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Notre position : la neutralité

Le débat autour de la centrale « Waste to Energy » (WTE) de Gamma-Covanta est faussé. Il a débuté sur de mauvaises prémisses. Nous ne cessons de le redire. De la bataille opposant les pros aux anti-incinérateurs, vous ne voyez que la partie visible. Ce que chaque camp selon son agenda propre souhaite que vous sachiez. Puis, il y a les coulisses, les non-dits et ces aspects sur lesquels l’on ne s’attarde pas assez. Pourtant, c’est ce qui importe. Or, chaque camp s’attend à ce que nous prenions position par rapport aux arguments superficiels qu’ils avancent. Nous ne le ferons pas. Car cela reviendrait à participer à la polarisation du débat.

La question est complexe. Il faut donc l’appréhender dans sa complexité. Les coulisses de la bataille et les questions sur lesquelles les belligérants ne s’attardent pas assez – ou pas du tout peuvent nous aider à mieux saisir ce qui est dans l’intérêt du pays.

Commençons par la question du type de déchets à Maurice. Les centrales WTE utilisent essentiellement des déchets non-organiques pour produire de l’électricité. Or, 80 % des ordures locales sont organiques (plantes, résidus ménagers, etc.). Ce qui va amener Gamma-Covanta à rajouter des additifs chimiques pour faciliter la combustion dans sa centrale. D’ailleurs, le réglage des installations pour brûler des déchets organiques moins « energy efficient » est une opération irréversible pendant 20 à 30 ans. Ce qui veut dire qu’en fait il faudra toujours produire le même volume minimal de déchets pour « nourrir » la centrale WTE. Voilà qui ne facilitera en rien l’objectif de réduire ou recycler au maximum nos déchets.

En effet, produire 20 mégawatts d’électricité à partir du « profil » de déchets solides du pays apparaît sur papier comme une opération trop ambitieuse. Qui ne permet pas la revalorisation et le recyclage d’une bonne partie des 80 % des déchets dont nous parlons. Enter Nick Themelis, professeur à l’université américaine de Columbia. Il était invité par Gamma-Contanta pour expliquer l’utilité et innocuité d’une centrale WTE. Ce qu’il nous avait avoué lors d’une conversation est important. Themelis a expliqué que l’une de ses suggestions à Gamma-Covanta était de réduire la capacité de sa centrale et de la doter en contrepartie d’une installation de compostage-recyclage plus importante. Voilà une piste qui demande à être explorée…

Par contre, une autre dans laquelle les antis se sont royalement et obstinément enfoncés est celle de la dangerosité des centrales WTE de dernière génération. Beaucoup de voitures arborent toujours les autocollants « IncinéraTueur ». Pourtant, il est utile de préciser qu’aucune étude sérieuse n’a pu démontrer à ce jour le lien de cause à effet direct entre l’implantation d’un centrale WTE de dernière génération (comme celle de Gamma-Covanta) et le risque décuplé de cancers ou de contamination des cultures et cheptels dans son voisinage. Le professeur Jean-François de Narbonne, toxicologue et expert de l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments est à ce sujet un témoin à décharge crédible pour la centrale WTE.

L’incinérateur dont nous parlons ne tue pas. Mais il est peut-être inadapté – en son état actuel au « profil » de déchets solides de Maurice et aux besoins énergétiques du pays sur le long terme. Pourquoi le débat ne s’est-il donc pas enclenché autour de cet axe ? Pourquoi a-t-il fallu que les deux camps peignent tout en noir ou en blanc, selon le scénario qui les arrange ?

Pourquoi les deux camps vont-ils donc se cacher dès que l’espoir d’un débat constructif et vraiment contradictoire fait surface. Lundi dernier, un tel débat aurait dû être organisé et relayé – en direct – sur Radio One et Radio Plus. Les opposants à l’incinérateur se sont défilés en prétextant leur obligation de réserver pendant les travaux du tribunal de l’environnement sur la question de la centrale Gamma-Covanta. Mais aussi par déférence au Professeur Joël de Rosnay qui a été chargé par le Premier ministre d’arbitrer la question. Gamma-Covanta, elle, s’est arrangée pour maintenir le flou sur sa participation jusqu’à la dernière minute.

Au lieu de brasser de l’air, on ferait bien de commencer à brasser les idées. C’est avec un certain soulagement que nous commençons à lire, parmi les opposants, certains avis plus constructifs sur la question de gestion et la revalorisation de déchets. Mais ce type d’argumentation est minoritaire. Et ne doit nullement occulter l’autre débat : la centrale WTE peut-elle s’installer à Maurice à condition de revoir l’ampleur de son implantation ? En effet, les anti-incinérateurs parlent d’une politique de zéro-déchets comme un objectif parfaitement réalisable. Or, aucun pays (plus ou moins développé) au monde n’est arrivé à réaliser cette prouesse. Si nous sommes donc incapables de réduire nos déchets à zéro, il serait pertinent de savoir comment la centrale WTE pourrait être utile pour traiter la partie de déchets que nous ne pourrons pas raisonnablement espérer recycler ou revaloriser. Ce n’est pas être pro-incinérateur que de poser cette question !


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