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Que du vent!

Qui se souvient du discours prononcé le 14 octobre dernier par le Premier ministre ? Sans doute pas grand monde. Et nous avons même l’impression que Navin Ramgoolam a dû oublier l’idée force de son allocution devant le conseil exécutif de l’UNESCO. Ce jour là, posément et avec conviction, il avait expliqué en quoi Maurice Ile Durable (MID) est un projet « ambitieux » et « réaliste. » Quelques mois après, les belles paroles semblent s’être envolées. Le projet lui, reste. Il stagne.

Le MID est en panne d’actions. Celle-ci a une cause principale et profonde : le manque de volonté politique pour arrêter définitivement une stratégie globale afin de concrétiser ce projet crucial pour l’avenir de Maurice. Pour l’heure MID, c’est un fond. Avec de l’argent, beaucoup d’argent. Toutefois, on aura beau avoir Rs 1,3 milliards à dépenser. Mais s’il n’existe pas de structure administrative et juridique pour le faire judicieusement ; ainsi que des projets méritant réellement d’être financés, MID stagnera.

Pour éviter cela, on doit d’abord relever les erreurs. Le ministère des Energies renouvelables et des Utilités publiques (MERUP) n’est pas nécessairement l’administration la plus apte à gérer le projet MID dans sa globalité. Il ne suffit pas d’accoler Renewable Energy au libellé d’un ministère pour que la question devienne centrale dans son fonctionnement.

Rashid Bebeejaun, le ministre de tutelle, a eu l’honnêteté d’avouer qu’il est loin de maîtriser tous les aspects du développement durable. Et qu’il lui faudra « apprendre. » Pas que. Il faut carrément révolutionner le mode de pensée d’un ministère où la notion de développement durable est cantonnée, pour l’heure, à l’installation de quelques milliers d’ampoules économiques et de chauffe-eau solaires.

Cette approche parcellaire tranche avec celle, plus intégrée, que démontre le ministère de l’Environnement depuis plusieurs années déjà. Le National Environment Policy de 2007 et le National Programme on Sustainable Consumption and Production le démontrent. Il serait peut-être judicieux de permettre à ceux qui maîtrisent mieux le dossier de le récupérer pour le faire avancer.

Le maître d’œuvre n’est pas, toutefois, le seul à qui il faudra s’intéresser. Il convient également de s’attarder sur ceux qui sont chargés de décider à qui distribuer les sous du MID Fund. Là, on ne peut que plaindre le comité en charge. Les représentants des secteurs privé et public qui le composent sont submergés de responsabilités. Et souvent impuissants face à celles-ci.

D’abord parce qu’ils travaillent actuellement dans un vide juridique qui leur impose de ne traiter qu’avec des organisations gouvernementales. Ensuite, parce que faute de personnel et d’une structure développée, ils n’arrivent pas à identifier et à arrêter les projets publics et privés rentrant dans la stratégie MID. Et encore moins à décaisser les fonds tout en s’assurant de suivre l’avancée de ces projets. Il faut désormais doter le MID Fund d’un bras armé. Un peu sur le modèle d’Enterprise Mauritius ou de l’Empowerment Foundation. Ce n’est qu’ainsi que les projets avanceront.

Mais il y a projet et projet. Pour l’heure, la stratégie globale du MID étant gérée au petit bonheur, des aberrations indicibles se produisent. Ainsi, que dire de ce financement par le MID Fund d’une partie de la centrale électrique Waste to Energy (WTE) ? L’installation est coûteuse. Potentiellement très polluante, elle nécessite une main d’œuvre hautement qualifiée, indisponible à Maurice, pour son entretien. Cerise sur le gâteau, cette centrale n’aura même pas assez de déchets pour se « nourrir ».

Les centrales WTE utilisent essentiellement les déchets non-organiques pour produire de l’électricité. Or, 80 % des déchets à Maurice est organique. Donc inutilisable ! Que finance donc le MID Fund ? Une centrale qui va finir par importer des déchets des pays avoisinants pour produire suffisamment d’électricité ?

De toute cette incohérence, on est obligé de tirer une seule conclusion. Le politique a abdiqué. Il ne montre pas la direction dans laquelle le pays doit se diriger. Navin Ramgoolam et Rama Sithanen, le ministre des Finances, sont deux champions de la cause MID. Mais leur inaction sur le dossier devient inquiétante. Ils doivent reprendre la main.

Navin Ramgoolam aime se targuer d’avoir fait arrêter la construction d’une autoroute traversant la vallée de Ferney. Va-t-il laisser se construire une centrale WTE qui ne semble pas cadrer avec les besoins en développement durable du pays ? Sithanen n’est pas peu fier, à raison, d’avoir doté l’Empowerment Fund d’une structure organisationnelle solide qui lui a permis de concrétiser de nombreux projets intéressants en matière d’emploi et de lutte contre la pauvreté. Va-t-il laisser le MID Fund vivoter ?

Le temps de l’action – mais aussi celui des signaux symboliques – est venu. Ramgoolam, devant l’Unesco, disait vouloir donner « un signal au monde ». L’un de ces signaux est l’organisation en 2011 du Forum Ecologique Mondial, calqué sur le modèle Davos. Or, le Premier ministre semble avoir oublié qu’il voulait une telle rencontre. Et que celle-ci se prépare bien deux ans à l’avance. C’est sans doute pour cela qu’il n’a pas jugé utile d’en parler avec son « conseiller et ami », Joël de Rosnay, depuis des semaines. Un tel manque d’implication de Ramgoolam pourrait finir par décourager de Rosnay au plus haut point.

Le développement durable appelle des actions concrètes et urgentes. Si nous continuons à ne brasser que du vent sur plein d’idées non réalisées, tous nos efforts ne finiront qu’à faire tourner des moulins à vents. Et ceux là ne produisent même pas d’électricité… Autant pour les énergies renouvelables et le développement durable !

publié le 18 janvier 2009


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