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Cocus magnifiques !

Les promesses n’engagent que ceux qui les reçoivent. Certains politiques – ici et à l’étranger – ont fait de cet adage leur philosophie de vie. Le hic, c’est que leurs interlocuteurs ne le savent pas ! Pour leur plus grand malheur, les syndicalistes locaux font partie de cette catégorie d’interlocuteurs- là. En effet, depuis le 25 octobre dernier, date de la première réunion du National Tripartite Forum , ils se sont installés dans leur nouveau rôle de… cocus magnifi ques. Qui voient s’éloigner la perspective d’une généreuse compensation salariale, qu’ils croyaient acquise…

Il faut commencer par dire, qu’en grands naïfs, nos syndicalistes sont parfois à l’origine de leur propre malheur. Ainsi, ils font semblant d’entretenir des rapports de force avec le pouvoir politique ou économique. Tout en ne se privant pas de faire copaincopain avec leurs opposants dès lors que ceux- ci donnent publiquement l’impression de leur avoir cédé du terrain.

A la veille du budget 2008, Rama Sithanen était l’antéchrist pour l’ensemble de la classe syndicale. Mais dès l’annonce du paiement intégral des augmentations préconisées par le rapport du Pay Research Bureau de cette année- là, le ministre des Finances d’alors était soudain devenu « ene boug corek » . Avec qui on s’empresse de poser pour des photos de presse, un verre de scotch à la main ! A force d’agir ainsi, les syndicalistes ont dévoilé leur talon d’Achille à leurs « adversaires » . Il suffit de maquiller des retraites tactiques en abdication ou de fl atter le syndicaliste dans le sens du poil pour l’endormir. Et ça marche. Le ministre des Finances et celui du Travail, Shakeel Mohamed, ont ainsi endormi les syndicalistes avec brio. Certes les deux hommes n’ont pas adopté la même méthode. Mais ils ont pu arriver à leurs fins jusqu’à fin octobre.

Pravind Jugnauth s’est reposé sur sa posture anti- Sithanen et populiste des cinq dernières années pour se faire une certaine image auprès de la classe syndicale. Qui s’est empressée de voir en lui le ministre des Finances qui va corriger les turpitudes de ses prédécesseurs. Une grave erreur ! Car les syndicats ont confondu – sans doute volontairement – Pravind Jugnauth, chef de parti et opposant politique du régime en place, avec Pravind Jugnauth, ministre des Finances de la République.

Le réveil est difficile. Assommés par la supercherie – qui n’en était pas une – les syndicalistes, incapables de faire fl échir leur interlocuteur en sont réduits à utiliser des astuces de langage comme mode de protestation. « Le vice- Premier ministre » est ainsi devenu « ti- Jugnauth . » On vilipende à défaut de convaincre.

Le cas Mohamed est plus complexe que celui de Jugnauth. En effet, si le ministre des Finances avait plus ou moins laissé planer le doute sur ses intentions réelles depuis son entrée en fonction, son collègue du Travail avait, lui, été plus affi rmatif. En coulisses Mohamed a avoué à plus d’un interlocuteur qu’il avait une mission : corriger les injustices commises par Sithanen à l’égard des salariés. « Si Sithanen est propatron, moi je suis pro- travailleurs » , s’est- il flatté. Le discours a sonné comme une douce sérénade aux oreilles des Benydin, Sadien, Imrith, Chuttoo et autres.

La musique est toutefois devenue grinçante. Pour tout le monde. Les syndicalistes se retrouvent face – à quelques nuances près – à un Sithanen déguisé en Pravind Jugnauth. Mohamed, conscient de ne plus pouvoir jouer la carte pro- syndicale s’est enfermé dans un semi- mutisme. Contraint qu’il est de suivre la position gouvernementale sur la question de la compensation salariale : celle de la rigueur. Pravind Jugnauth réalise, lui, maintenant qu’il a les chiffres en main et une économie à gérer, qu’on ne peut être ministre des Finances et populaire à la fois durant les périodes de ralentissement économique.

