il nous avait avoué lors d’une conversation est important. Themelis a expliqué que l’une de ses suggestions à Gamma-Covanta était de réduire la capacité de sa centrale et de la doter en contrepartie d’une installation de compostage-recyclage plus importante. Voilà une piste qui demande à être explorée…

Par contre, une autre dans laquelle les antis se sont royalement et obstinément enfoncés est celle de la dangerosité des centrales WTE de dernière génération. Beaucoup de voitures arborent toujours les autocollants « IncinéraTueur ». Pourtant, il est utile de préciser qu’aucune étude sérieuse n’a pu démontrer à ce jour le lien de cause à effet direct entre l’implantation d’un centrale WTE de dernière génération (comme celle de Gamma-Covanta) et le risque décuplé de cancers ou de contamination des cultures et cheptels dans son voisinage. Le professeur Jean-François de Narbonne, toxicologue et expert de l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments est à ce sujet un témoin à décharge crédible pour la centrale WTE.

L’incinérateur dont nous parlons ne tue pas. Mais il est peut-être inadapté – en son état actuel au « profil » de déchets solides de Maurice et aux besoins énergétiques du pays sur le long terme. Pourquoi le débat ne s’est-il donc pas enclenché autour de cet axe ? Pourquoi a-t-il fallu que les deux camps peignent tout en noir ou en blanc, selon le scénario qui les arrange ?

Pourquoi les deux camps vont-ils donc se cacher dès que l’espoir d’un débat constructif et vraiment contradictoire fait surface. Lundi dernier, un tel débat aurait dû être organisé et relayé – en direct – sur Radio One et Radio Plus. Les opposants à l’incinérateur se sont défilés en prétextant leur obligation de réserver pendant les travaux du tribunal de l’environnement sur la question de la centrale Gamma-Covanta. Mais aussi par déférence au Professeur Joël de Rosnay qui a été chargé par le Premier ministre d’arbitrer la question. Gamma-Covanta, elle, s’est arrangée pour maintenir le flou sur sa participation jusqu’à la dernière minute.

Au lieu de brasser de l’air, on ferait bien de commencer à brasser les idées. C’est avec un certain soulagement que nous commençons à lire, parmi les opposants, certains avis plus constructifs sur la question de gestion et la revalorisation de déchets. Mais ce type d’argumentation est minoritaire. Et ne doit nullement occulter l’autre débat : la centrale WTE peut-elle s’installer à Maurice à condition de revoir l’ampleur de son implantation ? En effet, les anti-incinérateurs parlent d’une politique de zéro-déchets comme un objectif parfaitement réalisable. Or, aucun pays (plus ou moins développé) au monde n’est arrivé à réaliser cette prouesse. Si nous sommes donc incapables de réduire nos déchets à zéro, il serait pertinent de savoir comment la centrale WTE pourrait être utile pour traiter la partie de déchets que nous ne pourrons pas raisonnablement espérer recycler ou revaloriser. Ce n’est pas être pro-incinérateur que de poser cette question !


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