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Voir grand, commencer petit

La dernière phrase du récent rapport « Blueprint for the energy sector in Mauritius » de la National Economic and social Council (NESC) interpelle. « Le futur dépendra de ce que nous allons faire désormais », préviennent les auteurs. Le document est de bonne facture, il souligne les lacunes de la politique gouvernementale sur le dossier énergie. Tout en reconnaissant ses bonnes décisions. Face à un document de ce type, on a le choix : celui de trier toutes faiblesses citées et d’en faire une liste de commissions pour le gouvernement ; ou alors de prendre de la distance et recadrer les décisions à prendre.

Voyons d’abord la liste de commissions. Si l’on doit se fonder sur les recommandations de ce rapport, il faudrait que dans les mois qui viennent, le gouvernement mette en place un Energy Management Office. Celui-ci serait chargé de déterminer les besoins en énergie du pays pour ensuite formuler la politique nationale en la matière. Concomitamment, il faudrait aussi légiférer afin de créer un régulateur du secteur énergétique. Pour clôturer une ère d’opacité durant laquelle le Central Electricity Board (CEB) a été juge et parti sur le dossier énergétique. Par ailleurs, il faudra également revoir les modalités et la justification des contrats par lesquels le CEB s’est engagé à acheter – à prix fort l’électricité produite par les producteurs indépendants d’énergie (IPP) locaux – dont Gamma-Covanta.

Le plan est ambitieux. Mais toute personne réaliste et un tant soit consciente de notre bureaucratie et les tergiversations de nos politiques saura que ce minimum vital ne pourra pas être complété avant fin 2009. Et même s’il l’est : esseuler le dossier énergétique au sein du projet Maurice Ile Durable (MID) serait inefficace. Car réduire le développement durable à une question d’énergie, d’électricité et de carburants, c’est occulter des pans essentiels du développement durable. Gestion des déchets, urbanisme, infrastructures routières, villes nouvelles, préservation de la biodiversité et ressources en eau sont autant de dossiers voisins à la question énergétique. Et essentiels à l’aboutissement de MID.

Pourtant il est urgent d’agir. Mais l’action doit être concertée. Les professionnels qui planchent sur la réalisation ou le financement du projet MID remarquent la grande inégalité des compétences et des connaissances en la matière au sein de notre administration. Où des fonctionnaires ultra-compétents et motivés côtoient des confrères incapables de cerner la complexité – et l’applicabilité – de la notion de développement durable. Cet état de choses perdure largement parce qu’un vrai plan MID n’existe pas. Le comité du MID Fund demeure incapable de produire faute de moyens, de ressources et de temps – un plan concret.
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Si nous voulons voir grand, il faut commencer petit. Le vide juridique autour du MID Fund doit être comblé. Le comité – avec une vraie structure administrative formellement constitué. Ensuite, et en consultation avec tous les ministères concernés, un plan d’action chiffré ainsi qu’un calendrier d’exécution doivent être arrêtés. C’est une urgence.

Nous nous refusons toutefois à céder à une sorte de fatalisme. Non, MID n’est pas mort. Certes, il est mourant. Mais des actions immédiates peuvent le ressusciter. Nous pensons que c’est possible. En ce moment même, Monsieur MID, Osman Mahomed, s’apprête à quitter le Board of Investment – où il est spécialiste de la question du développement durable pour aller rejoindre le bureau du Premier ministre.

Ce jeune professionnel a une énorme responsabilité. Qui est à la hauteur de l’atout dont il dispose. En effet, il a l’oreille attentive et l’estime des deux personnages principaux du dossier MID le Premier ministre, Navin Ramgoolam. Et Rashid Beebeejaun, le ministre des Energies renouvelables et des Services publiques (MERSP). Il appartient désormais à Mahomed d’avoir l’influence qu’ont les Dan Callikan et les Kailash Ruhee. Afin d’entraîner les plus hautes sphères du gouvernement sur la voie de l’action, notamment à travers le steering committee que Mahomed présidera au MERSP. Il devra expliquer et démontrer comment et pourquoi l’on doit maintenant arrêter notre politique de développement durable. Pour ensuite l’exécuter selon les moyens et le calendrier défini.

On nous rétorquera que le financement pourrait ne pas suivre. Il est là. L’Agence française de développement, (AFD) en ce moment même cherche à aider Maurice à devenir la vitrine mondiale du développement durable. En effet, le pays pourrait être bénéficiaire du « Programme Environnement » de l’AFD. Nous parlons là de 60 millions d’euros (Rs 2,6 milliards) d’aides pour les années 2009 et 2010.

Nous avons les hommes et les bonnes idées pour rédiger le plan. Le financement pour lancer concrètement le projet. Reste aux politiques de donner le vrai coup d’envoi de MID.