Dans l’affaire, il semble y avoir beaucoup de cocus magnifi ques. A l’exception, peut- être, du patronat. Qui semble convaincu que le gouvernement ne mettra pas en péril des centaines d’entreprises uniquement pour un peu de popularité ponctuelle. Mais ils ont peut- être tort. Pravind Jugnauth a en effet pu apprendre un autre truc de son prédécesseur. Préparer les esprits dans un sens… et décider dans l’autre !

 


Entre les lignes

Un discours peut en cacher un autre. De prime abord, le budget 2010 de Rama Sithanen semble en droite ligne avec la politique économique et sociale du gouvernement depuis 2005. Il l’est. Mais sous ses accents de consolidation, il préfigure une subtile stratégie politique.

Un double raisonnement explique pourquoi Rama Sithanen – sans doute conforté par le Premier ministre – n’a pas souhaité s’engager sur une voie populiste. La raison économique a primé : réduire la TVA ou abolir certains droits de douane ou la « National Residential Property Tax » auraient eu de graves conséquences sur les finances publiques.

Le contexte politique a également influé sur les choix. L’alliance gouvernementale est actuellement perçue comme pouvant gagner les élections générales. C’est un élément rassurant qui a sans doute conduit Sithanen et Ramgoolam à ne pas vouloir doper la cote de popularité du gouvernement à coup de coûteuses largesses. Toutefois, en scrutant les éléments clés du discours du ministre, on arrive à comprendre comment le gouvernement engrangera des dividendes politiques.

Conscient d’avoir plutôt bien réussi son mandat, le gouvernement cherche à vendre un bilan comparatif. En effet, dans son discours, le ministre s’est souvent livré à des comparaisons entre 2005 et 2009.

Pour démontrer que des dotations budgétaires, notamment celles de Santé ou des forces de police, ont augmenté de 70 % à 85 % durant cette période. Cette comparaison s’avérera utile pour illustrer la performance du gouvernement pendant la campagne électorale.

Durant celle- ci, le pouvoir devrait faire appel aux sens des responsabilités des électeurs. C’est déjà le cas dans ce budget. Ceux qui seraient déçus de ne recevoir que Rs 420 de compensation salariale, Rama Sithanen les incite à voir plus loin, notamment les investissements massifs dans les infrastructures ou les projets sociaux. Il n’a pas manqué d’ailleurs de faire l’inventaire des localités qui bénéficieront des projets en cours dans la fourniture d’eau, l’assainissement, l’aide à l’entrepreneuriat, la santé ou l’éducation. Chacun y trouve son compte.

Dans sa palette d’offres, Sithanen se devait également de glisser quelques mesures pouvant bénéficier individuellement aux électeurs. Là également, il a des arguments. Les 2 600 postes annoncés, les 12 500 logements sont autant d’opportunités à faire miroiter aux électeurs.

Toutefois, certains électeurs, ceux- là même qui se sentent exclus de l’action du gouvernement depuis 2005, pourraient penser qu’ils ont été encore une fois oubliés. Ce n’est pas le cas. L’arsenal d’aides sociales, celles dans le secteur sportif, de l’éducation, des spectacles, de la lutte contre la pauvreté, du logement et l’entrepreneuriat, n’est- ce pas une certaine maniére de satisfaire cette partie de la population ? L’assise du gouvernement est faible chez cet électoral plutôt urbain.

Qui a d’ailleurs plus tendance à voter MMM. L’enjeu des prochaines élections, pour l’alliance de Navin Ramgoolam, est donc de susciter leur adhésion. Ces mesures budgétaires, si elles sont bien « vendues » sur le terrain s’avéreront un outil efficace pour faire remonter la cote du l’Alliance sociale dans les circonscriptions urbaines où elle est faible.

Rama Sithanen aime à rappeler qu’il n’est pas seulement un économiste, mais qu’il est aussi pleinement conscient de ses responsabilités politiques. Il vient de le démontrer.


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