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Le match qui s’annonce

Nous passons à côté de l’information principale. Cette semaine le débat
sur la nécessité d’avoir un deuxième câble optique reliant le pays au
reste du monde a refait surface. Chacun a sa petite idée sur la
question. Mauritius Telecom, rapporte-t-on, s’y intéresse déjà. Le
ministère de la Technologie informatique a lancé une réflexion sur
l’opportunité d’investir massivement dans un deuxième câble. D’autres
encore glosent sur sa nécessité pour faire baisser le coût des
télécoms. Trop occupé à palabrer, on a oublié Madagascar !

L’information qu’il faut retenir est que le câble « Eastern Africa
Submarine System » (Eassy) reliera bientôt Madagascar aux autoroutes de
l’information. Cela changera radicalement la carte de la concurrence
dans les technologies de l’information et de la communication (Tic) de
l’océan Indien. Maurice va laisser des plumes face à l’aigle malgache.

Le pays assoit un début de notoriété pour les opérations de centre
d’appels visant le marché francophone. Madagascar lui, n’a pas pu se
permettre une telle stratégie. L’absence de connexion au réseau haut
débit mondial l’en a empêché. Mais les choses vont changer dès
2007-2008 avec l’arrivée d’Eassy.

Avec une main-d’œuvre facile à former, débrouillarde et appliquée,
utilisant des moyens télécoms fiables, Madagascar va se positionner sur
le marché des centres d’appels. Ajoutez à cela le prix, bon marché, de
sa main-d’œuvre et des frais de connectivité volontairement sacrifiés…
Nous aurons en face de nous un redoutable concurrent. Le Sénégal et le
Maroc ont également du souci à se faire !

L’ascension de Madagascar dans ce segment semble inévitable.
Maurice doit donc trouver la parade. Première solution : « If you can’t
beat them, join them. » Il s’agit pour des entreprises mauriciennes,
d’occuper, au plus vite, le terrain dans la Grande Ile.

Des missions de prospection doivent y être menées par les locaux
afin de mettre en place des centres d’appels avec des personnels formés
dès que ce pays sera « connecté ». Si Maurice n’est plus compétitive
sur l’activité centre d’appels, on peut faire en sorte d’exploiter ce
filon à Madagascar, où les coûts sont moindres.

Il s’agit d’adopter la stratégie utilisée pour le textile.
Délocaliser les activités dans lesquelles nous ne sommes plus
compétitifs. Pour ensuite monter en gamme. La solution pour Maurice
c’est de continuer à se spécialiser dans les activités à fortes valeurs
ajoutées dans le « Business Process Outsourcing », par exemple. Jean
Suzanne, conseiller du Premier ministre, semble privilégier cette
approche. Mais depuis sa présentation il y a quelques semaines, le
soufflet semble être retombé. On n’entend plus trop parler de mise en
œuvre, à moins que celle-ci se fasse à l’abri des regards. Ce serait
pas plus mal, mais il serait bien qu’on le sache. En ce moment, les
cartes sont brouillées, on entend même parler d’un autre plan
stratégique sur les Tic que le ministère de tutelle compte élaborer.
Que de tergiversations !

Les problèmes locaux sont connus : coûts élevés, main-d’œuvre non
qualifiée et défaut de stratégie de formation dans le domaine. Il
serait bien qu’on se retrousse les manches pour travailler plutôt que
de perdre du temps à réfléchir sur un énième plan stratégique qui
proposera des solutions connues à l’avance.

Messieurs les décideurs, les Malgaches chaussent leurs crampons
pour passer à l’attaque. Si nous ne faisons rien, nous allons perdre le
match !

publié le 5 mars 2006


L’hémophile et ses donneurs

C’est une vérité d’évangile (économique). Pas de croissance sans investissement. Car c’est ce sang-là qui fait prospérer l’économie. Et comme le nôtre, il est constitué de quatre éléments. Il y a les globules blancs des investissements publics, fournis par le gouvernement, qui protègent et revigorent l’économie quand les autres indicateurs faiblissent.

Les globules rouges de l’investissement privé, transportent, quant à eux, l’oxygène de l’économie, ce précieux capital que le secteur privé consent à investir dans des projets plus ou moins novateurs. Les globules cohabitent et collaborent avec les plaquettes.

Enfin, les investissements directs étrangers (IDE) permettent à l’économie de cicatriser des blessures laissées par des secteurs en déclin. Toutes ces composantes baignent dans le plasma du climat d’investissement. Plus celui-ci est sain, plus le flux des globules et des plaquettes s’accélère.

Mais notre économie est devenue hémophile et souffre d’une grave hémorragie. Le lent déclin du textile et les lendemains incertains du sucre sont autant de blessures qui saignent. Inutile de compter sur les globules blancs, à savoir le gouvernement, car ce dernier est au bord de la syncope, il ne peut plus aider. Les donneurs de globules rouges se montrent de plus en plus radins avec les années qui passent. Restent les donneurs de plaquettes qui nous boudent un peu, il faut bien l’admettre.

Pourtant, ailleurs, ils se déchaînent. Un rapport de la conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced), paru cette semaine, nous apprend que l’investissement étranger a connu un bond de 29 % dans le monde en 2005. L’IDE pour les pays en développement a même crû de 13 % et certains de ces États réalisent des performances hallucinantes, à l’exemple de l’Indonésie et de l’Afrique du Sud qui ont respectivement connu des hausses de 242 % et 803 %. Alors pourquoi, selon les indications de décembre de la Banque de Maurice, l’IDE n’aura-t-il connu, ici, qu’une hausse d’environ 10 % en 2005 ?

On dira que le plasma à Maurice n’est pas suffisamment sain. C’est effectivement une partie de l’explication car notre climat d’investissement nécessite encore de sérieuses améliorations et nos procédures administratives minent toujours la vie des investisseurs.

Mais il faut aussi chercher les causes plus profondes. L’une des explications réside dans notre syndrome Greenfield. L’approche majoritairement privilégiée jusqu’ici consiste, en effet, à privilégier les investissements dits Greenfield pour aider de nouveaux secteurs d’activités à démarrer. L’État offre aux investisseurs étrangers des infrastructures adaptées sur un plateau pour les inciter à venir s’implanter sur notre sol. Le dernier exemple en date est l’industrie des technologies de l’information et de la communication. C’est le gouvernement qui a fait construire et financé, en partie, la cybercité et ses cybertours. Le hic, c’est que la démarche Greenfield est à double tranchant. Bien menée, elle permet de faire naître des industries, mal calculée, les infrastructures mises en place peuvent s’avérer coûteuses à entretenir. Les Rs 1,3 milliard de dettes à éponger pour BPML nous le rappellent assez.

À l’avenir, l’Etat va-t-il devoir trouver Rs 1 milliard ou plus pour financer les infrastructures de base de la Land Based Oceanic Industry (LBOI) qu’on souhaite voir naître afin d’attirer des opérateurs japonais ou américains du secteur ? On ne peut pas le souhaiter. Car une chose est sûre, il n’en a pas les moyens.

Il va donc valoir mieux vendre ce projet à l’étranger. Réussir là où on n’a pas été assez performant dans le passé. Le Board of Investment doit fournir des résultats : identifier des investisseurs fermement intéressés par nos projets de LBOI ou de production de médicaments.

Le sursaut doit avoir lieu maintenant. Car c’est maintenant que le pays a besoin de sang.

publié le 29 janvier 2006


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