Les comptes de mardi

C’est la saison des anniversaires. Pendant que les parlementaires reprenaient le chemin de l’hémicycle, mardi, Paul Bérenger soufflait ses 68 bougies. Vendredi, c’était au tour de sir Anerood Jugnauth (SAJ) d’en souffler 83 autres. Dans deux semaines, c’est le remake de 2000 qui fêtera sa première année d’existence… marquée par des ères glacières suivies d’intenses phases de réchauffement climatique. On se demande toutefois si l’humeur est vraiment à la fête dans l’opposition.

Car si l’alliance MSM-MMM regroupe des dizaines de députés et de politiques, elle reste avant tout l’affaire de deux hommes. Mais avec l’annonce du cancer de Bérenger le 23 janvier et son retrait temporaire de la scène politique, SAJ doit se sentir bien seul politiquement. Au-delà du constat évident – Ganoo n’est pas Bérenger –, c’est la situation interne au MMM qui doit sans doute préoccuper, à juste titre, SAJ.

Car des lames de fond agitent en ce moment la mer mauve malgré l’image de calme projetée par la direction du parti. Il y a, d’abord, la hargne des groupies de Bérenger à l’encontre de Ganoo. L’idée que « Paul » puisse être remplacé leur est insupportable. Aussi, est-ce tout naturellement qu’ils jugent avec une extrême sévérité le moindre geste ou manquement de son suppléant.

Il y a, ensuite, les loups de la bergerie mauve. Leurs griefs, exprimés à voix basse, sont connus : Ganoo n’a pas « le bon profil » pour les uns tandis que d’autres estiment que certains cadres du parti sont plus aptes à assumer la fonction. Enfin, il y a cette frange du parti dont le malaise grandit à mesure que SAJ maintient sa stratégie « tous les coups sont permis »  à l’encontre de Navin Ramgoolam. Quelques-uns des « vertueux » du MMM ne sont d’ailleurs pas autant préoccupés par la virulence des attaques de SAJ que par l’éventualité que les squelettes qu’ils ont soigneusement cachés dans leur placard voient la lumière du jour.

Ce constat, la hiérarchie du Parti travailliste (PTr) l’a sans doute fait dès l’annonce de la promotion temporaire d’Alan Ganoo. Ramgoolam lui-même, mais aussi d’autres cadres du gouvernement, se sont d’ailleurs engouffrés dans la brèche pour tenter de souligner à quel point ils considèrent le MMM et Alan Ganoo comme étant responsables tout en dénonçant avec virulence l’attitude va-t-en-guerre de SAJ.

Le PTr ne gâche ainsi aucune occasion pour essayer de braquer les projecteurs sur ce qui oppose SAJ et le MMM actuel. Habilement, Patrick Assirvaden avait demandé à Alan Ganoo « de donner son opinion » sur la dernière « bombe » de SAJ. Une semaine après, le leader du MMM n’a toujours pas donné de réponse. Ce mardi, en abandonnant les sujets polémiques pour s’attarder sur le prix des carburants, Alan Ganoo s’est presque attiré les félicitations du gouvernement. A hier matin, sa prochaine PNQ était même identifiée : les amendements à nos lois du travail.

Mais c’était hier matin. Depuis, les inondations dans Port-Louis et ses alentours ont été la cause directe ou indirecte de huit décès. Sans attendre qu’il fasse de la politique sur des cadavres ou qu’il succombe à un populisme puant, tous les citoyens pensants de ce pays attendent légitimement du leader de l’opposition qu’il consacre sa prochaine PNQ aux tragiques événements de ce samedi.

Les citoyens du pays veulent, en effet, savoir pourquoi la police et les autres services de secours ont été dépassés par des inondations survenant dans une zone géographique délimitée. Ceux qui suivront la prestation de Ganoo, ce mardi, s’attendront également à ce qu’il obtienne une explication claire sur les causes exactes des crues soudaines qui ont causé des pertes humaines et matérielles considérables. Sans se contenter d’une éventuelle explication fumeuse reliant les inondations au seul phénomène de « flash flood » ou au réchauffement climatique.

C’est ce mardi qu’Alan Ganoo et le MMM seront à l’épreuve. C’est en fonction de la capacité du leader de l’opposition à obtenir une explication claire sur ce qui s’est passé ce samedi que les Mauriciens le jugeront. S’il n’y arrive pas, ou pire, s’il choisit de ne pas y consacrer sa PNQ, Alan Ganoo ne nous tiendra pas rigueur d’adjoindre une qualification à sa fonction. Chef de l’opposition docile… qu’il sera alors devenu.

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