Œil pour œil, fait pour fait

Le Premier ministre a l’honnêteté de l’avouer. Il est « un homme qui n’oublie pas ». C’est un euphémisme, en fait, pour confirmer qu’il a la rancune tenace. Ses adversaires politiques – et même parfois ses propres alliés – en font régulièrement les frais. Dimanche dernier, Navin Ramgoolam a désigné les nouvelles cibles de sa vengeance : certains de ses « amis journalistes », à qui il promet un traitement conforme à la loi du talion. Coupables qu’ils sont, pense le Premier ministre, de vouloir le déstabiliser et le botter hors du pouvoir. Il faut décortiquer ce fantasme de Ramgoolam pour mieux démontrer en quoi il est irrationnel.

La hargne du Premier ministre pour une certaine « presse politique » naît sans doute dès le milieu des années 1970. Avec son père Sir Seewoosagur et l’entourage de celui-ci, il pense déjà que certains titres de presse ont pour objectif de leur nuire. Devenu lui-même chef du gouvernement vingt ans plus tard, Ramgoolam se persuade à nouveau de l’existence d’un complot. Les instigateurs de cette machination ont une couleur de peau : blanche. Ainsi qu’une couleur politique : mauve.

Selon Ramgoolam, toutes les « attaques » de la presse ne sont que les preuves successives de l’existence d’un complot. De l’étalage de ses penchants pour les plaisirs de la vie lors de l’épisode Macarena en 1997 aux conséquences de ses relations intimes à travers l’affaire Soornack, le Premier ministre se croit la victime  désignée de la vindicte d’une poignée de journaux. Avec obstination, il maintient que la presse en a après lui, personnellement. C’est bien évidemment faux.

Afin de mieux grossir les traits et sombrer dans  l’outrancier, Navin Ramgoolam omet volontairement certains faits. Ainsi, en 2003, l’éclatement de l’affaire MCB/NPF a amené le gouvernement MSM-MMM – et  quelques-uns des prétendus tireurs de ficelle de cette « certaine presse » – à essuyer une tempête médiatique permanente durant des mois. Moins d’un an plus tard, c’est autour des licenciements massifs dans le secteur textile que  Bérenger, alors devenu Premier ministre, fait face à des journaux qui colportent, selon lui, des propos « hystériques » sur la situation économique,  semaine après semaine. Cette presse ne voyait pas rouge à l’époque, elle ne voit pas mauve aujourd’hui !

Le Premier ministre gagnerait à soigner son amnésie  sélective car celle-ci finit par lui jouer des tours sur des  évènements plus récents. Ainsi, il oublie commodément de se souvenir que l’express dimanche et l’express ont soutenu la réforme économique enclenchée par le gouvernement Ramgoolam dès juin 2006. Tout comme ces publications ont régulièrement accordé leur appui aux projets de Ramgoolam de remplacer le Best Loser System par une formule de scrutin ne se basant pas sur l’appartenance ethnique.

L’express dimanche et l’express n’ont pas adopté cette attitude en fonction d’un quelconque élément personnel. Mais plutôt parce que ces ambitieuses réformes  économiques et démocratiques sont en adéquation  totale avec les principes fondateurs de La Sentinelle  et de l’express depuis avril 1963 : soit la promotion du mauricianisme et du développement économique du pays.

A contrario, on pourrait aussi faire remarquer au Premier ministre que ses « amis journalistes » ont pu critiquer l’opposition à travers des écrits assassins, ici même, dans l’express dimanche. Le manque de rigueur éthique – voire l’opportunisme – de la famille Jugnauth autour de l’affaire Medpoint a ainsi été vigoureusement dénoncé. Quant à Pravind Jugnauth, son langage grossier à l’égard de Paul Bérenger lui a valu d’être identifié comme étant le fer de lance de « la politique de la fellation » dans le pays.

Il y a deux ans, c’est le retrait volontaire du Dalaï Lama de ses fonctions de chef politique au Tibet qui nous a conduit à inviter Paul Bérenger à prendre sa retraite  anticipée. Quelques mois après, malgré l’éclatement de l’alliance PTr-MSM et la perception populaire d’un  gouvernement en perte de vitesse, l’express dimanche avait été le seul titre de presse à évoquer explicitement un sondage qui indiquait que le gouvernement et Navin Ramgoolam, en particulier, demeuraient, en fait, toujours populaires parmi l’électorat. Cela nous avait valu l’accusation de faire le jeu du pouvoir !

Malgré les faits, le Premier ministre peut choisir de ne pas vouloir regarder la vérité en face. Il agit peut-être en fonction d’une stratégie politique. Consistant à  amener son entourage à utiliser la calomnie ainsi que de basses accusations pour tenter d’atteindre ses « amis journalistes ». Qu’il persiste dans cette direction, si cela l’arrange. Pendant ce temps, nous continuerons  également à nous en tenir aux faits.

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