Le cercle des initiés

Soyons honnête, la semaine du développement durable n’a pas servi à grand-chose. Les organisateurs ne se sont pas adressés à l’auditoire qu’il fallait : le grand public. Maurice île Durable (MID) préoccupe uniquement une bande d’initiés. Voila tout le drame ! Il va falloir renverser cette tendance. Mais avant de nous intéresser aux moyens à employer pour amener le citoyen lambda à participer au développement durable (DD), il nous faut, paradoxalement, nous féliciter du comportement des initiés ces derniers jours.

Rashid Beebeejaun, ministre responsable du projet MID a fini par dire publiquement ce qu’il n’avouait qu’en cercle fermé. Le « MID Fund » est une structure bâtarde qui est vouée à l’échec, tant qu’il ne sera pas pris en charge par une loi réorganisant son fonctionnement. Ainsi que d’une feuille de route explicite tranchant avec les déclarations d’intention fourre-tout actuelles.

Quand ce n’est pas le ministre, ce sont les initiés de la société civile qui ont donné de la voix. Principalement autour de la question de l’implantation de l’incinérateur de « Gamma-Covanta » à La Chaumière. Site web, médiatisation d’une vidéo de Joël de Rosnay, campagne de sensibilisation par email et action en justice. Ils ont utilisé tous les moyens pour remettre en question le projet d’incinérateur. La presse, parlée et écrite, a largement répercuté leurs interrogations, avertissements et craintes.

En face, « Gamma-Covanta » a amplement pu expliquer sa démarche. Le service de communication de l’entreprise nous a assuré que la visite d’un directeur de « Covanta » et d’un Professeur de l’université de Columbia était prévue. Ils sont toutefois arrivés à point nommé pour vulgariser le projet et la technologie qui y est employée. L’avenir nous dira si la justice émet des réserves sur l’implantation de l’incinérateur. Toutefois, on peut se féliciter, pour l’heure, des prémices du débat entre les pro et anti-incinérateur. Car le thème central était bien évidemment le DD.

Les initiés sont contents. Leur voix a été entendue. Mais par qui ? Tout ce débat autour de MID est resté cloîtré… au cercle d’initiés. Il y a quelques indices pour étayer ce que nous disons. Il suffit de visiter lexpress.mu. Le moindre article sur Bérenger ou un dirigeant d’organisation socioculturelle y recueille des dizaines de commentaires. Or, les récents articles sur le DD n’ont quasiment jamais été commentés. Cyniquement, nous nous interrogeons donc sur l’avenir du portail Maurice Ile Durable. Joël de Rosnay disait, jeudi, vouloir faire de ce site une interface pour que le public participe au débat. Or, on peut craindre que cet espace ne soit justement qu’un club de connaisseurs.
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Il devient impératif de faire comprendre la nécessité du DD au grand public. Alors, sur qui compter ? D’abord sur les autorités. Le mea culpa de Beebeejaun est fait. Il faut désormais que le « MID Fund » soit réorganisé au plus vite et doté d’un nouveau cadre juridique et administratif. Ensuite, il sera venu le moment de monter une véritable campagne de sensibilisation nationale. Nous pensons que le discours MID est confus. Il semble évident qu’une bonne partie de la population réduit le MID à changer quelques ampoules, mettre quelques panneaux solaires sur les toits et des éoliennes dans les champs.

On ignore que MID dépasse largement cela. Que le DD c’est aussi faire attention à ne pas utiliser sa voiture à tout va. A construire sa maison selon des normes pour économiser de l’énergie. A s’efforcer de développer une certaine discipline en triant ses déchets ménagers et éventuellement fabriquer du compost maison avec les restes de cuisine et les déchets de jardin. Pour les jeunes, à se former des métiers porteurs du DD. Il est temps de faire comprendre cela à la population. Pour y arriver, on n’a pas besoin d’une semaine dédiée à MID. Mais d’un plan permanent.

Mais le « MID Fund » ne saurait abattre cette tâche colossale seule. Le monde de l’entreprise peut l’aider. Il faut donc l’encourager à instaurer des politiques allant dans ce sens. L’ambitieux plan « Initiative 175 » de la « Mauritius Commercial Bank » en faveur du DD doit pouvoir inspirer d’autres business à lui emboîter le pas. Motivant au passage leurs employés et clients à adopter une attitude responsable. « RT Knits », « Mon Desert Mon Trésor » sont autant d’entreprises qui doivent aussi faire des émules.

On ne peut terminer sans évoquer l’apport de la société civile. Les ONGs écolo, un peu trop souvent, font dans le militantisme de salon, touchant, en priorité une île Maurice bourgeoise qui ne sait gueuler que sur « Facebook » ou dans les « happy hours », un verre à la main. Elle rechigne à descendre dans les rues pour distribuer des tracts ou animer des sessions de sensibilisation dans les centres sociaux, collèges et écoles de l’île afin d’expliquer ce qu’est le DD. C’est justement cela qu’il faut désormais qu’elles fassent.

MID ne sera une réalité que si elle dépasse le cadre des initiés. Et ce sont justement eux qui sont désormais les mieux armés pour répandre le message. Plus vite ils commenceront leur collaboration, plus vite le mirage MID actuel ressemblera à une réalité.


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