Ticket perdant

Ce n’est pas tous les jours qu’il nous est donné d’assister à une situation aussi invraisemblable. En effet, un opérateur économique dont les revenus s’apprêtent à connaître une hausse appréciable, arbore d’habitude une mine réjouie. Or, depuis l’annonce, ce vendredi, de la hausse de 12 % du ticket d’autobus à partir du 1er août, de nombreux acteurs du secteur du transport en commun font grise mine.

La Bus Owners Cooperative Federation exprime sa désapprobation clairement, tandis que les autres compagnies d’autobus se murent dans un silence gêné. Pourquoi donc cette réserve? Même si le secteur du transport en général connaît quelques diffi cultés – malgré la bonne santé affichée par quelques compagnies comme Triolet Bus Service –, l’augmentation du ticket d’autobus ressemble étrangement à une bouée lancée principalement pour sauver la Corporation nationale de transport (CNT) de la noyade. L’augmentation de 12 % de ses recettes a une double finalité. D’abord, lui permettre de payer, en partie, les frais de maintenance et de renouvellement de sa flotte dont la qualité est fortement décriée. Ensuite, dégager un peu de marge supplémentaire afin de financer l’augmentation salariale de 15 %, 2 % et 2 % des employés de la compagnie publique durant les trois années à venir.

C’est la logique Xavier Duval à l’oeuvre : le consommateur paie. Le ministre des Finances n’avait pas manqué de rappeler, en mai dernier, qu’augmenter les fonctionnaires du pays à travers les recommandations du Pay Research Bureau coûtera à chaque Mauricien Rs 4 300 par an. Anil Bachoo, le ministre des Transports, pourra demain l’émuler en expliquant que si le voyageur veut un meilleur service – dans un bus récent, fi able, bien entretenu et d’un receveur aimable car bien payé –, il lui faudra consentir à payer 12 % de plus pour son trajet. Cette approche est cynique à souhait. Elle permet à Anil Bachoo de balayer d’un revers de main les récriminations des opérateurs de bus qui se passeraient bien d’une augmentation du ticket.

Ceux-ci pensent que leur situation financière pourrait s’améliorer si on contrôlait réellement le nombre de taxis et vans « marrons » en circulation. Mais le lobby de ces opérateurs informels existe et a probablement mis ses votes dans la balance. Par ailleurs, la CNT a besoin de rentrées d’argent assurées, pas d’une chasse aux « marrons ». Résultat : l’augmentation de 12 % est présentée comme l’unique solution qui convient à tous. Elle ne convient pas, en tout cas, aux syndicats et aux associations de consommateurs. La Union of Bus Industry Workers dénonce la transformation des travailleurs de l’industrie en «boucs émissaires» au lieu de s’attaquer à la « mal-administration » des compagnies de transport : CNT en tête.

Tandis que les associations de consommateurs s’offusquent d’un énième coup de poignard porté aux consommateurs déjà affectés par la conjoncture économique morose. Il est cependant évident que les remontrances des uns et des autres n’auront aucun effet sur l’application de la décision à partir du 1er août. C’est d’ailleurs ce jour-là que le Premier ministre rentre au pays après une mission officielle en Europe. Entretemps, Anil Bachoo aura eu le temps d’essuyer la tempête qui s’abat sur lui, cantonnant davantage le ministre des Transports comme l’un des hommes politiques les moins appréciés du pays.

Mais c’est probablement avec cette intention que Ramgoolam laisse son ministre braver seul la tempête tandis qu’il s’en isole à Paris et Londres. Mais s’isolera-t il longtemps d’une autre décision du Conseil des ministres qui a été complètement occultée par l’annonce de la hausse du ticket d’autobus ? Car vendredi, les « développements relatifs à la mise en œuvre du projet de métro léger» ont également été constatés par l’équipe de Ramgoolam. Or, ce projet, même s’il a été conçu pour complémenter le système des transports par autobus existant, aura néanmoins un impact direct sur la fréquentation, et donc le fonctionnement et la rentabilité des principaux opérateurs du secteur à terme.

Quand le projet métro léger sera une réalité, une augmentation de 12 % du ticket ne constituera alors en rien une solution aux problèmes structurels et conjoncturels auxquels les transporteurs feront alors face. Pour maintenant, aussi bien pour l’avenir, c’est d’une réflexion sur la réorganisation et le fonctionnement de notre système de transport en commun dont le pays a besoin. De stratégie à long terme. Mais le gouvernement nous sert une augmentation de 12 % en guise de réponse. C’en est une mauvaise car trop simpliste. On finira par s’en rendre compte… dès la prochaine hausse du prix du carburant.

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